Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

Le Tchad veut rassurer le Mali et sauver le G5 Sahel

 

Une délégation tchadienne était à Bamako, vendredi 20 mai. avec un objectif : apaiser les tensions, après la décision du Mali de se retirer de l'alliance politico-militaire du G5 Sahel. Le porte-parole du gouvernement, Abderaman Koulamallah, s'est entretenu avec le président malien de la transition, le colonel Assimi Goïta.

En début de semaine, le Mali a annoncé son retrait de l’alliance politico-militaire du G5 Sahel. Bamako devait en prendre la présidence tournante depuis le mois de février, mais le contexte politique national a conduit les pays du G5 à ne pas le permettre. En cause : le bras de fer engagé avec la Cédéao pour l’organisation de futures élections au Mali.

Le Tchad a conservé la présidence du G5 mais ne cherche en aucun cas le conflit avec le Mali, parti fâché du G5 Sahel pour défendre sa souveraineté bafouée. Le ministre tchadien Abderaman Koulamallah, porte-parole du gouvernement, est venu dire au président malien de transition, le colonel Assimi Goïta, que ce n’est pas contre le Tchad qu’il faut être en colère :

« Le Tchad tient énormément à ses relations bilatérales avec le Mali et a voulu réexpliquer qu'en aucun cas, il n'était responsable des problèmes qui ont conduit au départ du Mali du G5-Sahel. Le Tchad n'a aucun problème avec le Mali. »

Le président du Niger, Mohamed Bazoum, a récemment déclaré que le retrait du Mali actait « la mort » du G5 Sahel. Le ministre tchadien Abderaman Koulamallah ne partage pas cet avis : « Le G5-Sahel a été conçu sous la présidence du Mali. Cela met un peu en difficulté. Nous restons encore optimistes pour tout voir revenir dans le bon ordre. Le G5-Sahel est toujours présent. »

Le Tchad demande donc au Mali de reconsidérer sa position. Ndjamena assure mener des consultations auprès des autres pays membres afin de répondre aux préoccupations maliennes. En clair : de permettre à Bamako d’assurer enfin la présidence tournante du G5.

Enfin, à ceux qui s’interrogeaient, après le départ malien du G5 Sahel, sur un possible retrait des soldats tchadiens présents au Mali au sein des bataillons de la Minusma, le ministre Koulamallah rassure : il n’en est en aucun cas question.

En République islamique de Mauritanie, une communauté chrétienne fragile 

Reportage 

Il y a cinq ans, le 13 mai 2017, le Saint-Siège nommait pour la première fois un nonce apostolique en Mauritanie alors que les deux États officialisaient l’établissement de relations diplomatiques. Très minoritaire dans la République islamique de Mauritanie, l’Église catholique est respectée par les autorités et la population grâce à son implication auprès des plus démunis.

  • Clémence Cluzel, à Nouakchott (Mauritanie), 
En République islamique de Mauritanie, une communauté chrétienne fragile
 
L’église de Nouakchott, en Mauritanie, prise en photo le 31 mars 2019.CARMEN ABD ALI/AFP

Semblable depuis l’extérieur à une tente, la cathédrale Saint-Joseph de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, accueille chaque dimanche entre 400 et 600 fidèles catholiques. Après la messe, en français, certains, vêtus de tissu wax à l’effigie de saints, s’attardent dans la cour.

« Des personnes de tous continents et de toute condition sociale se retrouvent. Cela donne une vivacité à notre Église que l’on ne retrouve pas ailleurs », se réjouit Mgr Martin Happe, évêque de Nouakchott. L’occasion aussi pour ces chrétiens, tous non mauritaniens, de se réunir, alors que beaucoup vivent dans une grande précarité. « L’Église est aussi un moyen de nous rassembler entre chrétiens et étrangers », souligne Laurent, originaire de la Guinée-Bissau et responsable des enfants de chœur de la paroisse de la cathédrale.

