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Électricité : comment éclairer toute l’Afrique en 2030 ?

À ce jour, 43 % de la population africaine n’a pas accès à l’électricité. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), son accès universel pourrait être atteint d’ici à 2030 avec un investissement de 25 milliards de dollars par an.

 
Mis à jour le 24 juin 2022 à 16:55
 

 

Centrale solaire photovoltaïque de Benban. Sur une trentaine de kilomètres carrés, dans le désert égyptien, sont répartis 200 000 panneaux solaires produisant 50 mégawatts d’énergie propre, pouvant éclairer 70 000 foyers. © Amr Abdallah Dalsh / Reuters

 

Les crises succèdent aux crises, et l’Afrique ne cesse d’en faire les frais. La guerre en Ukraine a provoqué la hausse des prix du carburant, pénalise fortement le système énergétique du continent déjà mal en point. Selon le rapport de l’Agence internationale pour l’énergie (AIE) publié le 20 juin,  l’accès à l’électricité y a diminué de 4 % entre 2019 et 2021, après une décennie d’amélioration. Et si l’on en croit les propos du directeur exécutif de cette Agence, Fatih Birol, cette tendance délétère devrait se poursuivre.

60 % des meilleures ressources solaires au monde

L’Afrique regorge de ressources naturelles capables d’alimenter les énergies renouvelables, telles que l’énergie solaire, éolienne, hydroélectrique et géothermique. D’après le rapport de l’AIE, ces dernières pourraient à elles seules fournir 80 % de la nouvelle capacité de production requise d’ici à 2030.

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« La nouvelle économie mondiale de l’énergie qui émerge offre un avenir plus prometteur pour l’Afrique, avec un énorme potentiel pour le solaire et d’autres énergies renouvelables pour alimenter son développement – et de nouvelles opportunités industrielles dans les minéraux et l’hydrogène vert », précise Fatih Birol.

IL EST MORALEMENT INACCEPTABLE QUE L’INJUSTICE PERSISTANTE DE LA PAUVRETÉ ÉNERGÉTIQUE EN AFRIQUE NE SOIT PAS RÉSOLUE

Mais, pour ce faire, un effort massif doit être fourni au niveau des infrastructures. Selon l’AIE, si l’Afrique possède 60 % « des meilleures ressources solaires au monde », elle ne dispose que de 1 % de la capacité d’énergie photovoltaïque installée. L’investissement requis pour le continent est pourtant relativement faible à l’échelle mondiale : il représente 1 % des fonds déployés à l’international.

Avec un investissement annuel de 25 milliards de dollars, tous les Africains pourraient accéder à l’électricité à l’horizon 2030. « Il est moralement inacceptable que l’injustice persistante de la pauvreté énergétique en Afrique ne soit pas résolue alors qu’il est si clairement dans nos moyens de le faire », a déclaré le Dr Birol, ajoutant que « les banques multilatérales de développement doivent prendre des mesures urgentes pour accroître les flux financiers vers l’Afrique à la fois pour développer son secteur énergétique et s’adapter au changement climatique. »

Beaucoup de potentiel

Selon l’Autorité de régulation de l’énergie et du pétrole du Kenya (EPRA), le pays dispose de réserves géothermiques suffisantes pour multiplier sa capacité actuelle par huit. La RDC a quant à elle un énorme potentiel hydroélectrique. Riche de son long littoral et ses déserts, la Namibie est pour sa part très bien placée pour exploiter les énergie éolienne et solaire, ainsi que l’hydrogène.
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Les conditions de l’industrialisation

Face à ces attentes vis-à-vis du continent, nombreux sont les dirigeants africains qui répliquent en déplorant que l’industrialisation de la région ne pourra se faire sans les énergies fossiles. Selon ces derniers, à ce jour, les énergies vertes ne peuvent pas remplacer l’intensité énergétique des hydrocarbures nécessaires au fonctionnement des usines, et ne peuvent donc pas répondre aux besoins d’une population urbaine en croissance rapide.

« Personne au monde n’a encore été en mesure de s’industrialiser en utilisant les énergies renouvelables », déclarait il y a quelques mois Yemi Osinbajo, vice-président du Nigeria, lors d’un évènement organisé par le cercle de réflexion « Atlantic Council ».

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« Vous pouvez mesurer n’importe quel pays par la quantité de gaz qu’il a émis. Il y a une forte corrélation entre cela et le développement », y déclarait l’homme d’affaires et philanthrope Mo Ibrahim, qui a récemment publié par le biais de sa fondation un rapport destiné à plaider la cause de l’Afrique dans le débat sur le climat.

