Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

Locales au Sénégal : les confréries religieuses tentent de calmer le jeu

Mis à jour le 6 décembre 2021 à 16:27
 


Cheikh Ahmed Tidiane Sy, fils du défunt khalife Abdoulaziz Sy Alamine et neveu de l’actuel khalife Serigne Babacar Sy Mansour © Sylvain Cherkaoui pour JA

 

À un mois et demi des élections locales, les grandes confréries musulmanes essaient de faire retomber les tensions de plus en plus vives entre l’opposition et le pouvoir.

Comment prévenir les violences politiques et pacifier les élections du 23 janvier 2022 ? Alors que les hommes politiques ont échoué à s’entendre et que la société civile semble dépassée par l’engrenage de la violence des manifestations, la réponse pourrait venir encore une fois des leaders religieux.

Depuis plusieurs jours, le Cadre unitaire de l’islam du Sénégal (Cudis) – une plateforme où les principales confréries musulmanes du pays parlent d’une seule voix – fait le tour des partis politiques engagés dans le processus électoral afin de prôner l’adoption d’une charte de non-violence. « Le dialogue est totalement rompu entre l’opposition et le pouvoir, s’inquiète Cheikh Ahmed Tidiane Sy, président du Cudis. Les acteurs politiques se regardent en chiens de faïence et sont dans une épreuve de force à distance plutôt que dans une logique de conciliation pour des élections apaisées. »

« Nous n’avons pas confiance en Macky Sall »

Après avoir rencontré les leaders de la coalition de l’opposition Yewi Askan Wi, emmenée par Ousmane Sonko et Khalifa Sall, les responsables du Cudis ont pris langue avec Macky Sall dans la soirée du 29 novembre. Le chef de l’État avait reçu, une semaine plus tôt, Cheikh Mouhamadou Mahi Ibrahima Niass, le khalife général de Médina Baye, également porteur d’un message de paix.

SI LE PRÉSIDENT APPROUVE LA CHARTE DE NON-VIOLENCE, L’OPPOSITION RESTE MÉFIANTE

Si le président a donné son accord de principe aux dignitaires religieux pour signer une charte de non-violence, l’opposition reste méfiante. « Tout le monde sait que les leaders de la coalition sont des hommes de paix. Mais nous n’avons pas confiance en Macky Sall, [qui] est le seul détenteur de la violence grâce à l’arsenal juridique et sécuritaire qu’il détient », a martelé lors d’un point de presse Habib Sy, le président de la conférence des leaders de Yewi Askan Wi, qui s’est néanmoins dit sensible à la démarche des religieux.

Le défi est donc de taille pour Cheikh Ahmed Tidiane Sy – lui-même fils de Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine, ancien khalife général des Tidjanes, la plus grande confrérie du pays en terme de nombre de disciples, décédé en 2017 – et ses collaborateurs. Sauront-ils faire dialoguer opposition et majorité présidentielle afin d’éviter une nouvelle crise majeure au Sénégal ? « De par leur traditionnelle attitude à réguler l’espace public, les religieux peuvent être les garants d’un nouvel engagement moral », répond le président du Cudis.

Ces différentes démarches interviennent alors que le mois de novembre a été particulièrement mouvementé. Le 10 novembre, la convocation par la justice de Barthélémy Dias, candidat de Yewi Askan Wi à la mairie de Dakar, a provoqué des manifestations dans la capitale sénégalaise. Quelques jours plus tôt, le rejet de plusieurs listes avait déjà engendré des troubles à l’intérieur du pays.

Des religieux plus proactifs

Ce n’est pas la première fois que les autorités religieuses tentent d’user de leur influence pour apaiser les tensions politiques. Entre 2004 et 2007, le conflit ouvert entre Abdoulaye Wade et son Premier ministre, Idrissa Seck, s’était finalement réglé à Touba, ville sainte de la très influente confrérie des Mourides. Et en 2008, l’ancien président sénégalais, brouillé avec Macky Sall, n’avait eu d’autre choix que d’écouter Serigne Bara Mbacké, le khalife général, et de s’employer à améliorer ses relations avec le président de l’Assemblée nationale d’alors.

