Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Côte d’Ivoire : Yves de Mbella, l’animateur par qui le scandale est arrivé

| Par 
Mis à jour le 02 septembre 2021 à 14h06
L’animateur Yves de Mbella s’est déjà rendu coupable de propos sexistes sur la radio Nostalgie.
L’animateur Yves de Mbella s’est déjà rendu coupable de propos sexistes sur la radio Nostalgie. © Capture d'écran TV3MONDE/Youtube

Mercredi 1er septembre, ce Camerounais a été condamné à douze mois de prison avec sursis pour apologie du viol. Présentateur vedette volontiers provocateur, il est dans la tourmente depuis qu’il a organisé la reconstitution d’une agression sexuelle à la télévision.

Sa condamnation va-t-elle atténuer le scandale dans lequel Yves de Mbella est plongé ? Mercredi 1er septembre, l’animateur vedette a écopé de douze mois de prison avec sursis « pour apologie du viol », assortis d’une amende de deux millions de francs CFA (environ 3 000 euros) et d’une interdiction de quitter Abidjan… Une peine exceptionnelle, miroir de l’ampleur de l’indignation qu’a suscitée  la diffusion, lundi 30 août, de l’émission La télé d’ici vacances. Le « violeur repenti », qui mimait une agression sexuelle lors de cette émission de la Nouvelle chaîne ivoirienne (NCI), a quant a lui été condamné à deux ans de prison ferme.

La chute est brutale pour ce Camerounais qui s’est fait une place de choix dans le domaine du show-business ivoirien depuis une trentaine d’années. Présentateur télé, animateur radio, maître de cérémonie, producteur, promoteur de spectacles… Arrivé dans le monde des médias dans les années 1990, il n’est jamais passé inaperçu depuis. Extravagant, provocateur parfois, Yves de Mbella a souvent été au cœur de polémiques, mais jamais comme celle qui secoue la Côte d’Ivoire depuis  le début de la semaine.

Un homme ambitieux

De notoriété, cet homme a toujours rêvé. Mais c’est sur un terrain de football que le gamin né en janvier 1970 dans l’ouest du Cameroun s’imaginait briller. Grand fan de l’ancien international camerounais Thomas Nkono, il voulait être gardien de but. Yves de Mbella apprend finalement le droit à l’université de Yaoundé, puis suit une formation en conservation de biens culturels en Italie. C’est lors de ses études, entre 1992 et 1993, qu’il anime une émission de radio sur Yaoundé FM 94, faisant ainsi ses premiers pas dans les médias. Yves de Mbella effectue également un bref passage à la télévision publique, la Radiodiffusion-télévision du Cameroun (CRTV), pour présenter le loto.

Suspendu de la chaîne après la diffusion d’un spot jugé blasphématoire, il décide de tenter sa chance en Côte d’Ivoire, encouragé par les influents animateurs et hommes de médias Yves Zogbo et Consty Eka, son compatriote. « Il avait soif de voir autre chose et il était ambitieux. La Côte d’Ivoire avait plus d’opportunités à lui offrir dans l’événementiel et l’audiovisuel à ce moment-là », se souvient l’un de ses proches. Depuis, ce pays l’a adopté.

Décalé et provocateur

Depuis qu’il a commencé sa carrière à radio Nostalgie en décembre 1993 – une chaîne où il continue d’officier aux manettes de « Rien à cacher » –, il a fait de son ton décalé une marque de fabrique.

Plusieurs fois récompensé pour ses talents de présentateur, il a aussi connu quelques bad buzz, suspensions et ennuis judiciaires. Parmi eux, un N’importe quoi Award. Lancé en 2008, il consiste à inviter le public à classer les personnalités les plus nulles, les plus belles, et les plus sympathiques.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

IL EST LE CHEF D’UNE ÉQUIPE, LA FAUTE REVIENT À TOUTE LA RÉDACTION

Depuis 1997, il était l’animateur de miss Côte d’Ivoire. Mais face à la polémique de ce lundi, le comité d’organisation du concours a publié un communiqué indiquant qu’il n’officierait pas ce 4 septembre pour la prochaine élection.

Conspué par certains, Yves de Mbella est défendu par d’autres. « C’est un frère qui a fait une connerie et il a fait son mea culpa », estime l’un des ses anciens collaborateurs. « J’espère qu’on va lui pardonner, déclare un membre de son entourage. Si le but était de sensibiliser sur le sujet, la forme n’a pas été la meilleure. Mais il est le chef d’une équipe. Pour moi, la faute revient à toute la rédaction. »

Mardi 31 août au soir, la NCI a organisé une édition spéciale pour présenter ses excuses et donner la parole à des associations de défense des droits des femmes. Mais dès le lendemain matin, des membres d’associations féministes se sont rassemblées devant la NCI pour condamner « la banalisation du viol ».

François Compaoré, John Numbi, Karim Keïta, Kalev Mutond… Ces Africains recherchés pour des affaires criminelles (3/4)

| Par et 
Mis à jour le 02 septembre 2021 à 14h18
Karim Keïta ; Moutond ; John Numbi ; François Compaoré

Karim Keïta ; Moutond ; John Numbi ; François Compaoré © Karim Keïta/ Moutond / John Numbi /François Compaoré
Michele CATTANI/AFP ; ROBERT CARRUBBA; Junior KANNAH / © Vincent Fournier/JA ; MONTAGE JA

 

« Wanted » (3/4) – Alors qu’ils ont occupé des postes stratégiques dans leur pays, ces hommes de pouvoir sont désormais cités dans des dossiers criminels. Du Burkinabè François Compaoré au Malien Karim Keïta en passant par les Congolais Kalev Mutond et John Numbi, JA a enquêté.

