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Turquie-Afrique : Erdogan veut-il prendre le relais de la France ?

Mis à jour le 20 octobre 2021 à 16:11

POV

Par POV

Dessinateur de presse, William Rasoanaivo - alias POV - vit et travaille à Maurice.

 

 

POV © POV

Le président turc est en tournée en Angola, au Nigeria et au Togo. Après l’annonce de la fin de Barkhane, il semble bien décidé à investir le terrain militaire africain, comme il l’a fait en Éthiopie.

Engagé dans une guerre sans merci avec les rebelles tigréens du TPLF, Abiy Ahmed n’a pas lésiné sur les achats d’équipements militaires. Et Ankara figure parmi ses principaux fournisseurs : selon l’agence de presse Reuters, dans le secteur de la défense et de l’armement, les exportations de la Turquie vers l’Éthiopie sont passées en un an de 203 000 dollars à 51 millions de dollars.

Gnassingbé, Kaboré et Weah

Ankara a-t-il maintenant pour ambition d’atteindre le même niveau de coopération militaire avec d’autres pays du continent ? Bien décidé à accélérer l’offensive diplomatique et économique de son pays en Afrique depuis que l’option d’un rapprochement avec l’Union européenne s’est éloignée au tournant des années 2000, Recep Tayyip Erdoğan vient d’effectuer une tournée en Angola au Nigeria et au Togo.

Mardi 19 octobre, il a ainsi fait escale pour quelques heures à Lomé, où il a été reçu par Faure Gnassingbé. Pour l’occasion, pas moins de deux chefs d’État de la région ont fait le déplacement : Roch Marc Christian Kaboré et George Weah. Si Erdogan ne vient pas à toi, il faut savoir aller à Erdogan… Le président burkinabè et le chef d’État libérien ont chacun eu l’occasion de s’entretenir avec leur homologue.

ANKARA A SIGNÉ UN ACCORD MILITAIRE AVEC LE NIGER DONT LES CLAUSES SONT RESTÉES SECRÈTES

Premiers pas sécuritaires

La Turquie a déjà un poids économique important en Afrique de l’Ouest, qui lui a notamment permis d’obtenir de plusieurs gouvernements de la sous-région la fermeture des écoles proches de la confrérie Gülen (du nom de l’imam qu’elle accuse d’avoir fomenté le coup d’État de juillet 2016), comme ce fut le cas dès 2017 au Sénégal. Sur le front sécuritaire, en revanche, la coopération avec les pays ouest-africains n’en est encore qu’à ses premiers pas. La Turquie, qui accueille depuis 2018 des officiers maliens pour des formations, a donné 5 millions de dollars à la force du G5 Sahel et a signé en 2020 un accord militaire avec le Niger dont les clauses sont pour l’heure restées secrètes.

Si Recep Tayyip Erdogan a plaidé lors de sa visite « de travail » à Lomé pour un renforcement des échanges économiques entre les deux pays, il a surtout, fait inédit, signé avec Faure Gnassingbé un accord portant sur le renforcement de leur coopération militaire, alors même que Lomé s’emploie à renforcer ses capacités face au risque terroriste. Le président togolais devrait répondre dans un avenir proche à l’invitation de son homologue turc et se rendre à Ankara.

Recep Tayyip Erdogan cherche-t-il à combler les vides laissés par le retrait partiel de la France ? En juillet dernier, International Crisis Group relativisait cette avancée militaire de la Turquie sur le continent qui « vu sa faible ampleur, demeure pour l’instant peu susceptible de bouleverser les dynamiques régionales ». Mais le think tank n’en soulignait pas moins le risque de voir se « renforcer la compétition géopolitique dans la région ».

Le film burkinabè « Les trois lascars » enthousiasme le public du Fespaco

 

Les Trois Lascars, un film du réalisateur burkinabé Boubacar Diallo.

Les Trois Lascars, un film du réalisateur burkinabé Boubacar Diallo.
 © Alma Production.

