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RDC, Mali, Côte d’Ivoire… : ce que coûtent les députés africains

Mis à jour le 30 septembre 2021 à 12:08

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C’est une question presque taboue : quel est le salaire des députés ? Dans de nombreux pays du continent, l’information n’est pas publique. « Jeune Afrique » a mené l’enquête, et les résultats révèlent des disparités parfois abyssales.

Vingt-huit fois plus que le salaire moyen. C’est, en moyenne, la différence entre ce que gagnent les députés africains – sans compter leurs éventuelles primes – et le revenu de leurs administrés. Mais ce chiffre cache de très fortes disparités : celles relatives aux salaires des élus des différents pays, et celles qui existent entre le niveau de vie des députés et celui des populations qu’ils représentent.

UN DÉPUTÉ NIGÉRIAN TOUCHE PLUS DU DOUBLE DU SALAIRE D’UN DÉPUTÉ EUROPÉEN

Au Maghreb, l’indemnité de base de celles et ceux qui siègent au Parlement avoisine 1 900 dollars par mois ; en Tunisie, cependant, il n’est que de 780 dollars. En Afrique centrale, les élus peuvent gagner jusqu’à 120 fois plus que leurs administrés, comme c’est le cas en RDC. Le record est détenu par les élus nigérians, qui touchent pas moins de 9,3 millions de nairas par mois, plus de 22 000 dollars. C’est plus du double du salaire d’un député européen, qui perçoit 8 995 euros (10 500 dollars, soit 3,5 fois le revenu moyen dans la zone), ce qui représente trois fois plus que le revenu mensuel moyen en France et treize fois plus que celui évalué en Bulgarie.

5 700 dollars par mois

Des chiffres qui sont à mettre en perspective, en outre, avec les primes et allocations dont bénéficient les élus. Qu’il s’agisse d’espèces sonnantes et trébuchantes ou d’avantages en nature, elles peuvent parfois doubler les revenus perçus, voire plus.

Dans le cas du Gabon, par exemple, les primes – fonds de souveraineté, frais de compte-rendu et de transport – font déjà grimper le salaire à environ 5 700 dollars par mois. Et ce, sans compter les frais de session (70 dollars par jour) et les avantages connexes, dont : le passeport diplomatique, le véhicule de fonction, l’accès à l’assurance maladie et à un régime de retraite spécial.

En RDC, où les députés sont payés 5 500 dollars par mois alors que le revenu moyen brut mensuel est de 47 dollars, la récente polémique sur les « 500 jeeps » mises à leur disposition a, sans surprise, créé la polémique.

Il n’existe actuellement aucune base de données sur les salaires des députés africains. Pour établir le comparatif ci-dessous, les journalistes de Jeune Afrique et de The Africa Report ont mené l’enquête auprès des élus, de la Côte d’Ivoire au Mali en passant par le Nigeria, la RDC et le Maroc. Voici la revue des revenus, pays par pays :

Guinée : Mamadi Doumbouya devient officiellement chef de l’État

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 1 octobre 2021 à 17:57


Mamadi Doumbouya, ici le 5 septembre, a été investi président de la transition en Guinée le 1er octobre. © JOHN WESSELS/AFP

Devant sa femme et des personnalités politiques guinéennes, mais en l’absence de représentants étrangers de haut rang, le putschiste a été investi président de la transition ce vendredi 1er octobre.

Mamadi Doumbouya, a prêté serment vendredi 1er octobre comme président d’une transition à la durée et au contenu toujours inconnus. Le commandant des forces spéciales qui a renversé le président Alpha Condé le 5 septembre, en uniforme d’apparat beige, portant béret rouge et lunettes noires, a juré devant la Cour suprême « de préserver en toute loyauté la souveraineté nationale », de « consolider les acquis démocratiques, de garantir l’indépendance de la patrie et l’intégrité du territoire national ». Sa mère et son épouse, une officier de gendarmerie française, et de nombreuses personnalités politiques guinéennes étaient présentes. Cellou Dalein Diallo (UFDG), Sidya Touré (UFR), Faya Millimouno (BL), Siaka Barry ou encore Ousmane Kaba avaient fait le déplacement au palais Mohammed-V de Conakry.

S’octroyant un grade supplémentaire de colonel, Mamadi Doumbouya s’est de nouveau engagé au respect par la Guinée de tous ses « engagements nationaux et internationaux ». Il a par ailleurs assuré que, comme prévu par la « charte » de la transition, sorte d’acte fondamental publié lundi 27 septembre et entré en vigueur immédiatement, ni lui ni aucun membre de la junte ou des organes de transition ne serait candidat aux futures élections.

