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Mali : quand Wagner devient la cible privilégiée des jihadistes du JNIM

Depuis le retrait de l’armée française, les groupes jihadistes n’hésitent pas à communiquer à outrance sur les exactions supposées du groupe paramilitaire russe contre les civils.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 10 novembre 2022 à 10:59
 
 
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Manifestants du mouvement Yerewolo, hostiles à la France, à Bamako, le 19 février 2022. © FLORENT VERGNES / AFP

 

Poussée vers la sortie par les colonels au pouvoir depuis août 2020, la France a achevé le 15 août 2022 son retrait du Mali, plus de neuf ans après le lancement de son intervention contre les groupes jihadistes dans ce pays.

Parallèlement, les autorités maliennes se sont tournées vers la Russie, et plus particulièrement vers le groupe paramilitaire russe Wagner, dirigé par Evgueni Prigojine, un proche de Vladimir Poutine. Bamako dément, reconnaissant uniquement le soutien d’« instructeurs » militaires russes.

Mais c’est bien Wagner que le « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » (JNIM), principale coalition affiliée à Al-Qaïda au Sahel, cite nommément ces derniers mois en tête d’affiche de ses communiqués.

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« Wagner est vraiment un ennemi du JNIM »

« Les opérations de Wagner sont surtout localisées dans le centre du Mali et ciblent principalement la communauté peule, dont le JNIM se présente comme le protecteur. Donc dans cette dynamique, Wagner est vraiment un ennemi du JNIM », explique Héni Nsaibia, chercheur au sein du Armed Conflict Location & Event Data Project (Acled), spécialisé dans la collecte des données relatives aux conflits.

« Il y a eu beaucoup d’affrontements du JNIM avec les forces armées maliennes et Wagner qui opèrent conjointement », précise-t-il. « D’une certaine manière, Wagner a remplacé la France comme force étrangère dans le théâtre du conflit, même si les jihadistes ne traitent pas Wagner de “Croisés” comme les troupes françaises, mais plutôt de mercenaires ou de “milice criminelle” », dit-il.

Le JNIM s’est targué fin octobre d’avoir, grâce à une embuscade dans la région de Bandiagara (centre) contre « l’armée malienne, les mercenaires de Wagner et des miliciens progouvernementaux en guerre ethnique contre les musulmans », restitué à leurs propriétaires le bétail que les autorités leur avaient enlevé, selon lui.

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Exactions contre des civils

Depuis des années, « les groupes jihadistes se présentent comme les défenseurs des populations contre l’armée et ses supplétifs qui, selon eux, ne font que tuer les civils », observe Boubacar Haïdara, chercheur au Bonn International Centre For Conflict Studies (BICCS).

Le recours à cet « alibi pour justifier la violence qu’ils exercent », selon lui, leur est facilité par « l’arrivée d’éléments russes », coïncidant avec « des informations sur des exactions à l’encontre de civils qui se répètent et de plus en plus mortelles ».

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Si la majorité des 860 civils tués au Mali au premier semestre 2022 ont été victimes des groupes jihadistes, 344, soit 40 %, ont péri lors d’opérations de l’armée, selon l’ONU.

« La population juge par rapport aux exactions commises sur les civils », prévient Binta Sidibé Gascon, vice-présidente de l’observatoire Kisal, qui défend les intérêts des populations pastorales. « Or, depuis l’arrivée de Wagner, notamment avec ce qu’il s’est passé à Moura nous assistons à une augmentation exponentielle des victimes civiles ».

Prise de conscience

Quelque 300 civils ont été massacrés en mars dans cette localité du centre par des soldats maliens associés à des combattants étrangers, peut-être russes, selon Human Rights Watch (HRW). L’armée malienne dément, affirmant avoir « neutralisé » plus de 200 jihadistes.

Le principal chef du JNIM dans la région, le prédicateur peul Amadou Koufa, a incriminé Wagner et l’armée malienne dans une rare vidéo en juin, assurant que parmi les tués de Moura ne figuraient « qu’une trentaine de combattants », les autres étant « des innocents ».

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« Ce qui va accélérer la prise de conscience », estime la responsable de Kisal, « c’est que face à toutes ces exactions sur des civils, aucune reconquête du territoire n’est effective et malheureusement la situation empire : augmentation des déplacés, écoles fermées, crise humanitaire… »

Néanmoins, Boubacar Haïdara constate que « beaucoup parmi la population ne croient pas du tout que ce sont des civils qui sont tués », et se montrent réceptifs au discours officiel de l’armée rejetant « des calomnies françaises pour dénigrer les forces maliennes alors qu’elles “sont en train de faire plus que Barkhane n’a pu faire en neuf ans” ».

