Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Chute d’Alpha Condé en Guinée : un putsch 3.0 ?

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Mis à jour le 09 septembre 2021 à 10h36
 
 

Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Mamady Doumbouya a annoncé avoir pris le pouvoir par le biais des réseaux sociaux. Une première.

Ce dimanche, des treillis guinéens ont produit le remake de nombreux coups d’État africains. Un classicisme peut-être pas si classique, si l’on considère les vecteurs de communication employés…

A-t-on assisté, avec le coup de force du lieutenant-colonel guinéen Mamady Doumbouya, à un basculement dans les procédures communicationnelles putschistes ? Traditionnellement, dès qu’il s’agit d’exécuter des desseins constitutionnellement coupables, les militaires morveux se mouchent en bâillonnant Internet. « Réseaux sociaux » riment davantage avec « suivi des conformités électorales » qu’avec « annonce d’entorse à la Constitution ». Dans les minutes qui suivent une tentative de putsch, priorité est habituellement donnée à un contrôle des médias publics qui vaut presque validation d’une prise de pouvoir… 

Comme pour devancer l’iguane dans l’eau, c’est par une vidéo publiée sur les réseaux sociaux que le chef du Groupement des forces spéciales guinéennes a décidé d’assumer, en toute première instance, l’arrestation du chef de l’État et la dissolution des institutions.

Dans une tenue militaire généralement maladroitement représentée sur la toile et sur des plateformes qui symbolisent la personnalisation à outrance des citoyens lambda, Mamady Doumbouya a stigmatisé la… « personnalisation de la vie politique ». En prime : des lunettes de soleil incongrues pour qui veut parler à son peuple les yeux dans les yeux et l’ouverture, dès lundi, d’un compte Twitter personnel mais « régalien », « @PresidentCNRD », compte inauguré par une citation du « putschiste démocrate » ghanéen John Jerry Rawlings.

Des airs de pastiche

N’était-ce qu’une simple question de timing, la mise en branle des médias publics nécessitant un temps qui permettrait à certains adversaires de couper l’herbe communicationnelle sous le pied des putschistes ? Certes, les générations les moins connectées ont eu droit au classique des classiques : l’allocution télévisée engoncée qui ressemble toujours à une quête du record du nombre de militaires patibulaires dans un petit écran.

Avec des airs de pastiche, la version guinéenne de 2021 n’a dérogé, sur la RTG, ni aux règles de l’outrance –en termes d’équipements militaires intimidants ou d’utilisation désordonnée des couleurs nationales–, ni à l’usage des « tartes à la crème » rhétoriques dont la plus goûteuse est la volonté affichée de ne pas monopoliser longtemps le pouvoir…

Comme pour enfoncer le clou du scoop viral, l’annonce en média traditionnel autorise les chaînes d’information occidentales à se délester du conditionnel.

Alpha Condé : l’autre image virale


Alpha Condé, entouré des militaires des Forces spéciales qui ont procédé à son « arrestation », le dimanche 5 septembre 2021. © DR

 

Ancien légionnaire de l’armée française, le nouvel homme fort de Guinée a certainement remarqué que les puissants du monde occidental descendent de plus en plus dans l’arène numérique, d’un Trump twittos très inspiré pas ses insomnies à un Macron jouant le jeu des YouTubeurs Mcfly et Carlito. Par ailleurs, peut-être le Guinéen était-il convaincu qu’il contenterait cette « masse populaire » dont il faut, d’habitude, ralentir les réactions virales.

L’autre image virale de ce dimanche fut la captation audiovisuelle d’Alpha Condé aux arrêts. Censées valider le respect des droits humains du déchu, les images ont circulé au point d’inspirer rapidement des mèmes au goût de challenge, celui de reconstituer la scène déjà historique. Des acteurs amateurs singent le président renversé avec force de détails : la chemise bariolée débraillée au niveau du ventre ou la posture négligée, dos voûté, main au menton et pied nu sur le canapé. Parce qu’il faut en rire, tant que ne manque aucune raison de pleurer la faillite politique…

L’Afrique doit-elle rester pauvre pour que la planète respire ? par François Soudan

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Mis à jour le 06 septembre 2021 à 13h48
 
 

Par  François Soudan

Directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Après de fortes pluies, des habitants de Dakar sont évacués grâce à des attelages. Le 22 août 2021.

