Côte d’Ivoire : dix choses à savoir sur George Philippe Ezaley, lieutenant de Bédié

Par  - à Abidjan
Mis à jour le 19 janvier 2022 à 14:46
 

 

Georges Philippe Ezaley, secrétaire exécutif adjoint du PDCI d’Henri Konan Bédié. © Abidjan.net

 

Nommé secrétaire exécutif adjoint du PDCI par Henri Konan Bédié en novembre dernier, l’ancien maire de Grand-Bassam se retrouve propulsé sur le devant de la scène politique ivoirienne.

1. Bastion du PDCI

Né à Grand-Bassam d’une mère commerçante et d’un père bijoutier – qui fut par ailleurs roi des Nzema de Abrodiemu, au Ghana, de par sa lignée matriarcale – , Georges Philippe Ezaley est l’aîné d’une fratrie de cinq frères et sœurs. Il grandit dans le quartier France de cette ville marquée par l’histoire du Parti démocratique du Côte d’Ivoire (PDCI), où s’est notamment déroulée, en 1949, la marche des femmes venues d’Abidjan pour exiger la libération de leaders politiques emprisonnés par l’administration coloniale. Il avait pour marraine Anne-Marie Raggi, une des figures de cette mobilisation et poids lourd du parti à Grand-Bassam.

2. « Big Modjo »

Élève brillant, surnommé « Big Modjo » par ses camarades, Ezaley obtient un Bac E (mathématiques et techniques) au lycée technique d’Abidjan, où il est major de sa promotion. Il y étudie au même moment que Pascal Affi N’Guessan, futur président du Front populaire ivoirien (FPI)Hubert Oulaye, désormais directeur exécutif du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI, de Laurent Gbagbo), Amadou Soumahoro, actuel président de l’Assemblée nationale, et Théodore Mel Eg, qui deviendra maire de Cocody (il est décédé en 2019).

3. Expert de l’aviation

Il s’envole ensuite pour la France pour poursuivre ses études universitaires à Besançon. C’est là que, au début des années 1970, il commence à militer au sein du Mouvement des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (Meeci). En 1979, il décroche à Toulouse son diplôme d’ingénieur – option transports aériens – à l’École nationale d’aviation civile.

IL RESTERA DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA SODEXAM SOUS BÉDIÉ, GUÉÏ, GBAGBO ET OUATTARA

De retour en Côte d’Ivoire, il occupe plusieurs postes dans le domaine de l’aviation et de la météorologie, avant de devenir administrateur d’Air Côte d’Ivoire, d’Air Afrique, puis de l’aéroport international Félix Houphouët Boigny. De 1997 à 2019, il a été directeur général de la Société d’exploitation et de développement aéroportuaire, aéronautique et météorologique (Sodexam). Nommé à ce poste sous Henri Konan Bédié, il s’y maintient sous Robert Guéï, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, jusqu’à la crise qui oppose le PDCI et le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) en 2018.

4. Proche des militants

C’est à son retour de France, au début des années 1980, que Georges Philippe Ezaley s’engage pleinement en politique. Il fait ses classes au sein du comité PDCI de son quartier puis en tant que secrétaire général de section.

Lorsque la délégation de Grand-Bassam est créée – dirigée par Daniel Kablan Duncan, futur Premier ministre et vice-président –, il est chargé de la mobilisation au sein du bureau. La proximité quotidienne avec les militants lui permettent de construire un solide réseau et de lui faire gagner en influence au sein du parti. Lorsque Daniel Kablan Duncan est nommé vice-président du PDCI en charge de la coordination des vice-présidents, Ezaley hérite du poste de délégué du département de Grand-Bassam.

5. Maire de Grand-Bassam

En 1995, en parallèle de ses activités professionnelles, Ezaley devient membre du conseil municipal de Grand-Bassam. Cette expérience et sa position de patron local du PDCI lui valent d’être désigné candidat de la coalition RHDP (dont le parti est alors membre) aux municipales de 2013. Il remportera l’élection.

Trois ans plus tard, en 2016, sa ville, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, est frappée par un attentat terroriste sanglant. Mais ses actions visant à soutenir les entreprises locales et à redorer l’image de Grand-Bassam seront récompensés par le prix du meilleur élu local.

