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Côte d'Ivoire: Charles Blé Goudé inscrit son retour dans l’optique de la réconciliation nationale

 
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L’ancien ministre de Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, rentre en Côte d’Ivoire ce samedi 26 novembre. L’ex-leader des Jeunes Patriotes était jusque-là à La Haye, aux Pays Bas, où il avait été jugé puis acquitté par la Cour pénale internationale pour les violences post-électorales de 2010-11. Charles Blé Goudé veut un retour en toute sobriété, pour, dit-il, respecter « la mémoire de toutes les victimes de la crise ».

 

Avec notre envoyée spéciale à Abidjan, Bineta Diagne

Charles Blé Goudé veut une arrivée sobre. L’ex-leader des Jeunes Patriotes inscrit ce retour dans l’optique de la réconciliation nationale, enclenchée ces derniers mois au sein de la classe politique. Son retour a été longuement discuté avec les autorités, notamment avec le directeur de cabinet du président Alassane Ouattara. 

L’arrivée de Charles Blé Goudé a été pensée en deux temps. D’abord un accueil limité à quelques membres de sa famille et à des leaders politiques, à l’aéroport Félix Houphouët Boigny. Charles Blé Goudé rentre par un vol commercial. « Il ne passera pas par un pavillon ministériel ou présidentiel, précise Boga Sako, qui dirige son comité d’accueil. Il vient par le hall ordinaire de l’aéroport », souligne ce responsable de la société civile. Charles Blé Goudé marquera un temps de pause pour adresser un message aux Ivoiriens.

► À écouter aussi : Charles Blé Goudé : «J’ai décidé de rentrer dans la sobriété en respect de la mémoire de toutes les victimes»

Ensuite, Charles Blé Goudé se rend dans la commune de Yopougon. Près de 5 000 personnes sont attendues, place CP1, pour un accueil populaire, selon les organisateurs. Un moment de retrouvailles, après plusieurs années d’absence.

Rappelons que Charles Blé Goudé reste sous le coup d’une condamnation à 20 ans de prison par la justice ivoirienne, pour des faits liés à la crise post-électorale de 2010-11.

Plusieurs dizaines de soldats tchadiens tués dans une attaque de Boko Haram

 Tchad

Selon les sources, entre 20 à 40 soldats tchadiens ont été tués ce mardi 22 novembre dans la province du Lac (sud-est). Un communiqué de la présidence tchadienne évoque une attaque-surprise.

L'attaque a visé un poste avancé de l’armée qui était en train d’être installé sur l’île de Bouka Toullorom, près de Ngouboua, dans le cadre d’une réorganisation du dispositif militaire pour faire face à des jihadistes que le pouvoir disait affaibli. Les assaillants, très nombreux, ont attaqué par vagues successives. Ils sont finalement parvenus à entrer dans le poste avancé qu’ils ont détruit, avant d’emporter des armes, précisent des sources locales.

Le bilan est lourd. La présidence évoque une vingtaine de morts et des blessés dans les rangs de l’armée. D'autres sources parlent de plus de 35 tués, ainsi que d’une vingtaine de blessés et de plusieurs soldats portés disparus. Selon ces mêmes sources, les jihadistes ont également tué au moins quatre civils alors qu’ils se repliaient vers leurs repaires. Aucun bilan côté Boko Haram n’était disponible ce soir.

Cette attaque est la plus meurtrière depuis celle qui avait fait près d’une centaine de morts il y a deux ans à Bouma. Surtout, elle survient dix jours après une visite de Mahamat Idriss Deby Itno, dans la zone. Au cours de cette visite, le président de la transition avait déclaré que Boko Haram était « sérieusement affaibli », n’osait plus « attaquer frontalement l’armée » et s’adonnait désormais « au banditisme », telles que des prises d’otages.