Après de fortes pluies, des habitants de Dakar sont évacués grâce à des attelages. Le 22 août 2021. © SEYLLOU / AFP

 

Exiger des Africains, comme le font certaines ONG intégristes, qu’ils ralentissent leur développement pour freiner la dégradation de l’environnement et les émissions de gaz à effet de serre serait profondément immoral.

Le dernier rapport des climatologues du GIEC nous est tombé dessus le 9 août, comme une pluie d’orage sur le mont Cameroun. Le scénario qu’il nous décrit pour le demi-siècle à venir – celui que vivront nos enfants – ressemble à un voyage sans retour vers ce que le Financial Times appelle « l’enfer sur terre », celui d’une planète en surchauffe ravagée par les catastrophes dues à une température globale la plus élevée depuis 125 000 ans et à une hausse du niveau des mers la plus rapide depuis 10 000 ans.

Code rouge pour l’humanité

Antonio Gutteres parle d’un « Code rouge pour l’humanité » et John Kerry, le « Monsieur Climat » de Joe Biden, d’un « multiplicateur de menaces sans précédent ». Il ne s’agit plus de savoir si le pire est à venir, mais d’imaginer comment y survivre. Tel sera le défi unique auquel aura à répondre la COP26 de Glasgow, en novembre prochain, la plus cruciale sans doute de toutes les COP.

Et l’Afrique dans tout cela ? Les projections du rapport Giec ne l’épargnent pas. Épisodes de chaleur et de sécheresse extrêmes au Maghreb, en Afrique australe, au Sahel et le long de la bande atlantique allant de Dakar à Abidjan. Érosions côtières ravageuses d’Accra à Luanda. Raréfaction des pluies sur le plateau Abyssin et trombes d’eau sur le Bassin du Congo. Incendies de forêt, inondations, affrontements meurtriers entre éleveurs et agriculteurs pour l’usage des terres, insécurité alimentaire, exode rural.

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DANS CET AVENIR PROCHE ET CHAOTIQUE, SEULS LES GROUPES TERRORISTES QUI RECRUTENT SUR LE TERREAU DES CATACLYSMES RISQUENT DE TROUVER LEUR COMPTE.

Dans cet avenir proche et chaotique, seuls les groupes terroristes qui recrutent sur le terreau des cataclysmes risquent de trouver leur compte. Démunis face aux énormes dépenses nécessaires à l’adaptation climatique et à la prévention des catastrophes naturelles, exactement comme ils le sont face à la pandémie de Covid-19, les gouvernements africains préfèrent pour la plupart regarder ailleurs. Quand le sentiment d’impuissance se conjugue avec l’urgence de trouver les fonds nécessaires pour payer chaque fin de mois les fonctionnaires et les retraités, le souci des générations futures n’est pas la priorité.

Économie verte

Ceci expliquant sans doute cela, si le rapport du Giec a fait la une de la quasi-totalité des médias occidentaux, il n’a rencontré qu’un faible écho officiel sur le continent, particulièrement en Afrique francophone. Il est vrai que, trop souvent, l’environnement y est considéré comme un sujet mineur, juste bon à faire du « greenwashing » et ceux qui le défendent comme des trublions, voire de dangereux gêneurs lorsqu’ils mettent leur nez dans les affaires des miniers, des pétroliers ou des professionnels de la surpêche.

Rares aussi sont les chefs d’État qui ont compris que l’économie verte est la « success story » de la décennie en cours, comme le démontre l’étonnante réussite des obligations de croissance durable lancées par le Bénin à la mi-juillet et triplement souscrites depuis. Pourtant, ONG et société civile se mobilisent de plus en plus autour de la cause. Le baobab de la musique sénégalaise Omar Pène vient de sortir « Climat », un album consacré à la crise écologique déjà chantée sur un mode militant par Youssou N’Dour, Angélique Kidjo, Tiken Jay Fakoly et quelques autres stars d’Afrique de l’Ouest.

