Vu au Sud - Vu du Sud

Au Togo, la fronde gagne l’ANC de Jean-Pierre Fabre

Sept membres de l’Alliance nationale pour le changement réclament la démission de leur président et celle du bureau national en raison, selon eux, de leur « collaboration coupable » avec le régime de Faure Essozimna Gnassingbé.

Par  - à Lomé
Mis à jour le 29 décembre 2022 à 15:11

 

 fabre

 

L’opposant togolais Jean-Pierre Fabre (ici en février 2020) n’a récolté que 4,68 % des suffrages lors de la dernière présidentielle, en 2020. © PIUS UTOMI EKPEI/AFP.

 

À peine Patrick Lawson, premier vice-président et cofondateur de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), inhumé, la fronde a gagné les rangs du parti. Le 11 décembre, sept de ses membres – dont Tévi Nathaniel Lawson, autre figure du mouvement, et des ex-responsables de la fédération internationale Europe-Asie – ont exigé la démission de Jean-Pierre Fabre et de l’ensemble du bureau national.

À LIRETogo : dix choses à savoir sur l’opposant Jean-Pierre Fabre

Les frondeurs reprochent à leur président et à ses lieutenants une « collaboration secrète avec le régime de Faure Gnassingbé » qu’ils assimilent à une « trahison de [leur] lutte politique ». « Nous avons à plusieurs reprises dénoncé la ligne politique collaborationniste prise par le bureau national depuis la convention de 2020 », indiquent-ils dans une lettre envoyée à Fabre, dans laquelle ils pointent sa « proximité coupable » ainsi que celle de membres de l’ANC avec des cadres du régime de Faure Essozimna Gnassingbé.

L’hommage controversé de Bawara à Lawson

Les frondeurs se sont manifestés quelques jours après l’hommage rendu le 26 novembre à Patrick Lawson – décédé le 23 octobre à 70 ans après une longue maladie – par Gilbert Bawara, ministre de la Fonction publique et figure de l’Union pour la République (Unir, au pouvoir). Ce proche de Faure Essozimna Gnassingbé avait alors évoqué la relation très amicale qu’il entretenait avec l’opposant depuis plus de dix ans.

À LIRETogo : le parti de Faure Gnassingbé, dix ans et peu d’opposants

« Même dans les chamailleries, les bouderies et les fâcheries, on avait du mal à s’en éloigner. […] Les relations cordiales et confiantes entre Patrick et moi ne doivent rien au hasard. Je savais l’estime que lui vouait le président Faure », avait notamment déclaré Bawara. Et d’ajouter : « Lorsqu’il fut porté à son attention l’état de santé très préoccupant de Patrick, Faure Gnassingbé a décidé de dépêcher au chevet du malade son médecin personnel, puis fit prendre des dispositions diligentes pour son évacuation et sa prise en charge convenable hors du pays. » Gilbert Bawara avait également fait part de la demande de l’opposant, une fois rentré à Lomé, de « rencontrer et [de] remercier le chef de l’État ».

Une proximité qui ne passe pas

Il n’en fallait pas plus pour que les frondeurs dénoncent rapidement une « haute trahison ». Selon eux, la collaboration entre des cadres de l’ANC et le pouvoir remontent à la présidentielle de 2015, officiellement remportée par Faure Essozimna Gnassingbé avec plus de 58 % des voix. « Au moment où des militants se faisaient tabasser, emprisonner, jeter en exil ou même tuer, des cadres du parti se retrouvaient avec les barons du régime pour rigoler ensemble », déplorent-ils.

À LIRETogo : Jean-Pierre Fabre, Gerry Taama, Agbéyomé Kodjo ou Tikpi Atchadam… Qui incarne vraiment l’opposition ?

Dans leur lettre, les frondeurs exigent la démission immédiate du bureau national du parti, la mise en place d’une cellule de crise chargée de gérer les affaires courantes, la convocation d’un congrès extraordinaire et l’élection d’un nouveau bureau national.

