Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Tunisie: l'allocution de la Première dame pour la journée des Droits de la femme interroge

 

En Tunisie, la Première dame Ichraf Chebil est sortie de l’ombre samedi 13 août à l’occasion de la célébration de la journée des Droits de la femme dans le pays. Cette apparition, retransmise à la télévision nationale, a été remarquée car habituellement, l'épouse du président Kaïs Saïed reste très discrète.

Avec notre correspondante à TunisLilia Blaise

Tentative de changement de communication de la Présidence qui évite depuis des années les médias ou simple évènement isolé ? L’allocution de la première dame samedi 13 août a fait grincer quelques internautes, notamment parce que sous la dictature de Zine El Abidine Ben Ali, Leila Trabelsi, femme de l’ex-dictateur, avait beaucoup instrumentalisé la question du droit des femmes à des fins politiques, intervenant aussi lors de fêtes officielles.

Lors de son élection à la Présidence en 2019, Kaïs Saïed avait précisé que son épouse, magistrate de profession, n’aurait pas de rôle dans sa politique, la fonction de Première dame n’existant pas dans le pays. Elle n’a jamais été institutionnalisé ni légalisée dans des textes. Il avait même répété à plusieurs reprises qu’il refusait ce statut, se démarquant ainsi de ses prédécesseurs 

Soudaine apparition

Cantonnée à des apparitions publiques à ses côtés, Ichraf Chebil ne s’est jamais exprimée dans les médias. Mais dans la période d’exception que vit le pays où le président détient tous les pouvoirs, difficile d’analyser cette soudaine apparition au devant de la scène au moment où son mari rend visite aux femmes des quartiers populaires à qui il promet un meilleur accès aux droits économiques et sociaux.

Pour le spécialiste des médias Larbi Chouikha, ce moment marque une rupture dans la communication du président de la République et rappelle d’anciennes pratiques ancrées dans l’imaginaire collectif où la femme du président pourrait être amenée à jouer un rôle politique. Une irruption sur la scène publique en forme de retour au passé.

Mali: les 49 militaires ivoiriens inculpés et écroués pour «atteinte à la sûreté de l'État»

 

Les 49 militaires ivoiriens détenus depuis plus d'un mois au Mali ont été inculpés et écroués vendredi 12 août pour « atteinte à la sûreté de l'État ». Ils sont accusés par les militaires au pouvoir au Mali d'être des « mercenaires », ce que nie Abidjan. Le groupe de soldats ivoiriens est détenu depuis le 10 juillet à Bamako.

C'est bien, selon ce motif, que le procureur de la République malienne, Samba Sissoko, a inculpé vendredi les 49 militaires ivoiriens.

D’après nos informations, il a reçu les 49 soldats scindés en trois groupes, pour leur notifier ce que la justice malienne leur reproche.

Les militaires ivoiriens, qui comptent parmi eux au moins deux femmes, ne seraient pas détenus à la prison civile de Bamako, mais dans le camp militaire où ils étaient depuis leur interpellation le 10 juillet dernier. 

Cette décision de justice étonne plusieurs observateurs. Jusque-là, Abidjan et Bamako privilégiaient des négociations pour la libération des militaires. Le Togo, malgré l’échec d’un premier round de négociations à Lomé, continue à jouer le rôle de principal médiateur dans l’affaire alors que d’autres pays et acteurs apportent leur aide pour trouver une issue heureuse.

 À lire aussi Affaire des 49 militaires ivoiriens: statu quo à Lomé entre Abidjan et Bamako

Selon une source proche du dossier, Bamako a mis la barre très haut, et la Côte d'Ivoire n’a pas voulu céder. 

Côté ivoirien justement, contacté par RFI, l'état-major général des armées calme le jeu. « Il ne faut pas se fier aux effets d'annonces », dit-il. « Plusieurs médiations sont en cours, attendons qu'elles nous fassent connaître les résultats obtenus », a-t-il ajouté.

Dimanche 14 août, deux concerts d’artistes maliens ont été annulés à Abidjan. Toumani Diabaté et Mariam Ba Lagaré n’ont pas pu jouer devant leur public. Plusieurs mouvements de la société civile ivoirienne ont fait pression sur les organisateurs de ces événements pour annuler ces concerts, en raison de l’affaire des 49 soldats ivoiriens arrêtés au Mali le 10 juillet.

