Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

Crise des abus sexuels, les laïcs imposent leur voix

Un an après la publication du rapport de la Ciase sur les abus sexuels dans l’Église, la crise de confiance vis-à-vis de l’institution s’est encore accentuée depuis l’« affaire Santier ». Des laïcs de tous bords se mobilisent pour peser dans le débat.

  • Malo Tresca et Théo Moy, 
Crise des abus sexuels, les laïcs imposent leur voix
 
Rassemblement à l’initiative du collectif « Agir pour notre Église » devant la cathédrale Notre-Dame de Créteil, le 30 octobre.C. SIMON/HANS LUCAS

« La vérité vous rendra libres », « Chers évêques, aux actes ! »… Depuis quelques semaines, ces cris de laïcs meurtris sont relayés sur les réseaux sociaux et sur le terrain. À l’origine de cette mobilisation née mi-octobre, des catholiques venus exprimer leur colère et interpeller les évêques sur leur gestion des abus dans l’Église et leur manque de transparence, dans le sillage de l’« affaire Santier » que l’hebdomadaire Famille chrétienne avait révélée (lire les repères). À l’initiative du collectif « Agir pour notre Église », fondé en 2021 et composé de laïcs de tous bords, laprotestation #SortonsLesPoubelles – en référence à un tweet de Mgr Michel Aupetit, archevêque émérite de Paris, reprochant à certains « d’aimer fouiller les poubelles » – a rencontré un fort retentissement, avec des rassemblements organisés les 29 et 30 octobre devant plusieurs cathédrales et évêchés de France. Et ce juste avant que les évêques ne se réunissent en Assemblée plénière à Lourdes.

Un an après la publication du rapport de la Ciase qui avait déjà largement éprouvé les fidèles, les participants semblent revenus de la sidération exprimée, à l’époque, devant l’ampleur du fléau. Et de nombreux catholiques entendent désormais passer à l’action, signe d’une évolution sensible dans leur rapport à l’institution. En octobre 2021, au moment du rapport Sauvé, La Croix avait ainsi demandé à ses lecteurs d’exprimer leurs réactions : les messages reçus étaient alors dominés par la douleur et l’émotion.

Aujourd’hui, alors que le journal a renouvelé cette proposition, les retours sont plus politiques. Certains constituent de véritables programmes de réforme pour l’Église. Les demandes de démission des évêques sont aussi plus présentes, moins cantonnées à des sphères progressistes. Fait notable, l’élan semble transcender les clivages ecclésiaux. Sociologiquement, « il ne répond plus aux critères habituels de l’affrontement entre progressistes d’un côté et conservateurs de l’autre. Il se structure autour de gens qui peuvent être militants – un peu à la manière, pourrait-on dire, d’héritiers du Comité de la jupe – et de paroissiens de la base », décrypte l’historien Denis Pelletier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études.

Faut-il, dès lors, déceler derrière ce phénomène la naissance d’une « opinion catholique » ? Maître de conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’historien Florian Michel (1) réfute cette hypothèse, estimant que cette opinion catholique est un « acquis ancien », manifesté à plusieurs reprises déjà au siècle dernier : « La nouveauté n’est pas le fait même, mais sans doute son intensité (peut-être passagère et volatile) définie par les nouveaux supports (Twitter, Facebook, etc.), avec son effet de masse, “soufflet”, où les émotions sont portées à leur comble, mais qui peut aussi laisser un vide par la suite… »

D’autant qu’une masse de fidèles demeure lassée par le discours ambiant sur les abus. Mais, de fait, alors que la mobilisation #SortonsLesPoubelles a rassemblé des catholiques de toutes sensibilités, ils sont de plus en plus nombreux à exprimer leur désir « d’être partie prenante » du débat, au point que la mobilisation de ces dernières semaines aurait presque les apparences d’un mouvement social – plutôt rare dans l’Église.