Mahamat Idriss Deby Itno avait donc annoncé l’envoi de 600 soldats en renfort aux milliers d’autres déjà sur place, ainsi que la réorganisation des forces armées en unités plus mobiles, « pour faire face », explique Sieddick Abba, un spécialiste de la région. L'attaque de ce mardi est une façon pour ces jihadistes de lui répondre qu’ils ont encore une capacité de nuisance, alors que tout le monde les disaient en perte de vitesse, analyse le spécialiste.

Burkina Faso : le capitaine Traoré s’attaque à la réforme de l’armée

Il a pris le pouvoir en promettant de gagner la guerre contre les groupes terroristes. Depuis, le nouveau président de la transition burkinabè multiplie les annonces fortes, tant sur le fond que sur la forme.

Mis à jour le 22 novembre 2022 à 10:50

 
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Cérémonie de décoration de soldats lors du 62e anniversaire de la création de l’armée burkinabè, à Ouagadougou, le 1er novembre 2022. © Martin Demay / AFP

 

« L’armée a été infiltrée et chacun agit en fonction de certains [intérêts] politiques. À un moment donné, on a eu espoir que ça va (sic) cesser, notamment avec les événements du 24 janvier [le coup d’État contre Roch Marc Christian Kaboré, NDLR], et ça n’a pas cessé. » Le 11 novembre dernier, les mots d’Ibrahim Traoré lors d’une rencontre avec des responsables politiques et des leaders de la société civile ne sont pas passés inaperçus. 

Arrivé au pouvoir depuis moins de deux mois, par un putsch contre son prédécesseur, Paul-Henri Sandaogo Damiba, le jeune capitaine de 34 ans n’a pas épargné ses frères d’armes, leur faisant porter une partie de la responsabilité de la situation sécuritaire sur un territoire « presque perdu », a-t-il affirmé. Et d’évoquer des rivalités dans l’armée. Selon lui, les « officiers » basés « à Ouagadougou » sont responsables de semer la division alors que, dans les combats, les soldats sont « unis ».

Comme son prédécesseur, « IB », tel qu’il est surnommé, s’est arrogé le pouvoir avec une promesse centrale : celle de battre les jihadistes. Damiba a échoué à tenir parole et a été renversé huit mois seulement après son putsch. Conscient de l’épée de Damoclès qui pèse sur sa tête, Traoré fera-t-il mieux ?

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Hommes de confiance

Le soldat a en tout cas décider de réformer l’armée tous azimuts. Après avoir annoncé des recrutements de militaires et celui de 50 000 Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), il a lancé le 14 novembre la création de six bataillons d’intervention rapide (BIR). Basés dans la garnison de Ouagadougou de façon transitoire, les BIR « peuvent être déployés en fonction des nécessités opérationnelles sur toutes l’étendue du territoire national ». Ces unités réactives et polyvalentes ont pour mission « d’intervenir, le plus vite possible et le plus avant face à toute menace ».

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C’est à des hommes de confiance qu’Ibrahim Traoré a tenu à confier ces bataillons spéciaux. À la tête du 4e, il a par exemple nommé le capitaine Farouk Azaria Sorgho, qui fut le porte-parole de la junte lors de sa prise de pouvoir, aux premiers jours d’octobre. « Tous ceux qu’il nomme étaient sur le terrain avec lui. Ce ne sont pas des bureaucrates », analyse Aly Nana, coordonnateur national du Mouvement pour la résistance populaire (MRP), une structure qui regroupe plusieurs centaines de VDP.

Conséquence directe de cette politique, la plupart des nouveaux cadres sont très jeunes, trentenaires. Ce qui n’est pas sans risque, analyse Arouna Louré, ex-député de l’Assemblée législative de transition (ALT). « Nommer des capitaines à des rôles de commandants de régions militaires est soit très courageux soit suicidaire », estime-t-il.  « Ces postes sont traditionnellement dévolus à des colonels ou à des officiers généraux. Le fait de les écarter est un signe de rupture entre les générations. »

« Restez debout »

Enfin, le 11 novembre dernier, le président de la transition, son Premier ministre, Kyélem de Tambèla Apollinaire Joachimson, et son ministre de la Défense, le colonel-major Kassoum Coulibaly, ont signé un décret rattachant le Commandement des opérations du théâtre national (COTN) à l’état-major général des armées.