Lors du dialogue des Nations unies sur l’énergie en septembre 2021, António Guterres reconnaissait que « la transition énergétique de l’Afrique appelle à des mesures pragmatiques pour maintenir la compétitivité du continent », et qu’« aucune voie de transition énergétique nationale ne sera identique». Cet état de fait appelle donc à renouveler la réflexion sur l’approche de l’Afrique en matière d’accès, de mix et de transition énergétiques, y compris sur le rôle du gaz naturel dans ce processus.

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Gaz naturel : précieux carburant de transition

Malgré l’importance accordée aux énergies renouvelables, l’AIE elle-même explique que 90 milliards de mètres cubes de gaz naturel supplémentaires devraient être produits chaque année d’ici à 2030 pour permettre à l’Afrique de poursuivre son développement. « Alors que les énergies renouvelables sont la force motrice du secteur de l’électricité en Afrique, l’industrialisation du continent repose en partie sur l’expansion de l’utilisation du gaz naturel », peut-on lire dans la note de l’organisme.

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L’Égypte, l’Algérie, le Sénégal et le Nigeria produisent actuellement environ 240 milliards de mètre cube de gaz naturel chaque année. En tout, deux tiers sont consommés sur le continent, et le reste est exporté par le réseau de pipeline ou sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL).

D’après Fatih Birol, « si tous les 5 000 milliards de mètres cubes de réserves de gaz naturel connues et inexploitées en Afrique étaient développés, les émissions de ces projets ne feraient qu’augmenter la part de l’Afrique dans les émissions mondiales de 3 à 3,5 % ». Il parait donc clair que cette ressource est très prometteuse pour le développement du continent, notamment pour les industries d’engrais, d’acier, de ciment et du dessalement de l’eau.

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Préparation de la COP27

L’Africa Energy Outlook de l’AIE précède la Conférence des Nations unies sur le changement climatique COP27 qui aura lieu en Égypte.

L’Afrique, qui représente actuellement 17 % de la population mondiale, ne consommait que 3 % de l’énergie consommée dans le monde en 2020, selon l’Analyse statistique de BP sur l’énergie mondiale. D’après l’Agence internationale de l’énergie (IEA), la consommation électrique moyenne par habitant du continent n’est que de 600 kilowattheures (kWh) en moyenne par an, contre environ 3 200 kWh à l’échelle du monde, 6 100 kWh pour l’Union européenne (UE) et 4 600 kWh pour la Chine.

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Mali: Assimi Goïta a promulgué la nouvelle loi électorale

Le décret présidentiel a été publié au Journal officiel. Le président de la transition entérine donc le texte adopté par le Conseil national de transition, l’organe législatif, il y a une semaine. Un document crucial pour la suite de la transition et notamment une éventuelle levée des sanctions contre le Mali. Mais un document controversé également, car profondément remanié par le CNT.

Assimi Goïta fait finalement pencher la balance du côté du Conseil national de transition. En promulguant la nouvelle loi électorale, le président malien entérine donc les 92 amendements que le CNT avait imposés aux 219 articles du texte, au grand dam du gouvernement, auteur du projet.

La nouvelle loi électorale compte ainsi des dispositions controversées comme celles concernant l’Autorité indépendante de gestion des élections, dont trois des quinze membres seront désormais nommés par Assimi Goïta lui-même. Comme aussi l’amendement attribuant au ministère de l’Administration territoriale la préparation technique des scrutins.

Avec cette promulgation, les autorités de transition voulaient démontrer leur volonté d’avancer vers un retour à l’ordre constitutionnel. Le pouvoir avait en effet promis qu’une fois cette loi en place, le gouvernement pourrait présenter rapidement à la Communauté ouest-africaine un calendrier avec le détail des étapes jusqu’aux élections qui doivent en théorie consacrer le retour des civils au pouvoir.

Or justement, la Cédéao se réunira le 3 juillet prochain à Accra et décidera du maintien ou non des lourdes sanctions qui frappent le Mali depuis le 9 janvier.

À voir si cette avancée convaincra l’organisation sous-régionale de desserrer l’étau autour de la junte.

MALI.

Législatives au Sénégal : à qui profitera le bras de fer
entre Ousmane Sonko et Macky Sall ?

Alors que les tensions montent entre la majorité présidentielle et la principale coalition d’opposition, d’autres formations politiques espèrent tirer leur épingle du jeu lors des élections législatives du 31 juillet.  

