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Inondations, sécheresses, montées des eaux… Ce que le rapport du Giec dit sur l’Afrique

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Des sinistrés de Kirkissoye, près de Niamey, victimes des inondations, le 27 août 2020.

Le continent est responsable de moins de 4 % des émissions de carbone mais subit déjà de plein fouet le changement climatique. Et les projections ne sont guère rassurantes… « Jeune Afrique » fait le point en infographie.

Des incendies au Maghreb aux inondations au Sahel en passant par Madagascar, où le dérèglement climatique est à l’origine de la pire crise alimentaire qu’ait connue l’île depuis quarante ans, les catastrophes naturelles qui se succèdent sur le continent offrent un avant-goût amer des prévisions de l’ONU.

« Sans précédent »

Après quatre ans de travail, les conclusions du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), publié le 9 août, sont sans équivoque. Le réchauffement de la planète est d’origine humaine et il pourrait atteindre le seuil de + 1,5 °C autour de 2030, conduisant à des désastres dont l’ampleur sera « sans précédent ».

Selon le Giec, l’Afrique est – et sera – particulièrement touchée : les extrêmes climatiques vont continuer de frapper le continent, avec encore plus d’intensité et de fréquence. Conséquences ? Une diminution des rendements agricoles et des ressources en eau douce (déjà faibles), une multiplication des maladies et des espèces jugées « ravageuses » et des millions de déplacés.

Jeune Afrique a passé au crible ce rapport historique pour comprendre les changements auquel le continent doit se préparer.

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[Mali, un an de crise] Assimi Goïta a-t-il pris goût du pouvoir ?

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Mis à jour le 19 août 2021 à 11h05
Le colonel Assimi Goïta, chef de la junte au pouvoir au Mali, le 24 août à Bamako avant une rencontre avec les représentants de la Cedeao.
Le colonel Assimi Goïta, chef de la junte au pouvoir au Mali, le 24 août à Bamako
avant une rencontre avec les représentants de la Cedeao. © Baba Ahmed/AP/SIPA


[4/5] Assimi Goïta affirme ne pas vouloir du pouvoir, mais rien ne se décide sans qu’il ne soit consulté. Et il n’est pas sûr que le tombeur d’IBK, devenu vice-président de la transition en septembre 2020, accepte de s’effacer.

Deux coups d’État en moins d’un an. Le Mali, déjà plongé dans une situation sécuritaire et économique difficile, tente aujourd’hui de se relever d’une énième crise provoquée par l’irruption de l’armée sur la scène politique. De la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta, le 18 août 2020, à celle de Bah N’Daw, en mai dernier, nous vous proposons cette semaine de revivre les moments marquants de la prise de pouvoir par Assimi Goïta.  Aujourd’hui, portrait de ce dernier, en jeune colonel, alors qu’il n’avait pas encore pris la décision de s’asseoir lui-même sur le trône dont il a chassé IBK. 

Costume bleu marine impeccable, sourire perceptible malgré le masque, Nana Akufo-Addo se tient sur le perron du Peduase Lodge. Ce 15 septembre, la résidence secondaire des présidents du Ghana, située sur les hauteurs d’Accra, abrite une réunion des chefs d’État de la Cedeao sur le Mali. Akufo-Addo observe son hôte grimper les escaliers : Assimi Goïta, jeune colonel de 37 ans devenu, à la faveur du putsch du 18 août, le président du Comité national du salut du peuple (CNSP).

Assimi Goïta est-il tendu ? Proclamé chef de l’État depuis la publication par le CNSP d’un acte fondamental au Journal officiel le 27 août, il sait que cette rencontre est l’occasion inespérée de convaincre la communauté internationale de sa bonne foi.

Pour la première fois, les militaires qui ont renversé Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) ont la possibilité de s’expliquer face aux présidents de la sous-région qui exigent qu’ils regagnent leurs casernes. « Nous ne tenons pas au pouvoir », aiment répéter les membres de l’entourage de Goïta. Mais n’y ont-ils pas déjà pris goût ?

Le nouvel homme fort

Un mois et demi a passé depuis qu’IBK a été contraint à la démission. Assimi Goïta n’a pas troqué son treillis contre un boubou de chef d’État : il porte toujours le même uniforme que les Forces spéciales qui assurent sa sécurité et continue à circuler en Hummer.

Depuis son petit bureau du poste de commandement de la base militaire de Kati, auquel mène un escalier vétuste, il a procédé à des nominations à des postes stratégiques de l’armée et s’est entouré d’un cercle restreint de fidèles, qui le conseillent sur les questions juridiques, diplomatiques ou relatives à la communication. Il préside les réunions avec les partenaires internationaux, rencontre des personnalités influentes et a été nommé, le 21 septembre, vice-président de la transition. Cela ne fait aucun doute : c’est lui, le nouvel homme fort du Mali.

Dans la salle, ce 15 septembre, les échanges sont houleux. Le jeune sous-officier, habituellement réservé, doit se défendre. Il expose les conclusions des concertations nationales qui ont réuni les Maliens, du 10 au 12 septembre, à Bamako. Une charte et une feuille de route de la transition ont été élaborées.

Rencontre tendue


Assimi Goïta, derrière le président nigérien, Mahamadou Issoufou, à Accra, le 15 septembre 2020. © REUTERS/Francis Kokoroko

Un diplomate, qui a assisté à la rencontre, raconte la tension ambiante : « Assimi Goïta a clairement dit que les putschistes voulaient assurer la présidence de la transition, car il n’y a pas, selon eux, de civils neutres. Ils estiment que tous se sont compromis avec les anciens régimes. » Et d’ajouter : « Il a également demandé aux chefs d’État de lever les sanctions contre le Mali. Face à leur intransigeance, il est devenu nerveux. »

« Autant Sanogo [auteur du coup d’État qui a renversé Amadou Toumani Touré en 2012] était la caricature du militaire inculte qui arrive au pouvoir, autant Goïta est le symbole de l’opérationnel qui se retrouve embourbé dans des tractations politiques et stratégiques », résume Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute.

