Vu au Sud - Vu du Sud

Le Burkina Faso et le Mali bientôt unis dans une fédération ?

Les marques réciproques d’affection idéologique n’ont pas manqué lors du séjour d’Apollinaire Joachim Kyélem de Tambèla au pays de son homologue malien Choguel Kokalla Maïga. Reste à savoir jusqu’où ce rapprochement entre Ouagadougou et Bamako pourrait aller.

Mis à jour le 2 février 2023 à 12:51
 
 
guez2
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabe>

 
 
 
guez

« 

 

Le Premier ministre burkinabè a évoqué, lors de sa visite à Bamako, la création d’une « fédération » entre son pays et le Mali. © Damien Glez

 

Monsieur Ibrahim Cissé, un Malien, a fait le trajet à pied, de Bamako jusqu’à Ouagadougou, pour venir nous présenter les drapeaux malien et burkinabè et nous appeler à la fédération. Nous n’allons pas laisserson acte sans suite. » Ainsi parlait Apollinaire Joachim Kyélem de Tambèla dès son arrivée à l’aéroport international Modibo-Keïta, évoquant des échanges imminents avec son homologue Choguel Kokalla Maïga et le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, « des panafricanistes convaincus ».

À LIRELe Premier ministre du Burkina Faso en visite au Mali

Bien estompé est le souvenir de la Guerre de Noël, ce conflit de la bande d’Agacher qui opposa le Mali et le Burkina Faso, en décembre 1985, autour d’une langue de terre, dans l’extrême Nord-Ouest du territoire burkinabè.

Fédéralisme et souverainisme

Nul doute que les autorités actuelles du Burkina Faso se sentent en phase avec le Mali d’aujourd’hui. En novembre, l’homme fort du Burkina, le capitaine Ibrahim Traoré, avait réservé sa première visite à l’étranger au pays du lieutenant-colonel Assimi Goïta. Et c’est déjà par les contrées de Modibo Keïta qu’Apollinaire Joachim Kyélem de Tambèla se serait rendu en Russie, au début du mois de décembre. « J’ai quitté chez moi, je suis venu chez moi… », a déclaré, à Bamako le 31 janvier dernier, le chef du gouvernement burkinabè.

À LIREExclusif – Burkina Faso : le voyage secret du Premier ministre à Moscou

Si les ressemblances entre les deux juntes ne manquent pas, de leur style vestimentaire « masqué » à leurs tentations « poutinistes », est-il envisageable que les deux pays plongent dans le grand bain de la fédération ? Chaque constitutionaliste mettra dans la coquille fédérale le contenu qu’il souhaite y voir, même si le terme évoque formellement un « groupement », une « union de plusieurs États en un État fédéral ». Une structuration étatique qui suppose peu ou prou des concessions de souveraineté, au moment même où le « souverainisme » constitue la charpente des discours politiques des deux pays…

Certes, l’apparent repli sur soi qui consiste à indiquer la porte aux militaires français ou à glorifier les solutions sécuritaires endogènes est frotté, au Mali comme au Faso, de panafricanisme. Le casse-tête idéologique actuel des régimes africains issus de coups d’État ne consiste-t-il pas à tisser le nationalisme – « de droite » – et l’internationalisme – « de gauche » ?

À LIREBurkina : dix choses à savoir sur Kyélem Apollinaire de Tambèla, Premier ministre de transition

Désormais politicien aguerri, Apollinaire Joachim Kyélem de Tambèla a peut-être simplement cédé à un bon mot et à un message ciblé. Un bon mot de fiançailles fantasmées entre l’hôte et l’invité ; un message subliminal adressé à d’autres regroupements sous-régionaux non-fédéraux comme la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) : « oui » à l’intégration, « non » à celle qui boude les putschistes. La dernière fois que le Premier ministre burkinabè avait semblé annoncer une nouvelle depuis l’étranger, c’était à la Conférence internationale sur l’initiative d’Accra. Il avait été rapidement recadré…

Le prytanée militaire de Saint-Louis du Sénégal, la fabrique des élites

L’école militaire sénégalaise, qui fête en février ses 100 ans, forme des élèves triés sur le volet appelés à exercer les plus hautes fonctions civiles et militaires. Reportage.

Par  - à Saint-Louis
Mis à jour le 30 janvier 2023 à 11:08

 
sene1
 
 

Défilé des élèves du prytanée militaire de Saint-Louis, le 9 janvier 2023. © Annika Hammerschlag pour JA

 

Il n’est pas encore 8 heures, ce lundi, et le jour se lève à peine sur la cour principale du prytanée. Réunis autour du colonel Mamour Sarr, le commandant de l’école, une quarantaine d’hommes en tenue font leur premier « point de situation » de l’année 2023. Les militaires, chargés d’encadrer les 483 élèves, évoquent les examens qui se tiendront bientôt. En ce matin de janvier, la brise est fraîche à Bango, le village de la commune de Saint-Louis où se situe l’établissement. Certains encadrants frissonnent sous leur treillis.

À LIRE[Édito] Non, les armées africaines ne sont pas nulles !

Derrière eux, les élèves attendent le coup d’envoi de la « cérémonie des couleurs ». « C’est une nouvelle année qui débute, il faut bien la commencer, lance le colonel Sarr. Il y a toujours des gens qui traînent, c’est le moment de se réveiller ! » Puis, comme chaque lundi, tout le monde entame la semaine en entonnant l’hymne national. Ce 9 janvier, le drapeau vert-jaune-rouge ne sera pas hissé comme à l’accoutumée : après l’accident de la route qui, la nuit précédente, a coûté la vie à 41 personnes à Sikilo, dans le département de Kaffrine, le Sénégal est en deuil.

