Actualités

« Le Burkina Faso a conclu un accord avec Wagner », selon Nana Akufo-Addo

Depuis Washington, le président ghanéen a publiquement accusé ses voisins burkinabè d’avoir trouvé un arrangement avec la société militaire privée russe pour que ses mercenaires opèrent sur leur territoire.

Mis à jour le 15 décembre 2022 à 18:25
 
 
 wagner

 

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken (2e gauche) rencontre le président du Ghana Nana Akufo-Addo (2e, droite), à Washington, le 14 décembre 2022. © MANDEL NGAN/POOL/AFP

C’est la première fois qu’un chef d’État – qui plus est d’un pays voisin du Burkina Faso – formule aussi clairement de telles accusations. Mercredi 14 décembre, lors d’une déclaration conjointe à la presse avec Antony Blinken, le secrétaire d’État américain, en marge du sommet États-Unis – Afrique à Washington, Nana Akufo-Addo a accusé les autorités burkinabè d’avoir « conclu un accord » avec la société militaire privée russe Wagner, qui lorgne le Burkina Faso depuis plusieurs mois après avoir réussi à s’implanter au Mali, fin 2021.

« Il y a un sujet sur lequel je souhaiterais attirer votre attention, a déclaré le président ghanéen aux journalistes présents. Aujourd’hui, des mercenaires russes sont à notre frontière nord. Le Burkina Faso a conclu un accord pour employer des forces de Wagner et faire comme le Mali. Je crois qu’une mine leur a été allouée dans le sud du Burkina comme paiement pour leurs services. Le Premier ministre burkinabè était a Moscou ces dix derniers jours. Avoir ces hommes qui opèrent à notre frontière nord est particulièrement préoccupant pour nous, au Ghana. »

Voyage secret à Moscou

Depuis le voyage du capitaine Ibrahim Traoré à Bamako, début novembre, plusieurs responsables ouest-africains et occidentaux s’inquiètent d’un rapprochement entre Ouagadougou et Moscou, par l’entremise des autorités maliennes, et donc d’une éventuelle arrivée des mercenaires de Wagner au Burkina Faso.

Le voyage secret du Premier ministre burkinabè à Moscou, le 7 décembre, révélé par Jeune Afrique, a ravivé ces inquiétudes. Selon des sources officielles russes, Kyélem Apollinaire de Tambèla y a rencontré, le 12 décembre, Mikhaïl Bogdanov, le vice-ministre russe des Affaires étrangères en charge de l’Afrique. Les autorités burkinabè, elles, n’ont pas toujours pas communiqué sur ce voyage fait en catimini ni sur ses motifs.

Le « soutien » de Prigojine

Selon un haut responsable français, l’objet de ce déplacement est « assez transparent : signer avec Wagner ». De son côté, Linda Thomas-Greenfield, l’ambassadrice américaine auprès de l’ONU, estime que « les rumeurs sur le déploiement de Wagner au Burkina Faso soulèvent de sérieuses préoccupations ».

Evgueni Prigojine, le patron du groupe Wagner, avait « souhaité la bienvenue » et avait apporté son « soutien » au capitaine Ibrahim Traoré à peine celui-ci s’était-il installé au pouvoir, le 2 octobre, après son coup d’État contre le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.

Côte d’Ivoire : l’usine de la Mé, nouvel espoir des Abidjanais

La Côte d’ivoire abritera, à partir du premier semestre 2023, la plus grande infrastructure de production d’eau potable d’Afrique de l’Ouest. Baptisée projet de la Mé, du nom du fleuve qui en sera la source d’approvisionnement.

 
Par  - à Abidjan
Mis à jour le 14 décembre 2022 à 13:04
 
 

 usine

 

L’usine de traitement d’eau potable de la Mé. © DR

 

Lancés en 2018, les travaux de construction de l’usine de traitement d’eau potable de la Mé ne se sont jamais arrêtés et ce même au plus fort de la pandémie de Covid-19. Ce projet d’ampleur installé sur 9 hectares et situé à 35 kilomètres d’Abidjan, sur les rives du fleuve Mé, fait partie de la stratégie du gouvernement pour combler le déficit d’approvisionnement en eau potable de la capitale économique ivoirienne et de son agglomération. L’urbanisation accélérée d’Abidjan au cours de ces dernières années aura, en effet, créé de nouveaux besoins en eau.