Dans le cadre du Fespaco, le film Les trois lascars a été projeté mercredi 21 octobre. Ce long métrage est selectionné en compétition officielle. Et cette projection a été une bulle de plaisir pour le public.

De notre envoyé spécial à OuagadougouGuillaume Thibaut

Le ciné Neerwaya est complet, 1 100 spectateurs assistent à la projection, euphoriques. Boubacar Diallo, le réalisateur résume le propos de son film qui se veut un portrait de la société et notamment le phénomène de l'infidélité dans les couples :  « Imaginez trois lascars - trois copains – et qui ont l’idée farfelue de trouver un alibi pour passer quelques jours de rêve quelque part, cachés avec leurs maîtresses… ils sont supposés avoir embarqué dans l’avion pour une mission à Abidjan. Sauf qu’ils n’ont pas embarqué et sauf que l’avion s’est crashé et ils ne le savent pas. Pendant qu’ils font le show, les familles sont en deuil. Comment est-ce qu’ils vont revenir à la vie ? »

Le public est enthousiaste. « J’ai vraiment adoré ! Comment se comporter avec nos hommes, quand ils nous trompent ? Il y a… Comment dirais-je ? L’enseignement que je tire, en tout cas, c’est de toujours pardonner, quel que soit le problème. J’ai aimé. J’ai vraiment aimé…», s'enthousiame Adélie. Tout comme Yaznnick, étudiant : « C’était carrément ouah ! J’ai adoré ! Je pense que c’est le tout premier film burkinabè que j’ai adoré. C’était drôle… Oui, j’ai aimé. J’ai carrément aimé ».

Le jury de la 27e édition est présidé cette année par le réalisateur et producteur mauritanien Abderrahmane Sissako, César du meilleur film 2015 pour Timbuktu. L'annonce du palmarès se fera le 23 octobre.

Côte d’Ivoire : Guillaume Soro et le rêve lointain d’un retour en politique

Par  - à Abidjan
Mis à jour le 20 octobre 2021 à 22:53


Guillaume Soro le 8 août 2020. © Arnaud MEYER/Leextra via Leemage

Isolé et exilé en Europe depuis fin 2019, l’ancien président de l’Assemblée nationale veut encore croire en son avenir. Mais ses déboires judiciaires et ses relations conflictuelles avec le président ivoirien paraissent autant d’obstacles difficiles à surmonter.

En cette soirée du 20 septembre, Guillaume Soro apparaît sur l’écran de l’application Zoom. De passage à Paris pendant 48 heures, il a mis pour l’occasion un costume croisé bleu nuit. Sa barbe a pris quelques teintes grisonnantes. Ils sont une vingtaine à participer à cette réunion de « recadrage » et de « remobilisation » convoquée par l’ancien président de l’Assemblée nationale. Parmi eux, ses derniers fidèles et compagnons d’exil, en région parisienne ou à Bruxelles. Et ceux qui tentent, à Abidjan, de maintenir en vie son mouvement Génération peuples et solidaires (GPS). Depuis combien de temps ne l’avaient-ils pas vu ? Six mois ? Un an ? Cela faisait en tout cas un long moment que leur chef n’avait pas participé directement à une réunion politique.

En exil en Europe depuis son retour avorté en Côte d’Ivoire à la fin de 2019, Guillaume Soro avait pris « du recul », comme le formulent ses proches. Il avait disparu des médias, même de ces réseaux sociaux qu’il affectionne tant, et changé à plusieurs reprises de numéros de téléphone. Introuvable et injoignable, à part de quelques proches, l’ancien chef rebelle avait repris le maquis.

« À un moment, certains ont trouvé qu’il parlait trop, que son discours vis-à-vis de son aîné Alassane Ouattara était trop irrespectueux. Des religieux et des sages le lui ont signifié. Il a décidé de les écouter », explique Tehfour Koné, un de ses proches, ancien candidat à la mairie d’Abobo.