« Mais le caractère formel que prend l’initiative du Cudis est inédit. Jusqu’ici, les échanges pour calmer les guéguerres entre personnalités politiques au sommet de l’État se faisaient dans un cadre informel ou de manière spontanée et ponctuelle », explique le chercheur Seydou Kanté.

APRÈS L’ARRESTATION D’OUSMANE SONKO, IL A FALLU QUE LES KHALIFES GÉNÉRAUX S’EN MÊLENT POUR QUE LES VIOLENCES CESSENT

Les évènements de mars semblent avoir marqué un tournant. Après l’arrestation d’Ousmane Sonko, alors soupçonné de viol, plusieurs jours de manifestations avaient manqué de faire basculer le pays dans le chaos. La répression des forces de l’ordre avait fait 14 morts. Les efforts de médiation, alors portés par Jammi Rewmi, plateforme de la société civile regroupant une quarantaine d’ONG, avaient échoué. « Nous étions dans l’impasse. Il a fallu que les khalifes généraux s’en mêlent et s’adressent aux populations pour que les violences cessent », explique Cheikh Ahmed Tidiane Sy.

Pourtant, lors de sa création en 2015, l’objectif du Cudis n’était en rien de jouer un rôle politique. « Nous n’étions jamais impliqués dans les affaires politiques. Mais à la sortie de cette grave crise, nous nous sommes dits qu’il fallait adopter une démarche plus proactive et ne plus attendre qu’il y ait autant de morts pour démarrer une médiation », justifie son président.

La carte des confréries

Au Sénégal, où 95 % de la population est musulmane, l’influence des dignitaires de confréries n’est pas que religieuse. Leurs recommandations rythment la vie sociale de millions de disciples. Et leurs ndiguël (consignes) de vote peuvent faire basculer une présidentielle. Comme en 2007, quand le deuxième mandat d’Abdoulaye Wade s’est joué en partie à Touba grâce au soutien affiché de Cheikh Béthio Thioune, influent marabout mouride.

Depuis l’indépendance et le pouvoir de Léopold Sédar Senghor, les hommes politiques « ont tous joué la carte des confréries pour mieux asseoir leur légitimité ou pour bénéficier de leur soutien. Les confréries souhaitent entretenir et conforter des relations spécifiques avec l’État », explique Seydou Kanté dans son ouvrage La Géopolitique du Sénégal, publié en 2013 aux éditions de L’Harmattan. Un jeu du donnant-donnant favorisé par « l’attachement des Sénégalais à leurs marabouts qui détiennent [en retour] un pouvoir de décision sur leurs fidèles ».

Le risque d’influence des religieux sur l’arène politique n’en est-elle pas trop forte? « Les grands chefs de confréries ne se hasardent plus à donner de consignes de vote afin de ne pas être décrédibilisés. Aujourd’hui, les gens prennent de plus en plus de libertés du point de vue politique, estime Cheikh Ahmed Tidiane Sy. On peut toujours imaginer un guide religieux s’appuyer sur sa petite communauté pour s’engager en politique. Mais de plus en plus, les khalifes généraux observent une posture d’équité. » Une neutralité sur laquelle le Cudis compte s’appuyer pour ramener à la table du dialogue opposition et pouvoir… avant qu’il ne soit trop tard.

Voyage du pape : l’Église orthodoxe grecque, des prérogatives en peau de chagrin

Après deux jours à Chypre, le pape François arrivera samedi 4 décembre à Athènes pour une visite de trois jours. Un pays où l’Église orthodoxe, longtemps omniprésente dans la vie sociale et politique, semble confrontée à une laïcisation inéluctable.

  • Thomas Jacobi (à Athènes), 

Lecture en 5 min.

Voyage du pape : l’Église orthodoxe grecque, des prérogatives en peau de chagrin
 
Célébration de la résurrection dans un monastère à Thessalonique, le 1er mai 2021. KONSTANTINOS TSAKALIDIS/SOOC VIA AFP
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Sa primauté sur les autres religions du pays est confirmée par l’article 3 de la Constitution de 1975. Écrite « au nom de la Sainte Trinité », la Constitution grecque proclame ainsi « que la religion dominante en Grèce est celle de l’Église orientale du Christ ». Cette prédominance de l’Église orthodoxe grecque est en partie expliquée par le rôle très important qu’elle joua tant dans la guerre d’indépendance du pays que durant les quatre siècles d’occupation ottomane. Mais cette époque de prérogatives semble aujourd’hui de plus en plus révolue.

