Témoignages

 

kiye2022

L'hebdomadaire de la paroisse de Nioro du  n°40 du vendredi 20 mai 2022: l'amour dans la vérité libère les énergies vitales au grand bénéfice du prochain (Une réflexion du Père Vincent KIYE,  Mafr)
Textes du jour :
1ère lecture : Ac 15, 22-31
Évangile : Jn 15, 12-17
« Voici ce que je vous commande : c'est de vous aimer les uns les autres » (Jn 15, 12-17)
Bien-aimésdansleSeigneur, depuis le dimanche dernier ce thème de l'amour du prochain revient avec insistance. Qu'est-ce que Jésus veut nous dire de plus par rapport à l'amour, nous qui nous croyonsdéjàdesdocteurs, mieuxdes experts dans ce domaine? Quelle est la portée sémantique de cet amour ?
 
Pour en saisir les enjeux, revenons sur la première lecture de ce jour. 
En effet,  dans la première lecture de ce vendredi, les apôtres se sont retrouvés devant un traitement injuste vis-à-vis des frères issus des nations païennes c'est-à-dire des nouveaux convertis. Un incident qui plongea ceux-ci dans le désarroi comme le reprennent les apôtres en ces termes: "Attendu que certains des nôtres, comme nous l’avons appris,sont allés, sans aucun mandat de notre part,tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi...". Ils envoyèrent alors Barnabé et Paul pour s'enquérir de la situation afin d'y tenter une réparation. Mais pourquoi une telle exigence ou un tel traitement vis-à-vis des nouveaux convertis ?
 
Cela ne peut être que la conséquence du manque d'amour de l'autre, comme cette force intérieure qui pousse à agir favorablement pour la promotion de l'autre, écartant par ce fait, toute marque d'injustice et tout comportement inhumain. L'ayant perçu, et  dans le souci de réparer ces injustices, les apôtres s'engageront à poser des bases à une nouvelle humanité qui voit dans l'autre, malgré sa différence, un fils de Dieu digne d'un traitement humain, lorsqu'ils diront: "L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidéde ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent :vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles,du sang,des viandes non saignées et des unions illégitimes."
Oui chers frères et sœurs en Christ,  le manque d'amour est un danger qui ressemble à un monstre à plusieurs têtes. Car il peut pousser l'homme à se servir de la loi, des constitutions, des règlements et même de la parole de Dieu pour nuire à l'autre. Cette formule employée par les apôtres pour défendre ces nouveaux convertis dans la première ne nous est certes, pas nouvelle. Posons-nous la question à quel prix et dans quelle circonstances l'employons-nous? Est-ce pour garantir la dignité et la promotion de l'autre ou pour détruire l'autre? Oui,  quand nous avons l'amour dans nos cœurs, la loi et même la parole de Dieu devient un instrument pour la promotion humaine. Le manque d'amour à cet effet devient du poison.
Demandons la grâce d'un amour dans la vérité qui libère des énergies vitales pour la construction d'un monde plus humain et plus fraternel ; un monde sans armes ni larme. Amen.
Le Seigneur soit avec vous !
✍🏾 père KIYE M.  Vincent,  Missionnaire d'Afrique 
Paroisse de Nioro du Sahel dans le diocèse de kayes 
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Whatsapp : +22372657482
 
 
L'hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°41 du dimanche 22 mai 2022: l'amour véritable est cette lumière dont notre monde a tant besoin aujourd'hui (Une réflexion du Père Vincent KIYE, Mafr)
Textes du jour :
1ère lecture :  Ac 15, 1-2.22-29
Deuxième lecture : Ap 21, 10-14.22-23
Évangile : Jn 14, 23-29
Bien-aimés dans le Seigneur,  recevez nos salutations fraternelles depuis la paroisse de Nioro du Sahel dans le diocèse de kayes au Mali. 
« Moi, Jean, j’ai vu un ange. En esprit, il m’emporta ...(et) me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel d'après de Dieu. » (Ap 21, 10-14.22-23)
Que peut-on retenir de cette vision de Saint Jean ? A quelle condition tout cela est-il possible ? Ladite ville, precise Saint Jean, n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer,car la gloire de Dieu l’illumine : son luminaire, c’est l’Agneau. Oh Seigneur ! Qu'est-ce que tu veux nous dire encore par là?
Bien-aimés dans le  Seigneur, la liturgie de ce sixième dimanche de pâques qui est une continuité de ce que nous avions  célébré le dimanche dernier nous invite à comprendre combien notre monde, nos villes et villages, nos différents groupes et associations voire nos cœurs sont dans le noir et pour ce fait,  nous avons besoin de la lumière du Seigneur pour les éclairer. Et cette lumière qui dépasse toutes les lumières c'est bien l'amour. Celui de Dieu avant tout, de soi-même, du prochain et du monde créé. Il ne fait jamais sombre là où on s'aime véritablement. Tout l'enseignement du Christ en ce monde, se résume en ce seul vocable: l'amour; de Dieu, de soi-même et du 
Prochain.  Voilà pourquoi Jésus précise que 
« L’Esprit Saint vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 23-29)
Un amour  pleinement vécu dissipe les ténèbres de l'ignorance d'autant plus qu'on ne cache plus rien à l'autre, on l'aide à connaître afin de devenir meilleur.  Un amour vécu pleinement détruit les murs de la haine, de la jalousie, de la violence, de la xénophobie, du tribalisme, du régionalisme, des différences qui deviennent sources des tensions et de division, pour faire de l'humanité un seul peuple de Dieu. L'amour authentique véritable fait oublier dans la mémoire du peuple, des expressions comme, meurtre, trahison, infidélité, divorce, insulte, bagarre, mensonge, etc. L'amour véritable voit en l'autre,  un partenaire existentiel, celui avec qui je m'engage pour la transformation de monde, peu importe sa race, sa religion et son origine. L'amour véritable détruit les murs des injustices faisant subir aux autres ce que nous ne pouvons pas supporter nous mêmes. L'amour authentique instaure le droit et la justice comme le firent les apôtres lorsqu'ils dirent : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci qui s’imposent » (Ac 15, 1-2.22-29). Il ne se sert pas des lois  pour nuire ou faire souffrir les autres. Il travaille à la promotion d'une nouvelle humanité. C'est à cette seule condition, c'est en semant l'amour en nous et autour de nous que cette vision de Saint Jean s'accomplir dans  l'aujourd'hui de notre histoire; que notre monde, que nos villes et villages, que nos groupes et associations etc, deviendront  des lieux suffisamment éclairés par la lumière qui vient d'auprès de Dieu. Amen. 
Le Seigneur soit avec vous !
✍🏾 Père KIYE M.  Vincent, Missionnaire d'Afrique 
Paroisse de Nioro du Sahel dans le diocèse de kayes
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Kemi Seba, du Mali au Burkina Faso : à la gloire des putschistes

