Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Paludisme: forte hausse des décès en raison de la pandémie, le vaccin en ligne de mire

 

Quelque 627 000 personnes sont mortes en 2020 à cause du paludisme. C’est la conclusion du Rapport sur le paludisme dans le monde de l’Organisation mondiale de la santé, l’OMS, publié ce lundi 6 décembre 2021. Cela représente 69 000 décès supplémentaires par rapport à l'année précédente dont les deux tiers sont la conséquence de la pandémie de Covid-19. 

Dans son scénario catastrophe, l'OMS prévoyait que le nombre de morts dû au paludisme pourrait être multiplié par deux après une année de crise sanitaire liée au Covid-19.

Et certes, la pandémie et les confinements successifs ont engendré des perturbations dans la prévention du paludisme avec des problèmes dans la distribution des moustiquaires imprégnées de répulsifs par exemple ou encore dans le dépistage et l'accès aux traitements. Mais les pays touchés et leurs partenaires ont su réagir, se félicite l'OMS.

Soulagement donc mais pas de triomphalisme. Car pour la première fois en 20 ans, les chiffres sont en nette hausse : 14 millions de cas de paludisme et 69 000 victimes supplémentaires ont été recensés par rapport à l'année précédente.

Environ 69 000 morts supplémentaires ont été recensées l’année dernière, dont 47 000 sont imputables aux perturbations dans les services de préventions et de soin, principalement à cause de la pandémie de Covid-19...

Pedro Alonso, directeur du Programme mondial de lutte contre le paludisme de l'OMS

Et depuis plusieurs années, les progrès stagnent. Et l'objectif de diminuer la mortalité de 90 % d'ici à 2030 s'éloigne. 

 

L'OMS appelle donc à redoubler d'effort. Avec un espoir : le premier vaccin antipaludéen vient d'être officiellement recommandé. Un nouvel outil, certes imparfait avec seulement 30 % d'efficacité, mais qui permettrait de sauver plusieurs dizaines de milliers de vies chaque année. Pedro Alonso, directeur du Programme mondial de lutte contre le paludisme de l'OMS mise beaucoup sur ce vaccin. Selon lui, on met souvent en avant le fait qu'il n’est efficace qu’à 30 %, que cela est trop faible. Mais entre 40 000 et 80 000 enfants africains pourraient être sauvés chaque année. 

La demande potentielle pourrait atteindre 80 ou 100 millions de doses de vaccin chaque année. Or les capacités de production actuelle ne dépassent pas 15 millions de doses par an. C’est un exemple parfait de ce que pourraient changer les mécanismes internationaux : financer l’augmentation rapide des capacités de production et le déploiement en urgence du vaccin.

Pedro Alonso, directeur du Programme mondial de lutte contre le paludisme de l'OMS

L'OMS a changé cette année de méthode pour évaluer le nombre de morts du paludisme chez les enfants de moins de 5 ans. Résultat : la maladie a fait beaucoup plus de victimes que ce qu'on pensait en vingt ans, même si sur cette période, la mortalité a tout de même baissé de moitié.

► À lire aussi le rapport de l'OMS

 

Les pays du Sahel s’unissent pour l’accès universel à un enseignement de qualité

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 5 décembre 2021 à 12:47
 


Une école du village de Dori, au Burkina Faso, le 20 octobre 2020. © Sam Mednick/AP/SIPA

 

Réunis dimanche 5 décembre à Nouakchott, les dirigeants sahéliens, accompagnés de la Banque mondiale, promettent « une action concertée et courageuse » sur le front de l’éducation.

Par Mohamed Ould Ghazouani, président de la République islamique de Mauritanie, Roch Marc Christian Kaboré, président de la République du Burkina Faso, Mohamed Bazoum, président de la République du Niger, et Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.

Conformément à la règle et à l’esprit de chacun de nos pays sahéliens, et convaincus que la prospérité des nations tout comme l’inclusion sociale dans nos environnements fragiles en dépendent, l’éducation pour tous a toujours été au centre de nos stratégies de développement.

Ces 15 dernières années, grâce à des politiques volontaristes, nous avons enregistré des avancées significatives, qui fondent notre espoir que, aujourd’hui, tout enfant né au Sahel peut et doit avoir accès à l’école. Ce faisant il accomplira son rêve pour un avenir meilleur. Il deviendra un citoyen modèle et contribuera à la prospérité de la nation.

