Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.


 Tout d'abord un ouvrage écrit par un Burkinabè originaire de Diébougou

 

 

livre

 

Mariages mixtes, interethniques et interreligieux, rencontres de dialogue interreligieux, relations oecuméniques, développement de la parenté à plaisanterie, ces réalités contribuent à la recherche de la paix dans une cohésion sociale nationale. Mais il faut aller plus loin et parvenir à ce que les individus, les groupes ethniques et religieux adoptent la pratique de l'hospitalité comme éthique globale dans le contexte de brassage des cultures, des religions. La pratique de l'hospitalité est le préalable de toute vie en société, car son intention première est d'accueillir l'autre ou d'être accueilli par l'autre dans une attitude de vulnérabilité et de responsabilité, sans avoir peur du risque. Trait de civilisation, l'hospitalité est aussi de l'ordre du mystère chrétien. En tant que telle, elle devrait constituer un élément de base de la vie chrétienne. C'est donc en la pratiquant que l'Église-Famille de Dieu au Burkina Faso peut vivre de la vie du Christ, lui-même maître en hospitalité, et la transmettre en allant vers les autres à la manière de la Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth. La pratique pastorale de Mgr Anselme Titianma Sanon dans ses relations avec les musulmans et les communautés de la Religion traditionnelle africaine ont inspiré l'écriture de ce livre.

 

Biographie de l'auteur

Sie Mathias Kam est prêtre du diocèse de Diébougou au Burkina Faso. Il a exercé le ministère pastoral en paroisse (Burkina Faso et France) et assuré le service de coordination des oeuvres de charité et de développement dans le diocèse de Diébougou. Il a été secrétaire général de la commission épiscopale de la pastorale des migrants, membre du Comité international catholique pour les migrants (CICM) et secrétaire pour l'oecuménisme et le dialogue avec les musulmans dans mon diocèse. Aujourd'hui, il est chargé de la coordination des commissions épiscopales de la conférence épiscopale Burkina-Niger.
 
 
Autre livres sur le même sujet :    Amazon.fr : dialogue interreligieux
 

« Dieu veut des dieux »  : un essai exigeant sur la quête de vie divine

Critique 

Conjuguant la philosophie et la foi chrétienne, Bertrand Vergely développe l’idée d’une recherche sensible d’un équilibre plutôt que d’un chemin d’héroïsme.

  • Christophe Henning, 
« Dieu veut des dieux »  : un essai exigeant sur la quête de vie divine
 
Frère Jean au Skite Sainte-Foy, monastère orthodoxe des Cévennes, le 10 juin 2013.ALAIN TENDERO/DIVERGENCE

Dieu veut des dieux, La vie divine

de Bertrand Vergely

 

Mame, 240 p., 14,90 €

« Il faut que l’homme en prenne conscience. Il y a quelque chose non seulement de royal, mais de divin en lui. » S’appuyant sur la quête philosophique comme sur la foi chrétienne, le philosophe orthodoxe Bertrand Vergely invite à plus d’ambition : l’homme ne croit pas seulement pour être plus humain, mais pour vivre de la vie divine qui est en lui. Il ne s’agit pas d’un chemin d’héroïsme mais plutôt d’une recherche sensible d’un équilibre : «La vie divine renvoie à la vie très concrète et très charnelle avec ses présences, ses vertus, ses surprises, ses finesses et ses saveurs. Elle renvoie également à la vie très spirituelle avec sa sagesse, sa beauté, sa liberté et sa droiture. »

→ LIRE AUSSI. « Vouloir ainsi supprimer la mort est en réalité suicidaire »

La démonstration, qui ne fait pas l’économie d’une recherche philosophique exigeante, passe par Diogène et Socrate, Pascal et Héraclite, et d’autres encore. Qu’il s’agisse de l’être, de l’âme, c’est la dimension intérieure qui fait surgir la vie divine. « Certains la libèrent, d’autres pas. Quelque chose fait que nous sommes nous-mêmes. Souvent, trop souvent, on n’arrive pas à libérer ce quelque chose. Parfois, cependant, on y arrive. On a alors affaire à une manifestation étonnante. Enfin, on est soi. »