Culte de la personnalité

Avant de lui faire prêter serment, le président de la Cour suprême, Mamadou Sylla, a comparé la tâche du colonel Doumbouya au pilotage d’un navire « chargé de beaucoup d’événements douloureux, d’exigences nombreuses et d’attentes immenses et urgentes ». Il l’a appelé à ne pas se laisser dérouter « par la force des vagues de la démagogie et la tempête du culte de la personnalité ». Après deux coups de force au Mali voisin, le colonel Doumbouya a conduit le troisième putsch en un an en Afrique de l’Ouest, réalisé en quelques heures au prix d’un nombre indéterminé de vies humaines, les médias faisant état d’une dizaine à une vingtaine de morts.

Ce putsch a été largement condamné par la communauté internationale qui réclame la libération d’Alpha Condé, toujours aux mains des putschistes. Si les présidents de la Cedeao avaient été invités à cette cérémonie d’ouverture, aucun n’a fait le déplacement. Le président de la transition malien avait tout de même envoyé Malick Diaw, le président du Conseil de transition pour représenter son pays. Dans l’assistance figuraient les ambassadeurs de Chine et de Russie. Plusieurs pays occidentaux avaient limité leur présence à des diplomates de rang moindre mais le représentant du système des Nations unies était présent.

Durée indéterminée

Le colonel Doumbouya a assigné pour mission à cette transition une « refondation de l’État », la rédaction d’une nouvelle Constitution, la lutte contre la corruption, la réforme du système électoral, l’organisation d’élections « libres, crédibles et transparentes » et la « réconciliation nationale ». La junte a dit qu’elle rendrait le pouvoir aux civils après des élections à la fin d’une période de transition. Mais elle n’a jamais précisé la durée de cette transition, qui doit encore être fixée d’un « commun accord » entre les militaires et les forces vives du pays, ni précisé ses plans.

Le colonel Doumbouya, colosse aux manières posées, toujours protégé de près par ses hommes et apparaissant toujours en public en treillis et coiffé de son béret, semble résolu à se laisser du temps, malgré les pressions internationales, conviennent les analystes. La Cedeao a réclamé des élections présidentielle et législatives sous six mois. Elle a décidé de geler les avoirs financiers des membres de la junte et de leur famille et de les interdire de voyage.

Depuis son avènement, celui que les communiqués officiels désignaient déjà comme président de la République avant même son investiture, a multiplié les propos rassurants envers les investisseurs et des partenaires étrangers. Il a garanti le respect des contrats miniers et fait rouvrir toutes les frontières aériennes et terrestres. La « charte » de la transition confirme le colonel Doumbouya comme le nouvel homme fort de la Guinée, « chef de l’État et chef suprême des armées », qui « détermine la politique de la Nation » et qui « peut prendre des ordonnances ». Le président Doumbouya nommera par décret un Premier ministre de transition, qu’il pourra révoquer.

Au Mali, l’interminable bras de fer autour de l’organisation des élections

Mis à jour le 1 octobre 2021 à 17:03


Dépouillement des bulletins à Bamako en 2018 (illustration). © Nicolas Remene/Le Pictorium/MAXPPP

Soupçonnée par une partie de la classe politique de servir à prolonger la transition, la mise en place d’un organe unique d’organisation des élections est déjà critiquée.

Alors que s’esquisse un report des élections générales initialement prévues en février 2022, le gouvernement malien de transition a fait de la création d’un organe unique de gestion des scrutins l’une de ses priorités. Cet organe indépendant est censé asseoir pour de bon la légitimité du vote à venir et éviter les contestations, alors que le Mali enchaîne les crises politiques.

C’est au Centre international des conférences de Bamako (CICB), où quelque 750 Maliens issus des partis politiques, de la société civile, des organisations patronales et syndicales ou encore des autorités coutumières et religieuses se sont réunis du 24 au 26 septembre, que cette instance a commencé à se dessiner.

Pour commencer, elle a désormais un nom : Autorité indépendante de gestion des élections (Aige). « Cet organe unique est une demande de longue date des partis politiques, qui n’ont eu de cesse de dénoncer les insuffisances des instances en charge d’organiser les scrutins, qu’il s’agisse de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante] ou du ministère de l’Administration territoriale », rappelle le juriste et journaliste Yacouba Dramé.

