Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

[Vos réactions] Inflation : la vie toujours plus chère

 

+15% au Burkina Faso, +30% au Ghana… Selon les derniers chiffres, l’inflation s’envole dans de nombreux pays du continent, en raison principalement de la guerre en Ukraine. Comment se traduit la hausse des prix dans votre quotidien ? Comment faites-vous pour vous adapter ? Quelles mesures attendez-vous de vos gouvernements ?

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Burkina: toute personne qui se trouverait dans une «zone d’intérêt militaire» considérée comme «hostile»

 

Les opérations antijihadistes dans les « zones d’intérêt militaire », ces parcs forestiers protégés situés dans les régions du Sahel et de l’Est du Burkina Faso, vont bientôt débuter. Des populations s’y étaient installées de manière illégale, occasion saisie par les groupes armés terroristes pour s’y réfugier, selon les responsables des forces armées burkinabè. Ces opérations auront pour but d’assainir ces sites à partir desquels les groupes armés mènent les attaques sur le territoire national.

Avec notre correspondant à Ouagadougou, Yaya Boudani

Le commandant des opérations dans le cadre de la lutte antijihadiste prévient que toute personne qui se trouverait désormais dans ces zones d’intérêt militaire sera considéré comme un ennemi. Les populations qui occupaient encore les aires forestières protégées des régions du Sahel et de l’Est avaient deux semaines pour partir. L’ultimatum est désormais expiré. Ceux qui y résidaient ont été reçus dans des camps et pris en charge, explique le ministre de l’Action humanitaire.

Selon le commandant des opérations du théâtre national, des messages en langues locales ont été diffusés dans les zones concernées pour expliquer aux populations les implications de ces mesures ainsi que les différentes conduites à tenir.

« Toute personne qui se trouverait dans l’une des zones d’intérêt militaire sera considérée comme hostile »

En outre, depuis plusieurs semaines, les gouverneurs des régions concernées ont interdit la circulation des motos de grosses cylindrées et des tricycles. Dans ces notes d’interdiction, les gouverneurs préviennent que « tout contrevenant à ces mesures s’expose aux risques liés aux opérations militaires ».

►À lire aussi: Burkina: création de «zones d'intérêt militaire» où «toute présence humaine est interdite»

Victimes collatérales, ces personnes seront également  poursuivies devant les tribunaux et sanctionnées conformément aux textes en vigueur selon la note. « Désormais toute personne qui se trouverait dans l’une des zones d’intérêt militaire sera considérée comme hostile », a tranché le lieutenant-colonel Yves Didier Bamouni.

 

Cedeao : Umaro Sissoco Embaló veut une force anti-putschistes

Le nouveau président en exercice de la Cedeao vient d’annoncer la création d’une force anti-putsch, sans toutefois en dévoiler les modalités concrètes. 

Mis à jour le 30 juillet 2022 à 10:35
 
Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

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© Damien Glez

Le changement récent à la tête de la présidence en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) semble augurer tout autant une main de velours qu’un gant de fer. Si le remplacement, début juillet, du Ghanéen Nana Akufo Addo par le Bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló semblait rimer avec levée des sanctions économiques contre le Mali et avec un consensus sur la durée de la transition burkinabè, la visite du président français a inspiré un ton plus martial au chef de l’État de Guinée-Bissau…

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Le jeudi 28 juillet, lors d’une conférence de presse conjointe avec Emmanuel Macron, Embaló n’a pas mâché les mots de son français plutôt fluide : « tout le monde » doit « comprendre que nous sommes au XXIe siècle et qu’il est inadmissible et inacceptable de faire des coups d’État ». Et d’ajouter que l’on « ne peut penser que pour arriver au sommet de l’État, c’est un fast track [une voie rapide] »  et que seul « le peuple a le droit de sanctionner les dirigeants, mais pas avec des coups d’État militaires.

Vous avez dit « putsch » ?

