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Burkina Faso: les activités de l'ONG Norwegian Refugee Council suspendues

Jan Egeland du Norwegian Refugee Council (NRC) au camp de Barsalogho au Burkina Faso le 27 janvier 2020.

Jan Egeland du Norwegian Refugee Council (NRC) au camp de Barsalogho au Burkina Faso le 27 janvier 2020.
 © OLYMPIA DE MAISMONT/AFP

Au Burkina Faso, les autorités ont suspendu, jusqu'à nouvel ordre, les activités du Norwegian Refugee Council sur les sites de déplacés internes. Le pays compte plus de 1,4 million de personnes déplacées, selon les chiffres officiels. L'ONG est accusée de jeter le discrédit sur le gouvernement de Ouagadougou.

Dans un courrier circulant sur les réseaux sociaux, la ministre en charge de l'Action humanitaire justifie la suspension des activités de l'organisation, jusqu'à nouvel ordre. Hélène Marie Laurence Ilboudo Marchal évoque dans ce texte une « campagne de communication » de l'ONG et cite des interviews accordées à plusieurs médias.

Un communiqué de presse qui passe mal

Elle affirme que le Conseil norvégien pour les réfugiés tente de « discréditer le gouvernement » lorsqu'il explique notamment que les autorités refusent l'enregistrement des déplacés internes par les ONG.

Il y a moins d'un mois, dans un communiqué de presse, l'organisation évoquait des lenteurs dans l'enregistrement des personnes déplacées. Ces opérations menées par les autorités du Burkina Faso ralentissent leur accès à une aide adéquate. L'organisation proposait donc que des ONG puissent participer à ces opérations, pour accélérer les processus.

Vendredi 1er octobre, le Conseil norvégien pour les réfugiés expliquait avoir effectivement suspendu ses activités, sur toute l'étendue du territoire burkinabè, comme les autorités burkinabès le lui ont demandé, en début de semaine. L'ONG affirme vouloir mener des discussions avec le gouvernement burkinabè, pour pouvoir reprendre ses activités humanitaires.

Sollicitées par RFI, les autorités burkinabès n'ont pas souhaité s'exprimer sur cette suspension.

►À lire aussi : Au Burkina Faso, le nombre de personnes fuyant les violences atteint un niveau sans précédent

Sommet Afrique-France : une page va-t-elle se tourner à Montpellier ?

Mis à jour le 30 septembre 2021 à 15:20


Discours d’Emmanuel Macron prononcé le 28 novembre 2017 à Ouagadougou face à une assemblée d’étudiants de l’Université Joseph Ki-Zerbo. © Erwan Rogard/IP3/MAXPPP

La ville accueillera le 28e Sommet Afrique-France le 8 octobre. Aucun chef d’État n’a été convié à cet évènement qui donnera la part belle aux sociétés civiles et à la diaspora.

Invitée par Emmanuel Macron à participer au Sommet Afrique-France de Montpellier le 8 octobre, la jeunesse africaine s’y rendra, mais armée d’une certaine défiance. Pourtant, dans l’esprit du président français, l’objectif de ce sommet est sans ambiguïté ni arrière-pensée : il juge qu’il faut en finir avec les tabous et avec un passé tourmenté qui nourrit le ressentiment africain vis-à-vis de son ancien colonisateur et, pour cela, il convient de « commencer par tout se dire » et d’« inventer ensemble une amitié ».

On reconnaît là les accents de son discours prononcé le 28 novembre 2017 à Ouagadougou face à une assemblée d’étudiants de l’Université Joseph Ki-Zerbo très remontés contre la France et qu’il a en partie retournés par ses propos à la fois séduisants et provocateurs.

Efforts français

Depuis, Emmanuel Macron s’est appliqué à détricoter ce qui interdisait des relations Afrique-France décomplexées et égalitaires. Il a restitué au Bénin 26 œuvres du trésor d’Abomey et reconnu les crimes de la colonisation. Dans le cadre de la réforme du franc CFA, le Trésor français a rendu à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’ouest les fonds déposés dans ses coffres. L’Agence française de développement (AFD) a augmenté d’année en année les dons et les prêts fournis à l’Afrique. La publication des rapports sur les relations françaises avec l’Algérie et le Rwanda ont traduit la volonté de l’Élysée d’assumer les scories du passé.

La France a aussi pris l’initiative d’une multitude d’événements et d’institutions sur le continent, comme Choose Africa, Digital Africa, Alliance Sahel ou Sport en commun. Pour liquider la « Françafrique », Emmanuel Macron a mis fin au tête à tête exclusif avec l’Afrique francophone et pris le chemin du Nigeria, du Soudan ou du Rwanda.

Au sommet de Montpellier, le président français espère toucher les bénéfices de ces efforts et reconstruire « un imaginaire commun » essentiellement avec la jeunesse africaine qui sera seule invitée. Aucun chef d’État n’y sera présent, mais seront mis en vedette 3 000 « personnes qui incarnent le renouvellement générationnel » souhaité par Emmanuel Macron.