À LIRECôte d’Ivoire, RDC, Égypte : les résilients de la croissance africaine selon la BAD

Malgré la croissance économique soutenue du pays (7 % en 2021, et 6,4 % environ à moyen terme), Abidjan connaît des périodes de pénurie en eau potable qui affectent une partie de ses habitants. Selon les prévisions du gouvernement ivoirien, la production en eau potable de la ville d’Abidjan devrait atteindre les 800 000 m³ par jour environ à l’horizon 2025 – contre 640 000 m³ par jour actuellement. Un chiffre qui ne cessera de croître d’ici à 2030, pour représenter 1 million de m³ en 2030.

Développé par PFO Construction

Pour l’heure, on constate donc un déficit – entre production et besoins en eau potable – de l’ordre de 220 000 à 460 000 m³ par jour. Un écart qui pourrait se creuser encore davantage avec la démographie galopante d’Abidjan. En effet, sur plus de 29 millions d’habitants en Côte d’Ivoire, 15 millions vivent en ville et Abidjan concentre, à elle seule, 36 % de la population urbaine du pays.

À LIREInfrastructures : PFO Africa se développe dans les concessions

Ainsi, le projet d’usine de la Mé, fruit d’un partenariat public-privé, conçu et développé par PFO Construction, filiale du conglomérat ivoirien PFO Africa, doit permettre d’alimenter en eau potable 1,5 million d’Abidjanais. Les résidents des cités-dortoirs de Yopougon et d’Abobo, qui concentrent plus de 50 % des 5 millions d’habitants de la capitale économique, seront en partie alimentés depuis cet ouvrage. Tout comme la population de la commune huppée de Cocody, qui doit également être desservie par l’infrastructure.

Le calvaire des populations du nord d’Abidjan en termes d’approvisionnement en eau devrait donc devenir un vieux souvenir.


>>> À lire sur Africa Business+ La famille Fakhoury (PFO) s’essaie aux énergies renouvelables <<<


Besix, Veolia…

Mais au delà du fait de répondre à un besoin en eau potable des plus urgents, le projet d’usine de la Mé comporte également un enjeu technique. Il s’agit en effet du premier projet qui traite de l’eau de surface. Les usines de traitement déjà actives dans le pays utilisent l’eau issue des nappes phréatiques. La capacité de traitement de l’unité de production de la Mé est ainsi estimée à 240 000 m³ par jour. Par conséquent, même si ce projet ne résorbera pas entièrement le déficit en eau potable, il devrait contribuer considérablement à le réduire.

Dans sa globalité, l’infrastructure est composée d’ouvrages de prise d’eau, d’une usine de potabilisation de l’eau, de canalisations et de deux châteaux d’eau de 5 000 m³s chacun. L’usine de traitement est adossée à un réseau de plus de 68 kilomètres de canalisations.

À LIREAssainissement : comment l’Afrique peut rattraper son retard

Représentant un investissement de 45 millions d’euros, la station de production d’eau potable de la Mé mobilise plusieurs entreprises. Ainsi, le groupe belge Besix a réalisé les travaux de génie civil, notamment la construction des sites de l’usine et la prise d’eau. PFO Construction développe également ce projet en partenariat avec le français Veolia.

Les deux partenaires, qui s’inscrivent sur le long terme dans le domaine, ont créé une entreprise commune dénommée Société ivoirienne des eaux et de l’environnement (SIEE), qui sera chargée de l’exploitation, de la production et de la livraison à la société de distribution des eaux en Côte d’Ivoire (Sodeci), une filiale du groupe industriel français Eranove, qui a une concession de l’État ivoirien pour les approvisionnements en eau dans les foyers.

