Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Sénégal : lutter contre l’excision, c’est lutter contre le VIH

À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, Fatimata Sy se penche sur les mutilations sexuelles dans la société sénégalaise, où la pratique demeure un fléau.

Mis à jour le 24 novembre 2022 à 16:32
 
 fatimata
 

Par Fatimata Sy

Activiste et secrétaire générale de l’Association sénégalaise pour l’avenir de la femme et de l’enfant (Asafe). Bénéficiaire du fonds Voix essentielles au Sénégal. 

 

excision

 

Au Sénégal, près de 2 millions de filles et de jeunes femmes ont subi une mutilation génitale en 2019. © GEORGES GOBET/AFP.

 

Sali n’avait que 9 ans quand je l’ai rencontrée au cours d’une tournée de sensibilisation dans le nord du Sénégal. Son jeune corps était déjà marqué à vie par l’excision. La tristesse et la colère que j’avais lues dans son regard m’avaient rappelé l’essence de mon engagement, vingt-cinq ans plus tôt, contre les mutilations génitales féminines dans mon pays.

Issue d’une famille d’exciseuses, mon combat pour préserver le corps et la dignité des femmes m’a toujours paru comme une évidence en dépit du rejet et des invectives qu’il m’a valu. « Un combat d’une autre époque ! » me lance-t-on parfois aujourd’hui, tant le développement rapide de notre continent ces dernières années peut laisser croire que ces pratiques n’existent plus.

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Et pourtant, selon l’Unicef, environ 50 millions de filles risquent de subir des mutilations génitales en Afrique d’ici à 2030. Au Sénégal, près de 2 millions de filles et de jeunes femmes ont subi une mutilation génitale en 2019. La prévalence de ces mutilations chez les jeunes filles de moins de 15 ans est de 16 %.

Risques d’infection accrus

Si ces violences persistent encore, c’est surtout en raison des inégalités entre hommes et femmes dans nos communautés, ainsi que des superstitions et valeurs patriarcales qui cristallisent les fantasmes autour du corps de la femme. En plus d’être une violation extrême de leur dignité et de leur liberté, les mutilations génitales entravent la santé mentale et sexuelle des femmes.

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Ces violences augmentent notamment la vulnérabilité des femmes vis-à-vis des infections sexuellement transmissibles telles que le VIH, qui touche deux à six fois plus les femmes que les hommes en Afrique subsaharienne. L’utilisation du même instrument chirurgical sans stérilisation ainsi que les risques accrus de saignement lors des rapports sexuels décuplent les risques d’infection par le VIH chez les victimes. Même la pratique médicalisée des mutilations génitales n’est pas sans risque.

Dans de nombreux cas, les traumatismes et autres conséquences psychologiques résultant de ces violences annihilent la confiance des jeunes filles et leur capacité à imposer l’utilisation du préservatif à leur partenaire. Le souvenir des douleurs intenses et la honte de leur corps, désormais marqué à jamais, les empêchent de recourir aux services de dépistage ou de soins pour les affections ou infections génitales les plus bénignes.

Contraception et accès à l’éducation

Pour une riposte efficace au VIH, il est urgent de redonner aux femmes et aux jeunes filles le contrôle de leur corps, de leur vie et de leur avenir. Comment accepter qu’aujourd’hui encore 93 % de femmes au Sénégal n’ont pas la liberté de prendre leurs propres décisions en matière de santé, de contraception ou simplement de choisir quand et comment avoir des rapports sexuels avec leur partenaire ? Tant que ces inégalités persisteront, que les mutilations génitales perdureront et que les femmes seront réduites au silence en ce qui concerne leur corps et leur sexualité, l’élimination du VIH restera hélas un vœu pieux…

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Des organisations telles que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme aident les femmes et les filles à faire valoir leurs droits en matière de santé sexuelle et procréative. Cela passe par des programmes d’autonomisation et d’accès à l’éducation, et par des actions visant à éliminer les obstacles liés au genre qui freinent l’accès aux services de santé. Au Sénégal, des centaines de jeunes filles de 13 à 18 ans ont ainsi pu bénéficier d’un accompagnement en matière de santé sexuelle grâce à l’initiative « Voix Essentielles » lancée au mois de juillet 2021 par Speak Up Africa et soutenue par le Fonds mondial.

