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Algérie : le FLN miné par son passé et les clashs internes

Par  - à Alger
Mis à jour le 12 octobre 2021 à 18:46


Le secrétaire général du FLN, Abou El Fadhl Baadji, lors d’une conférence de presse au siège du parti, le 16 juin 2021. © Ammi Louiza/ABACA

Est-ce le début de la fin de l’ex-tout-puissant parti unique ? C’est la question que se posent la majorité des militants du FLN. Fait inédit : le désaccord entre la direction et ses adversaires sera tranché devant les tribunaux.

« Pour la première fois depuis la création du parti en 1954, un cadre est placé en détention à cause d’une crise interne », regrette un sénateur qui a pris depuis ses distances avec le FLN. « Le recours à la justice n’est pas la solution. Il fallait régler le problème en interne », tance de son côté un député, peiné de voir la grille du siège cadenassée.

« À cet endroit se sont déroulés les pires moments de la vie de cette formation politique », poursuit le parlementaire en se remémorant les coups échangés entre les adeptes du statu quo et les « redresseurs », que l’on retrouve parmi les membres du Comité central, les députés et les présidents d’Assemblées populaires communales (APC).

Le 9 septembre, les frondeurs ont tenté de destituer le secrétaire général du parti, Abou El Fadl Baadji, mais ils se sont heurtés à une farouche résistance du clan opposé. La situation a dégénéré au point de nécessiter l’intervention des forces de l’ordre.

BAADJI EST ACCUSÉ D’« USURPATION D’IDENTITÉ ET DE FERMETURE DU SIÈGE DU FLN EN FAISANT APPEL AUX BALTAGUIAS [HOMMES DE MAIN, NDLR] »

La plainte déposée par Abou El Fadl Baadji au tribunal de Bir Mourad Rais a abouti, le 6 octobre, au placement en détention préventive du chef de file des frondeurs, l’ancien parlementaire et mouhafedh (coordinateur régional) de Blida, Issad Mohamed. Soixante-dix membres du Comité central – parmi lesquels le sénateur Fouad Sebouta – ont été convoqués par la justice le même jour.

Dix d’entre eux sont sous le coup d’un contrôle judiciaire. Le juge d’instruction s’attelle à auditionner progressivement le reste des cadres du front sur la base des chefs d’inculpation suivants : « regroupement illicite, humiliation du drapeau national et incursion dans le siège du parti ».

« Cet épisode est un précédent au FLN. Aucun secrétaire général n’a jamais osé recourir à un tel procédé. Baadji veut liquider tous ses opposants à travers la justice. Il veut détruire le parti », confie à JA l’avocat Mustafa Kehliche, membre du Comité central.

Les mis en cause ont aussitôt introduit un appel auprès de la même instance judiciaire, soutenant qu’Abou El Fadl Baadji n’est plus habilité à les poursuivre en justice après que la majorité des membres du Comité central lui ont retiré leur confiance le 9 septembre.

Baadji est à son tour accusé d’ « usurpation d’identité et de fermeture du siège du FLN en faisant appel aux baltaguias [hommes de main, NDLR] ». La justice n’a pas encore donné suite à cette plainte.

Le secrétaire général du FLN est-il sur un siège éjectable ? Pas sûr,  tant son clan manœuvre en coulisses pour contourner le Comité central et se charger directement de la préparation du scrutin local prévu fin novembre prochain.

Dans cette perspective, la direction du parti s’attelle à réunir progressivement, ces jours-ci, les superviseurs des listes électorales au niveau local.

BAADJI A APPELÉ À LA RESCOUSSE DE SIMPLES MILITANTS POUR REMPLIR LA SALLE DE RÉUNION

« Nous ne devons pas céder à la pression de ceux qui ont l’habitude d’acheter des sièges. Ils n’ont d’ailleurs pas réussi à rassembler assez de signatures pour destituer l’actuelle direction du parti », soutient un proche d’Abou El Fadl Baadji.

Selon lui, moins d’une cinquantaine de membres du Comité central mènent une campagne hostile. Certains devaient être traduit devant le conseil de discipline le 6 septembre, « mais ne se sont pas présentés ».

En réalité, « beaucoup de superviseurs manquaient à l’appel. Baadji a appelé à la rescousse de simples militants pour remplir la salle de réunion », réplique la partie adverse, qui œuvre à constituer une direction provisoire pour préparer le prochain congrès et l’élection d’un nouveau secrétaire général.