Côte d’Ivoire : quand le petit monde du renseignement africain se réunit à Abidjan

Des hauts gradés des services de renseignement d’une quinzaine de pays du continent ont participé fin novembre à la conférence IntellConf, organisée par Stéphane Konan, l’ancien conseiller d’Hamed Bakayoko.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 12 décembre 2022 à 15:48
konan

 

 

 

Stephane Konan© ShieldAfrica Stephane Konan © ShieldAfrica

 

Les 23, 24 et 25 novembre, les salons de l’hôtel Azalaï, à Abidjan, ont vu défiler des clients un peu particuliers. Pendant trois jours, des hauts cadres des services de renseignement de l’Afrique du Sud, du Burkina Faso, du Botswana, du Congo, de la Côte d’Ivoire, du Cameroun, d’Eswatini (ex-Swaziland), du Ghana, du Soudan, du Tchad, du Niger, de la Tanzanie, de la Zambie et du Zimbabwe ont participé à un atelier sur la surveillance électronique et la cyberintelligence organisé par le Franco-Ivoirien Stéphane Konan.

Systèmes de surveillance

La Côte d’Ivoire était également représentée par les généraux Ousmane Yeo et Aly Badara Bassanté, respectivement commandant de la gendarmerie territoriale et commandant des unités spéciales de la gendarmerie. Plusieurs entreprises avaient été conviées : Pegasus Intelligence, spécialiste américain de la cyberintelligence basé à Dubaï ; la société de surveillance Intellexa ; Israel Aerospace Industries, l’une des principales sociétés d’aéronautique de l’État hébreu ; les Allemands de Plath Corporation GmbH ; le spécialiste français du traitement de données numériques critiques Tracip, et DarkOwl, une autre société américaine également installée à Dubaï.

À LIRERenseignement, écoutes et armement… Comment Israël tisse sa toile en Afrique

Vétéran des technologies de surveillance, ancien des services de renseignement israéliens et de leur division cyber, Tal Dilian, le fondateur d’Intellexa, a personnellement pris part à l’IntellConf d’Abidjan. Sa société a récemment été accusée d’avoir visé des téléphones de personnalités au bénéfice du gouvernement grec et d’avoir fourni du matériel de surveillance aux Rapid Support Forces (RSF), une milice soudanaise régulièrement accusée d’exactions.

Organisée depuis 2016 par la société Competence, l’IntellConf a d’abord eu lieu au Cap-Vert avant d’être délocalisée à Abidjan il y a trois ans. En parallèle de cette dernière édition, les participants ont été conviés à visiter les installations du centre de décision et de commandement de la gendarmerie ivoirienne.

Intérêts israéliens

Stéphane Konan, ancien expert de la cybercriminalité reconverti dans le business de la défense électronique, est le fondateur de Competence, une société qui détient des filiales en Côte d’Ivoire, au Brésil et au Nigeria.

À LIRED’Houphouët à Hamed Bakayoko, comment Israël a fait de la Côte d’Ivoire une terre promise

Fils de l’ex-ministre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) Lambert Kouassi Konan, Stéphane Konan était un proche de l’ancien chef du gouvernement Hamed Bakayoko, décédé en mars 2021. Il fut son conseiller au sein du ministère de l’Intérieur, puis à la Défense. Il est considéré comme l’un des interlocuteurs privilégiés des Israéliens en Côte d’Ivoire.

Afrique – États-Unis : un sommet et dix dossiers chauds

Si le président Joe Biden n’a, pour l’instant, promis aucun tête-à-tête, la seconde édition de cette rencontre, lancée en 2014 par Barack Obama, promet déjà de faire l’objet d’intenses campagnes de lobbying.

 
Mis à jour le 11 décembre 2022 à 10:29

IlBiden



Le président des États-Unis Joe Biden, à la Maison blanche, le 30 novembre 2022. © JIM WATSON/AFP.

 

 Il  y aura bien sûr des photos de groupe, des accolades chaleureuses et des messages de félicitations enthousiastes. Mais durant trois jours, du 13 au 15 décembre, il y aura surtout des centaines réunions parallèles, plus au moins discrètes. Car pour les dirigeants africains invités à prendre part au sommet États-Unis – Afrique à Washington, c’est une occasion unique de s’entretenir avec leurs homologues américaines – voire avec le président Joe Biden lui-même –, même si la Maison blanche n’a pas confirmé qu’il y aurait des rencontres en tête-à-tête.


Chacun tentera donc de se faire entendre sur ses dossiers prioritaires, et les lobbyistes se préparent à une intense semaine de rendez-vous et de bousculades, dans l’espoir d’obtenir pour leurs clients africains des entrevues avec ceux qui comptent.

