Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Quel financement pour les économies africaines?

 
 
 
 

Comme la plupart des économies du monde, elle aura souffert à la fois de la crise sanitaire lié à la Covid-19, mais également de la guerre en Ukraine. Mais si dans les autres régions du monde, la levée des fonds et les mécanismes de financement semblent être plus aisés, l’Afrique éprouve quant à elle de réelles difficultés à trouver les importants fonds nécessaires à la relance de son économie.

Avec nos invités :

- Vera Songwe, secrétaire générale adjointe des Nations unies et secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique

- Amadou Hott, ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale du Sénégal

- Romuald Wadagni, ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances du Bénin.

Insécurité alimentaire au Sahel: 18 millions de personnes menacées

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Dix-huit millions de personnes sont menacées par l'insécurité alimentaire dans le Sahel, au cours des trois prochains mois. C'est le terrible constat fait par le Programme alimentaire mondial (OMS), vendredi 20 mai, lors de son point presse hebdomadaire, à Genève, en Suisse. Ce chiffre est le plus élevé depuis 2014.

Cette crise s’explique par plusieurs facteurs. Il y a, tout d’abord, l'insécurité et les conflits armés qui ont fait tache d'huile dans les pays sahéliens et, puis, la pandémie de Covid-19, la sécheresse ou encore la hausse des prix des aliments liée à la conjoncture mondiale.

Les premières victimes de cette crise restent les populations les plus fragiles comme les enfants. Le PAM estime que dans le Sahel, plus de sept millions et demi d'enfants, de moins de cinq ans, devraient souffrir de malnutrition.

Et la situation est d'autant plus grave que les caisses du PAM, principal acteur humanitaire dans la région, sont bientôt vides. L'organisation fait face « à une grave pénurie de fonds », selon son porte-parole, Thomson Phiri.

Au Tchad par exemple, le PAM a déjà été contraint, depuis juin 2021, de diminuer de moitié les rations d'urgence pour les personnes déplacées internes et les réfugiés. Sans aide des donateurs, l'organisation risque d'interrompre son programme. 

À lire aussi: L'Afrique de l'Ouest et le Sahel tentent de mobiliser des fonds pour éviter la famine

L'ONU a déjà débloqué 30 millions de dollars de son Fonds central d'intervention d'urgence pour le Tchad, le Niger, le Mali et le Burkina Faso.

Trois Italiens et un Togolais enlevés au Mali dans la commune de Sincina

 

Trois Italiens et un Togolais ont été enlevés dans la soirée du jeudi 19 mai près de Koutiala, dans le sud du Mali, non loin de la frontière avec le Burkina Faso. Il y a très peu de détails à ce stade sur cet enlèvement, qui n’a pas été revendiqué.

Selon des sources locales, les quatre personnes auraient été enlevées jeudi 19 mai dans la soirée par des hommes armés dans la commune de Sincina, à une dizaine de kilomètres de Koutiala. Une information confirmée à RFI par un élu et un gendarme de la zone.

Côté italien, il s’agirait d’un homme d’une cinquantaine d’années, témoin de Jéhovah qui se fait appeler Zenke Coulibaly, et de ses deux parents âgés d’au moins 70 ans. Ces précisions ont été communiquées à RFI par un témoin de Jéhovah malien de leur entourage. Il n'y a encore aucune information, pour le moment, à propos du Togolais enlevé avec eux. L’enlèvement n’a pas été revendiqué.

L’ambassade d’Italie est mobilisée, mais n’a souhaité faire aucune déclaration. À Rome, le ministère des Affaires étrangères a simplement indiqué procéder « aux vérifications d’usage ». La représentation diplomatique du Togo à Bamako ne dispose d’aucune information supplémentaire.

Les régions de Koutiala et de Sikasso, à la frontière burkinabè, ne sont pas l’épicentre de l’activité des groupes jihadistes. Mais des attaques y sont parfois menées, contre des postes de l’armée malienne par exemple. Une religieuse colombienne avait été enlevée dès 2017 près de Sikasso par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Gsim), lié à Al-Qaïda au Maghreb islamique. Sœur Gloria Argoti avait été libérée en octobre 2021, après plus de quatre années de captivité.