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Ces adolescentes exposées à une sexualité précoce, le plus souvent avec des personnes adultes, sont désormais plus fortes, mieux à même d’éviter les pratiques sexuelles à risque et de prendre en main leur santé. Ces programmes en faveur des femmes et des filles doivent être soutenus, étendus et renforcés par les gouvernements, les agences internationales, les entreprises et la société civile. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons lutter efficacement contre les violences basées sur le genre et espérer, enfin, en finir avec le sida.

Sommet de l'Union africaine: pour l'industrialisation de l'Afrique, «il faut repenser les modèles»

Vue du port d'Abidjan, le 4 octobre 2012. REUTERS/Thierry Gouegnon

 

Le sommet extraordinaire de l’Union africaine sur l’industrialisation et la Zlecaf (Zone de libre-échange continentale africaine) s’est ouvert ce vendredi à Niamey. Une quinzaine de chefs d’État et de gouvernement y ont pris part. D’importantes décisions et des engagements sur le développement industriel de l’Afrique sont attendus.

Avec notre correspondant à NiameyMoussa Kaka

C’est le président rwandais, Paul Kagame, mandaté par le président sénégalais et président de l’Union africaine Macky Sall, qui a ouvert les travaux ce vendredi à Niamey. Ce sommet extraordinaire a pour but de se pencher sur l’industrialisation de l’Afrique, une problématique qui impacte le développement du continent.

Pour le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki, le plan d’action de développement économique de l’Afrique de 2008 n’a pas été à la hauteur. « Aujourd’hui, il faut identifier les facteurs qui ont plombé le développement de l’Afrique et repenser les modèles », a-t-il déclaré. 

Le continent africain absent du commerce mondial

Et les experts l’ont certifié, l’industrialisation, la diversification de l’économie et la Zlecaf sont déterminants dans le développement de l’Afrique. Le jour où l’industrialisation de l’Afrique et la Zlecaf seront devenues une réalité, l’Afrique prospérera et sera en paix, a-t-il conclu.

Malgré sa richesse en matières premières, le continent africain est absent du commerce mondial, a estimé le président nigérien Mohamed Bazoum. Selon lui, la part de l’Afrique ne dépasse pas les 4%. Entre pays africains, cette part n’est que de 17%.

Un constat frappant qui appelle des réponses appropriées : connecter les réseaux ferroviaires régionaux, investir massivement dans l’éducation et les nouvelles technologies de la communication ou encore libérer les énergies des entrepreneurs africains. Le président Mohamed Bazoum a conclu en affirmant que les pays africains ne peuvent pas se passer des énergies fossiles pour leur développement.

► À lire aussi: Le continent africain peine à s’industrialiser

Mali: l'inquiétude et les questions des ONG suspendues par le gouvernement

 
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Au lendemain de l'annonce par le Mali de la suspension des activités des ONG qui bénéficient de financements français, les ONG concernées pour comprendre ce qu'il va advenir de leurs programmes. 

À Paris comme à Bamako, c'est branle-bas de combat. La suspension « à effet immédiat » des activités des ONG bénéficiant de financements français concerne non seulement celles qui travaillent dans le développement, mais aussi celles qui œuvrent pour l'aide humanitaire. L'annonce faite par un communiqué signé du Premier ministre par intérim, le colonel Abdoulaye Maïga, intervient quelques jours après que la France a elle-même suspendu son aide publique au développement en direction du Mali.

Le gouvernement malien indique dans son communiqué avoir pris sa décision en conformité avec les principes de la transition : défense de la souveraineté nationale, des choix stratégiques du Mali et des intérêt vitaux du peuple malien.