Burkina Faso – François Compaoré, mieux vaut tard que jamais


François Compaoré fut le conseiller de son frère pour les questions économiques. Ici à Paris, le 12 septembre 2017. © Vincent Fournier/JA

L’affaire date de vingt-trois ans et a rattrapé François Compaoré. Accusé d’avoir commandité l’assassinat, en décembre 1998, du journaliste Norbert Zongo, qui enquêtait lui-même sur les circonstances obscures de la mort de l’un de ses employés, le frère de l’ex-président burkinabè, 67 ans, va-t-il enfin s’expliquer sur sa responsabilité dans ce crime qui avait ébranlé le pays ?

La décision rendue le 30 juillet par le Conseil d’État français, qui valide le décret d’extradition de François Compaoré vers Ouagadougou, laisse augurer un rebondissement en faveur de ceux qui réclament justice dans le dossier de la mort de Norbert Zongo et de trois de ses compagnons, classé en 2006 après un non-lieu et rouvert à la faveur de la chute de Blaise Compaoré.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

SI NÉCESSAIRE, NOUS ACCOMPAGNERONS FRANÇOIS COMPAORÉ EN ZONE ROUGE

Pourtant, le combat est loin d’être terminé : les avocats de François Compaoré, les Français François-Henri Briard et Pierre-Olivier Sur, regrettant une décision qui expose leur client à des « risques de torture, de traitements inhumains et dégradants », ont aussitôt saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) « afin qu’elle fasse échec à l’extradition envisagée ». Le 6 août, la CEDH a annoncé avoir demandé à la France de suspendre l’extradition du Burkinabè en attendant qu’elle examine le dossier sur le fond. La Cour a toutefois insisté sur le fait que cette demande ne présageait pas « de ses décisions ultérieures sur la recevabilité ou sur le fond des affaires en question ».

Si les avocats de François Compaoré ont salué dans un communiqué une « décision indépendante et impartiale », le Burkinabè n’est donc pas tiré d’affaire. Fin juillet, il avait pris acte de la décision du Conseil d’État français, se déclarant « prêt à faire face, dans la dignité, l’honneur et avec responsabilité, à la justice burkinabè ». Me Pierre-Olivier Sur dénonçait quant à lui une « pression politique sur la justice en France dans cette affaire si particulière dans l’histoire des deux pays ». « C’est pourquoi nous avons saisi la Cour européenne, seule juridiction qui pourra statuer avec une juste distance dans ce dossier », ajoutait-il, avant de conclure : « Si nécessaire, nous accompagnerons François Compaoré en zone rouge pour nous assurer que les bonnes conditions d’incarcération et de jugement sont remplies. »

Nadoun Coulibaly

Guillaume Soro, François Bozizé, Agbéyomé Kodjo… Ces Africains poursuivis pour tentative de putsch ou déstabilisation (2/4)

Mis à jour le 01 septembre 2021 à 17h57
François Bozizé , Guillaume Soro, et Agbéyomé Kodjo.

« Wanted » (2/4) – L’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne Guillaume Soro, le candidat malheureux à la présidentielle togolaise Agbéyomé Kodjo ou encore le Centrafricain François Bozizé, président devenu maquisard… Ils sont accusés de complot, de tentative de coup d’État ou de déstabilisation et vivent désormais en exil.

Côte d’Ivoire – Guillaume Soro, retour vers l’enfer

Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale ivoirienne, à Abidjan, le 21 novembre 2018. © Issam Zelji/TRUTHBIRD MEDIAS pour JA

 

À 49 ans, Guillaume Soro a repris le maquis. Condamné en avril 2020 à vingt ans de prison pour recel de détournement de deniers publics, puis à la prison à vie pour tentative d’atteinte à l’autorité de l’État et complot, diffusion de fausses nouvelles et troubles à l’ordre public en avril 2021, l’ancien chef de la rébellion des Forces nouvelles (FN) a vécu en quelques mois une brutale descente aux enfers.

Si les autorités françaises n’ont toujours pas répondu au mandat d’arrêt transmis par Abidjan en novembre 2020, elles ont rapidement fait comprendre à l’ancien président de l’Assemblée nationale qu’il n’était plus le bienvenu sur leur sol. Soro avait pris ses quartiers à Paris depuis son retour manqué en Côte d’Ivoire fin 2019. Insaisissable, il oscille désormais entre Bruxelles, Genève, la Turquie et quelques brefs passages dans la capitale française. Seule une poignée de fidèles, avec lesquels il échange par message et visioconférence, savent précisément où il se trouve.

D’ordinaire prolixe sur les réseaux, dont il avait fait son terrain de jeu favori, Guillaume Soro se fait aujourd’hui discret. Attend-il que le vent tourne ? Espère-t-il profiter de l’apaisement politique en cours sur les bords de la lagune Ebrié ? Laurent Gbagbo a affirmé que le cas Soro avait été évoqué lors de son tête-à-tête avec Alassane Ouattara le 27 juillet. « Le président m’a dit deux mots de Soro. Donc, tout ça, ça fait partie de nos combats, mais il faut avancer pas à pas. Pour le moment, c’est ceux qu’on peut sortir par un décret. Pour les autres, je vais aussi monter au créneau pour qu’ils reviennent au pays », a déclaré l’ancien président.