« Nous avons déposé un dossier dans ce sens au ministère de l’Intérieur juste après la réunion du Comité central, mais nous n’avons toujours pas reçu de réponse » précise Mustapha Kehliche.

C’EST UNE DÉFAITE ANNONCÉE AVANT MÊME LA TENUE DU SCRUTIN. DU JAMAIS VU AU FLN

Les protestataires accusent Baadji de « gestion autoritaire », d’avoir « dévié de la ligne originelle du parti » et d’être responsable du « faible score enregistré aux dernières législatives ». L’ancien parti unique avait obtenu une majorité relative à la chambre basse du Parlement avec 98 élus.

Il a perdu ainsi 57 sièges par rapport au précédent scrutin législatif et contrôle moins d’un quart de la nouvelle Assemblée nationale.

Pour les prochaines élections locales fin novembre, « le parti ne sera pas présent dans plusieurs wilayas, dont Constantine, Tipaza, Annaba… À Djelfa, le FLN sera représenté dans 21 communes seulement sur 36. C’est une défaite annoncée avant même la tenue du scrutin et la proclamation officielle des résultats. Du jamais vu au FLN », dénonce Mustapha Kehliche.

Les contestataires soutiennent que la crise au sein du FLN est accentuée par le « maintien de force d’un secrétaire général illégitime ». Car, expliquent nos sources, Abou El Fadl Baadji a été propulsé à la tête du FLN pour six mois, dans la perspective de convoquer, à l’issue de cette période transitoire, le congrès et de plébisciter un nouveau secrétaire général après l’emprisonnement de Mohamed Djemaï, en septembre 2019, pour « destruction de documents officiels ».

Quid de l’avenir du FLN ? « Personne ne peut le dire. Toutes les instances directoires sont bloquées », souffle le sénateur en froid avec le vieux parti et très inquiet de la tournure des événements.

IL FAUT SE DÉBARRASSER DE CETTE IMAGE D’UN FLN BÉQUILLE DU POUVOIR »

Dans le sillage de la fronde au sein Comité central, quatre membres du bureau politique viennent aussi de démissionner : Mohamed Aliou, Nacer Farah, Mohamed Amar et Ahmed Benai, également sénateur.

En guise de protestation contre le maintien de l’actuelle direction, trois députés de la wilaya de Mila ont gelé leur adhésion et leur activité au sein du parti.

Au milieu de cette bataille que se livrent les deux camps, de jeunes cadres se posent en alternative, récusant la légitimité historique mise en avant par les caciques du vieux parti dont nombre d’entre eux croupissent en prison.

« Il faut se débarrasser de cette image d’un FLN béquille du pouvoir. Aujourd’hui, deux anciens secrétaires généraux, Mohamed Djemaï et Djamel Ould Abbès sont derrière les barreaux, ainsi qu’une pléthore d’anciens ministres, cadres du parti. Le temps est venu de tracer une nouvelle trajectoire », tonnent-ils sur un ton déterminé.

Ils peinent malgré tout à se faire entendre au sein de leur propre formation politique.

Côte d'Ivoire: le nouveau parti de Laurent Gbagbo sera lancé les 16 et 17 octobre prochains

L'ancien président Laurent Gbagbo, ici à Abidjan le 27 juillet 2021. Fondateur du Front populaire ivoirien (FPI) miné par les divisions, Laurent Gbagbo a proposé le 9 août 2021 la création d'un nouveau parti politique, indique un communiqué du FPI GOR publié à l'issue d'une réunion de ses instances dirigeantes.

L'ancien président Laurent Gbagbo, ici à Abidjan le 27 juillet 2021. Fondateur du Front populaire ivoirien (FPI) miné par les divisions, Laurent Gbagbo a proposé le 9 août 2021 la création d'un nouveau parti politique, indique un communiqué du FPI GOR publié à l'issue d'une réunion de ses instances dirigeantes.
 REUTERS - LUC GNAGO

C’est confirmé. Laurent Gbagbo fondera son nouveau parti lors d’un Congrès les 16 et 17 octobre prochains à Abidjan. L’ancien pdt, fondateur du FPI dans les années 80, avait annoncé son intention en aout de « laisser l’enveloppe vide » du parti à son président reconnu légalement, Pascal Affi N’Guessan et de fonder sa propre formation. Le FPI déchiré depuis 2013. 

avec notre correspondant à Abidjan, Pierre Pinto

Le congrès constitutif de ce « nouveau parti » dont on ignore encore le nom, se tiendra à l’hôtel Ivoire, le grand palace d’Abidjan qui a un lien historique avec Laurent Gbagbo, explique Sébastien Dano Djedje, le président du congrès. « Le premier congrès ordinaire de ce que l'on a appelé FPI, que vous connaissez, a eu lieu à l'hôtel Ivoire. Aujourd'hui encore, le congrès du nouveau parti (se tiendra) à l'hôtel Ivoire. Vous imaginez donc tout ce que cela comporte comme historique, comme avenir, et comme espoir. » Laurent Gbagbo avait créé le FPI, le Front populaire ivoirien, en 1982 dans ce même lieu.

