Actualités

« Couscousgate » : quand les tensions entre le Maroc et l’Algérie se font culinaires

Mis à jour le 4 décembre 2021 à 16:35
 
Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.


Damien Glez © Damien Glez

Le ministre marocain de la Culture a-t-il rouvert une plaie suturée par l’entrée du couscous « maghrebin » au patrimoine immatériel de l’Unesco ? Mehdi Bensaïd souhaite un « label » spécifiquement marocain…

16 décembre 2020. Les fronts maghrébins perlés d’une sueur fiévreuse s’assèchent. C’est grâce à un front commun du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et de la Tunisie que la recette du couscous obtient enfin la reconnaissance suprême de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), via l’inscription au patrimoine immatériel de l’organisation onusienne.

Le « hourra » poussé est d’autant plus un « ouf » que l’union des quatre candidats semblait de circonstance, suite à des divergences politiques, mais aussi des philosophies culinaires éparses. Au niveau de la recette, si chacun s’accorde sur une base de semoule, une sauce et une cuisson à la vapeur, un tel insiste sur les oignons tandis que tel autre promeut les légumes.

Quant à l’apport en protéines, il peut provenir, selon les écoles gastronomiques, de poulets, de têtes d’agneau, d’escargots et même de poulpes. Si la présence de céphalopode dans le couscous n’avait pas empêché le Sénégal de remporter, quelques semaines avant le sacre onusien, la 22e édition du « Cous Cous Fest », c’est le « lit de mangues » du mets primé qui avait fait grincer quelques dents…

Crispation culinaire

Il fallait donc s’attendre à ce que les susceptibilités nationales refassent surface. C’est sur la chaîne de télévision semi-publique 2M que le ministre marocain de la Culture vient de revendiquer un « label » spécifique pour le couscous marocain dans les registres patrimoniaux de l’Unesco. Mehdi Bensaïd souhaite une définition précise de « ce qui entre dans le patrimoine marocain » pour « interagir avec les institutions internationales, parmi lesquelles l’Unesco, afin d’obtenir une reconnaissance internationale du patrimoine marocain et de l’histoire marocaine ».

La substitution d’une logique de « bande à part » au front commun gastronomique n’est-elle qu’un climax anecdotique dans les tensions récentes entre l’Algérie et le Maroc ? Au mois d’août dernier, les deux pays sont allés jusqu’à rompre leurs relations diplomatiques. L’Algérie a depuis fermé le gazoduc qui passait par le Maroc, avant d’accuser Rabat d’être impliqué dans la mort de trois de ses ressortissants au Sahara. La guerre diplomatique sera-t-elle alimentée par une bataille du « cousksi », « barbucha » ou encore « seksu » ?

Lors de son intervention « culinaire » aux allures de crispation identitaire, Mehdi Bensaid s’est bien gardé de citer l’Algérie : « L’idée est de créer un “label Maroc” pour mettre fin au débat sur la question de savoir si le couscous est marocain ou tunisien ». Exit la présentation de 2020, devant l’Unesco, du couscous comme « le symbole privilégié de l’art de recevoir, de la commensalité et de la convivialité chez toutes les familles marocaines et maghrébines ». Il reste à savoir si l’Algérie aura « l’art de recevoir » la pique du ministre marocain. Attention à ne pas s’étouffer avec la semoule de blé dur ou les pois chiches…

Côte d’Ivoire, Burkina, Rwanda : quand la Turquie accélère en Afrique

Mis à jour le 2 décembre 2021 à 10:29
 

 

Troisième Forum d’économie et d’affaires Turquie-Afrique, à Istanbul, le 22 octobre 2021, en présence d’Emine Erdogan et de Denise Tshisekedi, premières dames de Turquie et de RD Congo (au centre, vêtues de rouge). © Murat Kula/Anadolu Agency via AFP

 

Bien implantée en Égypte, en Algérie et en Éthiopie, Ankara lorgne désormais aussi l’Afrique de l’Ouest. Dans des secteurs traditionnels comme la construction et l’énergie mais aussi plus nouveaux comme la défense.