Le militant panafricaniste radical, récemment en tournée au Mali et au Burkina Faso dirigés par de jeunes colonels, a expulsé de son meeting

une journaliste de TV5 Monde.

Mis à jour le 18 mai 2022 à 12:02
 

 

Kemi Seba, le président de l’ONG Urgences panafricanistes.. © DR

 

« Si vous êtes de Jeune Afrique, dehors ! Si vous êtes de RFI, dehors ! Si vous êtes de France 24, dehors ! Si vous êtes de TV5 Monde, dehors ! Si vous êtes du torchon Le Monde, dehors ! Si vous êtes de Libération, dehors ! »

Au pays de Norbert Zongo, journaliste burkinabè assassiné en décembre 1998, le militant panafricaniste Kemi Seba affiche d’entrée la couleur, dans une vidéo postée sur sa page Facebook. Les journalistes, dehors ! Une posture beaucoup plus rigide que face, par exemple, aux médias russes SputnikNews et Russia Today, avec lesquels il n’éprouve, en revanche, pas de pudeur à parler.

Lorsqu’il officiait sur la chaîne sénégalaise 2STV, Kemi Seba se définissait comme « polémiste ». Mais désormais, l’homme évite tout entretien contradictoire. En guise de discussion, il vous renverra à l’ADN de votre média, et s’il y trouve une touche d’Hexagone, votre compte est bon. Une fatwa sur Facebook, adressée à son million et quelque deux cent mille « fans », et vous pourrez raser les murs le temps que les choses se calment.

Expulsion

Ce 13 mai, à la Maison du peuple de Ouagadougou, où il venait tenir un meeting, le président de l’ONG Urgences panafricanistes a fait expulser par le service d’ordre, dès l’entame de son propos, notre consœur Fanny Noaro-Kabré, journaliste à TV5.

Encadrée par des gros bras aux tee-shirts oranges, sa caméra à l’épaule et un sourire ironique aux lèvres, malgré les quolibets et gestes d’hostilité lancés par quelques militants chauffés à blanc, Fanny Noaro-Kabré a donc rebroussé chemin et quitté la salle sous la contrainte et les huées.

Officiellement, cette sortie musclée n’est pas liée à la couleur de sa peau. Franco-burkinabè, Fanny Noaro-Kabré a la peau blanche mais elle est surtout journaliste à TV5 Monde. Selon Kemi Seba, c’est uniquement ce CV, jugé problématique, qui expliquerait qu’il l’a jugée persona non grata, au point de la faire expulser manu militari de la réunion. Et pourtant, comme JA en a rendu compte depuis plusieurs années, Kemi Seba s’y connaît en expulsions arbitraires – du Sénégal au Faso, en passant par la RDC… Au point de les infliger à son tour à une journaliste venue exercer son métier dans une réunion publique ?

Fanny Noaro-Kabré n’est pourtant pas une reporter hostile venue de Paris pour dénigrer le conférencier. Elle n’est pas davantage entrée dans ce meeting par effraction. Correspondante au Burkina-Faso depuis plus de sept ans, elle a notamment couvert les activités de la Coalition des patriotes africanistes (Copa-BF), engagée dans l’événement. À la veille du meeting, elle s’est d’ailleurs accréditée en bonne et due forme sans que ses interlocuteurs ne lui indiquent qu’elle serait indésirable pour le simple fait de collaborer à TV5. Ce jour-là, c’est donc tout naturellement qu’elle a pris place dans la salle. Personne ne lui a signifié qu’elle n’y était pas la bienvenue.

Du moins jusqu’à l’entrée en scène de Kemi Seba ; et à ce happening qui allait conduire à son expulsion – sous protection et sans violence. Fanny Noaro-Kabré n’a pas souhaité réagir aux questions de JA afin de ne pas envenimer les choses.