Sans fondement juridique

Selon Éric Dupuy, conseiller spécial de Jean-Pierre Fabre et porte-parole de l’ANC, cette lettre est une « tempête dans un verre d’eau » qui n’a aucun fondement juridique au regard des statuts et du règlement intérieur du parti. « Les signataires de cette fameuse lettre ont eu la probité de préciser qu’ils sont des ex-membres de la fédération internationale Europe-Asie. Je ne sais donc pas sur quoi ils se basent pour adresser une telle lettre au bureau national », s’interroge-t-il.

À LIRETogo : la décentralisation à l’épreuve des régionales de 2023

Sorti fragilisé de la présidentielle de 2020, lors de laquelle il n’a récolté que 4,68 % des suffrages (contre plus de 35 % en 2015 et près de 34 % en 2010), Jean-Pierre Fabre, détrôné de son statut de chef de file de l’opposition par Agbéyomé Kodjo, est depuis deux ans en pleine opération reconquête et remobilisation de ses militants. Pour l’instant sans grand succès.

En Algérie, Tebboune maintient le pouvoir d’achat sous perfusion

En annonçant des largesses aux petites bourses du secteur public, le pouvoir entend tenir ses promesses électorales et calmer la grogne sociale. Mais gare au risque d’inflation.

Mis à jour le 27 décembre 2022 à 15:39
 
 
 tebboune
 

 

Le chef de l’État algérien Abdelmadjid Tebboune lors d’une conférence de presse au palais d’El-Mouradia, le 17 novembre 2022, à Alger. © PRESIDENCY OF ALGERIA/HANDOUT/ANADOLU AGENCY via AFP.

 

C’est le cadeau de fin d’année du président Abdelmadjid Tebboune à certaines catégories sociales dont le pouvoir d’achat est bien entamé par la crise économique que connaît l’Algérie depuis quelques années déjà. Le chef de l’État a décidé, lors de la réunion du Conseil des ministres qui s’est tenue le 25 décembre, de procéder à la revalorisation de salaires, de pensions de retraite et de l’allocation chômage à partir de janvier 2023.

À LIREAlgérie : avec la flambée du pétrole, le retour de la paix sociale ?

Concrètement, quelque 2,8 millions fonctionnaires doivent voir leur rémunération augmenter de 47 % d’ici à 2024, soit une hausse de salaire estimée entre 4 500 et 8 500 dinars (entre 31 et 58 euros) par mois, selon les catégories. Quant à l’allocation chômage, elle doit passer de 13 000 à 15 000 dinars par mois.

Pour ce qui est des petites retraites, elles connaîtront une hausse de 5 000 dinars. Le seuil minimum est ainsi fixé à 15 000 dinars mensuels pour ceux qui percevaient moins de 10 000 dinars par mois et à 20 000 dinars pour ceux qui touchaient jusqu’ici une retraite de 15 000 dinars.

Spirale inflationniste

Ces annonces s’inscrivent dans la droite ligne de l’engagement pris par Tebboune lors de la campagne pour la présidentielle du 12 décembre 2019 d’améliorer les conditions de vie des petites bourses algériennes. Lors d’un entretien télévisé diffusé il y a quelques jours, le 22 décembre, le chef de l’État a ainsi confirmé la politique engagée. « Nous sommes à la quatrième phase du processus d’augmentation des salaires et nous continuerons à les élever de manière à assurer une vie décente [aux citoyens] », a-t-il affirmé.

À LIREAlgérie – Flambée des prix : à qui la faute ?

Ce qui soulève toutefois une question : ces augmentations ne risquent-elles pas de provoquer une spirale inflationniste ? En 2022, le taux d’inflation a atteint 9,4 %, selon le Fonds monétaire international (FMI), soit son niveau le plus élevé sur les 25 dernières années, quand bien même la loi de finances 2023 table sur un taux maîtrisé durant les trois prochaines années (5,1 % en 2023, 4,5 % en 2024 et 4 % en 2025).

La menace semble prise au sérieux par le chef de l’État, qui a convenu lors de sa prestation télévisée de la nécessité d’accompagner le processus d’augmentation de salaires d’« un contrôle des prix » et d’un « renforcement de la production ».

À LIREMaroc-Algérie : vers un essoufflement du rattrapage économique

Cette crainte est partagée par Brahim Guendouzi, professeur d’économie à l’université de Tizi Ouzou. « Il faut faire très attention au risque d’emballement des prix susceptible de faire tomber l’économie dans une spirale inflationniste difficilement maîtrisable et pouvant menacer les équilibres économiques et sociaux », pointe-t-il.

