Témoignages

 

Med Hondo, cinéaste rebelle et anticolonialiste

Mis à jour le 23 octobre 2021 à 10:28
 



L'acteur, réalisateur, scénariste et producteur franco-mauritanien Abib Mohamed Medoun Hondo, dit Med Hondo, à Paris, le 25 mars 2018. © Frédérique Jouval pour JA

 

Une rétrospective du réalisateur mauritanien est organisée à Paris à l’occasion de la restauration numérique de deux de ses films. Une excellente manière de (re)découvrir ce cinéaste méconnu.

En ce début d’octobre, la pluie n’a pas effrayé les nombreux spectateurs qui font la queue devant le Grand Action, cinéma indépendant du Quartier Latin à Paris. Cette foule, jeune et bigarrée, est venue découvrir « Soleil Ô », de Med Hondo. Le film en noir et blanc de 1971 est diffusé en clôture d’une rétrospective consacrée au réalisateur mauritanien, suite à la restauration numérique de deux de ses chefs-d’oeuvre : « West Indies, les nègres marrons de la liberté » (1979) et « Sarraounia » (1986), par le Harvard Film Archives, en collaboration avec Ciné Archives.

Une très (trop ?) rare occasion de redécouvrir les œuvres méconnues, presque oubliées, de ce cinéaste rebelle qui aura dédié sa vie au cinéma engagé, et dont la carrière est souvent résumée à ses (indéniables) talents de doubleur, en particulier d’Eddy Murphy.

Med Hondo naît cependant loin du 7e art, dans un petit village de Mauritanie, en 1936. Sa famille appartient à la communauté des Haratines, celle des esclaves libérés dont les descendants sont souvent considérés par leurs anciens maîtres comme étant encore leur propriété. Après des études hôtelières à Rabat, il débarque à Marseille en 1958. Il exerce un peu tous les métiers : serveur, cuisinier, plongeur, docker. Avant finalement de découvrir le métier d’acteur.

Premiers pas difficiles

Rendu à Paris, il suit les cours de Françoise Rosay, actrice française légendaire, tout en travaillant dans des restaurants pour subvenir à ses besoins. Les fils de la comédienne, qui travaillent tous dans le cinéma, l’aident à faire ses premiers pas en tant que figurant. On peut le voir dans « Paris blues » de Martin Ritt (1961) avec Paul Newman et Sidney Poitier, mais aussi dans « Masculin Féminin » de Jean-Luc Godard (1966), ou « Un Homme de trop » de Costa-Gavras.

Mais ces contrats sont trop rares. « Lorsque je me présentais dans les maisons de production, de cinéma, ou de théâtre, on me regardait comme si je descendais de la planète Mars et on me faisait comprendre clairement qu’il n’y avait rien pour moi », explique-t-il dans « Un cinéaste rebelle » (Présence Africaine, 1994), un livre d’entretien avec Ibrahima Signaté.

SOLEIL Ô EST UN CRI DE RÉSISTANCE CONTRE LE RACISME ET L’OPPRESSION DANS LA FRANCE DES ANNÉES 60  https://www.youtube.com/watch?v=ye3zIF2rGuQ&feature=emb_imp_woyt

De cette frustration, il tire une rage qui ne le quittera plus. Il fonde la compagnie théâtrale Griot-Shango avec Robert Liensol et multiplie les créations scéniques. Mais le théâtre est trop éphémère pour Hondo. Il veut créer quelque chose qui reste. Ce sera le cinéma. Encore très inexpérimenté, il tourne son premier film à la toute fin des années 1960 : « Soleil Ô ». Celui-ci narre l’histoire d’un immigré noir qui arrive à Paris pour découvrir le « pays de ses ancêtres les Gaulois ». Cherchant du travail, un logement, de l’amitié, il ne rencontre que le rejet, et l’humiliation. C’est un cri de résistance contre le racisme et l’oppression dans la France des années 60.

Med parle même du « vomissement » d’une société française où l’immigré n’a pas sa place, mais aussi d’un cinéma français « où l’Africain n’existe pas ». Cinquante ans après sa sortie, le film montre encore toute sa pertinence : on y parle avec ironie d’une colonisation de la France par les Noirs, un demi-siècle avant les « théories » racistes du « grand remplacement ». Une scène est particulièrement révélatrice de l’acuité du réalisateur : des immigrés, arrivés en France, sont rebaptisés avec des prénoms « bien français » tels Victor, Bernard, Martin… Comme l’écho d’un passé xénophobe qui ne cesse de résonner, notamment dans les élucubrations bien actuelles d’un Eric Zemmour.