Éviter les fraudes

L’Aige doit hériter de plusieurs prérogatives jusqu’ici disséminées entre la Cour constitutionnelle, la Ceni, la Direction générale des élections (DGE) et le ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales. Elle sera notamment chargée de l’organisation matérielle des scrutins, jusqu’ici dévolue au ministère de l’Administration territoriale, ce qui alimentait des soupçons de fraudes. « Dans la région de Mopti, au centre du pays, de nombreuses localités n’ont pas pu voter lors des dernières législatives du fait de la situation sécuritaire. Or on a vu émerger des résultats, souvent en faveur de la majorité, depuis ces mêmes zones, où il n’y a pourtant pas eu de vote », se souvient Yacouba Dramé.

« Il a aussi été décidé que l’Aige gèrerait les candidatures et la proclamation des résultats. Mais les contentieux seront toujours tranchés par la Cour constitutionnelle », résume Ikassa Kampo, désigné coordinateur des experts nationaux.

« Les dés sont pipés »

Il a aussi été décidé que l’Aige comprendrait neuf membres, désignés pour un mandat de sept ans non renouvelable. Pour les choisir, « il y aura un appel à candidatures national puis le dossier des postulants sera étudié par un collège d’experts désignés par le gouvernement », explique Kaou Abdramane Diallo, rapporteur général des travaux de concertation.

Si la recommandation d’établir des « personnalités intègres et consensuelles » a été accueillie sous les vivats du CICB lors de la cérémonie de clôture du 26 septembre, la formule ne convainc pas une partie de la classe politique. « Ne faisons pas semblant de lancer un appel à candidatures alors que les dés sont pipés, attaque Yaya Sangaré, ancien ministre et porte-parole de l’Adema. Nous l’avons toujours dit, l’organe unique et les assises répondent à un agenda visant à prolonger la transition et à faire basculer la majorité au Mali. Le Premier ministre est issu d’un parti politique qui n’a pratiquement aucune existence sur le circuit politique malien. Il cherche à créer un instrument qui lui permettrait d’inverser les forces politiques au Mali à son avantage. »

Si l’objectif était de mettre sur pied un organe consensuel, tout porte à croire que ce but ne sera pas atteint. De nombreux partis ont en effet boycotté les concertations nationales. Ils accusent notamment les autorités de se cacher derrière la création de l’organe pour gagner du temps et se maintenir au pouvoir au-delà de février 2022.

Alors que les simulations des équipes de Moctar Ouane, renversé en mai 2021, se donnaient douze à seize mois pour installer l’organe unique, le nouveau Premier ministre, Choguel Maïga, ne donne plus de chronogramme précis. Il assume désormais l’idée de repousser les élections.

Burkina Faso: démantèlement d’un vaste réseau de fraude sur le carburant


Des bouteilles d'essence vendues dans la rue en 2015 (Image d'illustration).

Des bouteilles d'essence vendues dans la rue en 2015 (Image d'illustration).
 © SIA KAMBOU/AFP

Des investigations dans plusieurs villes du Burkina Faso ont permis, dans le courant de la semaine dernière, l’arrestation de dizaines personnes et la fermeture de plusieurs stations-service et dépôts de carburant. Cette fraude au carburant serait l’un des circuits du financement du terrorisme au Burkina Faso, selon des sources sécuritaires. Le procureur a d'ailleurs ouvert une enquête pour contrebande aggravée, blanchiment de capitaux et financement du terrorisme.

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Cette vaste opération a permis d’interpeller 72 personnes actuellement en garde à vue. Des produits de contrebande et des moyens roulants saisis. Des stations-service et dépôts de carburants mis sous scellés. Les auditions et interpellations nécessaires se poursuivront afin de mettre fin à ces pratiques qui paralysent l’économie nationale et qui constituent des sources de financement du terrorisme, souligne le procureur Harouna Yoda.

C’est à l’aide de camions spécialement aménagés à l’intérieur desquels sont disposés des centaines de futs de 200 litres ou à l’aide de citernes qui n’ont aucun document délivré par la Société nationale burkinabè d'hydrocarbures (Sonabhy) que les trafiquants opéraient, selon le procureur.

L’autre circuit a été relevé par le journal L'Économiste. Des centaines de camions-citernes s’approvisionnent au Niger et au Bénin, avec des documents bien établis, mais le carburant en transit pour le Mali ne passe pas la frontière. « Il se retrouve dans certaines zones occupées par les groupes terroristes au  Burkina Faso », selon le journal. Ces trafiquants passaient les différents postes de douane, de police et de gendarmerie sans aucune difficulté comme s’ils accomplissaient des activités licites, fait savoir le procureur.