IL N’APPARTIENT PAS À LA FRANCE DE GUÉRIR L’AFRIQUE DE SON TRAUMA COLONIAL »

Plus de 5 000 personnes ont participé à 66 débats préparatoires dans 12 pays africains, mais aussi dans la diaspora africaine. Souveraineté, égalité des sexes, climat, développement économique, création d’entreprise, démocratie, sécurité et même des sujets conflictuels ont donné lieu à des échanges vigoureux où l’invective était parfois présente, par exemple au sujet de l’intervention Barkhane au Sahel.

Ce foisonnement a été recueilli par l’écrivain camerounais Achille Mbembe et ses treize acolytes, afin d’être restitué à Montpellier sans filtre. Il s’agissait de préparer le débat avec Emmanuel Macron, prévu dans l’après-midi du 8 octobre en séance plénière pour dégager des pistes de réconciliation.

Méfiance vis-à-vis de la France

Des Africaines et des Africains connus pour leurs critiques à l’égard de l’ancien colonisateur ont accepté de participer à cette entreprise audacieuse. Achille Mbembe confiait à Jeune Afrique qu’il accompagnait « ce geste » par curiosité intellectuelle, mais aussi « pour veiller à ce que ce ne soit pas un simple exercice de communication ». L’économiste togolais Kako Nubukpo, grand pourfendeur du franc CFA, estimait dans ces colonnes que le sommet « sera l’occasion de poser les questions qui fâchent ».

Mais certains, comme l’écrivain Gaston Kelman, se sont insurgés contre un tel événement, parce qu’« il n’appartient pas à la France de guérir l’Afrique de son trauma colonial » et que « le lion ne peut pas devenir le guide des antilopes ».

En effet, ce qui domine dans l’imaginaire africain, c’est le plus souvent une grande méfiance vis-à-vis de la France, quels que soient ses dirigeants et quelles que soient leurs promesses. La colonisation, l’esclavage, le post-colonialisme, les dictatures soutenues depuis l’Élysée au lendemain des indépendances ont laissé des traces indélébiles.

Depuis son élection, Emmanuel Macron est-il parvenu à changer les relations avec l’Afrique ? « Un peu, répond Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU et professeur à l’Université du Cap et à Sciences Po Paris. L’évolution n’est pas bouleversante mais, dans l’ensemble, son projet est accepté en France comme en Afrique, à l’exception des radicaux. Il a réussi à changer un peu la donne, mais il n’est pas au bout de ses peines. »

SI LE DISCOURS DE LA FRANCE PEINE À CONVAINCRE, C’EST AUSSI PARCE QU’ELLE CONTRIBUE PEU À LA TRANSFORMATION AFRICAINE

« Il a commis quelques gaffes, comme ses propos sur la démographie africaine galopante, mais surtout il se comporte en puissance tutélaire en désignant qui peut venir au sommet de Montpellier. Il choisit les intellectuels qui le préparent. À l’évidence, il a une bonne intuition sur les domaines où doivent changer les relations franco-africaines, mais il irrite les Africains par un comportement qui les fait douter de ses intentions », reprend Carlos Lopes.

Convaincre la jeunesse africaine

Pour l’universitaire bissau-guinéen, « si le discours de la France peine à convaincre, c’est aussi parce qu’elle contribue peu à la transformation africaine. Ses investissements continuent à privilégier les combustibles fossiles et les matières premières. Pourquoi ne fait-elle pas comme les Singapouriens qui aident le Gabon à transformer son bois et le Bénin, à valoriser son coton ? On ne peut pas parler à la jeunesse sans l’aider à créer les emplois du futur dont elle a besoin. »

L’analyse de la camerounaise Koyo Kouoh, conservatrice de musée, n’est pas moins balancée, mais plus mordante. « Je suis curieuse de voir où le processus lancé par Emmanuel Macron va aboutir, mais je suis fondamentalement dubitative par rapport aux initiatives françaises, dit-elle. Je ne suis ni pour ni contre sa démarche, et je crois que c’est en se parlant qu’on arrive à se comprendre, mais je n’oublie pas que le président français est un politicien. Il est important que les gouvernements occidentaux et pas seulement celui de la France comprennent que l’Afrique est portée par sa société civile et non par ses dirigeants peu capables. »

LA FRANCE NOUS DOIT TOUT, PARCE QU’ELLE NOUS A TOUT PRIS

Pour elle, l’indulgence n’est pas de mise. « L’Afrique et la France sont mariées depuis cinq cents ans et ce mariage forcé a engendré une longue et violente relation, et provoqué énormément de séquelles dont notre génération porte les stigmates, car les émotions se transmettent de génération en génération, rappelle-t-elle. La conscience est têtue et quand on l’ignore, elle revient en force. Il faut que la France revisite sa propre conscience et comprenne que les remous que nous vivons et l’opinion dégradée que nous avons d’elle l’obligent à aller plus loin que les mots et les symboles. Il nous faut des actes.»

C’est-à-dire ? « La France nous doit tout, parce qu’elle nous a tout pris, martèle-t-elle. Elle doit demander pardon en toute conscience pour les torts qu’elle a commis et tenter de les réparer. » Koyo Kouoh le dira haut et fort le 8 octobre. 