Entre 2005 et 2018, le nombre d’enfants scolarisés dans le Sahel a quasiment doublé dans l’enseignement primaire passant de 5,9 à 10,8 millions d’enfants. Dans le secondaire, les effectifs ont plus que triplé, passant de 1,4 à 4,6 millions.

Ce sont sur les frêles épaules de ces enfants et de ces jeunes sahéliens qui ont fini leur scolarité ou leur apprentissage que repose l’avenir de notre espace commun. Il est important de relever, pour s’en féliciter, que ce groupe comprend un nombre croissant de jeunes filles et de femmes, qui non seulement sont moins exposées aux mariages précoces et aux violences sexuelles, mais qui deviennent également des actrices du développement au sein de leurs communautés.

Contexte de pression démographique

Ces progrès dans la scolarisation de nos enfants ont bien sûr des coûts budgétaires importants, mais ils sont nécessaires. Ils ont malheureusement induit une baisse de la qualité des apprentissages. Cela nous interpelle, et nous sommes mobilisés pour la redresser.

Répondre à la demande de scolarisation dans un contexte de pression démographique requiert des investissements continus dans la construction des infrastructures, dans le recrutement et la formation de davantage d’enseignants et dans l’acquisition d’équipements et d’instruments pédagogiques. Dans la région du Sahel, avec près d’un million de nouveaux enfants à scolariser chaque année, la course contre la montre est permanente.

NEUF ÉLÈVES SUR DIX N’ONT PAS LE NIVEAU DE LECTURE ET D’ÉCRITURE REQUIS À LA FIN DU PRIMAIRE

Le livre blanc de la Banque mondiale sur l’éducation au Sahel publié aujourd’hui souligne qu’environ neuf élèves sur dix n’ont pas le niveau de lecture et d’écriture requis à la fin du primaire. Deux écoliers sahéliens sur cinq n’arrivent pas jusqu’au bout de leurs études primaires. Ceci pose le problème lancinant de la déperdition scolaire, facteur aggravant des inégalités dans un contexte où une majorité de nos concitoyens doit faire face à des situations de précarité extrême et pour qui scolariser les enfants induits des coûts à ne pas négliger même quand l’école est gratuite.

Le défi sécuritaire, les effets du changement climatique et l’impact de la pandémie de Covid-19 n’ont fait qu’amplifier les enjeux d’apprentissage et de développement d’un système scolaire de qualité, inclusif et équitable pour tous.

Redoubler d’efforts

Face à ce constat, nous, dirigeants sahéliens, nous réunissons le 5 décembre 2021 à Nouakchott, accompagnés de la Banque mondiale, afin de prendre les décisions nécessaires pour faire avancer les réformes éducatives au cours des cinq prochaines années.

La réponse que nous devons apporter doit être coordonnée et intégrée, depuis la petite enfance jusqu’à la formation continue des jeunes adultes. Certains succès au sein de nos pays nous rappellent que la réussite est à notre portée. Au Burkina Faso comme au Niger, des stratégies de scolarisation accélérée ont remis des milliers de jeunes en échec scolaire sur le chemin de l’école pour y acquérir des compétences fondamentales.

En Mauritanie, la mise en place des comités de gestion scolaire permet une implication plus forte des parents. Au Tchad, un mécanisme de paiement mobile a été lancé en 2018, avec l’accompagnement de la Banque mondiale, pour les maîtres communautaires qui représentent 60% du personnel enseignant du primaire. Cette innovation a non seulement permis d’améliorer la présence mais aussi l’implication des enseignants dans leur métier. Au Mali, le taux de scolarisation du secondaire a été multiplié par 2,5 depuis 2000, en s’appuyant sur un modèle dynamique de partenariat public-privé.

De tels dispositifs ont démontré leur efficacité. Nous devons donc redoubler d’efforts pour trouver des solutions pérennes sur la question de la qualité de l’enseignement. Nous devons également aller plus loin en matière d’équité et accorder une plus grande place aux femmes, encore faiblement représentées dans les postes de décision dans nos écoles.

Nos interventions d’urgence ne doivent pas occulter une vision de long-terme, avec une meilleure gouvernance du système éducatif pour renforcer durablement nos écoles.

Soutenir les enseignants

Le premier levier d’actions portera sur la qualité de l’enseignement. Pour ce faire, nous soutiendrons davantage nos enseignants, en les formant et en améliorant leur statut. Ils disposeront d’outils technologiques et pédagogiques et de programmes scolaires actualisés et adaptés. Nous accompagnerons également les éducateurs en perfectionnant le développement de la petite enfance, afin que les enfants arrivent à l’école primaire avec tous les prérequis.