La promesse

Loin d’être une fuite, la vie divine conduit à la pleine existence, à une réelle présence au monde. Accédant à une « divine droiture » ou encore à une « divine liberté », l’homme peut goûter cette vie divine dans le concret des jours : « La vie divine n’est pas simplement une réalité perceptible dans la finesse de l’existence et les surprises que celle-ci peut réserver. Elle est aussi une façon d’être. »

→ LIRE AUSSISe questionner, c’est éveiller Dieu dans l’homme

« Nous sommes le monde. Le monde n’est pas en face de nous. Il est nous. La vie est en nous, non à l’extérieur de nous », insiste l’auteur, poussant la réflexion à une vision holistique du monde. Professeur à l’Institut Saint-Serge, à Paris, Bertrand Vergely invite ainsi à cette audace de « l’homme divin », qui s’appuie sur la promesse : « Dieu veut des dieux. » Alors, explique-t-il encore, « nous sentons que nous sommes éternels ». Quant à Dieu, précise-t-il, « Dieu est Dieu parce qu’il est Dieu. Il savoure d’être ce qu’il est. Il est la saveur infinie d’être Dieu. » Mais encore, « Dieu n’est pas ce que l’on croit. Il est la délicatesse même, la délicatesse étant la seule à être plus puissante que la puissance. »

« Dieu veut des dieux »  : un essai exigeant sur la quête de vie divine
 
 

« Des pauvres au pape, du pape au monde », un improbable dialogue dans un livre à paraître 

Critique 

Dans Des pauvres au pape, du pape au monde, publié le 1er avril aux Éditions du Seuil, le pape François répond à des questions désarmantes de simplicité, posées par des membres de l’association Lazare, qui développe des colocations entre jeunes actifs et anciens sans-abri.

  • Loup Besmond de Senneville (à Rome), 
« Des pauvres au pape, du pape au monde », un improbable dialogue dans un livre à paraître
 
Le pape François reçoit des membres de l’association Lazare, le 27 août 2021 au Vatican. VATICAN MEDIA/EPA/MAXPPP

C’est un texte du pape d’un genre un peu particulier qui sera publié début avril. Un livre (1) qui est le fruit d’un singulier dialogue entre François et des membres de l’association Lazare, qui développe depuis 2010 des colocations entre jeunes actifs et anciens sans-abri. Et c’est justement à ces seconds que l’évêque de Rome a accepté de répondre, et dont les questions parfois désarmantes de simplicité font entrevoir une facette peu connue du pape François.

Le pape y aborde quelques points de sa vie personnelle, se décrivant comme « un homme quelconque », parfois « soupe au lait » ou « impatient », et même « un pauvre type » qui se lève à 4 heures du matin, non sans mal (« la première demi-heure, c’est un vrai zombi ! », dit le pape en parlant de lui), avant de prier puis de travailler. « Je suis un rêveur », affirme aussi François, reprenant un mot qu’il a souvent employé ces derniers mois dans ses discours. « Je prends parfois des décisions dans la précipitation, dans un sentiment d’autosuffisance », dit-il aussi.

Si François ne révèle aucune information vraiment nouvelle, c’est le ton employé par le pape qui rend ce livre attachant. Revenant par exemple sur les premières heures de son pontificat, il se souvient avoir été « secrètement » ému, et ne pas comprendre vraiment, neuf ans après, pourquoi il a été élu. « Je n’ai pas fait campagne, je n’ai payé personne, je n’ai pas de grands titres universitaires, je suis vieux. Bref : une vraie ânesse ! »

« Le grand péché social du monde est la mauvaise distribution de la richesse »

Mais surtout, au cours de ces plusieurs heures d’entretien mené en 2020 et 2021 par « huit pauvres », ici condensées en une centaine de pages, le pape se révèle en homme inquiet par « ce monde saturé d’injustice, d’arrogance, de dictatures, où la dictature particulière de l’exclusion et de la ségrégation est partout répandue »« Le grand péché social du monde est la mauvaise distribution de la richesse », affirme-t-il encore.

→ ANALYSE. Réforme de la Curie, une nouvelle conception du pouvoir ?

Mais dans ces pages, il est aussi celui qui conseille ceux qui ont traversé la « galère », comme disent eux-mêmes les membres de Lazare au tout début du livre. « Je sais que le découragement menace toujours, mais nous pouvons aider, tendre la main à ce pauvre, lui demander de faire un pas et l’accompagner jusqu’à ce qu’il l’ait fait. C’est notre devoir », dit le pape. Tel un grand-père consolant ceux qui se confient à lui.