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LE BASSIN DU CONGO EST LE PLUS GRAND CAPTEUR NET DE CO2 DU MONDE. IL SERAIT TEMPS QUE LE MONDE SACHE QUE CET INESTIMABLE SERVICE DOIT SE PAYER

La jeunesse urbaine est de plus en plus consciente du stress climatique multiforme causé par le réchauffement et ne serait-ce qu’intuitivement, le paysan de Casamance, de l’Adamaoua ou du Katanga est capable de reconstituer la chaîne qui mène de l’émission de gaz à effet de serre à la qualité de sa récolte.

L’Afrique est également – et de plus en plus – consciente de l’injustice qu’elle subit. Voici un continent responsable de 2 % à 3 % des émissions globales de gaz, mais qui reçoit de plein fouet le choc induit du réchauffement climatique. Voici un continent qui recèle en son sein le plus grand absorbeur net de CO2 du monde, le Bassin du Congo, dont la zone de tourbières à cheval entre les deux Congos capture à elle seule l’équivalent de vingt années d’émission de dioxyde de carbone des États-Unis et qui pour cet inestimable service écosystémique ne reçoit rien (ou presque) en échange.

« Pourquoi vous payer pour ce qui n’est qu’un processus naturel ? », se voient encore parfois rétorquer les ministres de l’Environnement des trois principaux pays concernés – RD Congo, Congo et Gabon – dans les couloirs des grandes conférences internationales. C’est feindre d’oublier que la conservation, justement, n’est pas un processus naturel mais le fruit d’une vision.

Choix politique

Si l’Afrique centrale, contrairement à l’Afrique de l’Ouest, où ils ont quasiment disparu au profit des cultures de rente, a su protéger ses espaces forestiers, c’est aussi parce que les dirigeants – surtout ceux de Brazzaville et de Libreville – ont fait un choix politique en ce sens. Il est donc pour le moins affligeant de constater que sur le peu de ressources financières débloquées par les pays riches depuis l’Accord de Paris de 2015, l’essentiel est allé aux cancres de l’environnement afin de les aider à reboiser (Brésil, Indonésie), au détriment des bons élèves qui à juste titre exigent d’être payés pour le gaz qu’ils capturent.

Avec le marché totalement dérégulé du crédit carbone – sorte de jackpot sauvage dont le continent ne reçoit que des miettes – et l’ébauche de Grande Muraille verte pour le Sahara et le Sahel, le Fonds Bleu pour le Bassin du Congo, fort de ses quelque trois cents projets de financement répartis dans dix-sept pays, désormais opérationnel et en attente d’abondement, sera l’un des enjeux africains majeurs de la COP 26 de Glasgow.

Reste à résoudre une question de fond : s’il est acquis que l’industrialisation, source de croissance, est intimement couplée à la dégradation de l’environnement et à l’émission de gaz à effet de serre et que l’Afrique a un besoin vital d’y accéder pour améliorer le niveau de vie de ses populations, que faut-il faire pour résoudre ce dilemme ? Exiger des Africains, comme le font certaines ONG intégristes, qu’ils ralentissent leur développement, juste pour aider le monde à respirer ? Ce serait profondément immoral.

« Leapfrogging »

Les pays riches le sont devenus précisément parce qu’ils sont passés par une phase d’industrialisation, avant de se rendre compte qu’ils menaient la planète à la catastrophe climatique. Se passer des énergies fossiles et avoir recours aux énergies propres, telles que le solaire et l’éolien ? Envisageable, sauf qu’un tel « leapfrogging » demande du temps, beaucoup d’argent et que l’Afrique ne dispose ni de l’un ni de l’autre.