« VOUS CROYEZ QUE NOUS SOMMES VENUS POUR JOUER ? NOUS NE SOMMES PAS VENUS POUR JOUER ! », LANCE-T-IL DANS SA VIDÉO

Contacté, Kemi Seba, lui non plus, n’a pas désiré revenir sur l’événement, préférant nous renvoyer à une vidéo récente sur sa page Facebook. Entre le président d’Urgences panafricanistes et Jeune Afrique – qui le sollicite, sans succès, à chaque article le mentionnant -, la relation est devenue compliquée. À la fin de 2013, nous l’avions pourtant rencontré longuement à Dakar, alors qu’il intervenait chaque semaine dans une émission de la 2STV. Depuis, nous avons rendu compte régulièrement de ses activités militantes, et en particulier des expulsions à répétition dont il a fait l’objet dans différents pays du continent.

Mais chez Kemi Seba, le respect est sélectif : s’il vomit un média, il s’agit d’un combat panafricain ; si un média l’égratigne un jour, ou contredit ses convictions, il le jette aussitôt en pâture à ses nombreux partisans, comme s’il s’agissait d’un crime de lèse-majesté.

« Vous croyez que nous sommes venus pour jouer ? Nous ne sommes pas venus pour jouer ! », lance-t-il dans sa vidéo, en empruntant les accents de prédicateur qu’il affectionne.

Diabolisation

Ses relations avec la Russie ou avec l’Iran, son tropisme récent, totalement assumé, en faveur des putschistes ouest-africains du Mali et du Burkina peuvent-ils faire l’objet de questions, voire d’observations critiques ? Sa réponse est invariable : Kemi Seba s’érige en héritier de Thomas Sankara et fustige quiconque ne souscrirait pas à son storytelling. Et gare à vous en cas d’entorse à la légende qu’il propage auprès de ses nombreux fidèles.

La lecture des commentaires qui font suite à chacun de ses posts sur Facebook pourrait sembler lui donner raison. Kemi Seba, en effet, ne manque pas d’adeptes inconditionnels. Le 17 mai 2022, pas moins d’1,2 million de fans étaient recensés sur sa page.

Kemi Seba ne mâche pas ses mots et ses discours convoquent nombre de grandes figures de l’Afrique post-indépendance, tout en mettant au goût du jour la lutte anti-Françafrique, que lui-même a rejointe sur le tard. « Extraordinaire Mali ! », lance-t-il en évoquant, des trémolos dans la voix, les militaires putschistes qui ont poussé vers la sortie IBK, président élu démocratiquement, avant de louer le régime tchadien…

Adepte de la diabolisation des médias internationaux francophones couvrant l’actualité du continent, l’intéressé estime que ces derniers « sont en train de se comporter comme des vassaux du néocolonialisme, et nous on boit notre gingembre avec délice ».

DES PAYS AFRICAINS EN TRAIN DE JAPPER, COMME DES ANIMAUX DE COMPAGNIE QUI ATTENDENT LEUR OS À RONGER

Pour Kemi Seba, le Mali d’Assimi Goïta serait ainsi « devenu la patrie des hommes et des femmes intègres au XXIe siècle ». Après s’être félicité de la censure subie dans ce pays par RFI et France 24, il poursuit : « Assimi Goïta : force à toi, mon cher frère ! Le Mali est en train de donner une orientation », il incarne « la résistance », contrairement aux pays africains qui seraient, selon lui, « en train de japper, comme des animaux de compagnie qui attendent leur os à ronger ». Le Mali de 2022 serait donc devenu le Cuba africain des temps modernes, l’Eden des « damnés de la terre ». « Être panafricain, aujourd’hui, c’est être malien », assure-t-il dans cette vidéo récente. « Nous sommes une génération qui ne se couchera pas », ajoute-t-il.

Fâché de longue date avec les journalistes, Kemi Seba stigmatise en outre « les médias du système néocolonial ». Et de dénigrer en bloc certains de nos confrères du Burkina Faso, « qui vous soumettez comme des caniches au néocolonialisme français » ou « le torchon néocolonial Jeune Afrique » – l’une de ses cibles privilégiées.

« Jamais, sur leur plateau, ils ne nous laissent nous exprimer », ajoute, sans rire, celui qui refuse obstinément, depuis des années, d’être cité dans nos colonnes lorsque nous lui tendons le micro, afin de ne pas contrarier sa base militante.

Adepte des formules choc, Kemi Seba enchaîne, dans sa vidéo, les tournures dont son auditoire raffole : « Ils sont dans des circonvolutions de l’anus, ils claquent des fesses » ; « Je ne juge pas les gens sur leur couleur de peau, je juge les gens sur leur honneur » ; « Ce sont des gens de la prostitution médiatique. Des ‘presse-titués’. Et je ne les respecte pas, qu’ils soient noirs, violets, blancs ou autre »…

« Nouvelle race d’Africains »

Dieu merci, sa négritude n’est pas qu’agressive puisque, il l’assure, les Africains – qu’il prétendrait presque représenter à lui tout seul – seraient « le peuple le plus empathique de l’histoire de l’humanité ». À l’écouter, on aurait pu en douter.

