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Sénégal: les enjeux des législatives du 31 juillet

 
 
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Dernier jour de campagne, vendredi 29 juillet au Sénégal, avant les élections législatives de ce dimanche 31 juillet. Cent soixante-cinq sièges de députés sont en jeu. Huit listes sont en compétition. La majorité espère conserver une majorité confortable à l’Assemblée, tandis que les principales forces de l’opposition visent à imposer une cohabitation au président Macky Sall.  

De notre correspondante à Dakar,

Un face-à-face télévisé en direct opposant deux candidats : cela s’est passé mardi 26 juillet à Ziguinchor, en Casamance, entre Victorine Ndeye, tête de liste de la majorité Benno Bokk Yaakaar, et Guy Marius Sagna, de l’inter-coalition de l’opposition Yewwi Askan Wi / Wallu Sénégal.

L'évènement a été qualifié d’« historique » par le défenseur des droits humains Alioune Tine, alors que la campagne a surtout été marquée par des caravanes sillonnant le pays, sonos au maximum. 

Une campagne « terne », « sans réel débat de fond sur les programmes », regrette de son côté Mamadou Lamine Sarr, enseignant en sciences politiques à l’Université Virtuelle du Sénégal. Elle s’est déroulée sans incident majeur, après un début de processus électoral chaotique et le rejet par le Conseil Constitutionnel de la liste nationale de titulaires de Yewwi Askan Wi, la principale coalition de l’opposition menée par Ousmane Sonko. 

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Ousmane Sonko, non-candidat mais omniprésent 

Le maire de Ziguinchor et député sortant n’est donc pas candidat : ce sont les suppléants, souvent inconnus du grand public, qui représenteront Yewwi Askan Wi au scrutin proportionnel. Des personnalités aux parcours souvent atypiques, comme Oumar Sy, cadre de l’aviation civile, tête de liste nationale des suppléants.  

Pourtant, Ousmane Sonko aura été omniprésent durant la campagne, enchaînant les meetings et les visites de proximité. « Qu’on l’apprécie ou non, on ne peut pas nier sa capacité à mobiliser les foules, il y a un phénomène Sonko », estime un observateur de la vie politique.

Après sa troisième place à l’élection présidentielle de 2019, « il est devenu une locomotive auprès des jeunes ». Son arrestation dans une affaire de viol présumé avait provoqué de violentes émeutes en mars 2021, qui avaient fait au moins treize morts. Aucune date n’est avancée pour un procès dans ce dossier. 

Objectif pour l’opposant lors de ces législatives : imposer une cohabitation au président Macky Sall. Pour cela, Yewwi Askan Wi s’est alliée avec la coalition Wallu Sénégal, formée autour de l’ancien président Abdoulaye Wade. Le principe est simple : une coalition s’engage à soutenir l’autre dans le département où elle est en position de force. 

Cette alliance « peut faire mal à la majorité », affirme Ababacar Fall, secrétaire général du Gradec, le groupe de recherches et d’appui pour la démocratie participative et la bonne gouvernance. « La stratégie peut être payante, si elle est bien comprise par les électeurs », ajoute-t-il. 

La majorité mise sur bilan de Macky Sall 

Du côté de la majorité, l’ancienne Première ministre, Aminata Touré, tête de liste nationale, et les candidats de Benno Bokk Yaakaar ont vanté durant la campagne le bilan et les réalisations du président Macky Sall depuis son arrivée au pouvoir en 2012 : le TER –Train Express Régional-, le nouveau stade du Sénégal ou le Palais des Sports de Diamniadio sont mis en avant sur les affiches de campagne.

Alors que les ménages sont préoccupés par l’inflation et la cherté de la vie, l’ancien ministre Amadou Ba a vanté en conférence de presse les mérites du Plan Sénégal Émergent, le programme de développement initié par le président Macky Sall. « La victoire est acquise », assurent les responsables de la coalition.  

En l’absence de sondages, le baromètre reste les dernières élections locales du 23 janvier dernier. L’opposition de Yewwi Askan Wi avait enregistré des succès dans les grandes villes, notamment Dakar, Ziguinchor, ou encore Thiès. Mais la coalition présidentielle avait revendiqué une « hégémonie à l’échelle nationale », avec une majorité de voix sur l’ensemble du territoire, et des ancrages solides, notamment dans le Fouta (Nord), ou dans la région de Fatick (Ouest).  

