Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Mali: nouvelles allégations d'exactions contre l'armée à Gouni

 
 
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De nouvelles allégations d'exactions visent l'armée malienne et ses supplétifs russes. Après les accusations de viols et de pillages à Nia-Ouro, révélées par RFI il y a deux semaines, un autre village tout proche, Gouni dans la commune de Timnri (région de Mopti, cercle de Bandiagara), a été la cible d'une opération meurtrière dimanche 18 septembre. Le bilan est d'au moins 35 morts.

Selon plusieurs sources locales et sécuritaires concordantes, les militaires maliens et leurs supplétifs russes – mercenaires du groupe Wagner selon la plupart des pays ouest-africains, européens ou les États-Unis ; le gouvernement malien de transition parle de simples « instructeurs » et ne reconnaît pas leur présence sur le terrain – ont débarqué par hélicoptère, samedi 17 septembre dans l'après-midi, dans le village de Gouni. Des chasseurs traditionnels dozos les ont rejoints dans la soirée.

Un grand nombre d'habitants avait déjà pris la fuite, pour se cacher en brousse ou dans des localités voisines. Au cours de la journée, l'armée malienne et ses supplétifs avaient eu un accrochage dans la zone avec des éléments de la Katiba Macina du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim). Aucun bilan fiable n'a filtré, mais les Forces armées maliennes auraient été contraintes de faire demi-tour, avant de procéder à des bombardements aériens sur une forêt proche. Ceux-ci n'auraient pas fait de victimes, en dehors d'une soixantaine de têtes de bétail.

À Gouni, c'est le lendemain, dimanche 18 septembre, que les militaires maliens et leurs supplétifs, russes et dozos, sont passés à l'attaque. Ils ont commencé par la partie peule du village, Gouni Wouro. Puis, ce fut le tour de Gouni Saré, où vivent les Rimaïbés, descendants d'esclaves, et les Dogons. Toujours selon plusieurs sources locales et sécuritaires concordantes, des habitants ont été rassemblés dans la mosquée de Gouni Saré et exécutés, tandis que les habitations ont été incendiées. Au total, 35 personnes sont mortes, dont l'imam et plusieurs enfants. On est toujours sans nouvelles de nombreux villageois depuis.

Le secteur de Sofara est très fréquenté, et régulièrement attaqué, par les jihadistes du Jnim, liés à l'organisation al-Qaïda au Maghreb islamique. Les forces maliennes et leurs supplétifs russes y mènent actuellement des opérations d'envergure.

Après les accusations de viols et de pillages à Nia Ouro, au début du mois, l'armée avait appelé à la « vigilance » contre la « désinformation des terroristes et de leurs complices » et assuré qu'elle menait ses opérations « avec professionnalisme ». Sollicitée à propos de ces nouvelles allégations d'exactions, l'armée n'a pas donné suite.

Burkina Faso: des frappes anti-terroristes dans l'Oudalan font des victimes civiles

 

Au Burkina Faso, des frappes aériennes ont fait plusieurs victimes civiles, mercredi 14 septembre, dans la région de l’Oudalan, à l’extrême nord du pays. Selon plusieurs sources locales, jointes par RFI, une nouvelle opération anti-terroriste est en cours dans cette province située aux frontières du Mali et du Niger.

C’est vers Timbolo, localité à la frontière avec le Mali, que les frappes ont eu lieu mercredi 14 septembre, vers 18 heures. Selon plusieurs sources locales, elles ont touché deux maisons précisément, dans lesquelles se trouvaient trois femmes et sept enfants. 

Lundi 12 septembre, le détachement militaire de Déou avait été attaqué par des hommes armés, provoquant une riposte de l'armée burkinabè. Des moyens aériens ont été mobilisés. Des hélicoptères ont notamment été aperçus vers Gorom Gorom. Selon une autorité locale, plusieurs bases terroristes ont été démantelées. Le président Paul-Henri Sandaogo Damiba s'est lui-même rendu dans la région la semaine dernière pour décorer des soldats. 

Mais sur place, des sources affirment que les populations locales font les frais de la guerre contre le terrorisme. En avril déjà, 17 organisations de la société civile avaient dénoncé des exactions de l'armée dans l'Oudalan, ce qu'avait démenti l'état-major burkinabè.

Boisé, limitrophe du Mali et du Niger, l’Oudalan fait partie des zones « d’intérêt militaire » mises en place en juin par les autorités où toute présence humaine est interdite. Contacté par RFI, l’état-major burkinabè n'a pas souhaité communiquer sur « des opérations en cours ». 

►À lire aussi : Le Burkina Faso commence à faire voler des drones armés de fabrication turque

Burkina Faso : le général Simporé, bouc émissaire du président Damiba ?