Dépendance au cours du pétrole

L’économiste souligne néanmoins que « la loi de finances pour 2023 est calculée sur un prix de référence du baril de pétrole de 60 dollars alors que le prix de marché avoisine aujourd’hui les 100 dollars ». Ainsi, estime-t-il, « l’écart entre les deux permettra d’alimenter le Fonds de régulation des recettes (FRR) qui pourra servir à financer l’énorme déficit budgétaire ».

Autrement dit, les pouvoirs publics disposent d’un levier pour, sinon enrayer la dynamique inflationniste, du moins y faire face. Au-delà des augmentations salariales, le vrai enjeu est, selon Guendouzi, « d’arriver à réaliser une croissance vigoureuse porteuse de création d’emplois et de relance de la consommation », d’autant que « l’économie algérienne n’est pas à l’abri d’un retournement du marché pétrolier international ».

À LIREAlgérie – Pétrole : ce que l’on sait du gisement de Zemlet El Arbi

M’hamed Hamidouche, expert en économie auprès d’institutions internationales, se montre lui plus optimiste, pariant sur un scénario différent de celui de 2008. À cette époque, les augmentations salariales octroyées aux fonctionnaires n’avaient pas été immédiatement perçues mais versées un an après leur annonce avec un rappel d’une année et demie. Cela avait engendré « la circulation d’une quantité importante de monnaie, provoquant une inflation galopante ».

Ici, « les augmentations doivent être perçues dès janvier 2023, et l’inflation ne devrait se ressentir que dans plusieurs mois et de façon plus diffuse », expose le spécialiste.

Le secteur productif, grand oublié

Selon Hamidouche, le gouvernement a changé de modèle, souhaitant actionner le levier de la consommation plutôt que celui de la dépense publique comme c’était le cas par le passé. Les hausses de salaires doivent ainsi « se traduire par une augmentation de la consommation des ménages, qui doit générer une hausse du chiffre d’affaires des entreprises, alimentant la fiscalité et l’investissement avec, in fine, des gains d’emplois ».

À LIREAlgérie – Pouvoir d’achat : pourquoi les mesures annoncées par Tebboune sont jugées insuffisantes

« Avec ce modèle, on peut espérer une croissance de plus de 5 %, supérieure aux prévisions de moins de 3 % de la loi de finances 2023 ou encore des institutions monétaires internationales comme le FMI et la Banque mondiale », assure-t-il.

Certains observateurs sont plus réservés, pointant des failles dans le dispositif. Habib Si Ali, expert consultant en droit du travail et ressources humaines, déplore l’existence d’« oubliés de ces augmentations », à savoir les travailleurs du secteur productif privé et de celui public. « Ces derniers doivent attendre, le ministre du Travail renvoyant à la négociation collective pour toute décision d’augmentation des salaires pour cette catégorie, détaille-t-il. Or, la négociation collective n’est pas obligatoire dans le droit algérien. De plus, les discussions de la fameuse tripartite gouvernement-UGTA [Union générale des travailleurs algériens]-patronat sont gelées depuis 2017. »

Scrutin clé pour Patrice Talon : cinq questions pour comprendre les législatives au Bénin

À trois ans de la prochaine présidentielle et alors que le président a assuré qu’il ne briguerait pas de nouveau mandat, ces élections s’annoncent comme un véritable test. D’autant que l’opposition pourra pleinement y participer.

Mis à jour le 27 décembre 2022 à 17:55
 
 

 vote

 

Jeune Afrique – Bénin © MONTAGE JA : Yanick Folly / AFP ; SLON PICS/FREEPIC

Le décryptage de JA – À l’heure où est sifflée la mi-temps du second et dernier mandat de Patrice Talon, débuté en 2021, ces législatives s’annoncent comme un test pour les principales formations politiques béninoises. Tant la mouvance présidentielle que l’opposition s’apprêtent à opérer une vaste redistribution des cartes à trois ans de la présidentielle de 2026.