Peu de chances que l’appel soit entendu par le chef de l’État ivoirien. ADO refuse pour le moment tout compromis avec celui à qui il donnait par le passé du « mon fils ». « Pour lui, Soro l’a trahi. Il ne lui fera aucun cadeau », explique un proche du président. Le 10 août, un fidèle de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Mohammed Sess Soukou, a été arrêté à Bamako, où il s’était réfugié depuis plusieurs mois, à la demande des autorités ivoiriennes.

Vincent Duhem

 

Togo – Agbéyomé Kodjo, « l’élu » s’entête


Agbéyomé Kodjo, du Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement, à Lomé, le 24 février 2020. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Le 10 juillet dernier, cela faisait un an que l’ancien candidat à la présidentielle de 2020 avait nuitamment quitté le Togo, au lendemain d’une convocation du procureur de la République près le tribunal de première instance de Lomé, Essolissam Poyodi. Poursuivi par la justice togolaise pour « troubles aggravés à l’ordre public », « diffusion de fausses nouvelles », « dénonciations calomnieuses » et « atteinte à la sûreté intérieure de l’État », Agbéyomé Kodjo, 66 ans, vit depuis caché hors du Togo et fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Même non validé par Interpol, d’après un document consulté par JA en février dernier, il reste en vigueur selon les autorités judiciaires togolaises.

De fait, l’ex-Premier ministre de Gnassingbé Eyadéma – qui conteste toujours les résultats de la présidentielle de 2020 et la réélection de Faure Gnassingbé – sait qu’il serait mis aux arrêts s’il venait à fouler le sol togolais et a donc décidé de prolonger son exil. Annoncé tout d’abord à Accra, au Ghana – tout comme Mgr Fanoko Philippe Kpodzro, ancien archevêque de Lomé et soutien de Kodjo à la présidentielle de février 2020 –, l’opposant et autoproclamé « président élu » a ensuite mis le cap sur l’Europe, où son pays d’accueil est tenu secret par sa famille et son entourage politique.

Depuis son « maquis », Kodjo n’a pourtant pas rendu les armes. Il multiplie les sorties et déclarations sur les réseaux sociaux à travers des messages audio en sa qualité de « président élu », exigeant de Faure Gnassingbé un transfert pacifique du pouvoir. Une méthode empruntée à Tikpi Atchadam, président du Parti national panafricain, qui s’est réfugié au Ghana en octobre 2017 après la manifestation du 19 août durement réprimée.

Sur le plan juridique, les avocats français d’Agbéyomé Kodjo, Mes Pierre-Henri Bovis et Robin Binsard, ont déposé une plainte, qui a été jugée recevable, devant le comité des droits de l’homme de l’ONU. « Le Comité, qui a demandé au Togo des éclaircissements, s’est donné jusqu’à novembre prochain pour rendre ses observations », souligne Me Binsard. La procédure n’étant pas « contradictoire », les avocats regrettent de n’avoir pas eu accès au dossier pour savoir si les autorités togolaises ont envoyé leurs réponses.

Charles Djade

Centrafrique – François Bozizé, le président-maquisard


François Bozizé au palais de la Renaissance, le 13 mars 2013, dix jours avant la prise de Bangui par les rebelles de la Seleka. © Vincent Fournier/JA

Les mois se suivent et se ressemblent pour l’ancien chef de l’État centrafricain. Empêché de se présenter à l’élection présidentielle de décembre 2020, François Bozizé a par la suite soutenu la Coalition des patriotes pour le changement (CPC, coalition de groupes armés), dont il assure officiellement la coordination depuis mars. Recherché à ce titre pour complot et rébellion par la justice centrafricaine, qui a ouvert une information judiciaire à son encontre, ainsi qu’à celle de plusieurs personnalités de l’opposition en janvier, l’ancien chef de l’État avait rejoint le maquis au début de l’année.

Réfugié dans la zone frontalière entre la Centrafrique et le Tchad, il n’est aujourd’hui plus entouré que par une poignée de fidèles, lesquels assurent sa sécurité et gère son quotidien dans les zones de brousse qui lui servent de refuge. S’il a quitté en mars la présidence de son parti – le Kwa Na Kwa –, qu’il a laissée à son ancien lieutenant Christian Guénébem, François Bozizé conserve un contact régulier avec certains de ses proches, notamment son fils Jean-Francis. Ce dernier, lui aussi en exil dans son propre pays, lui rend visite fréquemment.

Également visé par un mandat d’arrêt des Nations unies émis en 2014, qui n’a jamais été appliqué, l’ancien président de 74 ans reste en contact avec les représentants de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) – notamment angolais –, qui s’efforcent de favoriser la mise en place d’un dialogue national à Bangui. Si les hommes du président Joao Lourenço n’ont pas abandonné l’idée de faire participer Bozizé aux discussions, le Centrafricain Faustin-Archange Touadéra, toujours appuyé par ses alliés russes, s’y oppose toujours.

Selon nos informations, des négociations seraient en cours, a minima, pour trouver à l’ancien président une autre porte de sortie s’il acceptait de se désolidariser de la CPC : un lieu d’exil où sa sécurité serait assurée. Malgré les rumeurs faisant état d’une santé fragile – voire d’une récente opération chirurgicale –, ses proches affirment que l’ex-chef de l’État se porte bien.

