Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Algérie : une chaîne fermée pour « atteinte aux mœurs publiques »

La chaîne de télévision privée El Adjwaa TV a été définitivement fermée ce lundi 14 novembre pour avoir diffusé un film dans lequel un couple s’embrassait. Ces mesures d’interdiction se multiplient et certains professionnels y voient le signe d’un durcissement général de la société.

Mis à jour le 16 novembre 2022 à 18:15
 
 tele

 

Sur la cinquantaine de chaînes privées qui avaient été créées en Algérie après l’ouverture du champ audiovisuel en 2012, six seulement avaient reçu une licence et un agrément provisoire. Image d’illustration. © Getty Images

 

 

La chaîne de télévision privée algérienne El Adjwaa TV a été définitivement fermée ce lundi 14 novembre par l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (Arav). Cette décision intervient après que la chaîne a diffusé, la veille, un film comportant des « scènes offensantes et contraires aux valeurs de notre société et à notre religion », selon les termes du communiqué de l’Arav. Ces « violations » sont « liées principalement au non-respect des spécificités de la société algérienne, ainsi qu’aux atteintes aux mœurs publiques, à travers la diffusion de contenus à caractère immoral et de scènes contraires aux valeurs sociétales », a ajouté le gendarme de l’audiovisuel.

Dans un autre communiqué diffusé sur sa page Facebook, la chaîne incriminée reconnaît « une grave erreur », prend acte de sa fermeture définitive tout en présentant ses excuses à « [ses] téléspectateurs et à l’ensemble du peuple algérien ». La scène à l’origine de l’arrêt définitif de la chaîne se passe dans un décor de chambre à coucher. Un homme habillé en short embrasse une femme dont il vient de dégrafer le soutien-gorge, laissant apparaître en partie un sein.

À LIREMaroc, Algérie, Tunisie : la télévision en pleine révolution

Chaîne de télévision généraliste lancée le 5 octobre 2013 et basée à Londres, El Adjwaa TV est la propriété de Bouchakor Zoubiri, également propriétaire du journal El Adjwaa, qu’il avait créé en 2006 à Oran. Cet homme d’affaires était réputé proche de Miloud Chorfi, ancien journaliste et ancien député et cadre du RND (Rassemblement national démocratique). Décédé en févier 2017, Miloud Chorfi était également sénateur du tiers présidentiel et surtout ex-président de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel.

La même scène il y a 50 ans

Pour le réalisateur Bachir Derrais, dont le biopic à 6 millions d’euros sur Larbi Ben Mhidi, héros de la Révolution algérienne, est bloqué depuis des années par les autorités, le pouvoir obéit simplement aux « diktats de la société ». « Les décideurs ont cédé à la pression des masses populaires », écrit le cinéaste sur sa page Facebook. « Cette chaîne a diffusé un vieux film d’action avec une vieille copie DVD à peine visible et dans l’une des scènes de ce film, on voit un couple s’embrasser.

En quelques heures à peine, cette histoire a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux » au motif que « la chaîne a diffusé un film pornographique », poursuit Bachir Derrais, qui conclut son commentaire en rappelant qu’il y a 50 ans, un réalisateur algérien, Moussa Haddad en l’occurrence, filmait presque la même scène dans le film Les Vacances de l’inspecteur Tahar.

À LIREAlgérie : une censure qui ne dit pas son nom

Ce n’est pas la première fois que les autorités algériennes décident de fermer une chaîne de télévision. Au mois d’août 2021, deux autres chaînes satellitaires basées à l’étranger avaient été définitivement fermées. Lancée en octobre 2020, Lina TV, chaîne généraliste de droit privé, avait été fermée au motif qu’elle n’avait « jamais bénéficié de l’agrément préalable pour l’exercice de son activité audiovisuelle en Algérie » et travaillait donc « en dehors des cadres juridiques en vigueur », selon le ministère de la Communication.

De nombreux précédents

Al Djazairia One, quant à elle, a été fermée le 23 août 2021 pour des « violations professionnelles » principalement « liées au non-respect des exigences de sécurité publique », comme indiqué dans son rapport par le gendarme de l’audiovisuel algérien, qui soulignait au passage des « violations » en terme d’obtention d’actions dans le marché de l’audiovisuel. Un mandat d’arrêt contre « les frères fondateurs, propriétaires et dirigeants de la chaîne », avait même été lancé pour « blanchiment d’argent » et pour des faits liés aux « mouvements de capitaux depuis et vers l’Algérie ».