« [Les putschistes] sont de jeunes officiers de terrain. Ils sont par définition novices dans la gestion du pouvoir et se retrouvent du jour au lendemain à devoir s’occuper de gouvernance et de diplomatie et à participer à des médiations », confirme Hamidou Boly, représentant de la Cedeao au Mali.

De retour à Bamako, le bilan est mitigé. Mais, pour Goïta, le fait d’avoir été invité par Akufo-Addo et d’avoir pu s’entretenir en tête à tête avec le Guinéen Alpha Condé et avec le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré est déjà une forme de « reconnaissance ».

Assimi Goïta, l’inconnu

Le 19 août, lorsque le monde découvre à l’ORTM les visages des tombeurs d’IBK, celui d’Assimi Goïta est le moins connu de tous. À ses côtés, le colonel Malick Diaw, chef adjoint du camp de Kati, le colonel Sadio Camara, ancien directeur du Prytanée militaire de Kati, le colonel Modibo Koné, membre de la garde nationale et ancien commandant à Koro, et le colonel-major Ismaël Wagué, chef d’état-major adjoint de l’armée de l’air.

Mais c’est à Goïta qu’est confiée la direction du CNSP. « Contrairement à ce qu’il s’est passé en 2012, ce coup d’État résulte d’une synergie entre officiers de plusieurs corps, souligne le chercheur Marc-André Boisvert, spécialiste de l’armée malienne. Ce putsch n’a pas nécessairement été planifié, mais il a été mûri. »

Fils d’un capitaine à la retraite, Goïta est issu d’une famille modeste. Il est originaire de Koutiala, dans la région de Sikasso, mais il a grandi à Koulikoro, à une soixantaine de kilomètres de Bamako – la famille s’y est installée à la faveur d’une affectation du père. Ses enseignants se souviennent d’un enfant appliqué et consciencieux. « C’était un très bon élève, raconte l’un d’eux. Il était assidu et solitaire. »

Plusieurs de ses frères et sœurs s’enrôleront, mais Assimi Goïta est le plus gradé de la fratrie. C’est un pur produit des écoles et des centres de formation de l’armée malienne : il intègre le Prytanée militaire de Kati en 1992 et se fait vite remarquer par ses instructeurs. Comme tous les autres leaders du CNSP, il est également passé par l’École militaire interarmes de Koulikoro. Là, il choisit l’armée de terre, spécialité « armes blindées et cavalerie ».

À sa sortie, en 2002, il est affecté au 134e escadron de reconnaissance de Gao. Il y reste trois ans puis rejoint le 123e escadron de reconnaissance de Kidal en tant que chef adjoint jusqu’en 2008. La même année, il est nommé commandant d’un groupement tactique chargé de lutter contre les groupes terroristes et les narcotrafiquants à la frontière entre le Mali et l’Algérie.

Goïta occupe par la suite différents postes à travers le pays, avant d’être détaché comme coordinateur des opérations spéciales du ministère de la Défense auprès du ministère de la Sécurité après l’attaque terroriste du Radisson Blu, en 2015.

En parallèle, il se forme en Allemagne, au Gabon et aux États-Unis. En août 2016, il se rend au Centre européen d’études de sécurité George C. Marshall, qui dépend du département américain de la Défense et du ministère fédéral allemand de la Défense. Sur l’une des rares photos de lui prises avant le coup d’État qui circulent sur internet, on le voit, rasé de près, poser à Garmisch, en Bavière, avec son diplôme.

« Posé et réfléchi »


Le colonel Assimi Goïta devenu « chef de l’État » malien, le 24 août à Bamako. © Baba Ahmed/AP/Sipa

Jusqu’au 18 août, le colonel Goïta commandait le Bataillon autonome des forces spéciales et des centres d’aguerrissement (BAFS-CA), créé en mai 2018 et basé à Sofara, dans le Centre du Mali, une région où l’armée est régulièrement accusée d’exécutions extrajudiciaires par l’ONU et des ONG. La fonction lui vaut le rang de sous-chef d’état-major de l’armée. « Son grade et son poste lui ont conféré une certaine notoriété au sein de la troupe, y compris en dehors de son bataillon », souligne un officier malien

Un haut gradé qui le connaît le décrit comme « posé et réfléchi ». « Il est proche des troupes et à l’écoute de ses hommes », ajoute un connaisseur de l’armée malienne selon lequel l’arrivée au pouvoir de ces colonels marque un tournant dans les relations entre la hiérarchie et les soldats déployés sur le front.

Peu de temps après le putsch, les colonels Sadio Camara et Modibo Koné, respectivement deuxième et troisième vice-présidents du CNSP, ont d’ailleurs rendu visite aux hommes engagés, notamment dans le centre du Mali, afin de les rassurer et d’écouter leurs griefs. Et ce n’est pas un hasard si, le 6 septembre, Goïta a assisté aux funérailles des dix soldats morts à Guiré deux jours plus tôt : le président du CNSP a besoin de se montrer auprès de ses troupes. « Il est en quête de solennité et tente de se construire une stature de chef de l’État », explique Bakary Sambe.

Un junte de plus en plus décriée


L’imam Dicko, sur la place de l’Indépendance à Bamako, le 21 août 2020. © /AP/SIPA

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L’IMAM MAHMOUD DICKO A PRÉVENU : LES MILITAIRES N’ONT PAS CARTE BLANCHE

Célébrés en héros le 21 août sur la place de l’Indépendance par les manifestants qui avaient réclamé pendant des mois la démission d’IBK, les membres de la junte sont de plus en plus décriés. L’imam Mahmoud Dicko, figure de la contestation anti-IBK, a prévenu : les militaires n’ont pas carte blanche.