Le film est pourtant fait avec des bouts de ficelle : « On tournait le weekend, quand Med avait un peu d’argent pour louer la caméra et acheter de la pellicule et qu’il pouvait réunir ses amis acteurs. Tout le monde était bénévole. Moi, c’était mon premier film, je sortais tout juste du service militaire », se souvient avec émotion François Catonné, le chef opérateur qui l’accompagnera sur trois films et une pièce de théâtre.

SON DEUXIÈME FILM PROUVE QUE MED HONDO N’A RIEN PERDU DE SA RAGE https://www.youtube.com/watch?v=OduCmPX-Amc

Malgré ces conditions de création, le film est sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes. Et il reçoit le Léopard d’or au festival de Locarno. Mais en termes de réussite commerciale, c’est une autre histoire. Film fauché, « Soleil Ô » est aussi un film qui n’est (quasiment) pas distribué. À sa sortie en France, on ne peut le voir que dans une seule salle à Paris…

Et pourtant, le réalisateur mauritanien ne se laisse pas abattre. Il réalise son deuxième long-métrage « Les Bicots-nègres : vos voisins » (1972), de nouveau dans des conditions précaires, en faisant preuve d’une invention visuelle remarquable. Tantôt soliloque habité sur les conséquences de l’importation en Afrique d’un cinéma occidental à l’imagerie raciste, tantôt documentaire novateur sur les conditions de vie des travailleurs immigrés en France, ce deuxième film prouve que Med, dont le cœur penche du côté du communisme et de de la lutte contre l’exploitation, n’a rien perdu de sa rage. Il contient même des cours très sarcastiques sur l’économie néo-colonialiste…

Faire vivre le cinéma africain

Dans ces deux premiers longs-métrages, Med s’évertue à déconstruire les codes du cinéma occidental, où l’Africain n’a que trop rarement sa place. Par la suite, il se donnera pour mission de faire vivre ce cinéma africain qu’il appelle tant de ces vœux, en allant puiser dans l’Histoire du continent au sens large. « West Indies, les nègres marrons de la liberté » (1979) est une comédie-musicale à l’ambition folle, sur l’esclavage aux Antilles, qui se passe sur cinq siècles dans un décor – un bateau de 67 m – construit dans les anciennes usines de Citroën. « Sarraounia » (1986), est quant à lui un film épique en cinémascope sur une reine nigérienne qui s’est opposée à la colonisation française au XIXe siècle.

« Avec son premier film, il avait réussi à prouver qu’il était un futur grand cinéaste… Avec West Indies, et Sarraounia il prouvait qu’il n’avait rien à envier aux géants du cinéma mondial », dit François Catonné. Mais ces tournages complexes, avec beaucoup de figurants, nécessitent une grande autorité. « Il était très exigeant, travailler avec lui était compliqué ! », concède le chef opérateur.

« Ce qui est intéressant avec l’œuvre de Med Hondo, c’est qu’elle offre une critique bi-directionnelle : il attaque l’impérialisme occidental, mais aussi l’attitude de certains Africains », analysait, juste après la projection de « Soleil Ô » au Grand Action, Amzat Boukari-Yabara, docteur en histoire et civilisations de l’Afrique à l’université Carlton (Canada), et auteur de « Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme » (La Découverte).

Une reconnaissance venue de l’étranger

Cette intransigeance et ces critiques tous azimuts vont lui créer bien des inimitiés. Et lui causer bien des problèmes. En particulier financiers. L’histoire du financement de « Sarraounia » – sauvé in extremis par un Thomas Sankara tout juste arrivé au pouvoir au Burkina Faso – mériterait un film à lui tout seul. Jusqu’à la fin, il devra se battre pour exercer son métier. Il choisira même d’hypothéquer sa maison pour faire son dernier long-métrage, « Fatima l’Algérienne de Dakar ».