À LIREAlgérie : « Les manifestations populaires ont levé le voile sur la censure dans les médias »

À la même époque, El Bilad TV s’était vue retirer son accréditation provisoire en raison de « violations répétées des dispositions édictées dans la loi relative à l’activité audiovisuelle », notamment ses articles 48 et 103. Pour sa part, El Hayat TV a écopé d’une semaine de suspension après la diffusion d’une émission politique dans laquelle l’ancien député Noureddine Aït Hamouda avait mis en doute « le patriotisme » de l’émir Abdelkader, « figure nationale » dont l’effigie orne les billets de banque depuis des lustres.

Créée en septembre 2015 et installée en juin 2016, l’Autorité de régulation de l’audiovisuel est une instance algérienne indépendante chargée de l’organisation du domaine de l’audiovisuel en Algérie. Composée de neuf membres, l’Arav se donne pour mission de « veiller au libre exercice de l’activité audiovisuelle, à l’impartialité, à la transparence et au respect des valeurs et des principes de la société algérienne ». Elle est actuellement dirigée par Mohamed Louber, ancien journaliste de la Radiodiffusion-télévision algérienne (RTA) et ancien directeur d’El Moudjahid. Mohamed Louber est également enseignant à la faculté de droit d’Alger et conseiller en droit de l’audiovisuel.

À LIREAlgérie : RSF dénonce la suspension « abusive » d’une émission politique de la Chaîne 3

Actuellement, l’Algérie dispose de neuf chaînes de télévision publiques, toutes filiales de l’Établissement public de télévision (EPTV), anciennement Enterprise nationale de télévision (ENTV). Après l’ouverture du champ audiovisuel, en 2012, une cinquantaine de chaînes privées avaient été créées, mais six seulement avaient reçu une licence et un agrément provisoire pour l’ouverture de représentations en Algérie. Les principales chaînes privées sont aujourd’hui Ennahar TV, Echorouk TV et El Bilad TV, toutes filiales des journaux Ennahar, Echorouk et El Bilad, réputés proches du pouvoir.

« Off-shore » et sans statut juridique

Installées en Algérie, ces chaînes émettent à partir de l’étranger grâce à des bandes passantes mais, dépourvues de statut juridique, ces entreprises, qui opèrent en Algérie, ne sont pas pour autant de droit algérien. C’est à ce titre, par ailleurs, que le ministre de la Communication, Mohamed Bouslimani, a annoncé le 17 août dernier l’acquisition d’un transpondeur, qui permet désormais la domiciliation de la majorité des chaînes de télévision privées via l’entreprise Télédiffusion d’Algérie (TDA). Il précise toutefois que l’opération ne sera parachevée qu’en février prochain, en finalisant les « procédures de domiciliation de ces chaînes qui seront définitivement de droit algérien ».

À LIREComment les gouvernements coupent internet… Et comment contourner la censure

En attendant les deux projets de loi sur l’information et l’audiovisuel qui tardent à voir le jour, Ammar Bendjedda, assistant au DG de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (Arav), expliquait au mois d’août dernier au très officiel El Moudjahid que la nouvelle loi sur l’audiovisuel avait un double objectif : « en finir avec l’anarchie qui n’a que trop duré dans ce secteur » et « algérianiser ces chaînes off-shore », qui doivent absolument se conformer à la législation algérienne.

Ghana: le secrétaire d'État aux Finances limogé après des accusations de corruption

 

Malaise au sein du gouvernement du Ghana après la diffusion lundi 14 novembre d'un documentaire à charge visant l'ancien secrétaire d'État aux Finances. Dans le film réalisé par le journaliste d'investigation Anas Aremeyaw Anas, Charles Adu Boahen se vante de sa proximité avec le vice-président et offre un accès aux mines d'or du pays aux supposés investisseurs, en échange d'une commission. Des allégations qui lui ont coûté son poste.

Dans le documentaire, filmé à son insu, Charles Adu Boahen promet d’user de son influence pour obtenir une rencontre avec le vice-président à des journalistes ghanéens qui se font passer pour des investisseurs. Cette mise en relation a un coût : 200 000 dollars, voire plus, pour compenser également les cinq ou six frères et sœurs du vice-président.

L'intéressé a nié fermement : « Mon atout le plus précieux dans la vie est mon intégrité et je ne permettrai à personne d'utiliser mon nom pour se livrer à de la corruption », a insisté le vice-président.

20% de l'investissement...

Dans un autre passage du film « Galamsey Economy », Charles Boahen propose aux supposés investisseurs d'investir 500 millions de dollars au Ghana et ajoute qu'il prendra 20% de l'investissement.