Dicko et Goïta se connaissaient-ils avant le 18 août ? Interrogé sur la rumeur insistante qui veut qu’il ait fait libérer Goïta alors que ce dernier avait été capturé à Tinzawatene (Nord) par les rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), l’imam affirme ne pas s’en souvenir.

Quelques jours après le coup d’État, le religieux a reçu Goïta chez lui, dans le quartier bamakois de Badalabougou. Considérant que sa mission est désormais achevée, le religieux lui a annoncé retourner à ses prêches. Mais, alors qu’au fil des semaines il est apparu que les militaires renâclaient à s’effacer, il les a mis en garde. Goïta et la junte ne décideront pas seuls de l’avenir du Mali, a-t-il insisté.

Goïta l’a-t-il entendu ? Il a en tout cas renoncé à la présidence de la transition, laissant un ancien ministre de la Défense, Ba Ndaw, en devenir le visage. Lui s’est « contenté » de la vice-présidence, mais c’est plus qu’un lot de consolation puisqu’il aura la charge des questions de défense et de sécurité. Annoncée le 27 septembre, la nomination de Moctar Ouane au poste de Premier ministre ne devrait pas non plus entamer son influence.

À Accra, Goïta a tenu à rencontrer John Jerry Rawlings dans sa résidence privée. L’ancien lieutenant avait renversé Frederick Akuffo en juin 1979 avant de rendre le pouvoir aux civils quatre mois plus tard. Mais, mécontent du nouveau président Hilla Limann, il avait alors renversé ce dernier, en décembre 1981. Jerry Rawlings ne quittera finalement le pouvoir qu’en 2001. Le 15 septembre, il a dit avoir prodigué ses « conseils » au putschiste malien. Goïta rêve-t-il de suivre ses traces ?

Mali : sans IBK, le RPM renaîtra-t-il de ses cendres ?

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Partisans d’Ibrahim Boubacar Keïta, à Bamako, le 10 août 2018, durant l’entre-deux-tours de la présidentielle.

Partisans d’Ibrahim Boubacar Keïta, à Bamako, le 10 août 2018, durant l’entre-deux-tours de la présidentielle. © Legnan Koula/EPA/MAXPPP

 

Un an tout juste après la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta, le parti n’est plus que l’ombre de lui-même. Pourtant, quelques prétendants à la présidentielle pointent le bout de leur nez…

Face à un échec politique, rien de tel que de faire un bilan, afin de mieux repartir à la conquête du pouvoir. En plein exercice d’autocritique, Sambi Touré, ancien conseiller d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), ne manifeste guère d’indulgence à l’égard du Rassemblement pour le Mali (RPM). « La chute d’IBK a conduit à celle du RPM », juge-t-il. 

En rupture de ban avec « le RPM post-IBK », Sambi Touré a attendu le vingtième anniversaire du parti, le 30 juin, pour acter son divorce avec cette formation et quitter ses fonctions à la section de Nioro du Sahel, son fief. 

Dans la lettre de démission qu’il a remise à Bocary Treta, le président du mouvement, il a dénoncé une « gestion clanique et clientéliste » instaurée, par un certain nombre de cadres, parmi lesquels Treta.  

« Depuis le départ d’IBK, la ligne n’est pas claire. Les règles ne sont pas respectées et le président prend des décisions en solo, au détriment du bureau politique national », affirme-t-il à Jeune Afrique.  

Démissions en cascade

Certes, adhésions et démissions sont monnaie courante dans la vie d’une formation politique. Mais force est de constater que Sambi Touré n’est pas un cas isolé au RPM. Depuis la chute du leader-fondateur, les départs s’y font en cascade. En avril dernier, pas moins de cinq cadres ont abandonné leur poste dans la région-clé de Gao, où un fort ancrage local est nécessaire pour prétendre remporter un scrutin.  

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JE N’AI PAS ENCORE RENDU MA CARTE, MAIS CELA NE SAURAIT TARDER », CONFIE UN EX-MINISTRE.

Si plusieurs ténors du mouvement se sont clairement mis en retrait depuis la défaite du 18 août 2020 et se désintéressent désormais de la vie du RPM, certains n’ont pas encore eu le courage de claquer la porte. « Après le coup d’État j’ai pris mes distances avec le parti à cause de son attitude durant la crise, confie un ancien ministre qui souhaite garder l’anonymat. Je n’ai pas encore rendu ma carte, mais cela ne saurait tarder. » 

Comment le RPM, qui a régné en maître sur le Mali pendant sept ans, en est-il arrivé là ? Pour mieux comprendre ses divisions internes, il faut remonter au 18 août 2020. Un jour, désormais gravé dans l’histoire du Mali, qui a vu le président IBK retranché dans sa villa de Sébénikoro, arrêté par la junte, puis détenu au camp militaire de Kati. 

Que reproche-t-on à IBK ?

« Les déboires du RPM s’expliquent par le fait qu’au lendemain du coup d’État un certain nombre de ses cadres n’ont pas compris les déclarations du président du parti, sur la chaîne de télévision nationale. Il déclarait que le RPM était prêt à accompagner la transition militaire, sans insister sur la libération d’IBK et des personnalités toujours détenues, dont le Premier ministre. Ce n’est pas une attitude à adopter en période de crise », regrette un cacique qui a un temps servi dans le gouvernement d’Ibrahim Boubacar Keïta.  

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UNE FOIS ÉLU, IBK A CONSIDÉRÉ QU’IL NE DEVAIT SA VICTOIRE QU’À SON PARCOURS ET À SON CHARISME. »

Le coup d’État n’a fait que révéler les dissensions profondes qui existaient déjà au sein de la formation. Nombreux sont ceux qui, avant même le 18 août 2020, reprochaient à IBK de n’accorder que peu d’importance à sa base, à qui il devait pourtant son élection.