→ LE CONTEXTE. Le pape à Chypre et en Grèce : les enjeux d’un voyage aux confins de l’Europe

C’est le gouvernement du socialiste Andréas Papandréou qui a donné le coup d’envoi à la laïcisation en 1982, en instaurant le mariage civil. Le primat d’Athènes de l’époque, Mgr Séraphin, s’y oppose alors violemment, mais le premier ministre persiste et signe, en excluant deux ans plus tard l’Église de la procédure de divorce à laquelle elle devait donner son accord préalable.

En 2000, son successeur, Costas Simitis, également socialiste et proeuropéen convaincu, supprime la mention de la religion sur les cartes d’identité. Là aussi, la bataille est plus que rude, mais Simitis maintient le cap malgré les anathèmes des religieux descendus dans la rue et les manifestations qui jalonnent le pays. Il est désormais interdit à toute institution publique de demander la confession de ses administrés, y compris dans les commissariats ou l’armée. Efstathios, 60 ans, catholique convaincu, se souvient de ce moment historique : « Dès que nous sortions notre carte d’identité, nous, “les papistes”, étions regardés de travers. Je n’ai jamais pu monter en grade dans l’armée. Il était temps que cela s’arrête. »

La fin des exemptions fiscales de l’Église

Pendant inattendu de ce changement, il est désormais possible de prêter serment sur la Constitution lors d’un procès, et non plus obligatoirement sur l’Évangile, la Torah ou le Coran. Les députés et les ministres devront attendre l’arrivée du parti de la gauche radicale, Syriza, en 2015, pour bénéficier eux aussi de cette réforme.

Dernier acte de ce recul du poids de l’Église orthodoxe sur la société : l’annulation de toute exemption fiscale durant la crise financière de 2010. L’Église, le plus gros propriétaire foncier du pays, voit son assiette fiscale augmenter drastiquement en juillet 2012, payant pour la première fois plus de 12 millions d’euros d’impôts. L’archevêque d’Athènes Mgr Hyéronyme tente alors de mettre en avant «l’importante œuvre caritative de l’Église », « l’impôt sur le revenu que les popes payaient comme tous les fonctionnaires », et les 96 % de ses biens immobiliers que l’Église a cédés en échange de ces exemptions et salaires des popes.

L’Eurogroupe qui surveille étroitement les finances du pays s’y refuse. L’Église plie, au grand soulagement des Grecs laminés par l’austérité imposée. «Franchement, s’emporte Irini, professeure d’histoire, je n’aurais pas compris que l’Église soit exemptée d’impôt foncier alors que j’ai failli perdre ma maison avec les nouveaux impôts locaux. Même ma mère qui ne rate jamais une messe était pour. »

L’Europe moteur de la laïcisation du pays

Cette laïcisation à marche forcée s’est faite, selon Stavros Zoumboulakis, « sous la pression de l’Europe ». Pour cet universitaire spécialiste des religions et auteur du livre Christianisme de la joiele témoignage du pape François, « il n’était pas possible que la Grèce rejoigne l’Union européenne avec de tels anachronismes ». « Sans l’Europe, martèle-t-il, jamais l’Église orthodoxe grecque n’aurait accepté de tels changements. »

Toutes ces réformes qui ont remodelé la société ont été majoritairement bien acceptées par les Grecs. Y compris les toutes dernières promues par le gouvernement conservateur – pourtant proche de l’Église – qui concernent le mariage des personnes de même sexe, l’adoption pour les couples homosexuels, la crémation des morts ou l’abolition du délit de blasphème. « C’était le comble de l’hypocrisie, lâche en riant Roula, étudiante en architecture. On passe son temps à insulter pour tout et n’importe quoi, en invoquant tous les saints de l’iconostase, et on pouvait se retrouver au tribunal pour un blasphème ? C’était ridicule ! »

Plus traditionalistes que croyants

Roula comme Irini et une partie de plus en plus importante de la société grecque, essentiellement les jeunes, se déclarent athées. Pour autant, jamais elles ne manqueront la messe de Pâques ou les festivités de la Sainte Croix en janvier, lorsque les popes jettent une croix à la mer pour bénir les eaux. « Cela fait partie de mon identité », explique Irini. Selon les derniers sondages, 75 % de la population grecque continue ainsi à se marier à l’église et à baptiser ses enfants. Un chiffre qui tombe en revanche à moins de 10 % quand il s’agit de jeûner au-delà de la semaine de Pâques.