« Le problème avec les sommets est que tout le monde y est présent, ce qui fait que personne ne peut obtenir un véritable tête-à-tête », explique Paul Ryberg, président de la Coalition africaine pour le commerce, un groupe basé à Washington qui fait du lobbying au nom des associations d’entreprises du continent. « Tout le monde essaie de rencontrer [le secrétaire d’État] Antony Blinken, et tout le monde essaie de rencontrer [la représentante américaine au Commerce] Katherine Tai, et ce n’est pas possible pour tous. »

À LIREAfrique – États-Unis : Tshisekedi, Déby Itno, Lourenço… Quels chefs d’État sont attendus par Joe Biden ?

« Qui ne tente rien n’a rien, poursuit-il. Les chances sont assez minces que des progrès majeurs puissent être réalisés lors d’une réunion de 20 minutes. Mais d’un autre côté, si votre ministre du Commerce est en ville et que vous pouvez mettre la main, même pour 20 minutes, sur [la représentante adjointe au Commerce chargée de l’Afrique] Connie Hamilton ou sur quelqu’un de plus haut placé, foncez ! » Et voici les dossiers qui, à n’en pas douter, feront l’objet d’un intense lobbying :

• Les accords commerciaux

L’administration Biden a fait du commerce une pièce maîtresse de son engagement avec le continent. Le deuxième jour du sommet sera d’ailleurs entièrement consacré à un forum commercial États-Unis – Afrique, organisé conjointement par le département américain du Commerce, la Chambre de commerce américaine et le Corporate Council on Africa.

À LIREAfrique-États-Unis : Antony Blinken lance son opération séduction depuis l’Afrique du Sud

Soucieuse de contrer l’influence de la Chine sur le continent, l’initiative Prosper Africa, qui regroupe plusieurs organismes, organisera une « salle des marchés » dans le cadre du sommet : y seront annoncés, toutes les heures, les nouveaux engagements et contrats passés entre les uns et les autres. Parmi les priorités, le financement de l’énergie et des infrastructures, l’agroalimentaire et l’économie numérique.

• La Russie

Washington est déterminé à obtenir le soutien des pays africains à la campagne diplomatique et économique menée contre la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine. Depuis des mois, l’administration américaine envoie des diplomates de haut niveau pour tenter de convaincre les dirigeants africains de prendre leurs distances avec Moscou et de respecter le régime de sanctions en dépit des conséquences du conflit sur les prix des denrées alimentaires et de l’énergie sur le continent.

À LIREGayle Smith : « En Afrique, les États-Unis n’ont pas pour seul objectif de contrer la Chine et la Russie »

Si la Maison blanche ne compte sans doute pas sur une condamnation pure et simple de la Russie lors du sommet, elle pourrait chercher à obtenir une déclaration de soutien à la souveraineté de l’Ukraine. Il est également fort probable que l’administration Biden déconseillera aux dirigeants africains de travailler avec le groupe Wagner.

• RDC – Rwanda

Félix Tshisekedi et Paul Kagame seront tous deux à Washington, le premier étant bien décidé à obtenir des États-Unis et, d’une manière générale, de la communauté internationale une condamnation du second, qu’il accuse d’apporter son soutien militaire à la rébellion du M23. Le président congolais espère aussi obtenir la levée des dernières mesures qui, selon lui, l’empêche de s’armer pour défendre son territoire et ramener la paix dans l’Est.

À LIRERDC : « Au début, Félix Tshisekedi a proposé au M23 d’intégrer les FARDC »

« L’essentiel est que [les Congolais] veulent faire pression sur Kagame pour qu’il élimine le M23 », commente Joseph Szlavik, un lobbyiste du gouvernement congolais. Plusieurs membres du Congrès, ajoute-t-il, ont demandé à rencontrer Kagame pendant sa visite – sans succès jusqu’à présent. Selon lui, le président rwandais pourrait chercher à tirer parti d’une éventuelle libération de Paul Rusesabagina pour atténuer la position des États-Unis.