« Des pauvres au pape, du pape au monde », un improbable dialogue dans un livre à paraître
 

(1) « Des pauvres au pape, du pape au monde », du pape François, 120 p., 13,50 €.

« L’atmosphère est totalement différente » : comment le pape François redéfinit le rôle de la Curie 

Enquête 

Dans une nouvelle constitution, publiée samedi 19 mars, le pape François fait de son appareil de gouvernement un outil plus tourné vers le monde, et chargé de faire remonter du terrain les meilleures initiatives prises par les catholiques. Un changement de culture radical.

  • Loup Besmond de Senneville, à Rome, 
« L’atmosphère est totalement différente » : comment le pape François redéfinit le rôle de la Curie
 
Le cardinal Marcello Semeraro (à d.) et Mgr Marco Mellino (au centre), lors de la présentation du programme de réforme de la Curie romaine, lundi 21 mars au Vatican.DOMENICO STINELLIS/AP

François est-il en train de mettre fin à la toute-puissance de la Curie ? En publiant, samedi 19 mars, la nouvelle constitution de la Curie romainePraedicate evangelium, dont les 250 articles entreront en vigueur le 5 juin, le pape François redéfinit très largement le périmètre et le rôle de l’appareil de gouvernement de l’Église.

À tel point que certains pronostiquent un affaiblissement général pour une administration qu’ils percevaient autant comme déconnectée du terrain que toute-puissante.

Un changement de culture déjà engagé

En réalité, en affirmant que la Curie romaine n’est plus seulement une administration au service du pape mais une forme de mission au service des évêques, François rappelle que ceux qui travaillent dans les divers dicastères ont d’abord une mission d’assistance de l’Église, et plus seulement de contrôle. Le texte publié samedi vient en fait expliciter un changement de culture déjà progressivement mis en œuvre depuis le début de son pontificat.

« Il y a plusieurs années, lorsque nous venions, nous avions l’impression d’être devant des inspecteurs », témoignait ainsi un évêque français à l’automne dernier, lors de la visite ad limina des responsables catholiques français, au cours de laquelle tous les évêques du monde doivent venir à Rome pour rendre compte de leur mission. « Désormais, on a l’impression d’être davantage écoutés, poursuivait la même source. Nos interlocuteurs nous posent des questions, nous écoutent. L’atmosphère est totalement différente. »

Un outil pour être en prise avec le monde

Ce rôle de la Curie comme outil permettant au Vatican d’être en prise avec le monde – par exemple à travers des consultations des conférences épiscopales avant la rédaction d’un texte important – est clairement exprimé dans la constitution.

→ EXPLICATION. Vatican : les précédentes réformes de la Curie romaine

« Parce qu’elle est un instrument au service de la communion, la Curie romaine, en vertu de la connaissance qu’elle tire de son service à l’Église universelle, est en mesure de recueillir et d’élaborer la richesse des meilleures initiatives et des propositions créatives en matière d’évangélisation avancées par les différentes Églises particulières », a ainsi affirmé lundi 21 mars Mgr Marco Mellino, le secrétaire du Conseil des cardinaux, au cours d’une conférence de presse.

Le rôle du Synode des évêques

Autre nouveauté exprimée par celui qui fut l’une des chevilles ouvrières du document : il est désormais clair que la Curie n’est plus le seul instrument à la disposition du pape pour diriger l’Église universelle. Là encore, la pratique est déjà mise en œuvre, puisque François a pour habitude de confier des travaux de réflexion à des proches ou des experts n’appartenant à aucun dicastère.

→ EDITO. Réforme de la Curie : conversion

Cette fois, a souligné Mgr Marco Mellino, il s’agit d’aller encore plus loin. « Il est important de souligner que la Curie romaine et le Synode des évêques (…) sont les institutions que le Saint-Père utilise ordinairement dans l’exercice de sa fonction pastorale suprême et de sa mission universelle dans le monde », a déclaré le prélat italien, qui a, pour ainsi dire, mis la Curie et le Synode sur un pied d’égalité : « Ce sont les deux institutions sur lesquelles le pape s’appuie », a-t-il insisté.