Mathieu Olivier

 

Tchad – Tom Erdimi, un mystère égyptien

Où est donc passé Tom Erdimi ? L’ancien président de l’université de N’Djamena, neveu et premier directeur du cabinet civil d’Idriss Déby Itno en 1991, est l’objet, comme son frère jumeau Timan, d’un mandat d’arrêt international lancé par les autorités tchadiennes en 2007 pour rébellion.

Condamné à mort par contumace en 2008 – en même temps que son frère – pour sa participation à une tentative de renversement du pouvoir en 2005, le Tchadien de 66 ans vivait jusqu’à il y a peu en exil aux États-Unis, à Houston, au Texas. Il y avait noué de précieux contacts dans les années 1990 alors qu’il était chargé du projet pétrolier tchadien.

Le Zaghawa est toutefois porté disparu depuis la fin de l’année 2020. Selon ses proches, il aurait été arrêté en Égypte en septembre, alors qu’il effectuait un séjour au Caire, où réside une partie de sa famille et où l’intéressé a déposé une demande d’asile, toujours en cours d’examen. Selon nos informations, le dernier contact de Tom Erdimi avec sa famille aurait eu lieu au début du mois de novembre. Toujours selon ses proches, le Tchadien serait maintenu en détention et au secret dans une prison des services de renseignement, mais aucune confirmation n’a pu être obtenue.

Une partie de la famille Erdimi accuse les autorités tchadiennes – et en particulier l’Agence nationale de sécurité – d’être les instigatrices de cette arrestation et a évoqué une extradition secrète vers le Tchad. Contacté par Jeune Afrique, Timan Erdimi, lui-même exilé sous surveillance au Qatar depuis 2009 – à la suite d’un accord entre Idriss Déby Itno et le Soudanais Omar el-Béchir – estime cependant que son frère jumeau se trouve toujours en Égypte. Les autorités tchadiennes, qui ne se sont pas exprimées, assurent, en off, être étrangères à l’arrestation. Alors qu’un dialogue national est en préparation au Tchad, Timan Erdimi affirme ne pas avoir été approché pour y participer.

Mathieu Olivier

Guinée équatoriale – Salomon Abeso Ndong, marche à Londres

Salomon Abeso Ndong est accusé par la justice de Malabo d’être l’un des commanditaires d’une tentative de coup d’État déjouée à la fin du mois de décembre 2017. Activiste exilé à Londres depuis de nombreuses années, le président de la Coalition d’opposition pour la restauration d’un État démocratique (Cored) a été condamné par contumace, comme l’opposant exilé en Espagne Severo Moto Nsa (déjà condamné à plus de cent ans de détention pour une autre tentative présumée de coup d’État en 2004), à cinquante-neuf ans de prison.

Salomon Abeso Ndong, qui tient toujours un site internet sur lequel il publie régulièrement des articles d’opinion sur son pays, nie farouchement toute implication dans les événements de 2017. Il accuse d’ailleurs le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo d’être « l’instigateur d’un faux coup d’État destiné à détruire toute opposition ». Quelque 130 personnes, jugées pour leur implication présumée, ont été condamnées par la justice équato-guinéenne à des peines d’emprisonnement allant de trois à quatre-vingt-seize ans.

Régulièrement présent à Paris lors des audiences des procès pour « biens mal acquis » de Teodoro Obiang Nguema Mangue, vice-président et fils du chef de l’État, le quinquagénaire n’a jamais fait l’objet d’une demande d’extradition de Malabo auprès des autorités britanniques. Selon nos informations, il a même été en discussion avec des intermédiaires de son pays au sujet d’une participation à un éventuel dialogue national et d’un retour en Guinée équatoriale. Le chemin est encore long. Le patron de la Cored réclame une amnistie garantie par l’Union européenne ou l’ONU. En outre, à Malabo, le clan réuni autour du vice-président renâcle à faire le moindre geste en direction des opposants.

Mathieu Olivier

Maroc – Mohamed Hajib, un jihadiste à Düsseldorf

Visage rond, casquette bec de canard à carreaux, rouflaquettes buissonnantes. Mohamed Hajib a une allure bonhomme, qui tient plus du rocker négligé tout droit sorti des seventies que du jihadiste des années 2000. Pourtant, l’homme, qui se présente comme un adepte de la mouvance prosélyte Jamaat Al Tabligh, est, à 40 ans, l’un des hommes les plus recherchés par les services de sécurité marocains. Au point que le royaume a émis un mandat d’arrêt international contre lui auprès d’Interpol le 13 août 2020. Ce qui fait dire à plusieurs connaisseurs des arcanes diplomatiques que cette affaire cristallise les tensions entre le Maroc et l’Allemagne, où vit désormais Hajib et dont il possède la nationalité depuis 2008.

Condamné au Maroc pour « terrorisme » et « constitution de bande criminelle » en 2010 et libéré en 2017 après une campagne menée en sa faveur par le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU, ce fils de professeur d’arabe militant d’extrême gauche durant les années 1970 a plusieurs obsessions : le monarque, qu’il qualifie tout le long de ses vidéos de « Résident général » – en référence aux administrateurs français du Maroc du temps du Protectorat –, ainsi que la police marocaine, et tout particulièrement son patron, Abdellatif Hammouchi, qu’il voit à l’œuvre partout. Très actif sur les réseaux sociaux, Mohamed Hajib ne cesse de développer toutes sortes de théories délirantes à leur sujet dans ses live, et appelle régulièrement les Marocains au soulèvement.

