Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Exclusif – Burkina Faso : le voyage secret du Premier ministre à Moscou

Kyélem Apollinaire de Tambèla est parti le 7 décembre en Russie, via Bamako. Un déplacement à l’abri des regards, dont l’objectif suscite bien des interrogations.

Mis à jour le 10 décembre 2022 à 11:38
 

 

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Kyélem Apollinaire de Tambèla, Premier ministre de la transition au Burkina Faso. © DR

 

Il devait rencontrer les syndicats le 9 décembre à 8 heures. Mais la veille, en début de soirée, une note est envoyée in extremis aux rédactions : elle indique que Kyélem Apollinaire de Tambèla sera finalement remplacé par le président Ibrahim Traoré, sans plus d’explications.

La raison est en réalité assez simple : ce vendredi, le Premier ministre est à des milliers de kilomètres de Ouagadougou. Il est à Moscou, où il a voyagé dans le plus grand secret.

Escale à Bamako

Selon les informations de Jeune Afriquele chef du gouvernement de transition a quitté Ouagadougou le 7 décembre dans l’après-midi, après le traditionnel conseil des ministres hebdomadaire au palais de Kosyam.

Ce jour-là, un C 295 de l’armée de l’air malienne s’est posé vers 16 heures à l’aéroport de Ouaga. Il est envoyé par les autorités de transition maliennes pour amener Kyélem Apollinaire de Tambèla et une délégation burkinabè de onze personnes à Bamako. Parmi elles, des militaires et quelques ministres. L’appareil redécolle avec ses nouveaux passagers deux heures plus tard.

À LIRE« Complot » contre Traoré au Burkina : les dessous de l’opération qui a ciblé les quatre capitaines

Une fois à Bamako, ils partent en direction de Moscou dans la soirée – probablement à bord du vol Turkish Airlines, via Istanbul. Pourquoi ce passage par le Mali, avec l’appui des autorités maliennes ? Car elles jouent, ces dernières semaines, un rôle de facilitateurs entre leurs homologues burkinabè et Moscou. Objectif : convaincre Ibrahim Traoré de se rapprocher de la Russie, comme elles l’ont fait avant lui.

L’ombre de Wagner

Les raisons exactes du séjour de son Premier ministre et de sa délégation dans la capitale russe, où ils sont arrivés le 8 décembre et où ils étaient toujours ce samedi 10 décembre, sont encore méconnues.

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Selon une source régionale, Kyélem Apollinaire de Tambèla souhaiterait acquérir du matériel militaire. De leur côté, des responsables français considèrent que ce voyage pourrait, aussi, permettre de rencontrer des cadres de la société militaire privée Wagner, qui opère au Mali depuis fin 2021.

Contactée par JA, l’équipe du Premier ministre évoque une « visite privée », sans faire plus de commentaires.

Mali – Guinée : Alpha Condé et Karim Keïta sous sanctions des États-Unis

L’ancien président guinéen et le fils de l’ex-chef de l’État malien ont été placés sous sanctions du Trésor américain. Ils sont respectivement accusés de « violations des droits de l’homme » et de « corruption ».

Mis à jour le 9 décembre 2022 à 18:04

 
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Karim Keïta et Alpha Condé. © Montage JA : MICHELE CATTANI/AFP ; Vincent Fournier/JA

Le Trésor américain a publié le 9 décembre une liste de plus de quarante personnalités visées par des sanctions pour des faits de corruption et de violations des droits de l’homme. Parmi les cibles de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), l’organisme de contrôle financier du Département du Trésor, figure l’ancien président guinéen Alpha CondéRenversé par le colonel Mamadi Doumbouya le 5 septembre 2021, l’ancien chef de l’État guinéen est accusé « de graves violations des droits de l’homme pendant son mandat ».

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« Violences »

Pour justifier cette décision, le Trésor américain explique qu’au début de l’année 2020, et en pleine polémique autour du référendum constitutionnel visant à lui permettre de briguer un troisième mandat, Alpha Condé a « ordonné à plusieurs ministres de créer une unité de police pour répondre aux manifestants, en ayant recours à la violence si nécessaire ».

« Les violences contre les membres de l’opposition se sont poursuivies pendant et après l’élection présidentielle guinéenne d’octobre 2020 », ajoute le communiqué du Trésor qui explique qu’après le scrutin « les forces de sécurité auraient tué plus d’une douzaine de personnes ». Depuis le 21 mai, Alpha Condé se trouve à Istanbul où il a été évacué pour recevoir des soins.