Une chose est sûre : si les gros pollueurs – Chine, États-Unis, Europe, Russie, Australie… – espèrent que l’Afrique accepte de rester pauvre pour le bien du reste de l’humanité, ils risquent fort d’être déçus. D’une manière ou d’une autre, à moins d’attendre que le prochain rapport du Giec se borne à constater que le globe terrestre est devenu invivable, ils devront payer. Bien au-delà des 100 milliards de dollars annuels promis depuis 2009 pour dédommager les pays victimes de leur propre irresponsabilité. Et jamais versés depuis.

 

Côte d’Ivoire : l’affaire de Mbella ou le bling-bling des petits

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Mis à jour le 04 septembre 2021 à 17h10
 
 

Par  Francis Akindès

Sociologue, professeur à l'Université Alassane Ouattara à Bouaké (Côte d'Ivoire)

Yves de Mbella dans l’émission « La Télé d’Ici », qui a fait scandale en mettant en scène le modus operandi d’un violeur.
Yves de Mbella dans l’émission « La Télé d’Ici », qui a fait scandale en mettant en scène le modus operandi d’un violeur.
© Capture d'écran Youtube/TV5Monde


Médiocrité assumée, buzz à tout prix, dictature des réseaux sociaux… Derrière la polémique qui enfle autour d’Yves de Mbella, ce que cette affaire dit de l’état de nos sociétés n’a rien de réjouissant.

L’affaire « Yves de Mbella », du nom d’un présentateur de télévision ivoirien qui a cru bon de faire reconstituer, le 30 août, une scène de viol en direct, a pour une fois choqué l’opinion publique.

Sur le plateau de l’émission télé d’Ici Vacances sur la Nouvelle chaîne ivoirienne (NCI), un violeur présenté comme « repenti » raconte sans vergogne ses exploits. Il se sent honoré ou du moins, il est à l’honneur. Ça rit sur le plateau. Il espérait lui aussi être célèbre, le temps d’une émission et rejoindre les autres stars de la vulgarité, dont les frasques et extravagances inondent les réseaux sociaux et nourrissent les imaginaires.

Il bombe le torse, explique. Il est plus démonstratif que jamais. Il se souvient, comme si c’était hier, de ses prouesses, de son acte de viol – un délit et non un crime en Côte d’Ivoire, qui reste largement impuni. Il montre la technicité du viol. Ses hauts faits. Il est applaudi. Il ne se doutait de rien, quant aux effets que ses gestes et ses mots pouvaient avoir sur l’opinion. Ce violeur a cru trouver le chemin de la célébrité. Il devait se réveiller le lendemain, la gloire chevillée au cerveau.

Jamais les jeunes créateurs de petites unités de production, ces jeunes entrepreneurs qui peinent à exister et travaillent dur pour émerger, n’ont été ainsi montrés, valorisés comme ce « violeur repenti ». Manifestement, travailler ne vous rend pas forcément vite riche et encore moins connu et reconnu dans l’espace public en Côte d’Ivoire. Trop long ! Dans la civilisation de l’éphémère en construction, il faut aller vite. Très vite.

Égéries de l’éphémère

La fin justifie les moyens, et les réseaux sociaux en sont un puissant véhicule. La méthode : faire le buzz par le choc. Exceller dans l’escalade de la légèreté, de la désinvolture et de la vulgarité dans sa façon d’être, de voir et de se donner à voir, sa posture, ses propos. Le tout au mépris de la décence. Ce sont les réseaux sociaux qui disent désormais aux femmes ce qu’elles doivent penser et être aujourd’hui.

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EN CLAIR, EXISTER PAR LE BUZZ EST UNE NOUVELLE MANIÈRE DE RÉUSSIR EN CÔTE D’IVOIRE

Les nouvelles égéries pullulent, toutes en concurrence médiatique dans l’extravagance et l’outrecuidance. En Côte d’Ivoire, fini le temps de l’éducation des  filles à l’ancienne, à la mode des lycées Sainte-Marie ou Notre-Dame des Apôtres. Fini le temps de l’éducation à la prise de responsabilité vis-vis de soi et des autres. Ce qui existe encore chez ceux qui nous dominent et risquent de nous dominer encore pour longtemps pendant que nous usons nos cerveaux à rechercher les circuits courts d’enrichissement rapide et sans cause.