Kemi Seba se revendique « de la nouvelle race d’Africains ». « Certains ont persécuté nos ancêtres : nous sommes la facture de nos ancêtres. » Une facture que Fanny Noaro-Kabré a payée au prix fort. Mais, assure l’intéressé, « cette jeune femme [a été] expulsée avec délicatesse ».

Quant à ceux qui oseraient le critiquer, ou émettre quelque bémol sur sa rhétorique contestable, ils sont renvoyés aussitôt dans les cordes du ring qui fait office d’espace de débat pour l’intéressé : « Vous êtes des frustrés, des ratés, vous avez raté vos vies… Vos réactions sont le symbole de nos victoires, constantes. »

D’ailleurs, « depuis trois jours, les seuls qui parlent, ce sont des journalistes corrompus du Faso. Ou des militants corrompus payés par le système français qui se sont excités ». CQFD.

« Nous ne sommes pas des Africains complexés, comme bon nombre d’entre vous au sein des médias », clame Kemi Seba, apparemment aveuglé par le nombre de ses abonnés sur Facebook. Et oubliant un peu vite que l’Afrique compte 1,4 milliard d’habitants, parmi lesquels une immense majorité qui n’ont jamais entendu parler de lui et une autre, non négligeable, qui regarde sa posture avec un dédain non dissimulé.

Le diocèse de Lyon se prépare à célébrer Pauline Jaricot

En attendant la béatification de Pauline Jaricot, ce dimanche 22 mai, de nombreux membres de l’Église lyonnaise travaillent à diffuser son héritage et sa spiritualité.

  • Eve Guyot, 

 

Le diocèse de Lyon se prépare à célébrer Pauline Jaricot
 
Portrait de Pauline Jaricot.CC/ŒUVRES PONTIFICALES MISSIONNAIRES DE FRANCE/WIKIMEDIA COMMONS
Le diocèse de Lyon se prépare à célébrer Pauline Jaricot


Lyon (Rhône)

De notre correspondante régionale

Une cathédrale éphémère de 140 000 m2, une vingtaine d’évêques rassemblés, une jauge fixée à 13 000 personnes… Annoncée l’année dernière par le pape François et célébrée ce dimanche 22 mai dans le diocèse de Lyon, la béatification de Pauline Jaricot est l’aboutissement de longues années de « prière et de travail ». « Il ne s’agissait pas de préparer une messe de souvenir ou une fête diocésaine : il fallait surtout penser à la suite en donnant au Seigneur l’occasion d’agir », résume le père Matthieu Thouvenot, vicaire général en charge du programme. La journée de célébration de cette laïque lyonnaise, qui bouleversa le catholicisme du XIXe siècle, se déroulera à Chassieu, dans le sud-est de la métropole.

L’immense parc Eurexpo ouvrira ses portes dès midi, pour que les fidèles puissent partager une effusion de l’Esprit Saint « pour l’élan missionnaire de l’Église » et un moment de prière avec le chapelet. Présidée par le cardinal Luis Antonio Tagle, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, la célébration démarrera à 15 heures. Plusieurs milliers d’étrangers, venus de territoires où l’héritage de Pauline a particulièrement porté ses fruits – comme la Pologne par exemple –, sont attendus. « Mais le diocèse espère bien attirer des fidèles Français, et surtout, plus de 3 000 Lyonnais », souligne Philippine de Fressanges, chargée d’une impressionnante logistique.

Pour faire découvrir ou redécouvrir cette figure missionnaire restée méconnue en France, le travail mené depuis une quinzaine d’années s’est intensifié ces derniers mois : des circuits retraçant son histoire dans la ville, des livrets et intentions de prière, et même une veillée sous la forme d’une interview fictive et artistique ont été imaginés par l’association Les amis de Pauline Jaricot, mais aussi les Œuvres pontificales missionnaires, le mouvement des Équipes du Rosaire, divers acteurs diocésains ou encore les paroisses elles-mêmes. À Saint-Nizier, qui fût un repère dans l’histoire de la jeune femme et dont l’église conserve aujourd’hui les restes, le curé Charles Rochas a même rassemblé 150 paroissiens pour imaginer un spectacle qui sera donné au mois de novembre : « Cela permet à la fois de rendre hommage à une figure modèle et de renouveler la paroisse dans tous les aspects de sa spiritualité », souligne-t-il. Le parcours multi-facettes de Pauline Jaricot, de l’ardeur missionnaire à l’œuvre sociale en passant par la force de sa dévotion, implique que « tous les gens, dans leur diversité, puissent s’identifier et se sentir touchés », espère l’archevêque de Lyon, Mgr Olivier de Germay, pour qui « cette béatification est aussi l’occasion d’une grande communion pour le diocèse après deux années de crise sanitaire ».