« Quand il a accédé à la présidence, IBK a considéré qu’il ne devait sa victoire qu’à son parcours et à son charisme. Il jugeait donc qu’il ne devait rien à son parti », note l’anthropologue Sidy Lamine Bagayoko.

Plusieurs de ses proches regrettent qu’une fois élu IBK n’ait pas su consolider le RPM comme le font beaucoup de chefs de partis, qu’il ait principalement donné les clés de la primature à des politiques qui n’appartenaient pas à sa formation, alors que celle-ci était majoritaire à l’Assemblée nationale. 

Lors de son élection, en 2013, IBK avait, à la surprise générale, choisi pour Premier ministre Oumar Tatam Ly, un économiste qui ne s’était jamais engagé en politique. Ce choix avait créé la stupeur au sein d’un RPM éreinté par de longs mois de campagne et qui n’espérait qu’une chose : avoir la reconnaissance de son champion.

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IL A TRAVAILLÉ AVEC DES PERSONNES DÉLOYALES. AU MOMENT OÙ ÇA A CHAUFFÉ, ELLES ONT DÉSERTÉ. »

Les nominations  de Moussa Mara, de Modibo Keïta ou encore de Soumeylou Boubèye Maïga n’ont fait qu’alimenter la rancœur de ces caciques envers leur leader. « IBK ne s’est jamais occupé du parti. Il ne réunissait que très rarement ses cadres. Cela les a déstabilisés, puisque la plupart des membres du RPM sont issus de l’Adema, un parti qui incluait pleinement ses membres dans la sphère politique », ajoute un proche de l’ancien président. 

C’est également la raison pour laquelle sa formation n’a pas fait bloc autour de lui et qu’il s’est senti bien seul lorsque les mouvements de contestation populaire ont commencé. 

« Le problème d’IBK est qu’il a travaillé avec des personnes déloyales, qu’il ne connaissait pas. Il les a pris à ses côtés parce qu’elles avaient été recommandées par des proches. Au moment où ça a chauffé, ces gens-là n’étaient plus là », dénonce notre source.

Clan familial omniprésent 

Et puis, dans la gestion du pouvoir, la famille biologique a souvent pris le pas sur la famille politique. Si, au début, IBK ne voyait pas d’un bon œil l’entrée en politique de son fils, Karim, celui-ci n’en est pas moins parvenu à occuper une place centrale dans le système, au point que certains observateurs se demandaient parfois lequel des deux Keïta dirigeait le pays. 

« Dans le système IBK, il y avait les gens de Sébénikoro, où résidait tout le clan familial, dont ses fils ; le clan de Quinzambougou, où vivait la belle-famille du président, et la DGSE de Moussa Diawara. Pour l’opinion malienne, sous IBK, le pouvoir se faisait au sein de ces trois sphères », raconte un ancien ministre.

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À NOUS DE MONTRER QUE NOUS AVONS LES REINS ASSEZ SOLIDES POUR CONTINUER LA LUTTE. »

Aujourd’hui, le parti est prêt à vivre sa vie sans son fondateur. « Il a joué sa partition. À nous de prouver que nous avons les reins suffisamment solides pour continuer la lutte », lance Boubacar Touré, premier adjoint au secrétaire politique du bureau national du RPM. C’est donc sans IBK, retiré de la vie publique, que le RPM compte se reconstruire.  

Profil adéquat

Bien que discret, voire effacé ces derniers temps, le mouvement compte prendre toute sa part dans les scrutins à venir et désigner un candidat à l’élection présidentielle. « Nous sommes un parti souverain, qui peut valablement présenter un candidat issu de ses propres rangs. Nous avons des cadres qui sont à la hauteur et ont le profil adéquat », assure Baber Gano, le secrétaire général du RPM.  

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MOUSSA TIMBINÉ, MAMADOU DIARRASSOUBA, BOCARY TRETA SEMBLENT SUR LES RANGS.

Si nul n’a encore annoncé sa candidature, un bras de fer se profile entre différentes personnalités. Selon nos informations, Moussa Timbiné, patron des jeunesses du RPM et éphémère président de l’Assemblée (il avait accédé à ce poste grâce au soutien d’IBK), est de ceux qui veulent succéder à l’ancien chef de l’État. Décrit comme audacieux et loyal, il a, le 14 juillet, lancé le Mouvement d’action patriotique An Ka Ben (Map-An Ka Ben) pour « unir les Maliens ».  

Mamadou Diarrassouba, qui garde un goût amer de la journée du 11 mai 2020 où il a vu le perchoir lui échapper à la dernière minute, se verrait bien rejouer le match contre Timbiné.  

Bocary Tréta, le président du parti, pourrait, lui, jouer les prolongations. Contesté par Timbiné et certains cadres qui se revendiquent toujours d’IBK, il a en effet réussi ces derniers mois à rassembler autour de lui un noyau dur composé d’anciens ministres. « Si le président du RPM est candidat, il risque d’avoir une scission entre la mouvance de Timbiné et la sienne », prévient un cadre du mouvement. 

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UN PARTI RESTÉ AUSSI LONGTEMPS AU POUVOIR NE PEUT DISPARAÎTRE. »

Les prétendants seront départagés par 58 secrétaires généraux, chargés d’élire à la majorité absolue le candidat à la magistrature suprême.

Face aux défis économiques – en tant que première formation politique, le RPM percevait chaque année plus de 1 milliard de francs CFA – et en quête d’un nouveau leadership, le parti n’est pas à l’abri d’une crise institutionnelle.

« Il y a de grandes chances qu’il éclate, car il n’y a plus de leader incontesté et plus de profil qui mettrait tout le monde d’accord et derrière lequel tous se rangeraient », souligne un cadre. 