Une minuscule minorité

 

L’unique diocèse de Mauritanie, érigé en 1965, regroupe les principales paroisses de Nouakchott et Nouadhibou, deuxième ville du pays, auxquelles s’ajoutent les missions d’Atar, Rosso, Kaedi et Zouérate sans qu’elles aient de fidèles pour autant. Car, au sein de la République islamique de Mauritanie, la présence chrétienne reste infime. L’islam est religion d’État, et tous les Mauritaniens sont musulmans. Les 4 000 catholiques du pays sont tous étrangers et originaires d’une quarantaine de pays, majoritairement africains.

« Un tiers de la paroisse de Nouakchott se renouvelle annuellement car beaucoup sont de passage : c’est un défi. Mais cela nous empêche de nous endormir ! », sourit Mgr Martin Happe, évêque depuis 1995 après vingt-deux ans comme administrateur apostolique au Mali. Ce « père blanc » de 77 ans, originaire d’Allemagne, compte une dizaine de prêtres sous sa responsabilité, la plupart missionnaires, ainsi qu’une trentaine de religieuses de diverses congrégations.

Dialogue interculturel

« À l’aéroport de Nouakchott, un Mauritanien remarquait, amusé, que je portais une croix dans une République islamique sans que cela pose problème, alors qu’en Europe cela fait débat !, pointe Mgr Happe. Je n’ai jamais ressenti d’hostilité en vingt-sept ans. » Il prône inlassablement le dialogue interculturel : « La seule façon de changer les idées est de se fréquenter plutôt que de se laisser enfermer derrière des murs. Je note surtout une grande méconnaissance et des idées erronées sur notre religion. »

→ ENTRETIEN. « La Mauritanie est le seul pays du Sahel à avoir su chasser les terroristes »

Preuve du respect des autorités mauritaniennes envers l’Église catholique, depuis le 9 décembre 2016, la Mauritanie et le Saint-Siège entretiennent des relations diplomatiques. En mai 2017 était nommé le premier nonce apostolique pour le pays, le même que pour le Sénégal, le Cap-Vert et la Guinée-Bissau.

« L’idée que les chrétiens rasent les murs est fausse », balaye l’évêque de Nouakchott. La population demeure cependant très susceptible sur le prosélytisme, formellement interdit. « Il n’est pas question de convertir », insiste Mgr Happe. D’après l’article 306 du code pénal, l’hérésie, l’apostasie, l’athéisme ou encore le blasphème sont passibles de peine de mort. Cinq Mauritaniens ont été condamnés en octobre 2020 à de la prison ferme pour outrage aux mœurs islamiques.

Un engagement social fort

La mission de l’Église se concentre ainsi essentiellement sur les actions sociales alors qu’environ 30 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Aide aux grands brûlés, soutien aux prisonniers, aux enfants handicapés, lutte contre la malnutrition mais aussi scolarisation et formation professionnelle, assistance aux migrants, bibliothèques… Les nombreux projets sont pilotés par le bureau du diocèse et souvent menés avec Caritas Mauritanie, seule ONG confessionnelle non musulmane reconnue par les autorités.

À Nouakchott, Caritas appuie notamment deux projets. L’un dans le quartier populaire de Dar Naïm, avec le centre de formation et d’insertion professionnelle qui offre des formations aux jeunes déscolarisés ou analphabètes. Et l’autre à Dar El Barka, via un centre de formation qui combine formation professionnelle et cours d’alphabétisation pour les femmes avec un jardin d’enfants.

Pression islamiste

Toutefois, si la minorité chrétienne vit en paix, la pression de l’islam fondamentaliste, financé par l’Arabie saoudite, se fait sentir depuis quelques années. «Les premières victimes de ce durcissement sont les Mauritaniens, rapporte Mgr Martin Happe. C’est l’islam des confréries qui est visé car, pour les wahhabites, il s’agit de syncrétisme. »

Avec Taizé, des jeunes aux « sources de l’espérance » en Terre sainte 

Les faits 

Jusqu’au 15 mai, la communauté de Taizé réunit plusieurs centaines de jeunes en Terre sainte pour une semaine de pèlerinage « vers les sources d’espérance ». Une dizaine de frères de la communauté animent cette rencontre internationale.

  • Alice Clavier, 

Lecture en 1 min.