Huit mois après son putsch, le président burkinabè a décidé de cumuler ses fonctions avec le ministère de la Défense. Il a ainsi écarté l’un des derniers survivants du régime de Roch Marc Christian Kaboré.

Par  - à Ouagadougou
Mis à jour le 19 septembre 2022 à 19:00
 
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Le général Aimé Barthélémy Simporé, ministre de la Défense, a été limogé, lundi 12 septembre 2022 © OLYMPIA DE MAISMONT/AFP

L’image est rarissime. Mercredi 14 septembre, avant le traditionnel conseil des ministres, le général Aimé Barthélemy Simporé reçoit, en guise de cadeau d’au revoir, un tableau des mains du Premier ministre Albert Ouédraogo et du président du Faso, Paul-Henri Sandaogo Damiba.

Le haut gradé est tout sourire. Pourtant, l’avant-veille, il a perdu son portefeuille de la Défense. Par décret, le chef de l’État s’est octroyé cette fonction régalienne. Seul un ministre délégué, Silas Kéïta, jusqu’alors secrétaire général chargé de la Défense et des anciens combattants, l’assistera dans cette tâche.

Alors que le Burkina Faso est englué dans la guerre contre les groupes jihadistes et que les attentes des Burkinabè sont de plus en plus pressantes, c’est un pari risqué que fait le président Damiba. Pour relever ce défi titanesque, il compte sur des hommes de confiance, des militaires qu’il a pris soin de placer à des postes stratégiques depuis sa prise de pouvoir en janvier dernier. Parmi eux, le lieutenant-colonel Yves-Didier Bamouni, qui pilote le Commandement des opérations du théâtre national (COTN), et le colonel-major David Kabré, qui tient les rênes de l’état-major général des armées.

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Expérimenté et respecté

Une réorganisation d’autant plus intrigante que Barthélémy Simporé était un des rares ministres à ne pas avoir perdu son poste lors du renversement de Roch Marc Christian Kaboré. La longévité du général avait d’ailleurs donné lieu a de multiples spéculations, certains y voyant une trahison de l’officier d’infanterie vis-à-vis de son ancien mentor et la preuve irréfutable de la collusion entre les chefs militaires pour débarquer le premier président civil démocratiquement élu du pays.

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Pour d’autres en revanche, il s’agissait d’un choix stratégique du chef de la junte, qui estimait avoir besoin des services du général Simporé, un militaire expérimenté qui a été directeur général du Centre national d’études stratégiques, au cœur de la politique nationale de sécurité du Burkina Faso au cours de ces dernières années. Dans une armée traversée par des fractures, la présence à la tête du département de la Défense d’un homme réputé pour sa tempérance et son management semblait être un atout de taille pour espérer remporter l’adhésion des militaires après le putsch.

Grogne de plus en plus forte

Pourquoi l’évincer désormais ? Selon plusieurs observateurs, ce départ serait lié à la situation sécuritaire, toujours aussi catastrophique, du pays, mais aussi à des incompatibilités d’humeur entre lui et d’autres membres de l’exécutif. « Ils n’ont simplement plus besoin de lui », glisse un ancien diplomate fin connaisseur la scène politique à Ouagadougou. Un représentant de la société civile se réjouit : « Simporé est un ouvrier de la duperie, des illusions et des mensonges d’État sur cette lutte contre le terrorisme. »

Pour le président Damiba, Simporé semble aussi faire office de bouc émissaire face à une opinion publique de plus en plus remontée. Le putschiste avait en effet justifié son coup de force par la persistance de l’insécurité dans le pays, promettant de restaurer l’intégrité territoriale et la paix.

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Reste à savoir si le sacrifice du général Simporé suffira à rebooster le moral des troupes et à redonner confiance aux Burkinabè. Le président, en reprenant les manettes, saura-t-il faire reculer les hordes terroristes qui écument le pays ? Rien n’est moins sûr. Depuis l’éviction du patron de la Défense, les attaques jihadistes se sont poursuivies et aucune décision opérationnelle majeure n’a été annoncée. Seule certitude : Paul-Henri Sandaogo Damiba est attendu au tournant.

La Guinée tente d'en finir avec la vente de médicaments au marché noir

 

Les Guinéens en quête de médicaments devront désormais se rendre dans les pharmacies. Les autorités veulent éradiquer le marché parallèle des produits pharmaceutiques, mais tentent aussi de faire fermer les cliniques clandestines. Tous les professionnels qui ne disposent pas d’agrément avaient jusqu’à jeudi pour stopper leur activité.

 

Avec notre correspondant à Conakry, Matthias Raynal

Une réunion d’échange était organisée, vendredi 16 septembre, au gouvernorat de la ville de Conakry. Dans la salle bondée, les chefs de quartier, les maires, les administrateurs de marché et quelques pharmaciens. Devant eux, les officiels détaillent la stratégie de l’État pour enrayer le fléau des faux médicaments.

