Guinée : Alpha Condé de retour à Conakry sur ordre de Doumbouya

Soigné à Abu Dhabi depuis janvier, Alpha Condé a regagné Conakry vendredi soir à la demande des « plus hautes autorités guinéennes ». L’ancien président ne souhaitait pas rentrer en Guinée.

Mis à jour le 9 avril 2022 à 09:21

 

Alpha Condé à Berlin, en novembre 2019 © Bernd Von Jutrczenka/ZUMA Press/ZUMA/REA

 

Alpha Condé est rentré à Conakry ce vendredi 8 avril, à 18h45 heure locale. Il avait quitté la Guinée le 17 janvier dernier, pour aller se faire soigner aux Émirats arabes unis. Ce séjour, qui devait initialement durer un mois, sous réserve d’avis médical contraire, avait été prolongé de plusieurs semaines.

Le retour de l’ancien président, renversé par le colonel Mamadi Doumbouya le 5 septembre dernier, met un terme aux rumeurs qui couraient ces dernières semaines en Guinée, selon lesquelles les raisons de santé invoquées pour laisser partir Alpha Condé n’étaient qu’un alibi pour lui permettre d’entamer un exil doré à l’étranger. Il intervient au lendemain du placement sous mandat de dépôt d’Ibrahima Kassory Fofana, l’ex-chef du gouvernement qui venait d’être porté à la tête du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc-en-ciel), et de trois anciens ministres, tous soupçonnés de corruption.

Brazzaville était prêt à l’accueillir

Ce retour, Alpha Condé ne l’a pas souhaité dans les délais qui lui ont été imposés. Convoqué au ministère émirati des Affaires étrangères vendredi matin, il s’est vu signifier la fin de son séjour à Abu Dhabi. Surpris, il a alerté ses proches, en quête d’une destination autre que la Guinée. Selon nos informations, le Congo était déjà prêt à l’accueillir, n’eût été l’opposition des Émiratis. Au lendemain du coup d’État, Denis Sassou Nguessou avait déjà offert de l’accueillir à Brazzaville, mais Alpha Condé avait préféré décliner l’invitation.

Aux membres de la toute première mission de la Cedeao dépêchée à Conakry, le lendemain du putsch, il avait assuré vouloir rester en Guinée. À l’époque, il « se faisait l’illusion d’être encore au pouvoir », avance un membre de son entourage. Sept mois après, il a dû se rendre à l’évidence.

Pendant son séjour à Abu Dhabi, ses « hôtes » l’ont soumis à une étroite surveillance. Alpha Condé était privé de ses téléphones et vivait vingt-quatre heures sur vingt-quatre sous la garde des services de sécurité locaux. Les Émirats n’ont voulu accorder à Alpha Condé ni l’asile ni la permission de choisir une autre destination que Conakry.

Un retour exigé par Mamadi Doumbouya ?

Le 21 mars, Morissanda Kouyaté, le ministre guinéen des Affaires étrangères, a été reçu par Mohamed al-Shamsi, son homologue émirati, à Abu Dhabi. Dans un courrier qu’il lui a adressé deux jours plus tard, consulté par Jeune Afrique, le chef de la diplomatie guinéenne a détaillé le contenu de leurs échanges.

Après avoir remercié les autorités émiraties pour avoir « transporté, hébergé et soigné » l’ancien président, Morissanda Kouyaté leur a « clairement indiqué que les récents agissements d’Alpha Condé [étaient] une réelle menace pour la paix et la stabilité en Guinée et qu’ils [violaient] les termes de la lettre d’engagement signée par la Cedeao, ainsi que l’esprit de l’action humanitaire que le président de la transition a volontairement prise en sa faveur ». Une allusion à la fuite d’une lettre manuscrite et d’un enregistrement audio à travers lesquels l’ancien chef de l’État se prononçait sur la situation du pays et de son parti.

Le ministre guinéen des Affaires étrangères avait alors informé son homologue que « les plus hautes autorités guinéennes  demand[aient] que l’ancien président soit rendu à la partie guinéenne dans les meilleurs délais ».

Retour du dispositif sécuritaire à Landréah

Selon un proche de l’ancien président, Alpha Condé a posé ses valises dès vendredi soir à son domicile de Dixinn Landréah « où le dispositif sécuritaire a été remis en place ». Dans cette résidence qu’il occupait avant son départ, il retrouve son épouse, Djénè Kaba Condé, qui séjournait en France pour des raisons médicales et qui est rentrée à Conakry fin février.

Alpha Condé libre constituait-il un trop grand risque pour la tranquillité des nouveaux maîtres du pays ? Mamadi Doumbouya souhaite visiblement garder son prédécesseur sous contrôle strict.