Mahamadou Camara, l’ancien directeur de cabinet d’Ibrahim Boubacar Keïta, se montre plus nuancé : « Certes, le parti traverse une crise. Je ne crois pas pour autant que la fin d’IBK signifie la fin du RPM. Un parti qui est resté aussi longtemps au pouvoir ne peut disparaître. Il risque de perdre du terrain aux prochaines élections, mais il se trouvera quand même des personnalités désireuses de le récupérer. » 

[Mali, un an de crise] Qui est Bah N’Daw, l’ancien militaire propulsé à la tête de la transition ?

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Mis à jour le 18 août 2021 à 09h02
Bah N’Daw, le président de la transition au Mali, ici en mai 2014 lorsqu’il était ministre de la Défense.


[3/5] Désigné président de la transition malienne, Bah N’Daw a été investi le 25 septembre 2020. Son parcours lui vaut une réputation d’homme intègre et intransigeant, mais il lui faut se montrer conciliant pour sortir le pays de la crise.

Deux coups d’État en moins d’un an. Le Mali, déjà plongé dans une situation sécuritaire et économique difficile, tente aujourd’hui de se relever d’une énième crise provoquée par l’irruption de l’armée sur la scène politique. De la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta, le 18 août 2020, à celle de Bah N’Daw, en mai dernier, nous vous proposons cette semaine de revivre les moments marquants de la prise de pouvoir par le colonel Assimi Goïta.  Aujourd’hui, portrait de celui qui a, pour un temps, succédé à IBK au palais de Koulouba, avant d’en être chassé à son tour.

La Cedeao et une partie des Maliens voulaient un civil. La junte qui a renversé Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) le 18 août souhaitait que les militaires conservent le pouvoir. Finalement, le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) a coupé la poire en deux, le 21 septembre, en désignant Bah N’Daw comme président de la transition : un militaire de carrière, mais à la retraite et retourné à la vie civile.

Comment ce militaire discret, qui n’aura fait qu’une brève incursion sous les projecteurs de la scène politique malienne lors de son passage à la tête du ministère de la Défense, en 2014, s’est-il retrouvé à la tête de la transition ? Qui est cet homme qui, pour les 18 mois qui viennent si le calendrier fixé par la charte de la transition est respecté, devra conduire le pays ? Quelle sera sa marge de manœuvre, sachant que son vice-président n’est autre que l’insaisissable colonel Goïta, le chef de la junte ?

Né le 23 août 1950 à San, dans la région de Ségou (Centre), Bah N’Daw est un colonel-major de l’armée de l’air à la retraite. Connu au Mali au-delà des seuls cercles militaires, il s’engage sous les drapeaux en 1973. Il fait ses classes à l’École militaire interarmes (EMIA) de Koulikoro entre 1976 et 1978, choisit l’armée de l’air, et parfait sa formation à l’étranger, de l’URSS, où il apprend à piloter les hélicoptères, à la France, où il passe un brevet de l’École de guerre.

Un « homme intègre »

Nommé aide de camp de l’ancien président Moussa Traoré, un général arrivé au pouvoir après avoir mené le premier putsch militaire de l’histoire du Mali, Bah Ndaw quitte son poste avec fracas, en 1990. « Il a démissionné pour protester contre l’ingérence de l’épouse de Moussa Traoré dans la gestion des affaires. Cet épisode a marqué les esprits au Mali et, depuis, il est perçu comme un homme intègre », explique Baba Dakono, secrétaire exécutif de l’Observatoire citoyen sur la gouvernance et la sécurité au Mali.

De 1992 à 2002, sous la présidence d’Alpha Oumar Konaré, Bah N’Daw assume les fonctions de chef d’état-major adjoint de l’armée de l’air. Un an plus tard, il en devient le chef d’état-major.

Il occupe ensuite plusieurs fonctions au sein de l’armée avant de prendre la direction de l’Office national des anciens combattants militaires retraités et victimes de guerre (ONAC), de 2008 à 2012.

En 2014, l’armée malienne subit une défaite cinglante à Kidal et est chassée de la ville par les groupes armés. Soumeylou Boubèye Maïga, alors ministre de la Défense, est poussé à la démission et c’est Bah N’Daw qui est choisi pour lui succéder. Il ne restera que quelques mois : nommé en mai 2014, il ne sera pas reconduit dans le gouvernement de Modibo Keïta, formé en janvier 2015 après la démission Moussa Mara de son poste de Premier ministre.

Depuis, le colonel-major à la retraite était resté discret. Il n’avait plus fait parler de lui jusqu’à ce que son nom soit prononcé sur les antennes de l’ORTM par celui qui est désormais son vice-président, le colonel Assimi Goïta.

Nommé par le CNSP


Le colonel-major Ismaël Wagué, porte-parole du CNSP, au centre, lors d’un point presse au camp de Kati, le 19 août 2020. © /AP/SIPA


Officiellement, sa désignation est le fruit du travail d’un comité qui avait été mis en place par la junte, ainsi que le préconisait la charte de la transition rédigée mi-septembre.

Mais dans les faits, c’est bien la junte qui a fait le choix de désigner Bah N’Daw. « Nous pensions que le CNSP allait nous demander nos propositions. Au lieu de cela, il nous a dit qu’il avait deux noms : l’un pour la présidence, l’autre pour la vice-présidence. Les militaires nous ont lu leurs curriculums-vitae, puis nous ont demandé si ces deux personnes nous convenaient », raconte à Jeune Afrique un membre du comité, qui a requis l’anonymat.

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LE CNSP A FAIT PREUVE DE PERSPICACITÉ DANS LA CONDUITE DES NÉGOCIATIONS

Mis devant le fait accompli, les membres du comité ne se sont pas opposé à la désignation de N’Daw. « Un à un, nous avons pris la parole pour dire aux militaires que nous n’étions pas d’accord avec la manière de faire. Mais nous n’avions rien à redire sur le fond : N’Daw est irréprochable, il l’a prouvé à plusieurs reprises, et notamment en démissionnant d’un poste à responsabilités pour rester en accord avec ses principes », ajoute notre source.