Côte d’Ivoire : le néerlandais FrieslandCampina sort le chéquier et muscle sa stratégie

Par  - à Abidjan
Mis à jour le 29 septembre 2021 à 18:11


En Côte d’Ivoire, FrieslandCampina est connu pour sa marque de lait en poudre « Bonnet rouge ». © www.frieslandcampina.com

Le spécialiste des produits laitiers va investir 40 millions d’euros dans ses installations ivoiriennes. Dans quel but ? Le décryptage de Jeune Afrique.

Le groupe laitier néerlandais FrieslandCampina accentue sa présence en Côte d’Ivoire pour renforcer ses activités dans quatorze pays d’Afrique de l’Ouest et du centre hors Nigeria, soit plus de 300 millions de consommateurs.

Le néerlandais aux 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires a investi 40 millions d’euros à Abidjan dans le développement de son siège régional et dans la modernisation de son usine de transformation de produits laitiers d’une capacité annuelle de 30 000 tonnes. La production de cette usine est essentiellement destinée au marché local – en forte croissante –, même si une part résiduelle ira au Burkina Faso et au Mali.

Une forte dépendance aux importations de produits laitiers

Pour diriger son bureau régional, FrieslandCampina a recruté l’Ivoirien Roger Adou, ancien directeur général adjoint de la Société de limonaderies et de Brasseries d’Afrique (Solibra), filiale de Castel, géant français des boissons. Le manager ivoirien pilotera et coordonnera les activités et les opérations dans quatorze pays d’Afrique subsaharienne sous la supervision de Ben Langat, le directeur Afrique basé en Afrique du sud.

FRIESLANDCAMPINA VA INVESTIR DES DIZAINES DE MILLIARDS DE F CFA AU COURS DES PROCHAINES ANNÉES

La filière laitière ivoirienne dépend fortement des importations, l’industrie locale fournissant à peine 20 % des besoins nationaux. Les Ivoiriens consomment environ 11 litres de lait par an, comparativement à certains pays de la sous-région qui atteignent 44 litres par habitant. Le secteur réalise un chiffre d’affaires global de 120 milliards de F CFA (180 millions d’euros) et plus de 60 milliards de F CFA de valeur ajoutée selon Souleymane Diarrassouba, ministre ivoirien du Commerce et de l’Industrie.

L’un des plus grands défis du secteur réside dans la chaîne logistique. Et à cette fin, les opérateurs présents dans l’industrie font preuve de créativité. FrieslandCampina s’appuie sur une société locale, Logis, pour la distribution de ses produits. L’entreprise qui se refinance via son holding néerlandais a cependant un modèle local pour soutenir ses partenaires. « Nous sollicitons les banques locales pour financer nos distributeurs afin de soutenir l’activité. Le groupe investira des dizaines de milliards de F CFA au cours des prochaines années », explique Roger Adou.

Au Nigeria, FrieslandCampina a créé un Centre pour le développement de l’industrie laitière nigériane (CNDD).


www.frieslandcampina.com

Transfert de technologies

Les autorités ivoiriennes – au premier rang desquelles le Premier ministre Patrick Achi – insistent pour un transfert de technologies en Côte d’Ivoire par la duplication du modèle nigérian. Chez le géant ouest-africain, FrieslandCampina a mis en place une technique de croisement de zébus du Niger et de races européennes pour la production de lait. Toute la production au Nigeria est locale et ne dépend pas des importations, comme c’est le cas en Côte d’Ivoire.

L’entreprise néerlandaise s’est engagée à conclure des partenariats avec des fermiers locaux pour réaliser les projets qui se mettront en place au cours des cinq prochaines. « Nous développerons de nombreux projets dans l’élevage au cours des prochaines années pour impacter nos frais d’approche et créer de la valeur ajoutée locale pour réduire puis stopper les importations d’intrants » a poursuivi Roger Adou. En Côte d’Ivoire, FrieslandCampina est le leader sur le segment des produits laitiers en poudre et en liquide avec sa marque centenaire la plus connue « Bonnet Rouge ». Une position que le géant nord-européen souhaite consolider.

Burkina Faso: les points clés du dialogue politique entre majorité et opposition

Les participants demandent au gouvernement de faire en sorte que les exilés politiques parmi lesquels l’ex-président Blaise Compaoré et l’ex-Premier ministre Yacouba Isaac Zida rentrent pour une participation au processus de réconciliation.
Les participants demandent au gouvernement de faire en sorte que les exilés politiques parmi lesquels l’ex-président Blaise Compaoré et l’ex-Premier ministre Yacouba Isaac Zida rentrent pour une participation au processus de réconciliation. REUTERS/Joe Penney/Files

Le dialogue politique entre la majorité présidentielle et l'opposition a pris fin. Le président Roch Marc Christian Kaboré, qui l'a initié, s’est engagé à veiller à la mise en œuvre des propositions consensuelles par le gouvernement. 

Avec notre correspondant à Ouagadougou, Yaya Boudani

Sur le plan sécuritaire, toute la classe politique encourage les ministres de la Défense et de la Sécurité à poursuivre le travail de réforme et de réorganisation des forces sur le terrain. Les responsables politiques s’interdisent également de s’accuser mutuellement de soutenir le terrorisme.