« On assiste à la revendication d’un véritable débat démocratique à l’intérieur de celle-ci », estime Denis Pelletier. Alors que le caractère systémique des abus, qui a tant prêté à débat, n’est presque plus remis en cause (même dans les milieux plus classiques réticents jusque-là à le reconnaître), la pression populaire aura eu un impact tangible ces dernières semaines. Car, devant l’attente d’explications et de changements exprimée par ces catholiques, les évêques réunis à Lourdes décident de bouleverser le programme de leurs échanges.

Plusieurs lecteurs de La Croix se sont félicités de cette avancée ayant débouché sur de nouvelles – « douloureuses », mais « nécessaires » – révélations (lire les repères)« Sans la pression de (la base), cette ”opération vérité n’aurait pu avoir lieu », souligne un lecteur. « Nous avons fait sauter le verrou du silence insoutenable à l’échelon national, exigé des évêques qu’ils agissent avec plus de cohérence », ajoute un autre.

Autre fait notable, la mobilisation est parvenue à se forger une place de choix dans l’espace médiatique – publication de tribunes, interventions de militants sur des chaînes publiques… –, concurrençant ainsi le magistère de la parole.

« Au-delà de la question des abus, cela témoigne d’une appropriation de la foi par des laïcs de mieux en mieux formés qui n’attendent pas – ou plus – que les évêques réfléchissent à leur place, et veulent exprimer eux-mêmes leurs opinions dans l’espace public », analyse Alix Huon, membre d’Agir pour notre Église. À l’instar du collectif, d’autres mouvements – comme Promesses d’Église ou la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF) – ne revendiquent pas une opposition frontale avec le clergé ou l’épiscopat sur le terrain des abus, mais témoignent de leur désir de les aider à mettre en œuvre des initiatives concrètes pour sortir de la crise.

D’autant que des clercs eux aussi rejoignent les constats des fidèles. En témoigne une récente lettre reçue par La Croix, d’un collectif de « prêtres, curés, vicaires et religieux en colère » – dont « aucun ne peut signer en son nom propre » devant le « risque de sanctions internes » – appelant les évêques à cesser « d’ignorer les fidèles, (leurs) prêtres, les victimes », et à « faire amende honorable ». Ces dernières semaines, plusieurs évêques, ayant aussi découvert tardivement les sanctions romaines visant Mgr Santier, ont aussi manifesté leur désir de sortir de « l’inertie » institutionnelle.

Derrière cet élan, apparaissent toutefois des divergences. « Si nous sommes alignés sur le même objectif supérieur qui est d’arriver à une Église débarrassée des abus, nous sommes conscients que les interprétations sur les causes de ceux-ci et les préconisations à mettre en œuvre sont variées et ont pu être instrumentalisées en coïncidant avec des reproches faits aux évêques sur d’autres dossiers », soutient Alix Huon, appelant à se garder « des récupérations idéologiques » dans cet épineux dossier.

Renforcement de la place des laïcs, des femmes à tous niveaux, sortie de la culture du silence, du « huis clos »… Beaucoup de lecteurs de La Croix expriment l’idée qu’un changement paraît inéluctable. « Les nouvelles générations de catholiques n’acceptent pas ce fonctionnement, condamné à disparaître », insiste l’un, tandis que d’autres saluent l’ouverture d’un espace de parole « salutaire », ayant participé, pour une lectrice, « à cette prise de conscience » d’appartenir à « une communauté de révoltés croyants, espérant malgré tout ».

(1) Codirecteur avec Yann Raison du Cleuziou de l’ouvrage collectif À la droite du Père (Seuil).

Mali : un pas vers la réhabilitation de l’ancien juge islamique de Tombouctou

Le gouverneur de Tombouctou vient d’exprimer la « reconnaissance » des autorités à un juge islamiste pourtant incarcéré il y a quelques années.