QUELQUES MOIS AVANT SA MORT, IL RECEVAIT UNE LETTRE DE MARTIN SCORSESE FAISANT L’ÉLOGE DE SOLEIL Ô

À sa disparition, en 2018, les hommages se multiplient. Mais ils ne vantent que la carrière de Med dans le doublage. « On ne parlait que de l’âne de Shrek », regrette Amzat Boukari-Yabara. Med était lui plus mesuré. Il expliquait ainsi à François Catonné quelques mois avant de mourir : « Le doublage pour moi, c’était une roue de secours formidable. Ça m’a sauvegardé d’attendre de trouver du travail dans le métier […] Ce n’était pas du cinéma tout à fait, ce n’était pas non plus du théâtre, mais c’était un mix […] et ça m’a sauvé de bien des misères ».

Si la reconnaissance n’est jamais venue de France, il l’aura reçue de l’étranger. Quelques mois avant sa mort, il recevait une lettre de Martin Scorsese faisant l’éloge de « l’intégrité, le degré d’inventivité cinématographique et la vision unique de Soleil Ô ». Grâce, entre autres, au réalisateur américain, le film a été restauré en 2017, dans le cadre de l’African Film Heritage Project, et est accessible en VOD sur la chaîne Criterion Channel, et dans le coffret Martin Scorsese’s World Cinema Project no 3. Il est aussi régulièrement diffusé ; rien que pour cet automne, on peut le voir à Ouagadougou, à Saint-Denis de la Réunion, et à Cologne.

Le rêve serait désormais que l’ensemble des œuvres de Med sortent en coffret DVD ou Blu-ray. Pour qu’enfin, en France comme en Afrique, on puisse (re)découvrir les œuvres de ce cinéaste hors du commun.


La rétrospective Med Hondo sera reprise au cinéma parisien l’Archipel les week-ends des 23 et 30 octobre.

Mali : Moussa Timbiné s’émancipera-t-il du RPM ?

Par  - à Bamako
Mis à jour le 24 octobre 2021 à 10:34
 


Moussa Timbiné le 23 novembre 2019, à Bamako. © Amaury BLIN / hanslucas.com

RENCONTRE AVEC… L’un des plus éphémères présidents de l’Assemblée nationale du Mali. Arrêté en août 2020 en même temps qu’Ibrahim Boubacar Keïta, son mentor, Moussa Timbiné a créé son mouvement politique en juillet dernier.

Nous retrouvons Moussa Timbiné dans un café de quartier du nord-est parisien. Cela fait déjà plus d’un an qu’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), dont il fut l’un des plus proches lieutenants, a été renversé et que lui-même a été arrêté. Membre fondateur du Rassemblement pour le Mali (RPM), le parti d’IBK, il n’est plus apparu en public depuis des mois.

Comme nombre de proches de l’ancien président, ce natif de Dè, dans le cercle de Bandiagara, a souhaité « prendre le temps de la réflexion ». Entre Bamako et Paris, il a regardé comment évoluait la transition. « Après mon arrestation, je n’ai pas souhaité m’impliquer directement dans la vie politique, il me fallait un moment d’observation », explique-t-il.

Fraîchement nommé à la tête de l’Assemblée nationale, Moussa Timbiné est à l’époque le deuxième personnage de l’État. Détenu à Kati pendant cinquante et un jours, dont une vingtaine avec Boubou Cissé, il est également la deuxième personne à avoir été appréhendée par les militaires putschistes en ce matin d’août 2020. Il avait posé ses valises dans la résidence dévolue aux présidents de l’hémicycle à peine deux jours plus tôt.

Moussa Timbiné et IBK se connaissaient depuis longtemps. Le premier, ancien député, a même été considéré comme l’un des fils politiques du second.

Proche de Karim Keïta ?

Au début des années 2000, Moussa Timbiné suit IBK lorsque celui-ci claque la porte de l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema- PASJ). Et qu’importe si c’est le parti dans lequel il milite depuis le lycée, où il ferraille également au sein de la très influente Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM).

Pendant les années d’IBK au pouvoir, certains soupçonnent Timbiné de préparer le terrain pour Karim Keïta. « D’aucuns ont vu dans ma désignation la patte du fils du président, qui me plaçait là pour préparer son accession au pouvoir parce qu’IBK était malade. Ce n’était pas le cas, Karim et moi n’avons jamais eu d’autre lien que notre appartenance au même parti », assure aujourd’hui l’intéressé.