Fierté de l’uniforme

Pas question, cependant, d’annuler le défilé. Les rangs se forment. Menés par la « clique », la fanfare de l’école, les premiers à s’élancer sont les élèves de sixième. Hauts comme trois pommes, ils marchent avec entrain, visiblement ravis de porter l’uniforme et de marquer la cadence. Ils lèvent les bras et froncent les sourcils d’un air appliqué en passant devant le panneau où est inscrite la devise de l’école : « Savoir pour mieux servir. »

Tous ou presque ont rêvé de cet habit qu’ils portent désormais fièrement et attendent avec impatience le défilé du 4 avril, qui marque la fête nationale et auquel les enfants de troupe participent depuis l’indépendance – une décision de l’ancien président du Conseil, Mamadou Dia, qui fut enseignant au sein de l’établissement.

À LIRESénégal : la part d’ombre de Senghor

Les « chefs de classe », ces gradés chargés de veiller sur les plus jeunes, prodiguent à voix basse leurs instructions : « Rattrapez un peu les autres ! C’est trois pas, pas cinq ! », gronde l’un d’eux. Le défilé terminé, les uns et les autres s’empressent d’aller se changer pour rejoindre leur salle de cours. Ces enfants de troupe aux uniformes bien repassés, en plus de recevoir un enseignement militaire, sont avant tout des élèves studieux, promis à un grand avenir.

Établissement d’excellence dans le paysage éducatif sénégalais, le prytanée de Saint-Louis forme chaque année 50 jeunes hommes, choisis parmi plusieurs milliers de candidats à l’issue d’un concours très sélectif. Les élèves s’engagent à suivre pendant sept ans, de la sixième à la terminale, le programme éducatif national auquel vient s’ajouter une instruction militaire. Environ 20% d’entre eux décideront de rester dans l’armée une fois leur baccalauréat en poche.

Tous les matins, le décrassage

Civil ou militaire, peu importe : le jeune El Hadj Rawane Seck, 18 ans, est convaincu qu’il sera médecin. Major de sa promotion, l’élève loue la « rigueur et l’excellence » de l’école qu’il quittera à la fin de l’année, sous l’œil attentif du colonel Sarr. Il défend même le fastidieux « décrassage » quotidien, honni par l’ensemble des élèves : trente minutes d’échauffement musculaire, après un réveil à 5h30. « Un mal pour un bien », sourit-il.

« Bien sûr, ils râlent face aux contraintes, pensent parfois que l’on s’acharne contre eux. Mais, avec le recul, ils finissent par comprendre que nous les préparons à la vie qui les attend », insiste le lieutenant Issa Diouf, commandant de la deuxième brigade, qui, au prytanée, correspond aux classes de lycée. « Quand ils sortent de l’école, ce sont avant tout de bons citoyens », renchérit Mamadou Ba, le directeur des études.

À LIRE[Série] Indépendance du Sénégal : le rêve et la réalité (2/5)

Levés à l’aube, constamment surveillés, soumis à un rythme soutenu, les enfants de troupe doivent s’adapter à la rigueur de la vie militaire. Privés de téléphone portable en semaine jusqu’en terminale – année durant laquelle l’appareil reste uniquement « toléré », précise le colonel Sarr –, les élèves ne peuvent sortir de l’école que les week-ends, et à certaines conditions. Chez les « grands » de la deuxième brigade, cette condition est fixée par le lieutenant Diouf : au moins 15 de moyenne générale. « J’ai mis la barre haut pour les pousser à dépasser leur limites. »

 

sene2

 

Une classe au prytanée militaire de Saint-Louis, le 9 janvier 2023. © Annika Hammerschlag pour JA

 

La rigueur de l’instruction autant que l’excellence de l’enseignement prodigué font du prytanée un établissement d’exception. Les effectifs des classes y sont réduits (25 élèves en moyenne, un luxe au Sénégal) et les frais de scolarité sont intégralement pris en charge par le ministère des Armées. La rémunération des enseignants, eux aussi triés sur le volet, est assurée par l’Éducation nationale. Les élèves reçoivent même un pécule mensuel allant de 20 000 à 30 000 F CFA (30 à 45 euros), avec des primes pour les plus méritants, majors de leur promotion, membres du « gouvernement scolaire » ou de la « clique »… Une chance pour les plus brillants, qui bénéficient d’un enseignement de qualité quels que soient les revenus de leurs parents.

Ce qui fait la particularité de l’endroit, c’est aussi son absence totale de mixité parmi les élèves. Le prytanée est une école d’hommes, dirigée par des hommes, et pourrait le rester encore longtemps. Les femmes n’ont d’ailleurs été acceptées au sein de l’armée sénégalaise qu’en 2008.