►À lire aussi : Afrique économie - Sahel: la ruée vers l'or profite aussi aux groupes armés et terroristes

Côte d’Ivoire : les Kacou Diagou, une assurance toute africaine

Mis à jour le 24 septembre 2021 à 15:43


Jean Kacou Diagou entouré de ses filles Mansan Dominique Diagou Ehilé et Bénédicte Janine Kacou Diagou.

« La finance en héritage »  En Côte d’Ivoire, qui s’intéresse de près ou de loin à la finance n’a pas pu passer à côté de la saga Kacou Diagou. De l’empire financier NSIA, on retiendra avant tout une histoire africaine.

Ne leur dites pas que la success story NSIA est une histoire familiale. « Le positionnement du Groupe NSIA est de sortir justement des « dynasties » pour faire correspondre l’image de NSIA au projet d’entreprise adopté, celui d’une Groupe financier africain », explique-t-on au sein de l’entreprise.

La narration de la célèbre famille ivoirienne de la finance ne peut être réduite à une simple transmission de père en filles. C’est déjà l’histoire d’un homme, l’une des premières fortunes de Côte d’Ivoire, qui a réussi à bâtir un empire financier ex nihilo, à l’âge de 50 ans.

Entrepreneur sur le tard  à son grand regret Jean Kacou Diagou (JKD) met sur les rails la Nouvelle société d’assurance interafricaine en 1995. En quelques années, il bâtit un ambitieux groupe de bancassurance dont le holding est aujourd’hui niché au cœur du Plateau à Abidjan, l’empreinte régionale est forte (12 pays) et les reins solides (15 milliards de F CFA de bénéfices en 2019 ; soit près de 23 millions d’euros). Le groupe, renommé NSIA en 2002, ne vise pas moins que le top 5 dans chacun de ses pays d’implantation.

Par le fruit du non-hasard, JKD a tenu à ce que ses enfants goûtent tôt à la matière qui occupe ses journées. « Pour chacun de ses enfants, mon père avait défini un métier », racontait sa fille Bénédicte Janine Kacou Diagou dans une interview à un média ivoirien au début de janvier 2021. Celle qui se rêvait pédiatre quand elle étudiait au Cours Sainte-Marie de Hann à Dakar a embrassé des études d’expertise comptable, puis est sortie diplômée en finance de la Middlesex University à Londres.


Janine Kacou Diagou   NSIA

 

Une même vision

Bénédicte Janine entame sa carrière en tant qu’auditrice à Citibank et dans un groupe pétro-gazier, avant d’entrer à NSIA en 1999, à 26 ans. Elle reconnaît, non sans plaisir, avoir la confiance et la bénédiction de son père dans l’exercice de son activité, comme tout au long de son parcours dans l’entreprise. Une reconnaissance que ce dernier illustre, en parlant de sa propre succession à la tête du groupe : « Nous partageons la même vision ; et je ne suis pas inquiet, sur le plan de la technicité, elle est peut-être plus qualifiée que moi », disait-il en 2017 lors d’une interview au magazine télévisé Réussite.

LEUR PÈRE, AVANT DE CONNAÎTRE CE DESTIN ENTREPRENEURIAL, AVAIT BIEN FAILLI FINIR PRÊTRE

Pour l’heure, les traits amincis à la suite d’une longue maladie qui l’a frappée en 2020 et dont elle se dit aujourd’hui guérie, Janine aborde les affaires avec philosophie. Place aux jeunes, auxquels d’ailleurs l’aînée des Diagou fait la part belle sur les réseaux sociaux, et qu’elle encourage via sa fondation BJKD qui promeut l’entrepreneuriat dans la sous-région.

De son côté, sa sœur Mansan Dominique Diagou Ehilé, de trois ans sa cadette, se voyait elle interprète ou journaliste. Leur père, qui a bien failli finir prêtre après son séminaire, l’a poussée vers le marketing. Elle tombera elle aussi dans la finance, étrennant les diplômes à l’Institut franco-américain de management, puis à la Bryant University aux États-Unis et à l’Essec en France.

Dominique Diagou a commencé sa vie professionnelle à la SIR comme cadre financier. Elle poursuit à la trésorerie de Côte d’Ivoire Telecom avant d’intégrer le groupe NSIA en 2004. Elle aussi prend de plus en plus de responsabilités, notamment au sein de la branche assurance Vie du groupe, qu’elle dirige de 2012 à 2017.