Membre fondateur du RPM en 2001, soutien d’IBK à la présidentielle de 2002, il est aussi à la tête d’un « mouvement d’action patriotique » nommé « An Ka Ben » (« rassemblons-nous », en bambara). Un courant politique qui n’est associé à aucune formation, souligne-t-il : « Selon le contexte, les partis ne suffisent pas pour traiter certains problèmes auxquels le Mali est confronté et pour lesquels il faut davantage d’adhésion et de cohésion. C’est pour cela que j’ai souhaité un cadre qui s’établisse au-delà du fait partisan. »

Dans sa première mouture, le mouvement, devenu politique le 14 juillet dernier, était une plateforme citoyenne. À l’époque où il est créé, en 2015, il affiche un titre bien moins rassembleur : « Antèson », qui se traduit par « nous refusons ». « C’était un mouvement conçu pour veiller sur l’accord de paix d’Alger pour tous ceux – homme politiques, représentants de confessions religieuses ou de différentes ethnies – qui n’étaient pas directement associés aux négociations et souhaitaient avoir voix au chapitre. Je faisais passer leurs observations aux diverses parties prenantes », précise Moussa Timbiné.

Attaché au RPM

Puis le mouvement se politise. S’il reste « très attaché au RPM », dont il est encore membre, l’ancien syndicaliste s’active à épaissir les rangs de son mouvement. Notamment au sein de la diaspora. Au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Burkina, mais aussi dans l’est parisien, dont la communauté malienne représente l’une des plus importantes diasporas africaines de l’Hexagone.

Il a d’ailleurs ouvert une permanence à quelques encablures du café où il nous a donné rendez-vous. « Les Maliens de l’extérieur se sentent souvent plus à l’aise dans des mouvements comme An ka ben. Ils peuvent ainsi contribuer au développement du pays en cohésion avec d’autres compatriotes sans que leur appartenance à tel ou tel parti politique ne les divise », affirme Moussa Timbiné.

LE RPM N’A JAMAIS VOULU LIBÉRER LA PAROLE

Pour certains observateurs, le changement d’étiquette d’An ka ben est surtout le signe d’une prise de distance de Moussa Timbiné avec le RPM. Entre deux cafés, l’intéressé dresse d’ailleurs le bilan d’un parti exsangue, « pris en otage par ceux qui en tiennent les rênes » : « Le RPM n’a jamais voulu libérer la parole, ce qui a freiné son dynamisme. Avant même les législatives, nous avions lancé le renouvellement des structures. Mais une fois la date des législatives fixée [en février et mars 2020], la direction du parti a décidé de surseoir au processus en attendant la fin des élections. Depuis, les débats n’ont pas repris. Lors des scrutins, il y a eu de nombreux crocs-en-jambe, les textes du parti ont été violés par certains. Ce sont des choses qui doivent être tirées au clair », tance-t-il, pointant sans le nommer Bokary Treta, l’actuel président du parti.

Jeu ouvert

« Le premier responsable du parti se permet de proroger le mandat d’une section par-ci par-là, afin de se créer une petite majorité pour, le moment venu, être conforté à la tête de la formation, alors même que les responsabilités dans la crise n’ont pas été adressées », accuse-t-il.

JE PENSE QUE L’ÉLECTION À VENIR SE JOUERA DAVANTAGE SUR DES QUESTIONS D’HOMMES QUE DE PARTIS

À 48 ans, Moussa Timbiné a-t-il changé les statuts de son mouvement afin de pouvoir rebondir si le RPM ne se relevait pas de la crise politique qui l’a bouté hors du pouvoir ? À ceux qui voient dans cette prise de distance les prémisses d’une course en solo vers Koulouba, il répond qu’« il ne faut rien exclure ». « Le jeu est très ouvert, poursuit-il. Je pense que l’élection à venir se jouera davantage sur des questions d’hommes que de partis. Mais il faut un leader qui acquière l’assentiment du peuple malien et qui soit capable de fédérer au-delà du fait partisan. »

Moussa Timbiné pourrait-il se lancer en solitaire ou créer la surprise en devenant le prochain visage du RPM pour la présidentielle ? « Je ne suis pas demandeur, mais je serai peut-être preneur. »

Mali : dix choses à savoir sur le chérif de Nioro, le chef religieux qui veut prolonger la transition

Mis à jour le 20 octobre 2021 à 09:30


chérif de Nioro, en septembre 2020. © MICHELE CATTANI / AFP

 

Chef des hamallistes, Mohamed Ould Checkne, dit « Bouye », est une figure importante de la scène politico-religieuse malienne. Depuis quelques mois, cet imam demande que l’élection présidentielle de février 2022 soit repoussée.