Les Équipes du Rosaire travaillent, depuis quelques mois, à rejoindre Pauline « tant sur le plan spirituel que sur celui de l’évangélisation ou de la charité », raconte leur responsable régionale, Catherine Bureau, qui a installé un portrait de la Lyonnaise dans son salon depuis la semaine sainte. Le matin du 22 mai, plusieurs centaines de membres se rassembleront dans une église de Bron pour « se préparer intérieurement » au moment de la béatification. Il s’agit, pour beaucoup, de se rappeler que son intuition créative naissait avant tout dans la parole de Dieu. « Aujourd’hui aussi, nous devons nous rendre pleinement disponibles pour l’écoute du Seigneur », estime le père Matthieu Thouvenot, comme Marie et les apôtres au Cénacle, quinze jours avant la Pentecôte. Depuis ce lundi et jusqu’au 23 mai, la ville de Lyon accueille aussi l’assemblée générale du réseau international des Œuvres pontificales missionnaires (OPM), qui ont porté une grande partie du processus de béatification. « De quoi assurer une présence forte et symbolique de l’Église universelle ! », rappelle Gaëtan Boucharlat de Chazotte, leur secrétaire général. Dans les mois à venir, la diffusion de l’héritage de Pauline sera favorisée par l’ouverture de l’année jubilaire – jusqu’en mai 2023 – par le pape François, qui accorde l’indulgence plénière aux pèlerins des lieux symboliques comme la maison de Lorette, l’église Saint-Nizier ou l’église Saint-Polycarpe.

Dès ce vendredi 20 mai, l’institution présentera au Musée de Fourvière, une exposition spécialement consacrée à Pauline Jaricot.

  

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Theo Van Asten (1922 - 2019)

Supérieur général des Missionnaires d'Afrique 'Pères Blancs' 1967-74

 

1. Jeunesse et préparation pour une église missionnaire

Né en 1922 à Leende, près d'Eindhoven, aux Pays-Bas, dans une famille nombreuse, religieuse et reconnaissante, où 6 garçons et 6 filles ont appris très tôt à vivre ensemble en paix, ce qui a grandement facilité leur intégration ultérieure avec tous leurs camarades d'école.

De 1929 à 35, Theo a fréquenté l'école primaire et est entré très tôt en contact avec des revues et des activités missionnaires. En 1935, il est entré au petit séminaire des Pères Blancs à Sterksel. En 1941, pendant la deuxième guerre mondiale, il a commencé des études de philosophie au séminaire de Boxtel et, en 1943, de théologie à s'Heerenberg. Theo a été ordonné prêtre en 1948.

De 1948 à 1951, il a fait à Rome une licence en théologie à l'Angelicum, puis un doctorat au Biblicum, chez les jésuites, entre autres avec les spécialistes P. Bea et P. Lyonnet.

C'est ainsi que l'enseignement biblique pour les futurs théologiens est devenu la première nomination de Théo, mais en Écosse. L'Angleterre coloniale tenait en effet à ce que les futurs missionnaires soient d'abord exposés quelque temps à sa culture dans la mère patrie avant de partir pour leurs colonies en Afrique.

De 1955 à 1967, Theo a finalement été professeur de sciences bibliques au séminaire interrégional de Kipalapala en Tanzanie. De 1957 à 1967, il y est également recteur, à une époque chargée de tensions : d'une part, la Tanzanie, comme la plupart des pays africains, accède à l'indépendance au cours de ces années, et d'autre part, l'Eglise subit sa plus grande transformation lors du Concile Vatican II. Théo, contrairement aux professeurs 'normaux', passait beaucoup de temps avec les étudiants africains, qui l'acceptaient comme l'un des leurs, jusqu'à ce qu'il doive se rendre à Rome en 1967 en tant que délégué au Chapitre général de l'Ordre. Bien sûr, il y avait dans l'Ordre des tendances progressistes à côté de tendances plutôt conservatrices, qui ont finalement élu Théo comme nouveau supérieur général.

En tant que consulteur de la Congrégation pro Propaganda Fidei, des conflits d'opinion ne tardèrent pas à surgir avec celle-ci, car elle voulait imposer à Rome un séminaire central pour les étudiants en sacerdoce du tiers monde, notamment en faisant pression sur les évêques locaux. Théo, quant à lui, exigeait un soutien accru pour les séminaires régionaux en Afrique. Par la suite, il n'a plus jamais été invité par la Congrégation.

L'ordre missionnaire lui-même a lutté pour définir son identité : fonder l'Eglise avec une hiérarchie locale dans les pays qui lui sont confiés, mais ensuite servir cette hiérarchie, se retirer et, en d'autres termes, considérer sa mission comme accomplie avec succès, ayant renforcé en priorité les diocèses africains au lieu d'essayer de débaucher des candidats locaux au sacerdoce et de les intégrer à la société missionnaire ...

 

2) Choisir entre la Bonne Nouvelle des pauvres ou les intérêts d'un empire colonial anachronique

L'opposition s'est surtout accentuée avec la vision et la politique de le Secrétariat d'Etat du Vatican, dont dépendaient les missions en Afrique lusophone. Et cela depuis 500 ans dans un système de patronage toujours renouvelé, qui confiait l'évangélisation au roi portugais ou à l'État et la subordonnait à ses intérêts, comme cela avait été expressément confirmé en 1940/41 dans le concordat et le traité de mission avec le régime de Salazar (cf. Schebesta 1966).