Désormais, les réunions s'enchaînent aux sièges et antennes locales des ONG concernées. « Nous n'avons pas tout laissé tomber d'un coup ce matin, explique une source chez une coordination humanitaire. Pour le moment, nous sommes en concertations et essayons de comprendre ce que cette suspension implique. » 

De nombreuses questions en suspens

Le communiqué malien laisse de nombreuses questions en suspens. D'abord, il faut comprendre si ce sont les activités de certaines ONG financées par la France qui sont concernées ou bien les ONG dans leur ensemble. Car les financements humanitaires sont complexes et les organisations peuvent bénéficier de plusieurs bailleurs différents. 

Un expert explique que seuls les financements d'institutions françaises sont concernés comme l'AFD ou le Centre de crise et de soutien du ministère des Affaires étrangères. Il se demande néanmoins si l'administration malienne dispose déjà de toutes ces informations pour une mise en œuvre immédiate de la suspension.

Quoi qu'il en soit, les conséquences de cette décision pourraient être très lourdes pour la population malienne. Dans une lettre ouverte adressée au président français la semaine dernière, un collectif d'ONG rappelait que 7,5 millions de Maliens ont besoin d'aide humanitaire, soit plus de 35 % de la population. La France a indiqué « regretter » la décision des autorités, évoquant une « décision qui intervient malheureusement au détriment de la population malienne ».

L’opposition du Cadre « regrette » une décision qui pénalisera « le peuple malien »

Mais pour les partis du Cadre, rassemblant l’opposition à la transition en cours, ce n'est pas la France, accusée par Bamako de vouloir déstabiliser et isoler le Mali, que cette décision pénalise, mais les Maliens eux-mêmes. Il s’agit d’« une décision regrettable », résume l'ancien ministre Amadou Koita, président du PS-Yelen Koura et porte-parole du Cadre, interrogé par notre journaliste du service Afrique, David Baché :

C'est une décision regrettable, qui va causer beaucoup de tort au peuple malien. L'appui français permet de financer des dizaines d'ONG et d'associations, qui touchent également des milliers et des milliers de nos compatriotes, dans pratiquement toutes les régions du Mali, surtout celles qui sont affectées par la crise sécuritaire. Et cela concerne beaucoup de secteurs : agricole, sanitaire, l'éducation...

Le Cadre des partis d'opposition demande aux autorités de transition de changer de posture, vis-à-vis de la France et de l'ensemble des partenaires internationaux du Mali, insiste Amadou Koita :

Nous appelons à la désescalade, nous appelons nos hautes autorités à renouer le dialogue. Le Mali et la France ont un passé (commun - NDLR). Nous devons savoir aujourd'hui que le seul ennemi que nous avons, ce sont les terroristes. Donc aujourd'hui le Mali a besoin de beaucoup d'amis, nous devons renforcer nos amitiés avec tous nos partenaires. Il peut y avoir des moments d'incompréhension, mais nous devons les surmonter et aller à l'essentiel. Pour le bénéfice de nos populations et la stabilité de notre pays.

Sollicitées par RFI, plusieurs organisations qui soutiennent les autorités de transition n'ont pas souhaité s'exprimer sur ce sujet. En attendant de voir plus clair, presque aucune organisation n'a souhaité faire part de ses craintes à RFI.

Air Côte d’Ivoire, Royal Air Maroc, Air Sénégal : les compagnies africaines au défi de la formation

Dans un contexte mondial de pénurie de main-d’œuvre affectant le secteur aérien, les compagnies du continent, qui se révèlent souvent moins attractives pour les professionnels internationaux, ont plus que jamais besoin de disposer de leur propre vivier de talents nationaux.

Mis à jour le 21 novembre 2022 à 12:25
 

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Ethiopian Airlines est l’une des seules compagnies africaines à disposer de son propre centre de formation. © Ethiopian Aviation Academy

 

 

« La demande de pilotes dépassera l’offre dans la plupart des régions du monde entre 2022 et 2024 – et continuera de s’aggraver au cours de la prochaine décennie. Nous prévoyons maintenant que l’aviation mondiale manquera de près de 80 000 pilotes d’ici 2032, en l’absence d’une baisse de la demande future et/ou d’efforts vigoureux de la part de l’industrie pour renforcer l’offre de pilotes », écrivent Geoff Murray et Rory Heilakka, associés du cabinet de conseil américain Oliver Wyman, dans une note datée de juillet 2022.