Pour l'heure, Charles Adu Boahen n'a fait aucun commentaire.

Réalisé par le célébré journaliste d'investigation Anas Aremeyaw Anas, le film dénonce les pratiques des « Galamsey », des mineurs d'or illégaux qui revendent leurs butins à des intermédiaires, qui se tournent ensuite vers l'exportation.

Cette affaire intervient à l'heure où le président est sous le feu des critiques pour sa gestion de la crise économique, lui qui cherche notamment à solliciter un prêt très controversé avec le FMI.

Le Ghana s'était engagé en 2017 à ne plus faire appel au FMI, mais acculé par la dette, il revient sur ses promesses.23..

Tchad: premier procès de manifestants arrêtés lors des événements du 20 octobre

 

Près de 1 400 personnes ont été arrêtées le 20 octobre et les jours suivants, selon le comité de l'ONU contre la torture. Ndjamena le 20 octobre 2022. AP

 

Ce mardi 15 novembre s’est ouvert en fin de matinée le premier procès de manifestants arrêtés le 20 octobre dernier à Mongo, dans la province du Guera, dans le centre-sud du pays. Ce jour-là, des marches contre les autorités ont donné lieu à un bain de sang, faisant officiellement 50 morts et 300 blessés dans le pays. Bien davantage selon l'opposition et d'autres organisations 

Douze personnes devaient être jugées, mais ils ne sont finalement que 11 inscrits au rôle du tribunal d'instance de Mongo devant lequel ils comparaissent. Ils sont jugés pour « attroupement non armé et rébellion » pour ce premier procès lié aux manifestations du 20 octobre dernier.

Les accusés faisaient partie de groupes de plusieurs dizaines de jeunes sortis dans les rues le 20 octobre au matin. Comme dans d'autres villes du Tchad, ils avaient été dispersés par la police, à coup de gaz lacrymogènes

Il y avait eu des blessés et des arrestations, mais aucun mort n'avait été à déplorer dans le chef-lieu provincial du Guera 

Pas de date de procès à Ndjamena

Au total, dans le pays, près de 1 400 personnes ont été arrêtées ce jour-là et les suivants, selon le comité de l'ONU contre la torture.

Le gouvernement a fini par reconnaitre, vendredi 11 novembre, par la voix du ministre de la Justice, que 621 personnes avaient été auditionnées à la prison de haute sécurité de Koro Toro, dans le nord du pays, dont 82 mineurs.

Mahamat Ahmat Alhabo a expliqué à la presse que 401 de ces détenus arrêtés, selon lui en situation de flagrant délit, avaient vu leurs dossiers transmis au parquet de Ndjamena, et que 137 visés par des charges plus lourdes étaient encore en cours d'instruction. À Ndjamena, aucune date n'a encore été fixée pour un procès

Cette procédure judiciaire inquiète en tout cas l'ordre des avocats du Tchad. Elle ne respecte pas les règles, déclarait lundi le bâtonnier, Me Djerandi Laguerre Dionro.

Par une mission effectuée dans la prison de Koro Toro dans le désert, il a été procédé à des enquêtes préliminaires, à des déferrements, à des placements sous mandat de dépôt alors qu’on est hors des délais de garde à vue, tout cela s’est passé sans assistance d’avocat, mettant ainsi en cause le respect du droit de la défense. La maison d’arrêt de Koro-Toro, dite de haute sécurité, est destinée aux personnes condamnées. Mieux, elle ne relève pas du ressort du tribunal de grande instance de Ndjamena

MAITRE DJERANDI LAGUERRE DIONRO

Burkina : la colère très calculée du capitaine Traoré

Le président de la transition n’a pas hésité à tancer la classe politique, accusée d’être responsable de la dégradation sécuritaire. Des échanges publiés sur les réseaux sociaux qui font le buzz.

Par  - à Ouagadougou
Mis à jour le 14 novembre 2022 à 18:41 

 

 traore

 

Le capitaine Ibrahim Traoré assiste à la cérémonie du 35e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara à Ouagadougou, le 15 octobre 2022. © OLYMPIA DE MAISMONT / AFP

 

 

La vidéo diffusée sur les réseaux sociaux dure moins de 10 minutes. L’air grave, le capitaine Ibrahim Traoré s’adresse aux hommes politiques et aux leaders des organisations de la société civile qu’il a rencontrés les 10 et 11 novembre derniers. Il y a là des visages bien connus des Burkinabè qui ont, pendant des années, participé à la gestion du pouvoir d’État.