1. Fils d’un résistant

Né en 1937, Mohamed Ould Cheikh Hamahoullah, dit « Bouye », est le huitième d’une fratrie de dix enfants. À Nioro du Sahel, il dirige la famille Hamahoullah. Dans Chérif Hamahoullah, homme de foi et résistant (Éd. L’Harmattan), l’historien mauritanien Alioune Traoré dit de lui qu’il « est réputé pour sa piété ». Son père, Cheikh Hamahoullah, était un mystique soufi et un résistant à l’administration coloniale française qui le considérait comme « dangereux » et « anti-français », selon le journaliste et historien Seidina Oumar Dicko dans Hamallah, le protégé de Dieu (Éd. Al Bustane). Figure importante de l’islam en Afrique de l’Ouest, Cheikh Hamahoullah a fondé le hamallisme, un mouvement d’obédience tidjani dont le berceau est Nioro du Sahel, dans la région de Kayes, à l’ouest du Mali.

2. Chef spirituel…

Depuis 1966, seul enfant vivant de Cheikh Hamahoullah, Bouye dirige la zawiya hamalliste de Nioro du Sahel. Cette position lui confère un rôle incontournable sur la scène politico-religieuse malienne.

Certains n’hésitent pas à appeler Nioro du Sahel – où plusieurs obédiences de la Tidjaniya coexistent – le « Qom malien », en comparaison à cette ville iranienne qui a vu naître les premières secousses de la révolution islamique et ville sainte des chiites.

3. … Et commerçant

Le chérif de Nioro n’est pas seulement un guide religieux. C’est aussi un grand commerçant, importateur de produits alimentaires, qui a la réputation de pratiquer des prix relativement bas. Il bénéficierait d’un système de dégrèvement fiscal de la part des autorités. « Ces exonérations permettent aux populations d’accéder à des produits de moindre coût, ce qui consolide davantage l’assise du chérif de Nioro », confie un anthropologue originaire de Nioro du Sahel.

Il est issu d’une lignée de négociants. Son grand-père était commerçant à Kamba (Ségou), où est également né son père. Le développement des activités économiques a été « impulsé par les commerçants et hauts fonctionnaires membres de la confrérie », explique le journaliste mauritanien Lemine Ould Mohamed Salem, fin connaisseur de la région. Elles ont pour but premier de « mettre fin à l’isolement économique de Nioro et de faire vivre la région qui était par le passé un grand carrefour commercial, mais a perdu cette position depuis l’indépendance », ajoute Lemine Ould Salem.

4. Partisan d’IBK

Il s’est distingué dans la sphère religieuse par son positionnement partisan. En 2013, lors des élections présidentielles, il n’a pas hésité à donner une consigne de vote en faveur d’Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », candidat du Rassemblement pour le Mali (RPM), qui a raflé la mise au second tour avec 77,6 % des suffrages. Il avait même publiquement annoncé avoir mis la main à la poche pour financer la campagne de ce dernier, à hauteur de 100 millions de francs CFA (environ 152 000 euros). Cinq ans plus tard, le chérif de Nioro, soutenu par l’influent imam Mahmoud Dicko, n’a pas hésité à déclarer publiquement sa « déception » vis-à-vis d’IBK, alors candidat à sa propre succession.

Pourtant, en pleine contestation du Mouvement du 5 juin–Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), il était apparu en soutien d’IBK. Un retournement qui lui avait valu des accusations de trahison de la part des partisans du M5-RFP dont l’autorité morale n’était autre que… Mahmoud Dicko.

Dans le gouvernement restreint mis en place par Ibrahim Boubacar Keïta et dirigé par Boubou Cissé, Abdoulaye Daffe, ministre de l’Économie et des Finances, arrêté par les putschistes en août 2020, est présenté comme l’un des protégés du chérif. Ce dernier s’était absenté lors du premier Conseil des ministres pour se rendre chez le chérif de Nioro. Il aurait également, à cette époque, proposé Choguel Maïga au poste de ministre de l’Administration territoriale.