En clair, exister par le buzz est une nouvelle manière de réussir en Côte d’Ivoire. Mais cela fait sauter toutes les limites et tous les verrous de la morale publique. La culture du no limit nous mène tout droit dans le mur. Un peu de pudeur ne tue pas la liberté d’expression. Mais tant que je continue de voir ce que je vois à l’école et dans les universités publiques, j’ai peur pour nous. J’ai peur pour la société que nous fabriquons. Il va falloir mettre le holà à ces dérives.

Médiocrité, argent facile et bling-bling

Et puis, on ne crève plus l’écran parce qu’on a des émissions bien préparées, bien rendues et des invités aux idées bien articulées sur le plateau. La médiocrité assumée et mise en scène de manière obscène entretient la descente aux enfers. Demain qu’apprendrons-nous à nos enfants sur ce qu’on ne dit pas, qu’on ne fait pas ? Puisque tout est permis pour avoir de l’argent. L’argent, l’argent, l’argent et toujours l’argent. Mais qu’achetons-nous réellement avec l’argent ainsi gagné par les circuits courts ? De l’éphémère.

La joie de l’effort n’a encore de sens que pour des privilégiés. Je vais de temps en temps tendre mes oreilles et ouvrir grand les yeux dans les quartiers populaires pour observer ce qui fait encore sens dans ces mondes. Mais je me rends compte que ce qui est en bas est la réplique de ce qu’on trouve en haut. Sauf que là-bas, c’est le bling-bling des « petits », une reproduction frelatée du bling-bling des « grands » avec les moyens de « petit ». Bling quand même. Les valeurs cardinales ? Elles sont compromises, dans un monde où tout est permis.

L’émission de la NCI révèle au grand jour combien le corps de la femme est moqué, gravement banalisé en Côte d’Ivoire. Pouvait-il en être autrement ? L’absurde et l’immoralité sont eux aussi de plus en plus banalisés dans notre société, profondément malade.

Bénin – Romuald Wadagni : le réseau d’affaires (et politique) du ministre des Finances

| Par Jeune Afrique
Mis à jour le 05 septembre 2021 à 17h07
La garde rapprochée de Romuald Wadagni.

Ce proche collaborateur de Patrice Talon, qui s’affirme « apolitique », peut compter sur de solides connexions, tant dans les instances financières que sur la scène politique.

Ministre suractif, salué par ses pairs africains pour les opérations financières qu’il mène sabre au clair sur les marchés internationaux pour le compte de son pays, Romuald Wadagni, 45 ans, est devenu l’un des éléments centraux du dispositif de Patrice Talon. Il est de tous les déplacements du chef de l’État béninois et, quand il ne l’accompagne pas, il voyage de New York à Londres, pour mener, avec ses équipes, les négociations avec les banquiers, institutions et régulateurs des marchés internationaux et concevoir les montages financiers. Cette semaine encore, il était à Tashkent, en Ouzbékistan, pour assister aux réunions annuelles de la Banque islamique de développement.

En première ligne, il retrouve sur ces terrains de nombreux anciens collègues, croisés lorsqu’il n’était pas encore aux commandes du ministère de l’Économie et des Finances. Avant d’intégrer le gouvernement de Patrice Talon, dans la foulée de son élection en 2016, Romuald Wadagni a en effet fait carrière au sein du cabinet Deloitte, où il était notamment chargé de l’activité d’audit du cabinet pour l’Afrique francophone. Il y a également été directeur de la branche Qualité et Risques pour l’ensemble des filiales de la société en Afrique. Une expérience qui l’a amené à se constituer un solide réseau sur les places financières internationales. Il a également tissé des liens solides avec certaines personnalités politiques de la sous-région, en particulier en Côte d’Ivoire. Voici le carnet d’adresses du ministre béninois des Finances.