Ces investissements ont pour but ultime d’améliorer l’apprentissage des élèves, permettant le suivi de tous les enfants sahéliens. Plus concrètement, le système d’évaluation des apprenants devra être capable de repérer en amont les potentiels cas de défaillance et de décrochage scolaire. Les équipes gouvernementales seront accompagnées pour qu’elles garantissent l’inclusivité et la sécurité des écoles. Un système d’inspection indépendant observera l’évolution des conditions scolaires.

LA REFONDATION DE L’ÉCOLE DOIT PASSER PAR UNE APPROCHE INTÉGRALE IMPLIQUANT TOUS LES ACTEURS

Le deuxième levier doit être budgétaire. Malgré une hausse des dépenses éducatives au cours des dernières années, il faut aller plus loin que les 3% de notre PIB qu’elles représentent, un chiffre encore trop faible comparé aux 4% de moyenne sur le continent ou au standard international de 6%.

La réforme de nos écoles passera nécessairement par un soutien accru aux familles, afin que l’éducation soit perçue comme un investissement et non plus comme une dépense. Il est aussi de notre devoir, en concertation avec les différents échelons territoriaux, de nous assurer que les filles comme les garçons scolarisés soient des enfants qui bénéficient d’une nutrition de qualité, d’un suivi scolaire personnalisé et d’infrastructures et d’outils pédagogiques adaptés.

Les jeunes Sahéliens passent aujourd’hui environ six années de leur vie à l’école, contre plus de huit ans pour un enfant en Afrique subsaharienne ou 13 en Europe. Ces six années de scolarisation se déroulent dans des conditions si difficiles qu’elles ne représentent que l’équivalent d’un peu plus de trois ans d’école dans un système éducatif de qualité. Ce chiffre doit augmenter significativement et rapidement.

C’EST EN ADDITIONNANT NOS FORCES QUE NOUS MULTIPLIERONS NOS RÉSULTATS

Enfin, la refondation de l’école doit passer par une approche intégrale impliquant tous les acteurs de l’administration, du secteur privé, des communautés, des parents et des enseignants, et examinant le système scolaire dans son ensemble.

Les financements viendront encourager les bonnes pratiques dans un cercle vertueux qui poussera chaque école à mettre en place les meilleures conditions éducatives possibles. C’est ce même sens de la communauté qui rassemble les gouvernements de nos cinq pays et nous incite à agir de manière coordonnée. Nos instituts d’enseignement technique ont beaucoup à apprendre les uns des autres, et c’est en additionnant nos forces que nous multiplierons nos résultats.

De nombreux pays émergents ont démontré que l’école était le premier lieu dans lequel investir pour préparer l’avenir. Une action concertée et courageuse de notre part, et en étroite collaboration avec les partenaires internationaux dans ce secteur, mènera à des effets positifs immédiats et de long terme : une jeunesse bien formée, qui a confiance en elle-même, est garante d’une prospérité partagée.

Mali : au moins 30 personnes tuées lors d’une attaque dans la région de Mopti

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 4 décembre 2021 à 17:54
 


Un soldat des forces armées maliennes à Tin Hama, une commune malienne située dans le cercle d’Ansongo et la région de Gao. Photo d’illustration. © Benoit Tessier/REUTERS

 

Trente et une personnes ont été tuées et 17 blessées vendredi 3 décembre dans l’attaque d’un véhicule de transport près de Bandiagara, dans la région de Mopti, dans le centre du Mali.

« Des bandits armés non identifiés ont attaqué et incendié le camion transportant des forains à mi-chemin entre le village de Songho et la route bitumée, a indiqué samedi un communiqué du gouvernement de transition signé par le ministre Abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement. Le bilan établi fait état de 31 morts, 17 blessés. Des renforts sont actuellement déployés dans le secteur et mènent un large ratissage pour traquer les auteurs. »

Dans ce texte également diffusé par la télévision publique, le gouvernement malien assure que « toutes les mesures seront prises pour arrêter et punir les auteurs de cet acte ignoble et tragique ».