Lorsque Recep Tayyip Erdogan foula le sol africain pour la première fois, en 2005, en Éthiopie, il n’y avait que trois entreprises turques dans ce pays. Elles sont aujourd’hui 225. « Le bouche-à-oreille a fonctionné. Les Turcs sont appréciés, car ils ne se contentent pas de faire du business, mais investissent et s’établissent ici », résume Yaprak Alp, l’ambassadrice de Turquie à Addis-Abeba, qui précise que ces sociétés emploient 20 000 personnes dans des secteurs variés : textile, chaussure, câbles électriques, jus de fruits…

Même dynamisme dans l’Ouest de l’Afrique, en Algérie, où plus de 1 300 entreprises turques sont actives, entre autres, dans la sidérurgie (groupe Tosyali), le textile (Tayal), les produits d’hygiène (Hayat Kimya), l’énergie (accord entre Botas et Sonatrach).

Quadrillage

En l’espace de vingt ans, la Turquie est devenue une puissance qui compte sur le continent. Le volume de ses échanges commerciaux avec l’Afrique, qui représentaient 5,4 milliards de dollars en 2003, s’élève aujourd’hui à 25,3 milliards. C’est peu comparé aux 180 milliards d’échanges de la Chine avec l’Afrique, mais les progrès sont constants. Durant la même période, les exportations d’Ankara à destination du continent sont passées de 2 à 15 milliards de dollars, et ses importations de 3 à 10 milliards de dollars. Ces dernières portent pour l’essentiel sur des produits bruts (hydrocarbures, produits alimentaires et miniers).

HABILETÉ COMMERCIALE, QUALITÉ DES PRODUITS ET, SURTOUT, RESPECT DES DÉLAIS

Si moins de 10% du total des exportations de la Turquie est dirigé vers l’Afrique, loin derrière l’Europe (56%) et l’Asie (26%), la 17e puissance économique mondiale a bien l’intention de se tailler une place plus importante sur le marché africain. Reste une inconnue : les difficultés économiques qu’elle traverse aujourd’hui pourraient freiner, au moins temporairement, certains projets ou investissements, déjà différés en raison de la crise sanitaire planétaire.

Il n’empêche : pour l’heure, tous les secteurs sont quadrillés par des conglomérats très offensifs auxquels s’ajoute une pléiade de PME, qui n’hésitent pas à prendre des risques techniques et financiers. La clé du succès ? Habileté commerciale, qualité des produits, prix raisonnables, et, surtout, rapidité d’exécution et respect des délais.

Autre caractéristique : la Turquie élargit son périmètre géographique. D’abord essentiellement implantée dans la Corne de l’Afrique (Éthiopie, Somalie, Soudan), elle se tourne résolument vers l’Afrique de l’Ouest et lorgne avec insistance l’Afrique australe.

Potentiel sous-exploité

L’Égypte, avec qui les relations politiques sont pourtant difficiles, reste son premier partenaire commercial en Afrique, avec un volume d’échanges de 4,8 milliards de dollars, et l’Algérie le deuxième, avec 3,8 milliards. Il y a ensuite des États avec lesquels le potentiel – en particulier la coopération énergétique – est encore sous-exploité, comme le Nigeria (754 millions de dollars) et l’Angola (176 millions). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la dernière tournée présidentielle, à la mi-octobre, leur était destinée.

Et puis il y a tous les autres pays avec lesquels les échanges s’envolent. C’est le cas de la Côte d’Ivoire : 630 millions de dollars en 2020 (+67% en deux ans) ; du Rwanda : 81 millions de dollars (contre 35 millions en 2019) ou du Burkina : 72 millions pour les neuf premiers mois de 2021 (+65% par rapport à 2020).

PALAIS DES CONGRÈS, HÔPITAUX, HÔTELS, STADES FLEURISSENT SUR LE CONTINENT

Les États théâtres de conflits n’échappent pas à cette tendance. En Somalie, dont elle soutient la reconstruction depuis 2011, la Turquie a remporté de nombreux marchés. En Libye, les entreprises turques (qui avaient dû partir en 2011, laissant pour 19 milliards de dollars de projets inachevés) reprennent hardiment pied, profitant de la proximité des autorités d’Ankara avec le gouvernement de Tripoli.