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Créé en début février 2022 par Damiba et dirigé par l’un de ses proches, Yves Didier Bamouni, le COTN avait d’emblée été très critiqué pour être devenu un ministère de la Défense-bis et concentrer tous les pouvoirs. Grâce à sa réforme, Traoré entend rendre à l’état-major la place qui lui revient et ramener la concorde dans les troupes.

L’objectif est clair : prendre le dessus sur les jihadistes, comme il l’a réaffirmé, le 5 novembre dernier, devant les soldats du 14e régiment interarmes de Djibo. « Restez débout. Aucunement, nous ne devons laisser tomber ce pays. Armez-vous de courage pour ce qui va commencer bientôt », lançait-t-il à l’adresse de ceux qui venaient d’être attaqués par des terroristes, dix jours plus tôt, et à qui il avait réservé sa première visite de président.

Mali : quel avenir pour la Minusma ?

Après les Britanniques, les Ivoiriens ont annoncé leur retrait de la mission des Nations unies au Mali. Les conditions du maintien des autres Casques bleus est désormais en question, alors que Bamako est en conflit ouvert avec une partie de la communauté internationale.

Mis à jour le 22 novembre 2022 à 15:04

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Lors d’une mission de l’ONU au Mali au village d’Ogossagou, le 2 septembre 2022. © Minusma/Harandane Dicko

Il y a ceux qui se retirent, comme Londres et Abidjan l’ont annoncé, ceux qui y réfléchissent, comme les Allemands, qui pourraient faire cette annonce ce mardi 22 novembre, ceux encore qui ont au moins un temps suspendu leurs opérations. Neuf ans après le déploiement des 13 000 Casques bleus, les effectifs de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) seraient-ils en train de fondre comme neige au soleil ?

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« Il est important de noter que la situation au Mali n’est pas différente de celle des autres opérations de maintien de la paix de l’ONU : des pays les rejoignent, d’autres les quittent aussi parfois. Aucun pays ne reste indéfiniment en tant que contributeur », a fait savoir le porte-parole du secrétaire général de l’ONU Farhan Haq, semblant minimiser l’aspect politique des annonces récentes.

Un millier de Casques bleus en moins

Si les départs et arrivées de contingents sont effectivement chose courante, les annonces rapprochées de retrait et les inquiétudes soulevées par certains pays contributeurs marquent un virage dans la conduite de la mission onusienne. Avec le départ anticipé des contingents britannique et ivoirien, la Minusma, qui déployait en septembre 11 791 militaires, se voit amputée respectivement de 249 et 856 Casques bleus, sans compter les effectifs civils et policiers. Des pertes qui s’ajoutent à celles du contingent suédois, qui a également décidé de se retirer un an plus tôt que prévu.

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Des effectifs pour lesquels aucun remplacement n’a pour l’instant été annoncé, bien que Farhan Haq assure que « la Mission évalue l’impact des retraits prévus sur nos opérations, et [que l’ONU] est déjà en discussion avec un certain nombre de pays afin de combler les éventuelles lacunes ». Comme celles engendrées par le départ des Britanniques. Arrivé en décembre 2020, le contingent opérait au sein du « Long Range Desert Group », effectuant des missions de reconnaissance longue portée avec une capacité de trois semaines d’autonomie environ sur le terrain et offrait à la Minusma un accès dans des zones plus isolées.

Les Ivoiriens, eux, opèrent au sein de trois compagnies d’infanterie et de sécurisation des bases, réparties entre Mopti, dans le centre du pays et Tombouctou, au nord. Dans le contexte actuel, difficile de ne pas imputer la décision d’Abidjan à la dégradation de ses relations diplomatiques avec Bamako, alors que 46 soldats ivoiriens, déployés dans le cadre de la Minusma selon la Côte d’Ivoire, sont détenus au Mali depuis plus de quatre mois, accusés par les autorités d’avoir voulu déstabiliser le pays.