Mis à jour le 15 novembre 2022 à 08:07
 
Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

 

 marabout

 

© Damien Glez

« Si tu n’as pas la force de ton voleur, il faut l’aider à porter son butin », enseigne la pensée sahélienne. Est-ce cet impératif de realpolitik ou une volonté de très large réconciliation qui a permis une étrange cérémonie malienne aux relents de réhabilitation ?… Houka Houka Ag Alhousseini est un ancien juge islamique qui prononça des sentences implacables, il y a quelques années, dans la ville des 333 Saints, précisément à l’hôtel Bouctou converti en tribunal islamique : lapidations publiques pour relations intimes hors mariage, consommation de cigarettes ou de musique, entorses au code de la route, prison ferme pour port « imparfait » du voile ou encore raccourcissement des pantalons jusqu’au niveau des genoux. Avant son arrestation par l’armée malienne près de Goundam en janvier 2014, le proche des jihadistes avait ordonné l’amputation de la main de Mahamane Dédéou, alors âgé de 22 ans, pour vol présumé de matelas.

Sous sanction de l’ONU

Libéré dans des conditions mystérieuses en août 2014, l’ancien sympathisant du groupe Ansar Dine est toujours sous le coup de sanctions des Nations unies. Fin octobre dernier, l’ex-chef du tribunal islamique de Toumbouctou adressait une lettre au gouverneur de la région. Au représentant d’un État pourtant laïc, Houka Houka Ag Alhousseini posait des conditions à la réouverture d’écoles fermées pour raison d’insécurité : enseignement obligatoire de la loi islamique et du Coran, introduction de l’arabe au programme, instauration d’un dress-code islamo-compatible pour les élèves, séparation des garçons et des filles dans les salles de classe, et affectation d’enseignants du même sexe que les enseignés.

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Hasard du calendrier ? C’est quelques jours plus tard que le gouverneur de Tombouctou remettait au précepteur religieux, parmi d’autres, une « attestation de reconnaissance » sur laquelle était inscrit : « À monsieur Houka Houka Ag Alhousseini, pour son service et son dévouement continu au vivre ensemble dans la région de Tombouctou ».

Réhabilitation ?

Si l’hommage a tout l’air d’une réhabilitation, les semaines qui viennent renseigneront sur les questions qui se posent : les honneurs traduisent-ils une improvisation locale ou une volonté nationale ? L’attestation remise à Ag Alhousseini signifie-t-elle écoute bienveillante de ses exigences, notamment en matière d’éducation ? D’autres cérémonies récompenseront-elles des personnalités du même acabit, ou le rapprochement avec l’ancien juge islamique ne sert-il qu’à diviser pour mieux régner ?

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Comme pour démontrer que la participation à cette cérémonie d’État ne valait pas renoncement à ses exigences spirituelles, l’honoré a vanté un « engagement patriotique » qui se veut « précepte religieux tant qu’il ne dévie pas des chemins tracés par le Coran et les traditions islamiques ». Dont acte.

Sant’Egidio 2022 - “Jamais plus la guerre !”, l’appel à la paix universelle lancé depuis le Colisée

Colisée, Rome

25 octobre 2022, proclamation et remise de l’Appel pour la paix

  • La Croix 

Sant’Egidio (*)

Du 23 au 25 octobre 2022 s’est déroulée la XXXVIe rencontre de prière pour la paix organisée par la communauté Sant’Egidio à Rome dans la mouvance de l’esprit d’Assise. Lors de la cérémonie finale au Colisée - en fin d’après-midi du 25 octobre en présence du pape François entouré de responsables religieux du monde entier -, a été proclamé un Appel pour la paix. « Assez avec la guerre ! Arrêtons tout conflit », affirme avec force et conviction le document adressé au monde et aux chefs d’État. « La guerre ne produit que mort et destruction, c’est une aventure sans retour dans laquelle nous sommes tous perdants », souligne-t-il également tout en exhortant que les armes se taisent et « que soit proclamé immédiatement un cessez-le-feu universel ». Pour les participants à la rencontre de prière pour la paix, « les religions sont, et doivent continuer à être, une grande ressource de paix ». Tant, pour eux, « la paix est sainte » et que « la guerre ne peut jamais l’être ! » Avertissant que « l’humanité doit mettre fin aux guerres sinon ce sera une guerre qui mettra fin à l’humanité », le texte appelle à ouvrir au plus vite « un dialogue sérieux sur la non-prolifération nucléaire et le démantèlement des armes atomiques ».