Avec Taizé, des jeunes aux « sources de l’espérance » en Terre sainte
 
Les mélodies des chants de Taizé résonneront dans les églises de Jérusalem, de Bethléem et de Nazareth, du 8 au 15 mai.KYRYLO GLIVIN/KIRILL4MULA - STOCK.ADOBE.COM
       

Les mélodies des chants de Taizé résonneront dans les églises de Jérusalem, de Bethléem et de Nazareth, du 8 au 15 mai. Trois cents jeunes âgés de 18 à 35 ans sont arrivés de toute l’Europe en Israël pour un pèlerinage placé sous le double signe de la rencontre et de l’espérance.

→ À LIRE. Syrie : à Homs, 800 jeunes pour une rencontre de Taizé inédite

Cette rencontre internationale s’inscrit dans le cadre des « pèlerinages de confiance » lancés il y a plus de trente ans par le fondateur de la communauté de Taizé, le frère Roger, et par le frère Alois, prieur de la communauté depuis 2005. Il animera ce pèlerinage avec d’autres frères, répondant à sa mission : « Stimuler la marche en avant de la communauté et susciter l’unité et la communion entre les frères », peut-on lire sur le site de Taizé.

Un pèlerinage à la rencontre des chrétiens du Proche-Orient

Organisée en collaboration avec les Églises de Terre sainte et l’Institut œcuménique de Tantur, cette rencontre est le fruit de quarante soirées préparatoires de prière et de réflexion au cours desquelles grecs-orthodoxes, arméniens orthodoxes, catholiques de divers rites, luthériens et anglicans installés en Israël ont préparé l’accueil des jeunes.

→ À LIRE. Aux origines de l’« aventure Taizé »

Les pèlerins seront logés à plusieurs reprises chez l’habitant, en particulier à Bethléem, où est né le Christ. Ce pèlerinage qui les mènera jusqu’au mont Tabor, lieu de la Transfiguration, est l’occasion de leur faire découvrir les divers visages du christianisme au Proche-Orient. Des rencontres avec des jeunes de Terre sainte, des professeurs de l’École biblique de Jérusalem ou encore avec des patriarches, aussi bien grec-orthodoxe que latin, sont prévus.

Un thème : l’espérance

Pendant la semaine, les jeunes seront invités à approfondir le thème suivant : « Cheminer ensemble vers les sources d’espérance. » Au cours d’échanges, d’ateliers et de visites des lieux bibliques, ils réfléchiront à la vertu théologale de l’espérance, ce « moteur qui pousse à agir, en particulier là où sévissent les injustices ».

Un juif sur sept se définit de la mouvance ultraorthodoxe « haredi », selon une étude 

Analyse 

Un juif sur sept se définirait de la mouvance ultraorthodoxe haredi, soit 2,1 millions de croyants dans le monde, selon la dernière étude de l’Institute for Jewish Policy Research. Un chiffre en constante augmentation depuis dix ans, en particulier en Israël et aux États-Unis.

  • Juliette Paquier, 
Un juif sur sept se définit de la mouvance ultraorthodoxe « haredi », selon une étude
 
Un Juif ultra-orthodoxe avant Yom Kippour à Jérusalem, le 24 septembre 2020.DEBBIE HILL/UPI/MAXPPP

Un juif sur sept se définirait comme haredi, soit 2,1 millions de croyants dans le monde, selon une étude publiée par l’Institute for Jewish Policy Research, lundi 3 mai. Cette mouvance ultraorthodoxe du judaïsme, dont l’appellation signifie littéralement « craignant Dieu », représenterait ainsi 14 % de la population juive mondiale (estimée à près de 15 millions à la fin de l’année 2020). Un chiffre particulièrement élevé pour ce courant qui se caractérise notamment par une application stricte des préceptes de la halakha, la loi juive.

Selon cette étude, 90 % des juifs qui se définissent haredim vivent en Israël (1,2 million de croyants) et aux États-Unis (700 000 croyants), ce qui correspond aux deux premiers foyers de peuplement de la population juive dans le monde.

En Israël, les données détaillées du Bureau central de statistiques permettent de déterminer qu’environ 14 % de la population juive israélienne se définissent comme haredim. Une proportion en hausse depuis une dizaine d’années puisqu’ils représentaient 10 % de la communauté juive en 2009. Dans le pays, la croissance démographique des haredim est telle qu’elle entraîne une hausse de la population globale de 1,5 % chaque année.