► À lire aussi les raisons de la création d’un nouveau parti

« Nous allons baptiser le FPI autrement. Nous allons changer de nom », avait expliqué Laurent Gbagbo lors de l’annonce de la création de son nouveau parti. Sur le fond donc, le corpus idéologique devrait rester le même.

« Il n'y a pas de rupture...», poursuit Sébastien Dano Djedje qui annonce un parti « socialiste, progressiste, panafricaniste, souverainiste...»

La salle des congrès de l’hôtel accueillera ce que sa jauge permet : 1600 cadres et responsables triés sur le volet. Mais pour que cet événement soit festif, les organisateurs ont prévu un « village » destiné aux militants et partisans qui sera installé à quelques centaines de mètres de là dans le quartier de Blockaus.

► À écouter aussi : les partisans de Laurent Gbagbo attendent maintenant le nouveau parti

28e sommet Afrique-France: espoirs et attentes de la jeunesse invitée

Á Montpellier, les trams de la ville ce sont mis aux couleurs du sommet Afrique-France du 8 octobre 2021.

Á Montpellier, les trams de la ville ce sont mis aux couleurs du sommet Afrique-France du 8 octobre 2021.
 © RFI/Paulina Zidi

Le Nouveau sommet Afrique-France s’ouvre ce vendredi 8 octobre à l’Arena de Montpellier (sud). Un rendez-vous où ont été invités près de 3 000 jeunes venus du continent ou membres de la diaspora. Une édition particulière, sans chefs d’État africains. Rencontre avec cette jeunesse placée au premier plan. 

De notre envoyée spéciale à Montpellier,

Soleil automnal et ambiance particulière à Montpellier. Dans l’air, rien ne laisse penser que cette ville du sud de la France s’apprête à accueillir un incontournable des relations entre le continent et l’Hexagone : le traditionnel sommet Afrique-France, 28e du nom, plus de quatre ans après la dernière rencontre en janvier 2017 à Bamako, au Mali.

Ce jeudi, à quelques heures de l’ouverture du rendez-vous dans la grande salle de l’Arena, Montpellier n’est pas une ville bunkerisée comme souvent en ces occasions. Seules quelques affiches, pour vanter le festival qui se tient depuis le début de la semaine, rappellent l’événement à venir. Peut-être un premier signe qui ne trompe pas que ce sommet ne sera définitivement pas comme les autres. En effet, mis à part le président français, aucun chef d’État n’est attendu ce vendredi. 

« Ça remet le citoyen africain au premier plan »

« Forcément, c’est étonnant, confie Jean-Jacques Lumumba. Ce jeune lanceur d’alerte, militant anticorruption, fait partie des 3 000 participants invités à Montpellier. C’est étonnant parce que ce sont quand même eux, les présidents, qui sont à la tête de leur pays et qui ont un pouvoir de décision. En même temps, ça remet le citoyen africain au premier plan. »

Et pour y arriver, le jeune Congolais estime qu'il faut entamer un changement de paradigme : « C’est le moment pour la jeunesse de penser et repenser son rôle et c’est un changement de cap de la France. Il faut un nouveau partenariat avec le citoyen. C’est au citoyen africain de prendre ses responsabilités et d’apporter des solutions pour notre continent sans compter sur l’aide de la France. »

Pas de sujet tabou

Une France que Fatimata Diosso connaît bien puisque cette championne paralympique ivoirienne vit à Dijon. C’est là, après avoir habité à Blois, qu’elle s’entraîne, avec comme objectif les jeux de Paris en 2024. Très engagée pour l’intégration des porteurs de handicap, elle nous avoue avoir dit oui tout de suite quand l’Élysée lui a proposé de venir à Montpellier.