Récemment, en mars 2021, dans une vidéo diffusée sur sa chaîne YouTube depuis la région de Düsseldorf, il a invité ses compatriotes qui voudraient en finir avec la vie à le faire avec « honneur » et de façon « utile ». Comprendre : plutôt que de se donner la mort, commettre des attentats-suicides. Des incitations à la violence qui ont provoqué de vives réactions dans le royaume, y compris dans les milieux salafistes et islamistes. Pourtant, cette « apologie du terrorisme » reste à ce jour impunie en Allemagne, malgré les appels réguliers des autorités marocaines à régler le cas Hajib, qui constitue, selon Rabat, une menace directe pour la sécurité nationale.

Fadwa Islah

Djibouti – Mohamed Kadamy, l’éternel rebelle

S’il n’en reste qu’un, ce sera lui. Opposant ontologique – et radical – aux régimes successifs des présidents Hassan Gouled et Ismaïl Omar Guelleh depuis l’indépendance en 1977, Mohamed Kadamy vit en exil dans la région parisienne, d’où il continue à prôner inlassablement la chute de l’actuel chef de l’État.

Militant, puis dirigeant du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (Frud), mouvement de rébellion armée créé en 1991 et qui recrute la quasi-totalité de ses membres au sein de la communauté Afar, ce proche parent de l’actuel Premier ministre djiboutien Abdoulkader Kamil Mohamed a été l’un des acteurs de la guerre civile qui a ensanglanté ce petit pays jusqu’à la fin des années 1990.

Extradé d’Éthiopie, il est emprisonné, ainsi que son épouse, puis libéré à la faveur des accords de paix de 2000. Déterminé à poursuivre la résistance armée, il s’exile en France, où il obtient en 2006 le statut de réfugié politique.

Désormais chef de la branche radicale du Frud, dont les militants opèrent occasionnellement des incursions armées en zone Afar à partir du territoire érythréen, Mohamed Kadamy est mis en examen début 2019 par le juge Serge Tournaire, à la suite de la délivrance d’une commission rogatoire internationale par la procureure de Djibouti – laquelle demande par ailleurs son extradition. Motif : sa revendication d’une attaque survenue en 2015 dans la région de Tadjourah. Après une campagne de soutien menée en sa faveur par le Parti communiste et La France Insoumise, l’extradition de Kadamy est refusée et sa mise en examen levée fin 2020.

Depuis, le vieux leader a repris ses rencontres avec la diaspora djiboutienne et ses harangues sur les réseaux sociaux. Mais, rendu prudent, il n’appelle plus explicitement à la lutte armée, se contentant de souhaiter la mise en place d’un pouvoir de transition installé par un rapport de force. Objectif de l’ancien détenu Afar de la prison de Gabodé : chasser « les élites Mamassans » (le clan Issa dont est originaire le président Guelleh), lesquelles « sont en train de mener le pays vers le gouffre » après avoir commis « des centaines de massacres » (sic). C’était le 8 juillet dernier, lors d’un entretien avec une web télé djiboutienne d’opposition. Interrogé par JA en avril 2019 à propos de rumeurs de négociations avec Kadamy, Ismaïl Omar Guelleh avait balayé cette hypothèse avant d’ajouter : « ni lui ni nous n’en voulons ». Difficile de mieux résumer la situation.

François Soudan

En Afrique, le défi de la formation professionnelle

Dans un institut de formation à Cap Town, en Afrique du Sud. (Image d'illustration)
Dans un institut de formation à Cap Town, en Afrique du Sud. (Image d'illustration) Getty Images - Klaus Vedfelt

Les diplômés chômeurs sont une triste réalité en Afrique, où bien souvent les formations universitaires ne correspondent pas aux besoins des économies. Mais les choses sont en train de changer avec le développement de la formation professionnelle, devenue une priorité de l'Union africaine. Un secteur où s'illustrent davantage le secteur privé que le secteur public.

Patricia Veringa Gieskes est kinoise. Elle a créé, en 2006, une société d'intérim, The Job factory, mais elle a rapidement dû réorienter son activité principale. « On a presque été dans l'obligation de migrer vers la formation professionnelle pour des raisons de compétence, explique-t-elle. Et nous avons directement vu les résultats. C’est-à-dire que quand on forme les jeunes en adéquation avec ce qu'ils vont devoir mettre en pratique au niveau des entreprises, ils trouvent du travail. »

Au Niger, Abdoulaye Sanda Maïga a identifié le problème il y a vingt ans déjà. Les jeunes diplômés ne sont pas correctement formés aux besoins des entreprises et de l'économie en général. Des bataillons de diplômés ne trouvent pas d'emplois. Il a donc créé l'Institut pratique de santé publique. Et aujourd'hui, il forme chaque année 2 500 jeunes dans des métiers aussi divers qu'agent de santé, infirmier obstétrical, épidémiologiste ou nutritionniste.