Le 8 janvier prochain, 6,6 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour élire la nouvelle Assemblée nationale. Quatre ans après les législatives de 2019, marquées par des violences électorales, des appels au boycott et un très fort taux d’abstention, le premier enjeu de ce scrutin sera la participation.

L’abstention devrait cependant être en net recul : pour la première fois depuis 2015 en effet, le scrutin sera « ouvert », et les Béninois pourront glisser dans l’urne un bulletin frappé du nom de l’un des opposants en lice. Ces derniers ont cependant un obstacle de taille à lever. Pour obtenir des sièges, la liste sur laquelle ils figureront devra impérativement dépasser le seuil de 10 % de voix.

1. Pourquoi les députés n’auront-ils qu’un mandat de trois ans ?

Si les députés sortants s’apprêtent à clore un mandat de quatre années, l’Assemblée nationale issue du scrutin du 8 janvier prochain ne siègera que trois années. Un « Parlement de transition » dû à la réforme du système politique lancée par le président dès son premier mandat. Le but est de parvenir à organiser des élections générales au Bénin en regroupant les scrutins locaux, législatif et présidentiel, à l’image de ce que fait son voisin nigérian en une seule et même année.

Le calendrier fixé prévoit donc que les prochaines élections législatives et communales se tiennent le même jour, en janvier 2026, quelques semaines avant la présidentielle qui doit se dérouler en avril.

Autre nouveauté : le nombre de députés va passer de 83 à 109 et 24 sièges seront exclusivement réservés aux femmes, à raison d’un par circonscription.

À LIREVictor Topanou : « Le Bénin traverse une crise de croissance démocratique »

Cette refonte du calendrier a été menée par étapes, en parallèle de la réforme du système partisan qui a conduit à la limitation drastique du nombre de formations, avec pour philosophie affichée la simplification et la clarification du jeu politique.

En faisant précéder la présidentielle par des législatives, la réforme conduite par le chef de l’État aura aussi pour conséquence de renforcer le rôle du Parlement vis-à-vis de l’exécutif. Un paradoxe pour Patrice Talon, adepte d’une gouvernance verticale – que l’on a pu qualifier sous d’autres latitudes de « pouvoir jupitérien ».

Les partisans de cette réforme soulignaient que des économies allaient être réalisées grâce à la quasi-concomitance des scrutins et que ce calendrier permettrait de mettre fin à la « campagne électorale permanente » qui mobilisait auparavant le Bénin.

2. S’agit-il des premières élections législatives inclusives de l’ère Patrice Talon ?

Oui. L’Assemblée nationale sortante a été qualifiée de « Parlement monocolore » par ses détracteurs. En cause, les conditions dans lesquelles s’est tenu le scrutin législatif de 2019, qui ont provoqué une grave crise politique.

Le gouvernement avait en effet renforcé de manière drastique les conditions permettant à un parti de se présenter aux élections. D’une part, il fallait justifier de la présence de candidats dans l’intégralité des circonscriptions – un moyen d’éviter les micropartis « régionalistes », voire « ethnicistes », selon les avocats de la réforme. D’autre part, chaque formation devait obtenir des récépissés pour obtenir sa reconnaissance légale, ce qui a créé une âpre bataille politique, administrative et judiciaire.

Tout cela, doublé de l’intransigeance du ministère de l’Intérieur, a conduit à une élection en forme de match amical. Seuls l’Union progressiste et le Bloc républicain, les deux partis appartenant à la mouvance présidentielle, ont été autorisés à présenter des candidats en 2019.

À LIREAu Bénin, une majorité « monocolore » tout en nuances

Cette fois, sept formations sont en lice. D’un côté, l’Union progressiste pour le renouveau (UP-R), le Bloc républicain (BR), le Mouvement des élites engagées pour l’émancipation du Bénin (MOELE-Bénin) et l’Union démocratique pour un Bénin nouveau (UDBN), qui se réclament de la mouvance présidentielle. De l’autre, une opposition représentée par les Force cauris pour un Bénin émergent (FCBE), le Mouvement populaire de libération (MPL) et le parti Les Démocrates (LD).

