Burkina Faso : ce que Kaboré compte faire de sa liberté retrouvée

En « liberté totale » selon un communiqué du gouvernement, l’ex-président burkinabè, dont le sort alimente les spéculations depuis des semaines, va rester chez lui à Ouagadougou. Il pourrait également passer un contrôle médical à l’étranger.

Mis à jour le 4 juillet 2022 à 14:55
 

 

Le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré à Abuja, le 21 décembre 2019 © KOLA SULAIMON/AFP

 

Son sort était un sujet de discussion récurrent entre Ouagadougou et la Cedeao. Dans un communiqué publié le 2 juillet, à la veille du sommet de l’organisation sous-régionale à Accra, en partie consacré à la situation au Burkina Faso, le gouvernement burkinabè a « réaffirmé » que Roch Marc Christian Kaboré bénéficie d’une « liberté totale ».

« Réaffirmé » et non « annoncé » : la nuance lexicale a son importance car, aux yeux des autorités de transition, l’ancien chef de l’État est en liberté depuis le 6 avril dernier, date à laquelle il a rejoint son domicile ouagalais de la Patte d’Oie, après avoir passé plus de deux mois en résidence surveillée dans une villa ministérielle de Ouaga 2000. Une version contestée par ses proches et partisans, selon lesquels Kaboré n’a jamais vraiment été libéré, malgré son retour chez lui.

Visite d’Issoufou à Kaboré

Lors de son entretien avec le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba au palais de Kosyam, le 21 juin, l’ex-président avait clairement indiqué à son tombeur qu’il ne pouvait rester dans cette situation, à moins que des récriminations claires lui soient signifiées. Le 2 juillet, c’était au tour de Mahamadou Issoufou, le médiateur de la Cedeao pour le Burkina Faso, d’évoquer le sujet avec le président de transition burkinabè, lors de son passage à Ouagadougou. Dans la foulée de cet entretien à Kosyam, l’ancien président nigérien était allé rendre visite à Kaboré à son domicile.

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« Nous avons utilisé cette expression de “liberté totale” car c’est celle que tout le monde – à commencer par la Cedeao – voulait entendre. Mais en réalité, le président Kaboré est totalement libre depuis le 6 avril. Certains instrumentalisent la situation en disant qu’ils ne peuvent pas le voir, alors que c’est juste lui qui ne veut pas les recevoir », affirme un proche de Paul-Henri Sandaogo Damiba. Ce que contestent certains de ses proches qui, depuis l’annonce du gouvernement, sont allés chez lui mais n’ont pas pu le voir.

Séjour médical à l’étranger ?

Si le principe d’une liberté totale de mouvement semble désormais acquise, quelques détails restent encore à régler. Kaboré devrait continuer à vivre à son domicile de la Patte d’Oie, avec la sécurité que lui confère son statut d’ancien chef de l’État. Il n’a pas manifesté le souhait de rejoindre sa seconde villa, située à Ouaga 2000 et où réside son épouse Sika. Il devrait théoriquement pouvoir recevoir qui il souhaite, sans complications liées aux autorisations que ses visiteurs devaient jusqu’à présent obtenir.

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Sur les conseils de son médecin personnel, l’ex-président pourrait ensuite s’envoler à l’étranger dans les semaines à venir pour y passer un contrôle – probablement en France, où se trouvent ses autres médecins. Ces derniers mois, sa santé alimente toutes les rumeurs. Une chose est sûre : il a perdu beaucoup de poids, et est apparu encore amaigri le 21 juin lors de son entretien avec Damiba. Selon l’un de ses intimes, Kaboré, qui est suivi depuis longtemps pour des problèmes cardiaques, s’astreint à un régime draconien pour ne pas dépasser un certain poids. Chaque jour, il fait deux heures de sport, notamment sur un vélo d’appartement, et il reçoit la visite régulière d’un kinésithérapeute.