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Guinée : à quoi ressemblera le conseil national de transition de Mamadi Doumbouya ?

Par  - à Conakry
Mis à jour le 23 octobre 2021 à 10:36
 


Mamadi Doumbouya, le 1er octobre 2021, à Conakry © DR

 

Un mois et demi après avoir pris le pouvoir, le président de la transition a commencé à choisir les membres de son gouvernement. En revanche, l’organe législatif est loin d’être constitué.

La classe politique guinéenne est dans une impasse. « Nous attendons la providence », ironise un cadre d’un grand parti. En l’occurrence, elle espère surtout la clarification par la junte au pouvoir, dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya, des critères de choix des futurs membres du Conseil national de la transition (CNT). Selon la charte rendue publique fin septembre, l’organe législatif de la transition comptera 81 sièges, dont seuls quinze seront dévolus aux représentants des partis politiques. C’est peu dans un pays qui compte 300 formations agréées.

Alors que nul ne sait pour l’instant quel sera le mode de désignation des membres du CNT, tous s’écharpent donc sur les critères qui doivent prévaloir. Les plus grands partis politiques poussent pour des quotas basés sur le poids politique de chacun d’entre eux lors des derniers scrutins, ce qui les avantagerait. Au contraire, les petites formations, dont les électeurs « ne remplissent même pas une cabine téléphonique », selon une plaisanterie guinéenne, soutiennent « qu’un parti est égal à un autre ».

Des émissaires face à la junte

« Nous sommes dans le flou le plus absolu, confie, sous le sceau de l’anonymat, un membre du bureau politique de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo. Les intérêts sont divergents. Nous n’en discutons même pas pour le moment, nous attendons de savoir quelles seront les règles. »

Organe législatif de la transition, le CNT aura pour mission « d’élaborer et de soumettre pour adoption, par référendum, le projet de Constitution », stipule l’article l’article 57 de la charte de la transition élaborée par la junte. Ses 81 membres, appelés « conseillers », seront désignés par les différentes composantes sociales. Outre les partis politiques, la société civile, les syndicats, la diaspora, les organisations paysannes, les personnes handicapées ou encore les médias auront des représentants.

Le 7 octobre, certains leaders de l’opposition – Cellou Dalein Diallo, Faya Millimouno de la Coalition politique pour la rupture (CPR), Ousmane Kaba de la Coalition pour le progrès et la démocratie (Coped) et Sidya Touré, le président de l’Union des forces républicaines (UFR) – se sont retrouvés au domicile de ce dernier pour réfléchir à une position commune face à la junte, accusée d’agir « sans associer la classe politique ». « Nous sommes d’accord pour demander plus de lisibilité au sujet des critères de désignation des représentants des partis politiques. Nous avons délégué des personnes pour aller voir la junte », confie Saïkou Yaya Barry, secrétaire exécutif de l’UFR, tout en se gardant de nommer les émissaires.

Guéguerres au sein du parti d’Alpha Condé

Le 14 octobre, le secrétariat central de la présidence de la République a reçu un mémo de l’autre frange de l’opposition constituée de quatre coalitions, dont la Convergence pour la renaissance de la démocratie en Guinée (Corede) formée autour de l’homme d’affaires Mamadou Sylla, le leader de l’Union démocratique de Guinée (UDG). « 81 membres pour le CNT, c’est trop peu pour refléter la diversité des sensibilités de la société civile et des partis politiques., estime-t-elle dans ce document de six pages. Dans la précédente transition (2009-2010), le CNT était composé de 159 membres dont 35 issus des partis. Le contexte actuel milite en faveur du maintien, au moins, de ce quota pour renforcer la représentativité au sein du CNT. »

« Nous nous opposerons à une augmentation du nombre de conseillers dans un contexte d’austérité », prévient quant à lui Dansa Kourouma, président du Conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG). Lui qui fut membre du CNT mis en place sous la transition pilotée par Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté est convaincu qu’une telle solution plombera le fonctionnement de l’organe et le rendra budgétivore. « L’ancien CNT devait avoir 101 membres au départ et en a finalement eu 159. Son mandat a duré quatre ans à cause des bisbilles politiques », remarque le président du CNOSC.