Pour l’instant, cette pénurie touche essentiellement les États-Unis, qui ont usé et abusé des licenciements et des mises à la retraite anticipée au plus fort de la crise du Covid, et qui font face à une reprise plus rapide que prévu.

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Salaires souvent moins élevés

Mais la situation finit forcément par avoir des répercussions en Afrique où « le nombre de pilotes locaux étant inférieur aux besoins, la plupart des compagnies ont massivement recours à des pilotes expatriés », comme l’explique à Jeune Afrique Romain Ekoto, responsable de l’aviation à la Banque africaine de développement (BAD).

« Aux États-Unis, en Europe, l’aéronautique recrute de nouveau à tour de bras, mais la pénurie de talents contraint à une surenchère des salaires et les entreprises duc secteur débauchent à qui mieux mieux les salariés de la concurrence… Il est difficile pour les sociétés africaines de rivaliser », relève Alexandra Guillot, spécialiste du recrutement dans le secteur de l’aérien, basée au Cap.

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Même si les contrats sont très disparates d’une compagnie à l’autre – et parfois au sein même des transporteurs –, les compagnies aériennes offrent, en moyenne, des salaires moins élevés que leurs homologues occidentales. « Elles attirent, néanmoins, essentiellement deux profils de pilotes : des seniors en deuxième phase de carrière, qui veulent du changement, ou de tout jeunes diplômés, dont le but est de faire des heures et qui utilisent cette expérience comme tremplin pour la suite de leur parcours », développe Romain Ekoto.

Ethiopian et la RAM championnes de la formation

« Conscientes qu’elles ne peuvent pas rivaliser sur les questions salariales, les compagnies africaines cherchent à attirer les candidats avec d’autres arguments, notamment les avantages matériels – maison, etc – dont ils pourraient bénéficier », explique un professionnel du secteur. Dans un contexte de tension, cependant, elles aussi devront passer à la caisse pour conserver leurs professionnels, notamment les expatriés, plus mobiles que la main-d’œuvre locale (voir encadré).

Les seules compagnies à échapper à cette mécanique implacable sont celles qui ont pu former leurs propres personnels. Ethiopian Airlines, propriétaire de l’emblématique Ethiopian Academy, en est l’exemple le plus probant. On peut s’y former en maintenance aéronautique en 22 mois, pour 24 100 dollars (logé, nourri, blanchi), y obtenir sa licence de pilote commercial (20 mois de formation, 70 000 dollars) ou devenir membre d’équipage en quatre mois, moyennant 5 400 dollars.

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« La Royal Air Maroc maintient aussi un niveau très élevé de qualification pour son personnel, même si elle a externalisé la formation, auparavant assurée par la RAM Academy », relate Ibra Wane, ancien cadre de la compagnie marocaine, désormais directeur général de Aviation et compagnie (Groupe Avico).

SEULES LES COMPAGNIES QUI VEILLENT AUX COMPÉTENCES ONT PU S’ASSURER UNE CERTAINE LONGÉVITÉ

Selon lui, à l’exception de ces deux compagnies et d’Egyptair, le continent souffre d’un manque criant de formation « à tous les niveaux, tant dans les airs qu’au sol et au sein des bureaux ». »C’est un point essentiel, bien que souvent négligé, qui explique en grande partie les échecs répétés des compagnies aériennes dans nos pays, martèle-t-il. Les problèmes conjoncturels comme l’inflation et le prix du carburant concernent tout le monde. Mais les compagnies qui veillent aux compétences-métiers – c’est-à-dire à un triptyque formation-technicité-expérience – comme Ethiopian, la RAM et quelques autres, ont pu les dépasser et s’assurer une certaine longévité », poursuit-il, jugeant qu’aujourd’hui ce sont « Asky et Air Côte d’Ivoire qui suivent les tracent de leurs “aînés” et assurent avec intelligence et pragmatisme le maintien et le développement de la maîtrise des fondamentaux du transport aérien. »