À côté d’elles une troisième va perdurer, car le pape a bien l’intention de continuer à réunir régulièrement son Conseil de cardinaux, initialement créé pour penser la réforme de la Curie. François compte s’appuyer sur lui pour prendre ses décisions. Leur prochaine réunion est d’ailleurs prévue le 25 avril.

Renforcement du pouvoir personnel du pape

Mais à côté de ce que François appelle dans le texte une « saine décentralisation »Praedicate evangelium renforce aussi considérablement le pouvoir personnel du pape. Plusieurs articles énoncent ainsi clairement qu’outre les nominations, qu’il opère personnellement, le pape est désormais incontournable pour prendre toute une série de décisions.

C’est le cas, par exemple, pour la constitution d’une commission de travail entre deux dicastères, ou encore de toutes les « décisions et les résolutions concernant des questions d’importance majeure ». Le texte établit également que « dans les affaires importantes ou extraordinaires, rien ne doit être fait avant que le chef d’une institution curiale ne l’ait communiqué au Pontife romain ».

Une fermeté emblématique du mode de travail déjà mis en œuvre par François, qui a pour habitude, après de larges consultations, tous azimuts, de prendre seul ses décisions. « Personne ne peut dire quand finira le pontificat, analysait l’un de ses collaborateurs il y a quelques semaines. Mais une chose est sûre : le pouvoir personnel du pape en sortira indéniablement renforcé. »

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Forme extraordinaire, la « faute d’inattention » des rédacteurs

Dès sa parution, la nouvelle constitution de la Curie a surpris les observateurs les plus attentifs qui n’ont pas manqué d’y relever, dans son article 93, la mention de la « forme extraordinaire du rite romain ».

Or, cette expression a été abolie par le motu proprio Traditionis custodes, qui a très fortement restreint en juillet dernier la possibilité de célébrer la messe tridentine. Interrogé sur ce point, lundi 21 mars, Mgr Marco Mellino, le secrétaire du Conseil des cardinaux, a admis une « faute d’inattention ». « Ce sera corrigé », a affirmé ce juriste italien. Qui a plaidé une « erreur humaine ».

Guerre en Ukraine : ce que se sont dit le pape François et le patriarche de Moscou au téléphone 

Analyse

Le pape François et le patriarche russe Kirill ont échangé au téléphone mercredi 16 mars, d’après un communiqué publié par le Patriarcat de Moscou. Il s’agit du dernier développement des initiatives auxquelles participe le pape sur un plan spirituel pour implorer la fin de la guerre.

  • Loup Besmond de Senneville (à Rome), 

Lecture en 4 min.

 

Guerre en Ukraine : ce que se sont dit le pape François et le patriarche de Moscou au téléphone
 
Le pape François rencontre le patriarche russe Kirill à La Havane, Cuba, le 2 février 2016.STR/MAXPPP

« La guerre n’est jamais la solution. »

Mais les éléments diffusés par le Vatican insistent aussi sur d’autres points. « L’Église, a convenu le pape avec le patriarche, ne doit pas utiliser le langage de la politique, mais le langage de Jésus », peut-on y lire, alors que Kirill est souvent pointé du doigt pour sa trop grande proximité avec le Kremlin.

Le pape François a aussi affirmé au patriarche que « les guerres sont toujours injustes. Car c’est le peuple de Dieu qui en paie le prix. (…) La guerre n’est jamais la solution. »

« Ceux qui paient la facture de la guerre, ce sont les gens, ce sont les soldats russes et ce sont les gens qui sont bombardés et qui meurent », a également affirmé le pape à Kirill, selon le communiqué du Vatican.

→ DOSSIER. Guerre en Ukraine et religion, tous nos articles

Cet entretien a eu lieu en présence du métropolite Hilarion, « ministre des affaires étrangères » du Patriarcat de Moscou, et du cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. L’annonce de cette conversation, en faveur de laquelle plaidait un certain nombre d’experts au sein même du Vatican, fait suite à une série d’initiatives prise par le pape dans le champ spirituel.