Un « référendum sur le troisième mandat »

Six mois après les locales, ces législatives seront le dernier scrutin avant la prochaine présidentielle. « C’est un échauffement », estime le chercheur Mamadou Lamine Sarr, « Tout le débat politique est monopolisé par l’échéance de 2024 ». Ousmane Sonko a déjà affiché clairement ses ambitions.

Quant à Macky Sall, il maintient le mystère sur une éventuelle troisième candidature. « C’est un non-sujet, le président tranchera le moment venu », s’agace un membre de la majorité. Mais l’opposition en a fait l’un de ses principaux thèmes de campagne. « C’est la ligne rouge » prévient un responsable de Yewwi Askan Wi.

Les législatives seront un « référendum pour ou contre un troisième mandat », estime Ababacar Fall du GRADEC pour qui « cette question pollue le débat politique depuis 2019 et doit être tranchée ». 

Une Assemblée renouvelée 

Cohabitation ou pas, la 14e législature réserve des surprises. « Même si l’opposition ne remporte pas la majorité, il y aura un rééquilibrage des rapports de force à l’Assemblée », poursuit Ababacar Fall.

Et de nouveaux profils pourraient faire leur entrée dans l’hémicycle. « L’Assemblée doit refléter le vrai visage du Sénégal, avec plus de jeunes, plus de femmes », espère Mamadou Lamine Sarr, qui cite notamment la nouvelle coalition « Les Serviteurs / MPR » créée par le jeune journaliste et chroniqueur Pape Djibril Fall.  

Face aux « mastodontes », la récente coalition AAR Sénégal (Alternative pour une Assemblée de Rupture), qui se qualifie d’opposition « modérée », tente également de se faire entendre, autour de ses leaders Thierno Alassane Sall et Abdourahmane Diouf.  

Un départ et une arrivée  

Quels que soient les résultats, ces élections législatives marqueront le départ du président de l’Assemblée nationale depuis 2012 : Moustapha Niasse, pilier de la vie politique depuis Léopold Sédar Senghor, premier président de la République du Sénégal. 

Et le scrutin sera en principe suivi par l’arrivée d’un nouveau Premier ministre. Le poste, supprimé par Macky Sall en 2019, puis rétabli en novembre 2021, n’a toujours pas été pourvu. Le choix de la personnalité qui prendra la tête du gouvernement pourrait être une première indication sur les intentions du chef de l’État pour 2024. 

Législatives au Sénégal : à Touba, qui a encore besoin de son marabout pour voter ?

Deux candidats issus de familles mourides s’affronteront le dimanche 31 juillet pour le siège de député de la ville sainte. Jeune Afrique est allé à leur rencontre.

 
Par  - envoyée spéciale à Touba
Mis à jour le 27 juillet 2022 à 18:43
 
 
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Abdou Bara Dolly Mbacké et Bougane Guèye Dany, à Touba. © DR

 

Abdou Lahad Kâ n’est pas un maire bien élu. Loin s’en faut. À l’annonce des résultats des élections locales de janvier dernier, il fut même surnommé « Bulletin blanc ». Le sobriquet est un peu dur mais colle à la réalité : à Touba, où il présentait une liste unique, le candidat n’a obtenu que 23 % des voix… contre 77 % de bulletins blancs. Ce vote de contestation inédit sonne comme un nouveau geste de défiance envers Macky Sall.

À TOUBA, IL EST D’USAGE DE NE PRÉSENTER QU’UNE SEULE LISTE : CELLE DU KHALIFE GÉNÉRAL DES MOURIDES

Exception dans le paysage politique sénégalais, il est d’usage dans la cité religieuse de ne présenter qu’une seule liste lors des élections locales : la liste du khalife général des mourides. Une anomalie qui permet au khalife de choisir lui-même le maire de la ville, dont la victoire est ensuite comptabilisée pour la majorité.

Si la coalition au pouvoir a donc pu recenser une victoire dans la ville sainte le 23 janvier dernier, l’illusion ne trompe personne. Depuis son arrivée à la tête de l’État en 2012, Macky Sall ne parvient pas à remporter l’adhésion des électeurs mourides. Lors du scrutin présidentiel de 2019, Idrissa Seck avait raflé la mise dans la région de Diourbel, avec 48,5 % des suffrages contre 40,2 % pour Macky Sall et seulement 6,5 % pour Ousmane Sonko.