La DC

 
Sant’Egidio 2022 - “Jamais plus la guerre !”, l’appel à la paix universelle lancé depuis le Colisée
 
25 octobre 2022, Place du Colisée à Rome - Proclamation et remise de l’Appel pour la paixSANT’EGIDIO

Réunis à Rome dans l’esprit d’Assise, nous avons prié pour la paix, selon nos différentes traditions mais d’un seul cœur. À présent, nous, représentants des Églises chrétiennes et des religions mondiales, nous nous adressons pensifs au monde et aux responsables des États. Nous relayons la voix de ceux qui souffrent à cause de la guerre, des réfugiés et des familles de toutes les victimes et de ceux qui ont perdu la vie.

Fermement convaincus nous disons : assez avec la guerre ! Arrêtons tout conflit. La guerre ne produit que mort et destruction, c’est une aventure sans retour dans laquelle nous sommes tous perdants. Que les armes se taisent, que soit proclamé immédiatement un cessez-le-feu universel. Que commencent vite, avant qu’il ne soit trop tard, des négociations en mesure de mener à des solutions justes pour une paix stable et durable.

Que le dialogue soit à nouveau engagé pour supprimer la menace des armes nucléaires.

Après les horreurs et les souffrances de la Seconde Guerre mondiale, les Nations ont été capables de recoudre les profondes déchirures causées par le conflit et, par un dialogue multilatéral, de faire naître l’Organisation des Nations Unies, fruit d’une aspiration qui, aujourd’hui plus que jamais, est une nécessité : la paix. Aujourd’hui, il ne faut pas perdre la mémoire de la tragédie qu’est la guerre, mère de toutes les pauvretés.

Nous sommes devant un virage : serons-nous la génération qui laisse mourir la planète et l’humanité, qui accumule et fait du commerce d’armes, dans l’illusion de nous sauver seuls contre les autres ? ou plutôt la génération qui crée de nouvelles manières de vivre, qui n’investit pas sur les armes, qui abolit la guerre comme instrument de résolution des conflits et fait cesser l’exploitation démesurée des ressources de la planète ?

Nous, croyants, devons œuvrer pour la paix par tous les moyens possibles. Notre devoir est celui d’aider à désarmer les cœurs et mobiliser la réconciliation entre les peuples. Malheureusement nous nous sommes parfois divisés entre nous, aussi en abusant du saint Nom de Dieu : nous en demandons pardon, avec humilité et honte. Les religions sont, et doivent continuer à être, une grande ressource de paix. La paix est sainte, la guerre ne peut jamais l’être !

L’humanité doit mettre fin aux guerres sinon ce sera une guerre qui mettra fin à l’humanité. Le monde, notre maison commune, est unique et ce n’est pas à nous qu’il appartient, mais aux générations futures. Libérons-le donc du cauchemar nucléaire. Rouvrons immédiatement un dialogue sérieux sur la non-prolifération nucléaire et le démantèlement des armes atomiques.

Recommençons ensemble par le dialogue qui est le remède efficace pour la réconciliation entre les peuples. Empruntons chaque voie de dialogue. La paix est toujours possible ! Jamais plus la guerre ! Jamais plus les uns contre les autres !

(*) Titre de La DC.

Dialogue interreligieux avec l’Islam, un dialogue de sourds ?

Le Pape François souhaite aller encore plus loin dans le dialogue interreligieux avec les musulmans, pourtant certains cardinaux lui ont demandé jusqu’où il souhaitait aller..?

le Saint Père n’a donné aucune réponse à ce jour ..

Un prêtre jésuite égyptien lui avait envoyé une lettre, restée lettre morte depuis 2016.