Mais lorsque l’on est en position de faiblesse, l’absence peut avoir de lourdes conséquences, favoriser les initiatives personnelles et les querelles de leadership, décourager les derniers fidèles et pousser les autres à quitter le navire.

IL NE DONNE AUCUNE NOUVELLE ET ON LE DÉCOUVRE EN TRAIN PRENDRE DU BON TEMPS DANS UN PALACE DE BRUXELLES

Les rares apparitions de l’ancien leader estudiantin n’ont rien fait pour rassurer les hésitants. En mai, l’homme d’affaires et député Patrick Bologna publie une vidéo sur les réseaux sociaux. On y voit d’abord un Guillaume Soro, fringant, dégustant un bon repas avec quelques amis à Bruxelles. Plus tard, dans un appartement de la capitale belge, des bouteilles de Ruinart flottent dans un seau à champagne, des cigares Horacio sont affichés. Grand danseur, Soro esquisse quelques pas de rumba.

Bologna, ancien mari de la petite sœur de la femme de Joseph Kabila, est un habitué des frasques sur les réseaux sociaux. Mais la vidéo fait tache même dans le cercle des amis de Soro. « Il ne donne aucune nouvelle et on le découvre prendre du bon temps dans un palace de Bruxelles. C’est scandaleux », commentait à l’époque l’un deux.

 

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Avec Alassane Ouattara à Yamoussoukro, le 28 septembre 2011. © ISSOUF SANOGO/AFP

 

L’actualité a donc donné à Guillaume Soro l’occasion de refaire surface. Le 5 septembre, Alpha Condé est renversé par un coup d’État militaire. Deux jours plus tard, l’ancien chef rebelle s’exprime sur Twitter. Soro connaissait bien l’ancien président guinéen. Les deux hommes avaient été présentés par le Mauritanien Moustapha Chafi à la demande de l’ancien président burkinabè Blaise Compaoré. Soro avait ensuite aidé financièrement Alpha lorsque ce dernier était dans l’opposition, puis lors de la campagne présidentielle de 2010. Mais, comme tous les autres chefs d’État du continent dont il croyait avoir le soutien, Alpha Condé ne lui a pas apporté l’aide espérée quand sa brouille avec Alassane Ouattara a atteint son paroxysme.

La piste Denis Sassou Nguesso

Aujourd’hui, aucun des pairs d’ADO ne se risque à évoquer le cas de Guillaume Soro en sa présence. Compagnon de ce dernier depuis longtemps, l’ancien député ivoirien Alain Lobognon a néanmoins tenté récemment de solliciter la médiation de Denis Sassou Nguesso (DSN).

« Je lui ai fait parvenir deux lettres, en janvier et en juillet 2021, pour qu’il se saisisse de ce dossier car c’est le seul qui peut réconcilier Ouattara et Soro », explique l’ancien ministre des Sports, libéré en juin après dix-huit mois de prison. En déplacement en Suisse lorsque le courrier a été déposé à son cabinet, le président congolais s’est entretenu au téléphone avec Soro début août, précise Lobognon. Les deux hommes se sont ensuite vus à Genève début septembre.

Contacté par Jeune Afrique, Guillaume Soro n’a pas souhaité s’exprimer. « Sa rencontre avec le président Sassou n’est pas liée à l’initiative de Lobognon. Soro parle directement avec DSN qui, comme Macky Sall, lui avait d’ailleurs déconseillé de rentrer à Abidjan en décembre 2019. Lobognon veut simplement jouer sa carte personnelle. Il a voulu reprendre la tête de GPS à Abidjan, à la place de ceux qui y tiennent le parti depuis le début de l’exil de Guillaume », estime un ami de Soro.