Deuil national de trois jours

Auparavant, des responsables locaux avaient annoncé à l’AFP qu’au moins 30 personnes ont perdu la vie dans cette attaque. « Au moins 30 civils maliens ont été tués par des terroristes près de Bandiagara vendredi. Les civils étaient dans un véhicule de transport. Les passagers ont été mitraillés et le véhicule a été brûlé. L’État a envoyé des forces de sécurité sur place », ont déclaré à l’AFP des autorités locales de Mopti sous couvert d’anonymat.

Un élu de la localité de Bandiagara a précisé qu’il y a « des enfants et des femmes » parmi les victimes, faisant également état de « disparus », sans donner davantage de précisions. Selon lui, les terroristes étaient au nombre de 30, certains étaient à moto.

« Attaque lâche »

Lprésident de la transition, le colonel Assimi Goïta, a décrété un deuil national de trois jours à compter de dimanche. À cette occasion, les drapeaux seront mis en berne sur tous les bâtiments et édifices publics.

L’attaque n’a été revendiquée par aucun des nombreux groupes armés qui sévissent dans le pays.

L’Association pour le développement de Bandiagara (ADB) a condamné « une attaque lâche et criminelle » et demandé aux autorités de prendre toutes les dispositions nécessaires pour protéger les populations et leurs biens.

 

Survivalistes d’extrême droite : quand les théories racistes s’ancrent dans nos territoires

 

Mardi 23 novembre un groupe de survivalistes d’extrême droite nommé « Recolonisons la France » a été arrêté par les forces de l’ordre qui ont découvert un arsenal de 130 armes lors de l’interpellation. Les membres de ce groupe sont jeunes et issus de la gendarmerie.

Stéphane FrançoisUniversité de Mons

Cette structure se définissait comme un « groupe communautaire et de survivalistes patriotes », selon le message diffusé sur leur page Facebook. De fait, depuis le début des années 2000, la droite radicale française s’est découvert un intérêt fort pour le survivalisme, suite à la multiplication de publications à l’extrême droite, notamment dans le domaine anglo-saxon, et en particulier américain, sur les risques de disparition de nos sociétés « blanches », à la suite d’un effondrement civilisationnel à la fois multiforme et précis : migratoire, écologique, démographique, économique…

Si l’extrême droite s’intéresse depuis une dizaine d’années au survivalisme, il n’est pas possible, pour autant, de réduire celui-ci à la seule extrême droite. Les groupes sont divers sur le plan idéologique, voire sans appartenance politique.

Le groupe récemment arrêté promouvait quant à lui une idéologie identitaire, catastrophiste qu’il diffusait sur plusieurs sites et comptes sur différents réseaux sociaux, avec une chaine YouTube. Il s’inspirait ainsi largement des thèses du théoricien raciste Guillaume Faye (1949-2019), qui faisait la promotion d’un ethnocentrisme assumé en même temps que la nécessité d’une reconquête du territoire.

Des « bases autonomes durables »inspirées de projets américains

Cette reconquête devait se faire à partir de zones rurales, « libérées », les « bases autonomes durables » (BAD), inspirées des survivalistes, mais aussi des miliciens américains, comme moyen de survie. Celles-ci, sous l’influence des survivalistes américains d’extrême droite (miliciens et communautés suprémacistes blanches) sont conçues comme des bastions autarciques et lourdement armés.

Concrètement, il s’agit d’acquérir des propriétés dans des zones rurales afin d’y établir des bases retranchées autosuffisantes tant au niveau alimentaire qu’énergétique, avec de quoi tenir une période difficile et de participer à une guerre civile jugée inéluctable.

Les survivalistes d’extrême droite distinguent plusieurs niveaux de BAD, dont le dernier niveau consiste, pour ses acteurs, une fois installés dans des zones reculées, à mettre en place des communautés autarciques, sur le modèle des groupes extrémistes de droites étatsuniens, fondés durant la Guerre froide.

L’essor des milices

En effet, les États-Unis ont vu, durant cette période, l’essor des milices. Ces mouvements paramilitaires, estimés suivant les époques entre 160 et 340 structures réparties dans le pays – surtout dans les zones peu habitées –, ont un discours à la fois survivaliste (il s’agit de se préparer à l’effondrement civilisationnel des États-Unis), anticommuniste (dans le contexte de la Guerre froide), anarchiste (il s’agit de préserver les libertés des Pères fondateurs contre un État supposé totalitaire) et ouvertement raciste (il faut éviter la promiscuité raciale des villes et les discours progressistes).