Reste le « cas » de l’Afrique du Sud, un gros marché peu exploité (1,46 milliard de dollars d’échanges) et difficile d’accès, au point que la Turquie y accusait en 2020 un déficit commercial de plus de 300 millions de dollars. Pretoria réclame en effet la création de coentreprises et l’augmentation des investissements locaux. Le textile est soumis à des taxes dissuasives, et les exportations de ciment sont limitées, entravant l’essor des compagnies de BTP : elles ne sont que trois sur place. Une singularité, tant la construction est un secteur leader pour la Turquie.

Concessions aéroportuaires

Palais des congrès, centres commerciaux, hôpitaux, hôtels, stades, aéroports, routes, centrales électriques… Toutes ces infrastructures fleurissent sur le continent, signées par des compagnies telles que Limak, Rönesans, Mapa, Summa ou Yenigün, laquelle vient de livrer le luxueux stade Japoma, à Douala. Cette fièvre édificatrice concerne aussi les mosquées, comme en témoignent celles construites au Soudan, à Djibouti et à Bamako. À Accra, une fondation turque a même financé une réplique de la Mosquée bleue, d’Istanbul.

Plusieurs groupes détiennent par ailleurs des concessions aéroportuaires, comme TAV, en Tunisie (Monastir et Hammamet), Summa, à Niamey, ou le tandem Limak-Summa, à Dakar (aéroport Blaise-Diagne). Albayrak, lui, a obtenu la concession du port de Mogadiscio et d’une partie de celui de Conakry.

PARMI LES ACHETEURS DE DRONES TURCS : LA TUNISIE, LE MAROC, L’ÉTHIOPIE, ET BIENTÔT LE NIGER

Les Turcs ont également construit ou font fonctionner des centrales électriques, à tourbe ou solaire (Çalik, au Sénégal ; Hakan Enerji, au Rwanda ; Desiba, au Gabon…). Avec ses navires-centrales, Karpowership, qui vient de signer un accord avec l’Afrique du Sud, fournit 100% de l’électricité de la Guinée Bissau, 80% de celle de la Sierra Leone et 15% de celle du Sénégal.

Sans surprise, le textile reste une valeur sûre pour la Turquie, dont les entreprises concurrencent les producteurs marocains ou tunisiens – au point que Rabat a obtenu, en mai, un rééquilibrage de l’accord de libre-échange signé avec Ankara, qui lui était défavorable.

Compagnie reine

D’autres secteurs élargissent la palette : les mines, l’agroalimentaire et les machines agricoles, la santé, le tourisme, et l’armement. Car s’il est un nouveau secteur d’exportations vers lequel tous les yeux se tournent, c’est bien celui de la défense, où sept sociétés turques se sont hissées en peu de temps parmi les cent premières au monde. La Tunisie, le Maroc, l’Éthiopie, et bientôt le Niger, font partie des acheteurs des drones des firmes TAI ou Bayraktar ; le Burkina, qui a déjà acquis des véhicules Cobra de la société Otokar, a commandé du matériel de déminage à la firme publique Afsat ; le Kenya va recevoir en 2022 des blindés Hizir, de la compagnie privée Katmerciler.

Reste la compagnie reine : Turkish Airlines, qui, bien qu’affectée par la crise sanitaire, compte bientôt retrouver un rythme normal. Avant la pandémie, elle assurait pas moins de trente-cinq vols hebdomadaires avec l’Algérie, sept avec la Côte d’Ivoire, le Gabon ou le Burkina, cinq avec l’Afrique du Sud… Le Togo attend la finalisation d’un accord pour sa desserte, et les ambassadeurs turcs des rares États africains où « TA » n’a pas encore déployé ses ailes espèrent ardemment sa venue tant celle-ci est source d’expansion des relations commerciales, touristiques et, tout simplement, humaines.

Culture africaine: les rendez-vous en décembre 2021

 

 

Sous forme numérique ou en présentiel, où auront lieu en décembre les rendez-vous phares de la culture africaine ? Voici treize propositions en France, au Sénégal, en RDC, en Belgique, au Burkina Faso, au Maroc, au Rwanda, au Congo-Brazzaville... Et n’hésitez pas à nous envoyer vos « incontournables » à l’adresse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

À partir du 2 décembre, l’exposition collective Entre-Acte se déploie sur la plateforme artistique Selebe Yoon à Dakar, au Sénégal. Rebecca Brodskis (France), Rufai Zakari (Ghana) et Khadim Bamba (Sénégal) « révéleront la multiplicité des visages d’une société contemporaine et les paysages urbains des villes d’Afrique de l’Ouest à travers l’usage de la peinture à l’huile, des textiles et du plastique recyclé ».