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Beaucoup de Guinéens ont l’habitude d’acheter au marché noir. L’État est prêt à prendre le relais, selon le secrétaire général du ministère de la Santé, Mohamed Lamine Yansané. « L’État a libéré tout le capital de la pharmacie centrale de Guinée qui a eu le temps de commander des médicaments au niveau des fabricants. Et le dispatching est fait. Notre objectif est que les médicaments publics puissent être disponibles jusqu’au dernier kilomètre à l’intérieur du pays. » 

Des mesures d’accompagnement doivent permettre l’installation de jeunes pharmaciens dans les préfectures où il n’y a pas de point de vente privé. 

« Guerre sans fin »

« Cette guerre est sans fin, 90% de ces points de vente aujourd’hui sont fermés, explique le patron de la gendarmerie nationale, le colonel Balla Samoura. Cela n’empêchera pas tout à l’heure que des patrouilles de ratissage se tiennent dans toutes les villes et sur tout le territoire national. »

Trois pick-up et deux 4x4 se mettent en branle, direction le marché Niger. « Celui qui tente de rouvrir, c’est la loi qui va statuer son sort. C’est aussi simple que clair. » Aucun vendeur n’a osé ouvrir ce matin-là. Mais cela va-t-il durer ? La précédente interdiction de 2019 n’avait pas donné de résultats sur le long terme.       

Comment sortir l’Afrique de l’Ouest de la dépendance aux oignons hollandais

Les grandes fluctuations du prix de cet aliment de base, notamment au Sénégal, sont révélatrices du manque de structure d’une filière qui, malgré son fort potentiel, reste dominée par les importations des Pays-Bas.

Mis à jour le 15 septembre 2022 à 18:11
 
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C’est la panique sur les marchés sénégalais, en ce mois d’août 2022. Les oignons manquent et leur prix a flambé. À Touba, le kilo d’oignons est passé du simple au triple, atteignant 2 500 F CFA (3 à 4 euros), ce qui a contraint de nombreux consommateurs à renoncer à cet aliment incontournable de la cuisine locale. Du jamais-vu pour ce légume populaire qui est pourtant habitué aux spéculations à l’approche du grand Magal, fête de la confrérie mouride qui réunit chaque année trois millions de pèlerins et se clôture cette fois ce jeudi 15 septembre.

À LIRESénégal : pourquoi le prix du kilo d’oignons a atteint des sommets

Paradoxalement, un an plus tôt, en septembre 2021, les Sénégalais vivaient la situation inverse. Les étals des marchés croulaient sous les oignons, bradés pour tenter d’écouler la récolte, dont plus du tiers s’est tout de même retrouvée aux ordures, faute d’acheteurs.

170 000 tonnes importées chaque année

Quelles sont les raisons qui ont conduit à cette situation absurde ? L’inflation, les mauvaises récoltes, la conjoncture internationale et les spéculations, entre autres. Mais la principale cause reste le manque de structure de la filière, et notamment les carences en capacités de stockage et de conservation de la production locale, qui oblige le pays, pourtant théoriquement autosuffisant en oignons avec plus 400 000 tonnes produites en 2020, à en importer près de 170 000 tonnes chaque année des Pays-Bas…

Le cas du Sénégal est loin d’être isolé. Le Nigeria, le Ghana, le Bénin ont eux aussi recours aux importations malgré de bonnes productions. D’autres pays, comme la Côte d’Ivoire ou la Guinée, dépendent eux presque totalement de l’étranger. Dans le cas du Niger, principal exportateur ouest-africain, cette culture, peu exigeante en eau notamment, et rentable, pourrait devenir le nouvel « or violet » du pays. Mais, faute de financement et de compétitivité, le pays reste éclipsé par les Pays-Bas.

À LIREAfrique de l’Ouest : quatre milliards de dollars de produits agricoles gâchés par an

Pourquoi les prix varient-ils tant ? Quels sont les pays qui importent le plus ? Quel est leur degré de dépendance ? Et d’où viennent ces oignons importés ? Décryptage, en infographies, du marché si volatile de cet aliment de base de la cuisine populaire ouest-africaine.

Malgré une bonne dynamique, la filière ouest-africaine de l’oignon ne parvient toujours pas à satisfaire les besoins de sa propre région. Ainsi, certains pays théoriquement autosuffisants ne parviennent pas à écouler leur production tout au long de l’année – faute de moyens de stockage adéquats – et doivent compenser les creux entre deux récoltes en important. C’est ce qui a notamment provoqué une grande fluctuation des prix au Sénégal.

Malgré sa proximité géographique et la qualité de ses oignons – les violets de Galmi, réputés pour leur petit goût piquant –, le Niger exporte tout de même, selon les données officielles, sept à dix fois moins que les Pays-Bas. En voici les principales raisons :

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