Favoriser le retour des exilés politiques

Sur la réconciliation nationale, les deux parties ont souhaité qu’un dialogue « constructif » soit mené afin de faciliter le retour de l’ex-président Blaise Compaoré, de Yacouba Isaac Zida et de tous les autres exilés politiques. L’opposition souhaite que le traitement judiciaire de certains dossiers soit suspendu et traité durant le processus de réconciliation pour un apaisement du climat social. Une proposition rejetée par la majorité présidentielle qui insiste sur le maintien du processus Vérité, justice et réconciliation. 

Municipales au suffrage universel direct

Concernant les prochaines élections, les participants ont décidé que les maires seront élus au suffrage universel direct. Les électeurs choisiront directement leur candidat. Alors que la majorité présidentielle souhaite l’application de cette disposition aux prochaines élections de 2022,   l’opposition préfère qu’elle soit reportée aux municipales de 2027.

Le président Roch Marc Christian Kaboré, initiateur de ce dialogue politique, a souligné qu’il veillera personnellement à la mise en œuvre des propositions consensuelles par le gouvernement.

 À lire aussi : Burkina: le président de l'Assemblée, Alassane Bala Sakandé, prend la tête du parti au pouvoir

Ouattara : son troisième mandat, ses relations avec Gbagbo et Bédié, le RHDP, le cas Soro… Entretien exclusif

Par  - Envoyé spécial à Abidjan
Mis à jour le 27 septembre 2021 à 11:38



Le président Alassane Ouattara dans son bureau du Plateau, à Abidjan, le 15 septembre 2021.

Pour la première fois depuis sa réélection, en octobre 2020, le chef de l’État ivoirien se confie. Pour « Jeune Afrique », il revient sur les difficultés de l’année qui vient de s’écouler et insiste sur le nécessaire renouvellement de la classe politique.

La dernière interview qu’Alassane Ouattara (ADO) nous avait accordée, en mars 2020, semble remonter à une autre époque. C’était le temps où se forgeait l’après-ADO. Le chef de l’État, alors âgé de 78 ans, avait pris la décision de quitter le pouvoir et de transmettre le témoin à son « fils » et plus proche collaborateur depuis près de trente ans, Amadou Gon Coulibaly (AGC). Le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), né quelques mois plus tôt, se mettait en ordre de bataille pour appuyer cette candidature. Hamed Bakayoko, autre poids lourd du parti et proche du président, avait accepté de se ranger derrière Gon Coulibaly et de mettre ses qualités et son réseau au service du « Lion de Korhogo », dont il était si complémentaire.

Apaisement

Un an et demi plus tard, ce scénario censé porter sur les fonts baptismaux la Côte d’Ivoire de demain a des allures de relique. « AGC » et « Hambak », décédés respectivement en juillet 2020 et en mars 2021, laissent un vide immense. Alassane Ouattara s’est finalement résolu à briguer un troisième mandat, ce qui a mis le feu aux poudres : campagne électorale nauséabonde, scrutin sous haute tension, violences, appels de l’opposition à la déstabilisation, à la désobéissance civile ou au boycott (en fonction du niveau d’animosité à l’égard du chef de l’État)… Une énième crise politique et son corollaire, la peur de l’embrasement. Les mânes de la période décembre 2010-avril 2011 hantaient toujours la lagune Ébrié.

Depuis cette sinistre séquence, la raison a fini par prévaloir et l’heure est à l’apaisement. Ouattara a été réélu, Laurent Gbagbo, acquitté par la Cour pénale internationale (CPI), est rentré en Côte d’Ivoire et Henri Konan Bédié a mis de l’eau dans son champagne. Le chef de l’État a même rencontré ses deux prédécesseurs et adversaires de toujours, et le trio se donne à nouveau du « mon frère » en s’embrassant comme du bon pain.

Sur le fond, et sur ce que chacun pense des deux autres, cela ne change rien. Mais sur la forme, cela change tout. Patrick Achi a pris les rênes du gouvernement, Laurent Gbagbo a quitté le Front populaire ivoirien (FPI) pour créer une nouvelle formation et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) attend toujours de savoir si Bédié passera un jour la main. Quant à Guillaume Soro, l’ancien chef rebelle devenu président de l’Assemblée nationale désormais en rupture de ban, il poursuit son exil mystérieux. Sans doute s’interroge-t-il sur les vicissitudes du destin : s’il avait fait preuve de patience et était resté au RHDP, il aurait aujourd’hui un boulevard devant lui dans la course à la succession de Ouattara.

Pour répondre à nos questions, notamment sur la manière dont il a vécu ces dix-huit derniers mois et sur sa vision de l’avenir, le chef de l’État nous a reçu le 15 septembre, en fin de matinée, dans son vaste bureau du palais présidentiel, au Plateau. Un entretien de plus d’une heure, le premier qu’il accorde depuis sa réélection.

Jeune Afrique : L’année écoulée a été particulièrement éprouvante, entre les décès de vos deux Premiers ministres, votre candidature à un troisième mandat contestée par l’opposition et une présidentielle tendue… Sans oublier la crise liée au Covid-19. Comment l’avez-vous vécue et qu’en avez-vous retiré ?