L’exposition s’inscrit dans le cadre de la 10e édition de Partcours, le rendez-vous annuel des 30 meilleurs espaces d’arts de Dakar qui propose jusqu’au 12 décembre des vernissages et des rencontres organisées dans les quartiers. Le but étant de dessiner « une autre carte de la Cité, une géographie sensible d’un Dakar qui se renouvelle ».

La Galerie Cécile Fakhoury y présente à partir du 2 décembre la première exposition personnelle de Serigne Ibrahima Dieye au Sénégal. Doté de son style acéré et ses fables sombres, l’artiste se penche dans Métamorphoses ondulatoires « sur les dérives des médias et du "tout communicationnel" ».

La Tunis Fashion Week se présente comme « le carrefour de la créativité sous toutes ses coutures » souhaitant soutenir « l’ingéniosité pluriartistique africaine ». La 7e édition se tient du 2 au 5 décembre dans le sud-ouest de la Tunisie, au milieu du Sahara, près de la ville de Tozeur, pour réunir au-delà de la mode aussi d’autres artistes pour des défilés (retransmis en direct dans des salles de cinéma Pathé Tunis, les réseaux sociaux et le site fashionweektunis.tn), des expositions, des performances, des ateliers, des workshops…


Rufai Zakari, « Jenny et son bonnet rose » (2020), œuvre faite de fragments de plastique recyclé, exposée à Selebe Yoon à Dakar, dans le cadre de la 10e édition de Partcours, le rendez-vous annuel des espaces d’art de la capitale sénégalaise.
 © Rufai Zakari

Sans limite s’annonce l’exposition photographique conçue par Arlette Bashizi et Moses Sawasawa au Stade paralympique de Goma, en République démocratique du Congo (RDC). À partir du 3 décembre, les deux photojournalistes congolais lancent cet événement « itinérant dans plusieurs coins de la ville et ses alentours » pour documenter la situation de personnes handicapées souvent confrontées aux préjugées de la société.  

Du 4 au 7 décembre, le Palais des Beaux-Arts Bozar à Bruxelles, en Belgique, propose Le projet Halaqat pour explorer les liens culturels entre l’Europe et le monde arabe. Conçue comme une plateforme de co-création avec des débats, des projections de films, des concerts, des performances et des expositions, cette initiative souhaite « approfondir les échanges entre les deux régions afin de démonter les clichés ».

Jusqu’au 5 décembre, des auteurs-réalisateurs de sept pays (Tunisie, Maroc, Sénégal, Burkina Faso, Mali, Côte d’Ivoire et Togo) se retrouvent au Ciné Guimbi à Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, dans le cadre de la résidence d’écriture Sentoo. C’est la 2e édition de ce programme panafricain de soutien à la création cinématographique qui vise à donner aux auteurs et producteurs africains « les outils et les moyens matériels pour développer leurs films en préservant leur identité africaine et leurs droits à les exploiter ». Selon les organisateurs, c’est « la première fois en Afrique [qu’] un programme de soutien à la création cinématographique associe des résidences d’écriture, un atelier de production et de coproduction et une aide au développement ».

Au Musée d’art contemporain africain Al Madeen (Macaal) à Marrakech vient d’ouvrir L’art, un jeu sérieux. Jusqu’au 14 février, cette exposition collective explore la thématique du jeu dans l’art à travers de 80 œuvres de 64 artistes, dont Mariam Abouzid Souali, Joy Labinjo ou GaHee Park.

Rendez-vous le 4 décembre pour vivre la cérémonie de la 7e édition des Trophées francophones du cinéma, à l’Intare Conference Arena à Kigali, au Rwanda. Les 9 trophées récompenseront 9 lauréats du cinéma francophone de ces trois dernières années pour « encourager la diversité et la liberté de création cinématographique ».