L’un des leaders de ce mouvement, Yeo Pepegaligui, membre de la Fédération de la jeunesse ivoirienne pour la libération des 49 soldats, s'est exprimé au micro de Youenn Gourlay :

« Nous pensons que les artistes maliens devaient être solidaires de l'appel lancé par la jeunesse ivoirienne à la libération des 49 soldats ivoiriens. La culture, pour nous, occupe une place très importante dans les relations fraternelles entre nos deux peuples. Nous avons la même culture. Comprenez qu'alors que 49 de nos soldats frères sont pris en otages par la junte malienne, on ne peut pas comprendre que certains s'adonnent à l'organisation de concerts, à chanter et à danser. La solidarité africaine recommande que, quand nous avons des difficultés dans la maison, on s'asseye ensemble pour les régler et trouver des solutions idoines dans la paix, la sérénité, la fraternité avant de festoyer. »

► À lire aussi Mali: 49 soldats ivoiriens arrêtés à Bamako, des «mercenaires» selon les autorités

Côte d’Ivoire-Mali : la difficile médiation de l’ONU pour la libération des soldats ivoiriens

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, sa numéro deux Amina Mohamed et l’envoyé spécial pour l’Afrique de l’Ouest Mahamat Saleh Annadif sont à pied d’œuvre pour trouver une solution à la crise diplomatique née de l’arrestation des 49 Ivoiriens à Bamako. Détails d’une mission délicate.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 12 août 2022 à 16:44
 soldiers
 
 

Des soldats des forces spéciales ivoiriennes, lors d’un entraînement militaire contre le terrorisme connu sous le nom de Flintlock, près du camp de base de Loumbila, à Jacqueville, en Côte d’Ivoire, 

Le tandem de diplomates ouest-africains aura fort à faire. La vice-secrétaire générale des Nations unies, la Nigériane Amina Mohamed, et l’envoyé spécial de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest, le Tchadien Mahamat Saleh Annadif, ont en effet pris à bras-le-corps l’épineux dossier des 49 soldats ivoiriens détenus depuis le 10 juillet à l’École de gendarmerie de Bamako. Ceux-ci font déjà l’objet d’un intense bras de fer entre la Côte d’Ivoire et le Mali.

Le 9 août, les deux représentants de l’ONU se sont ainsi rendus à Abidjan à la demande du secrétaire général des Nations unies, le Portugais António Guterres, bien décidé à user de son influence et qui avait déjà missionné son adjoint, Jean-Pierre Lacroix, au Mali le 24 juillet. Amina Mohamed et Mahamat Saleh Annadif ont été reçus dans la capitale par Alassane Ouattara, assisté de Fidèle Sarassoroson directeur de cabinet.

En leur présence, le chef de l’État ivoirien a réaffirmé l’ambition de la Côte d’Ivoire d’être partie prenante des efforts de l’ONU et de la Minusma pour un retour à la paix et à l’ordre constitutionnel au Mali, qu’Alassane Ouattara voit comme un partenaire essentiel dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Selon nos sources, le président a toutefois affirmé que l’implication future de Casques bleus ivoiriens au Mali dépendrait également de l’issue de la crise actuelle.

Assimi Goïta inflexible ?

Amina Mohamed et Mahamat Saleh Annadif se sont envolés pour Bamako dès le lendemain de leur rencontre avec Alassane Ouattara. Ils y ont été reçus le 10 août par le colonel Assimi Goïta, président de la transition militaire.

À LIREMali : Abdoulaye Maïga, le porte-flingue de Goïta ?

Selon nos sources, aucune avancée n’a cependant pu avoir lieu, le gouvernement malien campant sur ses positions et réclamant toujours des excuses officielles de la part des Ivoiriens, ce qu’Abidjan se refuse à concéder. Les autorités ivoiriennes n’acceptent en effet pour l’instant que d’évoquer des « torts partagés », une formulation qui ne suffit cependant pas aux putschistes maliens.

Sommet de la Cedeao

Amina Mohamed et Mahamat Saleh Annadif ont ensuite quitté Bamako pour se rendre le 11 août au Togo, où Faure Essozimna Gnassingbé n’a pas abandonné tout espoir de mener à bien une médiation, dont il a confié la charge à son ministre des Affaires étrangères Robert Dusseypar ailleurs proche d’Assimi Goïta. Les diplomates onusiens y ont fait le point de leurs efforts et des fortes réticences de la junte malienne.