Alassane Ouattara : Cette année a effectivement été très difficile. La disparition de deux de mes très proches collaborateurs, que je considérais comme des fils, Amadou Gon Coulibay et Hamed Bakayoko, représente une perte immense pour la Côte d’Ivoire tant le travail qu’ils ont accompli au service de la nation a été considérable. Et pour moi aussi, évidemment, compte tenu des liens personnels et affectifs que nous entretenions.

Amadou avait été désigné candidat du RHDP à l’élection présidentielle, notamment pour incarner le renouvellement générationnel que j’appelais de mes vœux. Son décès brutal, quelques semaines seulement avant le dépôt des candidatures, m’a amené à revenir sur ma décision [de quitter le pouvoir], et je l’ai fait à la demande de mon parti. La Constitution, approuvée par les Ivoiriens à plus de 93 % en 2016, m’y autorisait. Je ne le souhaitais pas car j’avais fait le choix, en mon âme et conscience, de me retirer. Mais j’ai estimé que c’était nécessaire pour la stabilité du pays.

Ce qui s’est passé par la suite m’a profondément choqué et me laisse un goût amer. L’élection a été entachée de graves incidents après que certains « responsables » de l’opposition ont appelé à la désobéissance civile et tenté de faire prospérer l’idée d’une transition qui n’aurait eu ni base légale ni légitimité.

EN CE QUI CONCERNE LES TROIS GRANDS LEADERS POLITIQUES DE CE PAYS, LES CHOSES SE PASSENT BIEN

Ces personnes savaient pertinemment que j’étais éligible à un nouveau mandat et que j’avais initialement décidé de me retirer. Cette malhonnêteté intellectuelle m’a profondément déçu. Comment de hauts responsables, dont certains ont géré la Côte d’Ivoire, peuvent-ils décider d’organiser le boycott des élections et appeler à des actions qui ont conduit à des violences et à des morts ? Une commission d’enquête a été mise en place. Les résultats seront rendus publics et des sanctions seront prises.

L’atmosphère est-elle plus apaisée aujourd’hui ?

Heureusement, oui. Nous sortons d’un cycle électoral complet, avec la présidentielle d’octobre 2020 et les législatives de mars 2021, auxquelles l’opposition a pris part. Nous avons désormais une Assemblée nationale plurielle, où sont représentés tous les partis significatifs de notre pays. C’est la première fois depuis plus de vingt ans.

L’heure serait donc enfin à la réconciliation ?

C’est en tout cas mon souhait et nous faisons tout pour y parvenir. Une loi d’amnistie a été adoptée en 2018, un ministère consacré à la réconciliation et à la cohésion nationale a été créé et, plus récemment, la quasi-totalité des civils incarcérés dans le contexte de ces crises politiques a été mis en liberté conditionnelle. Nous avons également instauré un cadre de dialogue entre le gouvernement et les partis. Enfin, j’ai rencontré les présidents Henri Konan Bédié, le 11 novembre 2020, et Laurent Gbagbo, le 27 juillet dernier.

Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo dans la résidence du premier, à Daoukro, le 10 juillet 2021.


ISSOUF SANOGO/AFP

Comment avez-vous vécu le retour de Laurent Gbagbo, en juin, et que vous êtes-vous dit un mois plus tard ?

Pour moi, c’était une évidence qu’après son procès à la CPI, Laurent Gbagbo devait rentrer en Côte d’Ivoire. Nous avons organisé son retour, les choses se sont bien passées et nous nous sommes rencontrés. C’était un entretien fraternel et amical.

Laurent Gbagbo est un acteur majeur de la vie politique de notre pays mais aussi un ancien président. J’ai donc donné des instructions pour qu’il reçoive tous les avantages et toutes les considérations dus à son rang.

Le pensez-vous sincère quand il dit vouloir prendre part à la réconciliation nationale ? Le passif entre vous est lourd…

Je ne veux pas le juger, ses actes parleront pour lui. Nous avons désormais de bonnes relations, des relations normales, et nous échangeons souvent au téléphone.

Et avec Henri Konan Bédié ?

C’est la même chose. Je l’ai eu récemment au téléphone, à l’occasion d’un deuil qui a frappé sa famille.

Je considère qu’en ce qui concerne les trois grands leaders politiques de ce pays, comme les gens disent – et si je suis inclus dans ce trio –, les choses se passent bien. Nous devons d’ailleurs nous voir dans un avenir proche afin d’échanger sur les défis que la Côte d’Ivoire se doit de relever.

Que pensez-vous de leur alliance ?

C’est leur décision.

Certains de vos proches la décrivent comme un jeu de dupes…

Disons que c’est effectivement surprenant, car ils n’ont pas la même idéologie politique : Laurent Gbagbo est un socialiste et Henri Konan Bédié, un libéral centriste… Je peine à imaginer les contours du programme qu’ils pourraient proposer ensemble aux Ivoiriens !

Laurent Gbagbo a décidé de créer un nouveau parti, en dehors du Front populaire ivoirien (FPI), désormais dirigé par Pascal Affi N’Guessan. Cela vous dérange-t-il ?