Cette lettre la voici :

« Notre dialogue avec les musulmans s’est enlisé dans des compromis et des malentendus. Il faut impérativement changer de cap. Aurons-nous le courage de le faire ? C’est une question de vie ou de mort, tant pour le christianisme que pour la civilisation occidentale. L’heure n’est pas à l’ambiguïté ni à la spéculation. Nous sommes à la croisée des chemins et toute complaisance face à l’inacceptable est une trahison ».

“Je n’ai rien reçu du tout. Je lui ai envoyé la lettre d’abord en français et plus tard une traduction en espagnol. Tous deux ont été remis personnellement au Pape. Aucune réponse signifie que vous ne voulez pas parler. Que pouvez-vous attendre de lui ? Pour moi, c’est déjà un cas désespéré. Le Pape croit en ce type de dialogue, qui n’a donné aucun résultat depuis le Concile Vatican II ».

“C’est toujours la même chose. Le pape et les dirigeants musulmans sourient et signent n’importe quoi et rien ne change. Ce prétendu dialogue ne porte pas ses fruits. En réalité, il s’agit d’un dialogue mort entre deux personnes complètement sourdes ».

“Face aux violences commises au nom de l’islam, il est trop facile pour les musulmans modérés de prendre leurs distances et d’affirmer aveuglément et dangereusement que ‘tout cela n’a rien à voir avec l’islam’”. Il faut avoir le courage et l’honnêteté de reconnaître que ceux qui agissent ainsi se basent sur les textes fondateurs de leur religion ». “En cela, l’institution d’Al Azhar, la plus grande référence de l’islam sunnite orthodoxe, est plus honnête en refusant de condamner l’organisation de l’Etat islamique”. « C’est une institution qui prône l’intolérance et de nombreux intellectuels musulmans l’ont dénoncée en exhibant les manuels et leurs modèles pédagogiques. Ils éduquent au meurtre de voisins chrétiens ».

« C’est qu’il ne veut pas comprendre ce qu’est l’islam. C’est le principal problème et ce n’est pas grave. Le pape a ses idées mais refuse d’écouter ceux qui connaissent la situation réelle. Comment François peut-il parler de dialogue s’il ne veut pas me parler ? »

« La seule solution que je vois est de parler à ceux qui connaissent l’islam de première main. Avant tout dialogue interreligieux, je dois parler du dialogue entre chrétiens. Est-ce que le pape est prêt à le faire ? »

“Dans un texte que j’ai publié sous le titre “J’accuse l’islam”, je me concentre sur la religion, pas sur ses fidèles. La plupart des musulmans sont des gens bons et tolérants et j’ai de bons amis musulmans. J’accuse l’Islam parce qu’il représente un système fasciste. Vous pouvez haïr le nazisme et non les nazis de la même manière que Jésus méprisait le mal mais pas les méchants”.

Source RC.

 

À Bahreïn, la tolérance religieuse comme outil de « soft power »

Analyse 

Le pape François entame jeudi 3 novembre une visite de quatre jours à Bahreïn, placée sous le signe de la « tolérance religieuse ». Depuis 2017, la monarchie du golfe Persique multiplie les efforts diplomatiques pour promouvoir ce qu’elle présente comme une marque de fabrique.

  • Nicolas Keraudren, correspondant à Dubaï (Émirats arabes unis), 
À Bahreïn, la tolérance religieuse comme outil de « soft power »
 
Le cheikh Abdullah bin Hamad Al-Khalifa inaugure la cathédrale Notre-Dame d’Arabie, à Awali, le 9 décembre 2021.MAZEN MAHDI/AFP

Pour sa première visite à Bahreïn, petite île située en plein cœur du golfe Persique, le pape François participera, ce jeudi 3 novembre, à un forum interreligieux mondial. Cet événement, organisé sous le patronage du roi bahreïnien Hamed Ben Issa Al Khalifa en présence du grand imam d’Al-Azhar et d’autres dignitaires religieux, a pour but de promouvoir « la coexistence humaine ».