Dominique Diagou-Ehile

DR

Des pôles incontournables

Aujourd’hui les filles Diagou occupent des postes clés au sein de l’entreprise. Dominique est DG adjoint du groupe NSIA, chargée du pôle assurance, tandis que Janine est depuis 2015 DG du groupe ainsi que DG adjointe de son holding NSIA Participations.

EN 2019, ANGE KACOU DIAGOU FONDE NEW DIGITAL AFRICA

Mais la deuxième génération ne serait pas complète sans les cadets de la fratrie. Pour Ange Kacou Diagou, le dessein a été de le former à l’informatique. Incontournable lorsqu’on lance une entreprise à la croissance rapide. En vingt-cinq ans, NSIA est passé d’une société ivoirienne de dix employés, avec un capital de 300 millions de F CFA à un groupe qui compte 2 800 employés dans douze pays, selon les derniers chiffres publiés. Propulsé au sixième rang dans la zone Umoa, avec 5,5 % du marché, après l’acquisition de la nigériane Diamond Bank en 2017 et l’entrée en Bourse de sa filiale NSIA Banque Côte d’Ivoire. Les structures se doivent d’être à la hauteur.

Ainsi, Ange Kacou Diagou fera les belles heures des systèmes d’informations du groupe pendant dix ans, terminant DG de sa filiale NSIA Technologies, fournisseur de services d’ingénierie informatique. En 2019, il lance New Digital Africa, sur les bases de NSIA Technologies, et l’installe au sein de la zone franche technologique de Grand-Bassam (le Vitib pour Village international pour les technologies de l’information et la biotechnologie).

De son côté, son frère Franck Olivier Diagou (titulaire d’un MBA en finance de Butler University, aux États-Unis) a été chargé d’affaires grandes entreprises puis chef de département réseau des particuliers et TPE à NSIA Banque Côte d’Ivoire entre 2011 et fin 2019. Ce quatrième financier de la famille, est, depuis le début de cette année, directeur central de la filiale NSIA Asset Management.

Éloigné du clan de financiers ab initio, Patrick Diagou s’est envolé pour Vancouver au Canada pour se former au marketing et au graphisme. Il est revenu en terres abidjanaises il y a un peu plus de cinq ans, bardé de deux diplômes mais avec un regard acéré sur son environnement. C’est son père qui a présidé l’inauguration de son studio de photographie, en présence d’un parterre de personnalités publiques et privées triées sur le volet.

 ANGE DIAGOU


NSIA

Un pari très calculé

Alors, la finance dans les gènes ? Probablement. Un groupe familial ? La définition déplaît en haut lieu. En l’occurrence, s’il est vrai que Jean Kacou Diagou a su insuffler le goût des affaires à trois de ses enfants, et celui de la finance à ses filles en particulier, il ne s’est pas pour autant reposé exclusivement sur le socle familial pour construire son empire.

Déjà, son parcours et son expérience l’ont conduit à prendre un « pari très calculé » quand il lance NSIA. Jeune diplômé de l’École nationale d’assurances à Paris, Jean Kacou Diagou entre au service Sinistres de SIA, une agence de l’Union des assurances de Paris (UAP), puis devient secrétaire de section de l’UAP en Côte d’Ivoire, avant d’être nommé DG de l’Union africaine, filiale de UAP au début des années 1980. Grimpant les échelons dans ce groupe, il y finit vice-président jusqu’à son départ en 1994. À ce moment-là, l’idée de NSIA a germé, ses anciens partenaires et employeurs tordent du nez mais Kacou Diagou pourra compter sur ses réseaux et son entregent pour fonder sa propre compagnie d’assurance, sur capitaux africains.

NOTRE PROJET D’ENTREPRISE EST DE RESTER AFRICAIN

Le succès du tycoon ivoirien le conduira à la tête de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), le patronat national, onze années durant, jusqu’en 2016. Et c’est sans doute le profil de l’homme discret mais prolifique qui séduira bon nombre de partenaires – en dehors, donc, du cercle familial.

De fait, NSIA a été l’un des premiers acteurs ivoiriens à ouvrir son capital à des investisseurs institutionnels étrangers (Emerging Capital Partners – ECP –, puis Amethis, Banque nationale du Canada et enfin Swiss Re). Les parts sont minoritaires, les arrangements âprement négociés (avec sa fille Janine d’ailleurs, très présente dans les négociation pour la sortie d’ECP et l’entrée de BNC au capital). Comme le disait le fondateur du groupe à Jeune Afrique en décembre 2019 : « Notre projet d’entreprise est de rester africain et que le capital soit détenu en majorité par des investisseurs africains. » Une plus grande famille, donc ?