Si l’article 60 de la charte exclut du CNT « les membres du gouvernement et des institutions dissoutes à la date du 5 septembre », la mesure s’applique « intuitu personae ». Autrement dit, des membres du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG arc-en-ciel), l’ancien parti au pouvoir, pourront entrer au CNT. Mais selon un ancien ministre, la formation, minée « par des guéguerres internes suite au putsch », semble avoir d’autres chats à fouetter.

Côte d’Ivoire : un budget 2022 ambitieux, mais en quête de recettes fiscales

Par  - à Abidjan
Mis à jour le 20 octobre 2021 à 20:37

 

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Patrick Achi prévoit de dépenser quelque 15 milliards d’euros en 2022, un montant en hausse de près de 15 % par rapport à 2021. Ici, le Premier ministre au palais présidentiel à Abidjan, le 7 avril 2021. © LEGNAN KOULA/MAX PPP


Pour 2022, Abidjan présente un budget en hausse de près de 15 % malgré le contexte de post-pandémie. Il faudra mobiliser recettes fiscales et endettement pour le financer.

Le budget ivoirien ne connaît pas la crise. Malgré l’impact de la pandémie de Covid-19, le gouvernement de Patrick Achi prévoit pour 2022 de dépenser 9 901 milliards de F CFA (environ 15 milliards d’euros), un montant en hausse de près de 15 % par rapport aux 8 621,1 milliards de F CFA de l’exercice 2021.

Adopté en Conseil des ministres aujourd’hui mercredi 20 octobre, ce budget est le plus élevé de la zone de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA), loin devant les 5 160 milliards de F CFA du Sénégal, met en avant Abidjan.

Il doit permettre de poursuivre la transformation structurelle du pays par des investissements massifs dans les infrastructures ainsi que dans les secteurs productifs et sociaux.

Mobiliser les recettes fiscales

Abidjan table sur une croissance de 7,1 % pour 2022, un niveau supérieur aux 6,5 % de 2021 mais n’atteignant toutefois pas les deux chiffres.

LE PAYS AURA RECOURS AU MARCHÉ FINANCIER INTERNATIONAL, SOIT PAR UN EUROBOND, SOIT À TRAVERS UN PRÊT SYNDIQUÉ

Pour financer le budget, le gouvernement entend mettre l’accent sur la mobilisation des recettes fiscales intérieures, notamment au niveau des services des douanes et du fisc, prévoyant de collecter quelque 4 767 milliards de F CFA de recettes.

« Il y a beaucoup de déperdition. Une rationalisation des systèmes de collecte permettra d’optimiser les procédures et d’engranger suffisamment de ressources », assure une source gouvernementale.

L’équation est délicate : les réformes engagées et à venir doivent bénéficier à l’État sans décourager les investissements et le dynamisme des acteurs économiques privés.

Soutien du FMI

« Le pays aura recours au marché financier international, soit par un eurobond, soit à travers un prêt syndiqué. Les DTS du Fonds monétaire international (FMI) ne sont que des mécanismes de comptabilité dans le tableau des opérations de trésorerie de l’État », confie un conseiller du Premier ministre.

La Côte d’Ivoire, qui n’est plus sous programme financier avec le FMI est toutefois en discussion pour conclure un nouvel accord lui permettant de recevoir 1 milliard de dollars, promis par l’institution de Washington dans le cadre de la relance économique post-Covid.

Déficit de 4,7 %

Le pays, qui a réussi deux premières émissions d’eurobonds en novembre 2020 et février 2021, prépare depuis plusieurs mois une troisième émission pour financer son déficit budgétaire.

Le président ivoirien Alassane Ouattara a plaidé en juillet auprès de la directrice du FMI Kristalina Georgieva pour un relèvement du taux de déficit afin d’augmenter la capacité d’endettement de son pays et de financer la relance de l’économie.

Pour 2022, le déficit est estimé à 4,7 % du PIB contre 5,6 % pour l’exercice en cours, la norme de convergence communautaire étant fixée à 3 %.

Économie: la croissance va reprendre modestement en Afrique, prévient le FMI

Vue de Johannesburg en Afrique du Sud.

Vue de Johannesburg en Afrique du Sud.
 Getty Images/Jon Hicks

C'est une confirmation, la reprise économique sera plus lente en Afrique que dans le reste du monde. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit en effet une croissance de 3,7% en moyenne pour l'Afrique sub-saharienne en cette année 2021, et 3,8% en 2022. Une reprise plus lente que dans le reste du monde donc, où elle atteindra de 5 à 6%. Les contraintes budgétaires mais aussi la faible vaccination expliquent en partie ce résultat, selon le FMI.