C’est dans ce contexte qu’apparaissent les premiers survivalistes américains au début des années 1970, dans le double contexte de la Guerre froide et des chocs pétroliers. https://www.youtube.com/embed/j7rJstUseKg?wmode=transparent&start=0 Au cœur d’une milice d’extrême droite américaine, 2017.

Certains d’entre eux décident à la fin de cette décennie de se constituer en communautés libres dans des zones reculées du pays, fusionnant avec des groupes suprémacistes blancs et d’autres, issus de la mouvance milicienne, paramilitaire. Pour cette dernière tendance, il s’agit de fonder une société auto-suffisante qui se place dans l’héritage des Pères fondateurs. Depuis les années 1980, plusieurs affrontements ont lieu avec le FBI.

Le tournant Guillaume Faye

Si cette façon de voir le monde est courante aux États-Unis depuis assez longtemps, elle l’est moins en Europe, et surtout en France. Nous pourrions même dire qu’elle fut globalement très marginale : l’extrême droite française la plus radicale est coutumière d’entraînements militaires en campagne sur fond de chants patriotiques, mais, par un vieux fond occidentaliste, c’est-à-dire convaincu de sa supériorité, elle ne s’était pas résignée à la possible disparition de notre société.

Il faut attendre les livres de Guillaume Faye, les premiers traitant de ces thématiques, pour les voir se développer dans notre pays : La colonisation de l’Europe (2000), Pourquoi nous combattons (2001), Avant-guerre (2002) et La convergence des catastrophes (2004), sous le pseudonyme de Guillaume Corvus. Pour autant, il n’y a pas d’intérêt écologiste, décroissant ou localiste.

Le plus important, pour Faye, reste l’immigration : il s’agit, selon lui, de combattre l’« ennemi principal », « composé des masses allogènes qui colonisent l’Europe, de tous ses collaborateurs (États étrangers ou cinquième colonne) et de l’islam. » (Pourquoi nous combattons, p.57)

L’immigration est vue comme une colonisation inversée, comme une substitution de population (déjà l’idée du « grand remplacement »). Nous le citons encore :

« Nous courrons à l’abîme : si rien ne change, dans deux générations, la France ne sera plus un pays majoritairement européen, et ce, pour la première fois de toute son histoire. L’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Belgique et la Hollande suivent la même loi funeste avec quelques années de retard. […] Jamais l’identité ethnique et culturelle de l’Europe, fondement de sa civilisation, n’aura donc été aussi gravement menacée. » (« Pourquoi nous combattons », p. 20-21)

Dans l’imaginaire de ces militants, l’islam et ses adeptes sont perçus comme des ennemis de l’Europe, de sa civilisation et de ses valeurs. De fait, depuis le milieu des années 1990, les militants d’extrême droite la plus identitaire reprennent les thèses de Samuel Huntinghton.

Nous serions, selon toujours selon ces militants, les victimes d’un génocide lent commis insidieusement par une immigration-colonisation, devant mener à une substitution ethnique : la population autochtone européenne (pour ne pas dire « blanche ») serait remplacée à long terme par une population d’origine extra-européenne à la culture différente.

C’est l’idée, devenue banale, de « grand remplacement », popularisée par l’écrivain Renaud Camus et véhiculée aujourd’hui par Éric Zemmour et d’autres. En formulant cela, ils se placent dans une idéologie explicitement identitaire, dont on peut résumer l’idéologie par les points suivants : l’idée d’une immigration-colonisation ; celle d’une guerre civile déjà commencée ; une conception ethnique et essentialisée des identités ; l’idée de l’incompatibilité des civilisations entre elles et la nécessité de préserver les différentes aires civilisationnelles ; l’idée d’un choc des civilisations ; la nécessité de mettre en place une « remigration » des minorités ethniques sur le sol européen vers leurs aires civilisationnelles/pays d’origine (y compris pour leurs descendants), etc.

Une émergence de groupuscules depuis 2015

Pour faire face à cette « colonisation inversée », différents groupes se sont constitués en structures communautaires depuis les années 2015. La logique y est souvent défensive : il s’agit de se préparer à la guerre, et à la reconquête territoriale. Elle était déjà à l’œuvre au sein de l’Action des forces opérationnelles (AFO), dont dix membres ont été arrêtés en 2018.