Création coloniale

Beaucoup de choses ont néanmoins évolué au sein de l’établissement depuis sa création, en 1923, par l’administration coloniale française. Ce qui s’appelle alors l’École militaire préparatoire africaine (EMPA) de Dakar-Bango est le premier des quatre établissements du genre, conçus pour former les enfants de militaires (d’où le terme prytanée, qui restera) et en faire des sous-officiers au service des troupes coloniales. Après Saint-Louis, il y aura Bingerville (en Côte d’Ivoire), Ouagadougou (au Burkina Faso), Kati (au Mali) et Brazzaville (au Congo). Aujourd’hui encore, les 13 élèves qui manquent de justesse d’être reçus à Saint-Louis sont envoyés dans l’un des prytanées de la sous-région.

À LIREOù est passé le patriotisme des militaires africains ?

De l’école de Bango, l’ancien ministre sénégalais Abdoulaye Bathily, membre de la promotion 1959, dira qu’elle était une sorte « d’Afrique en miniature ». « C’est à Bango que j’eus pour la première fois le sentiment de l’unité et de la diversité de l’Afrique », confie le diplomate dans ses Mémoires, parus en 2022. À l’époque où Abdoulaye Bathily intègre ce qui s’appelle encore l’EMPA, à la veille des indépendances, le commandant de l’école est un Français, le capitaine Arrighi, qui défend la position de Paris face à l’éveil nationaliste – ce qui lui vaudra d’être décrit comme un « colonialiste attardé » par certains élèves.

En 1966, accusé d’avoir mené avec d’autres camarades une grève pour demander l’amélioration de leurs conditions de vie, Abdoulaye Bathily est exclu pour « faute lourde ». « Malgré [cet épisode], la formation que j’ai reçue [à l’EMPA] sur le plan académique et sur le plan humain influence encore ma vie », confie celui qui est désormais émissaire de l’ONU en Libye. L’école sera plus tard rebaptisée Charles N’Tchoréré, du nom de ce capitaine d’origine gabonaise, premier commandant noir de l’établissement, que les nazis fusillèrent en 1940.

Des présidents, des ministres et même un Goncourt !

Les personnalités sorties de ce prestigieux établissement sont nombreuses. Au moins cinq président africains ont été formés entre ses murs – de Jean-Bedel Bokassa à Seyni Kountché, en passant par Ali Saïbou, Mathieu Kérékou et Lansana Conté –, ainsi qu’un nombre incalculable de ministres, de généraux… et même un prix Goncourt : l’écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, qui a reçu le prestigieux prix littéraire français en novembre 2021. De quoi faire la fierté de ceux qui sont passés par le prytanée, qui n’a pas la réputation de son voisin malien de Kati, dont est issue une bonne partie de la junte aujourd’hui au pouvoir. « Ici, nous ne formons pas de putschistes ! », assure un gradé de l’école.

À LIRECoups d’État : l’armée, une institution « démocratique » ?  

Au sein de l’actuel gouvernement sénégalais, ils sont trois à l’avoir fréquenté : Mamadou Ba, le ministre du Budget, Alioune Ndoye, celui des Pêches et de l’Économie maritime, et le « patriarche » de l’équipe, Serigne Mbaye Thiam, le ministre de l’Eau. Ce dernier reçoit Jeune Afrique dans son bureau flambant neuf, dans la nouvelle cité ministérielle de Diamniadio, avec un sourire nostalgique. « Alors, vous avez visité le royaume de mon enfance ? » L’ancien enfant de troupe – promotion 1970 – évoque « des souvenirs ineffables ». Il n’a pas oublié son entrée au prytanée, son « premier choc » quand on lui a mis « la boule à zéro », la fierté d’avoir obtenu son diplôme de parachutiste à 18 ans – « celui dont je suis le plus fier », confie-t-il – ni le fait qu’il a passé sept jours « aux arrêts » dans le camp militaire El Hadj Oumar, sur l’île de Saint-Louis.

Seau d’eau glacée

Le colonel Sarr ne fait pas visiter aux journalistes les « locaux disciplinaires » – et pour cause : ils n’existent plus et ont été remplacés par des heures de colle –, mais plusieurs anciens élèves confient être passés par la « prison » de l’école, où l’on envoyait les turbulents. Indiscipline, insolence, mouvements d’humeur… Nombreuses étaient les raisons de punir ceux qui ne respectaient pas les règles. Gare à ceux qui tentaient de tromper la surveillance de leurs chefs de classe en installant des traversins sous leurs couvertures lorsqu’ils partaient faire la fête à Saint-Louis sans permission de sortie, ou à ceux qui plaçaient sur le rebord de la porte de leur chambre un seau d’eau glacée pour surprendre le militaire venu les réveiller pour le décrassage.

La discipline s’est toutefois beaucoup assouplie ces dernières années, assure le commandant de l’école, tout comme le confort des élèves : hébergement, alimentation, infrastructures sportives et éducatives. « Cela donne une meilleure image de l’armée, qui attire davantage d’élèves qu’auparavant », insiste le colonel Sarr.

« Depuis l’accession de Macky Sall à la présidence, l’armée est devenue très attrayante, et les conditions de vie des militaires se sont améliorées. La montée en puissance de notre armée se traduit également par une offre plus étendue en matière de formation », renchérit le général Mbaye Cissé. Cet ancien enfant de troupe – promotion 1977 – est, depuis novembre dernier, le chef d’état-major particulier du chef de l’État. « L’armée est toujours ravie d’accueillir des élèves du prytanée. Leur formation les prédispose au respect de la hiérarchie », ajoute-t-il.

À LIRESénégal : une armée pas comme les autres ?