Porte-parole de la ville

Pour les législatives du 31 juillet, tous les jeux sont ouverts. Et Serigne Abdou Bara Dolly Mbacké, le principal candidat de l’opposition, entend bien profiter de cette défiance. « Les mourides n’ont pas de penchant pour Macky Sall. Ils ont compris qu’il n’avait pas de considération envers les familles religieuses de Touba », affirme le parlementaire. Les religieux semblent n’avoir pas digéré que le chef de l’État les traite de « citoyens ordinaires », leur retire certaines faveurs (véhicules, passeports diplomatiques), ni même qu’il fasse emprisonner Karim Wade, une décision vue comme un acharnement contre son père. Abdoulaye Wade, talibé mouride, bénéficie toujours d’un capital sympathie non négligeable dans la ville sainte.

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« Si je suis tête de liste à Touba, c’est qu’Abdoulaye Wade a béni ma candidature », ne manque d’ailleurs pas de rappeler le candidat de l’opposition, qui se définit comme « son fils ». Il affirme que l’ex-président a infiniment plus fait pour la ville sainte que son successeur : « Wade, c’est Touba. »

Le candidat de l’opposition vient lui-même de passer un court séjour en prison pour offense au chef de l’État. « C’est pour combattre Touba qu’il m’a arrêté », avait-il accusé à sa sortie de prison, rappelant que Macky Sall avait été « le premier à mettre en prison un cheikh de Serigne Touba ». Ancien membre du parti Bokk Gis Gis de Pape Diop, le marabout a rejoint in extremis l’inter-coalition Yewwi Askan Wi – Wallu Sénégal avant le début de la campagne – en mettant largement la main au portefeuille, selon un membre de la communauté mouride.

SERIGNE ABDOU BARA DOLLY MBACKÉ ENCHAÎNE LES CARAVANES

Depuis le début de la campagne, le député sillonne le département de Mbacké et enchaîne les caravanes. Il était ce mardi 26 juillet entre Touba et la ville voisine de Mbacké, où il a été rejoint par le magnat de la presse Bougane Guèye Dany. Hors-jeu de la course, l’opposant a tenu à donner un « coup de pouce » au député. « Son passage à l’Assemblée a marqué plus d’un Sénégalais, déclare-t-il à Jeune Afrique sur le chemin de Touba. C’est un ardent défenseur des valeurs démocratiques et des libertés du peuple. »

Assis à ses côtés dans un élégant boubou blanc, Abdou Mbacké a à cœur de rappeler les promesses « non tenues » de Macky Sall pour la ville. « Il a déclaré qu’il allait régler 23 milliards de F CFA pour l’assainissement : rien n’a été fait. Il a dit qu’il allait améliorer le réseau de distribution de l’eau : pareil ! Voter pour moi, c’est voter contre l’injustice, l’insécurité, les problèmes d’éducation et la vie chère », affirme le candidat, qui se veut le « porte-voix » de Mbacké.

« Barrer la route à Macky Sall »

Mais le discours du député porte bien au-delà de la région de Diourbel. La présence de Bougane Guèye Dany en est un indicateur. Comme ailleurs au Sénégal, les deux opposants tentent de fédérer les électeurs autour d’un discours anti-Macky Sall. Abdou Mbacké promet également l’adoption d’une batterie de mesures en cas de majorité à l’Assemblée : réforme du code pénal et du code de procédure pénal pour éviter les temps d’incarcération trop longs au cours de l’instruction ; criminalisation de l’homosexualité (déjà passible de 5 à 10 ans de prison au Sénégal) ; renégociation des contrats pétroliers et gaziers. « Mais le plus important, c’est de barrer la route d’un troisième mandat à Macky Sall », tient à rappeler Bougane Guèye Dany.

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Le chef de l’État parviendra-t-il à renverser une tendance qui est clairement à son désavantage depuis 2012 ? Touba est une priorité pour la majorité. Ce n’est pas un hasard si le premier arrêt de la tournée électorale de sa tête de liste nationale, l’ancienne Première ministre Aminata Touré, a été pour la ville sainte. Pour assurer sa victoire, Macky Sall a misé sur d’importants investissements au profit de la ville. Pour rapprocher Dakar de la capitale mouride, à moins de 200 kilomètres de là, il a financé la construction d’une autoroute flambant neuve qui conduit droit jusqu’à l’impressionnante grande mosquée de Touba, dont les cinq minarets culminent à plus de 60 mètres de hauteur. Mais cela ne peut suffire et il le sait.