Non, pas du tout. Nous avons une Constitution et des lois. Tout citoyen qui les respecte doit avoir cette possibilité [de créer un parti].

Lorsque vous aviez annoncé que vous ne brigueriez pas de troisième mandat, le 5 mars 2020, vous aviez évoqué le nécessaire renouvellement de la classe politique. Pour l’instant, il ne semble guère engagé : les Ivoiriens demeurent focalisés sur Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié. Comment faire en sorte qu’il devienne enfin concret ?

Je n’ai pas seulement parlé du renouvellement générationnel – que j’avais acté, puisque ce jour-là à Yamoussoukro, devant le Parlement réuni en congrès, j’avais dit que j’avais décidé de ne pas être candidat. J’avais estimé qu’il était temps de passer la main. Des circonstances exceptionnelles m’ont amené à revenir sur cette décision, mais pour moi, sur le fond, cette affaire est réglée et c’est plus que jamais mon souhait.

POUR 2025, JE PRENDRAI LA DÉCISION APPROPRIÉE LE MOMENT VENU

Regardez la composition du gouvernement : plus d’une dizaine de ministres ont été nommés à des postes clés et ont moins de 50 ans. Le secrétaire général de la présidence [Abdourahmane Cissé], qui est tout de même l’un des personnages les plus importants de l’exécutif, vient à peine d’avoir 40 ans. Enfin, ce rajeunissement est également perceptible dans l’administration et au sein du RHDP, où de nombreux jeunes cadres ont pris des responsabilités.

Dans le stade Félix-Houphouët-Boigny, à Abidjan, le 10 octobre 2020, quelques jours avant l’élection présidentielle

LEGNAN KOULA/EPA-EFE/MAXPPP

Et qu’envisagez-vous pour la présidentielle de 2025 ?

J’ai été réélu il y a moins d’un an. Ma préoccupation immédiate, c’est de travailler au service de mes compatriotes. Pour 2025, je prendrai la décision appropriée le moment venu. Cela dit, ma position est connue, puisque je l’avais exprimée en mars 2020…

Où en sont les enquêtes concernant Guillaume Soro ? Seriez-vous prêt, comme avec Gbagbo ou Bédié, à faire l’effort de renouer avec lui ?

Je n’ai rien à dire de particulier sur le cas de Guillaume Soro. Ce dossier n’est pas à mon niveau, mais entre les mains de la justice. Les faits qui lui sont reprochés sont d’une extrême gravité et il a été l’objet d’une condamnation à perpétuité, mais il peut évidemment rentrer et faire face à la justice.

Pensez-vous que la Côte d’Ivoire soit enfin vaccinée contre les violences liées aux crises politiques ?

Je pense que oui. D’ailleurs, nous avons fait face à une tentative de déstabilisation avant l’élection ; quelle aurait été la situation après le scrutin ?

Nous mettons tout en œuvre pour que la démocratie se consolide, pour améliorer le bien-être de nos concitoyens. Et nous entretenons de bonnes relations avec les pays voisins. Ce travail est nécessaire pour nous prémunir contre les crises que nous avons vécues par le passé.

Un député indépendant a fait savoir qu’il proposerait un texte visant à restaurer la limite d’âge de 75 ans pour les candidats à la présidentielle. Ce serait une manière de rendre inéluctable ce fameux renouvellement…

Je n’ai rien contre. Je rappelle, une énième fois, que j’avais décidé de partir alors que j’avais 78 ans ! C’est un débat qui ne me gêne pas. Il appartiendra au Parlement d’approuver ou de refuser la proposition.

Une telle mesure vous empêcherait vous, ainsi qu’Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, de concourir en 2025. Et mettrait fin au conflit qui vous oppose depuis près de trois décennies…

La Constitution doit être impersonnelle. La question, ce n’est pas Ouattara, Bédié ou Gbagbo.

Certains voient dans l’ascension de votre frère, Téné Birahima, qui est aujourd’hui ministre de la Défense, une manière de le préparer à vous succéder. Est-ce le cas ?

Il fait du très bon travail et n’est pas intéressé par autre chose que les responsabilités que je lui confie. Il n’y a pas matière à débat.

Avez-vous déjà en tête le profil de celui que vous aimeriez voir vous succéder, le nouveau Amadou Gon Coulibaly ?

Avec Amadou, qui a travaillé avec moi pendant trente ans, c’était une évidence. Tout le monde sait que c’était quelqu’un de très compétent et d’intègre, qui avait un sens politique particulièrement aiguisé. Nous sommes dans une configuration nouvelle. La démocratie doit jouer pleinement son rôle au sein du RHDP, qui désignera son candidat.

Lors d’une primaire par exemple ?

Je ne sais pas. Le RHDP devra décider quelle est la meilleure manière de procéder, mais il faut que ce soit un choix démocratique, comme celui qui m’a amené à accepter d’être candidat.

Regrettez-vous cette décision ?

Non. Avec le recul, je suis plutôt soulagé aujourd’hui de l’avoir prise. Mon seul regret, et il est de taille, c’est la folie de quelques-uns, qui sont prêts à tout, même au pire, pour le pouvoir.