Le rapport semestriel du FMI, publié jeudi 21 octobre, s'intitule « Une planète, deux mondes et trois réalités ». Mais il aurait pu tout aussi bien s'appeller « Un monde à deux vitesses » tant le FMI relève l'écart grandissant entre l'Afrique et le reste de la planète.

Certes après une récession historique en 2020, le continent renoue avec la croissance. De bonne récoltes et la remontée des cours des matières premières ont permis aux économies africaines de redémarrer, mais « les perspectives sont incertaines », note l'institution, avec ses pudiques expressions de langage.

Car l'Afrique manque toujours de vaccins contre le Covid-19, ce qui handicape les pays. Les politiques publiques de soutien à l'activité et aux populations sont globalement trop faibles. Les marges de manœuvres budgétaires le sont aussi. 30 millions d'Africains ont basculé dans l'extreme pauvreté depuis le début de la pandémie, note le FMI, qui souligne au passage les risques de tension sociale et d'instabilité politique 

Pourtant, le monde n'est pas resté les bras croisés. Les donateurs et les organisations internationales se sont mobilisés. Mais il faudra aller plus loin, préconise le FMI, tant sur les questions de dette que de financement des économies africaines. En la matière, soulignent les rapporteurs, « si les coûts sont élevés, ils seront toujours inférieurs à ceux de l'inaction ».

 

Côte d’Ivoire : ce que l’on sait de l’attaque terroriste de Téhini

Mis à jour le 21 octobre 2021 à 12:34


Des soldats ivoiriens circulent à l’arrière d’un véhicule devant l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT) à Jacqueville en Côte d’Ivoire, le 10 juin 2021. © Ivorian soldiers drive on the back of a vehicle outside the International Academy for Combating Terrorism (AILCT) in Jacqueville in Ivory Coast on June 10, 2021. – The creation of the AILCT in a West Africa where several countries are plagued by jihadist attacks – Al-Qaeda in the Islamic Maghreb (Aqmi), Islamic State (EI), Boko Haram – had been formalized in November 2017 by French President Emmanuel Macron and Ivorian President Alassane Ouattara, on the sidelines of a summit between the African Union (AU) and the European Union (EU) in Abidjan. © ISSOUF SANOGO/AFP

Mercredi 19 octobre, les forces de sécurité ivoirienne ont été la cible d’une nouvelle attaque dans le nord du pays. Si elle n’a pas été revendiquée, le mode opératoire désigne le groupe jihadiste dirigé par le burkinabè « Hamza ».

Les forces de sécurité ont essuyé une nouvelle attaque dans le nord de la Côte d’Ivoire. Des assaillants, qui n’ont pas été identifiés, ont ouvert le feu dans la matinée du mercredi 19 octobre, sur un poste d’observation tenu par des gendarmes et des militaires déployés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme à Téhini, une petite ville située au nord du parc national de la Comoé et à quelques kilomètres de la frontière avec le Burkina Faso. « Dans la matinée du 19 octobre, aux environs de 8 h 30, un tireur embusqué a ouvert le feu sur un poste d’observation des forces armées de Côte d’Ivoire (FACI) du sous-groupement tactique interarmes (SGTIA53) situé dans le nord-est de la Côte d’Ivoire », relate un communiqué bref de l’état-major des armées.

Cette nouvelle attaque n’a fait aucun mort parmi les forces ivoiriennes, mais deux blessés ont été enregistrés – leur pronostic vital n’est pas engagé. En face, un assaillant a été abattu, et les autres mis en déroute. Le grand ratissage qui a suivi n’a pas permis de procéder à des arrestations. « C’était une attaque-surprise, les hommes n’ont pas pu déterminer le nombre d’assaillants. Mais  celui qui a ouvert le feu a été abattu, a confié à Jeune Afrique une source sécuritaire ivoirienne impliquée, qui a requis l’anonymat.