Pour joindre une esquisse d’acte à la parole, Embaló a annoncé la création « d’une force anti-putsch ». En ligne de mire de ce militaire – général de brigade : la fâcheuse habitude d’autres militaires de s’emparer du pouvoir, qu’ils soient colonels malien ou guinéen ou lieutenant-colonel burkinabè…

Vous avez dit « putsch » ? La Guinée-Bissau sait de quoi elle parle. Depuis son indépendance du Portugal en 1974, elle a connu une kyrielle de coups d’État militaires, dont le dernier réussi remonte à 2012. Des coups de force parfois sanglants, comme celui qui coûta la vie, en 2009, au compagnon de route d’Amílcar Cabral, Bernardo Vieira. Umaro Sissoco Embaló, en particulier, sait de quoi il parle : en février dernier, il était fait cas d’une tentative manquée de putsch qui obligea le chef de l’État à rester plusieurs heures enfermé dans un palais du gouvernement visé par des tirs nourris à l’arme lourde. C’est la Cedeao que le reclus avait alors appelé à la rescousse, obtenant la création d’une force de stabilisation.

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De surcroît, même président d’un pays lusophone, Umaro Sissoco Embaló n’en connaît pas moins la situation de l’Afrique de l’Ouest francophone. Il est né d’une mère d’origine malienne et de père burkinabè.

Il reste la question qu’éludent souvent les politiciens : « concrètement ? ». Concrètement, jusqu’à quel niveau d’ingérence militaire la force anti-putsch « sur la table » sera-t-elle prête à aller ? L’Ecomog, force armée de la Cedeao, avait essuyé bien des critiques, dans les années 1990…

Entretien : « En finir avec la sous-représentation de l’Afrique au patrimoine mondial »

Recueilli par Laurent Larcher

 

unesco

 


Lazare Eloundou Assomo Directeur du Centre du patrimoine mondial de l’Unesco L’institution onusienne veut rééquilibrer la place du patrimoine africain dans la liste du patrimoine mondial.

La Croix : Quelles menaces pèsent sur les sites africains ?

Lazare Eloundou Assomo : Elles sont de plusieurs natures. Les guerres, d’abord. Ces sites peuvent être ciblés en tant que tels, comme l’ont fait les djihadistes avec les mausolées de Tombouctou. Ils peuvent être des dégâts collatéraux d’une bataille, comme entre le Burkina Faso, le Bénin et le Niger dans le parc naturel du W. Ils peuvent être pillés pour le trafic international, comme les masques et les sculptures au cœur d’un commerce illicite d’objets culturels. Les sites naturels sont mis en danger par les braconniers, par ceux qui exploitent illégalement les sous-sols, comme dans le parc des Virunga dans l’est de la RD-Congo.

Les sites naturels sont aussi menacés par le changement climatique. La raréfaction de l’eau pousse des communautés entières dans la pauvreté, elle les conduit à vendre des objets sacrés, à quitter leur terre. Les parcs naturels sont également affectés. Cela peut accroître les tensions entre les sites naturels et les populations limitrophes, d’autant que des groupes armés trouvent dans ces parcs de quoi se cacher, se nourrir et même se payer.

L’Afrique est-elle le continent oublié de la liste du patrimoine mondial de l’Unesco ?

L. E. A. : Sur les 1 154 sites inscrits, seuls 98 se trouvent en Afrique subsaharienne. La part du continent est donc très faible dans la représentativité du patrimoine mondial. Elle ne rend pas justice à la richesse et la diversité de son patrimoine. Et 12 pays africains n’ont aucun site inscrit, dont le Rwanda, le Burundi ou la Sierra Leone. En choisissant un Africain pour occuper le poste de directeur du Centre du patrimoine mondial, Audrey Azoulay, la directrice générale de l’Unesco, a clairement affiché son ambition d’en finir avec cette sous-représentation.

Qu’est-ce qui caractérise les sites africains classés ?

L. E. A : Il y a d’abord les 46 sites culturels, dont une bonne partie sont des sites vivants, comme la vieille ville de Zanzibar en Tanzanie. Il y a les sites liés à l’histoire comme Robben Island où furent emprisonnés des centaines de militants contre l’apartheid, dont Nelson Mandela, en Afrique du Sud. Je pense aussi à l’île de Gorée qui symbolise la traite négrière au départ du Sénégal. C’est l’un des trois premiers sites africains inscrits au patrimoine mondial en 1978. Des sites religieux comme Lalibela en Éthiopie, les mosquées et mausolées de Tombouctou, les forêts sacrées de kayas des Mijikenda au Kenya. Ceux liés au patrimoine architectural, comme Saint-Louis au Sénégal ou Cidade Velha au Cap-Vert. Et aussi les 39 sites naturels, inscrits plus récemment.