« Touba est particulière, observe Pape Mahawa Diouf, porte-parole de la coalition présidentielle. C’est une cité religieuse, densément peuplée, majoritairement jeune. À Touba, ce sont les dynamiques locales qui peuvent faire gagner une élection. Nous avons besoin d’identités remarquables fortes et bien ancrées dans la ville religieuse pour remporter le scrutin. » Au-delà du choix de la candidate Sokhna Amy Mbacké, tête de liste de la majorité dans le département et elle-même descendante de Serigne Touba, Macky Sall compte en réalité sur deux notables locaux.

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Le premier, Cheikh Abdoul Ahad Gaïndé Fatma, vingtième candidat sur la liste nationale de la majorité, est le fils du premier petit-fils de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la confrérie mouride. Diplômé d’HEC Canada, conseiller présidentiel avec rang de ministre, ce responsable du parti présidentiel est le premier appui de Macky Sall dans la région. Le second, Serigne Galass Kaltoum, ancien député, fait lui aussi partie de la descendance directe de Serigne Touba. Il est aussi chargé de la communication du grand Magal de Touba.

« Macky Sall mise sur sa proximité avec ces deux personnalités. Une manière de dire : si quelqu’un d’aussi proche du khalife me soutient, c’est que le khalife lui-même me soutient. Mais la société de Touba s’est beaucoup complexifiée depuis une dizaine d’années, et le ndiggeul (la consigne de vote) politique n’est plus une réalité. Pour ces législatives, l’enjeu de Touba est d’avoir un représentant de la ville à l’Assemblée nationale. L’emprise du khalife ou sa décision ne compte pas », observe Cheikh Gueye, enseignant-chercheur spécialiste de la communauté mouride, à laquelle il appartient.

Famille religieuse divisée

Il n’empêche que les marabouts demeurent, forcément, très courtisés par les responsables politiques. Ousmane Sonko, critiqué un temps pour une pratique jugée trop rigoriste de l’islam, n’a pas dérogé à la règle. Depuis plusieurs années, l’opposant a réalisé un méticuleux travail de proximité en s’associant avec des marabouts de Touba et des dignitaires religieux, à l’instar de Serigne Cheikh Mbacké, fils aîné de Serigne Saliou Mbacké, ancien khalife général des mourides. « Il y a toute une génération de jeunes religieux qui ont de la sympathie pour Sonko et qui ont été déçus par Macky Sall. Ils ont défendu son image auprès de nombre de notables mourides », ajoute Cheikh Gueye.

TOUT LE MONDE PEUT REVENDIQUER UNE CERTAINE PROXIMITÉ AVEC UN MARABOUT, MAIS LE VOTE RESTE SACRÉ

La division des descendants de Cheikh Ahmadou Bamba, la proportion majoritaire de jeunes dans l’électorat mouride et l’alliance entre Ousmane Sonko et le député Abdou Mbacké, qui se réclame d’Abdoulaye Wade : autant de critères qui rendront la victoire difficile pour Macky Sall. « Tout le monde peut revendiquer une certaine proximité avec un marabout, mais le vote reste sacré. Les populations sont mécontentes et cela se traduira dans les urnes », glisse Abdou Mbacké en plein cœur de sa caravane.

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Plus loin, au cœur de Touba, le responsable Cheikh Abdoul Ahad Gaïndé Fatma tenait ce mardi 26 juillet un meeting avec ses partisans. Occupé par ailleurs, il n’honorera pas le rendez-vous qu’il avait fixé à Jeune Afrique, qu’il a fait patienter plus de deux heures dans un salon de sa résidence, au demeurant très confortable, avec vue directe sur la grande mosquée de Touba. Une façon peut-être de rappeler, si besoin en était, que les dignitaires religieux, dans la capitale mouride, ne seront jamais des « citoyens ordinaires ».

Le groupe Pepit'arts en tournée: «au Bénin, avant, les filles n'avaient pas le droit de toucher un tambour»

 

Depuis 2018, ils font vivre le patrimoine musical du Bénin. Les jeunes du groupe de percussion Pepit'arts, originaires de la ville d'Adjarra, arpentent les scènes. La troupe revient en France ce mois-ci pour une série de concerts. Romain Da Costa, directeur des relations internationales de Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, et président du Haut Conseil des Béninois de l'Extérieur, est à l'initiative de cette tournée. Objectif : contribuer au développement du Bénin dans tous les domaines. 