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Si les 4 000 étudiants (toutes formations confondues) d’Ethiopian Academy contribuent essentiellement à alimenter une compagnie en continuelle expansion, ses modules sont ouverts aux inscriptions indépendantes et aux étudiants sponsorisés par des compagnies étrangères. Mais elles sont adaptées à la flotte du pavillon éthiopien : si toute la gamme Boeing y est représentée, ainsi que les Q400 de Bombardier, aucun module n’est consacré aux Airbus A220 ou A330 choisis par Air Sénégal ou Air Côte d’Ivoire ou encore aux Embraer, largement présents dans les flottes du nigérian Air Peace, de Kenya Airways ou du sud-africain Airlink. Pour pallier ce problème, Air Côte d’Ivoire, épaulé par la BAD (via un prêt FAD de 3,5 millions d’euros) et Airbus (qui a accepté en juin 2018 de s’engager à hauteur de 3,6 millions d’euros), a lancé dès 2017 un ambitieux programme à 12,9 millions d’euros visant à former, sur la période 2017-2026, 77 pilotes et 120 techniciens aéronautiques.

Nécessaire collaboration

Objectif affiché par la compagnie : passer de 20 % à 60 % de pilotes et de techniciens locaux dans ses effectifs. La phase théorique de ce programme est assurée par l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny, les candidats se rendant en Belgique pour le volet pratique, confié à Belgian Flight School. Trente et un pilotes et 22 techniciens ont déjà bénéficié du programme, selon le ministre ivoirien des Transports, Amadou Koné. Ils s’ajoutent à la dizaine de pilotes de nationalité ivoirienne formés à l’étranger et déjà employés par la compagnie, précisait en octobre à Jeune Afrique le PCA du pavillon national, le général Abdoulaye Coulibaly.

IL SUFFIT DE QUELQUES CENTRES BIEN OUTILLÉS ET STRATÉGIQUEMENT SITUÉS POUR IRRIGUER TOUT LE CONTINENT

Le Plan Sénégal émergent prévoit également la création d’un centre de formation pour Air Sénégal, tandis qu’à Zaira le Nigerian College of Aviation Technology propose des formations plus ou moins longues dans tous les domaines du secteur.

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« Chaque compagnie n’a pas besoin d’avoir son propre centre de formation », estime Ibra Wane, selon lequel « il suffit de quelques centres bien outillés et stratégiquement situés pour irriguer tout le continent ». « Si les compagnies apprennent à collaborer pour envoyer leurs personnels à la RAM, chez Ethiopian ou encore sur les simulateurs Airbus en Afrique du Sud, elles verront leur budget de formation diminuer considérablement. Cela vaut aussi pour la maintenance, l’achat de pièces détachées ou la négociation face aux avionneurs », assure cet ancien d’Air Afrique, qui rappelle que la défunte compagnie panafricaine gérait ses propres centres de formation pour certains métiers de l’aéronautique, tant pour elle même que pour d’autres compagnies, et dotait les pilotes de bourses afin qu’ils suivent une formation à l’étranger.

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« Il y a encore, sur le terrain, des anciens d’Air Afrique capables de former en interne les nouvelles générations, mais ils sont de moins en moins nombreux », constate Alexandra Guillot.

« L’ubuesque paradoxe » de l’Afrique australe

En 2017, l’Airlines Association of Southern Africa (AASA) s’inquiétait d’une pénurie de compétences risquant de mettre à mal le développement d’un secteur aérien florissant. Mais le Covid-19 a fait des ravages dans la région, ayant eu raison de Comair-Kulala et d’Air Namibia, tandis que South African Airlines est passé de 80 à 4 avions, et que sa filiale à bas coût Mango est clouée au sol depuis plus d’un an, laissant des milliers de personnels sur le carreau.