Mis à jour le 24 juin 2022 à 09:35
 

 

Macky Sall et Ousmane Sonko. © Montage JA – JOHN WESSELS / AFP-Clément Tardif pour JA

 

Un vacarme assourdissant. Mercredi 22 juin dans la soirée, Dakar et plusieurs autres localités de l’intérieur du pays ont vibré au son des casseroles et des marmites. À l’université Cheikh Anta Diop et dans plusieurs quartiers résidentiels de la capitale sénégalaise comme Ouest Foire, des habitants de tous les âges sont sortis à 20 heures dans la rue ou sur leur balcon, pour faire un maximum de bruit.

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Le mot d’ordre avait été lancé deux jours plus tôt par Ousmane Sonko, le principal opposant au pouvoir, lors d’une conférence de presse. « À partir de mercredi, que chaque Sénégalais se munisse d’une casserole, ou de n’importe quel ustensile de cuisine, se mette au balcon de sa maison, devant chez lui ou partout ailleurs, et prenne cinq voire dix minutes, pour faire du bruit », a-t-il lancé. « Que tout le Sénégal bruisse et que Macky Sall comprenne que les Sénégalais ne sont pas d’accord avec ses velléités dictatoriales ni avec son projet funeste de troisième mandat », a affirmé le maire de Ziguinchor après avoir appelé à la tenue de nouvelles manifestations mercredi 29 juin.

Bras de fer

Les tensions montent entre le pouvoir et l’opposition depuis le 3 juin, et la confirmation par le Conseil constitutionnel de l’invalidation de la liste nationale des candidats titulaires de la principale coalition de l’opposition Yewwi Askan Wi (YAW) pour les législatives du 31 juillet. Cette décision revient à mettre hors course plusieurs grandes figures de l’opposition dont Ousmane Sonko lui-même, arrivé troisième à la présidentielle de 2019.

À l’instar des députés Déthié Fall et Mame Diarra Fam ou encore du maire de Guédiawaye, Ahmed Aidara, plusieurs d’entre elles ont été arrêtées lors des manifestations du 17 juin, interdites par le préfet de Dakar et qui ont fait trois morts. Le procès en flagrant délit des deux premiers placés sous mandat de dépôt pour regroupement non autorisé a été reporté au 27 juin. Tandis que le troisième devrait être jugé ce vendredi 24 juin.

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Si YAW réclame le rétablissement de sa liste et menace d’empêcher la tenue du scrutin, d’autres formations politiques de l’opposition de moindre envergure refusent d’entrer dans ce bras de fer qui fait trembler le pays. « Même si nous pensons que ces arrestations sont arbitraires, nous ne pouvons pas mener ce combat-là », explique Thierno Bocoum, porte-parole de la coalition Alternative pour une Assemblée nationale de rupture (AAR Sénégal) qui a réussi à franchir l’étape des parrainages et à valider ses listes. « Le fait de dire : ‘notre liste doit être acceptée sinon il n’y aura pas d’élections’ ne peut pas être notre discours », poursuit l’ancien cadre du parti Rewmi qui a pris ses distances vis-à-vis de l’ancien Premier ministre Idrissa Seck avant de lancer en 2017 l’Alliance générationnelle pour les intérêts de la république (Agir), son mouvement politique.

Troisième voie

« Même si dans tout système démocratique, il y a des conditions à remplir, la libre participation aux élections doit être la règle. Il ne doit pas y avoir d’épée de Damoclès qui interdise aux leaders de l’opposition de participer à une élection », estime le journaliste Pape Djibril Fall qui se présente aux législatives avec sa propre coalition nommée Les Serviteurs. « L’invalidation de la liste de Yewwi Askan Wi empêche des millions de personnes de s’exprimer. Toutefois, nous devons aller aux élections parce que beaucoup d’efforts ont été déployés par les autres coalitions qui ont su faire passer leurs listes », abonde ce chroniqueur très suivi.

Ce discours n’étonne pas Mohamed Gueye : « Cela ne me surprend pas que les autres coalitions ne soutiennent pas le coup de force de Yewwi Askan Wi dont les responsables avaient d’ailleurs reconnu les irrégularités observées sur leurs listes. Après tout, ce sont des coalitions rivales qui briguent toutes les voix des Sénégalais », analyse le directeur de publication de Quotidien, l’un des journaux les plus lus à Dakar.

