Actualités

Côte d’Ivoire : vers une rencontre entre Ouattara, Gbagbo et Bédié

Longtemps réticent, le chef de l’État ivoirien envisage désormais de se réunir avec Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. La dernière entrevue entre les trois piliers de la vie politique ivoirienne date d’avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2010. 

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 25 mai 2022 à 20:59

 

De g. à dr., Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié, à Abidjan, le 30 juin 2010. Au deuxième rang, Guillaume Soro, alors Premier ministre. © SIA KAMBOU/AFP

 

Dans certains milieux, on appelle cela « la rencontre des trois grands ». Selon nos informations, une entrevue entre Alassane OuattaraHenri Konan Bédié et Laurent Gbagbo est à l’étude. Si aucune date n’est pour le moment fixée, celle-ci pourrait avoir lieu d’ici à la fin du mois de juin, en fonction de l’agenda des participants. 

En France depuis le 14 mai, où il a notamment dîné avec Emmanuel Macron, le chef de l’État ivoirien regagnera Abidjan dans les prochains jours. Le 7 juin, Alassane Ouattara doit notamment superviser l’élection du successeur du président de l’Assemblée nationale, Amadou Soumahoro, décédé le 7 mai. Laurent Gbagbo séjourne quant à lui à Bruxelles, et ne devrait pas revenir en Côte d’Ivoire avant le début du mois de juin. Enfin, Henri Konan Bédié est actuellement occupé par l’organisation des funérailles de son frère aîné, Marcellin. 

Changement d’avis d’Alassane Ouattara

La dernière rencontre entre les trois piliers de la vie politique ivoirienne date d’avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2010. L’idée de les réunir une nouvelle fois chemine depuis le retour de Laurent Gbagbo à Abidjan, en juin 2021. Elle a d’abord été mise sur la table par Bédié.

Craignant le rapport de force que souhaitaient lui imposer les patrons du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), ADO y a longtemps été défavorable, préférant s’entretenir avec eux séparément. Il estime aujourd’hui que le moment est le bon.

Réchauffement avec Bédié, pas avec Gbagbo

Le processus électoral – des élections municipales auront lieu en 2023 –, la poursuite des mesures de décrispation, ainsi que la perspective du scrutin présidentiel de 2025 devraient figurer au programme des discussions. 

En dents de scie depuis la présidentielle d’octobre 2020, les relations entre Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié se sont récemment réchauffées. Les deux hommes ont notamment échangé par téléphone à la mi-avril. De nombreux points de crispation subsistent en revanche avec Laurent Gbagbo, dont les indemnités d’ancien chef d’État, notamment, sont toujours gelées par la présidence. 

Les relations entre le Vatican et Pékin sous tension

Alors que le cardinal Zen doit comparaître mardi 24 mai devant un tribunal de Hong Kong, les liens entre la Chine et le Saint-Siège sont soumis à rude épreuve depuis quelques semaines.

  • Loup Besmond de Senneville, 

Lecture en 3 min.

Les relations entre le Vatican et Pékin sous tension
 
Le cardinal Joseph Zen donne la communion lors de la messe commémorant le 30e anniversaire du massacre de Tien An Men, à Hong Kong le 31 mai 2019. JÉRÔME FAVRE/EPA/MAXPPP

Rome

De notre envoyé spécial permanent

C’est une présence discrète, au premier rang d’une conférence organisée un après-midi d’avril dans une église romaine. Sujet du jour : la présentation d’un livre sur un intellectuel chinois du XVIe siècle, Xu Guangqi. Or, ce mercredi 27 avril à la basilique Saint-Barthélemy-en-l’Île, ce lettré qui vécut sous la dynastie Ming, ami de Matteo Ricci, le jésuite évangélisateur de la Chine, fait l’objet d’une attention toute diplomatique. Et ce jour-là, c’est un représentant de l’ambassade de Chine en Italie qui est venu assister au colloque.

La venue de ce diplomate chinois, alors même que l’empire du Milieu n’entretient aucun rapport officiel avec le Vatican, a été très commentée à Rome, notamment dans les cercles diplomatiques. Il faut dire qu’elle intervient alors que les relations entre Rome et Pékin, dossier ultrasensible, traversent une période de tension. Signe de ces difficultés : l’arrestation, pour quelques heures, le 12 mai, du cardinal Joseph Zen, archevêque émérite de Hong Kong et opposant au régime.