Parmi ceux-ci figurent aussi d’importantes peintures rupestres…

L. E. A : On en a découvert à la fois en Afrique australe et dans le Sahel, de l’Adrar des Ifoghas dans le Sud algérien et le nord-est du Mali jusqu’au Tibesti, au Tchad. Je pense aussi au site d’art rupestre de Chongoni au Malawi. Ces peintures sont remarquablement conservées, on y voit des scènes de la vie quotidienne et des scènes de chasse, des motifs géométriques. Ces sites sont les plus anciens du patrimoine africain.

Quels sont vos objectifs ?

L. E. A : Audrey Azoulay m’a fixé comme première mission de rééquilibrer la place du patrimoine africain dans la liste du patrimoine mondial. Nous voulons aussi mieux protéger les sites en péril : sur les 52 menacés de disparition dans le monde, 21 sont sur le continent et 15 en Afrique subsaharienne..

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Le patrimoine culturel du Burkina Faso menacé

Les cultes traditionnels et les biens culturels burkinabés sont la cible de groupes armés dans le nord et l’est du pays. L’insécurité fait craindre une recrudescence du trafic illicite de biens culturels.

  • Ludivine Laniepce, 
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Le patrimoine culturel du Burkina Faso menacé
 
Festival de masques africains traditionnels de Dédougou, au Burkina Faso, en 2016.SOPHIE GARCIA

Ouagadougou (Burkina Faso)

De notre correspondante

Le patrimoine culturel du Burkina Faso menacé

 

Sous son chapeau rouge de chef coutumier, le visage du chef du village perle de sueur. Sur ses épaules, le poids de son monde : une cinquantaine de bouches à nourrir, celles des habitants de sa commune qui ont fui les violences terroristes. « C’est la faim qui va nous tuer », se désole-t-il. Mais celui qui cherche inlassablement de la nourriture pour les siens a un second objectif : mettre leurs masques sacrés en sécurité.

Au Burkina Faso, des milliers de masques sont portés lors de rituels, pratiques coutumières et cérémonies traditionnelles, telles que les funérailles. Loin de n’être qu’un objet d’art ou folklorique, le masque incarne l’identité, les valeurs et les croyances mystiques d’une communauté. « Quand les djihadistes ont attaqué nos villages, poursuit le chef coutumier, ils ont brûlé trois maisons où se trouvaient des masques. Dans notre fuite, nous en avons laissé quelques-uns, nous en avons enterré d’autres, et nous en avons emmené certains avec nous. »

Pour le professeur Oumarou Nao, historien de l’art et spécialiste des masques, les représentants et les pratiquants des cultes traditionnels entrent peu à peu dans la ligne de mire des groupes terroristes. « Cela fait des années qu’ils s’en prennent aux administrations, aux écoles, aux centres de santé et même aux imams, rappelle-t-il. Or, le masque est une institution, le tissu identitaire d’une société. Les autochtones en disposaient déjà à la fin du XVe siècle. Je pense que le prochain sur la liste des terroristes est le culte traditionnel, parce qu’il va à l’encontre de l’idéologie qu’ils veulent imposer. Ces gens sont en situation de détruire tout ce qu’ils veulent. » À l’instar d’autres objets sacrés, les masques appartiennent aux populations qui en font usage. Il n’existe pas d’inventaire exhaustif de ce patrimoine. Difficile, dès lors, de mesurer ce qui doit être protégé. Dans le nord-ouest du pays, deux autels de sacrifice ont été détruits et des masques ont disparu, confie un acteur culturel. Dans l’est, la pratique de la géomancie a été « frappée d’interdit par des hommes armés », selon plusieurs habitants joints par téléphone. Dans cette même région, la fréquentation de forêts et de grottes, lieux de rites et de cultes sacrés, parfois liés aux « sorties » des masques, est impossible du fait de leur occupation par des groupes terroristes.