Guerre informationnelle

Faire appel à Wagner s’est révélé un « très mauvais choix » pour les autorités maliennes, avec « une augmentation d’environ 30% des actes terroristes » sur les six derniers mois, a affirmé fin octobre la sous-secrétaire d’État américaine Victoria Nuland.

En revanche, Niagalé Bagayoko, présidente de l’African Security Sector Network (ASSN), considère que « si le gouvernement malien attendait un appui de Wagner en matière de guerre informationnelle, de ce point de vue il peut être satisfait des résultats. (…) Sur le territoire malien très largement, en tout cas au niveau de la capitale et des réseaux sociaux, poursuit-elle, ils ont gagné la bataille de l’opinion contre tous les partenaires occidentaux ».

(Avec AFP)

Niger : entre Bazoum et Issoufou, jeu d’équilibriste au PNDS

Le parti au pouvoir s’apprête à organiser un congrès fin décembre à Tahoua et à procéder à quelques changements à sa tête, tout en conservant un équilibre entre les proches du chef de l’État et ceux de son prédécesseur. Avec en tête, déjà, la présidentielle de 2026.

Mis à jour le 10 novembre 2022 à 10:46
 
 
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VMohamed Bazoum (g.) et Mahamadou Issoufou lors de la célébration de la fête de l’indépendance, le 3 août 2019 à Niamey Mohamed Bazoum (g.) et Mahamadou Issoufou lors de la célébration de la fête de l’indépendance, le 3 août 2019, Niamey © Louis Vincent

 

Le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, au pouvoir) met actuellement la touche finale à l’organisation de son congrès ordinaire autour du 23 décembre, date qui marque l’anniversaire de sa création en 1990. Clôturant le renouvellement des instances fédérales, engagé il y a plusieurs mois, celui-ci se déroulera à Tahoua, fief politique de l’ancien président Mahamadou Issoufou.

Selon nos informations, ce grand raout de la formation socialiste confirmera à son poste de président du parti – qu’il occupe pour le moment par intérim – Foumakoye Gado. Ancien ministre, celui-ci est aujourd’hui Haut représentant du président Mohamed Bazoum. Sa prochaine nomination à la tête du PNDS a d’ailleurs été actée en coulisses par le chef de l’État et par le prédécesseur de ce dernier, Mahamadou Issoufou.

Les deux hommes – compagnons de lutte politique depuis 1990 – s’entretiennent en effet encore quasi quotidiennement, même s’ils ne se rencontrent qu’en privé et en dehors des salons officiels de la présidence. Mahamadou Issoufou continue également de recevoir à son domicile un grand nombre des plus importants décideurs politiques du pays.

Gado, l’homme d’Issoufou

En ce qui concerne le futur congrès du PNDS, une incertitude demeurerait en revanche au sujet de l’attribution des postes de secrétaire général et de premier vice-président. Le ministre des Affaires étrangères, Hassoumi Massaoudou, est toutefois pressenti pour accéder à la vice-présidence, et donc quitter sa fonction de secrétaire général. Cette dernière reviendrait alors à Kalla Ankourao, son actuel adjoint et premier vice-président de l’Assemblée nationale.

À LIRENiger – Hassoumi Massaoudou : « Nous sommes opposés à l’Afrique des colonels »

Seulement, Hassoumi Massaoudou et Foumakoye Gado sont originaires de la même région, celle de Dosso. Plusieurs cadres estiment donc qu’il serait inopportun de leur confier de façon pérenne la présidence et la première vice-présidence. Ceux-ci poussent pour que Kalla Ankourao, dont le fief politique est la région de Maradi, accède directement au poste de premier vice-président. Il reviendra au congrès de décembre de trancher.

« C’est un débat qui importe peu. Selon son titulaire, le secrétariat général peut avoir plus de poids que la première vice-présidence, et vice-versa », glisse toutefois un cadre du parti. « L’important est surtout que Foumakoye Gado prenne officiellement la tête de la formation. C’est un message clair puisque chacun sait qu’il est avant tout l’homme de confiance de Mahamadou Issoufou et qu’il ne s’entend en revanche que modérément avec Mohamed Bazoum », ajoute cette source, contactée par Jeune Afrique.