Comme tous les enfants de troupe, le gradé évoque la solidarité sans faille qui lie les élèves du prytanée. « Nous avons tissé nos liens d’amitié dans les plis vierges de l’adolescence, sans savoir qui allait occuper telle ou telle fonction. C’est un peu fou que nous ayons réussi à les garder jusque-là. Je suis fier de voir mes camarades qui ont percé », glisse le général, qui se rend chaque année en « pèlerinage » au prytanée.

LE FILS DE L’AGRICULTEUR S’ASSOIT À CÔTÉ DU FILS DU MINISTRE. AUCUN PASSE-DROIT

Comme beaucoup d’anciens, le conseiller présidentiel se rendra à nouveau à Bango, le 10 février, où le centenaire de l’école sera célébré en grande pompe. Le chef de l’État lui-même sera de la partie. Le général Mbaye Cissé aurait sans doute apprécié de se rendre aux célébrations avec ses fils, qui ont tous tenté le concours mais ont échoué. « Le prytanée réunit les meilleurs des meilleurs de chaque génération. Le fils de l’agriculteur s’assoit à côté du fils du ministre, loue-t-il malgré tout. Pas de passe-droit. C’est l’école la plus transparente [du pays], de ce point de vue. » Une autre particularité, sans doute, de cet établissement d’exception.

« Une histoire du franc CFA », ce passé qui ne passe plus

Un nouveau documentaire consacré à la monnaie ouest-africaine en explore méthodiquement les ambiguïtés et chausse-trappes. Sans – trop – céder à la polémique.

 
Mis à jour le 27 janvier 2023 à 18:08
 
 
joel
 
 

Par Joël Té-Léssia Assoko

Joël Té-Léssia Assoko est journaliste spécialisé en économie et finance à Jeune Afrique

 

franc

 

Le documentaire de la cinéaste sénégalaise Katy Léna N’diaye « Une histoire du franc CFA, l’argent, la liberté » sera diffusé sur la chaîne française LCP le 4 février. © Adria Fruitos pour JA

« Qui a découvert l’eau ? » interroge une vieille devinette yiddish. « Je l’ignore, mais ce n’était certainement pas un poisson. » Katy Léna N’diaye est dans tout sauf un univers familier quand il s’agit du grand bain des controverses économiques africaines. Ce décalage est probablement pour beaucoup dans la distance critique que la cinéaste multiprimée* sénégalaise arrive à imposer tout le long de Une histoire du franc CFA, qui sera diffusé le 4 février sur la chaîne française Public sénat (à 21 heures à Paris, 20 heures GMT).

À LIREFranc CFA : au Sénat français, des interrogations sur la fin des « irritants »

Intercalées entre images d’archives et scènes de la vie urbaine en Afrique, les interviews réalisées dans un cadre sobre déploient de façon didactique et pointue les arguments quant aux faiblesses – le plus souvent – de cette monnaie. On retrouve les économistes Kako Nubukpo (Togo) et N’Dongo Samba Sylla (Sénégal), ainsi que le sociologue camerounais Martial Ze Belinga, l’universitaire et écrivain sénégalais Felwine Sarr. En contrepoids, la parole est donnée au financier et ex-Premier ministre béninois Lionel Zinsou.

Aspects troublants

Après avoir exploré l’art pictural domestique féminin au Burkina (Traces : empreintes de femmes, 2003), la vie quotidienne des femmes mauritaniennes (En attendant les hommes, 2007), mais aussi la chute de Blaise Compaoré (On a le temps pour nous, 2014), Katy Léna N’diaye se penche sur un sujet autrement plus complexe et controversé.

Dans son quatrième documentaire comme réalisatrice – elle a également produit en 2022 Le Fleuve n’est pas une frontière, réalisé par Alassane Diago sur l’accrochage meurtrier de 1989 à la frontière sénégalo-mauritanienne –, Katy Léna N’diaye explore l’histoire du franc CFA. Et ce, depuis l’abolition de l’esclavage jusqu’aux dernières décennies coloniales, des indépendances à la dévaluation de 1994, du rattachement à l’euro à l’annonce de la création de l’éco.

L’EXCÉDENT FRANÇAIS VIS-À-VIS DU SÉNÉGAL FRÔLE RÉGULIÈREMENT 1 MILLIARD D’EUROS

Elle décrypte la « double extraversion » subie par les colonies françaises, selon la formule de Kako Nubukpo. « On ne peut pas comprendre l’histoire du CFA si on ne comprend pas l’histoire de l’insertion primaire de l’Afrique au sein du commerce international », insiste le désormais commissaire de l’Uemoa. Les fausses promesses de l’indépendance sont également finement décortiquées, ainsi que le maintien à peine camouflé des liens entre Paris et les exécutifs africains.

 

kati

 

© Katy Léna N’diaye © DR

 

Évitant le registre polémique, le documentaire clarifie des aspects troublants du franc CFA. L’Afrique subsaharienne représente moins de 1,5 % des exportations comme des importations françaises, mais l’excédent français vis-à-vis du Sénégal frôle régulièrement le milliard d’euros, souligne N’Dongo Samba Sylla, alors que les ventes vers Paris sont marginales. Il en va de même pour la Côte d’Ivoire.