→ REPORTAGE. L’Eglise orthodoxe grecque refuse de se plier aux règles sanitaires

« Les Grecs ont un rapport à la religion très traditionaliste, très festif, souligne de son côté Pierre Salembier, supérieur de la communauté jésuite de Grèce. Ils ne manqueront pour rien au monde d’allumer une bougie lors de la Semaine sainte, mais ils sont 15 % à aller encore à la messe. » Pour cet aumônier de la communauté francophone d’Athènes, « la Grèce est traversée par la modernité occidentale qui fait baisser la pratique religieuse ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2001, 85,6 % se déclaraient pratiquants, en 2015, ce chiffre est passé à 51,9 %. Une étude de l’université Panteion d’Athènes de 2015 le confirme : 60 % des Grecs estiment que « l’Église a moins d’impact qu’il y a dix à quinze ans », maisils sont 44 % à estimer la religion « assez importante » et 23 % « très importante ».

 

Pourtant, modère de son côté Alexandros Sakélariou, chercheur à l’université Panteion, « il n’y a toujours pas de séparation de l’Église et de l’État malgré la tentative d’Alexis Tsipras et des 55 % de la population qui le soutenaient sur ce dossier. » Maladroit dans sa gestion du dossier, l’ancien premier ministre s’est heurté aux courants les plus conservateurs de l’Église. « Il n’y a eu aucune réelle concertation avec les autorités religieuses. Aussi quand la question a été discutée au Saint-Synode, une majorité d’évêques se sont prononcés contre. »Pour Stavros Zoumboulakis, cette séparation largement soutenue par les Grecs n’est qu’une question de temps. D’autant que l’Église orthodoxe est sortie très affaiblie de la crise du Covid à cause de ses positions anti-vaccins.

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« Cette visite aplanit le chemin vers l’unification des chrétiens »

Archimandrite Ignace Sotiriadis, secrétaire des affaires extérieures du Saint-Synode de l’Église de Grèce

« Il y a des sujets qui nous séparent, dans le domaine du dogme, mais ce qui nous unit est la souffrance du monde moderne qui perd sa foi et s’angoisse pour son avenir.Cette visite pourrait démontrer que, désormais, nous sommes amis et nous nous visitons réciproquement. Ce n’est plus comme par le passé, lorsque nous nous contentions de nous accuser les uns les autres. Cette visite aplanit le chemin vers la future unification des chrétiens. Cela se fera petit à petit. Nous devons être dans la compréhension, la réconciliation et le dialogue. »

 

Juifs du Maroc : regards sur une fraternité judéo-musulmane oubliée

Mis à jour le 1 décembre 2021 à 09:54
 


Nuheila, l’une des protagonistes du documentaire « Ziyara » de Simone Bitton. © Ciné Sud Prmotion

 

Avec son film « Ziyara », la réalisatrice Simone Bitton évoque avec subtilité l’exil des juifs du Maroc, au moment même où s’ouvre à Paris, à l’Institut du monde arabe, l’exposition « Juifs d’Orient, une histoire plurimillénaire ».

Difficile, a priori, d’imaginer un film plus complexe à réaliser que Ziyara, puisque ce documentaire ne parle que d’absents et de disparus. Dans tous les sens du terme. Comment le rendre passionnant alors qu’il ne s’agit que d’une promenade dans d’innombrables cimetières ? Et pourtant, Simone Bitton a réussi cette gageure : nous proposer un long métrage jamais ennuyeux et toujours esthétiquement séduisant pour nous conter, à sa manière, l’exode des Juifs marocains dans les années 1950 et 1960. Ils étaient plus de 250 000 au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il n’y a plus que quelques centaines de familles à résider encore au Maroc.