Un maximum d’influence

Mahamadou Issoufou souhaite en effet conserver un maximum d’influence au sein du PNDS. Outre le fait de disposer de Foumakoye Gado à la présidence, l’ancien chef de l’État joue surtout sur sa mainmise sur la région de Tahoua, dont il est originaire et qui fait figure de premier réservoir électoral du pays. Le responsable régional du parti est en effet encore l’un de ses proches, en la personne d’Issoufou Katambe, ex-ministre de la Défense.

Ce dernier a surtout pour deuxième vice-président l’actuel ministre du Pétrole, c’est-à-dire le fils de Mahamadou Issoufou lui-même, Sani Mahamadou Issoufou, dit « Abba ». L’autre figure tutélaire du « clan de Tahoua » est enfin l’actuel Premier ministre (et coordinateur régional du PNDS), Ouhoumoudou Mahamadou. Fidèle parmi les fidèles de Mahamadou Issoufou, il a été le directeur de cabinet de celui-ci, qui a appuyé sa nomination à la primature.

« Avec Gado à la présidence et en conservant le contrôle sur Tahoua, Issoufou s’assure de contrôler le parti et de rester l’artisan incontournable d’un second mandat de Bazoum en 2026 », glisse un membre fondateur du PNDS. En 2019, l’ancien président avait déjà imposé la candidature de son ministre de l’Intérieur d’alors, malgré l’opposition interne de certains barons, dont Foumakoye Gado.

2031 déjà en ligne de mire ?

Au-delà de 2026, l’élection présidentielle de 2031 est-elle, elle aussi, déjà dans toutes les têtes ? La candidature de Mohamed Bazoum pour un second et dernier mandat semble faire consensus au sein du PNDS, même si toutes les réticences de 2020 n’ont pas été écartées. En interne cependant, des voix s’élèvent d’ores et déjà pour réclamer, en prévision de l’après-2026, un renouvellement des instances du parti et en particulier d’un présidium où la génération Issoufou reste aujourd’hui aux commandes.

Selon nos informations, plusieurs noms sont régulièrement cités pour intégrer la très fermée et plus haute instance du PNDS lors des prochains congrès. Parmi les pressentis (et les ambitieux) : l’ex-ministre de la Défense et député de Dakoro (Maradi) Kalla Moutari, et Sani Mahamadou Issoufou. En compagnie de son père lors d’une visite remarquée à Tahoua en septembre, ce dernier – qui était directeur de campagne de Mohamed Bazoum en 2020 – construit patiemment son parcours politique.

À LIRENiger – Abba Issoufou : son père, son réseau, ses relations avec Mohamed Bazoum… Qui est le fils de l’ex-président ?

Alors que les ambitions ne manquent pas chez les aînés du ministre du Pétrole – qui espèrent ne pas être écartés en même temps que la génération Issoufou –, celui-ci devrait s’appuyer à terme sur des personnalités nées, comme lui, autour de 1980. Le fils de l’ex-président, qui aura quarante ans en 2023, pourrait notamment compter sur le soutien de son ami, le ministre des Finances, lui aussi originaire de la région de Tahoua, Ahmat Jidoud.

 

Burkina Faso-Mali : ce qu’Ibrahim Traoré et Assimi Goïta ont acté

Pour son premier voyage officiel à l’étranger depuis sa nomination, le président de la transition burkinabè s’est rendu à Bamako. Il s’est entretenu avec son homologue malien, essentiellement au sujet de la coopération militaire.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 3 novembre 2022 à 16:34

 

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Lors de la rencontre entre Ibrahim Traoré et Assimi Goïta à Bamako, le 2 novembre 2022. © Présidence du Faso

 

 

Arrivé le 2 novembre en début d’après-midi à Bamako à bord d’un avion affrété par l’homme d’affaires burkinabè Mahamadou Bonkoungou, le capitaine Ibrahim Traoré a été personnellement accueilli sur le tarmac de l’aéroport Modibo Keïta par son homologue, le colonel Assimi Goïta.

Les deux officiers putschistes se sont ensuite directement rendus au palais de Koulouba. Au cœur de leurs échanges : la coopération militaire et sécuritaire entre leurs deux pays, qui partagent 1 200 kilomètres de frontières. Les colonels-majors David Kabré, chef d’état-major général des armées burkinabè, et Kassoum Coulibaly, ministre de la Défense, étaient présents dans la délégation réduite du capitaine Traoré.