• Les financiers

Romuald Wadagni entretient des relations privilégiées avec l’Éthiopien Abebe Aemro Sélassié, qui a succédé à la Libérienne Antoinette Sayeh à la direction du département Afrique du Fonds monétaire international (FMI) en 2016, année où le ministre béninois des Finances a lui-même pris ses fonctions au gouvernement.

Les deux hommes, qui se croisent régulièrement dans les évènements internationaux, échangent par ailleurs régulièrement en privé. Sélassié considère Wadagni comme un précieux relais auprès des autres ministres des Finances africains, auprès desquels le Béninois bénéficie d’une bonne image.

Nommé secrétaire général de la présidence par Alassane Ouattara en mars dernier, Abdourahmane Cissé compte parmi les proches de Romuald Wadagni. L’ancien ministre du Pétrole a également été conseiller spécial auprès du chef de l’État ivoirien, responsable des Affaires économiques et financières.

Ancien banquier, Cissé bénéficie toujours d’un siège au conseil des ministres des Finances et du Budget de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (Uemoa). C’est dans ce cadre que les deux hommes ont notamment travaillé main dans la main sur l’épineux dossier de la réforme du franc CFA. Abdourahmane Cissé, pour le compte d’Alassane Ouattara, et Romuald Wadagni, pour celui de Patrice Talon, ont été centraux dans les complexes négociations, tant au sein de l’instance sous-régionale qu’avec Bruno Le Maire, le ministre français de l’Économie.

Reconduit pour un mandat de six ans à la tête de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) en mars 2020, à l’issue du conseil des ministres de l’Uemoa que Romuald Wadagni présidait alors, Tiémoko Meyliet Koné entretient de bonnes relations avec ce dernier.

Comme avec Abdourahmane Cissé, Romuald Wadagni et Tiémoko Meyliet Koné ont beaucoup travaillé sur le dossier de la réforme du franc CFA, dont le calendrier a été sensiblement retardé par la pandémie de Covid-19. Le gouverneur de la BCEAO, qui manque rarement une occasion de saluer le bilan financier du Bénin, a notamment félicité le ministre Béninois – publiquement – lors de la première émission d’un Eurobond ODD, en juin dernier.

Romuald Wadagni a conservé de nombreux liens au sein de Deloitte, aux premiers rangs desquels, Ambroise Depouilly. De la même génération que le ministre béninois, avec lequel il s’est lié d’amitié, l’expert-comptable, associé Opérations Financières de Deloitte France, mène une activité de conseil pour les introductions en bourse en France, mais aussi aux États-Unis. Les deux hommes échangent très régulièrement sur des sujets économiques, en particulier la finance internationale. Wadagni le consulte notamment sur les questions relatives aux attentes des régulateurs des marchés internationaux. Mais leur relation dépasse le seul cadre professionnel : Depouilly vient en effet régulièrement à Cotonou pour y passer ses vacances, où il retrouve son ancien collègue.

Le ministre béninois entretient également des liens étroits avec le Britannique Nick J. Darrant. Depuis mai 2020, cet ancien de JP Morgan codirige le bureau «Debt Capital Market » (DCM), qui intervient sur les marchés des capitaux de la dette en Europe, au Moyen-orient et en Afrique. Il échange également très régulièrement avec Anne-Laure Kiechel, fondatrice et PDG de Global Sovereign Advisory (GSA), un cabinet indépendant créé en 2019 qui conseille une vingtaine d’États sur les questions financières. Après être passée par Lehman Brothers, Anne-Laure Kiechel a notamment dirigé le secteur du conseil aux États – le Sovereign Advisory Group – au sein de Rothschild & Co. Autre financier proche de Romuald Wadagni : le Britannique John Lentaigne, qui dirige la branche « Crédit et politiques des risques » au sein de Tysers, l’un des principaux courtiers en assurances de la place financière londonienne.