« Le CNSP a fait preuve de perspicacité dans la conduite des négociations, estime Baba Dakono, de l’Observatoire citoyen sur la gouvernance et la sécurité au Mali. Dès le premier jour, ils étaient conscients qu’ils ne pourraient pas rester au pouvoir. Ce schéma d’un militaire à la retraite a donc été mûrement réfléchi. »

Avant même que le choix de N’Daw ne soit annoncé, la Cedeao avait fait savoir que le scénario était susceptible de lui convenir. « Il faut que le président de la transition soit un civil », insistait Hamidou Boly, représentant de l’organisation régionale à Bamako, lors d’un entretien accordé à Jeune Afrique le 28 août dernier. Mais il ajoutait aussitôt : « À la limite, cela pourrait être un militaire qui abandonne la tenue pour devenir civil. »

« À l’exception de Malick Diaw, le premier vice-président du CNSP, tous les chefs de la junte sont soit du génie militaire, soit de l’armée de l’air. Avec Bah N’Daw, ils ne sont donc pas allés chercher loin : ils ont choisi quelqu’un de leur cercle, mais plus âgé », résume un spécialiste de l’armée malienne.

Quelle marge de manœuvre ?



Bah N’Daw, ici en 2014 lorsqu’il était ministre de la Défense, lors d’une rencontre avec le ministre français Jean-Yves Le Drian,
a été nommé président de la transition au Mali le 21 septembre 2020. © HABIBOU KOUYATE/AFP

Reste à savoir s’il aura les mains libres pour diriger le Mali pendant les 18 prochains mois. « Il a été choisi parce qu’il est compatible avec le CNSP et surtout avec Assimi Goïta », analyse Mohamed Amara, sociologue à l’université de Bamako et auteur de Marchands d’angoisse : Le Mali tel qu’il est, tel qu’il pourrait être (éd. Grandvaux, 2019). Si la junte établit un rapport de force conflictuel avec le président, elle risque d’être désavouée par une partie de la population, et en particulier les membres et sympathisants du M5-RFP, qui a critiqué le mode de désignation de Bah N’Daw. Assimi Goïta et lui ont donc intérêt à travailler ensemble, à trouver un équilibre pour sauver les apparences. »
 

Bah N’Daw bénéficie en outre d’un a priori positif au sein de l’opinion publique. « Sa nomination a été bien accueillie parce que les gens estiment qu’il est honnête. C’est une base sur laquelle il peut s’appuyer pour fédérer autant les Maliens que les partenaires internationaux”, souligne Mohamed Amara.

Le nouveau président de la transition a désormais la lourde tâche de rénover les institutions et le système électoral, afin de renforcer la démocratie malienne. La lutte contre la corruption sera également un sujet important pour les autorités de la transition, en plus des questions sécuritaires.

À Bamako, les tractations politiques sont loin d’être terminées. Les discussions portent désormais sur la nomination d’un Premier ministre et d’un gouvernement de transition. Selon nos sources, la junte souhaite avoir la main sur une partie des portefeuilles régaliens, dont les ministère de la Sécurité et de la Défense. Le CNSP devra cependant faire des concessions : le Premier ministre devra être un civil, comme l’exige la Cedeao avant d’envisager une levée des sanctions.

Cette étape franchie, la mise en place du futur Conseil national de la transition, qui remplacera l’Assemblée nationale jusqu’aux prochaines élections législatives, devrait également faire l’objet d’âpres discussions. Réputé « inflexible », l’ancien colonel-major devra apprendre à se montrer conciliant pour faire avancer ces épineux dossiers.

[Mali, un an de crise] Au cœur de la junte au pouvoir

| Par - Envoyée spéciale à Bamako
Mis à jour le 17 août 2021 à 11h18
Le colonel Assimi Goïta devenu « chef de l’État » malien, le 24 août à Bamako.
Le colonel Assimi Goïta devenu "chef de l'État" malien, le 24 août à Bamako. © Baba Ahmed/AP/Sipa

[2/5] Ils sont au pouvoir depuis la démission forcée d’Ibrahim Boubacar Keïta, le 18 août 2020. Qui sont les leaders de la junte ? Comment se sont-ils réparti les rôles ? Plongée au cœur du dispositif des nouveaux hommes forts du Mali.

Deux coups d’État en moins d’un an. Le Mali, déjà plongé dans une situation sécuritaire et économique difficile, tente aujourd’hui de se relever d’une énième crise provoquée par l’irruption de l’armée sur la scène politique. De la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta, le 18 août 2020, à celle de Bah N’Daw, en mai dernier, nous vous proposons cette semaine de revivre les moments marquants de la prise de pouvoir par le colonel Assimi Goïta. Aujourd’hui, retour sur les premiers pas de la junte qui a fait tomber le président malien. 

Une fine pluie tombe sur Kati. Sur l’immense base militaire de la ville-garnison, des enfants jouent au football, insouciants, lorsqu’un cortège de véhicules militaires passe en trombe près d’eux. Le convoi se dirige vers le poste de commandement, en face du terrain de jeu. C’est ici que se trouve la base des nouveaux maîtres du Mali, les militaires qui composent le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) qui ont renversé Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août.