RFI: Vous êtes ici pour accompagner la tournée en Europe du groupe de percussion béninois les Pepit'arts, un groupe composé d'enfants, crée en 2018. Comment est né ce projet ?

Romain Da Costa: J'ai suivi les Pepit'arts sur les réseaux sociaux et j'aurais bien voulu les découvrir, les rencontrer un jour. Une jeune béninoise qui avait pour projet de faire la promotion du patrimoine du Bénin ? dans le cadre de son master ici en France, est venue nous voir à la mairie de Rosny-sous-Bois et nous a dit qu’elle aimerait faire venir les Pepit'arts. C'est là où ça a fait tilt et que je me suis dit que ça faisait des années que je voulais les rencontrer. Je vais voir le maire de Rosny-sous-Bois et, dans le cadre de notre coopération avec le Bénin, nous avons donc fait ce premier travail.

C'est comme ça que nous avons décidé de les accueillir en France, à Rosny-sous-Bois, mais aussi d'aller taper aux portes des communes qui font des festivals en leur expliquant que ce que nous faisons, c'est un projet qui mise sur les qualités femmes/hommes, parce qu’au Bénin, entre-temps, et dans beaucoup de pays d'Afrique, les femmes et les filles n'avaient pas le droit de toucher aux tambours.

Non seulement les filles ont aujourd'hui accès aux tambours mais elles jouent un rôle très important et prépondérant autour du tambour. C’est ce qui nous a séduit. On a constaté également que cette activité améliore sincèrement leur condition, les mûrit intellectuellement et leur permet financièrement de récolter de quoi aller alimenter cet atelier.

On a aussi le projet de créer une académie parce qu'il n'y a pas d'école chez nous, en Afrique. Les écoles de musique sont très rares. Bâtir une académie du tambour au Bénin, moi j'y crois, on a envie donc de les pousser pour ce que projet puisse aboutir.

Parce que Romain Da Costa, vous êtes directeur des relations internationales de Rosny-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, tout près de Paris, et président du Haut Conseil des Béninois de l'extérieur. Votre rôle, c'est donc d'établir ce lien entre le Bénin et la France ?

Comme toutes les coopérations décentralisées, on observe que le début c'est toujours un enfant du pays qui a pris la main à un officiel, ici, pour lui montrer son pays et le lien se crée comme ça. C'est comme ça qu'en 2004, après un voyage au Bénin, on a réussi à connaître le maire de Rosny-sous-Bois et mettre en place ce service de coopération décentralisée et nouer des partenariats avec deux villes, Cotonou et Sèmè-Kpodji.

D'autres communes qui nous voient arriver, en tant que fils du Bénin et aussi la ville dont sont issus les Pepit'arts, la ville d’Adjarra, me sollicitent comme d'autres, plein d'autres villes du Bénin. Moi, j'utilise le vecteur ville de Rosny-sous-Bois - relations internationales - pour permettre aux autres villes du Bénin de pouvoir établir ce point-là.

En tant que président du Haut Conseil des Béninois de l'extérieur, on a comme mission de rassembler tous les Béninois établis en dehors du Bénin. On doit les propulser, c'est-à-dire que lorsqu'on découvre qu'un béninois à un talent, a un projet, nous devons être tous autour de lui, pour qu'ensemble nous soyons forts pour aller contribuer au développement du Bénin dans tous les domaines : économique, politique, social et culturel.

Vous dites que ce groupe, les Pepit'arts, vous a épaté, en quoi ?

Je m'identifie un peu à eux. Aujourd'hui, je suis directeur des relations internationales à la mairie de Rosny-sous-Bois mais qui peut imaginer, en me voyant, que j'ai été comme eux quand j'avais quatre, cinq, six ans ? A l'époque, nos parents n'avaient pas les moyens de nous acheter des jouets, nos jouets c'était les tambours. Donc très tôt, j'ai joué au tambour, très tôt, mon père me prenait sur ses épaules pour aller assister à des spectacles et je chantais, je dansais et je jouais au tambour. Donc retrouver ces jeunes-là et moi, ce que j'étais il y a plus de 60 ans, c'est ce qui m'a touché.