• Les politiques

Seul et unique conseiller spécial de Patrice TalonJohannes Dagnon, cousin du président béninois dont il est très proche, dirige le Bureau d’analyse et d’investigation (BAI), élément central de la politique économique de Cotonou. Il échange quasi quotidiennement avec Romuald Wadagni, tant sur les questions financières et budgétaires qu’au sujet des grands axes de la politique économique. Les deux hommes sont les piliers du dispositif de Patrice Talon sur le front économique et budgétaire.

Expert-comptable, comme Wadagni, Dagnon est également associé majoritaire de la Fiduciaire d’Afrique, une société du réseau Exco, qui couvre 26 pays africains.

Si avec Abdourahmane Cissé, Romuald Wadagni bénéficie d’un allié précieux au sein de l’entourage du chef de l’État ivoirien, le ministre béninois entretient aussi de très bonnes relations avec le Premier ministre d’Alassane Ouattara, Patrick Achi. 

Les deux hommes échangent sur les questions macro-économiques et financières. Romuald Wadagni a notamment été consulté par les autorités ivoiriennes lorsqu’elles ont décidé de repousser l’émission d’un eurobond initialement prévue en juillet dernier.

Toujours en délicatesse avec la justice de son pays, l’ancien Premier ministre de Thomas Boni Yayi n’en est pas moins en contact régulier avec Romuald Wadagni. Lionel Zinsou, qui codirige avec le Rwandais Donald Kaberuka la banque d’investissement Southbridge, s’entretient régulièrement avec lui sur les questions financières.

Bien qu’ils soient politiquement aux antipodes, les deux hommes assurent chacun de leur côté adopter une posture «apolitique » quand il s’agit des questions de développement. En janvier dernier, le Franco-Béninois n’avait d’ailleurs pas hésité à s’attirer les foudres de ses (anciens ?) alliés politiques en saluant les succès engrangés par Wadagni sur les marchés internationaux, lors de la double émission d’eurobonds réalisés par le Bénin début 2021.


C’était l’atout politique de Romuald Wadagni. Le père du ministre des Finances, décédé le vendredi 3 septembre, bénéficiait d’un réseau très riche au sein de la classe politique béninoise. Nestor Wadagni fut, entre autres, le directeur de cabinet de Bruno Amoussou, lorsque celui-ci était à l’Union fait la nation (UN). Ce dernier, cacique de la scène politique béninoise, est un très proche de Patrice Talon. Amoussou fut l’un des principaux concepteurs des réformes politiques menées par le président au cours de son premier mandat. Il dirige aujourd’hui l’Union progressiste (UP), l’un des deux partis de la mouvance présidentielle.

Nombreux sont ceux, à Cotonou, à prêter à Romuald Wadagni des ambitions politiques. Lui affiche au contraire une posture « non partisane». Au sein du gouvernement, il entretient d’ailleurs de bonnes relations tant avec Abdoulaye Bio Tchané, le très central ministre d’État chargé du développement et de la coordination gouvernementale, qui dirige le Bloc républicain (au pouvoir), qu’avec Pascal Irénée Koupaki, ministre d’État et secrétaire général de la présidence qui, lui, est secrétaire national de l’Union progressiste (UP). Mais, si les ambitions prêtées au ministre béninois venaient à se concrétiser, l’aura dont bénéficiait son père devrait être un atout essentiel dans la conquête d’une «base » politique et dans la constitution d’un réseau d’élus de terrains.

Le Pape François rappelle que Laudato si’ est une encyclique sociale|Vatican News

Dans un message vidéo en vue d’une rencontre internationale organisée en Argentine autour de l’encyclique Laudato si’, le Pape François rappelle le lien entre l’engagement écologique et la question sociale.

Comme il l’a fait à de nombreuses reprises depuis la publication de cette encyclique en juin 2015, le Pape rappelle dans ce bref message que Laudato si’ est avant tout un document mettant la question sociale au centre de la réflexion écologique de l’Église.

Lire l’article de Vatican News, 24.08.21