 

Mariam Aboouzid Souali : "Berouita" (broueette), Série Rule of Game 2017. @ Collectioin Fondation Alliances - MACAAL

 

Du 7 au 21 décembre à Paris, le festival Maghreb des films « confirme sa ligne éditoriale tournée vers les luttes sociales et politiques, la contestation et ses révoltes ». Au cœur de cette édition 2021 se trouve le « Printemps tunisien » de 2011, avec une programmation de « six films plus ou moins nés directement des événements », témoignant ainsi aussi du rayonnement de ces soulèvements dans de nombreux pays du monde arabe.

Le 8 décembre aura lieu à Paris la remise de prix du Mobile Film Festival 2021. Le Grand Prix est doté de 10 000 euros, les prix du documentaire et du film étudiant de 5 000 euros chacun. Une sélection de 50 films (1 Mobile, 1 Minute, 1 Film) de 34 pays (dont des productions d’Algérie, Burundi, RDC, Mauritanie, Afrique du Sud, Ouganda) est actuellement gratuitement en ligne sous le thème de Faire la paix avec la nature. Chaque année, les films sélectionnés sont visionnés par des millions d’internautes.

Dans le sud-ouest congolais, plusieurs dizaines de peuples cohabitent dans les provinces actuelles de Kinshasa, du Kwango, du Kwilu et du Mai-Ndombe. Le musée du Quai Branly à Paris dévoile dans La Part de l’ombre 160 sculptures du sud-ouest du Congo des années 1875-1950, pour la plupart jamais exposées. Ainsi, l’institution parisienne souhaite à partir du 14 décembre « redonner toutes ses lettres de noblesse à la statuaire en bois congolaise ».

Du 14 au 22 décembre se tient la 18e édition du festival Mantsina sur scène à Brazzaville, au Congo. Cofondée par le metteur en scène Dieudonné Niangouna, dirigée par Sylvie Dyclo Pomos, la Rencontre internationale de théâtre de Brazzaville s’affiche cette année sous le thème « S’ouvrir davantage au monde ».

Le 30 décembre, la maison Artcurial Maroc organise une vente évènement Un hiver marocain à La Mamounia, à Marrakech. L’art contemporain africain sera au centre de cette vente aux enchères, précédée d’une exposition des œuvres, dont des photographies de Malick Sidibé et Seydou Keïta, mais aussi une grande œuvre de Pilipili, artiste emblématique du Hangar, centre d’art créé au Congo, ou une exceptionnelle tour Seattle du célèbre artiste congolais Bodys Isek Kingelez. La scène de l’art contemporain africain sera représentée par Aboudia, qui travaille entre Abidjan et Brooklyn, mais aussi par le Kényan Joseph Bertiers, l’Ougandais Arim Andrew ou l’Angolaise Keyezua.

► Envoyez-nous vos « incontournables » de la culture africaine en 2022 à l’adresse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Covid-19 : comment Omicron va-t-il affecter l’Afrique ?

Par Jaysim Hanspal, pour The Africa Report  - Jaysim Hanspal, pour The Africa Report 
Mis à jour le 1 décembre 2021 à 15:27
 

 

Des vaccins AstraZeneca (COVID-19), redéployés de la RDC, arrivent à l’aéroport international de Kotoka à Accra, Ghana, le 7 mai 2021. © Francis Kokoroko/REUTERS

 

Le variant circule déjà en Europe, puisqu’il a été détecté en Belgique la semaine dernière, mais c’est à des pays du continent que des restrictions internationales sont une fois de plus imposées.

Deux jours seulement après avoir été pour la première fois identifié en Afrique du Sud, le 24 novembre 2021, le variant B.1.1.52, plus connu sous le nom d’Omicron, a été classé « préoccupant » par l’OMS. « Les premiers éléments semblent indiquer qu’il présente un risque accru de réinfection par rapport à d’autres variants, précise un communiqué de l’organisation. Le nombre de cas dus à ce variant paraît augmenter dans presque toutes les provinces d’Afrique du Sud. »

Résultat : plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, les États-Unis, la Thaïlande, ou encore la France, ont fermé leurs frontières à certains États africains, à commencer par l’Afrique du Sud, le Botswana, le Lesotho et l’Eswatini.