L’homme d’Église de 90 ans, libéré sous caution, devrait être jugé le 24 mai. Le jour même de la Journée mondiale de prière pour la Chine, instituée par Benoît XVI en 2007. Une arrestation prise très au sérieux au Vatican, où elle a provoqué une onde de choc, et où l’on estime aujourd’hui qu’elle constitue à la fois un message envoyé à l’Église, mais aussi au cardinal Zen lui-même, en tant qu’opposant.

Autre dossier difficile sur la table : l’accord entre le Saint-Siège et la Chine sur la nomination des évêques, sous le feu des critiques depuis son entrée en vigueur, en octobre 2018, arrivera en effet à échéance en octobre, après avoir été renouvelé une première fois en 2020. Faut-il le prolonger à nouveau ? Le Vatican le souhaite, mais les négociations avec Pékin sont difficiles, selon nos informations. Alors que les représentants du pape souhaitent faire évoluer les termes de l’accord – dont le contenu n’a jamais été dévoilé –, la Chine repousse depuis plusieurs semaines toute perspective de rencontre, invoquant la recrudescence du Covid dans le pays. Un prétexte d’autant moins crédible que les discussions pour le premier renouvellement de l’accord, au printemps 2020, s’étaient déroulées en pleine première phrase du Covid, notamment par le biais de l’ambassade de Chine en Italie. Face à ces réticences, la diplomatie pontificale a fait savoir sa totale disponibilité à se rendre « n’importe où dans le monde » pour poursuivre les discussions.

« Il y a une vraie crainte côté Vatican de voir trente ans d’efforts tomber à l’eau », commente un observateur. « Le Saint-Siège ne peut pas perdre la Chine, même s’il y a sans doute dans sa position un peu de naïveté », estime un diplomate étranger en poste à Rome, très au fait du dossier chinois.

C’est dans ce contexte que le colloque sur Xu Guangqi a eu lieu à Rome, sous l’égide de la communauté de Sant’Egidio. Et à la tribune, tout en évoquant une figure du XVIe siècle, le cardinal Luis Antonio Tagle, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, a semblé avoir un message à faire passer à Pékin. « Les missions ne sont pas une extension de l’Église occidentale mais une expression de l’Église universelle », a ainsi indiqué le cardinal, en citant une lettre de Benoît XV, Maximum illud, publiée en 1919 pour relancer l’activité missionnaire.

Le cardinal philippin, qui a également insisté sur la « totale séparation » entre l’évangélisation et « les intérêts du colonialisme occidental », s’est aussi appuyé sur une instruction publiée par Rome en 1659 : « Quoi de plus absurde en effet que de transplanter en Chine la France, l’Espagne, l’Italie ou quelque autre pays d’Europe. Ce n’est pas cela que vous devez introduire, mais la foi qui ne rejette ni ne blesse les rites et les coutumes de tout peuple, tant qu’ils ne sont pas mauvais, mais qui veut plutôt les sauvegarder et les consolider. »

Au Vatican, les relations avec la Chine demeurent une priorité, sur laquelle veille très directement le pape. Dimanche 22 mai, depuis la fenêtre du Palais apostolique donnant sur la place Saint-Pierre, François a d’ailleurs assuré les catholiques chinois de sa « proximité spirituelle »« Je suis avec attention et participation la vie et les vicissitudes des fidèles et des pasteurs, souvent complexes, et je prie pour eux chaque jour », a-t-il lancé, en priant également pour que l’Église puisse vivre, en Chine, dans « la liberté et la tranquillité ». Des mots pesés au trébuchet par la diplomatie pontificale, et qui veulent signifier, en des paroles très choisies, la préoccupation constante d’un pape pour la Chine.

sur la-croix.com

Un portrait du cardinal Zen

Nigeria: les partis peinent à s'organiser pour choisir leur candidat à la présidentielle

 

Les partis politiques nigérians sont très loin d'être en ordre de bataille, à l'approche de l'élection présidentielle qui doit se tenir en février 2023. Le parti majoritaire, le Congrès des progressistes (APC) au pouvoir et le Parti des démocrates (PDP) dans l'opposition, ont normalement jusqu'au 3 juin pour organiser ces primaires. Mais les modalités du vote sont encore peu claires et les dates également sujettes à caution.

Avec notre correspondante à LagosLiza Fabbian 

Le grand nombre de candidats et les intrigues en interne semblent mettre en péril la tenue des primaires pour la présidentielle, prévues pour la fin de semaine prochaine.