Patrick Achi


CYRILLE BAH/ Anadolu Agency via AFP

Êtes-vous satisfait du gouvernement dirigé par votre Premier ministre, Patrick Achi ?

Tout à fait. Patrick Achi est un très bon Premier ministre. Il a une excellente connaissance de l’administration et du secteur privé, une bonne formation, acquise en Côte d’Ivoire, en France et aux États-Unis. Le gouvernement a été rajeuni et il est véritablement inclusif, avec au moins deux ministres par district dans les quatorze que compte le pays. Le rythme des réformes s’accélère, je ne peux qu’être satisfait.

Quid du RHDP ? Il a perdu deux figures majeures : Amadou Gon Coulibaly, qui était le président du directoire et autour duquel son organisation avait été pensée, et Hamed Bakayoko, qui avait en partie pris le relais…

Je reconnais que la situation n’est plus la même. Comment pourrait-il en être autrement ? Fort heureusement, les élections sont derrière nous et nous traversons maintenant une période creuse. Nous avons besoin d’une véritable restructuration du RHDP. J’ai mis en place un comité présidé par le ministre d’État Gilbert Kafana Koné, qui doit nous faire des propositions avant la fin de l’année.

Parmi les défis majeurs, l’assimilation de toutes les composantes qui ont intégré le RHDP autour du Rassemblement des républicains (RDR). Estimez-vous que la mayonnaise a réellement pris ?

Soyons franc : pas totalement encore. Certains continuent de raisonner par rapport à leur formation d’origine. Le RHDP doit devenir une union de partis qui existe par elle-même et ne plus être un rassemblement d’anciens mouvements.

Ceci étant dit, le RHDP est tout de même une formation forte, la plus grande de Côte d’Ivoire, avec 60 % des députés et trois quart des sénateurs. Elle est la seule qui soit implantée dans l’ensemble du territoire, dans toutes les régions, tous les départements, communes ou villages, et elle réunit des citoyens de tous bords.

Pourquoi n’avez-vous toujours pas désigné de nouveau vice-président pour remplacer Daniel Kablan Duncan ?

La priorité, après le renouvellement de l’Assemblée nationale, était de former une nouvelle équipe gouvernementale afin de poursuivre et accélérer le développement économique et social du pays. Le vice-président, lui, agit sur délégation du chef de l’État, qui le nomme. Il n’y a donc pas de vide juridique comme veulent le faire croire certaines personnes. Chaque chose en son temps.

Quels sont, selon vous, les principaux enjeux pour votre gouvernement ?

Nous devons poursuivre notre marche vers le développement en dépit des difficultés conjoncturelles et sécuritaires ou du contexte particulier lié à la pandémie de Covid-19. Cela signifie accroître le rythme de la transformation de notre pays et de l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens. C’est la base de notre programme – « La Côte d’Ivoire solidaire » –, qui a d’ailleurs été élaboré par Amadou Gon Coulibaly et Patrick Achi.

À travers notre nouveau Plan national de développement (PND), qui mobilisera 110 milliards de dollars pour la période 2021-2025, dont les trois quarts viendront du secteur privé, nous allons accélérer l’accès des populations à l’éducation, à l’eau, à l’électricité et aux soins de santé. Mais aussi promouvoir l’émergence de champions nationaux – comme l’ont fait la Corée du Sud, le Vietnam et, plus près de nous, le Maroc – et le financement de projets afin de créer plus d’emplois pour les jeunes et les femmes, à travers l’industrialisation de notre pays et la transformation locale de nos matières premières.

Il nous faut également multiplier nos actions en faveur du triptyque « paix, sécurité, justice » afin de renforcer la cohésion sociale, de consolider la paix et de contrer toute tentative d’attaque terroriste. Notre objectif est de réduire les disparités régionales et sociales, de doubler de nouveau le revenu par habitant, entre 2020 et 2030, et de réduire de moitié le taux de pauvreté afin que la Côte d’Ivoire intègre le cercle des pays émergents, dans la tranche supérieure.

N’est-ce pas trop ambitieux, compte tenu de l’impact de la crise du Covid ?

Absolument pas. Grâce à la mise en œuvre des plans de riposte sanitaire et économique, la Côte d’Ivoire a montré la résilience de son économie, avec un taux de croissance de 2 % en 2020, ce qui est rarissime dans le monde. En 2021, il se situera entre 6 % et 7 % et nous retrouverons ensuite le rythme qui était le nôtre entre 2012 et 2019, autour de 8 %. Cela nous permet de maintenir de bonnes perspectives, et donc nos ambitions.

Parmi les autres préoccupations de vos concitoyens, il y a la lutte contre la corruption et, plus largement, la bonne gouvernance…

J’en ai pleinement conscience. En témoignent l’accélération et le renforcement des actions de la Haute Autorité pour la bonne gouvernance, la création d’un ministère consacré à la lutte contre la corruption et le lancement de plusieurs audits de gestion dans différentes structures publiques.