À LIREDévaluation : le jour où le franc CFA est tombé

Entre 2010 et 2020, les exportations françaises vers 54 pays africains ont baissé en moyenne de 197 millions de dollars (près de 181 millions d’euros). Celles vers les 14 pays de la zone CFA ont reculé de 78 millions de dollars en moyenne par pays. Celles à destination de l’Éthiopie ont pourtant crû de 340 millions de dollars. Quelle est la part du franc CFA – tel qu’il existe aujourd’hui – dans cette situation ? Quelle est celle des dynamiques économiques que cette monnaie a facilité dès l’époque coloniale ? Que changerait une sortie du franc CFA ? Que ces questions soient complexes ne justifie pas qu’elles soient évitées.

Aussi, comme le rappelle justement Kako Nubukpo, le passage du franc français à l’euro a fait l’objet d’un référendum en France, celui du traité de Maastricht. Le transfert de parité du CFA vers l’euro a été imposé sans consultation aux citoyens des zones Uemoa et Cemac. Qu’il soit marginal ou important, l’avantage que Paris dériverait de l’existence du CFA a été de fait étendu à l’Allemagne, à l’Italie, à la Grèce comme aux Pays-Bas. Pour quelles conséquences ?

Les challenges de la sortie

Katy Léna N’diaye amène également ses interlocuteurs à aborder plus clairement la complexité même de la « sortie ». « La question n’est pas de ‘sortir du franc CFA’. La question est [plutôt] : De quelle monnaie avons-nous besoin pour transformer nos économies et nos sociétés ? » admet Martial Ze Belinga.

« La monnaie que nous voulons est une monnaie au service du crédit, de l’emploi et de l’écologie. C’est tout un agenda, tout un paradigme qui se met en place, qui ne peut pas être le paradigme actuel, dont la rationalité est l’économie de rente et l’économie de prédation », complète Kako Nubukpo. Pour sa part, N’Dongo Samba Sylla pointe cette autre réalité : « Il est difficile pour les francophones qui utilisent le franc CFA de s’imaginer battre monnaie. C’est un legs du colonialisme. […] Ils n’ont pas confiance dans les monnaies nationales. »

ÉVITER UNE MONNAIE MINUSCULE, LIVRÉE À TOUS LES VENTS DE LA SPÉCULATION

La version de 58 minutes du documentaire que diffusera Public sénat est plus ramassée que celle de 1 h 42, « diffusée uniquement dans les festivals, et pour la première fois à Amsterdam » en novembre 2022, selon les informations reçues par Jeune Afrique. Cela explique peut-être la part congrue consacrée aux interventions de Lionel Zinsou, pour qui « ce qu’il y a de plus sacré dans le système, c’est d’avoir le plus de pays possible et la taille critique ». Selon le financier franco-béninois, il est crucial d’éviter « une monnaie minuscule, livrée à tous les vents de la spéculation ». Ce point aurait pu être développé davantage.

Approximations

Le revers de la distance de la réalisatrice vis-à-vis du sujet est la persistance de raccourcis historiques et d’approximations économiques qui auraient mérité d’être challengés.

Ainsi, la dévaluation de 1994 négociée entre Paris, le FMI et les pays africains marquerait une abdication de souveraineté, regrette Felwine Sarr. Faudrait-il donc se féliciter des dépréciations parfois plus fortes imposées par le marché et les spéculateurs ? « Si vous n’avez pas le contrôle de votre taux de change, d’une certaine manière, vous ne pouvez pas avoir le contrôle […] de la politique industrielle », affirme N’Dongo Samba Sylla. La Banque centrale du Nigeria contrôle le taux de change (officiel au moins). Le pays contrôle-t-il vraiment sa politique industrielle ? Pour quels résultats ?

À LIREFranc CFA : Kako Nubukpo-Lionel Zinsou, la paix des braves ?

« Il serait fortement hypocrite de défendre l’intérêt général et la démocratie dans les pays du Nord et d’accepter que se perpétue un système comme le système CFA à quelques milliers de kilomètres de Paris », s’interroge Kako Nubukpo, interpellant les « démocrates du monde entier ». N’est-ce pas là ouvrir la porte à une sorte de droit d’ingérence économique ?

Il aurait été impossible – en 58 minutes ou en 1 h 42 – d’épuiser le thème du franc CFA. Saisir la substance de ce débat, ses racines historiques et les questions de fond qu’il soulève pour l’avenir des pays africains qui utilisent cette monnaie était une gageure. Y parvenir tout en créant l’espace permettant aux différents intervenants de clarifier et d’étayer leurs positions est remarquable.

* »Une histoire du franc CFA » a reçu les prix Fopica et Pathé BC au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), en octobre 2021.

Mali: le Haut-Commissariat aux réfugiés alerte sur de nouveaux déplacements de populations

 

Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) pointe des mouvements en cours, notamment dans la région de Gao, et « appelle à un soutien accru en faveur des personnes récemment déplacées » dans le pays.

Plus de 3 700 personnes ont fui N'tililt pour se mettre en sécurité à Gao, dans le nord du Mali. Le HCR précise dans son communiqué publié mardi 24 janvier qu'il s'agit à la fois de Maliens et de Burkinabè, arrivés par vagues successives depuis 2018.

Ultimatum

Mais l'insécurité n'est pas moindre de ce côté de la frontière : selon des sources locales et internationales jointes par RFI, au début du mois, la branche sahélienne du groupe État islamique a lancé un ultimatum aux habitants de N'tililt, exigeant leur départ. Des menaces qui s'inscrivent dans la violente offensive menée depuis près d'un an par ce groupe pour prendre le contrôle de zones jusqu'ici dominées par leurs rivaux du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (le Jnim, son acronyme arabe), lié à al-Qaïda au Maghreb islamique.