Croyances partagées

Pour l’essentiel, Ziyara propose un retour sur les lieux abritant les sépultures des ancêtres. C’est donc, en quelque sorte, un film sur des fantômes. Mais des fantômes que la réalisatrice fait revivre, autre gageure, en rencontrant et en enregistrant les témoignages non pas de Juifs – qui sont quasiment absents du film à part Simone Bitton elle-même, commentant son périple – mais des musulmans. Car tous les gardiens des cimetières juifs, tout comme la conservatrice du musée juif de Casablanca, sont des Marocains qui vénèrent Allah et son Prophète. Et qui prennent leur tâche très au sérieux.

« C’est la foi qui compte », dit cette dame très pieuse en charge d’un mausolée où ceux qui y viennent se recueillir peuvent aussi bien être des Juifs de passage que des Musulmans. Ce que confirme la gardienne de la synagogue de Fès, qui ne craint pas d’affirmer que, finalement, « la seule grande différence entre le judaïsme et l’islam, c’est Mohammed ». Rien d’étonnant quand on sait que si l’on compte environ 650 saints juifs au Maroc, 150 d’entre eux sont « partagés » par les Juifs et les Musulmans. La pratique populaire de la ziyara – qui a donné son titre au film et signifie en darija (dialecte populaire) « visite » des figures protectrices légendaires que sont les saints mais aussi « pèlerinage » – a d’ailleurs toujours été partagée par les deux communautés.

« L’idée du film, raconte Simone Bitton, est partie de cette constatation du partage des croyances. » Elle-même, née à Rabat en 1955, a commencé par grandir dans une famille sépharade où, si l’on apprenait le français à l’école, on parlait arabe à la maison. Avant que les siens émigrent en 1966, comme la plupart des Juifs marocains, en Israël. Là-bas elle devient, après s’être familiarisée avec l’hébreu, « femme de trois pays et de trois cultures ». Choquée par la politique d’agression d’Israël face à ses voisins, elle s’installe après la guerre du Kippour à Paris, où elle étudie le cinéma qui devient son métier.

Elle vit aujourd’hui entre la France et le Maroc. Auteure de nombreux documentaires remarqués et consacrés aussi bien à la Palestine – notamment le portrait de Mahmoud Darwich et un autre, celui de Rachel, cette militante pacifiste américaine écrasée par un bulldozer alors qu’elle protestait contre la destruction de maisons palestiniennes – qu’à la lutte anticoloniale, à travers par exemple un retour sur les combats de Mehdi Ben Barka. Elle a également tourné une série de films sur Les grandes voix de la chanson arabe (Oum Kalsoum, Mohamed Abdelwaheb, Farid el-Atrache).

« Ziyara », documentaire de Simone Bitton, sortie en France le 1er décembre.

« 
Ziyara », documentaire de Simone Bitton, sortie en France le 1er décembre. © DR

« Gâchis historique »

Ce que démontre avant tout ce pèlerinage profane en forme de « road movie » à la recherche de lieux de mémoire auquel nous convie cette cinéaste engagée, c’est à quel point le départ de Juifs du Maroc n’allait pas de soi. Ils ont abandonné un pays où ils étaient à l’évidence chez eux, en grande partie à cause d’un lobbying acharné de l’agence juive au profit d’Israël. Ce qui suscite peut-être des regrets chez ceux qui ont émigré, mais surtout une incompréhension du côté marocain. On est frappé par le sentiment de « gâchis historique » qu’évoquent nombre de Musulmans interrogés qui affirment sans ambages quelle perte a représenté pour le Maroc la disparition de la composante juive de sa société présente depuis des siècles et des siècles.

Une perte, nous rappelle une importante exposition qui vient de commencer à l’Institut du monde arabe (IMA, à Paris), qui ne concerne pas que le Maroc même si c’est là qu’elle a peut-être été le plus ressentie. « Juifs d’Orient, une histoire plurimillénaire », une véritable première à l’échelle internationale, permettra en effet jusqu’en mars 2022 de venir constater que pendant très longtemps « Juifs et Arabes n’étaient pas des étrangers mais du même monde », comme le dit Benjamin Stora, le commissaire de la très riche exposition inaugurée le lundi 22 novembre par le président Emmanuel Macron.