Le 8 juin, lors d’un déjeuner avec la presse internationale, l’ancien maire de Dakar Pape Diop à la tête de la coalition Bokk Gis Gis s’était d’ailleurs plaint du fait que YAW reléguait les autres formations politiques au second rang. « C’est la presse qui a sciemment installé une dualité entre Yewwi Askan Wi et Benno Bokk Yakaar, la coalition au pouvoir. C’était pareil en 2014 entre Khalifa Sall et Macky Sall. Cette fois-ci, nous sommes en train de nous organiser pour être présents », espère celui qui a également été président de l’Assemblée nationale sous Abdoulaye Wade.

Opportunité

L’invalidation de la liste nationale des candidats titulaires pourrait-elle donc profiter aux formations de l’opposition restées dans l’ombre ? « Il est difficile de dire à ce stade si des voix se détourneront de YAW. La liste de la principale coalition de l’opposition n’a été que partiellement invalidée. Les suppléants des candidats titulaires sont dans la course et iront aux élections. Et ils bénéficieront toujours de l’étiquette YAW », poursuit Mohamed Gueye.

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Les “petites” formations concernées pensent, elles, avoir une offre politique tout aussi crédible que celle de Yewwi Askan Wi. « Il ne s’agit pas aujourd’hui de faire des paris sur les échecs des autres pour espérer en profiter. Ce sont les résultats sur le terrain qui vont primer. L’essentiel pour nous est de travailler à faire adhérer un maximum de gens à notre projet », affirme Thierno Bocoum. « La politique ne rime pas avec le cynisme. Nous ne basons pas nos chances sur la validation ou pas de quelque concurrent que ce soit. Nous savons ce que nous valons. Et notre discours est audible, pense de son côté Pape Djibril Fall. Ce n’est pas parce que les coalitions comme Yewwi Askan Wi ou Wallu Sénégal sont importantes qu’elles disent des choses beaucoup plus intéressantes que les “petites”. Nous sommes d’égale dignité. »

Le président du Niger en visite en Côte d'Ivoire, en amont du sommet de la Cédéao à Accra

 

Mohamed Bazoum est arrivé ce jeudi 23 juin pour une visite d’État de 48h en Côte d’Ivoire. Une visite qui intervient alors que la Cédéao tient un sommet à Accra le 3 juillet lors duquel il sera question notamment de la situation dans les pays qui ont connu des coups d’État ces derniers temps : Mali, Burkina Faso, et Guinée

Avec notre correspondant à Abidjan, Pierre Pinto

Quelle attitude adopter face aux juntes malienne, burkinabè et guinéenne ? Au dernier sommet d’Accra le 4 juin, les pays de la Cédéao ont décidé de se laisser du temps. Mais l’heure tourne et la date fatidique du nouveau sommet, le 3 juillet, approche. Il y a donc urgence à rapprocher les positions.

« Ce sont des pays avec lesquels nous voulons entretenir, développer des relations de confiance, mais souhaiter que le processus démocratique avance et que les peuples de ces pays ne continuent pas de souffrir de l'environnement actuel. Il s'agit non seulement de nos frères des pays voisins, mais également de la sécurité dans nos propres pays », a déclaré Alassane Ouattara.

Sur le Mali, face aux voix qui demandent la levée des sanctions, le Niger est apparu à Accra comme l’un des partisans de la fermeté. Mohamed Bazoum est-il prêt à lâcher du lest ? En tout cas, il faut que le Mali coopère avec ses voisins dans la lutte antiterroriste, plaide le chef de l'État nigérien.

« Il y a une situation au Mali qui est loin d'être confortable. Il faut souhaiter que nous ayons les convergences nécessaires avec nos frères du Mali pour nous permettre de coordonner notre action et faire en sorte que nous mutualisions nos moyens en vue de faire face à un ennemi commun. » 

Ce jeudi, le médiateur ouest-africain sur le Mali, Goodluck Jonathan était quant à lui à Bamako pour discuter avec la junte.

Mali : que s’est-il passé dans le cercle de Bankass, où plus de 130 civils ont été tués ?

Si les massacres perpétrés ce week-end dans le centre du Mali n’ont pas encore été revendiqués, Bamako pointe la responsabilité de la katiba Macina, groupe jihadiste affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Mis à jour le 22 juin 2022 à 14:28
 

 

Le massacre du 18 et 19 juin a eu lieu dans la région de Bandiagara, en pays dogon (photo d’illustration) © FRANCESCO TOMASINELLI/AGF / Photononstop via AFP

 

Ce samedi 18 juin, une centaine de motos a fondu sur les villages de Diallassagou, Diamweli, Dessagou, dans le cercle de Bankass, au centre du pays. Selon une source sécuritaire, les premiers signalements auraient été donnés en début de soirée. Il était environ 16 heures, selon des sources locales, lorsque des hommes armés (deux par véhicule) ont ouvert le feu sur les villageois. Les massacres se sont poursuivis jusque dans la nuit.