L’air penaud

Clément Sawadogo du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP de l’ancien président Roch Marc Christian Kaboré), Zéphirin Diabré, vieux routier de la politique burkinabè à la tête de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), l’ancien Premier ministre Luc Adolphe TiaoTahirou Barry du Mouvement pour le changement et la renaissance (MCR) qui brigua un temps la magistrature suprême, ou encore Ablassé Ouédraogo, ex-ministre des Affaires étrangères, candidat à la présidentielle en 2015 et fondateur du parti Le Faso autrement… Les uns ont les bras croisés, les autres  calepin et stylo en main – écoutent l’air penaud.

À LIREBurkina Faso : la mission (presque) impossible du capitaine Traoré

« D’où viennent les terroristes ? Pourquoi le terrorisme ? commence Ibrahim Traoré. C’est nous qui avons créé cette situation ! On a tout fait pour abandonner certains peuples, on ne pense qu’à nous. On n’a aucune pitié pour les autres. » De l’absence de bitume sur « la seule route Kongoussi-Djibo » aux « ponts [qui] datent des années 1950 », en passant par le manque d’infrastructures pour traverser le fleuve Sirba, dans l’Est, tout y passe.

Le nouvel homme fort du Burkina s’agace et tape du point sur la table – littéralement. « Nous sommes responsables du malheur qui nous arrive. Si on ne change pas de manière d’être, ce n’est pas sûr que nous serons encore là, dans les salles climatisées… Tout le monde roule dans sa voiture, tout le monde vit bien, c’est la démocratie, c’est le droit, c’est tout ce que nous connaissons à Ouagadougou…Il y a des gens qui mangent l’herbe. Tant qu’on ne va pas soigner quelques maux de ce pays, il y aura toujours la révolte. »

Populisme ?

Les mots choisis et le ton utilisé ne doivent rien de hasard. Arrivé au pouvoir le 2 octobre dernier, Ibrahim Traoré veut marquer les esprits. C’est le « parler vrai » qui doit lui permettre de soigner sa popularité et de rallier l’ensemble des Burkinabè à la lutte contre le terrorisme. Dès le début de la rencontre, il a d’ailleurs prévenu ses interlocuteurs : « Je tenais à ce qu’on parle de façon franche. C’est peut-être parce qu’il n’y a pas eu de langage de vérité, que les gens ne comprennent pas ce qui se passe. »

Le président de la transition verse-t-il dans le populisme ? Dans son viseur se trouve en tout cas « la bourgeoisie » ouagalaise et bobolaise, accusée de vivre dans l’insouciance tandis que le pays menace de sombrer. « Cette guerre n’est pas uniquement une guerre des peuples hors de nos grandes villes », martèle le jeune capitaine.

À LIREBurkina Faso : cinq questions pour comprendre le recrutement massif de VDP 

Il n’est pas non plus exclu qu’il tente de donner un nouvel élan à la vaste campagne de recrutement des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), lancée fin octobre. Les autorités espèrent convaincre 50 000 civils de les rejoindre pour lutter contre les jihadistes, mais l’engouement est pour l’instant très modéré en dépit de la gravité de la crise sécuritaire que connaît le pays.

Stratégie improductive

Le discours a pour l’instant été bien accueilli. L’ex-député Saidou Maiga, membre du Parti panafricain pour le salut (PPS), a loué un « langage de vérité ». Abdoul Karim Sango, président du Paren, a lui salué un discours « innovant ». « Rares sont les hommes politiques à ce niveau de fonction qui accepteraient de s’indigner de cette façon, dit-il. Il met tous les acteurs politiques face à leur duplicité et responsabilité. » Réaction plus nuancée du côté de Newton Ahmed Barry, journaliste et ancien président de la commission électorale : « Président Traoré, dire la vérité aux politiques, c’est bien. Mais vous ne serez pas jugé [sur] votre degré de sincérité, mais [sur les] succès que vous allez engranger sur le terrain de la lutte contre le terrorisme », a-t-il réagi dans une tribune. Sous couvert de l’anonymat, certains observateurs de la vie politique locale vont jusqu’à qualifier d’improductive la stratégie de communication adoptée par le président.

À LIREAu Burkina Faso, Ibrahim Traoré imprime sa marque

Arrivé au pouvoir après avoir renversé le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, le capitaine Traoré dirige une transition dont la durée a été fixée à 21 mois. Sa mission principale est la reconquête du territoire, dont le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou JNIM) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) contrôlent des pans entiers. Près de 40 % du territoire échappe au contrôle de l’État.