Déjà à l’époque, ces personnes s’étaient préparées à la probabilité d’une guerre ethnique et à se défendre contre le « péril islamique ». En effet, les membres d’AFO, non seulement avaient des armes, mais se préparaient aussi à la survie. Ils avaient constitué des stocks de nourriture dans une optique survivaliste. Ainsi, leur site Internet donnait des conseils sur une possible guerre civile en France et à la façon d’en réchapper. Sa teneur est ouvertement survivaliste.

Des extrémistes loin des clichés

Ces différents cas montrent des profils atypiques pour des militants d’extrême droite. Ces derniers vont à l’encontre des a priori sur les militants de cette mouvance : ils ne sont pas caricaturaux, loin du cliché du skinhead. https://www.youtube.com/embed/5eudQfXXhH0?wmode=transparent&start=0 Témoignage de « Kevin » sur RMC, mai 2021.

Surtout, ces exemples montrent qu’il y a une radicalisation croissante de ces militants. Ils sont persuadés qu’une guerre ethnique est inévitable, voire qu’elle est déjà en cours. Par peur de nouveaux attentats islamistes, ces personnes se nourrissent d’une idéologie anti-musulmane et souhaitent fonder des bastions blancs exempts de toute influence afro-maghrébine, musulmane, sur le modèle du hameau de Jamel, en Allemagne.

Ils sont convaincus qu’il faut créer des groupes contre-insurrectionnels, pour reprendre une rhétorique typique de la guerre d’Algérie, ou des structures survivalistes sur le modèle des néonazis américains, pour faire faire à l’« invasion » de la France. Ils se voient en « résistance » contre une invasion arabo-musulmane, fantasmée.

Cette vision apocalyptique de notre futur proche est largement partagée aujourd’hui par les différentes formes de survivalisme. Seul le rapport au racisme les distingue. Le glissement d’une conception apolitique vers un militantisme identitaire assez aisé, facilité par la banalisation d’une parole ouvertement raciste et anxiogène.

Stéphane François, Politiste, historien des idées, chercheur associé EPHE, professeur de science politique, Université de Mons

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Burkina Faso: deux nouvelles interpellations après la manifestation du 27 novembre

 

Au Burkina Faso, des acteurs de la société civile et membres de la coalition d'organisations ayant appelé à la marche de samedi dernier sont depuis, ce jeudi 2 décembre, à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou. Ils sont notamment accusés d'atteinte à la sûreté de l’État et destruction de biens publics.

 
 
Des manifestants burkinabè brandissent une banderole «Sauvons le Burkina Faso» lors d'une manifestation à Ouagadougou, le 2è novembre 2021. © AFP - OLYMPIA DE MAISMONT
 

Avec notre envoyé spécial à OuagadougouSidy Yansané

En plus de l’arrestation lundi dernier de Mamadou Drabo, secrétaire exécutif du mouvement Sauvons le Burkina Faso qui avait appelé à marcher samedi dernier, d’autres acteurs de la société civile ont aussi été interpellés, dont Hervé Ouattara, issu de la coalition d’organisations qui protestent contre l’augmentation de l’insécurité dans le pays.

Présentés jeudi devant le procureur du tribunal de grande instance de Ouagadougou, les deux hommes, d’après l’avocat Prosper Farama, ont été inculpés pour atteinte à la sûreté de l’État, trouble à l’ordre public, organisation de manifestation illégale et destruction de biens publics avant d’être envoyés à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou.

Samedi dernier, quelques centaines de personnes étaient sortis dans la rue, malgré l’interdiction de la marche. La mobilisation s’était transformée en affrontements avec les forces de l’ordre, suivis d’acte de vandalisme, particulièrement au bureau d’état-civil de la mairie.

Arrestations injustes

Suite à l’arrestation de ses collègues, Valentin Yamkoudougou, porte-parole du mouvement Sauvons le Burkina Faso, dénonce « une traque » des acteurs de la société civile. « Nous sommes en train de nous organiser pour exiger la libération immédiate des acteurs de la société civile qui ont été arrêtés injustement depuis cette marche annoncée la semaine passée », rajoute-t-il.

Interrogé sur l'appel à la démission du président Roch Marc Christian Kaboré, il indique que « les consultations se poursuivent mais jusque là, ce mot d'ordre est maintenu ».

Selon le mouvement, son secrétaire Mamadou Drabo, actuellement détenu à la Maco, aurait entamé une grève de la faim depuis son arrestation.

► À lire aussi : Burkina Faso: l’ONU veut voir «les auteurs» d’atteintes aux droits de l’homme «traduits en justice»