Ce dernier, créé par Thomas Boni Yayi après que l’ancien président avait claqué la porte des FCBE, a bien failli ne pas pouvoir présenter de candidats à nouveau. Le 16 novembre, la Commission électorale nationale autonome (Cena) n’avait en effet pas retenu sa liste, arguant notamment d’un défaut de documents des impôts pour certains des candidats présentés par LD. La Cour constitutionnelle a cependant tranché en sa faveur dès le lendemain, en soulignant que l’erreur était imputable à l’administration fiscale, et non aux candidats.

3. Quel est l’objectif de l’opposition dans ce scrutin ?

Sauf surprise, aucune des listes de l’opposition ne semble en capacité d’arriver en tête au niveau national. Pour les FCBE comme pour Les Démocrates, les deux principaux partis d’opposition en lice – en concurrence frontale tant ils se partagent le même électorat –, l’objectif est donc avant tout d’engranger suffisamment de voix pour obtenir le statut de chef de file de l’opposition.

Une position avant tout symbolique. Paul Hounkpè, secrétaire exécutif national des FCBE, a été le premier à se voir attribuer ce rôle, au lendemain des élections locales de 2021, auxquelles son parti avait été le seul issu de l’opposition à avoir été autorisé à participer. Mais force est de constater qu’il n’aura eu qu’un poids modéré dans les débats législatifs et qu’il s’est montré relativement discret sur le plan médiatique.

Une marginalisation de fait que le leader des FCBE espère voir prendre fin au lendemain de l’annonce des résultats. Les députés FCBE se donnent pour mission « de réexaminer toutes les lois “crisogènes” votées avec facilité et dans la précipitation au cours de la mandature qui s’achève », a lancé Paul Hounkpè lors du lancement de la campagne de son parti.

À LIREBénin : face à Patrice Talon, Paul Hounkpè prône le dialogue

Pour Les Démocrates, le pari est équivalent, à une différence majeure : le parti a tout à prouver sur le plan électoral. Éric Houndété, le patron des LD, se trouve dans une position compliquée. Thomas Boni Yayi, fondateur et président d’honneur de la formation, est invisible sur la scène politique intérieure.

L’ancien chef de l’État, vent debout contre Patrice Talon il y a encore quelques mois, semble avoir mis de l’eau dans son vin. Après s’être rapproché de son successeur au fil de rencontres très médiatisées, Thomas Boni Yayi a été nommé médiateur de la Cedeao dans la crise guinéenne. Un rôle qui l’a tenu loin du marigot politique de Cotonou, au sein duquel son positionnement semble de plus en plus difficile à cerner.

Les Démocrates peuvent en tout cas compter sur le soutien d’une partie de l’opposition en exil. « Nous avons le devoir d’exhorter le peuple tout entier à se rendre aux urnes, quelles que soient les inquiétudes et interrogations », écrivent ainsi, dans un texte rendu public en fin de semaine dernière, Léhady Soglo, ancien maire de Cotonou et fils de l’ex-président Nicéphore Soglo, Amissetou Affo Djobo, ancienne députée des FCBE, et Yacoubou Bio Sawè, ancien directeur de cabinet de Boni Yayi, qui s’était porté candidat à la dernière présidentielle aux côtés de Mathieu Kérékou.

4. Les partis de la mouvance sont-ils réellement en concurrence ?

L’Union progressiste – qui s’est adjoint le terme de « renouveau » au cours de la mandature qui s’achève – et le Bloc républicain ont beau avoir fait campagne commune derrière Patrice Talon lors de la dernière présidentielle, l’heure des duels entre barons locaux a sonné. Au-delà d’offrir aux caciques des deux partis l’occasion de préserver leurs fiefs respectifs, le scrutin de ce 8 janvier doit aussi départager les deux mastodontes de la majorité.

À LIREBénin : Patrice Talon, omniprésent, omniprésident

L’UP, avec 47 élus au sein de l’Assemblée sortante, part en position de force. Mais le Bloc républicain, qui domine dans une large partie du nord du pays, espère renverser la tendance à la sortie des urnes. Dans la ligne de mire des deux frères ennemis, gagner un poids électoral suffisant pour prétendre aux meilleurs postes au sein du futur gouvernement.