Cacao : l’ultimatum de l’alliance Côte d’Ivoire-Ghana à l’industrie du chocolat

Les deux premiers producteurs mondiaux de cacao accroissent la pression sur les acheteurs de fèves pour obtenir une meilleure rémunération des planteurs.

Mis à jour le 9 novembre 2022 à 12:50

 cacao

 

 

Dans la plantation de M’Brimbo, village près de Tiassalé, à quelque 120 km au nord-ouest d’Abidjan, en avril 2021. © Photo by Issouf SANOGO / AFP

 

Hausser le ton pour obtenir satisfaction. Tel est le pari que fait le tandem Côte d’Ivoire-Ghana, assurant plus de 60 % de l’approvisionnement mondial d’or brun, pour parvenir à une meilleure rémunération de ses cacaoculteurs.

À LIRECôte d’Ivoire-Ghana : cinq questions pour comprendre la bataille autour du cacao

Le bras de fer, engagé en 2018 avec la création d’une alliance entre les deux pays, se durcit ces dernières semaines. Après avoir boycotté une réunion de la filière fin octobre à Bruxelles, « l’Opep du cacao » vient de poser un ultimatum au secteur.

Interdire l’accès aux plantations

« Passé la date du 20 novembre 2022, le Conseil café-cacao et le Cocobod feront des recommandations à leurs gouvernements respectifs pour prendre des mesures allant jusqu’à la suspension de tous les programmes de durabilité et à l’interdiction d’accès aux plantations pour effectuer des prévisions des récoltes », a ainsi indiqué le Conseil café-cacao (CCC), le régulateur du secteur ivoirien, dans un communiqué diffusé le 8 novembre.

À LIRECôte d’Ivoire – Kobenan Adjoumani : « Bien payer notre cacao est la solution à l’ensemble des défis du secteur »

La déclaration, intervenue après deux réunions le 31 octobre et le 3 novembre à Abidjan entre le CCC et des représentants du reste de la chaîne du cacao, à savoir le chocolatier Mondelez et les exportateurs Cargill, Olam, Ecom Trading, Cemoi, Touton, Barry Callebaut, ETG et Sucden, a pour objectif de contraindre ces derniers à payer un bonus de 400 dollars la tonne sur les achats de fèves.

Instauré en 2019 et appelé « différentiel de revenu décent », ce bonus doit s’ajouter au cours du cacao, fixé sur les marchés à terme, ainsi qu’à une prime qualité liée à l’origine des fèves et à celle liée à la certification des fèves.

À LIRECôte d’Ivoire : la norme « cacao durable » sème la pagaille

Accepté sur le principe par l’industrie, le mécanisme n’est pas appliqué dans les faits, ce qui suscite le mécontentent de l’alliance ivoiro-ghanéenne. Cette dernière, soulignant que l’industrie du cacao et du chocolat est « responsable de cette regrettable situation », l’a invitée « à prendre les dispositions pour la reprise effective des achats conformément aux engagements pris ».

Groupes de travail

Si le reste de l’industrie n’a pas réagi à cette déclaration, nombre de ses représentants déplorent la hausse des tensions et appellent à une résolution de la situation par la négociation. D’autres pointent la difficulté de la position d’Abidjan et Accra dans un secteur dirigé par les lois du marché et le principe de l’offre et de la demande.

À LIRECôte d’Ivoire – Cacao : déforestation, travail des enfants… Dans la Nawa, les défis de la modernisation

« Nos membres continueront à concentrer leurs investissements par le biais des programmes de durabilité de leurs entreprises, qui cherchent à augmenter directement les revenus des agriculteurs en récompensant les pratiques agricoles durables », avait assuré, fin octobre en clôture de la réunion de Bruxelles, Chris Vincent, le président de la Fondation mondiale du cacao qui représente près de 80 % des acteurs du secteur.

Grève à San Pedro

Regrettant l’absence des parties ivoirienne et ghanéenne, M. Vincent avait indiqué « que la Fondation persisterait dans ses efforts pour travailler avec les deux pays producteurs », via notamment la participation à des groupes de travail pour « développer un pacte économique pour un cacao durable ».

À LIRECôte d’Ivoire : la nouvelle campagne cacao n’est pas « dans le sac »

Ce regain de tensions intervient en pleine campagne de commercialisation de la récolte de cacao et alors qu’un mouvement de grève lancé au port névralgique de San Pedro perturbe les opérations de chargement ces derniers jours, les dockers réclamant aux exportateurs une hausse de leur rémunération.