Ce samedi, l'opposition devait notamment lancer les primaires pour désigner ses futures élus régionaux et les candidats aux postes de gouverneur, mais le processus a finalement pris du retard.

Faute de consensus, certains Etats enregistrent des dizaines de candidatures pour un seul poste de gouverneur, créant de fortes tensions, en particulier dans les régions qui ne sont pas au main du PDP. 

Ces retards risquent bien de compliquer la tenue en temps et en heure des primaires pour désigner les candidats à la présidence. Celles du PDP sont fixées à samedi prochain, et celles de l'APC au dimanche. 

La date limite est normalement fixée au 3 juin, mais des voix se sont élevées récemment pour demander un aménagement du calendrier électoral et un délai supplémentaire. 

Pour ne rien arranger, le président Muhammadu Buhari semble également tarder à approuver un amendement de la loi électorale visant a clarifier les modalités de ces primaires, ajoutant encore à la confusion.

14e Biennale d'art contemporain africain à Dakar: premières visites, premières émotions artistiques

 

La 14e Biennale d’art contemporain africain de Dakar s’est ouverte jeudi 19 mai sur une multitude de sites, dont le nouveau musée des Civilisations noires. C’est là que sont regroupés les pavillons nationaux de Chine, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal.  

Avec notre envoyé spécial à Dakar, Sébastien Jédor

Le Sénégal joue à domicile dans le bâtiment du musée des Civilisations noires, construit sur le modèle des cases à impluvium de Casamance.

Le commissaire Massamba Mbaye a choisi un élément important du patrimoine, le « fagot de bois », « loositoo » en mandingue, comme base de réflexion pour les artistes, explique-t-il : « Le fagot de bois renvoie à quelque chose de naturel parce que c’est du bois mort qui est recyclé pour régénérer la vie par la cuisson. Donc, en fait, traditionnellement, les gens ne choisissaient pas du bois vert. Ils prenaient du bois rejeté par l’arbre. Et donc, par ce système-là, on renouvelle également le cycle de la vie. »

► À lire : Fer de lance de la créativité africaine, la Biennale de Dakar fait son retour

Abdarahmane N'Gaidé, lui, travaille le bois au sens propre. Jardinier et professeur d’histoire à l’université, il sculpte du bougainvillier pour en faire des formes modulables à l’infini : « L’exceptionnalité du bougainvillier, c’est qu’il est venu avec la colonisation, affirme l'artiste. Il vient du Brésil. Il était venu pour embellir les petites maisons des anciens colons. Tout à coup, après l’indépendance, le bougainvillier s’est développé dans les maisons des classes moyennes. Le bougainvillier peut être planté n'importe où. Il est très beau et il embellit un peu partout. »

Intarissable, Abdarahmane N'Gaidé ne révèle pas, toutefois, le lieu où il coupe du bois. Il avoue seulement s’introduire, discrètement, dans des concessions.

« C'est le chasseur qui raconte l'histoire du lion et il est temps que le lion reprenne son histoire en main »

Parmi les artistes incontournables de l’exposition internationale de la Biennale, il y a également le Béninois Roméo Mivekannin, né en 1986. Sur de grands draps, il réinterprète les peintures des maîtres occidentaux, comme Titien ou Géricault en s’interrogeant sur la place des Noirs à leur époque. Comme d’autres artistes de sa génération, il interroge le passé pour penser l’avenir.

« Moi, j’aime bien dire qu’on est tous le produit d’une histoire, d’un chaos qui dure depuis 2 000 ans, commence Roméo Mivekannin. En même temps, cette génération dont vous parlez, ce sont des gens qui sont nés après les années 1960. Nous, on est complètement décomplexés avec l’histoire, nous on parle du temps d’après. Mais on ne peut pas interroger le temps d’après sans rejouer le rituel du trauma, de là où, quelque part, ça a flanché. Donc, c’est tout à fait normal qu’on soit toute cette génération qui prend toutes les histoires. C’est une manière de raconter de nouveaux récits, puisque, jusque-là, ceux qui racontaient les récits officiels ou en tout cas les histoires qui étaient racontées dans les livres officiels n’étaient pas écrites par nous. Et comme on dit souvent en Afrique, c’est le chasseur qui raconte l’histoire du lion et il est temps que le lion reprenne son histoire en main. »

► À écouter : Noir Concept: l’art et le design africains à l’honneur

Mali : qui est derrière le Collectif de défense des militaires, mouvement anti-France et pro-junte ?