Les évêques du Mozambique, sélectionnés et payés par le gouvernement, apparaissaient ainsi comme ses agents pour justifier et perpétuer le statut colonial, et plusieurs d'entre eux l'étaient effectivement, bien que la guerre de libération armée ait également commencé dans ce pays en 1964. Face aux injustices coloniales et aux atrocités militaires, les missionnaires sur place ne pouvaient pas rester neutres ou silencieux. Cinq Pères Blancs avaient déjà été expulsés du pays à la fin des années 60, ce qui n’avait entraîné que le silence des évêques de l'époque et du Vatican. Pour les 40 autres PB la question se posait dans ces conditions de savoir si une protestation publique commune et un retrait seraient nécessaires comme signe clair de leur part. Dans tout le Mozambique, le diocèse de Beira a constitué l'avant-garde du renouveau post-conciliaire et le point de mire des débats pastoraux et politiques. En échange permanent avec le généralat à Rome, une décision mûrit qui devait agir comme un choc.

Après plusieurs lettres sans réponse de Théo aux évêques compétents et des consultations à Rome qui n'aboutirent à aucune solution, Théo se rendit à deux reprises au Mozambique : au début de l'année 1971, tout d'abord pour faire procéder à un vote secret des missionnaires sur une protestation lourde de conséquences.  Ceux-ci étaient encore tourmentés par le remords de ne pas diviser l'Eglise locale par une mesure aussi radicale. Puis ils se sont rendu compte qu'ils n'introduiraient pas de division, mais qu'ils ne feraient que révéler et exposer celle qui existait entre l'Eglise du pouvoir et l'Eglise des opprimés. C'est ainsi que la grande majorité décida de protester.

Théo s'envola pour Rome et revint quatre mois plus tard pour communiquer la décision officielle du Conseil général (15 mai 1971) : à savoir que nous quitterons le pays à la fin de l'année scolaire en signe de protestation, car tant les évêques que le Secrétariat d'État romaine sont restés silencieux face au traitement systématique et injuste des missionnaires et des catéchistes. Le secrétaire d'État Card. Villot n'avait rien pu ou voulu faire, laissant donc la décision à Théo en tant que supérieur général. C'était sans doute sa décision la plus difficile, mais aussi la mieux coordonnée possible avec toutes les personnes directement ou indirectement concernées, comme les autres ordres missionnaires et les laïcs sur place.

L'Etat colonial s'est senti trahi et a ordonné l'expulsion de tous les Pères Blancs dans les 48 heures. Card. Villot ne pardonna plus jamais cette décision à Théo.

Les points de vue opposés étaient inévitables lors des synodes des évêques de 1971 et 1974, auxquels Théo participa activement en tant que délégué élu de l'Union des Supérieurs Généraux (USG). Lors du premier, il a été question du sacerdoce ministériel et Théo a été le rapporteur des contributions à la discussion sur l'ordination des viri probati, mais le cardinal qui présidait la discussion les a supprimées. Leo a fait une autre intervention à l'assemblée générale sur la situation financière difficile des prêtres africains et une deuxième partie sur la question du célibat obligatoire. Pour supprimer cette partie, Théo n'a eu droit qu'à trois minutes de temps de parole. Malin, il n'a pas lu la première, mais seulement sa 2e partie critique, où il a parlé des mauvaises priorités et de l'inversion des valeurs évangéliques au sein du clergé et de la curie. Lors d'un vote final sur la nécessité du célibat, 87 ont voté contre, 107 pour, en partie seulement parce que la Curie faisait pression, y compris financièrement. Entre-temps, Théo avait développé des ulcères gastriques, et plus tard même des ulcères perforés dans le pancréas et le duodénum. Fin 1973, il fut hospitalisé pendant plusieurs semaines.

Lors du deuxième synode des évêques en 1974, l'évangélisation était à l'ordre du jour, Theo était à nouveau délégué et parla dans une première intervention de la crédibilité de l'Église, visiblement plus engagée dans la culture capitaliste que dans l'Évangile et la justice ; dans sa deuxième intervention, il parla du rôle vital et multiple des Églises locales, que le document de travail (instrumentum laboris) et le discours de Card. Wojtyla avait été totalement ignoré. Son intervention fut à nouveau perçue et condamnée comme une attaque contre le centre riche et patriarcal.

Card. Döpfner avait encore soutenu l'intervention de Theo en 1971, mais Card. Suenens l'avait averti avant 1974 que le pape Paul VI s'était entre-temps éloigné de l'influence des évêques progressistes et était tombé dans les bras des conservateurs, et que la tendance centraliste était devenue dominante avec une gestion de crise malheureuse, comme par exemple dans l'Eglise de Hollande, Humanae vitae...

3) Victoire d'étape pour le lobby anti-réforme et défi pour les mouvements réformateurs

En 1974, un chapitre général de l'Ordre était également prévu. Théo fut invité à se présenter à une nouvelle élection en tant que général de l'Ordre. Théo refusa, car il était considéré comme l'ennemi de la Curie, sans aucune chance de collaboration positive avec les instances clés romaines.  Le P. Arrupe S.J., président de l'USG, et le Card.  Zoungrana, président de la Conférence épiscopale panafricaine, voulaient Theo pour le poste nouvellement créé de secrétaire général afin de promouvoir la coopération encore faible entre les deux. Mais le Vatican a mis son veto à cette nomination, car il considérait Theo comme un rebelle qu'il voulait tenir à l'écart des postes d'influence. La santé fragile de Théo ne lui permettait plus non plus d'envisager un retour dans la brousse africaine. Théo lui-même dit : "A la fin de ma fonction de supérieur général, je me suis senti déçu et rejeté par l'Église que j'avais toujours aimée et que j'avais toujours servie".