5. « Directeur de conscience » de Mahmoud Dicko

Le chef des hamallistes est présenté comme le « directeur de conscience » de l’imam Dicko, qui s’est toujours aligné sur ses positions et décisions. Ce fut notamment le cas en 2018 lorsque le chérif a retiré son soutien au président Keïta, qu’il avait pourtant soutenu en 2013.

Dans sa thèse intitulée Les Formes d’articulation de l’islam et de la politique au Mali (2015), Boubacar Haidara écrit : « Si idéologiquement chérif Bouye Haïdara est naturellement plus proche de chérif Ousmane Madani Haïdara, du fait de leur appartenance commune au soufisme, il semble toutefois partager les aspirations politiques de Mahmoud Dicko. Cette cause commune les a ainsi réunis autour de Sabati 2012 [un mouvement de jeunes musulmans, ndlr]. »

Cependant, si le chérif de Nioro et l’imam Dicko ont un positionnement commun sur les questions de gouvernance et de politique, Gilles Holder, anthropologue au CNRS et spécialiste des dynamiques sociales de l’islam, a émis des doutes quant à la pérennité de cette alliance.

6. Après IBK, Aliou Boubacar Diallo

En 2018, lorsque le chérif de Nioro retire son soutien à IBK, il appelle à voter pour Aliou Boubacar Diallo, riche entrepreneur minier, lui-même ancien soutien financier d’IBK, et par ailleurs descendant d’un compagnon du fondateur du mouvement hamalliste.

7. La tête de Boubeye

À Bamako, le 10 février 2019, un meeting est organisé au stade du 26-mars par le Haut conseil islamique du Mali, alors dirigé par l’imam Mahmoud Dicko. La mauvaise gouvernance, l’instabilité sécuritaire ou encore la présence française sont la cible des orateurs. À la tribune, l’envoyé de Bouye a une cible privilégiée : « Le chérif de Nioro exige la démission du Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga. Cette démission peut atténuer le différend qui oppose le chérif au président. » Une prise de position qui intervient en pleine polémique sur le contenu de manuels scolaires sur l’éducation sexuelle. Soumeylou Boubeye Maïga finira par rendre son tablier quelques semaines plus tard.

8. Brouille avec Karim Keïta

En 2013, après l’accession d’IBK au pouvoir, le fils de ce dernier, Karim, ambitionnait de se porter candidat aux élections législatives en commune II du district de Bamako. Mais son président de père s’y opposa fermement. Le chérif de Nioro est alors intervenu pour convaincre Ibrahim Boubacar Keïta de changer d’avis.

Depuis, les relations entre les deux hommes ont radicalement changé. Lorsque le Premier ministre Boubou Cissé avait rendu visite au chérif de Nioro pour lui demander de plaider auprès du M5-RFP afin de convaincre les cadres du mouvement de renoncer à la marche du 29 juin, celui-ci lui avait fait passer le message qu’il fallait écarter Karim Keïta du pouvoir. Quelques mois plus tard, après la chute du président malien, il avait expressément appelé les militaires putschistes à ne pas collaborer avec le fils de l’ancien président.

9. Il soutient les militaires, mais…

Dans les mois qui ont suivi l’installation des autorités de transition, en 2020, le chérif de Nioro s’est d’abord montré critique envers les nouveaux maîtres de Bamako, bien qu’il se soit publiquement prononcé en faveur des militaires pour diriger la transition.

Lors de ses sermons du vendredi, dans sa zawiya de Nioro du Sahel, il a plusieurs fois dénoncé sa mise à l’écart par les nouvelles autorités, regrettant notamment de ne pas avoir été consulté lors de la mise en place du Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif de la transition.

Début 2021, il réclame le limogeage de Bintou Founé Samaké, la ministre de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille du gouvernement de Moctar Ouane. Sa faute ? Avoir voulu faire passer un avant-projet de loi sur les violences basées sur le genre, considéré comme un « projet de l’Occident » par le Haut conseil islamique du Mali.

Depuis quelques mois, ces critiques ont cependant cédé la place à des appels récurrents à soutenir la transition.