Le 1er janvier 2019, la première incursion terroriste dans la commune de Pobé-Mengao, dans la région du Sahel, a visé la case abritant les fétiches de la communauté. « Les terroristes nous ont toujours considérés comme des mécréants parce que notre culture koromba est restée très vivante, explique Adama Sawadogo, gestionnaire du musée de Pobé-Mengao. La première chose qu’ils ont faite a été de brûler la maison sacrée qui renfermait nos fétiches. Le message était très clair. » Autrefois touristique, connue pour ses gravures rupestres et son musée archéologique et ethnographique, Pobé-Mengao s’est vidée de ses habitants. « J’ai vite compris qu’il fallait délocaliser les 2 000 objets du musée, ajoute Adama Sawadogo, menacé à l’époque. J’ai tout caché en lieu sûr. »

Parmi la trentaine de musées publics et privés que compte le Burkina Faso, un tiers serait fermé. Dans la zone sahélienne des trois frontières (aux confins du Niger et du Mali), le musée d’Oursi, accolé à un site archéologique d’habitat vieux de mille ans, a été vandalisé fin 2019. « On sait que des objets archéologiques ont été emportés, témoigne un administrateur. Mais aujourd’hui, les terroristes rôdent dans cette zone, c’est devenu trop dangereux d’y aller. » En 2019, les projets d’exfiltration des collections de ces deux musées ont échoué. Deux tiers des objets du musée de Kaya, plus au sud, ont en revanche pu être acheminés à Ouagadougou.

Le patrimoine des communautés et des musées n’est pas la seule victime de l’insécurité. Inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco en 2019, les sites de métallurgie ancienne du fer sont composés d’une quinzaine de fourneaux en argile de 4 à 6 mètres de hauteur dans l’ouest et le nord du Burkina Faso. « Le plus ancien date du VIIIe siècle avant J.-C., explique le docteur Lassina Simporé, enseignant-chercheur en archéologie à l’université Joseph-Ki-Zerbo de Ouagadougou. Un site de patrimoine est comme un malade, il a besoin du contact de ses riverains et de ses gestionnaires, car même les animaux peuvent les abîmer. » En 2020, trois de ces fourneaux classés ont été vandalisés. « Aujourd’hui, les gens ont fui, et on n’a pas de nouvelles de certains sites de métallurgie. Bien sûr, dans le contexte d’insécurité, nous, spécialistes, sommes gênés de faire du plaidoyer pour la protection du patrimoine. Mais je pense qu’il faut déclarer l’intégralité de nos sites en danger à l’Unesco. »

À l’heure où 40 % du territoire burkinabé échappe au contrôle de l’État et où les urgences sont sécuritaires et humanitaires, la Direction générale du patrimoine culturel (DGPC) tente de faire entendre sa voix. « On est en train de faire le point sur les biens abandonnés, pillés ou saccagés, mais on n’a pas de vision globale, reconnaît le directeur général, Moctar Sanfo. Presque tous les biens situés dans les zones d’insécurité sont menacés, surtout les biens mobiliers qui peuvent circuler librement. Cette situation ouvre la porte au trafic illicite de biens culturels, une activité très lucrative qui permet le financement du terrorisme. »

Pour Hamidou Zi, chargé du contrôle et de la circulation des biens culturels à la DGPC, si le trafic illicite est peu visible, il est continu et de grande ampleur, particulièrement dans le Sud-Ouest, près des frontières de la Côte d’Ivoire et du Ghana. « On voit des locaux dérober des objets précieux des mains des communautés et les dilapider à vil prix aux antiquaires. Cest vu comme une voie royale pour senrichir. »

Qu’il s’agisse d’objets archéologiques, de statuettes, de masques ou encore de pièges à éléphant, chaque année apporte son lot de saisies et de restitutions. « Plus on documentera nos biens culturels et plus on sensibilisera nos hommes aux frontières, mieux on devancera ces trafiquants », espère le contrôleur. C’est ainsi que Mamio est devenu le premier objet communautaire sacré inventorié par la DGPC. Volée en 1991 à Pobé-Mengao, cette statuette de fécondité en granit de la communauté koromba avait été localisée chez un collectionneur allemand à Munich, avant d’être restituée en 2001.

Sous son chapeau rouge, le chef du village garde les yeux rivés sur son téléphone. Entre les demandes d’assistance alimentaire et les appels à l’aide pour mettre leurs masques en sécurité, une négociation débute par messages interposés. « Je cherche des acheteurs pour les masques. Le prix ? Ça dépend du client. » Puis botte en touche. « On n’a pas le choix. »