« La population restante craint des représailles », précise le HCR, qui ajoute que les déplacés, en majorité des femmes et des enfants, « vivent actuellement sous des arbres ou dans des abris de fortune avec peu de nourriture ou d'eau ». 

Violences

De sources sécuritaires malienne et onusienne, la région de Tombouctou connaît également de nouveaux déplacements de populations. Cette fois, ce sont les menaces du Jnim qui contraignent depuis plusieurs jours les habitants d'Acharane à fuir leur village pour se réfugier à Tombouctou. Il y a une dizaine de jours, des habitants du cercle de Niono, dans le centre du Mali, fuyaient vers la Mauritanie. Ils voulaient échapper aux violences de l'armée malienne et de ses supplétifs russes après une opération menée à Bokal près de Nampala au cours de laquelle de nouvelles allégations d'exactions ont été rapportées.

À ce jour, le Mali compte plus de 60 000 réfugiés venus des pays voisins, et plus de 440 000 déplacés internes, selon les chiffres du HCR. C'est 100 000 de plus qu'il y a deux ans, une augmentation de plus de 25%. En janvier 2021, le HCR recensait 346 864 déplacés internes au Mali.

►À lire aussi Au Mali, Kidal accueille près de 4000 déplacés de Talataye (20 septembre 2022)

Mines : projets, transactions, technologies… Qu’attendre de 2023 ?

Un nouveau pacte d’actionnaires pour le Simandou, de la cryptomonnaie pour sécuriser les transactions autour de l’uranium de Namibie, l’accélération de l’exploitation des ressources algériennes… Jeune Afrique passe en revue les grands sujets miniers de 2023.

Mis à jour le 25 janvier 2023 à 08:39
 

 

cuivre

 

Dans la mine de Mufulira, opérée par Mopani Copper Mines Plc, en Zambie. © Zinyange Auntony/Bloomberg via Getty Images.

 

Cuivre, lithium, graphite, cobalt… La transition énergétique mondiale a entraîné une augmentation des besoins en minerais. Or, si l’Afrique possède, selon les estimations, 30 % des réserves minérales mondiales, de nombreuses régions restent sous-explorées. Même le cuivre, pour lequel les perspectives à court terme sont mitigées en raison du ralentissement de l’économie mondiale, devrait renouer avec des perspectives solides à moyen terme : la transition énergétique induira 50 % de la croissance de la demande mondiale du minerai au cours des cinq prochaines années, notamment pour l’énergie éolienne et l’amélioration des réseaux nationaux africains, selon les analystes de Fitch Ratings.

À LIRELes minerais « verts », une aubaine sous condition pour l’Afrique

L’or, quant à lui, conserve son rang de valeur refuge, et son exploitation reste particulièrement attractive. L’exploration, en revanche, est devenue beaucoup plus précaire, les grandes sociétés minières ayant de plus en plus tendance à confier les travaux à de petites sociétés extérieures, ce qui augmente les risques, déjà considérables, pour les investisseurs. Les exploitants doivent avoir le courage de se retirer rapidement d’une licence si elle ne fonctionne pas, juge Tim Livesey, directeur général de la société d’exploration aurifère Oriole Resources, active notamment au Cameroun. « Trop de petits projets d’exploration ne réussiront jamais vraiment, mais ils continuent à dépenser parce que c’est plus facile que d’assumer son échec », assure-t-il.

• Carburants lourds et énergie solaire pour la plus grande mine d’or de Guinée

L’or est au cœur des ambitions d’Andrew Pardey, directeur général de Predictive Discovery, qui compte soumettre une étude d’opportunité au gouvernement guinéen d’ici à la fin de 2023, ce qui permettrait à l’entreprise de demander un permis d’exploitation minière pour son projet d’extraction d’or à Bankan, dans le bassin de Siguiri, la région la moins explorée de la ceinture de roches vertes birmiennes (riches en minerai) d’Afrique de l’Ouest. Les réserves y sont estimées à 4,2 millions d’onces. Des chiffres qui reposent en grande partie sur des mines à ciel ouvert doivent être réévalués d’ici au début de février, précise Andrew Pardey, lequel argue que les forages souterrains devraient permettre de revoir à la hausse les estimations, faisant de Bankan la plus grande mine d’or de Guinée et l’une des plus importantes en Afrique de l’Ouest.

À LIRERDC : où le projet minier de Kamoa-Kakula trouve-t-il son énergie ?

Pour Predictive Discovery, coté en Bourse en Australie et qui compte BlackRock parmi ses investisseurs, se posera aussi la question de l’énergie. Selon Andrew Pardey, la solution la plus probable sera une combinaison de diesel et de carburants lourds, avec un peu d’énergie solaire. Le manque de puissance des batteries solaires signifie que le diesel et les carburants lourds continuent de dominer en Afrique de l’Ouest, estime en effet Andrew Pardey, anciennement PDG de Centamin, exploitant de la seule mine d’or d’Égypte. « Un camion sur deux roule au diesel ou au carburant lourd », constate-t-il, ajoutant que « le solaire ne fonctionne que lorsque le soleil brille ».