EZALEY EN EST AUJOURD’HUI ENCORE CONVAINCU : IL A ÉTÉ LE VAINQUEUR DES MUNICIPALES DE 2018 À GRAND-BASSAM

6. Duel crucial

En 2018, le contexte a changé : l’élection municipale de Grand-Bassam devient l’une des batailles emblématiques opposant le PDCI et le RHDP. De fortes tensions secouent la scène politique après le refus de certains militants du PDCI de rejoindre le parti unifié, au sein duquel ils craignent de voir se diluer leur famille politique.

Georges Philippe Ezaley, parrainé par son parti, se retrouve face à Jean-Louis Moulot, soutenu par le RHDP, qu’a rejoint Daniel Kablan Duncan, alors deuxième personnalité du pays. La conquête de ce bastion historique du PDCI devient un enjeu crucial pour le parti au pouvoir. Ezaley perd l’élection mais dénonce des fraudes et obtient que l’élection soit rejouée. Il la perdra de nouveau. Mais l’ancien maire en est aujourd’hui encore convaincu : il en a été le vainqueur.

7. Débarqué

Après cette séquence électorale rocambolesque, l’ancien maire de Bassam est débarqué de son poste de directeur général de la Sodexam en janvier 2019. Son remplaçant à ce poste n’est autre que son rival Jean-Louis Moulot. Là encore, Ezaley conteste la décision en justice et, en janvier 2020, la société est condamnée par la cour d’appel du tribunal de commerce pour « révocation abusive » et doit lui verser au total 145 millions de F CFA.

8. Contrôle judiciaire

En novembre 2020, après l’annonce de la victoire d’Alassane Ouattara à la présidentielle, Ezaley est – comme d’autres membres du PDCI – arrêté au domicile d’Henri Konan Bédié. Conduit à la Direction de la surveillance du territoire, il sera relâché quelques jours plus tard sous contrôle judiciaire. Il est alors notamment reproché aux opposants arrêtés la constitution du « Conseil national de transition ». La quête des responsabilités dans la crise électorale, qui a fait officiellement 85 morts et plus de 500 blessés, continue d’être au centre des débats. Le 27 décembre dernier, le procureur de la République, Richard Adou, a ainsi de nouveau pointé la responsabilité de plusieurs leaders politiques dans ces événements.

SA PRIORITÉ : FAIRE DU PROCHAIN CONGRÈS DU PDCI, PRÉVU CETTE ANNÉE, UN « PLÉBISCITE » POUR BÉDIÉ

9. Choisi par Bédié

Devenu pour les militants du PDCI l’un des symboles des difficultés rencontrées par le parti après la rupture de l’alliance entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, Ezaley a été nommé en novembre dernier secrétaire exécutif en chef adjoint chargé des délégations et des sections ainsi que des relations avec les partis politiques nationaux. Un poste stratégique, auquel il a été nommé par le patron du PDCI, qui fait de lui l’une des personnalités de premier plan du parti, engagé dans de profondes réformes internes.

La confiance que lui accorde ainsi Bédié suscite-t-elle des rivalités ? Des tensions avaient éclaté au moment de sa nomination, et les réticences du tout puissant secrétaire exécutif, Maurice Kakou Guikahué, s’étaient exprimées au grand jour. Ce dernier a obtenu le poste de vice-président du parti, d’où il entend bien jouer à armes égales avec son nouvel adjoint aux pouvoirs étendus. Ezaley, qui qualifie aujourd’hui très diplomatiquement Guikahué d’« ami de longue date », assure vouloir donner la priorité au parti et faire du prochain congrès, prévu cette année, un « plébiscite » pour Bédié. Avec la présidentielle de 2025 en ligne de mire.

10. Dialogue politique

Le nouveau secrétaire exécutif en chef adjoint se consacre actuellement à l’organisation d’une tournée à travers le pays, pour rencontrer les délégations afin de « recueillir leurs préoccupations ». Sur le plan national, il fait partie, avec Niamkey Koffi et Noël Akossi Bendjo, des trois représentants du PDCI au dialogue politique. En tant que chargé des relations avec les partis, Bédié l’associe également étroitement à ses échanges avec les autres formations politiques.