• Éthiopie

Addis-Abeba, qui a été suspendu de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa) au mois de janvier, continuera à faire pression pour retrouver un accès facilité au marché. Ces dernières semaines, le Premier ministre Abiy Ahmed a mis en avant le cessez-le-feu conclu le 2 novembre avec les rebelles du Tigré pour demander aux Occidentaux de lever un certain nombre de sanctions imposées à l’Éthiopie depuis le début de la guerre, au mois de novembre 2020.

Les lobbyistes embauchés par Addis-Abeba ont notamment fait circuler une lettre adressée le 18 novembre par le démocrate Don Beyer, membre du Congrès, à la représentante au Commerce, Katherine Tai, dans laquelle il exhorte cette dernière à lancer un examen immédiat de l’éligibilité de l’Éthiopie aux avantages commerciaux. « Nous espérons que la récente trêve négociée par l’Union africaine [UA], qui permet l’acheminement sans entrave de l’aide humanitaire au Tigré, permettra à l’Éthiopie de réintégrer rapidement l’Agoa », a déclaré Don Beyer.

• Tarifs douaniers

Katherine Tai accueillera justement une réunion de l’Agoa au premier jour du sommet, le 13 décembre, avec les ministres du Commerce des pays éligibles. Des représentants de l’UA, de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), de la Banque africaine de développement (BAD) et de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) y participeront également.

À LIREZlecaf : Cameroun, Tunisie, Rwanda… Huit pays au banc d’essai du commerce intra-africain

Lancée en 2000 sous la présidence de Bill Clinton, l’Agoa représente la pierre angulaire des relations entre les États-Unis et l’Afrique depuis plus de deux décennies. Toutefois, le programme devant être renouvelé en 2025, la pression s’accroît pour que la politique commerciale des États-Unis à l’égard du continent soit plus ambitieuse et aille au-delà des préférences unilatérales.

« L’Agoa a été un fondement des relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique, explique Aubrey Hruby, conseillère en investissement pour l’Afrique. Étant donné son expiration prochaine et la nécessité de définir une voie à suivre, le sommet arrive à un moment critique. Trouver des moyens concrets pour encourager les investissements américains et renforcer les liens commerciaux entre les États-Unis et l’Afrique apparaît essentiel à la réussite du sommet. »

• Migration

Amy Pope, actuellement directrice générale adjointe de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) chargée de la gestion et de la réforme et candidate américaine au poste de directrice générale, sera à Washington pour y présenter son programme et ses priorités en ce qui concerne l’Afrique. L’élection aura lieu au mois de juin 2023.

• Kenya

William Ruto a certes pris part à l’Assemblée générale des Nations unies au mois de septembre, mais c’est à Washington qu’il s’apprête à faire ses débuts officiels. Parmi ses priorités : l’avancement des négociations commerciales et l’indemnisation des victimes kényanes des attentats à la bombe de 1998 contre l’ambassade des États-Unis.

À LIREKenya, Angola : des élections presque parfaites, par François Soudan

Avant qu’il ne quitte le pouvoir, Donald Trump avait entamé des négociations en vue d’un accord de libre-échange complet avec le Kenya – cela aurait été le premier avec un pays d’Afrique subsaharienne. Toutefois, l’administration Biden a abandonné cette option au profit de partenariat d’un autre type, portant sur le commerce et les investissements.

William Ruto devrait également plaider en faveur de l’ouverture du fonds d’indemnisation des victimes du terrorisme créé par le Congrès, afin que les victimes kényanes de l’attentat perpétré par Al-Qaïda à Nairobi puissent obtenir réparation.

• Zimbabwe

Il y a huit ans, lors de la première édition du sommet, Barack Obama avait boudé le régime de Robert Mugabe. Le Zimbabwe est cette fois invité, et c’est pour lui une première victoire diplomatique. L’invitation a été adressée au ministre zimbabwéen des Affaires étrangères, Frederick Shava, le président Emmerson Mnangagwa restant sous le coup de sanctions imposées pour la première fois il y a vingt ans en raison de son rôle présumé dans l’affaiblissement des processus démocratiques dans le pays, à l’époque où il dirigeait le Parlement.