• Un nouveau pacte d’actionnaires pour le fer du Simandou

Le 22 décembre 2022, toutes les parties prenantes au mégaprojet guinéen de Simandou étaient réunies à Conakry pour faire un pas, peut-être décisif, vers l’exploitation du gisement de fer que la Guinée espère lancer depuis plus d’un quart de siècle.

À LIRESimandou – Fadi Wazni : « La seule véritable victoire, c’est la construction du Transguinéen »

À l’issue de plusieurs mois de travail, l’anglo-australien Rio Tinto et le chinois Winning International Group ont acté avec les autorités guinéennes l’arrivée dans le projet d’un nouvel actionnaire, le chinois Baowu Steel.S’il semble acquis que ce dernier rachète la majorité des blocs détenus par Winning Consortium Simandou (qui réunit Winning, China Hongqiao Group et UMS) et entre au capital de la Compagnie du Transguinéen (CTG, codétenue par WCS, Rio Tinto et l’État guinéen), le détail des prises de participations n’a pas encore été donné. Et pour cause : selon une source de Jeune Afrique impliquée dans ce dossier, les discussions se poursuivent pour définir le pacte d’actionnaires, qui ne devrait pas être arrêté avant plusieurs mois. Selon les termes du contrat signé par le représentant de Baowu Steel, Gongyang Jiang, qui a obtenu l’aval de Pékin, le groupe chinois s’est notamment engagé avec ses nouveaux partenaires à apporter les 15 milliards de dollars de financement nécessaires à la construction d’un chemin de fer de 657 km, ainsi qu’à celle d’un port en eau profonde.


>>> À lire sur Africa Business+ : Baowu Steel prend 51 % de Simandou (blocs 1&2) et 21 % des infrastructures avec Thiam & Associés et Hogan Lovells comme conseils <<<


Totalement enlisé, le projet Simandou a redémarré après l’obligation, faite le 25 mars 2022 par le colonel Mamadi Doumbouya, chef de la junte guinéenne, à Rio Tinto et WCS d’unir leurs efforts pour financer les infrastructures indispensables à l’évacuation du minerai. Dans le même temps, Conakry avait imposé aux groupes miniers de détenir une part gratuite de 15 % dans CTG, finalement créé le 27 juillet.

L’exploitation du gisement, qui contient 8 milliards de tonnes de fer, pourrait démarrer en 2025, selon le calendrier du gouvernement guinée, et représenterait plus de 8 % de la production mondiale de ce minerai pendant plusieurs décennies.

• Technologie CIL pour la mine d’or de Séguéla, en Côte d’Ivoire

En attendant sa convention minière, le canadien Fortuna Silver Mines, qui a acquis en 2021 son compatriote Roxgold, se prépare à démarrer dès cette année la production de sa mine d’or de Séguéla, dans le nordest de la Côte d’Ivoire. Cette dernière devrait être opérationnelle mi-2023 et atteindre sa pleine puissance au cours du troisième trimestre. Selon les premières études, la société minière produira 133 000 onces d’or par an pendant les six premières années, et devrait rester active durant huit ans et demi, le temps d’exploiter un peu plus de 1 million d’onces.

À LIRE[Série] Côte d’Ivoire : la ruée vers l’or (3/4)

Les travaux de construction de l’usine se poursuivent sur le site, où Fortuna Silver a déclaré investir plus de 173,5 millions de dollars. Pour l’extraction de l’or, l’entreprise a annoncé son intention de déployer le procédé de carbone en lixiviat (CIL, pour carbon in leach), qu’elle assure être plus protecteur pour 146 l’environnement que la méthode traditionnelle, car elle évite un contact direct entre le cyanure et le sol.

• Accélération de la mise en valeur du potentiel algérien

En Algérie, on suivra notamment le mégaprojet de la mine de fer Gara Djebilet (Tindouf), relancé en 2022, qui permettra la production de 2 à 3 millions de tonnes de minerai de fer dans une première phase puis de 40 à 50 millions de tonnes par an à partir de 2026. Le pays attend également beaucoup du Projet de phosphate intégré (PPI) de Tebessa. Fruit d’un investissement de près de 7 milliards de dollars, ce projet doit permettre au pays de devenir l’un des principaux exportateurs d’engrais et de fertilisants, avec une production annuelle prévisionnelle de plus de 6 millions de tonnes de produits phosphatés.

À LIREMines : l’envolée du cours du fer, une bonne nouvelle pour les producteurs africains

Cette année devrait également voir l’entrée en exploitation du gisement de zinc et de plomb de Oued Amizour (Béjaïa), dont le potentiel minier exploitable est estimé à 34 millions de tonnes, pour une production annuelle de 170 000 tonnes de concentré de zinc. Outre les gisements aurifères du Hoggar, de nombreux projets miniers sont en cours de lancement : bentonite à Hammam Bougrara (Tlemcen), dolomite à Teioualt (Oum El Bouaghi), carbonate de calcium et diatomite à Sig (Mascara), feldspath à Aïn Barbar (Annaba) et baryte à Koudia Safia (Médéa).

Terres rares, fer, potasse, nickel, cuivre, vanadium, lithium, or, diamants… Selon Ali Kefaifi, directeur du complexe pétrochimique de Skikda, et conseiller et directeur stratégie au ministère de l’Énergie sur le dossier pétrole et mines, l’Algérie dispose d’un potentiel exceptionnel, estimé entre 10 % et 20 % des ressources minières mondiales. Des ressources confirmées notamment grâce à des technologies modernes comme la télédétection, l’intelligence artificielle (IA), la modélisation et le calcul économique, assure l’expert, régulièrement cité par la presse algérienne.