« Effet domino »

Avant la Côte d’Ivoire et le Royaume-Uni, l’Égypte, troisième pays contributeur avec un peu plus d’un millier de Casques bleus déployés selon les données disponibles sur le site des Nations-Unies, avait décidé de suspendre les activités de ses contingents. Au total, entre Le Caire, Londres et Abidjan, ce sont plus d’une vingtaine d’unités militaires, sur 114 au total, qui ont suspendu leurs opérations ou prévoient de le faire à court terme. D’autres pourraient suivre. Le gouvernement allemand a entamé des réflexions en ce sens et pourrait annoncer le retrait anticipé de ses 575 soldats ce mardi 22 novembre.

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Autant de départs qui représentent une perte de capacités pour la mission onusienne. Si les Britanniques ne fournissent pas d’appui logistique aux autres contingents, ce n’est pas le cas des Égyptiens et des Allemands. Les premiers fournissent principalement un travail d’escorte et de sécurisation des convois quand les seconds gèrent notamment l’hôpital militaire à Gao. Leur potentiel départ fait craindre un « effet domino » auprès des contingents européens qui bénéficient des services de santé et de la prise en charge des blessés par les Allemands. À moins qu’un autre pays ne décide de prendre le relais. « Mais qui voudrait déployer de nouvelles troupes dans les circonstances actuelles ? » interroge un chercheur.

Tension avec les autorités hôtes

Le spécialiste pointe « l’absence totale de coopération du gouvernement hôte ». Tant sur le plan politique, avec l’expulsion du porte-parole de la Minusma en juillet dernier, que sur le terrain, avec la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne et l’interdiction d’accès à certains terrains pour les enquêteurs de la division des droits de l’homme.

Dès le mois d’août, quinze pays contributeurs, principalement des États occidentaux, faisaient part de leur inquiétude quant à la poursuite de la mission dans le contexte actuel. Parmi les signataires, l’Allemagne, qui réfléchit actuellement à son avenir au sein de la force onusienne. Les drones de reconnaissance fournis par Berlin, et qui assurent la sécurité des patrouilles et l’identification des menaces, seraient pour l’instant empêchés de décoller du fait de restrictions aériennes, selon nos sources. De quoi interroger sur la pertinence de continuer à déployer des soldats et de l’équipement sur un territoire où la marge de manœuvre s’est drastiquement réduite.

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D’autres pays contributeurs, comme le Togo (715 Casques bleus), le Tchad (1 420), le Bénin (249) ou le Burkina Faso (630), pourraient être influencés par leur propre situation sécuritaire, à l’heure où la menace jihadiste s’étend dans l’ensemble du Sahel et vers les pays du golfe de Guinée. Si la participation à une mission de la paix de l’ONU peut s’avérer rémunératrice pour certaines armées aux moyens financiers limités, les gouvernements sahéliens et ouest-africains pourraient être contraints d’arbitrer entre leurs besoins nationaux et la manne financière que représente leur participation à la Minusma.

En juin prochain, le Conseil de sécurité de l’ONU devra décider s’il souhaite ou non renouveler le mandat de sa mission au Mali. Il pourrait aussi se résoudre à en redéfinir les contours, en limitant la Minusma aux affaires civiles et politiques et en supprimant son volet militaire, déjà largement entravé.

Sénégal : 2024 avec ou sans Macky Sall ? L’APR se divise

Maintenant que la page des législatives est tournée, le parti présidentiel se prépare pour le scrutin de février 2024. Mais la question du troisième mandat fait débat jusque dans ses rangs.

Mis à jour le 21 novembre 2022 à 15:20 
 
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Macky Sall a déjà dit par le passé et à plusieurs reprises qu’il ne briguerait pas de troisième mandat. © DR.