Offensive spirituelle

Première d’entre elles : l’utilisation par le pape, dimanche 13 mars, de l’expression « Dieu de la paix », et le rappel que tous ceux qui soutiennent la violence « profanent » le nom de Dieu, a été interprétée par de nombreux observateurs comme une réponse au patriarche Kirill. Depuis le début de l’attaque russe en Ukraine, fin février, le patriarche de Moscou a apporté à plusieurs reprises son soutien à la guerre, la décrivant dans ce qui transparaît de ses discours comme une forme de guerre sainte.

Dans une homélie très remarquée, dimanche 6 mars, le patriarche de Moscou, Kirill, avait en effet placé le conflit en Ukraine sur le plan « métaphysique » de l’affrontement entre la « loi de Dieu » et le « péché ». Dimanche 27 février, il avait déjà fustigé ceux qui luttent – qualifiés de « forces du mal » – contre l’unité historique de la Russie et de l’Ukraine.

« Pardonne-nous, Seigneur, si nous continuons à tuer notre frère »

Deuxième élément de l’« offensive spirituelle » entamée par François : la décision, annoncée le 15 mars par le Vatican, de consacrer la Russie et l’Ukraine au cœur immaculé de Marie. Un geste hautement symbolique, qui avait déjà été pratiqué par plusieurs papes du XXe siècle, particulièrement en temps de guerre ou de tensions très fortes. En 1942, Pie XII avait ainsi consacré le monde au cœur immaculé de Marie, tandis que Jean-Paul II fit de même, en 1981 et 1984. À l’époque, le pape polonais n’avait pas voulu consacrer explicitement la Russie, pour ne pas froisser la Russie ou le Patriarcat de Moscou.

→ À LIRE. Le pape va consacrer l’Ukraine et la Russie au Cœur immaculé de Marie

Mais en annonçant cette double consécration, de la Russie et de l’Ukraine, à laquelle le pape procédera lui-même vendredi 25 mars, jour de l’Annonciation, à la basilique Saint-Pierre, le pape François a voulu poursuivre ses réponses spirituelles à la guerre, endossant son rôle de chef religieux, parallèlement au travail mené par sa diplomatie.

« Arrête la main de Caïn ! »

Enfin, François a lu mercredi 16 mars, avant de s’entretenir avec Kirill, une prière très forte pour implorer Dieu de mettre fin aux violences en Ukraine. « Pardonne-nous, Seigneur, si nous continuons à tuer notre frère, si nous continuons comme Caïn à enlever des pierres de notre champ pour tuer Abel », a-t-il ainsi supplié.

Le pape a aussi prié, sans la nommer, pour la Russie, identifiée ici à Caïn. « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, nous t’implorons ! Arrête la main de Caïn ! », a-t-il prié. Avant de poursuivre, un peu plus loin : « Et quand tu auras arrêté la main de Caïn, occupe-toi de lui aussi. C’est notre frère. »

Une coopération culturelle entre les Églises

En plus des canaux diplomatiques classiques, le Vatican s’efforce, depuis le début de la crise, de maintenir ouverte la possibilité d’un canal de communication avec le Patriarcat de Moscou. Le patriarche et le pape, qui s’étaient rencontrés en 2016 à Cuba, avaient prévu de se revoir en juin, dans un lieu qui n’avait pas encore été défini.

Mais ce projet, sur lequel Moscou et Rome travaillaient encore quelques jours avant le début de la guerre, n’est désormais plus à l’ordre du jour, selon plusieurs sources vaticanes. « On voit mal comment une rencontre serait de nouveau possible avec Krill, quel que soit le pape », explique l’une d’entre elles.

→ À LIRE. Guerre en Ukraine, ce que veut faire le Vatican

Le Vatican et le Patriarcat de Moscou n’entretiennent plus non plus, officiellement, de relations sur le plan théologique. Moscou a en effet quitté en 2018 la table des discussions menées par l’Église catholique avec toutes les Églises orthodoxes, notamment pour protester contre la place qu’y occupait le Patriarcat de Constantinople.

Les deux Églises entretiennent en revanche des relations en matière de formation, qui passent notamment par l’octroi de bourses, par le Vatican, à des prêtres russes afin qu’ils puissent étudier dans des universités pontificales, à Rome. Une « coopération culturelle » qui se poursuit.

Le patriarche Kirill s’est également entretenu, quelques heures après l’avoir fait avec le pape, avec le primat de la Communion anglicane, le Dr Justin Welby.