• Négociations fiscales entre Rio Tinto et l’État malgache

QMM, filiale de Rio Tinto qui produit de l’ilménite, et l’État malgache doivent renégocier leur convention fiscale avant la fin de février, sous peine de revenir à la fiscalité du code minier, moins avantageuse – et qui pourrait encore augmenter, selon une version intermédiaire d’un nouveau texte de loi.

À LIRE[Tribune] Le secteur minier, un atout pour la relance économique à Madagascar

Ces négociations se déroulent sur fond de conflit social. En décembre 2022, des riverains ont bloqué la route vers la mine. Ils réclament plus d’indemnisations foncières. QMM a déclaré la « force majeure » le 13 décembre, et a baissé sa production électrique pour la grande ville voisine de FortDauphin (Tôlanaro), avant qu’un accord de sortie de crise temporaire soit trouvé, le 18.

L’entreprise, dont le projet approche le milliard de dollars d’investissements, comprend un port et une centrale électrique et génère environ 2 000 emplois, a déjà affronté des manifestations de quelques centaines de personnes en 2022, ainsi qu’en novembre 2021 et en 2018. Mais il est impossible de savoir quelle part de la population soutient ces mouvements.

• En RDC, des attentes dans le cuivre-cobalt et le zinc

Sont notamment attendues par Kinshasa, l’accélération de la production du projet Kamoa-Kakula et le lancement du projet cuivre-cobalt de Kisanfu (KGM), développé par China Molybdenum (CMOC), le grand actionnaire chinois de Tenke Fungurume Mining (TFM). Se prépare aussi la remise en service de la production du gisement de zinc de Kipushi, coentreprise du canadien Ivanhoe Mines et de la Gécamines, après trente ans d’arrêt.

À LIRERDC : la Gécamines à un tournant

• First Quantum de nouveau à l’offensive en Zambie

Après plusieurs années difficiles entre les autorités zambiennes et les miniers, l’arrivée du président Hakainde Hichilema, élu en août 2021, a été un soulagement pour les industriels du secteur. Au point que Tristan Pascall, directeur général depuis mai 2022 de First Quantum Minerals, le plus grand producteur de cuivre du pays, se dit prêt à demander de nouvelles licences d’exploration.

À LIREPourquoi la Zambie nationalise les mines de cuivre de Glencore

La société a ainsi annoncé un projet d’expansion de 1,25 milliard de dollars pour sa mine de Kansanshi, qui produit plus de cuivre que tout autre site africain. First Quantum exploite également la mine de cuivre à ciel ouvert Sentinel, à 150 km à l’ouest de Solwezi, dans la province du NordOuest, et le gisement de sulfure de nickel Enterprise à 12 km de là, ce qui lui permet de mutualiser les infrastructures. Enterprise, qui doit commencer à produire du nickel en ce début d’année, est voué à devenir la plus grande mine d’Afrique de ce minerai, avec un potentiel de production annuelle de plus de 30 000 tonnes. De quoi inscrire la société canadienne, déjà sixième producteur mondial de cuivre (816 000 tonnes en 2021), parmi les dix premiers producteurs mondiaux de nickel.

• En Éthiopie, une première depuis 1994

La production à Segele, dans le sud-ouest de l’Éthiopie, près de la frontière avec le Soudan du Sud, commencera au premier trimestre de cette année, a confié à Jeune Afrique et à The Africa Report Jørgen Evjen, directeur général du norvégien Akobo Minerals, qui a mené les travaux d’exploration. Ce sera la première fois depuis 1994 qu’un nouveau gisement est exploité en Éthiopie.

Les ressources minérales sont estimées à 41 000 onces d’or. Présent dans le pays depuis 2010 et sur un permis d’exploration qui couvre 182 km2, Akobo compte utiliser les liquidités générées par la future production pour poursuivre l’exploration, dans l’or et éventuellement dans d’autres minéraux. L’Éthiopie souhaite attirer des entreprises étrangères pour lancer des projets d’exploration de ses ressources : l’or, qui domine l’industrie – le minerai a généré 560 millions de dollars en exportations au cours de l’année fiscale qui s’est terminée le 7 juillet 2022 –, mais aussi la potasse et le tantale. Le gouvernement offre notamment des incitations fiscales dans l’objectif de faire passer la contribution de l’industrie minière au PIB d’un taux pré-Covid de 3 % à 10 % d’ici à 2030.

• De la crypto pour l’uranium de Namibie

Madison Metals, coté en Bourse au Canada, a conclu en septembre 2022 un accord inédit de fourniture exclusive d’oxyde d’uranium U308 pour cinq ans avec l’opérateur blockchain Lux Partners, par lequel il s’engage à livrer jusqu’à 20 millions de livres de minerai provenant de ses gisements en Namibie en échange de jetons non fongibles (NFT), mis à disposition sur toutes les principales blockchains.

À LIREOr et blockchain, le grand mix audacieux du Camerounais Mamadou Touré

Son PDG, Duane Parnham, espère tirer de leur vente « un financement à un prix supérieur aux évaluations de la société par les analystes ». Contrairement aux autres matières premières, l’uranium ne s’échange pas sur un marché ouvert, mais les prix sont négociés directement. Les NFT peuvent donc créer une plus grande transparence du marché, estime Parnham.