Dans le cas de l’Union progressiste, l’enjeu est plus crucial encore. D’abord parce que le parti, leader de fait, ne peut se permettre de se retrouver en seconde position. Ensuite parce qu’après les importants changements effectués à sa tête ces derniers mois, elle doit prouver que sa stratégie est la bonne dans la perspective de la présidentielle de 2026.

5. Ces élections permettront-elles d’en savoir plus sur le successeur de Patrice Talon en 2026 ?

C’est le non-dit de ce scrutin, et il occupe pourtant tous les esprits. Patrice Talon, qui a fait inscrire dans le marbre de la Constitution la limitation à deux mandats présidentiels « à vie », ne devrait pas se représenter en 2026. « Il s’y est engagé, il n’y a aucune raison qu’il revienne sur sa parole. C’est un homme d’honneur », assène un proche du chef de l’État lorsqu’on se risque à émettre l’hypothèse d’un troisième mandat.

Le président n’a, pour l’heure, pas désigné de dauphin. Pas plus qu’il ne s’étend sur la question de sa succession, de peur de réveiller les rivalités au sein de son propre camp, alors qu’il n’est encore qu’à mi-mandat. Les ambitions, affichées plus ou moins ouvertement, n’en commencent pas moins à se faire jour. Et dans cette perspective, chaque mouvement au sein des organigrammes des partis de la mouvance est scruté avec une attention redoublée. Comme lorsque Joseph Djogbenou a été choisi pour diriger la liste de l’Union progressiste.

Avocat de Patrice Talon quand celui-ci n’avait pas encore accédé à la magistrature suprême, Djogbénou a été nommé à la tête de la Cour constitutionnelle par le chef de l’État. Une décision qui avait, en son temps, provoqué une vive polémique.

À LIREBénin : proche de Patrice Talon, Joseph Djogbénou rêve-t-il d’un retour en politique ?

Fidèle parmi les fidèle du président, Djogbénou a démissionné de la plus haute juridiction du pays, en juillet dernier, pour se (re)lancer sur la scène politique. Son retour y a été tonitruant : en quelques semaines, il a pris la présidence de l’Union progressiste, où il a succédé à l’incontournable Bruno Amoussou et est devenu une personnalité montante. Le fait que, dans la foulée de sa prise de contrôle de l’UP, Romuald Wadagni, ministre des Finances à qui beaucoup prêtent des ambitions politiques, et Benjamin Hounkpatin, ministre de la Santé, ait été évincés du bureau politique n’est pas anodin. D’aucuns ne manquent d’y voir les premiers signes d’une recomposition de la majorité. Voire l’émergence d’un potentiel successeur de Patrice Talon.

Niger : à Zinder, les murs parlent aux passants

Dans le centre ancien de Zinder, la deuxième ville du pays, les très expressives maisons haoussas se reconnaissent à leurs façades décorées. Un signe extérieur de richesse avant tout conçu pour transmettre un message social, religieux, économique ou même politique. Reportage.

Mis à jour le 22 décembre 2022 à 16:14

 zinder1

 

Le palais du sultanat du Damagaram, dans le quartier fortifié de Birni, à Zinder. © HomoCosmicos/Getty Images

 

Siège du palais du sultan du Damagaram, le quartier fortifié de Birni, construit autour d’énormes massifs granitiques, reste un monde à part. Marcher dans le centre ancien – et toujours bien vivant – de Zinder donne l’impression de déambuler dans un musée à ciel ouvert, où le dédale des rues par endroits sableuses rappelle que le désert n’est pas loin.

À LIRECarnet de route : Zinder l’éternelle

Autour du palais du sultanat de Damagaram, lui-même richement décoré, certaines façades sont encore ornées de dizaines de symboles géométriques aux couleurs primaires – jaune, bleu, rouge –, verts ou blancs. Beaucoup ont été effacés ou abîmés par les intempéries, mais d’autres semblent avoir été récemment repeints, replâtrés ou restaurés. « Le blanc symbolise les qualités du clan, ainsi que la joie. Le rouge représente le pouvoir mystique, le vert l’islam, et le jaune évoque le pouvoir politique, la royauté, c’est une couleur rare et chère », précise Moussa Garba, économiste et spécialiste des Haoussas.