Et puis, j'ai trouvé qu'ils ont une telle adresse, compétence, un tel talent que nous n’avions pas à l'époque. Nous, on jouait comme ça, on n'avait pas de chorégraphe, d'encadreur et eux, aujourd'hui, ils ont cette chance d'avoir un directeur artistique, quelqu'un qui les guide. De voir des jeunes qui réussissent et qui accompagnent les autres, c'est tout cela que j'ai trouvé formidable et je vous assure que si vous voyez une composition de 20 ou 40 Pepit'arts, ça pourrait emballer dans une grande salle en France.

Vous êtes donc en quelque sorte le tourneur du groupe. Comment s'organise une tournée en Europe comme celle que sont en train de vivre les Pepit'arts ?

Eh bien « tourneur », c'est un grand mot parce que ce n'est pas mon métier, c'est le cœur qui est en train de parler. Je crois que l'on est en train d'essuyer les plâtres, donc on est allés vers les mairies, en vendant le projet sous cet aspect-là. S'ils vont à Sarcelles, c'est parce que je me suis déplacé pour rencontrer le service culturel de Sarcelles. J’ai eu la chance de rencontrer le maire de Sarcelles que je remercie ici, qui a tout de suite approuvé. Ça s'est passé en moins de 15 minutes. Je suis arrivé, j'ai présenté le projet, le maire est passé par là, je lui ai expliqué le projet, et il a dit « on y va ».

On a essayé beaucoup d'autres communes qui nous ont promis que l'année prochaine, elles les mettront dans leurs festivals. C'est un début, amateur, mais qui, je vous le promets, va se professionnaliser très prochainement parce qu'on tient vraiment à les faire connaître parce qu'ils le méritent.

charles

Burkina Faso: le traumatisme des «orphelins de Sankara»

 

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« Les orphelins de Sankara », un film de Géraldine Berger. © Les Films d'un Jou

 

Alors que l'ex-président Blaise Compaoré, condamné à perpétuité pour l'assassinat de Thomas Sankara, est revenu au pays, les centaines d'adolescents burkinabè qui avaient été envoyés en formation à Cuba dans les années 1980 témoignent du traumatisme que la perte du président a représenté pour eux.

(Rediffusion du 25 octobre 2021)

En 1986, 600 adolescents quittent le Burkina Faso pour partir se former à Cuba, dans un programme d’échange mis en place par l’ancien président Thomas Sankara et son homologue cubain Fidel Castro. Âgés entre 12 et 15 ans, ils sont choisis par le président burkinabè sur des critères sociaux, venant de familles rurales et défavorisées. Mais un an plus tard, le père de la révolution burkinabè est assassiné. Les étudiants terminent leur cursus et reviennent six ans plus tard dans leur pays qu’ils ne reconnaissent plus.

Florence était l'une d'eux. Tous les matins, sur l’île de la jeunesse au large de Cuba, les étudiants burkinabè chantaient l’hymne national cubain. Elle s’en souvient encore aujourd’hui, tout comme elle se souvient de ce 15 octobre 1987, quand elle apprend la mort de Thomas Sankara.

« Quand on nous a dit qu'il y avait eu un coup d'État au Burkina Faso, on savait déjà que notre président était mort. À l'école, le silence était total. Nous sommes restés sans manger. On ne pouvait même pas dormir. On pleurait. Je ne sais pas comment vous le raconter. Il fallait le vivre pour comprendre », raconte Florence.

Des adolescents stigmatisés

À leur retour de Cuba, un emploi dans la fonction publique devait être garanti aux étudiants, afin qu’ils aident au développement du Burkina. Inoussa Dakambari a été formé en génie civil. Rentré en 1993, il déchante.

« Quand nous sommes revenus, nous avons été victimes de préjugés. Certains disaient qu'on venait venger Sankara. Encore aujourd'hui, nous n'avons pas les équivalences réelles à nos diplômes, ce qui a mis un frein à nos carrières professionnelles. » Formé à un travail manuel, Inoussa Dakambari dit s'en sortir « un peu », même si c'est difficile.

Formés aussi militairement, les étudiants partis à Cuba inquiètent le régime de Blaise Compaoré, qui les marginalise.

« Dans les bureaux, on est parfois surnommé "le Cubain". Sankara mort et enterré, on n'a plus rien à faire ici. Certains de nos compatriotes nous traitaient comme des étrangers », témoigne Charles Kaboré, formé en mécanique industrielle, dénonçant l'humiliation, le mépris.

Aujourd’hui, les orphelins de Sankara demandent toujours la reconnaissance de leurs diplômes, la reconstitution des carrières pour ceux de la fonction publique et des indemnités pour les proches de leurs camarades disparus.