Alain Lobognon dément : « Tout ceci est faux. J’ai déjà indiqué à Guillaume que je mettais fin à notre collaboration politique. GPS a été dissous par la justice ivoirienne et j’ai perdu mes droits politiques pour les cinq prochaines années. »

À 49 ans, que peut encore espérer Guillaume Soro ? Poursuivi pour complot et atteinte à la sécurité de l’État, il a été condamné le 23 juin à la perpétuité. Son mouvement a été dissous dans la foulée. Et il est pour le moment tenu à l’écart du processus de réconciliation entamé entre Ouattara, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo.

Force tranquille

Les autorités françaises n’ont toujours pas répondu au mandat d’arrêt transmis par Abidjan en novembre 2020. Mais elles ont fait comprendre à l’ancien président de l’Assemblée nationale qu’il n’était plus le bienvenu sur leur sol. La raison : au lendemain de l’annonce de la victoire de Ouattara, Soro s’était adressé aux forces de défense et de sécurité dans un discours retransmis en direct sur internet, leur demandant « d’agir » pour faire barrage à Alassane Ouattara. La provocation de trop.

Devant ses proches, Soro tente malgré tout de maintenir un semblant de sérénité et d’entretenir son rêve de devenir un jour président de la République. « Je suis assis à la place de la force tranquille, leur répète-t-il. On ne peut pas envisager l’avenir de la Côte d’Ivoire dans les cinq, dix prochaines années sans moi. J’ai seulement 49 ans. Ouattara est devenu président à 69 ans. »

« Il m’a été rapporté que plusieurs parmi les potentiels successeurs ou candidats à l’élection présidentielle de 2025 se réjouissent du fait que monsieur Alassane Ouattara me retienne en exil pour leur bonheur (…) La politique est une course de fond et bien des prétentions finissent par être coiffées au poteau. Dieu n’a pas dit son dernier mot », a-t-il aussi déclaré le 6 octobre sur Twitter.

En attendant, il doit également déminer le terrain sur le plan juridique. Plusieurs procédures sont actuellement en cours : devant le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, devant le Comité des droits de l’homme de l’ONU, devant la justice française pour un enregistrement diffusé par le procureur ivoirien Richard Adou, et devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.

En juillet, Soro et plusieurs de ses proches ont par ailleurs porté plainte en se constituant partie civile pour torture et tentative d’assassinat devant la justice française contre une dizaine de personnalités de l’appareil sécuritaire ivoirien. Le directeur de la DST (Direction de la surveillance et du territoire), le commandant supérieur de la gendarmerie, ou le directeur de l’administration pénitentiaire sont ainsi visés. Selon nos sources, une juge d’instruction a été nommée le 2 août. Les avocats de l’État ivoirien tenteront de démontrer que la plainte est irrecevable.

« C’est un voyou »

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Lors d’un meeting contre la candidature du président sortant au stade Félix Houphouët-Boigny, à Abidjan, le 10 octobre 2020. © SIA KAMBOU/AFP

 

« ADO a utilisé des méthodes moyenâgeuses pour détruire la carrière politique de Guillaume. Mais celui-ci joue sur l’usure des vieux, sur sa jeunesse. Ouattara sera tôt ou tard tenu de dialoguer avec la classe politique. Et on ne pourra pas exclure Soro. Car si celui-ci fait partie du problème, il est aussi un élément de la solution. Et puis, ADO n’a plus personne autour de lui. Il sera obligé de faire la paix », espère un collaborateur de l’ancien président de l’Assemblée nationale.

NOUS RÉPÉTONS DEPUIS LONGTEMPS QUE SORO NE PÈSE RIEN. (…) IL N’EST PLUS CRÉDIBLE, EXPLIQUE UN CADRE DU RHDP

Ces affirmations font doucement sourire l’entourage du chef de l’État. « Nous répétons depuis longtemps que Soro ne pèse rien. C’était le cas lorsqu’il était en Côte d’Ivoire c’est d’autant plus vrai maintenant. Il a promis qu’Alassane Ouattara ne serait pas président. Sa prophétie ne s’est pas réalisée. Il n’est plus crédible », explique un haut cadre du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHPD).