Taux de fécondité et espérance de vie élevés

Pourquoi cette communauté connaît-elle une évolution démographique aussi rapide ? « L’augmentation phénoménale de la population juive haredi s’explique par la combinaison d’un taux de fécondité et d’une espérance de vie élevés », précise l’auteur de l’étude, le chercheur Daniel Staetsky. En moyenne, les familles haredim ont en effet entre six et sept enfants, poursuit-il.

Le mode de vie haredi entraîne par ailleurs un fort sentiment d’appartenance à la communauté. Bien que certains croyants quittent leur communauté à l’âge adulte, ces départs n’impacteraient pas l’évolution de la hausse démographique de la population haredi dans les vingt prochaines années, selon l’étude.

A contrario, la population non haredi augmente nettement plus lentement, de 0,2 % en moyenne par an. À titre d’exemple, si le taux de fécondité de la population restait le même, l’étude démontre que la proportion de la population haredi devrait doubler tous les dix-huit ou vingt ans, tandis qu’il faudrait attendre 350 ans pour que le nombre de non-haredim soit multiplié par deux.

→ ANALYSE. Qui sont les juifs ultraorthodoxes en France ?

Selon l’auteur de l’étude, «la poursuite d’une croissance très élevée de la population haredi combinée à une très faible croissance de la population non-haredi signifie que la part (d’ultraorthodoxes) dans la population juive totale est appelée à augmenter ».

Chiffres à nuancer

L’institut américain qui a mené l’étude, créé sous l’égide du World Jewish Congress et du American Jewish Congress en 1941, précise toutefois que ces chiffres sont à prendre avec précaution. Beaucoup de pays, dont la France par exemple, n’autorisent pas les statistiques sur des critères ethniques ou religieux. Par ailleurs, l’auteur souligne que, «là où l’estimation du nombre total de juifs est compliquée, l’estimation de l’effectif d’un groupe au sein d’une communauté est encore plus complexe ».

En outre, «comme l’essentiel de la population juive mondiale se situe en Israël et aux États-Unis, leur démographie est surreprésentée dans l’étude, explique l’anthropologue Lucine Endelstein. La proportion de juifs haredim présentée dans l’étude ne correspond pas à la réalité du nombre d’ultraorthodoxes en France, où ces communautés sont très minoritaires. »

Chez les « tradis », les restrictions à la messe en latin ont toujours du mal à passer 

Analyse 

Au cours de l’audience générale de ce mercredi 4 mai, des mères de prêtres doivent remettre au pape François des milliers de lettres lui demandant de revenir sur son motu proprio Traditionis custodes. Promulgué en juillet dernier, l’acte papal limitant strictement la célébration selon la liturgie préconciliaire est toujours très difficilement accepté chez les fidèles de cette forme.

  • Xavier Le Normand, 
Chez les « tradis », les restrictions à la messe en latin ont toujours du mal à passer
 
Célébration d’une messe en forme extraordinaire, à Valence (Drôme), le 20 juillet 2021.NICOLAS GUYONNET/HANS LUCAS AFP

Ce merdi 4 mai, lors de l’audience générale place Saint-Pierre au Vatican, doit être présent au tout premier rang un groupe de Françaises. Venues à pied – en se relayant – de Paris, ces femmes pourront saluer brièvement le pape François pour plaider auprès de lui la cause de leurs fils : prêtres attachés à la célébration selon la liturgie préconciliaire, ceux-ci sont contraints par les nouvelles normes édictées en juillet dernier dans son motu proprio Traditionis custodes.

« Nous sommes venues demander au pape de revenir sur sa décision, au nom de l’unité de l’Église, explique Catherine Balaÿ. Nous voulons lui dire la souffrance et l’incompréhension des prêtres et fidèles touchés par ces restrictions. » Mère d’un prêtre de la communauté Saint-Martin – qui célèbre donc habituellement sous la forme conciliaire –, elle est l’une des cinq mères à avoir parcouru l’ensemble du trajet de Paris à Rome, quelque quarante-cinq autres n’ayant marché que quelques étapes.