Marques d’identité et d’influence

À l’origine, les quartiers d’habitation s’appelaient zangṑ, ou zongṑterme haoussa qui désigne toute construction provisoire ou campement de nouveaux venus. Avec l’arrivée de marchands et de savants wangarawa, à partir du milieu du XVIe siècle, l’islam s’est imposé chez les Haoussas et, au fil des siècles, ils se sont sédentarisés et concentrés dans les villes, tout particulièrement à Zinder, carrefour commerçant entre Sahara et Sahel, qui abritait de nombreux artisans travaillant le fer, le cuivre et la laine (teinture et tissage).

À une centaine de kilomètres de la frontière avec le Nigeria, la cité est depuis restée un grand marché, longtemps dirigé par les Haoussas, qui se sont enrichis du commerce du sel de Bilma, des graines de kola, des bijoux sénégalais et soudanais, etc.

ON IDENTIFIE MIEUX L’HOMME QUAND ON REGARDE LA FAÇON DONT SA MAISON EST DÉCORÉE

L’architecture haoussa se compose traditionnellement d’une structure à deux étages constituée de murs en adobe, de petites briquettes d’argile et de paille séchées. La plupart de ces constructions ont peu de fenêtres, parfois juste une porte principale, cernée de décorations – et plus une personne est aisée, plus l’entrée de sa maison est grande. Autrefois, l’ornement d’une maison haoussa montrait l’opulence, la richesse de la famille, attestant que ses propriétaires – principalement des commerçants, des chefs religieux ou des marabouts – possédaient un certain niveau de vie. Plus cette villa était couverte de symboles, plus elle prenait de la valeur.

 

 zinder2

 

Façade d’une maison haoussa dans le centre ancien de Zinder. © Roland/CreativeCommons

 

« Ces ornementations sont uniques en Afrique. Les symboles sont des signes parfois secrets, propres à la famille. Ce sont d’abord des marques d’identité : on identifie mieux l’homme quand on regarde la façon dont sa maison est décorée, explique Moussa Garba… Une autre raison majeure est que les Haoussas aiment impressionner les visiteurs. »

Messages et mystères

Au milieu du XXe siècle, les symboles tels que le sabre, le serpent, l’étoile ou le croissant ornaient encore la plupart des murs des villes du sud du Niger. Le dagin arewa (« sceau du Nord ») est le symbole le plus répandu, la marque de fabrique du peuple haoussa. « Il y a une dimension magique et internationale dans la culture haoussa, qui aurait plus de 9 000 ans, explique le journaliste Salissou Issa, spécialiste du sujet. C’est donc un très vieil héritage, qui serait venu du Yemen, en transitant par l’Égypte, et s’est imposé comme une langue et une culture de tout premier plan dans la sous-région. Le premier journal en haoussa, Gaskiya Taxi Kwabo (« La Vérité vaut plus que l’argent »), date de 1930. »

À LIREDe Niamey à Abuja, voyage en pays haoussa

Aujourd’hui, on retrouve ces symboles un peu partout à Zinder, ainsi que, parfois, certaines lettres de l’alphabet haoussa. Réalisés et conçus par des artisans – essentiellement haoussas –, ces décors portent un message social, religieux, économique ou politique. « Ces messages sur les maisons sont apparus très tôt, peut-être même dès l’apparition des premiers royaumes haoussas [au XIe siècle, NDLR]. La maison traditionnelle pouvait contenir toutes les branches de la famille, chaque enfant possédant une partie ou un étage. Autrefois, les Haoussas croyaient au soleil, aux esprits : c’était le magizanci… Les symboles peuvent attester de cette étrangeté », ajoute Moussa Garba.

La persistance d’un style

En 2005, de nombreuses villas en mauvais état du centre de Zinder ont été restaurées, dans le cadre d’un programme du ministère nigérien de la Culture. L’années suivante, le district de Birni et le palais du sultanat du Damagaram ont été ajoutés sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

LES HAOUSSAS AIMENT IMPRESSIONNER LES VISITEURS

À Zinder, comme un peu partout au Niger ou au Nigeria, la tradition haoussa n’a pas totalement disparu et a évolué… Si, pendant longtemps, ces constructions en terre argileuse, avec leurs ornementations, n’étaient qu’une architecture de luxe réservée aux chefs et aux notables, depuis les années 1970, l’usage du ciment a vu apparaître, ici et là, des décorations haoussa sur des murs de crépi.