« Il est indéniable qu'aujourd'hui, au Niger, le secteur privé pallie le manque de formation qu'ont les jeunes diplômés du Niger, affirme Abdoulaye Sanda Maïga. L'État fait ce qu'il peut, mais il ne peut pas tout faire, c'est impossible. Et nous venons en appui à l'État pour cette formation professionnelle, car aujourd'hui, dans le monde entier, s'il n'y a pas de formation professionnelle, on ne peut pas parler de développement. »

Si l'État ne peut pas tout faire, reconnait Abdoulaye Sanda Maïga, il pourrait au moins aider les entreprises privées de formation professionnelle. « Avant, il y avait une subvention de l'État, ajoute-t-il. Mais ils l'ont arrêté. Il n'y a plus d'aide en tant que tel. Ce qu'ils font parfois, c'est de nous donner des terrains où nous pouvons installer les bâtiments de nos écoles. Mais nous pensons que l'état doit faire mieux que cela et nous appuyer. »

Patricia Veringa Gieskes est confrontée au même manque de soutien de la part des pouvoirs publics. Or, sans aide, son entreprise ne pourra pas perdurer, s'inquiète-t-elle. « Nous avons créé une fondation pour essayer de capter des fonds afin de former les jeunes. Nous sommes une entreprise privée et qui est censée gagner de l'argent, et là, on ne le pouvait plus, car c'est quasiment nous qui financions le tout ».

Abdoulaye Maïga et Patricia Veringa Gieskes savent que la formation professionnelle est la clé pour fournir du travail aux millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché de l'emploi en Afrique. Mais ils se demandent si cette prise de conscience est bien partagée par les dirigeants politiques.

Leïla Ben Ali, Komi Koutché, Chakib Khelil… Ces Africains recherchés pour corruption ou détournement (1/3)

Mis à jour le 31 août 2021 à 12h54
De gauche à droite : Diezani Alison-Madueke, Chabib Khelil, Komi Koutché et Leïla Ben Ali.

Photos : DIETER NAGL/AFP; Mario FOURMY/REA; DR; FETHI BELAID/AFP0

« Wanted » (1/3) – Leïla Ben Ali, la régente tunisienne déchue, Komi Koutché, ex-ministre béninois en exil forcé, Diezani Alison-Madueke, ancienne ministre nigériane du Pétrole… Tous sont accusés d’avoir détourné des milliards.

Afrique du Sud – Les Gupta, une fratrie sur la sellette

Le richissime homme d’affaires Atul Gupta dans les rues de Johannesburg, en septembre 2010.

L’ancien ministre des Finances Essimi Menye, le 10 février 2010. © The EITI/CC/Flickr

 

La cavale d’Ajay, Atul et Rajesh Gupta prendra-t-elle bientôt fin ? Ces trois frères d’origine indienne, âgés respectivement de 55, 53 et 42 ans, étaient à la tête d’un empire industriel tentaculaire pesant 780 millions de dollars (695 millions d’euros) et 8 000 employés, dont le champ d’activité s’étend de l’informatique aux mines, en passant par la logistique et les médias. Originaires de Saharanpur, dans l’Uttar Pradesh, un État du nord de l’Inde, ils s’étaient installés en Afrique du Sud en 1993, un an avant l’abolition de l’apartheid.

Proches de l’ancien président Jacob Zuma, poussé à la démission en 2018, ils sont accusés d’avoir, avec sa complicité, pillé les ressources publiques. La police estime à 2,5 milliards d’euros les fonds détournés par la fratrie ; un siphonage des comptes publics à grande échelle dont le pays peine encore à se remettre. Recherchés par la justice, la fratrie Gupta s’est exilée aux Émirats arabes unis où elle bénéficie de la protection des autorités. Dubaï leur a toujours servi de base arrière, même lorsqu’ils opéraient en Afrique du Sud. Ils y résident aujourd’hui dans une demeure estimée à 25 millions d’euros près de la marina.

En juin, l’Afrique du Sud a finalement annoncé un accord d’extradition avec les Émirats. Et, début juillet, Interpol a émis une notice rouge contre deux des frères Gutpa, Atul et Rajesh. Cet avis de recherche est lié à une affaire concernant un contrat de 25 millions de rands (1,48 million d’euros) payé à une société liée aux Gupta, Nulane Investments, pour réaliser une étude de faisabilité agricole. Le troisième frère, Ajay, n’est pas concerné par cette affaire.

En 2019, le Trésor américain avait gelé leurs actifs sous juridiction américaine et interdit notamment aux banques internationales ayant des activités aux États-Unis de faire des transactions avec eux.

Vincent Duhem

 

Tunisie – Leïla Ben Ali, la régente déchue



Leïla Ben Ali en octobre 2009. © FETHI BELAID / AFP

Ironie du sort, la dernière adresse connue de Leïla Ben Ali (née Trabelsi) sur les documents de la justice tunisienne reste le palais de Carthage. Pourtant, l’épouse de feu Zine el-Abidine Ben Ali a quitté ses dorures en 2011 dans la précipitation et sans passeport. À 64 ans, elle continue de vivre en exil en Arabie saoudite, aux frais du royaume, qui a refusé son extradition, avec son fils Mohamed, toujours mineur. Sa défense dément les rumeurs de remariage avec un prince saoudien.

Celle qui avait relaté son rôle d’ex-première dame d’un régime autoritaire déchu dans Ma Vérité (Ed. du Moment) en 2012 a tout fait pour se défaire de l’image d’instigatrice d’une gouvernance mafieuse. En vain. En avril dernier, elle a écopé d’une nouvelle condamnation à la prison par contumace, venue s’ajouter à une cinquantaine d’autres années d’emprisonnement et de multiples amendes pour corruption et détournements de fonds. Ses biens comme ceux du « clan Ben Ali-Trabelsi » ont été gelés à l’étranger ou saisis par l’État.