Mali : face aux sanctions, les banquiers résistent

Si le système financier malien semble totalement asphyxié par l’embargo décidé début janvier par la Cedeao, les banques locales font, au quotidien, preuve de résilience. Mais pour encore combien de temps ?

Mis à jour le 18 mai 2022 à 16:47
 

 

Circulation à Bamako, au Mali, devant le siège de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), en juin 2019. © Vincent Fournier/JA.

 

Près de cinq mois après leur mise en place, les sanctions économiques de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) contre le Mali sont perçues comme un gros plomb dans l’aile des banques locales, notamment quant à leur mission de financeur de l’économie du pays. Le gel des avoirs à de l’État malien et des entreprises publiques et parapubliques au sein de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), ainsi que le blocage des transferts de l’État malien via les systèmes de paiement de la Banque centrale, enraillent le système.

« En tant que banquier, mon intervention est délicate, surtout vis-à-vis de la Banque centrale qui verrouille – officieusement – nos opérations. Son objectif étant d’atteindre les autorités », déplore un responsable d’établissement malien, qui souhaite conserver l’anonymat. À l’instar de nombre de ses confrères, le banquier pointe du doigt les activités interbancaires de plus en plus complexes à réaliser, de même que les opérations de refinancement ou encore les transferts extérieurs.

Ralentissement des investissements

« Bien sûr, si les règles de jeu changent en cours de match, sans base légale et sans réglementation, c’est encore plus compliqué », déplore notre interlocuteur. Et d’ajouter : « Mais on peut résister encore longtemps grâce au dynamisme interne de l’économie. Sans faillite bancaire, et ce même sans l’assistance de la Banque centrale. »

L’INVESTISSEMENT RALENTIRA PUISQUE LES BANQUES NE COLLECTENT PLUS ASSEZ D’ÉPARGNE

Dans l’ensemble, les quinze banques et les deux établissements financiers que compte le Mali ont réalisé un total bilan de 5 629,6 milliards F CFA en 2021 (8,6 milliards d’euros), soit une hausse de 11,8 % sur un an. Malgré ces performances, d’autres opérateurs se montrent plus alarmistes. « La situation est difficile, et si rien n’est fait, nous courons à la catastrophe », lance le directeur d’une banque.

« L’investissement ralentira, puisque les banques ne collectent plus assez d’épargne et n’ont qu’un accès modéré aux guichets de la Banque centrale, déplore également un économiste de la sous-région. Elles ne peuvent donc pas afficher le même dynamisme de crédit à l’économie qu’auparavant, d’autant que l’État, premier investisseur, en est exclu. » Pour se financer, celui-ci est en effet « contraint » d’utiliser les recettes d’exportation (or, coton, dont la production est estimée à 810 000 tonnes cette année), logées à la Banque nationale du développement agricole du Mali (BNDA) et à la Banque de développement du Mali (BDM).

Défauts de paiement

Selon la Commission bancaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), en 2018, le paysage bancaire malien était composé de sept banques de grande taille (bilan supérieur à 200 milliards F CFA), cinq banques de taille moyenne (entre 100 milliards et 200 milliards F CFA) et cinq banques de petite taille (inférieur à 100 milliards F CFA). Entre 2014 et 2019, leurs actifs ont sensiblement progressé, passant de 3 224, 244 à 5 026, 090 milliards F CFA. Entre 2018 et 2019, la croissance de ces actifs était de 6,6 %, contre 6 % entre 2017 et 2018.