« C’était une évidence d’être là. Je souhaite avant tout rencontrer des homologues, échanger. Ce format sans chef d’État, je trouve cela plutôt bien. Ça fait baisser la pression, les langues vont pouvoir se délier et surtout, il n’y aura pas de sujet tabou. »

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Pas de sujet tabou, c’est aussi l’envie d’Amina Zakhnouf. Cette jeune Marocaine, cofondatrice d’un incubateur de politiques publiques JMA, a une place à part pour cette rencontre puisqu’elle fait partie des onze jeunes sélectionnés et qui doivent débattre en direct pendant près de deux heures avec le président français Emmanuel Macron. « Pour moi, le deal dès le départ, c’était que l’Élysée ne sache pas les sujets que l’on veut aborder. De leur côté, ils ne nous ont donné aucune indication, on nous a laissé quartier libre. On veut une discussion franche tous les onze et on fera tout pour l’avoir », prévient-elle.

Être écoutés et entendus

Les participants rencontrés à Montpellier ont un souhait en commun : être entendus. Par le président français, mais aussi par les chefs d’État africains. « En réalité, la France a besoin d’entendre toutes ces voix de la société civile sous un autre format et casser la dynamique diplomatique souvent pesante. Après, si les dirigeants africains veulent se prêter à l’exercice, elles trouveront des jeunes totalement prêts à relever le défi. L’essentiel est qu’on soit écoutés », confirme Amina Zakhnouf.

Écoutés et entendus pour Fatimata. Surtout sur les sujets qui sont de vrais problèmes de société, selon la jeune sportive : « Le problème, c’est la corruption. Moi qui me suis entraînée en Côte d’Ivoire, qui ai un président de fédération qui demandait la moitié des primes des athlètes, c’est trop difficile. C’est une vraie pression psychologique. Et c’est ça qui crée aussi l’immigration. Si vous avez des sportifs qui ne sont pas bien, ils veulent aller ailleurs et partent en France. Il faut changer les choses pour leur donner envie de rester, leur permettre de s’entrainer à haut niveau et d’avoir des résultats, sans devoir s’expatrier. »

Un acte isolé ?

Un discours qui résonne pour Jean-Jacques Lumumba qui pense qu’il faut mettre des moyens dans l’éducation sur place, sur le continent pour là-aussi permettre aux générations de demain, de ne pas avoir à partir pour se former. « C’est important de faire quelque chose au niveau de l’éducation. Il ne s’agit pas de venir tout le monde pour étudier en Europe. Il faut développer les universités sur place, peut-être qu’il faut même en construire de nouvelles. Il faut un accompagnement technologique pour que tout cela soit mis à niveau aux standards internationaux. Pour que ce sommet soit une réussite, il faut une annonce de ce côté-là. »

Une annonce et du suivi pour Amina pour qui ce rendez-vous ne doit pas rester un acte isolé. « Il faut que ce sommet initie des projets longs termes et réguliers d’inclusion de la société civile dans la politique publique et les relations entre l’Afrique et la France. Il faut que ça inspire une conversation élargie entre l’Europe et l’Afrique, et que demain nos dirigeants puissent enfin considérer les sociétés civiles comme des véritables acteurs des relations internationales, pas juste pour se donner bonne conscience dans un débat. » Et elle met en garde pour que « nos propositions ne soient pas balayées d’un revers de main avec les confettis de l’Arena vendredi soir. »

Mali : six mois après, quel espoir de libération pour Olivier Dubois ?

Mis à jour le 8 octobre 2021 à 13:13


Manifestation de soutien à Olivier Dubois, le 8 juin 2021, à Paris © SEVGI/SIPA

Alors que le ton monte entre Paris et Bamako, certains s’inquiètent de possibles répercussions sur les négociations en vue de la libération du journaliste français, otage des jihadistes.

C’est sur le terrain qu’il aimait donner à voir et à entendre. C’est aussi là qu’il se sentait le mieux. Comme lors de chacun de ses déplacements, juste avant de se rendre à Gao où il a été enlevé le 8 avril, Olivier Dubois a laissé un protocole de sécurité à Déborah Al Hawi Al Masri, son épouse. Il lui demandait d’alerter les autorités si elle n’avait pas de ses nouvelles au plus tard le 10 avril à 17h. Il était prudent, mais n’aurait jamais imaginé voir un jour son nom inscrit sur la liste des Français pris en otage à l’étranger.

Voilà maintenant six mois que ce journaliste hyperactif, collaborateur notamment de Jeune Afrique, est otage, laissant sa compagne et ses deux enfants dans un état d’angoisse… mais aussi d’espoir. L’espoir de le voir un jour revenir et reprendre le cours de sa vie.