Formulant une demande de pardon en demi-teinte dans son livre, elle n’a jamais consenti à une véritable autocritique. Considérant que ses inculpations sont politiques, dixit son avocate Maha Charfeddine, elle confie par son intermédiaire : « Je souffre en silence, j’ai tendu la main à tous les présidents du pays en demandant une conciliation et je continue à le faire pour le bien de mes enfants. » Elle plaide en particulier la cause de sa fille Halima, mineure à l’époque des faits, qui vient de terminer ses études de droit à Dubaï mais qui fait toujours l’objet de poursuites.

Leïla Ben Ali a par ailleurs porté plainte en janvier contre un ex-avocat de son époux défunt, Mounir Ben Salah, pour diffamation, affirmant qu’il ne la représente pas. Ce dernier assure de son côté préparer un livre tiré d’enregistrements de l’ex-président, qui l’y aurait autorisé, et attend le feu vert de ses proches.

Camille Lafrance

 

Algérie – Chakib Khelil, de l’art de passer entre les gouttes



Chabib Khelil, à Jakarta, en 2008. © BAY ISMOYO / AFP

Sans ce coup de téléphone salvateur, Chakib Khelil, ancien ministre algérien de l’Énergie entre 1999 et 2010, serait aujourd’hui derrière les barreaux, à l’instar des deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ou de plusieurs ex-collègues qui purgent de lourdes peines de prison.

Nous sommes en avril 2019. Abdelaziz Bouteflika vient de renoncer au pouvoir qu’il monopolisait depuis vingt ans. Dans la foulée de la chute du vieux président, Ahmed Gaïd Salah, alors patron de l’armée, déclenche une vaste opération anti-corruption visant des membres du clan présidentiel, dont Chakib Khelil. Calfeutré dans son duplex de luxe à Alger, ce dernier est informé par l’un de ses amis de l’imminence de son arrestation. Khelil saute aussitôt dans un avion pour les États-Unis, où sa femme et leurs deux enfants se cachent aussi pour fuir la justice algérienne.

Depuis, l’ancien ami et protégé de Bouteflika fait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour notamment corruption, abus de fonction, blanchiment et association de malfaiteurs. Chakib Khelil est un double symbole. Celui de la corruption, qui a gangrené Sonatrach, la compagnie pétrolière qui « nourrit » le pays, et celui de l’impunité.

En 2013, alors réfugié aux États-Unis, il était déjà inculpé par un juge algérien avec lancement d’un mandat d’arrêt contre lui. Trois ans plus tard, il effectue un retour tonitruant en Algérie, où il est blanchi de toutes les accusations sur un simple coup de fil du ministre de la Justice, Tayeb Louh, qui croupit aujourd’hui en prison. N’étant pas citoyen américain, Chakik Khelil n’est guère à l’abri d’une éventuelle extradition. L’ancien patron de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, croyait lui aussi être à l’abri des juges. Il a été extradé des Émirats début août pour être placé sous mandat de dépôt à la prison d’El Harrach. Ould Kaddour et Khelil ont ceci de commun qu’ils sont poursuivis dans le cadre de la même affaire liée à la gestion du groupe pétrolier.

Farid Alilat

 

Bénin – Komi Koutché, touché mais pas coulé



L‘ancien ministre des Finances du Bénin, omi Koutché. © ERICK AHOUNOU

Chemise bariolée et lunettes de soleil sur le nez, Komi Koutché, 44 ans, apparaît à l’écran. Sur cette vidéo tournée à Washington, où il vit depuis avril 2019, l’opposant prend des accents vibrants pour exhorter les Béninois à « former l’union sacrée » face à Patrice Talon. Nous sommes le 5 avril 2020 et le « président-patron » s’apprête à briguer un second mandat. Mais l’appel de Komi Koutché restera lettre morte, Talon ayant été réélu sans surprise. Depuis, Koutché et les « radicaux » de l’opposition en exil ont cessé de concentrer l’attention, qui s’est reportée sur Reckya Madougou et Joël Aïvo, candidats à la dernière présidentielle aujourd’hui derrière les barreaux.

Tous deux sont poursuivis par la Cour de répression de l’enrichissement illicite et du terrorisme (Criet) pour « terrorisme » ou « tentative de déstabilisation », tandis que Komi Koutché est quant à lui « tombé » pour des crimes économiques : le 4 avril 2019, il est condamné par contumace à vingt ans de prison pour « détournement de fonds publics » et « abus de fonction » dans l’affaire du Fonds national des micro-crédits, qu’il a dirigé de 2008 à 2013. L’intéressé continue de clamer son innocence et a fait appel de sa condamnation depuis son lieu d’exil américain.

Arrêté en décembre 2018 en Espagne à la suite d’un mandat d’arrêt émis par le Bénin, il avait fini par obtenir en avril 2019 d’un juge madrilène le rejet de la mesure d’extradition. Dans la foulée, Interpol avait décidé de supprimer le mandat d’arrêt. Koutché n’en était pas pour autant tiré d’affaire. « Une fois la condamnation prononcée en avril 2019, un nouveau mandat a été émis et celui-ci est toujours en cours actuellement », précise le procureur de la Criet.