La main de la Katiba Macina

« Nous ne pouvons pas parler de jihadistes, nous pensons que cette attaque a été le fait de contrebandiers qui pullulent dans la région », suppose une autre source sécuritaire haut placée. Néanmoins, le mode opératoire est bien celui utilisé par les jihadistes qui sévissent dans la zone. Depuis l’attaque de Kafolo, en juin 2020, qui avait fait 14 morts dans les rangs des services de sécurité ivoiriens, plusieurs attaques ont eu lieu – et d’autres ont été déjouées –, signe de l’expansion des activités des groupes terroristes actifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

Dans le nord de la Côte d’Ivoire, les attaques sont perpétrées par un groupe lié à la Katiba Macina du Malien Amadou Koufa, et dirigées par Rasmane Dramane Sidibé, un burkinabè surnommé Hamza. Celui-ci a notamment fait de la région un « grenier » des groupes jihadistes qui s’y approvisionnent en vivres et en produits de première nécessité.

Depuis un an et demi, les autorités ivoiriennes ont ajusté leur riposte, en déployant plus d’un millier de forces antiterroristes dans la région, en collectant du renseignement, et mettant la région en état d’alerte permanent. Le 12 octobre, lors d’un dîner à l’Élysée, Emmanuel Macron a par ailleurs promis à Alassane Ouattara un renforcement de l’aide française à la Côte d’Ivoire pour lutter contre le terrorisme.

Sénégal : les cahiers narcissiques de Mame Boye Diao

Mis à jour le 19 octobre 2021 à 12:57

Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.


Damien Glez © Damien Glez

 

Candidat à la mairie de Kolda, le directeur général des Domaines a offert des cahiers à des élèves en pleine rentrée. Des fournitures scolaires à son effigie… Tollé général.

Générosité caritative bien ordonnée commençant par soi-même, la chanson satirique française Les Dames patronnesses enseignait, dès 1960, qu’il fallait s’identifier face à la communauté comme le bienfaiteur de tel ou tel indigent : « Tricotez tout en couleur caca d’oie / Ce qui permet le dimanche à la grand-messe / De reconnaître ses pauvres à soi. » Qui n’est pas tenté de distiller un peu de soi dans un vrai-faux mécénat mué en sponsoring, comme lorsqu’une grande marque d’ordinateur inonde de ses dons marketés le campus d’un État en voie de développement ?

Quand la politique s’en mêle, l’affaire prend évidemment une tout autre tournure. Et vint le sac de riz estampillé Faure Gnassingbé ou la montre Compaoré qui ne devait pas manquer de vous rappeler l’heure d’un scrutin voué à maintenir le « beau Blaise » au pouvoir…

La gêne instillée par la générosité politicienne devient scandale quand elle cible les élèves candides d’un système éducatif censé être neutre idéologiquement. En cette période de rentrée scolaire qui prend toujours des airs de casse-tête domestique, le directeur général des Domaines sénégalais a laissé parler son portefeuille en fournissant des cahiers à des écoliers souvent déshérités.

Charité et propagande

Premier détail embarrassant : Mame Boye Diao est candidat à la mairie de Kolda à l’occasion du scrutin prévu le 23 janvier prochain. Deuxième détail fâcheux : lesdits cahiers ont été imprimés à son effigie. Voilà comment la charité devient propagande politicienne…

Traditionnellement, les couvertures des précieux livrets servent de support à quelque carte géographique, illustration botanique ou table de multiplication. Pour la rédaction de senenews.com, la grande photo qui barre la couverture des cahiers offerts « viole le paravent apolitique qui est censé couvrir l’école nationale sénégalaise ».

« À cheval donné on ne regarde pas les dents. » À cahier donné, les parents d’élèves – cible indirecte de la campagne marketing – peuvent-ils jauger la couverture ? Pour leur épargner un choix délicat en temps de vie chère, des observateurs en appellent à la responsabilité de l’inspecteur d’académie. Birahim Seck, coordonnateur du Forum civil, a enjoint au ministère de l’Éducation nationale de prendre des mesures urgentes.

Pour l’enseignant-chercheur en droit public Mouhamadou Ngouda Mboup, c’est le préfet de Kolda qui « doit inviter Mame Boye Diao à retirer ses cahiers de propagande et interdire leur utilisation par les élèves au sein des établissements publics scolaires ». Et l’universitaire de rappeler qu’en août, un responsable du mouvement d’opposition Gueum Sa Bopp, Bougane Gueye Dany, avait reçu du préfet une lettre lui demandant de retirer ses affiches publicitaires destinées à pousser les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales. Gageons que l’indignation à l’égard d’un don propagandiste n’a pas, elle aussi, une motivation partiale…