Quand le cortège entre dans la cour et se gare en face du bâtiment principal, les militaires présents se mettent au garde-à-vous. La portière d’un massif Hummer s’ouvre, Assimi Goïta en surgit. Le jeune colonel de 37 ans, qui a été proclamé « chef de l’État » par l’acte fondamental du CNSP publié au Journal officiel le 27 août, porte la même tenue de combat que celle des hommes de sa sécurité rapprochée, des éléments du bataillon autonome des Forces spéciales et du centre d’aguerrissement, qu’il commandait jusqu’au coup d’État. Il esquisse un rapide salut, et disparaît dans le bâtiment. C’est là, dans une pièce d’à peine 14 m2 qui lui sert de bureau, accessible via un escalier vétuste, qu’il recevait les premiers jours qui ont suivi le putsch.

L’homme est discret. Peu prolixe. Fils de militaire, élève consciencieux, Assimi Goïta est un pur produit des écoles et centres de formation de l’armée malienne. Il est passé par le Prytanée militaire de Kati et l’École militaire interarmes de Koulikoro, où il a choisi l’armée de terre, spécialité « armes blindées et cavalerie ». Le nouvel homme fort du Mali a également suivi des formations aux États-unis et en Allemagne.

Assimi Goïta, « un homme posé »

Au lendemain du putsch, la junte a publié sa biographie officielle, dans laquelle il est présenté comme un homme « adepte de défis ». À part cela, peu d’informations filtrent sur lui ou son parcours. Difficile de connaître, également, sa vision du « Mali nouveau » que le CNSP entend mettre en place.

Le président du Comité ne s’est exprimé face aux médias qu’une seule fois, le jour de sa désignation, afin de se présenter et d’appeler à l’unité. Depuis, il « prend de la hauteur », et ne participe qu’aux rencontres jugées stratégiques : celles avec les partenaires internationaux et avec des personnalités influentes à Bamako.

Après les reproches des leaders du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques du Mali (M5-RFP), qui ont accusé la junte de s’être coupée du peuple et de faire cavalier seul, Assimi Goïta a rencontré les familles fondatrices de Bamako, et s’est rendu chez l’ex-président Moussa Traoré – un ancien général, putschiste lui aussi qui avait participé au coup d’État qui a chassé le président socialiste Modibo Keïta du pouvoir en 1968. Objectif : s’assurer un soutien populaire. Mais si ces visites ont été médiatisées, Assimi Goïta s’est abstenu de s’exprimer devant micros et caméras.

« C’est un homme posé, qui s’exprime peu », rapporte un diplomate africain. « C’est un homme de terrain, humble et effacé », ajoute un autre, qui le décrit même comme « frêle », compte tenu de sa taille.

S’il est encore en quête d’un soutien franc au sein de l’opinion publique et de la classe politique, au sein de l’armée, la désignation d’Assimi Goïta comme président du CNSP est un symbole. Le colonel était en effet jusque-là à la tête d’une force d’élite qui réunit des militaires issus de plusieurs corps. « Contrairement à ce qui s’est passé en 2012, il y a eu pour ce coup d’État une synergie entre officiers de plusieurs corps. On a d’ailleurs pu observer, lors des premières sorties du CNSP, des bérets de différentes couleurs », souligne Marc André Boisvert, chercheur spécialiste de l’armée malienne.

Malick Diaw, en première ligne des négociations avec la Cedeao

Malick Diaw (béret vert), accueille l’ex-président nigérian, Goodluck Jonathan (au centre) lors de son arrivée au Mali, le 22 août 2020. © AP/Sipa

 

La deuxième personnalité-clé de la junte est le colonel Malick Diaw. Premier vice-président du CNSP, il est chef-adjoint du camp de Kati. Il a également été chef d’état-major adjoint de la Garde nationale de la 3e Région militaire de Kati.

Le colonel Diaw est en première ligne dans les négociations entre la junte et la Cedeao. Le 27 août, c’est lui qui s’est rendu au Niger pour y rencontrer Mahamadou Issoufou, puis à Ouagadougou pour échanger avec Roch Marc Christian Kaboré. Il avait alors un objectif clair : convaincre les deux chefs d’État de plaider en faveur d’une levée des sanctions, à la veille d’un sommet extraordinaire des présidents de la région.

C’est également lui qui était à la tête de la délégation composée d’une dizaine d’officiers qui a reçu le M5-RFP dans la soirée du 29 août, afin d’apaiser des tensions naissantes. Alors que la junte au pouvoir est prise en étau entre, d’une part, la Cedeao qui exige une transition d’un an maximum, dirigée par un civil, et, d’autre part, le Mouvement du 5 Juin qui n’entend pas se laisser écarter de la transition, le rôle de Malick Diaw est à la fois discret et central. « Ce sont des jeunes officiers de terrain, novices au sommet du pouvoir, qui se retrouvent du jour au lendemain à devoir s’occuper de la gouvernance, à gérer les relations internationales et la médiation », confiait récemment à Jeune Afrique Hamidou Boly, représentant résident de la Cedeao au Mali, qui est en contact direct avec le colonel Diaw.

Deux colonels actifs auprès des troupes

Le colonel Sadio Camara et le colonel Modibo Koné, respectivement deuxième et troisième vice-présidents du CNSP, sont aussi des officiers très actifs auprès des troupes sur le terrain.

La colère des Forces armées maliennes (Fama) est montée d’un cran quelques semaines avant le coup d’État. Les militaires se plaignaient du manque d’équipement pour faire face aux jihadistes dans le centre et le nord du pays. Le niveau et le versement des soldes étaient également au cœur du mécontentement. Les nouveaux dirigeants du pays, dont certains étaient eux-mêmes sur les terrains d’opérations il y a peu, s’emploient donc à rassurer les troupes.

Ancien directeur du Prytanée militaire de Kati, Sadio Camara a effectué une série de rencontres les 26 et 27 août dans la 6e région militaire, à Sévaré, dans le centre du pays. Il s’est également rendu dans les postes de sécurité de Koro, Boulkessi et Hombori. Partout, le colonel Camara a exposé les raisons de ce coup de force. Les militaires ont, eux, saisi l’occasion pour exprimer leurs doléances, qui portaient essentiellement sur la réorganisation de l’armée et la formation. Ils ont aussi insisté sur la corruption qui règne dans l’armée.