« Soro fait passer le message qu’il est prêt à se réconcilier avec Ouattara. Mais ce dernier y est opposé tant que le premier n’est pas disposé à lui présenter des excuses publiques. Il considère la trahison de Guillaume envers lui comme étant de nature familiale », précise un intime d’ADO. « Rien n’a changé concernant Soro. C’est un voyou », a récemment confié le chef de l’État à un de ses visiteurs du soir.

Selon nos sources, Guillaume Soro a tenté à deux reprises de joindre Ouattara : après la mort de l’ancien Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, en juillet 2020, et plus récemment, en avril dernier. À chaque fois sans succès.

Ouverture du Fespaco 2021, le cinéma africain en mode de résistance et de renouveau

La statue d'un caméraman devant le siège du Festival panafricain du cinéma et de la télévision (Fespaco) à Ouagadougou, le 14 octobre 2021.

La statue d'un caméraman devant le siège du Festival panafricain du cinéma et de la télévision (Fespaco) à Ouagadougou, le 14 octobre 2021.
 AFP - OLYMPIA DE MAISMONT

D’abord annulée, ensuite repoussée, elle devient enfin réalité. La 27e édition du Fespaco a bravé les tempêtes de la pandémie et du terrorisme et ouvre ce samedi 16 octobre ses portes à Ouagadougou. Pendant huit jours, le plus grand festival du cinéma africain et de sa diaspora célèbre dans la capitale du Burkina Faso le septième art avec une sélection de 239 films en provenance de 50 pays et l’espoir d’un renouveau.

Qui sera couronné le 23 octobre comme le successeur du jeune cinéaste rwandais Joël Karakezi qui avait remporté en 2019 la distinction suprême, l’Étalon d’or de Yennenga ? Pour l’ouverture du Fespaco 2021, il y aura ce samedi au Palais des sports de Ouagadougou d’abord un spectacle dédié à la princesse Amazone Yennenga, chorégraphié par le Burkinabè Serge Aimé Coulibaly comme un hymne à la résistance contre les fléaux de la pandémie et du terrorisme. Le fait d’avoir monté aussi des écrans en plein air dans la capitale burkinabè, montre également la détermination des autorités.

Le Sénégal, pays d’honneur et emblématique de cette 27e édition

Le film d’ouverture Atlantique symbolise en quelque sorte le sacre de la cinéaste franco-sénégalaise Mati Diop, première réalisatrice d’origine africaine distinguée au Festival de Cannes avec le prix du Jury. Le Sénégal est d’ailleurs le pays d’honneur et emblématique de cette 27e édition à la fois à la recherche de ses racines et à la conquête de nouveaux horizons panafricains. Le réalisateur Alain Gomis, lauréat de l’Étalon d’or en 2013 et 2017, sera honoré à Ouagadougou d’une statue dans la même avenue des cinéastes où se trouve déjà la sculpture de son compatriote légendaire Ousmane Sembène. Ce dernier avait réalisé en 1962 Borom Sarret, l’un des premiers films africains tournés en Afrique. Quant à Alain Gomis, il entretient désormais la flamme du cinéma avec son Centre Yennenga à Dakar où il forme de jeunes réalisateurs africains pour construire petit à petit l’autonomie cinématographique en Afrique. Et Mamadou Dia, lauréat du Léopard d’or, est en lice, avec Le père de Nafi, pour l’Étalon d’or 2021, sous l’œil attentif du cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako, président du jury.

La force de la diversité africaine

Pour assurer dans la compétition la présence de réalisateurs d’un maximum de pays africains, le nouveau directeur général du Fespaco, Alex Moussa Sawadogo, a joué la carte de la diversité. La catégorie reine de la compétition affiche 17 fictions longs métrages de 15 pays différents, seul l’Égypte assure deux films sur la liste. Le Mali est pour la première fois absente de la compétition des fictions. Les festivaliers attendent de vraies découvertes cinématographiques de tout le continent. Parmi les heureux élus se trouve par exemple This is not a burial, it’s a resurrection, déjà primé par le Prix spécial du jury au festival Sundance, réalisé par Lemohang Jeremiah Mosese de Lesotho, un pays de 2,3 millions d'habitants où il n’y a pas de salles de cinéma, seulement quatre cinémas itinérants, et où seulement « dix personnes vivent actuellement de la réalisation de films dans le pays », selon un rapport de l’Unesco.