À LIRENiger : Zinder, ville fière et dépendante

Aujourd’hui, les Haoussas sont l’un des plus grands groupes ethniques d’Afrique de l’Ouest, avec une population de plus de 30 millions de personnes, principalement établies au Nigeria (plus de 20 % de la population) et au Niger (environ 55 % de la population), où leur influence linguistique et culturelle irradie. Au Niger, on les trouve désormais dispersés aux quatre coins du pays et dans les principales grandes agglomérations.

À LIRENiger : Agadez prend son temps

Sans surprise, les façades décorées sont apparues dans d’autres villes, y compris dans la capitale, Niamey. Et même si la maison moderne, avec garage et climatisation, est devenue le nouveau symbole d’un statut social privilégié, l’ornementation des façades revient en force. Chacun veut marquer la société de son empreinte, car, comme le dit le proverbe haoussa : « Mai ɗaki chi ya san inda ke michi ruwa » (« Il n’y a que le propriétaire pour décrire sa maison »).

Mali: les groupes armés suspendent leur participation aux instances de suivi de l'accord d'Alger

 

 accord

 

 

Signature officielle de l'accord de paix d'Alger à Bamako, le 15 mai 2015. (Image d'achives) AFP PHOTO / HABIBOU KOUYATE

La décision a été annoncée ce jeudi 22 décembre dans un communiqué du Cadre stratégique permanent (CSP) qui rassemble la totalité des groupes armés du Nord signataires de l'accord d'Alger en 2015. Ces groupes dénoncent « l'absence persistante de volonté politique des autorités de transition » à appliquer un accord qui semble plus menacé que jamais. Ils suspendent leur participation aux instances de suivi de l'accord tant qu'une réunion d'urgence avec le gouvernement malien « en terrain neutre » n'est pas organisée.

Depuis 2015, la mise en œuvre de l'accord de paix a connu de nombreux blocages, mais cette suspension en forme d'ultimatum de la part des groupes armés signataires marque une nouvelle étape, et peut-être cruciale.

Les ex-rebelles indépendantistes de la CMA demandent depuis deux semaines une réunion d'urgence « en terrain neutre », comprendre en Algérie où cet accord avait été négocié, ou ailleurs, mais pas au Mali. Ils sont à présent rejoints par les groupes dits « loyalistes » de la Plateforme, qui ont toujours défendu l'unité du Mali.

Dégradation des relations avec Bamako

Tous estiment que les autorités maliennes de transition ne sont pas suffisamment engagées dans l'application de l'accord de paix et attendent des actes concrets de Bamako sur le processus de désarmement des groupes signataires et l'intégration de leurs cadres militaires dans la hiérarchie de l'armée malienne reconstituée, pour ne citer que la dernière pierre d'achoppement.

Plus globalement, les groupes armés déplorent la dégradation de leurs relations, depuis deux ans, avec les autorités maliennes de transition et questionnent clairement la volonté réelle de Bamako de maintenir l'accord de paix en vie. D'où cette demande de réunion d'urgence, censée mettre toutes les parties devant leurs responsabilités.

Il y a une semaine, par communiqué, la médiation internationale n'avait pas exclu la possibilité d'une telle réunion, sans non plus l'encourager. Il revient à l'Algérie, son chef de file, de « prendre les initiatives nécessaires. »

« Mise en œuvre intelligente »

L'impasse actuelle pourrait-elle conduire à une reprise des armes ? C'est évidemment la conséquence, à terme, la plus concrète à redouter.  

Malgré les sollicitations de RFI auprès du ministère de la Réconciliation nationale et du porte-parole du gouvernement, Bamako n'a pas souhaité réagir, ni à la demande de réunion en terrain neutre, ni à cette suspension de la participation des groupes armés aux mécanismes de suivi de l'accord.

Les autorités maliennes de transition ont toujours officiellement affirmé leur implication dans l'accord, quitte à envisager une « relecture » ou une « mise en œuvre intelligente. »