« Selon certains témoignages, une quarantaine d’hommes ont d’abord été emmenés dans la brousse, y compris le chef du village, afin d’y être exécutés. À partir de là, le nombre de morts n’aurait fait qu’augmenter, confie notre source. Mais ce que l’on sait des événements reste flou. Les assaillants ont aussi brûlé boutiques, maisons, et véhicules et volé du bétail. »

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Après cette première salve d’attaques, les assaillants ont poursuivi leur chemin vers la commune de Ségué, située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Diallassagou. Selon les témoignages qui nous parviennent, aux abords de la cette localité, ils se seraient trouvés face à des chasseurs dozos, combattants de milices d’autodéfense locales, et des affrontements auraient alors éclaté.

Au moins 132 morts

Encore imprécis, le récit des massacres s’accompagne d’un bilan, toujours provisoire, qui ne cesse d’augmenter. Les chiffres publiés par le gouvernement malien font état de 132 victimes civiles. Mais des sources locales estiment qu’il pourrait y en avoir près de 200.

La Minusma, qui a facilité la venue sur place d’une mission des autorités à partir du lundi 20 juin, n’a procédé à l’évacuation que d’une poignée de blessés vers la ville de Sévaré, ce qui laisse supposer que l’essentiel des victimes sont décédées. La force onusienne a annoncé l’ouverture d’une enquête de sa division des droits humains.

Si les villages touchés sont, à l’image du centre du Mali, peuplés essentiellement de Peuls et de Dogons, des listes de noms circulant sur les réseaux sociaux indiquent qu’une majorité de victimes (tous des hommes) appartiendraient à la seconde ethnie. « Mais des Peuls ont forcément été tués aussi dans le lot », indique notre source sécuritaire.

La katiba Macina pointée du doigt

Alors qu’elles ont déclaré, ce lundi 20 juin, un deuil national de trois jours, les autorités maliennes pointent la responsabilité de Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), filière sahélienne d’Al-Qaïda au Magreb islamique (AQMI). Bamako accuse plus particulièrement la katiba Macina, groupe mené par le prédicateur peul Amadou Koufa, très actif dans le centre du pays et historiquement en conflit avec les milices auto-proclamées d’autodéfense composées de Dogons.

Si l’attaque n’a pas été revendiquée, un audio, attribué au GSIM, est apparu sur les réseaux sociaux. « Il mentionne l’attaque. L’homme qui parle évoque une opération ayant ciblé “des miliciens alliés” », précise une source sécuritaire. Le terme renvoie à des hommes ayant collaboré avec les forces armées maliennes mais surtout avec les milices locales, au premier rang desquels la milice de chasseurs dozos Dan Na Ambassagou, suspectée d’être responsable du massacre perpétré contre le village peul d’Ogossagou en 2019, qui a fait plus de 160 morts. Une manière pour les assaillants de nier avoir tué de simples civils.

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Représailles à l’opération Fama ?

Depuis 2015, date de la création de la katiba Macina, le centre du Mali est le théâtre d’attaques jihadistes, d’exactions imputées aux milices d’autodéfense ainsi que d’importants affrontements intercommunautaires. Si l’État est très largement absent de la zone, plusieurs opérations militaires y ont été menées ces derniers mois. Des interventions souvent suivies d’accusations d’exactions visant les Forces armées maliennes (Fama) et les paramilitaires russes du groupe Wagner, qui les accompagnent dans le centre. Les massacres de ce week-end pourraient avoir été menés en représailles à ces opérations de l’armée malienne.

Après les massacres imputés à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) dans la région de Ménaka (nord-est du pays), les attaques des groupes terroristes dans le centre, et les accusations d’exactions visant l’armée malienne et ses supplétifs russes, ce nouvel épisode sanglant vient en tout cas alourdir le bilan déjà très lourd des pertes civiles depuis le début de l’année. Au total, Acled (The Armed Conflict Location & Event Data Project) dénombre déjà 2 856 morts en 2022, qu’ils soient civils, membres des forces de sécurité ou de groupes armés. Parmi eux, l’ONG dénombre 1585 civils tués depuis le mois de janvier contre 533 sur toute l’année 2021 et 961 en 2020. L’année 2022 s’annonce ainsi comme la plus sanglante qu’ait connu le pays depuis le début de la crise en 2012.