Nous portons en outre une attention particulière à la sensibilisation, au renforcement des capacités des institutions chargées de ces questions, ainsi qu’à la modernisation et à la numérisation des procédures de l’administration pour en finir avec ce fléau. Enfin, et c’est une évidence, il faut des sanctions. De ce point de vue, c’est tolérance zéro.

Bonne nouvelle pour la Côte d’Ivoire, l’annonce par le gouvernement d’une importante découverte pétrolière. On évoque des réserves dix fois supérieures à celles qui existent aujourd’hui. Est-ce vrai ?

Tout à fait. Il s’agit d’une découverte majeure – la première depuis vingt ans – de pétrole brut et de gaz, réalisée avec le groupe italien Eni.

Pour le pétrole, les estimations préliminaires se situent entre 1,5 et 2 milliards de barils, alors que nos réserves actuelles sont de 160 millions. Concernant le gaz, on parle de 1 800 à 2 400 milliards de pieds cubes, soit deux fois le niveau actuel. Nous visons une mise en production effective en 2024 ou 2025.

Mais malgré cette excellente nouvelle pour notre pays et la manne que cela représente, nous ne changerons rien à la politique de diversification de l’économie dont nous avons parlé précédemment.

La situation sécuritaire au Sahel ne laisse pas d’inquiéter. Or la Côte d’Ivoire a été la cible d’attaques jihadistes, notamment à sa frontière avec le Burkina. Que faites-vous pour contrer cette menace ?

C’est un défi majeur. Des changements profonds ont été opérés au sein de l’armée ivoirienne, qui est plus professionnelle, plus disciplinée, mieux formée et mieux équipée grâce à d’importants investissements engagés depuis 2013. La formation des militaires se poursuivra dans le cadre de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme de Jacqueville.

Nous allons également augmenter les effectifs en recrutant 10 000 nouveaux soldats [on compte près de 18 000 militaires aujourd’hui] en trois ans, dont environ 3 000 à 4 000 dès cette année. Cela permettra en outre d’harmoniser les pyramides des âges et des grades.

Cette stratégie va bien sûr de pair avec une collaboration accrue avec les pays voisins, notamment le Burkina et le Mali, mais aussi d’autres pays côtiers comme le Togo, le Ghana ou le Bénin.

Compte tenu de ce qui s’est passé au Mali, et plus récemment en Guinée, avez-vous pleinement confiance en votre armée et en ses chefs ?

Entièrement. La Côte d’Ivoire dispose d’une excellente armée, républicaine et dotée d’officiers bien formés et légalistes.

Justement, comment analysez-vous ces coups d’État ? Êtes-vous préoccupé par ce qui ressemble tout de même à un net recul démocratique au sein de la Cedeao ?

Je les condamne fermement, que ce soit au Mali ou en Guinée. C’est inacceptable. Tous les chefs d’État de la sous-région l’ont dit lors du sommet de la Cedeao, qui a d’ailleurs pris des sanctions.

Nous sommes préoccupés par l’intégrité physique et la santé du président Alpha Condé, et nous l’avons dit aux autorités militaires guinéennes lors de notre mission, qui était conduite par le chef de l’État ghanéen, Nana Akufo-Addo, à Conakry le 17 septembre. Le président [Mamady Doumbouya] du CNRD [Comité national du rassemblement et du développement] nous a donné des assurances à ce sujet.

CEUX QUI SONT AU POUVOIR DOIVENT MIEUX TENIR COMPTE DE LA RÉALITÉ, DE L’ÉVOLUTION DES PAYS

Il est indispensable d’accompagner les Guinéens afin de minimiser l’impact de la transition sur les populations. Il faut revenir à l’ordre constitutionnel le plus tôt possible. Cela ne doit pas nous empêcher de procéder à une autocritique de la gouvernance dans nos différents pays. Car évidemment, une mauvaise gouvernance peut amener des militaires à intervenir dans le jeu politique, ce qui n’est pas souhaitable. Ceux qui sont au pouvoir doivent mieux tenir compte de la réalité, de l’évolution de leur pays et de toutes les couches sociales, notamment de la jeunesse, ainsi que du développement équilibré de l’ensemble du territoire national.

Votre ami et ancien homologue burkinabè, Blaise Compaoré, doit comparaître, à partir du 11 octobre, devant un tribunal militaire à Ouagadougou dans le cadre du procès sur l’assassinat de Thomas Sankara. Certains estiment que vous le protégez en l’accueillant ici en Côte d’Ivoire et qu’il doit répondre à la justice de son pays. Que leur répondez-vous ?

C’est un problème entre l’ancien président Blaise Compaoré et son pays. Il est en Côte d’Ivoire pour des raisons bien connues. Son épouse est ivoirienne et la Côte d’Ivoire a toujours été une terre d’hospitalité. Je n’entends pas me mêler d’une affaire qui est devant la justice du Burkina Faso.

Comment ont évolué vos relations avec le président français, Emmanuel Macron, depuis votre réélection ?

Elles sont excellentes, comme d’ailleurs celles de la Côte d’Ivoire avec la France, qui est un partenaire privilégié depuis plusieurs décennies. Nous nous parlons souvent, de la situation en Côte d’Ivoire comme de la situation à l’échelle continentale et internationale et nous nous voyons quand je suis de passage à Paris.