Décision hâtive

Nombre de leurs dirigeants se sont immédiatement élevés contre cette stratégie, parmi lesquels la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Naledi Pandor. « L’Afrique du Sud respecte le droit de tous les pays à prendre les précautions nécessaires pour protéger leurs citoyens, a-t-elle déclaré. Mais la décision du Royaume-Uni d’interdire temporairement l’entrée des Sud-Africains sur son territoire semble avoir été prise à la hâte, alors même que l’OMS n’a pas encore formulé d’avis sur les prochaines étapes. »

L’OMS a pour l’heure recommandé aux États de travailler « en coordination avec la communauté internationale ».

Ironiquement, la découverte du variant Omicron a été confirmée par une équipe de recherche sud-africaine. Le pays possède en effet l’infrastructure nécessaire pour permettre de séquencer efficacement le virus et de détecter de nouveaux variants.

L’AFRIQUE DU SUD EST PUNIE POUR SON TRAVAIL SCIENTIFIQUE REMARQUABLE

L’apparition d’Omicron survient alors que le tourisme commençait tout juste à repartir en Afrique du Sud. En quelques jours, un milliard de rands (environ 55,6 millions d’euros) de réservations ont été annulées à la suite des restrictions de voyage imposées par plusieurs pays, fait savoir la Thomson Reuters Foundation. Les personnes travaillant dans ce secteur craignent déjà une nouvelle vague de suppression d’emplois. « L’Afrique du Sud est punie pour son travail scientifique remarquable », a déploré Tshifhiwa Tshivhengwa, président du Tourism Business Council of South Africa (TBCSA).

Dans la foulée, le rand sud-africain a chuté à son plus bas niveau depuis plus d’un an, le 25 novembre. Il a perdu encore 2,15 % vendredi 26 novembre, lorsque les marchés asiatiques ont appris la nouvelle au réveil.

Le 28 novembre, l’attachée de presse du gouvernement éthiopien a condamné sur Twitter les interdictions de voyage, en citant les hashtags #VisitEthiopia et #OmicronVariant. « Venez visiter en Éthiopie les nombreuses régions épargnées de la Corne de l’Afrique et faites-vous votre propre avis. Les restrictions de voyage contre les pays d’Afrique australe face au variant Omicron sont une réponse hâtive », a-t-elle écrit.

Possibles ravages

Addis-Abeba est empêtrée dans la guerre au Tigré, qui a entraîné une famine massive et occasionné de multiples crimes de guerre commis par tous les belligérants. Si la diffusion du nouveau variant s’accélérait, il risquerait de faire des ravages dans cette région.

L’apparition de ce nouveau variant a remis en lumière l’inégalité d’accès aux vaccins en Afrique, où seulement 4,4 % de la population a un schéma vaccinal complet, selon l’OMS. À titre de comparaison, près de 66 % des habitants du Royaume-Uni sont vaccinés contre le Covid-19.

Les données relatives au déploiement du programme COVAX ont en outre révélé qu’il ne représentait que 5 % des vaccins distribués sur l’ensemble de la planète. Il a récemment annoncé qu’il n’atteindrait pas son objectif de deux milliards de doses administrées pour 2021.

En octobre, une enquête du Bureau of Investigative Journalism a accusé COVAX de « mettre à l’écart les organisations représentant les intérêts des pays pauvres dans ses discussions de premier plan, ce qui empêche ceux qui ont le plus besoin du vaccin de se faire entendre ».

Un frein pour les entreprises pharmaceutiques africaines

Problème : laisser des pays avec une couverture vaccinale très faible, comme c’est le cas dans de nombreux endroits du continent, peut favoriser le développement de nouveaux variants plus dangereux. Beaucoup d’États affichant un taux de vaccination élevé, tels que le Royaume-Uni, la France et le Canada, proposent d’ailleurs déjà une dose de rappel aux personnes éligibles et ont commencé à faire des réserves.

Le Burundi et l’Érythrée n’ont par exemple pas encore lancé de programme de vaccination, tandis que Moderna refuse de partager sa formule, en invoquant la propriété intellectuelle. Cette attitude constitue un frein pour les entreprises pharmaceutiques africaines, qui tentent elles aussi de produire un vaccin contre le coronavirus.