Laissé seul sous la pluie, c'est du siège de la FAO à Rome qu'est venue l'invitation à mettre son expérience et ses compétences au service du PAM, Programme alimentaire mondial, fondé il y a une bonne dizaine d'années, et de la coopération internationale au développement. Theo a ainsi collaboré à la conception et à l'évaluation des programmes, formellement jusqu'à sa retraite en 1984, mais en tant que consultant très apprécié jusqu'en 1996.

Théo a pu continuer à vivre et à élargir son engagement dans un environnement laïc après avoir quitté l'ordre et s'être marié. Paul VI a donc pleuré et dit qu'il ne lui donnerait jamais la dispense de laïcisation - même avec le soutien de tous les cardinaux africains qui avaient été autrefois les étudiants de Théo et étaient restés ses amis. Il n'a obtenu la dispense de Benoît XVI qu'en 2008, alors qu'il vivait déjà retiré avec sa femme Antoinette à Saint-Chinian, dans le sud de la France, jusqu'à sa mort en 2019.

Ce ne sont pas seulement deux images d'une seule Eglise, mais deux Eglises qui se font de facto obstacle l'une à l'autre et qui s'affrontent donc lors des synodes des évêques et en amont de ceux-ci, surtout dans le cadre des synodes régionaux actuels.

Avant d'être élu évêque de Rome et placé au centre de structures politiques conflictuelles, François a lui-même évolué vers le deuxième type d'Eglise dans sa patrie latino-américaine, s'éloignant de l'héritage constantinien vers la 'joie de l'Evangile'. Mais il n'est pas suffisamment soutenu par un épiscopat mondial encore trop attaché au premier type et par des mouvements de laïcs découragés.

Alors que les représentants du premier type, dans leur monopole égocentrique de la vérité, ne se soucient pas de la perte de crédibilité, de la mise sous tutelle des Eglises locales, du départ de personnes majeures ou de l'absence de rapport avec l'Evangile, le deuxième type relève le défi de croire que l'Esprit agit, même là où nous ne le comprenons pas encore (GS 22) - précisément dans un mouvement pluriel et uni pour la réforme d’église et pour plus de justice. Mais en sachant apprécier la personne de Theo van Asten, son témoignage et son service à l'Eglise universelle, elle gagne elle-même de nouveaux horizons et du courage civil.

(Josef Pampalk, source :

A Maverick in a missionary Church : Mémoires de Theo van Asten. St. Gély-du-Fesc 2020

français : Un anticonformiste dans une Eglise missionnaire : Mémoires de Théo Van Asten)

vanasten

 

Le Conseil Général

 

Les mouvements Autrichiens de réforme d'église (e.g. nous-sommes-église et d'autres)

préparent la nomination ce mois de Theo van Asten pour leur prix  quu'ils  ont créé l'année passé "la trompette de Jéricho 2022".

Ce n'est qu'un geste symbolique - mais quand même d'une très grande actualité

Josef Pampalk

Charle, le miraculé : « Dans ma chute, je me suis abandonné »

Reconnu comme « miraculé » après une chute de plus de 15 mètres, Charle, jeune charpentier, a découvert la vie de Charles de Foucauld. Incroyant, il se rendra dimanche 15 mai à Rome, à la célébration de canonisation présidée par le pape François

  • À Saumur, recueilli par Christophe Henning, 
Charle, le miraculé : « Dans ma chute, je me suis abandonné »
 
Charle miraculé de 26 ans dans la chapelle Saint Louis à Saumur. Charpentier, il a survécu à une chute de 15,50 m à travers la toiture de la Chapelle en 2016 alors qu'il était en formation dans une entreprise en charge de sa rénovation. Authentifié par la Congrégation pour les Saints, le miracle a été rattaché à Charles de Foucauld et amènera à sa canonisation le 15 mai 2022. Saumur, France, 29 avril 2022.ANTONI LALLICAN/ANTONI LALLICAN

Détendu, baskets et polo décontracté, Charle – sans s – avait 21 ans le jour de l’accident. Six ans après, il accepte pour la première fois de paraître publiquement et se confie à La Croix. Si le miracle ne l’a pas converti, il connaît bien désormais saint Charles de Foucauld, canonisé grâce au miracle survenu à Saumur (Maine-et-Loire).

Le 30 novembre 2016, vous travaillez sur la charpente de la chapelle Saint-Louis à Saumur. En fin de journée, la voûte sur laquelle vous marchez cède. Et vous faites une chute de 15, 5 mètres qui aurait dû être mortelle. Vous vous en êtes rendu compte en tombant ?

Pas du tout, pour moi la chute a duré très longtemps, le temps de me demander comment me protéger, ne pas m’abîmer les jambes. J’ai eu l’impression que cela durait environ cinq minutes. Quand on m’a expliqué qu’il a fallu juste un peu plus d’une seconde, j’ai été très surpris.

À quoi avez-vous pensé durant ce temps qui paraissait si long ?

J’ai rouvert les yeux en milieu de chute en me disant que je n’étais pas encore arrivé. Puis j’ai refermé les yeux, il n’y avait plus qu’à attendre que je sois à terre et je me suis abandonné. En fait, j’ai fini ma chute empalé sur un montant d’un banc en bois.