« Ce n’est pas seulement un leitmotiv pour nous », explique Houda Nonoo. Cette ancienne ambassadrice de Bahreïn aux États-Unis est de confession juive : une petite communauté composée d’une centaine de membres dans ce royaume de 1,4 million d’habitants. « Nous avons la chance de vivre dans un pays arabe qui offre aux citoyens et aux résidents les mêmes opportunités indépendamment de leur religion », ajoute-t-elle.

Bien que l’islam soit la religion d’État et que la charia (la loi islamique) soit en vigueur, l’article 22 de la Constitution garantit aux résidents du pays les libertés de conscience et de pratiquer leur culte. En plus d’une synagogue, de temples bouddhistes et hindous, le royaume, où la population est majoritairement d’origine étrangère, abrite aussi plusieurs églises chrétiennes. L’une d’elles a été construite en 1939. Une cathédrale – le plus grand lieu de culte catholique de la péninsule arabique – est par ailleurs opérationnelle depuis la fin 2021. Selon certaines estimations, il y aurait dans le pays environ 80 000 catholiques, principalement originaires d’Asie du Sud-Est.

Le dialogue interreligieux comme stratégie diplomatique

La visite du pape François à Manama, la capitale, doit mettre en lumière « la capacité de Bahreïn à tirer parti de sa tolérance religieuse pour amplifier son rayonnement international », analyse Hasan Alhasan. Un « outil de soft power » qui, selon ce chercheur bahreïnien associé à l’Institut international d’études stratégiques (IISS), basé à Londres, a permis au royaume de « nouer des relations avec d’autres acteurs ». En septembre 2020, Bahreïn a par exemple signé les « accords d’Abraham » et ainsi normalisé ses relations diplomatiques avec Israël.

Cette stratégie centrée sur le dialogue interreligieux n’est pourtant pas si récente dans le royaume. L’année 2017 marque le point de départ. Une déclaration officielle prônant la « tolérance religieuse » avait alors été publiée. « L’ignorance est l’ennemi de la paix. Il est donc de notre devoir d’apprendre, partager et vivre ensemble en accord avec les préceptes de la foi, dans un esprit de respect mutuel et d’amour », avait déclaré le roi Hamad. Depuis, les initiatives dans ce domaine se sont multipliées. Un Centre mondial du roi Hamad pour la coexistence pacifique a ainsi été créé un an plus tard. Une chaire dédiée à l’étude des « interactions pacifiques entre religions » a par ailleurs été ouverte à l’université de La Sapienza à Rome.

Des critiques derrière la vitrine

Derrière cette vitrine, plusieurs organisations de défense des droits humains ont néanmoins exprimé leur inquiétude après l’annonce du déplacement du pape. Le deuxième dans le golfe Persique après son séjour aux Émirats arabes unis en 2019. Dans un communiqué, l’association Americans for Democracy & Human Rights in Bahrain (ADHRB), basée à Washington, lui a notamment demandé de renoncer à sa visite « dans un pays qui pratique des discriminations religieuses au quotidien ».

Dans ce royaume dirigé par la dynastie sunnite des Al Khalifa depuis 1783, la majorité de la population serait d’obédience chiite bien qu’il n’existe pas de recensement officiel sur ce point. « Tous les chiites de Bahreïn sont considérés (par les autorités) comme des agents de la République islamique d’Iran, pour laquelle ils travailleraient au renversement du régime », affirme cette association. En particulier depuis le mouvement de contestation populaire né en 2011 dans le sillage des « printemps arabes » tunisien et égyptien.

« L’Iran a cherché à exploiter les tensions confessionnelles qui ont éclaté en 2011 en soutenant les groupes d’insurgés chiites », explique Hasan Alhasan. Si les tensions se sont, selon lui, « atténuées », c’est que les autorités « ont adopté une ligne plus dure contre les groupes islamistes ». Le chercheur bahreïnien fait notamment référence à la dissolution en 2016 de l’un des principaux mouvements d’opposition chiite du pays, Al-Wifaq. Pour lui, « Bahreïn trace une ligne claire entre la liberté de pratiquer sa religion, que le royaume soutient activement, et la politisation de l’identité religieuse, à laquelle il s’oppose ».