Une occasion de comprendre, en regardant des centaines d’œuvres venues du monde entier (tableaux, fresques, costumes, objets de tout sortes) et des textes souvent rares comme celui annoté de la main de Maïmonide au XIIsiècle, ainsi que des photos et des films, qu’il est non seulement réducteur mais en outre totalement erroné de considérer que l’histoire des rapports et du compagnonnage entre les deux communautés, commencé au sixième siècle avant l’ère chrétienne, serait uniquement celle du conflit israélo-palestinien. Une leçon d’histoire bienvenue en nos temps troublés, alors que triomphent les analyses à courte vue.

« Juifs d’Orient, une histoire plurimillénaire », exposition à l’Institut du monde arabe jusqu’au 13 mars 2022.

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Juifs d’Orient, une histoire plurimillénaire », exposition à l’Institut du monde arabe jusqu’au 13 mars 2022. © IMA

La COMECE réagit aux lignes directrices de la Commission européenne sur le «langage inclusif»

 

Communiqué de presse, 30/11/2021

« Le respect de la diversité ne peut conduire à effacer la religion du discours public »

 La COMECE se félicite du retrait des lignes directrices internes de la Commission Européenne sur la communication inclusive le mardi 30 novembre 2021. Le projet de texte contenait plusieurs recommandations terminologiques à l’intention du personnel de cette Institution de l’UE sur la manière de mener une communication interne et externe plus inclusive.

  

Tout en respectant le droit de la Commission Européenne de modeler sa communication écrite et verbale, et en appréciant l’importance de l’égalité et de la non-discrimination, la COMECE ne peut s’empêcher de s’inquiéter de l’impression qu’un parti pris antireligieux caractérisait certains passages du projet de document.

   Le projet de lignes directrices, par exemple, décourageait les membres du personnel de la Commission européenne à faire référence dans leurs communications aux vacances de Noël, à l’expression « noms chrétiens » ou à des noms qui proviennent généralement d’une religion.

  Le Président de la COMECE, le Cardinal Jean-Claude Hollerich SJ, a déclaré : « La neutralité ne peut pas signifier reléguer la religion à la sphère privée. Noël ne fait pas seulement partie des traditions religieuses européennes, mais aussi de la réalité européenne. Le respect de la diversité religieuse ne peut pas conduire à la conséquence paradoxale de la suppression de l’élément religieux du discours public ».

   Le Président de la COMECE a également souligné que « si l’Église catholique dans l’UE soutient pleinement l’égalité et la lutte contre la discrimination, il est également clair que ces deux objectifs ne peuvent pas conduire à des distorsions ou à l’autocensure. »

   La COMECE s’inquiète des dommages que cette circonstance a pu porter à l’image des Institutions de l’UE et au soutien au projet européen dans les États Membres. Il faut espérer qu’une version révisée du document tiendra compte de ces préoccupations.

Le Pape prône l’alliance de l’héritage biblique et antique avec l’écoute des autres cultures |Vatican News

 

[…] En évoquant la volonté de Paul VI, au terme du Concile Vatican II, d’ouvrir un dialogue entre l’Église et les non-croyants, François explique que les transformations du monde depuis 1965 nécessitent de nouvelles orientations et une mise à jour de l’anthropologie chrétienne. Les développements technologiques et scientifiques de ces dernières années ont en effet bouleversé les clivages idéologiques qui structuraient de nombreuses sociétés jusqu’à la fin du XXe siècle.[…]

[…] Mais dans un contexte de circulation accélérée des personnes, des idées, des images, de représentations du monde qui se croisent et parfois se heurtent, l’évêque de Rome ajoute que «l’humanisme biblique et classique doit aujourd’hui s’ouvrir sagement pour recevoir, dans une nouvelle synthèse créative, également les apports de la tradition humaniste contemporaine et celle des autres cultures de toute la planète», qu’elles viennent d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine ou encore des peuples indigènes.

Certaines expériences vécues par ces peuples peuvent en effet permettre de dépasser l’individualisme des civilisations occidentales, et apporter une nouvelle dynamique dans les relations humaines et familiales, tout comme des savoirs précieux dans le domaine médical ou artistique. «Dans ces différentes cultures, il existe des formes d’un humanisme qui, intégré à l’humanisme européen hérité de la civilisation gréco-romaine et transformé par la vision chrétienne, est aujourd’hui le meilleur moyen d’aborder les questions préoccupantes sur l’avenir de l’humanité», poursuit le Pape argentin.[…]

Lire l’article de Cyprien Viet sur VaticanNews le 23.11.21

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