Il a été le premier à acheter sa carte. Ce samedi 12 octobre, alors que battent les tambours et que les militants entonnent des chants à la gloire du chef – « Avec Macky jusqu’à la mort ! »–, Macky Sall a renouvelé son adhésion au parti qu’il a créé et qui l’a porté à la tête de l’État il y a dix ans. Une réunion « symbolique » aux allures de cérémonie – ou de coup d’envoi… À quinze mois du prochain scrutin présidentiel, prévu en février 2024, l’Alliance pour la République (APR) se « remobilise » pour conserver le pouvoir.

Mais qui portera les couleurs du parti ? Depuis sa réélection en 2019, le président laisse le flou planer sur sa candidature à un troisième mandat, qu’il avait promis dans le passé et à plusieurs reprises de ne pas briguer. Ce samedi, il s’est encore une fois bien gardé de se prononcer sur le sujet. D’autres l’ont fait à sa place.

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« Le moment est venu de ne plus attendre que le président Macky Sall dise que je suis candidat. L’APR a décidé, à travers ma voix […], de présenter le président Macky Sall, candidat de l’APR-Yaakaar et de la mouvance présidentielle. On ne s’en cache pas », plastronnait dans la presse, la veille de l’évènement, Mbaye Ndiaye. Le directeur des structures du parti, ministre d’État sans portefeuille, est l’un des premiers à avoir invité le président sénégalais à briser le silence et à se déclarer sa candidature pour 2024.

Silence présidentiel

Huit jours plus tard, une déclaration de Moustapha Kane, un cadre influent de la formation politique, faisait réagir les observateurs. Sur sa page Facebook, le président du conseil d’administration de l’Agence sénégalaise de promotion des exportations (Asepex) prenait publiquement le contre-pied de son camarade. Moustapha Kane compte parmi les plus anciens fidèles de Macky Sall, dont il a été le chef de cabinet lors de son passage à la tête de l’Assemblée nationale entre 2007 et 2008.

« Tous ceux qui incitent le président à faire un troisième mandat défendent juste leur propre intérêt. Le président n’a dit à personne qu’il veut faire un troisième mandat. Le Sénégal a besoin de paix et de stabilité », dit-il dans une vidéo de cinq minutes en wolof, attirant l’attention sur les dissensions internes que provoquent cette question sensible. « Si nous aimons [Macky Sall] comme on le prétend, nous devons l’aider à préserver son héritage très important, poursuit-il. Ce qu’il a fait dans ce pays, aucun autre président ne l’a fait. »

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Jusqu’ici, les membres de l’APR affichaient un front uni autour de Macky Sall. La plupart refusaient de voir dans la colère de l’ex-Première ministre, Aminata Touré, qui a claqué la porte du parti en septembre dernier pour protester contre le choix de porter Amadou Mame Diop au perchoir de l’Assemblée, le signe avant-coureur de divisions plus profondes.

« Au sein de l’APR, le seul chef à bord, c’est le président. Il donne les orientations, et il n’est pas possible de les discuter », assure Cheikh Sow, cadre de la Société d’aménagement et de promotion des côtes et zones touristiques du Sénégal (Sapco) et membre du parti. Mais face au silence présidentiel, les langues se délient et, à mesure que le scrutin approche, différentes tendances se forment. Certains, comme Moustapha Kane, ne font plus mystère de leur volonté de voir le président laisser sa place. D’autres pensent déjà à la succession. « Ils se disent, “après Macky, c’est nous” », glisse un proche du chef de l’État. D’autres encore préfèrent voir comment le vent tourne avant de se prononcer. « Eux seront les premiers à quitter le navire quand il commencera à tanguer », prédit notre interlocuteur. Et puis il y a les « inconditionnels », ceux pour qui c’est « Macky ou rien ».