Si ces professionnels semblent pour l’heure avoir le choix entre l’exil et la reconversion, la mobilité géographique ne va pas de soi, constate Alexandra Guillot, spécialiste du recrutement dans le secteur de l’aérien, basée au Cap. « Outre la question des visas, les licences des pilotes et des ingénieurs posent aussi problème, car elles sont délivrées par les autorités civiles nationales et ne sont pas forcément reconnues hors des frontières »

Conséquence, « on se retrouve dans une situation ubuesque, avec des gens qualifiés et expérimentés de ce côté-ci du monde, sans travail, et en Europe ou aux États-Unis, de plus en plus de postes qui ne trouvent pas preneurs », relate l’experte. Si les départs vers les pays du Golfe semblent plus facile, Alexandra Guillot constate surtout un départ massif vers d’autres industries.

Union africaine : Déby Itno, Kagame, Tebboune… Qui sera au sommet de Niamey ?

Les préparatifs se poursuivent au Niger, où l’UA tiendra, du 20 au 25 novembre, un sommet sur l’industrialisation en Afrique. Le président Mohamed Bazoum attend une vingtaine de ses homologues.

Mis à jour le 17 novembre 2022 à 13:21
 

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Lors du sommet de l’UA, le 27 mai 2022 à Malabo. © AFP

 

Le rendez-vous, qui aura lieu au Centre de conférences Mahatma Gandhi de Niamey, a prévu d’aborder les thèmes de la diversification économique, des partenariats public-privé, du développement des secteurs touristiques ou miniers et, surtout, du libre-échange continental.

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La zone de libre-échange continentale (Zlecaf) sera en effet au centre des attentions et une déclaration politique des chefs d’État de l’UA est attendue à la fin du sommet afin de réaffirmer les ambitions de l’organisation panafricaine. Sur le continent, seule l’Érythrée n’a pas signé l’accord, tandis que dix autres pays doivent encore le ratifier (Bénin, Botswana, Comores, Liberia, Libye, Madagascar, Mozambique, Somalie, Soudan du Sud et Soudan).

23 chefs d’État attendus

Selon nos sources, 23 chefs d’État ont mis Niamey à leur agenda, parmi lesquels le Comorien Azali Assoumani, le Nigérian Muhammadu Buharile Tchadien Mahamat Idriss Déby Itnole Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embalóle Mauritanien Mohamed Ould Ghazouani, le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé, le Rwandais Paul Kagame, le Botswanais Mokgweetsi Masisile Sénégalais Macky Sall (également président en exercice de l’UA), l’Algérien Abdelmadjid Tebbounele Centrafricain Faustin-Archange Touadéra et le Libérien George Weah.

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Le Djiboutien Ismaïl Omar Guelleh et le Congolais Denis Sassou Nguesso sont également attendus mais n’ont pas définitivement confirmé leur présence, tout comme le Tunisien Kaïs Saïed. Ce dernier a prévu de préciser ses intentions la veille du rendez-vous de Niamey, lors du sommet de la Francophonie à Djerba (qui aura lieu les 19 et 20 novembre), en Tunisie, où il doit rencontrer son homologue nigérien Mohamed Bazoum.

Alassane Ouattara absent

Des doutes subsistent également sur la venue de Félix Tshisekedi (RDC), Ali Bongo Ondimba (Gabon) et João Lourenço (Angola). Comme l’Égyptien Abdel Fattah al-SissiAlassane Ouattara ne sera en tout cas pas présent en terres nigériennes. Selon nos sources, le chef de l’État ivoirien a en effet déjà annoncé aux organisateurs qu’il enverrait pour le représenter son vice-président, Tiémoko Meyliet Koné.

D’après nos informations, les présidents présents à Niamey seront logés au sein des villas de la Cité de l’Union africaine ainsi que dans les trois principaux hôtels de luxe de la capitale, à savoir le Radisson Blu, construit par le turc Summa, le Bravia, financé par le groupe indien éponyme, et le Noom du panafricain Mangalis Group.