À LIREÉtats-Unis – Afrique : pour Biden, la balle est dans le camp de Mnangagwa

Dans sa quête d’un assouplissement des sanctions, Frederick Shava peut compter sur l’appui de l’Afrique du Sud, qui affirme depuis longtemps que les sanctions contre le Zimbabwe ont contribué à une crise migratoire et miné l’économie de toute la région. Harare aurait eu des chances de plaider sa cause, mais toute chance de progrès rapide sur la question a été compromise il y a quelques mois, lorsque des responsables de la sécurité ont harcelé des assistants du Sénat en visite au Zimbabwe, exaspérant le Congrès et Washington.

« Le département d’État est sérieusement préoccupé par une manœuvre d’intimidation aussi effrontée contre des fonctionnaires américains, confirme l’un de ses porte-parole. Et plus largement, nous sommes profondément préoccupés par le nombre croissant de faits de harcèlement, d’intimidation, de répression et de violence à motivation politique au Zimbabwe [à l’approche des élections de 2023]. »

• Climat et énergied.

• Les droits de l’homme

Enfin, des défenseurs des droits de l’homme venus de tout le continent sont attendus dans la capitale américaine. Ils veulent s’assurer que l’engagement du président Biden en faveur de la démocratie ne pâtira pas des accords commerciaux. À la veille du sommet, Amnesty International, Human Rights Watch, Humanity United et le Project on Middle East Democracy (Pomed) organiseront leur propre sommet sur les droits de l’homme, avec des militants de premier plan originaires du Cameroun, du Liberia, du Mali, du Soudan et du Zimbabwe.

À LIREJustice : quand les États tournent le dos à la Cour africaine des droits de l’homme

Le gouvernement américain accueillera pour sa part un forum de la société civile au premier jour du sommet, afin de refléter plusieurs aspirations de l’Agenda 2063 de l’UA en matière de bonne gouvernance et de démocratie. L’administration Biden invite également deux douzaines de journalistes à couvrir les débats.

« Pour promouvoir la liberté de la presse, la transparence et la responsabilité, le département d’État, par l’intermédiaire de ses ambassades en Afrique, a proposé de fournir une aide au voyage, consistant en un billet d’avion, pour 25 journalistes indépendants, explique un porte-parole du département d’État. Ces journalistes sont distincts de tous les membres de la presse inclus dans les délégations officielles des pays. »

Côte d’Ivoire : Yopougon, le pari risqué de Bictogo

Avec sa candidature à la mairie d’une commune réputée favorable au camp de Laurent Gbagbo, Adama Bictogo joue gros. Une défaite serait un revers. Une victoire, un coup d’éclat.

Mis à jour le 12 décembre 2022 à 12:46

 
 bictogo

 

Adama Bictogo, lors de son élection au perchoir de l’Assemblée nationale, le 7 juin 2022, à Abidjan. © SIA KAMBOU/AFP

 

Adama Bictogo joue-t-il son avenir politique à la mairie de Yopougon ? Sa candidature dans cette immense commune d’un million et demi d’habitants très précaire de l’ouest d’Abidjan est sans aucun doute la première grande surprise de la séquence politique qui s’ouvre en Côte d’Ivoire, en vue des prochaines municipales dans moins d’un an. Élu il y a six mois président de l’Assemblée nationale, rien ne prédestinait le natif d’Agboville, une ville située à un peu moins d’une centaine de kilomètres au nord d’Abidjan, où il est par ailleurs député depuis 2011, à battre campagne dans les dédales de « Yop ».

À LIRECôte d’Ivoire : Adama Bictogo, touché mais pas coulé 

Pourtant, c’est ce haut cadre du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) que le président Alassane Ouattara a choisi pour tenter de conserver la commune, acquise à la majorité depuis 2013 mais perdue lors des dernières législatives au profit de la liste commune du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et de la plateforme Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS) pro-Gbagbo.

À LIRECôte d’Ivoire : Gilbert Koné Kafana, le « Monsieur Loyal » du RHDP

Gilbert Koné Kafana, le maire sortant, également président du directoire du parti présidentiel, a décidé de ne pas rempiler au terme de son second mandat. Une décision prise avant l’échec aux législatives, considérée par la majorité comme « un signal » inquiétant (Kafana était tête de liste). Également ministre d’État, en charge des relations avec les Institutions, ce proche de Ouattara âgé de 71 ans a considéré que sa charge de travail devenait trop lourde. Depuis deux ans déjà, il a très largement délégué ses attributions à la mairie de Yopougon à son premier adjoint, son directeur de cabinet Issifou Coulibaly.