Le colonel Modibo Koné, membre de la garde nationale et ancien commandant à Koro, dans la région de Mopti, a pour sa part opéré un déplacement à la base aérienne 101, engagée dans l’opération Maliko. Le 1er septembre, il s’est rendu à la direction du Génie militaire, puis au régiment des Commandos parachutistes pour « s’enquérir de leurs préoccupations ». Le lendemain, il a visité l’école de gendarmerie de Faladiè, et, enfin, le camp des gardes de N’Tomikorobougou. Là encore, il a surtout été question « d’écouter les hommes ».

Ismaël Wagué, figure médiatique

Ismaël Wagué à Kati, le 20 août 2020. © Baba Ahmed/AP/Sipa

Dans l’ordre protocolaire, le cinquième homme fort, devenu l’une des principales figures médiatiques des putschistes, est le colonel-major, Ismaël Wagué. Chef d’état-major adjoint de l’armée de l’air, il bénéficie d’une solide réputation aussi bien au sein de l’armée qu’auprès d’une partie de l’opinion publique. C’est lui qui, le jour du putsch, a lu la déclaration du CNSP à la télévision nationale. Il a ensuite multiplié les interventions dans les médias, accordant des entretiens aux journalistes maliens et internationaux.

Début septembre, le CNSP a en outre constitué des équipes d’officiers qui vont à la rencontre de civils, à Bamako, pour recueillir leur vision de la transition. Des représentants des partis politiques de l’ancienne majorité comme de l’ancienne opposition ont été reçus, de même que des responsables associatifs et des syndicalistes. Et si ces discussions donnent parfois lieu à des tensions, le CNSP entend bien montrer, en les menant, qu’il est ouvert au dialogue.

Les concertations nationales, d’abord annoncées pour le 29 août avant d’être annulées après que le M5-RFP a rué dans les brancards pour ne pas avoir été associé à l’organisation, sont de nouveau inscrites au calendrier. Elles devraient se tenir ce samedi 5 septembre, dans toutes les régions. Organisations de la société civile, partis politiques, syndicats et groupes armés signataires de l’accord d’Alger de 2015 sont invités pour l’occasion à « un atelier de validation des termes de référence sous la direction des gouverneurs », a précisé le porte-parole du CNSP, le colonel-major Ismaël Wagué.

Les généraux pressentis pour prendre la tête de la transition

Outre ces officiers en pleine lumière, le CNSP est également « conseillé », de manière discrète, par plusieurs personnalités. Bien qu’il dément être l’un des cerveaux du putsch, le général Mahamane Touré, ancien commissaire chargé des Affaires politiques, de la Paix et de la Sécurité à la Cedeao, est ainsi apparu aux côtés des leaders de la junte lors de plusieurs réunions stratégiques.

Mahamane Touré a été directeur de l’École de maintien de la paix, chef d’état-major de l’armée malienne de 2013 à 2016, avant d’être nommé ambassadeur du Mali au Niger en 2018. Depuis août 2019, il dirige le Centre d’études stratégique du ministère des Affaires étrangères. Selon nos sources, la Cedeao ne serait pas réticente à voir ce général en retraite ayant occupé des fonctions dans des organisations civiles prendre la tête de la transition.

L’autre général dont le nom est cité est Cheick Fanta Mady Dembélé. Officiellement, ce dernier ne fait pas partie du CNSP. Mais plusieurs de nos sources diplomatiques et sécuritaires le présentent comme un homme-clé du dispositif. Il est diplômé de l’école militaire de Saint-Cyr en France, de l’Université de l’armée fédérale allemande, à Munich, et de l’École d’état-major général de Koulikoro.

Ce général a également dirigé l’École de maintien de la paix et est passé par l’Union africaine, où il était chargé de la gestion des conflits et de la planification stratégique au sein de la Commission paix et sécurité. Le général Dembélé est aussi un proche de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga, qui multiplie ces derniers jours les sorties médiatiques.

La répartition des rôles au sein de la junte a fait l’objet de décrets, rendus publics le 2 septembre. Le colonel Assimi Goïta a alors procédé à une vingtaine de nominations à des postes stratégiques. Le général Oumar Diarra a notamment été nommé chef d’état-major général des armées. Considéré comme « intègre et rigoureux » par des sources militaires, il aura la tâche de réformer l’armée. Il remplace le général Abdoulaye Coulibaly, qui est, lui, toujours détenu par la junte.

Autre nomination, celle du colonel Lassina Doumbia, qui devient directeur général de la Sécurité d’État, les services de renseignement. Le colonel Jean Dao devient quant à lui chef d’état-major de la Garde nationale et le général Souleymane Doucouré a été désigné secrétaire général du ministère de la Défense.

Des civils

Si les nominations concernant essentiellement des militaires, quelques civils ont également été nommés à des postes de conseillers. C’est le cas de Moussa Camara, désormais conseiller spécial du président du CNSP chargé des ressources humaines, de Cheick Oumar Traoré, conseiller spécial chargé de l’information et de la communication ou encore de Youssouf Coulibaly, chargé des Affaires juridiques.

Célébrés en héros sur la place de l’Indépendance, le 21 août, pour avoir mis fin à la crise socio-politique qui s’enlisait, les militaires qui ont poussé Ibrahim Boubacar Keïta à la démission sont désormais attendus de pied ferme sur l’organisation des débats pour la mise en place de la transition. Les premières rencontres qui doivent se tenir à travers le pays à partir de samedi 5 septembre, et dont l’objectif est de fixer une feuille de route, seront cruciales. Ce sont elles qui donneront le « la » quant à la direction que prendra la transition, tant sur sa durée que sur le profil de son président.