Patrouilles conjointes

« L’idée est de continuer à améliorer notre coopération opérationnelle avec les Maliens, tel que cela avait commencé à être ébauché ces derniers mois », explique une source proche du président de la transition burkinabè. Lorsque le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba était au pouvoir à Ouagadougou, un rapprochement avait en effet été envisagé avec les Maliens. Il s’était d’ailleurs lui-même rendu à Bamako, début septembre, après l’envoi d’une première délégation en avril.

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Parmi les pistes alors évoquées, la mise en place de patrouilles conjointes le long de la frontière, ou encore la nomination d’officiers de liaison à Bamako et à Ouagadougou pour fluidifier le commandement. Des projets finalement jamais mis en œuvre. « Les Maliens se méfiaient un peu de nous car ils nous suspectaient d’être proches de la France », explique un ex-proche de Damiba.

Tournée régionale

Lors de leur entretien, Traoré et Goïta ont à nouveau évoqué ces pistes de coopération bilatérale. Si les deux pays s’apportent un soutien aérien mutuel – fin octobre, l’armée de l’air malienne est intervenue en appui aux militaires burkinabè à Djibo -, ils entendent maintenant accélérer le déploiement de patrouilles conjointes. « C’est vraiment sur ce point que nous devons nous améliorer. C’est ce que nous faisons avec le Niger le long de notre frontière commune, et cela fonctionne plutôt bien », explique une source burkinabè.

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Après leur entretien au palais, le colonel Goïta a raccompagné le capitaine Traoré à l’aéroport en début de soirée. Selon l’un de ses proches, le président de la transition burkinabè devrait, après le Mali, se rendre prochainement dans les autres pays voisins touchés par la menace jihadiste pour évoquer la coopération sécuritaire, notamment le Niger et le Togo.

Tchad: l'angoisse des familles des disparus après les manifestations du 20 octobre

 

Les langues se délient au Tchad, deux semaines après les terribles événements du 20 octobre, quand des manifestations de l'opposition contre la prolongation de la transition ont été réprimées dans le sang. Les différents bilans parlent de 50 à 150 morts, des centaines de blessés et des milliers de personnes arrêtées ou « déportées », ainsi que des centaines de portés disparus. Des habitants de Ndjamena, sans nouvelles des leurs arrêtés ce jour-là, témoignent.

Le 20 octobre 2022, Anamo Maïnsala, 37 ans et nouvellement intégré à la fonction publique, se reposait dans sa maison située dans le quartier de Moursal, lorsqu'une camionnette remplie de militaires s'est arrêtée devant sa concession. Les soldats ont alors forcé les portes, passé la première pièce où il n'y avait que des femmes, avant de s'introduire dans la suivante. La suite est racontée par un membre de sa famille, qui n'a pas voulu donner son nom par peur d'éventuelles représailles :

« Ils ont trouvé mon grand frère avec un de mes neveux qui a à peine 15 ans. Ils ont pris mon neveu et l'ont emmené dehors. Là, ils lui ont tiré dans la jambe. Ils ont pris mon frère, l'ont mis dans la camionnette et sont partis avec lui. Jusqu'à aujourd'hui, on ne sait pas s'il est vivant ou s'il est mort. On ne sait pas. »

Pour Patricia, une mère de quatre enfants âgé de 11 mois à 10 ans, le « cauchemar » a commencé, dit-elle, lorsqu'un véhicule militaire s'est arrêté là aussi devant leur concession, dans le quartier de Chagoua, vers 1 heure du matin. Des soldats se sont engouffré et ont arrêté tous les adultes de sexe masculin : trois hommes dont son mari, Obed Bureau Morgodé, enseignant dans le privé, ainsi que deux jeunes gens âgés de 18 ans. Depuis, toute la concession vit entre angoisse et colère.

Aujourd'hui, toutes ces familles ne savent plus à quel saint se vouer et disent attendre des réponses du gouvernement de transition.

 

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Le gouvernement et l'opposition se rejettent toujours les responsabilités

Ce 3 novembre, exactement deux semaines après les événements de ce qu'on appelle désormais le « Jeudi noir » à Ndjamena et dans plusieurs autres villes dans le sud, l'onde de choc se fait toujours sentir dans le pays soumis à un couvre-feu, même s'il a été allégé depuis lors. Le Tchad reste divisé sur ce qui s'est passé exactement ce jour-là et les nuits qui ont suivi.