Le Ghana entend poursuivre son programme de vaccination, en rendant le vaccin obligatoire notamment pour les agents du secteur public et le personnel de santé, à partir du 22 janvier 2022. À ce jour, le Ghana a reçu 12 millions de vaccins contre le Covid-19, et neuf millions de doses supplémentaires sont attendues avant la fin de l’année. La plupart a été obtenue par le biais de COVAX.

Dans le Sahel, le rejet de la France grandit

Après avoir été bloqué une semaine au Burkina Faso, un convoi logistique de l’armée française en route pour le Mali a affronté, samedi 27 novembre, l’hostilité des populations au Niger.

Ces obstacles à répétition révèlent le climat de défiance croissante qui règne dans le Sahel contre la France.

  • Laurent Larcher, 
Dans le Sahel, le rejet de la France grandit


Jamais un convoi logistique de Barkhane n’avait connu autant d’obstacles et d’hostilité de la part de civils sur la route qu’elle emprunte entre la Côte d’Ivoire et le nord du Mali. Depuis qu’il a franchi la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, il y a une dizaine de jours, les entraves et les menaces contre sa progression ne cessent de se multiplier.

Bloqué pendant une semaine à une centaine de kilomètres de Ouagadougou après des heurts avec des manifestants, il a été à nouveau violemment pris à partie samedi 27 novembre, juste après son arrivée au Niger. Selon le ministère de l’intérieur de Niamey, le convoi placé « sous escorte de la gendarmerie nationale » a été bloqué « par des manifestants très violents à Téra, région de Tillabéri, où il a passé la nuit ». « Dans sa tentative de se dégager, précise le ministère, il a fait usage de la force », faisant deux morts et 18 blessés, dont onze gravement atteints.

Le porte-parole de l’état-major de l’armée française, le colonel Pascal Ianni, assure de son côté qu’un groupe violent parmi les manifestants « a tenté de s’emparer des camions ». Au plus fort de la tension, « les gendarmes nigériens et les soldats français ont effectué des tirs de sommation ». Selon le colonel Ianni, seuls deux conducteurs civils ont été blessés dans le convoi. Celui-ci a repris sa route vers le Mali. Mais des appels à s’opposer à sa progression continuent d’être relayés sur les réseaux sociaux. Lancés principalement par la Coalition des patriotes du Burkina Faso (Copa-BF), un mouvement panafricain qui s’oppose à la présence des soldats français, ces appels rencontrent un certain succès auprès de jeunes exaspérés par l’incapacité de Barkhane à chasser les groupes djihadistes du Sahel.

Les rumeurs et les accusations les plus folles circulent dans leurs rangs : on y accuse Paris de mener un double jeu, affirmant que ce convoi apporte des armes aux groupes armés terroristes. Le rejet de la France ne cesse de progresser dans toute la sous-région, au Mali, au Burkina et au Niger, mais aussi dans les pays limitrophes comme le Sénégal, la Guinée et le Bénin.

Pour Paris, ce convoi de Barkhane sert d’exutoire à la frustration des populations sahéliennes devant la progression des groupes djihadistes. L’attaque, le 14 novembre, d’un détachement de gendarmerie burkinabée à Inata (dans le nord) a suscité une immense émotion dans le pays : 57 personnes, dont 53 gendarmes, ont été tuées par des djihadistes. Le 27 novembre, des centaines de Burkinabés ont manifesté à Ouagadougou pour dénoncer l’insécurité grandissante et exiger le départ du chef de l’État, Roch Marc Christian Kaboré. Selon le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, cette exaspération dont témoigneraient les manifestations contre le convoi de Barkhane serait instrumentalisée par des puissances étrangères comme la Russie. Après avoir mis la main sur la Centrafrique, une ex-colonie française, Moscou serait en train de reproduire le même scénario au Mali et au Burkina Faso, confie à La Croix une source sécuritaire française.

Dimanche, à l’ouverture d’un sommet Chine-Afrique à Dakar, la ministre sénégalaise des affaires étrangères Aïssata Tall Sall a dit qu’elle espérait que la Chine apporterait son soutien dans la lutte contre l’insécurité au Sahel.

Veuillez activer le javascript sur cette page pour pouvoir valider le formulaire