Communiqués incendiaires visant l’Hexagone, la Cedeao ou les médias occidentaux, manifestations d’encouragement aux Forces armées maliennes… Depuis des mois, le CDM s’est placé aux avant-postes des combats pour la « souveraineté » du pays et le soutien au régime d’Assimi Goïta.

Mis à jour le 19 mai 2022 à 19:05
 

 

Plusieurs centaines de Maliens se sont rassemblés à Bamako pour soutenir la junte, l’armée et la coopération militaire avec les Russes, le 13 mai 2022. © OUSMANE MAKAVELI/AFP

 

En ce vendredi 13 mai, le boulevard de l’Indépendance de Bamako est animé. Des barricades ont été dressées par les forces de l’ordre pour empêcher l’accès au lieu, qui fut l’épicentre de la contestation qui a précédé la chute d’Ibrahim Boubacar Keita. Sous la tente qui trône devant le monument, des baffles crachent les notes de reggae du morceau Armée française d’Alpha Blondy.

Brandissant des drapeaux aux couleurs du Mali ou de la Russie, entonnant des slogans hostiles à la France ou à la Cedeao, des manifestants arborent les couleurs d’une initiative qui prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux depuis quelques semaines : « Opération Espoir Tous Fama ». Une opération de soutien à l’armée malienne, lancée par le Collectif pour la défense des militaires (CDM), nébuleuse qui a une influence grandissante au sein du microcosme bamakois.

CDM : trois lettres, derrière lesquelles se cache une organisation érigée en défenseuse inconditionnelle des autorités de transition et des forces armées maliennes (Fama). De ce collectif, on ne sait presque rien. Même la date de sa naissance donne lieu à des réponses divergentes de la part de ses membres. Son président et co-fondateur, Sanoussi Tangara, fait remonter sa création à 2016, avec un début d’activité en 2018. Pour Mohamed Dembélé, porte-parole du collectif, les débuts dateraient plutôt du 15 mars 2020.

Contre les « ennemis du Mali »

Fraîchement créé ou non, c’est à partir de mai 2021, à la suite du second coup d’État qui installe le colonel Assimi Goïta au pouvoir, que le collectif, bâti autour d’un bureau de 17 membres, gagne en vigueur. Véritable sniper verbal, le CDM pointe à tour de bras les « ennemis internes et externes du Mali ». RFI, France 24 et leurs journalistes, figurent parmi les premiers dans son viseur. À grand renfort de communiqués explosifs, le CDM dénonce un « acharnement contre [les] forces armées » et des « ​​informations sans fondement » visant à « terroriser » les Fama, suite à la diffusion de reportages relayant des accusations d’exactions.

Puis le 14 mars, vient une menace. Le CDM donne « jusqu’au 31 mars à France 24 et RFI pour quitter le sol malien. [Passé] ce délai, le peuple souverain du Mali prendra toutes ses responsabilités ». « France 24 et RFI ont publié des reportages accusant l’armée d’avoir calciné des civils à Diabaly, sans aucune preuve. Nous avons enquêté dans la zone avec des journalistes sur place et des membres du CDM qui vivent dans la région, nous avons même envoyé des huissiers : personne n’a eu connaissance de ce massacre », justifie Sassouni Tangara, dit Baba, président du collectif qui se présente comme un commerçant.

Trois jours après le communiqué, la sentence tombe : les deux médias hexagonaux sont suspendus par les autorités. Avec eux, dans le collimateur du CDM, apparaissent pêle-mêle l’opération Barkhane, la France et ses « provocations », la Cedeao, la Minusma ou encore les groupes armés signataires de l’Accord de paix, dont le collectif désapprouve les communications « terroristes ».

Dernier coup d’éclat dont le collectif se prévaut : la dissolution par la cour d’appel, jeudi 17 mai, du parti Mouvement pour la République (MR) d’Ainea Ibrahim Camara, qui s’était autoproclamé président de la transition en février dernier. Une mesure qui était réclamée par le CDM depuis des mois.

Objectifs communs avec la junte

Autant de cibles qui recoupent celles des autorités de Bamako. Faut-il pour autant y voir une forme de collusion ? « Au sein du CDM, il n’y a que des civils. On n’accepterait pas qu’un militaire soit parmi nous, parce que nous souhaitons être libres de nos mouvements », balaie Sassouni Toungara.