Remous à « Yop »

Au sein des troupes du RHDP de « Yop », une partie des militants, notamment parmi la jeunesse, n’a pas caché son étonnement et son mécontentement devant ce parachutage du président de l’Assemblée nationale. Ils l’ont fait savoir lors de réunions politiques dans la commune, théâtre d’échanges houleux. « Les bases n’ont pas été consultées. Issifou Coulibaly connait le terrain, il est né à Yopougon, il a été de tous les combats avec Gilbert Koné Kafana. Tout le monde se reconnait en lui. Nous ne comprenons pas pourquoi il a été écarté », peste un représentant de la jeunesse, qui a requis l’anonymat.

Le premier adjoint aurait fait les frais de tensions apparues sur le terrain avec les équipes du ministre Adama Diawara, en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique au sein du gouvernement, candidat à l’investiture. Selon nos informations, le président Ouattara aurait suivi de très près la situation, dépêchant sur place à plusieurs reprises des délégations pour prendre le pouls avant de trancher en faveur d’un troisième candidat, et surtout d’un poids lourd. Le nom d’Adama Bictogo a été proposé au président par Kafana, qui s’est ravisé après avoir d’abord préféré Coulibaly.

À LIRECôte d’Ivoire : impôts, green bonds… Comment Patrick Achi va financer un budget ambitieux

À peine désigné, le président de l’Assemblée nationale qui aura 60 ans ce mois-ci devra ainsi convaincre jusque dans son propre camp face à un mouvement de grogne restant toutefois très difficile à quantifier. « J’appelle l’ensemble des militantes et militants RHDP à soutenir le premier responsable du RHDP à Yopougon en la personne de Monsieur Adama Bictogo », a fait savoir Issifou Coulibaly sur ses réseaux sociaux.

En visite dans la commune dans le cadre d’une tournée pour la révision de la liste électorale, le secrétaire général du RHDP, Ibrahima Cissé Bacongo, a quant à lui exhorté les cadres et militants du parti à mettre de côté les « querelles intestines » et averti : pas question de perdre l’emblématique « Yop », considérée comme un bastion des Gbagbistes et que Blé Goudé a choisi comme lieu de rassemblement pour célébrer son retour en Côte d’Ivoire.

« Un coup politique » 

Depuis l’annonce de sa candidature, Adama Bictogo, enrôlé sur les listes électorales de la commune le 26 novembre, ne ménage pas ses efforts. Entretien avec l’archevêque du diocèse, dons à une femme atteinte d’un cancer, sensibilisation à l’enrôlement sur les listes électorales dans les quartiers de Yopougon camp militaire, Koweït, Selmer et Toit Rouge, rencontre avec Soum Bill, musicien de « Yop », discussions avec les transporteurs à qui il promet « la plus grande et moderne gare de Côte d’Ivoire », l’homme d’affaires à la tête de la florissante entreprise Snedai arpente la commune au contact des populations.

Une campagne de terrain, auprès de foyers défavorisés, qui tranche avec le cadre feutré de l’Assemblée auquel est habitué le flamboyant politique depuis son élection à la tête de l’institution, dont il était vice-président et avait longtemps assuré l’intérim du président souffrant, Amadou Soumahoro, décédé le 7 mai.

À LIRECôte d’Ivoire : comment Adama Bictogo a pris la tête de l’Assemblée nationale 

L’élection s’est tenue un mois plus tard, le 7 juin. Ce jour-là, difficile pour Adama Bictogo de se départir d’un large sourire. Et il y a de quoi. Il vient alors de réaliser ce que l’on appelle « un coup politique ». Il est parvenu à convaincre l’opposition de se rallier à sa candidature. Les députés du Parti des peuples africaines-Côte d’Ivoire (PPA-CI), ceux du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) et du Front populaire ivoirien (FPI) n’ont pas présenté de candidat face à lui et lui ont accordé leurs suffrages.

« Nous voulons donner un signal à notre pays pour que le processus de réconciliation tant espéré  devienne enfin une réalité pour tous », expliquent alors ces partis dans un texte commun lu avant le vote.