« Ni plan A ni plan B, que le plan Macky »

« Le problème du parti est qu’il n’y a pas eu de construction de succession. Au sein de l’APR, il n’y a ni plan A ni plan B. Il n’y a que le plan Macky, poursuit notre source. Dans le parti, la majorité est favorable à une nouvelle candidature, parce que personne d’autre n’apparaît en mesure de battre l’opposition aujourd’hui. Mais si le seuil de contradictions atteint un niveau trop élevé, le parti pourrait bien imploser. »

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Voir Macky Sall renoncer à tenter de briguer un troisième mandat reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore au sein de la tentaculaire coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar (BBY). « Le président reste le capitaine du navire. Et ce qui nous arrangerait, c’est qu’il se représente. S’il choisit un dauphin, nous aurons mille candidatures », ajoute Thierno Ahmadou Sy, ancien journaliste de l’audiovisuel public sénégalais encarté au sein du parti présidentiel. Et les ambitions et les rivalités ont déjà coûté cher à la majorité lors des élections locales et législatives de cette année.

« JE SUIS LOYAL AU PRÉSIDENT MACKY SALL, POURVU QUE CETTE LOYAUTÉ SOIT RÉCIPROQUE ! »

Car c’est bien au soir des législatives du 31 juillet que les divisions au sein de l’APR sont en réalité apparues. Ce jour-là, Abdoulaye Diouf Sarr, l’ancien ministre de la Santé, laisse éclater sa frustration au siège du parti situé dans la commune de Mermoz, au fur et à mesure que les tendances de vote montrent un recul de la majorité présidentielle et une percée historique de l’opposition, qui avait fait de la question du troisième mandat son cheval de bataille pendant la campagne.

« Il faut que Macky Sall comprenne que ce n’est pas nous le problème. C’est de lui que les Sénégalais ne veulent plus », s’emporte alors le responsable apériste, selon le récit qu’en feront plusieurs sources présentes lors de cette rencontre. Des propos qu’il dément avoir tenus, regrettant la « spéculation » autour de ces déclarations. « J’ai juste fait remarquer que si notre parti était uni, si les responsables avaient été solidaires, les choses auraient été différentes. Ces résultats sont ceux de la division, surtout au niveau de Dakar », précise l’actuel vice-président de l’Assemblée.

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Le 17 octobre, la conférence de presse qu’Abdoulaye Diouf Sarr organise pour lancer un mouvement politique « porté par des amis » prend l’allure d’un règlement de compte. « Je suis loyal au président Macky Sall, pourvu que cette loyauté soit réciproque ! Quand j’ai été injustement débarqué de mon poste de ministre, je l’ai vécu sereinement. Quand on a mis les saboteurs de ma campagne lors des locales dans le nouveau gouvernement, je n’ai rien dit. Ceux qui insultent sont promus aux postes stratégiques. Et ceux qui agissent avec discipline et courtoisie sont mis à l’écart. Quand le moment sera venu de voler de mes propres ailes, je [le ferai]. » Le nom d’Amadou Ba n’est pas prononcé, mais il fait peu de doute que le Premier ministre est directement visé.

Dilemme

Désormais rentré dans le rang, Abdoulaye Diouf Sarr refuse de revenir sur cette brouille. « Si Macky Sall est candidat, il aura le plein soutien du parti », répète-t-il. Un soutien unanime ? « La question de la constitutionnalité de sa candidature ne se pose pas, insiste un proche collaborateur du président. La question est d’ordre moral : il a dit qu’il ne le ferait pas. » Des déclarations qui sont sans cesse rappelées au chef de l’État par la société civile et par l’opposition, déjà mobilisées contre le troisième mandat.

En 2011, le pays s’était soulevé contre celui d’Abdoulaye Wade, qui avait échoué à se faire réélire dans les urnes. Qu’en sera-t-il aujourd’hui, alors que l’opposition détient quasiment la moitié des sièges à l’Assemblée nationale ? Le 27 octobre, un collectif de plusieurs organisations de la société civile, dont Y’en a marre, l’Afrikajom Center d’Alioune Tine ou la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho), avait mis le pouvoir en garde. « Macky Sall doit respecter sa parole et annoncer au plus tard le 31 décembre qu’il ne sera pas candidat », insiste Alioune Tine.

« Ce n’est pas “après moi, le déluge”, mais partir maintenant serait comme rester au milieu du gué, rétorque un conseiller présidentiel. C’est un réel dilemme. Et la question du troisième mandat a finalement créé une césure au sein du parti. »