« Je ne suis informée de rien »

À l’annonce de son enlèvement, un comité de soutien baptisé #FreeOlivierDubois s’est très vite constitué, et multiplie depuis les actions à Paris comme à Bamako. Surtout, ne pas oublier Olivier Dubois, alors même que de nombreuses interrogations demeurent. Où se trouve-t-il ? Comment se porte-t-il ? Comment les États français et maliens œuvrent-ils pour qu’il soit libéré le plus vite possible ? Les questions fusent dans la tête de ses proches, sans réponse. Ils affirment ne rien savoir d’éventuelles négociations. « Je ne suis informée de rien, confie sa compagne. Je ne sais pas si des discussions ont été entamées parce que le Mali et la France travaillent dans une totale discrétion. »

Les jours passant, cette mère de famille éprouve une certaine frustration et un sentiment d’impuissance. Mais elle veille à ne pas laisser leurs enfants dans l’ignorance : « Olivier est omniprésent dans nos pensées et sa situation n’est pas un tabou. On en parle régulièrement. Je préfère leur répondre plutôt que d’engendrer des angoisses chez eux ». Le dernier message de leur père date du 5 mai, c’est une courte vidéo de 20 secondes. Habillé en tunique traditionnelle avec une barbe de trois jours, l’otage confirmait son enlèvement à Gao, par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), la nébuleuse sahélienne d’Al Qaïda dirigée par le Malien Iyad Ag Ghaly.

Le 29 septembre dernier, le journaliste Wassim Nasr, spécialiste des réseaux jihadistes, a affirmé avoir été en contact avec une source « propre » du GSIM. Contrairement au scenario avancé jusqu’alors, celle-ci affirme qu’Olivier Dubois n’a pas été attiré dans un piège ou « trompé » et que son cas « peut être ouvert à la discussion ».

Crispation

Si c’est le cas, la France – qui a officiellement pour doctrine de ne pas négocier avec les terroristes – accepterait-elle d’ouvrir des négociations ? La récente crispation des relations entre Paris et Bamako va-t-elle entraver l’avancée du dossier du seul otage français au monde ? « Je n’ai pas de craintes par rapport à la situation d’Olivier parce que les deux États m’ont affirmé qu’il est une priorité, veut croire Déborah Al Hawi Al Masri. Les problèmes géopolitiques ne seront pas un frein. » 

Depuis la fin septembre, le ton est monté d’un cran entre les deux pays. Paris n’apprécie guère que Bamako ait entamé des discussions avec des sociétés de sécurité russes de la nébuleuse Wagner. Et Emmanuel Macron a vivement réagi aux propos du Premier ministre malien, Choguel Maïga, qui a qualifié « d’abandon » le retrait progressif des troupes de Barkhane dans le nord du Mali.

Journaliste indépendant et spécialiste des questions de sécurité, Walid Ag Menani estime toutefois que ce changement de dispositif militaire n’aura pas de réel impact sur le dossier Dubois. Selon lui, cela ne veut pas nécessairement dire que la sécurité et la libération du journaliste seront compromises. « Sophie Pétronin [enlevée à Gao en 2016 et libérée en octobre 2020] a été arrêté dans une ville où des soldats français étaient présents et elle a été libérée à quelques kilomètres d’une base de l’armée française », rappelle-il. Autrement dit, la présence des troupes françaises dans la zone n’a pas empêché ce rapt.

« Il est très compliqué de tirer des conclusions, nuance Marc de Boni, membre du comité de soutien à Olivier Dubois. Il est certain que cette crispation est un facteur d’angoisse pour tous. Mais Quand Sophie Petronin a été libérée, les relations entre la France et le Mali n’étaient pas au beau fixe non plus. » Six mois après l’enlèvement d’Olivier Dubois, l’espoir est toujours aussi grand. 

France – Algérie : des tensions bien commodes

Mis à jour le 7 octobre 2021 à 17:20
 
Adlene Mohammedi
 

Par Adlene Mohammedi

Docteur en géographie politique de l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste de la politique arabe de la Russie. Né à Alger, il y a vécu jusqu'en 2005.



Manifestation contre le report des élections présidentielles, en mars 2019, à Alger © Nacerdine ZEBAR/Gamma-Rapho via Getty Images

Propos polémiques d’Emmanuel Macron côté français, fermeture de l’espace aérien côte algérien… Les passe d’armes entre les deux pays semblent avant tout motivées par des stratégies de politique intérieure, à Alger comme à Paris. 