Le résultat est sans appel : 237 voix pour, contre six seulement pour son seul adversaire, Jean-Michel Amankou du PDCI qui n’a pas reçu l’investiture de la formation présidée par Henri Konan Bédié. L’opposition, minoritaire dans l’hémicycle, n’aurait jamais été en mesure de l’emporter, même en s’alliant, mais elle aurait pu faire le choix de s’abstenir ou de voter contre. Au lieu de cela, elle offre à Adama Bictogo, qui promet de moderniser l’institution, l’occasion d’une belle photo de famille en compagnie des leaders de l’opposition et les félicitations de son camp, en particulier celles du président.

À quitte ou double 

« Leurs liens (entre Bictogo et Ouattara, NDLR) se sont réchauffés », assure un membre du parti. En début d’année, alors qu’il était jusque-là à la tête de la direction exécutive, Bictogo avait pris les rênes d’un secrétariat exécutif et n’apparaissait plus qu’en sixième position au sein du directoire, confié à Kafana. Une chute dans l’ordre protocolaire, certes relative mais notable, liée aux interrogations sur les ambitions de cet homme politique et à des tensions apparues dans ce cadre avec le Premier ministre, Patrick Achi.

Adama Bictogo, businessman et homme de réseaux, profil singulier dans le parti, n’en demeure pas moins un rouage important. « Quand le président Ouattara regarde autour de lui, il sait que Bictogo est une des rares personnalités qu’il puisse envoyer au charbon, au combat, depuis la perte d’Amadou Gon Coulibaly et d’Hamed Bakayoko, respectivement en juillet 2020 et en mars 2021. C’est un homme que l’on choisit pour relever les défis, capable de rallier à lui la jeunesse », analyse un membre du parti.

Bictogo pourrait reprendre à son compte la formule de Bakayoko, qui en 2018, alors député de Séguéla (Centre-Ouest), avait été propulsé candidat aux municipales d’Abobo et qui assumait son parachutage en ces termes : « Oui, commando parachutiste, forces spéciales des ADO boys en mission à Abobo. »

Cependant, sa candidature, ou plutôt le choix de Ouattara, interroge. « Pour certains, cette nomination est un piège qui va fragiliser Bictogo en cas de défaite, poursuit cette source. D’autant que si le PPA et le PDCI décident de faire liste commune, il sera impossible de les battre. D’autres estiment que c’est pour lui un gros défi et que s’il parvient à l’emporter, cela le remettra dans la machine du parti et pourquoi pas dans la course à la présidentielle. »

À LIRECôte d’Ivoire : le nouveau système Ouattara

De la même manière, Alassane Ouattara regardera avec beaucoup d’attention les résultats d’autres personnalités du parti et de certains ministres candidats aux prochaines locales, notamment celles attendues de Patrick Achi ou son directeur de cabinet Fidèle Sarassoro aux régionales. À trois ans de la prochaine élection présidentielle, « tous ces héritiers putatifs jouent gros ».

Face à un Gbagbo ?

La question centrale pour Bictogo reste donc : Yopougon est-elle prenable ? Au PPA-CI, nouveau parti de Laurent Gbagbo, il ne fait aucun doute que non. Sa candidature ne fait pas trembler les murs du parti qui décidera, en début d’année, du nom de son candidat. Le député Michel Gbagbo a déjà fait savoir publiquement qu’il se tenait prêt.

« Cette candidature est finalement une bonne chose, c’est un challenge et cela va mettre en lumière la commune », se réjouit même un cadre de la formation d’opposition. « Les difficultés ici, c’est la transparence des élections et la motivation des électeurs traumatisés par la crise post-électorale de 2010 qui ne votent plus. Lors des législatives, il a eu ici 17% de participation contre plus de 30 au niveau national. Nous en espérons 40% cette fois. Plus le taux de participation sera important, moins les contestations seront possibles. Yopougon a connu assez de violence. »

Une alliance avec le PDCI de Bédié n’est pas encore actée. « Les échanges continuent, mais il n’y a pas d’accord formel. Au sein du PDCI, un courant ne veut pas d’alliances, mais même sans cela nous avons l’assurance de l’emporter ». Reste à Adama Bictogo un peu moins d’un an pour convaincre la majorité des électeurs de la décidément très convoitée « Yop ».