Qui vous a secouru ?

Je n’ai pas perdu connaissance, j’ai tout de suite rouvert les yeux en me disant qu’il fallait aller chercher des secours. Je me suis dirigé vers la sortie, mais je ne voulais pas passer par la porte principale qui donne sur la cour de l’école ; si les enfants me voyaient dans cet état, ils pouvaient être choqués. Par la petite porte, j’ai trouvé deux professeurs qui ont appelé les pompiers.

Mais la prise en charge était compliquée : le montant en bois était toujours fiché dans votre corps…

Un hélicoptère est arrivé, mais j’étais intransportable : il a fallu partir à l’hôpital d’Angers en ambulance sous escorte de motards de la gendarmerie. À partir de là, j’étais sous calmants, et je ne me souviens plus.

À l’hôpital, une fois opéré, vous êtes-vous rendu compte ?

Je n’ai pas mesuré la gravité de l’accident, j’ai vite voulu passer à autre chose, je pensais surtout à reprendre une vie normale, je ne voulais pas qu’il y ait trop de coupure. J’étais en pleine formation. Si je n’y retournais pas tout de suite, je ne pourrais peut-être plus reprendre. La première fois que tu remontes, il y a une petite part d’appréhension mais tu ne penses plus à la chute. Très vite j’ai retravaillé normalement.

Le fait de travailler dans une église avait-il, malgré tout, un sens ?

C’est surtout l’amour du métier, de travailler à l’ancienne et de découvrir l’architecture française, restaurer ce que les anciens charpentiers ont fait, apporter ma pierre à l’édifice… De là-haut, on a souvent une vue extraordinaire sur les villes.

→ LIRE : Traverser nos déserts avec Charles de Foucauld

François Asselin, votre employeur, est venu vous voir à l’hôpital le lendemain de l’accident. Comment s’est passée cette rencontre ?

Je lui ai tout de suite demandé pardon : pour moi, c’était un peu de ma faute, j’ai marché à un endroit où je ne devais pas me trouver. J’étais en formation, je ne voulais pas que l’entreprise ait des difficultés. Mais lui était surtout soulagé de me voir assis, paisiblement, sans séquelles. Il s’est encore adressé à ma mère et moi pour dire : « Il faut que je vous parle de quelqu’un. Je ne sais pas ce qu’il fait dans cette histoire, mais je pense qu’il n’y est pas étranger… » C’était Charles de Foucauld. Il m’a donné une BD racontant sa vie. Je ne le connaissais pas, et c’en est resté là.

Pour François Asselin, très investi dans la paroisse, il y avait d’étranges coïncidences… Comment vous avez réagi ?

C’est vrai : je m’appelle Charle, c’était à Saumur, où Charles de Foucauld a été officier de cavalerie, l’accident a eu lieu l’année du centenaire de sa mort… J’ai appris aussi que la paroisse de Saumur portait son nom, et que les fidèles ont beaucoup prié Charles de Foucauld cette année-là. Des circonstances qui posaient question.

Qu’est-ce que vous auriez envie de dire aux paroissiens qui ont prié et invoqué Charles de Foucauld ?

Les remercier d’avoir pensé à moi et d’avoir fait tout cela, c’est gentil. Je ne peux pas dire beaucoup plus.

C’est alors que l’Église s’est intéressée à votre accident, une enquête qui est allée jusqu’à ce que le pape François déclare que vous étiez « miraculé » !

C’était très bizarre. J’étais loin de tout cela, mais je me suis posé des questions. Mais pourquoi pas ? Ma mère et ma grand-mère, plus croyantes que moi, étaient très intéressées par cette partie religieuse… Si mes proches ont accepté facilement l’enquête pour la canonisation, l’essentiel, c’était bien que je n’ai pas eu de séquelles ! Pour moi, le fait de rencontrer toutes les personnes chargées de cette affaire m’a donné envie d’aller plus loin dans la découverte de Charles de Foucauld.

Cela donne envie d’y croire ?

En un sens… Je me pose toujours la question « est-ce que… ? ». On ne sait jamais, réellement. Il y a toujours un questionnement qui dit « peut-être »… Je ne suis pas baptisé et je ne crois pas en Dieu, mais la petite question revient. Il y a toujours cette part où les circonstances font que… ça donne envie d’y croire un peu quand même. Et Charles de Foucauld… Je peux peut-être lui dire merci.

Vous avez envie d’en savoir plus, d’aller au désert sur les traces de Charles de Foucauld ?

Non, cela ne m’a pas ouvert la porte vers Dieu. J’étais très heureux de participer et d’en apprendre plus sur Charles de Foucauld, mais ça n’ira pas plus loin.

Avec La Croix, c’est votre première interview qui vous met sur la place publique. Irez-vous jusqu’à la place Saint-Pierre à Rome ?

Oui, j’assisterai à la canonisation. C’est l’occasion d’aller au Vatican, de rencontrer des personnes importantes, je me prête à cette expérience et je suis très content. Et je pourrai peut-être rencontrer le pape.

Qu’avez-vous envie de lui dire ?

Qu’est-ce qu’on peut dire à une telle personnalité ? Je ne sais pas du tout, je pense que ce sera spontané. Je ne sais pas ce qu’il va me dire non plus. Les mots viendront sur l’instant. Je le remercierai.

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