Ils se sont ensuite rendus à Abuja, au Nigeria, au siège de la commission de la Cedeao, où le sujet des 49 soldats ivoiriens a une nouvelle fois été abordé. Alors qu’un sommet virtuel des chefs d’État de l’organisation devrait se tenir prochainement, Amina Mohamed et Mahamat Saleh Annadif se sont entretenus avec le président de la commission, le Ghanéen Omar Aliou Touray.

Si la rencontre virtuelle de l’organisation ouest-africaine devrait concerner en premier lieu le dossier de la transition guinéenne, le sort des 49 Ivoiriens pourrait lui aussi y être évoqué.

Sécurité routière au Burkina Faso: sensibiliser au port du casque à moto

 moto

Au Burkina Faso, c’est la semaine de sensibilisation à la sécurité routière. Sous l’égide de l’Office national de sécurité routière, plusieurs associations, dont Les Motards du Faso, les Casqués, ou l’association Zéro goutte de sang, sensibilisent les populations sur le port du casque et l’utilisation de la ceinture de sécurité.

 

Avec notre correspondant à Ouagadougou, Yaya Boudani

Plusieurs équipes sont postées aux alentours du rond-point de la jeunesse à Ouagadougou. Pendant que les uns discutent avec les motocyclistes, d’autres font de grands signes aux automobilistes, leur invitant à porter leur ceinture de sécurité. « On les invite, effectivement, à porter le casque, explique Mme Samé, née Yameogo Boudnooma Nina, de l’Office national de sécurité routière. Le casque protège notre tête. Lorsque la tête reçoit le choc, c’est très difficile. » 

Les deux-roues dans le viseur

Il y a aussi la sensibilisation sur l’utilisation d’un dispositif pour retenir les enfants-passagers sur les motocyclettes. Selon Bintou Sanou de l’association des Casqués, cela protège l’enfant en cas de chute. « C’est une ceinture de sécurité pour les enfants, pour les engins deux-roues. En général, les gens prennent les enfants derrière. Ils ont juste les bras pour se maintenir autour de la personne qui conduit alors que ce n’est pas sûr. Et si un enfant s’endort en circulation et qu’il chute ? »

Au Burkina Faso, de nombreux utilisateurs des engins à deux roues accusent par ailleurs les commerçants de vendre les cyclomoteurs sans y associer un casque. « Quand je suis allé acheter ma moto, j’ai réclamé le casque et on m’a dit que ça n’allait pas avec. Donc il faut dépenser encore 15 000 ou 20 000 de plus pour le casque. »

 

Les commerçants ont reçu une copie d’un décret qui impose la remise d’un casque à tout acquéreur d’une motocyclette. Tout contrevenant se verra infliger une amende allant d’un à 25 millions de francs CFA.

► À lire aussi : Amadou Koné, ministre ivoirien des Transports: «On a une progression importante du nombre d’accidents»

85% des accidentés sont des traumatisés crâniens

L’Office national de sécurité routière entend, avec ses partenaires, multiplier les campagnes de sensibilisation sur le port du casque en direction des populations et des commerçants. « Une étude au niveau du centre hospitalier Tingandogo fait ressortir que plus de 85% des patients victimes d’accidents sont des traumatisés crâniens et 80% de ces victimes sont des conducteurs de deux-roues, justifie Aboubacar Fofana, le directeur par intérim de l’Office national de sécurité routière. Effectivement, nous constatons que certains de ces vendeurs n’intègrent pas le casque lors de la vente. C’est pour cela, d’ailleurs, qu’il a été remis, de façon symbolique, une copie de ce décret-là au syndicat des vendeurs et importateurs de cycles et cyclomoteurs au niveau du Burkina Faso. »

« Dans le texte, effectivement, il y a des sanctions qui sont prévues, mais je pense qu’avec la nouvelle approche, nous n’arriverons pas jusque-là. Je pense que l’ensemble des acteurs, l’ensemble des parties prenantes sont conscients, effectivement, de la nécessité du port du casque. Ils sont prêts, avec l’administration, dans une synergie d’actions, à travailler pour que le poids du casque soit une réalité au Burkina Faso. »

► À lire aussi : Un Franco-Camerounais part en guerre contre le fléau de l'insécurité routière

Guinée : le combat de Damantang Albert Camara, ancien ministre d’Alpha Condé, pour recouvrer la liberté