 A lire aussi Le Fespaco 2021, le nouveau défi des «cinémas d’Afrique et de la diaspora»

Autre pays souvent vu au cinéma comme lieu très prisé de tournage et pour ses décors, mais souvent absent de la carte mondiale des réalisateurs, la Namibie, représentée par la réalisatrice Desiree Kahikopo-Meiffret et son film The White Line. Une dizaine de films locaux sont tournés chaque année en Namibie et projetés sur les seize écrans de cinéma des grandes villes. Ahmed Khadar portera avec son film très poétique et touchant, La femme du fossoyeur, l’honneur de la Somalie, pays de 15 millions habitants doté de huit cinémas.

Un troisième Étalon d’or pour le Burkina Faso ?

Les cinéphiles du Burkina Faso, le pays hôte du festival, espèrent que l’Étalon d’or sera remporté pour la troisième fois par un réalisateur burkinabè. Après Idrissa Ouedraogo en 1991, avec Tilaï, et Gaston Kaboré en 1997, avec Buud Yam, les regards se tournent vers Boubacar Diallo et son film Les trois Lascars.

Cette édition 2021 aura lieu à un moment critique pour le cinéma et pour le pays. Depuis des années, le Burkina Faso fait face à la recrudescence des attaques terroristes. Et le plus grand festival de cinéma en Afrique se déroulera dans une période où les plateformes américaines sont visiblement décidées de conquérir le continent africain. Depuis 1969, le Burkina, pays de 27 millions d’habitants, a fièrement soutenu le plus grand festival de cinéma en Afrique, néanmoins, aujourd’hui, le résultat pour l’industrie cinématographique et audiovisuelle du pays semble assez modeste. Le cinéma Guimbi à Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays, sera après son ouverture prévue en octobre une des huit salles fonctionnant de manière régulière. Selon les chiffres communiqués par le ministère de la Culture burkinabè, une quarantaine de films locaux sont produits en moyenne chaque année dans le pays des hommes intègres. Le secteur du cinéma et de l’audiovisuel assure actuellement 2 000 emplois directs et 6 000 emplois indirects. Les revenus générés par le secteur sont estimés à 2 millions de dollars.

Entre la fierté nationale, la force panafricaine et la révolution numérique

L’enjeu pour le festival 2021 et pour son nouveau directeur général, Alex Moussa Sawadogo, s’avère donc énorme. Comment entretenir à la fois la fierté nationale pour le Fespaco et promouvoir la qualité et la diversité des films africains ? En même temps, il s’agit de relever le défi d’embrasser la rupture provoquée par la révolution numérique avec une offre de films et de séries (car c’est bien aussi le Festival panafricain de la télévision avec son Marché international du cinéma africain) aussi adaptés pour les plateformes. Tout cela dans un pays où seulement 16% de la population sont considérés comme usagers d’Internet et seulement 32% des abonnés mobiles disposent d’un accès à Internet via leur mobile.

En attendant, la capitale du cinéma africain nous donne rendez-vous pour vivre avec joie la 27e édition du Fespaco jusqu’au palmarès, annoncé le 23 octobre. Vive le cinéma !