« Le grand désarroi de ces fidèles »

Dix mois après sa promulgation, Traditionis custodes est ainsi encore très mal accepté par ceux qu’il concerne. Passant d’un régime de libéralité permis depuis 2007 par la décision Summorum pontificum, cette norme fait désormais de la célébration selon la liturgie préconciliaire une exception sous le contrôle de l’évêque.

Signe que ces normes font toujours polémique : les mères de prêtres arrivent à Rome avec plus de 2 500 courriers de fidèles, pour demander au pape de revenir sur sa décision. « Ces courriers disent le grand désarroi de ces fidèles, insiste Benoît Sévillia, président de l’association qui a organisé la marche des mères et frère d’un prêtre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (FSSP). Nous aimerions que le Saint-Père mesure bien que ceux qui sont touchés par sa décision craignent pour leur vie de foi. »

Si Traditionis custodes est si mal reçu par ceux qu’il vise, c’est notamment parce que les raisons qui l’ont motivé ne sont pas comprises. Dans une lettre aux évêques l’accompagnant, le pape François dénonçait une « utilisation instrumentale » de la forme préconciliaire, « toujours plus caractérisée par un refus croissant non seulement de la réforme liturgique, mais du concile Vatican II, avec l’affirmation infondée et insoutenable qu’il aurait trahi la tradition et la vraie Église ».

Une mouvance « hétéroclite »

Une analyse contre laquelle les intéressés s’inscrivent en faux. « C’est un miroir déformant de la réalité. Il est reproché aux fidèles attachés au rite tridentin de vivre en dehors de l’Église, mais ce n’est absolument pas le cas », conteste Benoît Sévillia. S’il reconnaît que « certains sont un peu caricaturaux », il assure que « la très grande majorité est engagée dans des missions d’Église, que ce soit par la catéchèse, dans des associations humanitaires ou encore dans l’éducation. »

Les deux visions sont-elles vraiment contradictoires ? « Le monde tradi est très hétéroclite, répond un bon connaisseur de ce milieu. Beaucoup ne sont pas intéressés par les querelles théologiques et reconnaissent tout à fait le Concile, tout en étant attachés à une liturgie qui leur correspond. De l’autre côté, il y a aussi des personnes qui ont profité des libéralités offertes pour n’en faire qu’à leur tête, plus dans un esprit de rupture qu’autre chose. » Et pour cet observateur, le motu proprio de François est coupable de s’appliquer indistinctement, sans faire la part entre les différentes réalités de cette mouvance.

S’il comprend le sentiment de « persécution » – le mot revient très souvent dans les réactions des « tradis » devant l’application de Traditionis custodes par les évêques –, cet observateur appelle toutefois à ne pas s’y limiter. « L’un des problèmes du monde traditionnel est qu’il a beaucoup de mal à faire un travail de remise en cause, il y a beaucoup de revendications, mais jamais d’autocritique », tance-t-il. Il souligne par exemple le refus catégorique de certains de concélébrer ou de présider selon la liturgie de Paul VI et l’absence de réflexion véritable sur ces questions. « Les tradis voient ce qui est injuste à leur égard, mais pas ce qui leur est demandé. »

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Des restrictions… et un assouplissement

Avec Traditionis custodes, il n’est plus possible à tout prêtre de célébrer selon la forme antérieure à la réforme issue du concile Vatican II. Les fidèles sont également limités dans leurs demandes de célébration sous cette forme.

Seules des célébrations autorisées par l’évêque peuvent avoir lieu sous cette forme et doivent être présidées par un prêtre « dûment formé » et ayant « à cœur non seulement la célébration correcte de la liturgie, mais aussi le soin pastoral et spirituel des fidèles ».

Une exception : les prêtres de la Fraternité Saint-Pierre, créée par des prêtres ayant refusé en 1988 la rupture de Mgr Lefebvre avec Rome, mais attachés à la forme préconciliaire. Selon une dérogation accordée par le pape François, ceux-ci peuvent présider la messe et les sacrements selon la forme préconciliaire, sans restriction.