« Nous ne sommes pas de mèche avec les autorités. Beaucoup pensent que nous sommes des militaires ou que ce sont ces derniers qui sont derrière. Nous partageons avec les militaires les mêmes idéaux de la défense et de la restauration de la patrie. Mais le CDM est composé à 99 % de civils. Je suis, par exemple, professeur d’enseignement secondaire général », renchérit Mohamed Dembélé, habitant de Kati, ville garnison surplombant Bamako d’où sont partis la plupart des coups d’État de ces dernières années. « Des civils qui défendent des militaires. Du jamais-vu », commente, ironique, un jeune bamakois habitué des manifestations sur le boulevard de l’Indépendance.

« On est la branche politique des militaires, des forces de défense et de sécurité », clame pourtant un panéliste, non identifié, lors d’une conférence de presse du CDM. « Nous ne sommes pas un mouvement politique et n’avons pas vocation à devenir un parti politique. Nous nous concentrons uniquement sur la défense des militaires », rétorque le président du collectif.

Et qu’importe si Mohamed Dembélé détaille des objectifs un brin plus politiques tels que la « défense des droits humains », la lutte contre le « changement climatique » ou celle « contre le terrorisme et tous les maux qui minent le Sahel ».

Les « petits » d’Ismaël Wagué ?

Selon une source, le collectif serait déjà en proie à des turbulences. « Ils traversent une crise de leadership : chacun veut se faire bien voir auprès du commanditaire, ce qui a poussé Yerewolo à prendre ses distances », confie notre interlocuteur, selon lequel le collectif panafricaniste Yerewolo-Debout sur les remparts, dirigé par Adama Diarra, dit « Ben le cerveau », ferait partie des initiateurs du CDM.

Quel serait ce mystérieux « commanditaire » ? Quelques indiscrétions pointent en direction du colonel-major Ismaël Wagué, ministre de la Réconciliation et ancien porte-parole charismatique de l’ex-Comité national pour le salut du peuple (CNSP), tombeur d’Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020. « Wagué est le colonel qui a le moins d’influence. Comme Yerewolo est proche de Sadio Camara, il essaie de rassembler le CDM afin d’avoir plus de poids. C’est lui qui est derrière l’opération Espoir tous Fama, portée par le CDM », croit savoir notre source.

Des allégations impossibles à vérifier et vivement contestées par le CDM. « Il n’y a rien qui nous lie à Wagué, balaie Mohamed Dembélé, porte-parole du collectif. Même si nous sommes là pour les porteurs d’uniformes, l’initiative d’Espoir tous Fama est venue de nous. »

Une indépendance sur laquelle insiste également le président Sanoussi Tangara. « Nous n’avons aucun lien avec les militaires au pouvoir et ne sommes financés que par les cotisations de nos 3 000 membres. La preuve : nos activités sont parfois annulées et je dirais que les autorités ne mènent à bien que 20 % de nos combats, comme ce fut le cas pour RFI et France 24 », assure-t-il.

Armée de journalistes

Aux côtés de Sanoussi Tangara, Mohamed Dembélé et Younouss Soumaré, secrétaire général du collectif en charge des relations extérieures, les journalistes devenus les porte-voix du collectif, sans pour autant en être membres, sont légion. Parmi eux, le très actif Boubou Mabel Diawara. Un temps président par intérim de l’Association des médias sociaux du Mali (AMS), Diawara fut le secrétaire général de la section Commune VI de l’Asma-CFP, parti de feu Soumeylou Boubeye Maïga (SBM). Ce journaliste au parcours « illisible et opportuniste », selon un ancien collaborateur de SBM, aurait démissionné de l’Asma-CFP au début du mois de mai, quelques mois après l’avoir « complètement lâché afin de s’aligner sur la transition ».

Chroniqueur, journaliste, animateur radio et chantre des Fama, Boubou Mabel Diawara intervient très régulièrement sur les plateaux de médias maliens tels que Gandhi Malien ou Bamada.net, où il discute essentiellement de l’actualité militaire et politique. Sollicité par Jeune Afrique, il n’a pas donné suite. Avec lui, les journalistes Amadou Niambélé et Brahima Dembélé sont régulièrement « sollicités afin de véhiculer les vraies informations », fait savoir Mohamed Dembélé.

De « vraies informations » en opposition à la « propagande » et aux « manipulations » des médias occidentaux régulièrement dénoncées par Bamako. Initiative autonome ou cheville ouvrière de la communication gouvernementale, le Collectif pour la défense des militaires est devenu, en quelques mois seulement, la vitrine du « journalisme patriotique » appelé de ses vœux par les autorités maliennes.