La liste des 17 longs métrages fiction en compétition au Fespaco 2021 :

Air conditioner, de Mario Bastos (Angola)

Baamum Nafi, de Mamadou Dia (Sénégal)

Bendskins (Moto Taxi), de Narcise Wandji (Cameroun)

Eyimofe (This is my desire), de Chuko Esiri (Nigéria)

Farewell Amor, d’Ekwa Msangi (Tanzanie)

Feathers, d’Omar El Zohainy (Egypte)

Freda, de Gessica Geneus (Haïti)

La femme du fossoyeur, d’Ahmed Khadar (Somalie)

La nuit des rois (Night of the Kings), de Philippe Lacôte (Côte d’Ivoire)

Les trois lascars, Boubakar Diallo (Burkina Faso)

Lingui, les liens sacrés, de Haroun Mahamat-Saleh (Tchad)

Nameless (Les anonymes), de Wa Nkunda Mutiganda (Rwanda)

Oliver Black, de Tawfik Baba (Maroc)

Souad, d’Amin Ayten (Égypte)

The White Line, de Desireee Kahikopo-Meiffret (Namibie)

This is not a burial, it is a resurrection, de Jeremiah Lemohang Mosese (Lesotho)

Une histoire d’amour et de désir, de Leyla Bouzid (Tunisie)

Fespaco: derniers réglages avant l’ouverture du plus grand festival de cinéma en Afrique

Un homme passe devant une affiche du 27e Festival panafricain du cinéma et de la télévision (FESPACO), à Ouagadougou, le 14 octobre 2021.

Un homme passe devant une affiche du 27e Festival panafricain du cinéma et de la télévision (FESPACO), à Ouagadougou, le 14 octobre 2021.
 AFP - OLYMPIA DE MAISMONT

Au Palais des sports de Ouagadougou, Serge Aimé Coulibaly fait les derniers réglages pour le spectacle d’ouverture du Fespaco qui aura lieu samedi 16 octobre. Pour cette 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, au Burkina Faso, le chorégraphe, ses 80 danseurs, acrobates et comédiens, ont décidé de rendre hommage à la femme, à travers le spectacle « Yennenga Leguessi » ou l’hymne à la résilience.

« On rend hommage à la femme, à l’Amazone, à celle qui lutte, explique le chorégraphe burkinabè Serge Aimé Coulibaly. Donc, c’est aussi un clin d’œil pour voir comment résister à ces attaques répétées du terrorisme, comment on peut sublimer, retrouver des forces pour pouvoir éliminer ce fléau. »

Loin du Palais des sports, Aboubacar Ouango s’assure que toutes les salles de projection ont bien reçu le matériel adéquat. Pour ce conseiller du délégué général, la réussite de cette édition du Fespaco reste l’objectif principal jusqu’au clap final : « Actuellement, nous avons procédé à la programmation des films. Les films détenus dans les différents sites de projection. Nous avons reçu également les copies de projection de films, toutes catégories confondues, que ce soit en DCP (Digital Cinema Package) ou en fichier numérique. Au niveau des salles de projection, nous n’avons pas de problèmes. »

La mise en place du Mica

Au moins 8 000 réalisateurs, producteurs, critiques ou journalistes prendront officiellement part à cette édition du Fespaco. Au niveau du département des relations publiques, l’équipe dirigée par Lucie Tiendrebeogo a déjà travaillé sur les demandes d’accréditations.  Au dernier moment, il y a toujours des gens qui arrivent, qui se sont décidés au dernier moment. Eux aussi, on les prend en charge. À notre niveau, il n’y a pas de problème majeur. »

Le comité d’organisation a dû travailler, jour et nuit, pour la mise en place du matériel. Dans la grande cour du siège du festival, plusieurs chapiteaux ont été installés pour accueillir le Mica, le Marché international du cinéma et de la télévision africains. Issiaka Guiré et ses hommes vérifient que les cabines de projection fonctionnent comme prévu : « Nous sommes actuellement à près de 2 600 mètres carrés du chapiteau au Mica, avec des stands d’expositions. Nous avons aussi des chapiteaux de 300 mètres carrés qui vont abriter différentes activités comme des conférences. »

L’honneur revient au Sénégal, pays invité, d’inaugurer la séance des projections, avec le film Atlantique de Mati Diop.