Quand une politique étrangère n’en est pas vraiment une, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître. Pour reprendre la formule de l’officier prussien Carl von Clausewitz, qui disait que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », on peut affirmer qu’aujourd’hui, entre la France et l’Algérie, la politique étrangère se réduit à la poursuite de la politique intérieure par d’autres moyens.

Dans le cas du pouvoir algérien, la chose était admise : tout comme sa relative prudence sur la scène internationale, sa mentalité d’assiégé – prioritairement par rapport au voisin marocain et à l’ancienne puissance coloniale – est une forme de mécanisme de survie. La ritournelle de la « main étrangère », destinée à susciter un ersatz d’unité nationale, n’a pourtant pas fonctionné. Le Hirak, soulèvement populaire destiné à construire un État de droit et une démocratie assurant la primauté du civil sur le militaire, a tenu bon. Son cap, à savoir la conquête de la souveraineté populaire, a prévalu. C’est la répression – dans la rue comme dans les tribunaux d’une justice aux ordres – et la pandémie qui ont mis à mal ce mouvement.

Enième diversion

Les dirigeants algériens ont beau parler d’ingérence, Paris a été pour eux un soutien constant. En mars 2019, alors que les manifestations se succédaient et alors qu’Abdelaziz Bouteflika – qui n’affichait aucun signe de vie – briguait un cinquième mandat, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, indiquait qu’il fallait « laisser le processus électoral se dérouler ». Alors même que le peuple algérien n’en voulait pas, faut-il le rappeler.

En novembre 2020, dans une interview à Jeune Afrique, le président Macron a déclaré qu’il était prêt à faire tout son possible « pour aider le président Tebboune ». Bref, à Paris, le discours contre-révolutionnaire de la sacro-sainte stabilité – comme si l’illégitimité d’un pouvoir ostensiblement boudé dans les urnes n’était pas porteuse d’instabilité – a semblé primer.

LES DÉCLARATIONS DE MACRON CRÉENT EN ALGÉRIE UN CLIMAT DE COLÈRE PARTAGÉE QUI FAVORISE LE STATU QUO

Même la discussion –  relatée par Le Monde le 2 octobre – entre Emmanuel Macron et dix-huit « petits-enfants » de la guerre d’Algérie, au cours de laquelle le président français a évoqué l’existence d’une « rente mémorielle » entretenue par « le système politico-militaire » après l’indépendance de 1962, s’apparente, certes contre-intuitivement, à un soutien (peut-être involontaire) au pouvoir algérien.

Les propos du chef de l’État français ont en effet offert aux autorités l’occasion d’une énième diversion. Si Alger a rappelé son ambassadeur à Paris pour consultations et a fermé son espace aérien aux avions militaires français de l’opération Barkhane, ces « sanctions » ne semblent pas de nature à remettre en cause la coopération bilatérale en matière de renseignement et de lutte contre le terrorisme. En revanche, les déclarations d’Emmanuel Macron créent en Algérie un climat de colère partagée (par le pouvoir et celles et ceux sur lesquels il s’exerce) qui favorise le statu quo derrière un apparent appel au réveil collectif.

Stratégie électorale

Côte français, il est possible aussi que le président de la République ait simplement souhaité s’inviter maladroitement – comme d’autres – dans un débat d’historiens. Ou que seul le contexte électoral national le préoccupe. Qu’il s’agisse des déclarations d’Emmanuel Macron ou de la décision de Paris, annoncée fin septembre, de diminuer drastiquement le nombre de visas attribués aux Algériens, aux Marocains et aux Tunisiens, la volonté de séduire un certain électorat transparaît. Une autre forme de rente, en somme.

Pour ce qui est des visas, même si la distribution parcimonieuse des laissez-passer consulaires par les pays concernés par les expulsions d’immigrés clandestins (en cas d’absence de papiers d’identité) est connue, on est en droit de s’interroger sur le contexte (une baisse du nombre de visas depuis quelques années, accentuée par la pandémie) et sur le bien-fondé de la mesure (une punition collective à l’encontre des populations).

Au-delà du contexte électoral, la politique algérienne d’Emmanuel Macron, notamment dans sa dimension rhétorique, semble inopportune. Si son intérêt pour l’histoire et les questions « mémorielles » est louable, il a deux inconvénients. D’abord, le contexte politique dans les deux pays ne s’y prête pas. Ensuite, ces questions méritent d’être traitées librement mais à distance des États.