10. Pour la prolongation

Le vendredi 23 juillet, à la fin de la prière, le chérif de Nioro, s’est clairement exprimé : « Si vous voulez qu’on avance, donnons-nous du temps. Nous, Maliens, devons œuvrer à ce que cette transition soit prolongée. Si nous avons l’espoir et l’ultime conviction que les autorités actuelles de la transition peuvent mieux faire, je demande une prolongation de 2 à 3 ans de la transition », a-t-il déclaré, dans des propos qui ont ensuite été confirmés par son chargé de communication.

kiye2021
L'hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°13 du jeudi 21 octobre 2021:  "Opter pour la vie en Dieu c'est se faire détester  par les antichrists. Voilà le sens de la division. "  
Textes du jour :
Rm 6, 19-23
Lc 12, 49-53
Bien-aimés dans le Seigneur, recevez nos salutations depuis la paroisse de Nioro du Sahel dans le diocèse de Kayes au Mali. 
« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division » (Lc 12, 49-53)
Bien-aimés dans le Seigneur, vivre les exigences de la vérité n'est pas un plat que l'on retrouve sur toutes les tables à la noce. La recherche des plaisirs de ce monde, nous pousse souvent à taire la vérité pour obtenir le bien de ce monde, sans penser au trésor qui ne connaîtra ni souillure ni vieillesse dans le Royaume des Cieux. Mais, disons nous, est-ce facile de prendre librement une position contraire à l'idéologie de sa famille biologique, religieuse ou politique ou à un autre groupe donné auquel on appartient lorsque l'on est conscient que c'est ce que Jésus attend de nous ? Bien souvent nous sombrons dans un fanatisme aveugle par peur du regard des hommes ou par peur de perdre tel ou tel avantage. Nous jonglons entre les vérité et nous croyons que c'est cela être sage. À la manière du monde, oui. Malheureusement cela nous fait  perdre gros devant Dieu.
Frères et sœurs en Christ, le choix de la vie en Dieu n'est jamais facile. Il nous coupe généralement du monde et personne ne nous comprendra. Nous serons traités de durs, de mauvais, de méchants parce que notre approche est différente des autres. Que cela ne nous déconcerte pas. Si l'on a traité ainsi le bois vert que fut Jésus-Christ lui-même, qu'en sera-t-il du bois sec que nous sommes ?
Oui bien-aimés dans le Seigneur, que jésus nous certifie qu'il était venu apporter non pas la paix mais la division sur terre n'a de sens que par rapport à l'option préférentielle entre ceux qui acceptent de vivre dans la vérité qu'il incarne et par-là ', perdent les avantages de ce monde et ceux qui optent pour les avantages du monde. Conscient que nul n' est parfait même lorsque l'on opte pour la vie en Dieu,  nous voulons ici insister sur l'effort à faire pour vivre la vie en Dieu. Et cet effort n'est possible que par une opération mentale qui nous permet d'évaluer les actes que nous posons dans la société surtout envers les autres. Il nous arrive de voir que tel acte posé, ne rume en rien, ne lui ôte jamais ce qu'il a de fondamentalement humain: sa dignité d'enfant de Dieu. Et lorsque j'y réfléchis en moi-même, cela m'ispire la honte de l'avoir commis surtout s'il n'est même pas au courant. C'est ce que Saint Paul clarifie dans la première lecture, en employant un langage humain, dit-il, adapté à notre faiblesse lorsqu'il dit:
"Qu’avez-vous récolté alors, à commettre des actes dont vous avez honte maintenant ?" (Rm 6, 19-23) Nous pouvons renchérir en disant : Qu'avez-vous récolté commettant telle injustice, en trompant votre partenaire, en salissant la réputation de votre frère ou de votre sœur par des mensonges grossiers ? Qu'avez-vous gagné en falcifiant le dossier de votre collègue, en vous livrant à la débauche pour avoir du travail ou une promotion? Qu'avez-vous gagné , en favorisant X en lieu et place de Y ? Peine perdue. 
 Par contre vivre dans la vérité de Dieu nous garantit la vie. La vie en Dieu nous rend libres de toutes pesenteurs existentielles. Nous ne serons esclaves d'aucune idéologie partisane. Et au finish, nous garantit l'héritage impérissable : la vie éternelle. 
Le Seigneur soit avec vous !
✍🏾Père KIYE M. Vincent, Missionnaire d'Afrique
Paroisse de Nioro du Sahel
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Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)