AUCUN ÉTABLISSEMENT FINANCIER N’A ÉTÉ PLACÉ SOUS ADMINISTRATION PROVISOIRE

« Le Mali est le quatrième pool bancaire de l’Union, la moitié des banques y est capable d’obtenir des appuis de leur maison mère de façon légale. L’embargo cantonne l’utilisation de ces fonds à des activités non-souveraines », rappelle un banquier. Malgré les sanctions ouest-africaines, les banques maliennes résistent donc bien pour le moment. Aucun établissement financier n’a été placé sous administration provisoire du fait de la dégradation de ses ratios. Les instruments de transferts de la BCEAO fonctionnent pour les biens et denrées non ciblés par les sanctions, comme les médicaments…

LE PAYS EST ASPHYXIÉ SUR LE PLAN DE LA LIQUIDITÉ

En revanche, le gel des avoirs publics et le blocage des transferts transitant par le système de paiement de la Banque centrale paralyse les établissements financiers maliens. Ni l’État ni les banques ne parviennent à rembourser les prêts à bonne date. À la fin de mars, Bamako n’a pas réglé 46, 32 milliards F CFA d’obligation du Trésor en capital et intérêts. Le montant total des défauts de paiement de la dette dus aux sanctions liées aux coups d’État a ainsi atteint 180 millions de dollars (171 millions d’euros).

« Le pays est asphyxié sur le plan de la liquidité, et les banques n’arrivent plus à servir la clientèle », constate un dirigeant de banque. Alors que l’économie pâtit de ces restrictions, l’Association professionnelle des banques et établissement financiers (APBEF-Mali) sonne l’alerte, appelant au dialogue pour une issue diplomatique.

Cacao: la question des prix à nouveau sur la table

 
 
cacao

Le Ghana et la Côte d’ivoire annoncent une opération transparence sur le prix du cacao, pour provoquer un sursaut du côté des multinationales.

L’ambition n’a pas suffi. C’est le constat des représentants des filières cacao ivoiriennes et ghanéennes.

La volonté initiale était de payer mieux les producteurs et de compenser la fluctuation permanente des prix sur le marché, par une participation des multinationales qui broient et vendent les fèves aux chocolatiers. Cela s’est concrétisé par l’instauration de ce qu’on appelle Différentiel de revenu décent, (DRD), plus connu sur le nom de LID, en anglais : une prime de 400 euros la tonne versée par les broyeurs de cacao et censée s’ajouter au prix mondial du marché.

Mais trois ans après la mise en place de ce mécanisme, le bilan n’est pas bon. « Ce qui a été donné d’une main a été repris de l’autre », résume un acteur de la filière. Depuis que les multinationales ont accepté de payer les 400 dollars, la prime pays, qui est une autre composante du prix, s’est, elle, effondrée. Les fèves de cette origine ont perdu entre 500 et 600 dollars depuis le lancement du DRD, comme si le cacao ivoirien et ghanéen avaient vu leur réputation se ternit.

Le double discours des industriels

Résultat, les 400 dollars censés soutenir les cacaoculteurs ont été en quelque sorte « neutralisés ».  « On ne peut pas prétendre vouloir soutenir le revendu du planteur et contribuer à une telle baisse de la prime pays », pointe Alex Assanvo, secrétaire exécutif de l’Initiative Cacao Ghana Côte d'Ivoire.

En réaction, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont décidé de publier chaque mois le montant de la prime pays affectée au cacao ivoirien et ghanéen, qui représentent 60 % de la production mondiale. Une façon de rappeler à chacun la réalité des prix, d’écorner aussi, sans le dire, la communication des industriels qui n’ont de cesse de mettre en avant leur action en faveur d’une filière plus durable.

Les autorités posent les jalons des futures négociations

C’est également un moyen pour les pays producteurs de se mettre en ordre de bataille à une période clé : c’est entre juillet et septembre que se négocient les contrats entre producteurs et industriels justement, pour la prochaine campagne cacao qui débute en octobre.

Des producteurs qui espèrent que les prix en légère hausse se raffermiront encore. Même si, comme le rappelle Michel Arrion, le directeur exécutif de l’ICCO, l’organisation internationale du cacao, « les prix ont peu de chance d’augmenter tant que la filière cacao sera structurellement excédentaire. »