Tout le monde s'accorde uniquement sur le fait que le bilan de la répression des manifestations du 20 octobre a été l'un des plus lourd de l'histoire du Tchad. Selon le Comité des Nations unies contre la torture, qui a compilé les chiffres donnés par toutes les parties, il y a eu entre 50 et 150 personnes tuées. On dénombre aussi entre 150 et 180 personnes portées disparues, plus de 1 300 personnes arrêtées on encore entre 600 à 1 100 personnes « déportées » dans la prison de haute sécurité de Koro-Toro.

Et, après l'avoir nié dans un premier temps, le gouvernement a finalement reconnu l'arrestations de centaines de « suspects », envoyés notamment à Koro-Toro, faute de place dans les commissariats et autres prisons de Ndjamena. Dans ces conditions, les questions sont encore plus nombreuses que les réponses, puisque le Commission d'enquête mise en place par le pouvoir de transition n'a pas encore rendu ses conclusions. En attendant, chacun campe sur ses positions.

Pour le gouvernement, toute la responsabilité de ce drame incombe à une opposition et une société civiles devenues « terroristes » et symbolisées par Succès Masra, du parti Les Transformateurs, et le Mouvement Wakit Tama. Ils cherchaient ce jour-là à faire un coup d'État, continue de marteler le pouvoir tchadien. Ses opposants, passés aujourd'hui dans la clandestinité, dénoncent eux un pouvoir qu'ils qualifient désormais de sanguinaire, « prêt à massacrer le peuple tchadien pour perpétuer une succession dynastique du pouvoir ».

Les éleveurs transhumants du Sahel de plus en plus coincés dans les zones péri-urbaines

 
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Au Sahel, l’hivernage touche à sa fin et la transhumance devrait reprendre pour les bergers sahéliens qui vont chercher les pâturages dans les pays côtiers. Mais les restrictions dues à l’insécurité et à la pandémie de Covid-19 empêchent la mobilité des éleveurs pasteurs. Fait nouveau : du fait de l’insécurité, beaucoup se retrouvent coincés, avec leurs troupeaux, dans les banlieues des villes où ils ont cherché refuge.

Selon le réseau d’éleveurs Billital Maroobé, près de 63 000 pasteurs et 1,5 million d’animaux sont aujourd’hui coincés en zones péri-urbaines. C’est notamment le cas, dans la région de Gao, dans l’est du Mali. Abdulaziz Agalwali est le coordinateur de l’organisation d’éleveurs Tassa au Mali :

La forte concentration fait que les quelques pâturages disponibles au niveau de ces zones péri-urbaines de Gao, de Sango et de Ménaka s’épuisent assez rapidement. Ensuite, cela crée des problèmes de promiscuité, qui engendrent des risques de maladie assez élevés, ainsi que de fortes tensions entre les autres et ceux qui se sont déplacés avec leurs troupeaux.

Les éleveurs de la région du Sahel au Burkina, comme ceux de Tahoua, Maradi et Tillabéri au Niger, connaissent le même sort : beaucoup doivent vendre leurs animaux pour survivre, à prix bradé.

Oumarou Dioffo est l’administrateur de l'Association pour la rédynamisation de l'élevage au Niger :

Le bélier maintenant vaut 35 000 ou 40 000, avec 25 000 tu as une bonne brebis. Aujourd’hui, cela impose une autre façon de vivre pour les éleveurs transhumants. Il y a en d’autres qui se lancent dans le commerce, auquel ils ne sont pas habitués, et pour beaucoup c’est des échecs.

Le réseau Billital Maroobé estime que cette crise a entraîné une baisse du prix du bétail de 10 % à 20 %.

« Le mode de vie pastoral est menacé »

Si l’insécurité pose de plus en plus de difficultés aux éleveurs transhumants au Sahel, elle n'en est pas la seule cause : des décisions politiques prises par les pays côtiers ont beaucoup nui ces dernières années à la mobilité pastorale. Selon Dodo Boureima, le président du Réseau d’éleveurs Bilital Maroobé, « les mauvaises politiques menacent le mode de vie pastoral » et les éleveurs « ont aujourd’hui plus peur des forces de défense que des terroristes ».

Les éleveurs-pasteurs vivent des situations extrêmement difficiles qui mettent en péril leur mode de vie...

SELON DODO BOUREIMA, LE PRÉSIDENT DU RÉSEAU D’ÉLEVEURS BILITAL MAROOBÉ, «LES MAUVAISES POLITIQUES MENACENT LE MODE DE VIE PASTORAL»

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