Le bras de fer entre l’ancien ministre Damantang Albert Camara et le procureur Aly Touré se poursuit. Alors que le premier a obtenu de la Cour suprême qu’elle prononce sa remise en liberté, le second s’y oppose toujours. Dernier rebondissement en date : les avocats du détenu ont demandé l’intervention du ministre de la Justice. Révélations.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 9 août 2022 à 10:36
 
 camara
 
 

Albert Camara Damantang, lors de sa prise de fonction en tant que ministre de la Sécurité, le 16 novembre 2019. © DR / Albert Camara Damatang

 

Damantang Albert Camara, incarcéré depuis avril dernier dans l’attente d’un procès pour, entre autres, détournements de deniers publics, va-t-il être remis en liberté ? C’est en tout cas ce que réclament les avocats de l’ancien ministre de la Sécurité d’Alpha CondéBoubacar Sow et Sékou Koundiano, dans une lettre de cinq pages adressée le 8 août 2022 au ministre de la Justice du gouvernement de transition, Alphonse Charles Wright, que Jeune Afrique a consultée en exclusivité.
Ce document révèle que la remise en liberté de Damantang Albert Camara a été une nouvelle fois confirmée par la Cour suprême de Guinée le 29 juillet dernier, malgré le pourvoi formé par le procureur en charge du dossier. Cependant, cette décision non susceptible d’appel n’ayant pas été exécutée, la défense de l’ancien ministre réclame désormais l’intervention de l’actuel garde des Sceaux.

Un long bras de fer

Dans leur lettre, les deux avocats demandent ainsi à Alphonse Charles Wright d’intervenir auprès du procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief), Aly Touré, afin que celui-ci ordonne enfin la remise en liberté de leur client dans l’attente de son procès.

À LIREGuinée : qui est Alphonse Charles Wright, l’énigmatique procureur qui a défié le colonel Balla Samoura ?

C’est en février dernier que le procureur spécial près la Crief avait ouvert une information judiciaire contre l’ensemble des ministres d’Alpha Condé en fonction à la date du putsch du 5 septembre 2021. « Il existe des indices sérieux de détournements de deniers publics, d’enrichissement illicite, de blanchiment d’argent, de corruption et de complicité », écrivait-il alors dans un courrier daté du 17 février adressé à la Direction des investigations judiciaires de la gendarmerie.

Inculpé, l’ancien ministre de la Sécurité Damantang Albert Camara avait été placé sous mandat de dépôt le 21 avril à la Maison centrale de Conakry. Mais, dès le 2 juin, la Chambre de l’instruction de la Cour de répression des infractions économiques et financières avait accédé à sa demande de mise en liberté, en attendant l’organisation de son procès. Entre autres conditions, elle lui ordonnait de payer une caution de 500 millions de francs guinéens au Trésor public et de ne pas quitter Conakry.

Une liberté à 1 milliard

Le procureur Aly Touré s’était toutefois opposé à cette décision en interjetant appel devant la Chambre de contrôle de l’instruction de la Crief. Damantang Albert Camara était donc resté en prison. Deux semaines plus tard, le 16 juin, son appel était toutefois rejeté : la remise en liberté était confirmée, bien qu’assortie d’une caution dont le montant, 1 milliard de francs guinéens, avait été doublé.

Selon nos sources, cette somme a bel et bien été versée par la famille du détenu sur un compte de la Crief domicilié à la Banque centrale de la République de Guinée. Damantang Albert Camara n’avait toutefois pas recouvré la liberté. Le parquet spécial près la Crief avait cette fois formulé un pourvoi devant la Cour suprême, ultime recours juridictionnel.

À LIREGuinée : pour les ministres d’Alpha Condé, la prison reste l’horizon

Nouvelle défaite, le 29 juillet dernier donc, lorsque la plus haute juridiction du pays déclarait cette démarche irrecevable. « Il sied de constater que les agissements de monsieur le Procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières violent les règles les plus élémentaires en matière de procédure pénale », dénoncent donc les avocats de l’ancien ministre dans leur courrier au ministre de la Justice.

« Nous sollicitons qu’il vous plaise d’intervenir auprès de monsieur le Procureur spécial, pour faire exécuter l’arrêt rendu par la plus haute juridiction de notre pays », concluent les associés du cabinet Les rivières du sud…