Koutché, discret ces derniers mois, n’en déclare pas moins vouloir continuer à peser sur la scène politique béninoise. « Des choses se préparent », promet-il. Titulaire d’un DESS en finances, il explique que son cabinet de conseil fonctionne à plein, notamment grâce à un « partenariat avec un grand groupe » dont il refuse de livrer le nom. Tout juste consent-il à assurer qu’il parcourt le monde, d’Haïti au Qatar en passant par l’Europe : « Nulle part je n’ai eu le moindre souci avec un mandat d’arrêt. » Une destination lui reste cependant interdite, Cotonou. Pas sûr que cela change avant longtemps.

Matthieu Millecamps

 

Nigeria – Diezani Alison-Madueke, dame de pique



Diezani Alison-Madueke à Houston, aux Etats-Unis, en 2014. © F. Carter Smith/Bloomberg via Getty Images

 

La « saga » internationale Diezani Alison-Madueke entre dans sa sixième année. L’ex-ministre des Ressources pétrolières (2010-2015), 60 ans, est poursuivie au Nigeria, aux États-Unis et au Royaume-Uni pour avoir « dérobé pas moins de 2,5 milliards de dollars » de fonds publics, selon Ibrahim Magu, ex-patron de la Commission des crimes financiers et économiques (EFCC). Un montant qui pourrait atteindre 6 milliards de dollars, selon des sources américaines, détournés via de nombreux contrats pétroliers douteux, dont celui attribué à une obscure société nigériane, Atlantic Energy, évalué à 1,5 milliard de dollars, concédé en contrepartie de divers biens immobiliers et autres pots-de-vin.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Muhammadu Buhari, Alison-Madueke réside à Londres. Arrêtée brièvement par la police britannique en octobre 2015, elle a été libérée sous caution, mais un mandat d’arrêt a été émis fin 2018 par le Nigeria. « Elle dispose d’un passeport diplomatique dominicain. Par conséquent, de longues négociations seraient nécessaires pour qu’elle se présente à son procès. Faut-il poursuivre une procédure judiciaire internationale – aux coûts importants – ou évaluer les montants recouvrables et négocier un plaidoyer ? » se demande pour JA Dr. Uche Igwe, chercheur à la prestigieuse LSE de Londres. Au demeurant, « la jurisprudence nigériane ne permet pas de poursuite par contumace », complète Me Emmanuel Ogbuefi, avocat au cabinet Ogbuefi & Associates.

En attendant, les tentatives de recouvrement et d’extradition se multiplient au Nigeria comme au Royaume-Uni et aux États-Unis. Elles ont déjà permis de mettre la main sur 144 millions de dollars en biens immobiliers à New York en 2017 et – au Nigeria – sur 40 millions de dollars en bijoux, 153 millions de dollars saisis sur des comptes bancaires et pas moins de 80 résidences à travers le pays. L’EFCC est à la recherche d’au moins 480 millions de dollars d’actifs supplémentaires.

Loza Seleshie

 

Cameroun – Essimi Menye, l’infortuné grand argentier

L’ancien ministre des finances Essimi Menye, le 10 février 2010.

L’ancien ministre des Finances Essimi Menye, le 10 février 2010. © The EITI/CC/Flickr

 

Il n’a plus remis les pieds au Cameroun depuis 2015. Et pour cause : Essimi Menye est sous le coup de quatre condamnations à perpétuité pour détournement de fonds, prononcées en 2020. Visé par une procédure judiciaire du Tribunal criminel spécial (TCS) depuis 2013, limogé du gouvernement en octobre 2015, il avait choisi de prendre la fuite dans la foulée, dans une « exfiltration » très commentée à l’époque : il avait profité des suites d’un AVC – pour lequel il sera d’abord hospitalisé à Yaoundé – pour obtenir en décembre 2015 une autorisation pour sortir du territoire, recevoir des soins à l’étranger, en l’occurrence aux États-Unis… et ne jamais revenir à portée de mandats du TCS.

Poursuivi dans plusieurs affaires liées à des indélicatesses avec la fortune publique, il a finalement été condamné par contumace en mars 2020 pour avoir versé 2,5 milliards de F CFA à un expert-comptable pour masquer un scandale de 46 milliards de F CFA observé lors de l’audit des activités de la Société générale de surveillance (SGS). Le TCS l’a également reconnu coupable de la distraction d’une somme de 9,1 milliards de F CFA, ainsi que de prise illicite d’intérêts dans la vente d’un terrain d’une superficie de 200 hectares à 27,5 millions de F CFA, au lieu des 200 millions de F CFA estimée comme valeur réelle lors de la liquidation de la Société camerounaise de tabac (SCT).

Aux États-Unis, où il est installé depuis son départ en exil, l’ancien ministre délégué au Budget (2006), des Finances (2007-2011) et de l’Agriculture (2011-2015) a élu domicile dans l’État de Virginie, où il réside avec sa famille. À 71 ans, l’ex-consultant de la Banque mondiale assure qu’il ne retournera plus jamais dans son pays natal, où la justice a émis en vain plusieurs mandats d’arrêt contre lui depuis 2017, Washington refusant de l’extrader. Malgré plusieurs tentatives, il n’a pas réussi à réintégrer le FMI, où il avait assuré les fonctions de conseiller de l’administrateur Cameroun jusqu’à sa nomination comme ministre en 2006.

Franck Foute