« Pots-de-vin » et affaire Birama Touré

L’autre personnalité de premier plan visée par cette salve de sanctions est Karim Keïta. Le fils aîné de l’ex-président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), lui aussi renversé par un coup d’État, en août 2020, est accusé de corruption. Ancien tout-puissant président de la Commission défense de l’Assemblée nationale, il aurait « utilisé sa position pour recevoir des pots-de-vin, attribuer des contrats à des sociétés affiliées qui lui ont ensuite versé des pots-de-vin, et détourner des fonds publics en surfacturant des contrats de matériel » entre 2014 et 2020.

Le Trésor l’accuse également d’avoir fait pression sur les fonctionnaires qui ne soutenaient pas ces pratiques et d’avoir, par la même occasion, organisé un système de pots-de-vin « pour soutenir la réélection de son père ». À l’époque où Karim Keïta présidait la Commission défense, censée être un outil de contrôle de la politique de défense et des dépenses engagées par le gouvernement, l’instance est en effet restée étonnamment silencieuse sur plusieurs dossiers.

À LIREMali : « Air IBK », la querelle des magistrats et l’ombre de Goïta

Dès 2014, le Bureau du vérificateur général (BVG) du Mali a pointé des anomalies concernant l’achat d’un avion présidentiel. Un dossier dans lequel plusieurs personnalités seront citées par la suite. Le BVG évoque quelque 28,5 milliards de F CFA (un peu plus de 43 millions d’euros) d’irrégularités de gestion.

À l’époque, selon un rapport de l’ONG Transparency international publié en 2019, plusieurs contrats relatifs à l’achat d’armements n’ont pas fait l’objet d’un examen par la commission parlementaire concernée. Sans être illégale, cette absence de contrôle soulève des questions quant au manque de transparence de l’État en matière de contrats d’armement. Depuis la chute d’IBK, Karim Keïta s’est réfugié en Côte d’Ivoire. Il y dirige, selon le Trésor américain, la société Konijane Strategic Marketing.

L’OFAC évoque également une autre affaire dans laquelle le fils de l’ancien président serait impliqué. Selon le parquet de Bamako, Karim Keïta aurait en effet joué un rôle dans la disparition, en 2016, du journaliste malien Birama Touré. Le Mali, qui a saisi Interpol pour demander l’émission d’un mandat d’arrêt international, soupçonne le fils d’IBK d’être le commanditaire de l’enlèvement du journaliste qui, selon plusieurs témoignages, serait décédé dans les geôles de la sécurité d’État.

Sénégal: le journaliste Pape Alé Niang entendu par la justice pour la première fois

 

Au Sénégal, le journaliste Pape Alé Niang a été entendu vendredi 9 décembre pour la première fois par le juge d’instruction, plus d’un mois après son arrestation le 6 novembre. Le patron du média privé Dakar Matin, connu pour ses critiques envers le pouvoir du président Macky Sall, est notamment accusé de « diffusion d’informations militaires » et « diffusion de fausses nouvelles ». Sa défense a déposé une demande de mise en liberté provisoire.

 

Avec notre correspondante à Dakar, Charlotte Idrac

L’audition a duré un peu plus de deux heures, et « cela s’est très bien passé », affirme sa défense. Pape Alé Niang a entamé une grève de la faim le 2 décembre pour protester contre son « emprisonnement injuste et arbitraire ». Il reste déterminé, selon Maître Moussa Sarr, l’un de ses avocats :

« Pape Alé Niang est éprouvé, il a entamé une grève de la faim, mais malgré cela, il a fait preuve de courage, de résilience et d’humilité, et a répondu avec pertinence à toutes les questions, en démontrant le mal-fondé des infractions pour lesquelles il est poursuivi. Mais nous avons bon espoir que notre demande de liberté provisoire connaîtra une suite favorable. »

Sans entrer dans les détails de l’audition, au nom du secret de l’instruction, Maître Moussa Sarr souligne que Pape Alé Niang n’a pas été questionné sur un rapport interne de la gendarmerie, en lien avec la procédure judiciaire visant l’opposant Ousmane Sonko. Les associations de presse nationales et internationales demandent la libération immédiate du journaliste.

« La liberté de la presse est garantie au Sénégal », avait assuré de son côté le ministre de la Communication devant l’Assemblée nationale le 19 novembre, en ajoutant « il ne faut pas confondre liberté de la presse et anarchie ».

Burkina Faso : une liberté de la presse non sans ambiguïté

Après des menaces contre des journalistes, la junte burkinabè d’Ibrahim Traoré et ses soutiens soufflent respectivement le froid et le chaud.

Mis à jour le 7 décembre 2022 à 15:09
 

 

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Par Damien Glez

 Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

 

 

« Si je devais être un mort de plus, alors qu’il en soit ainsi. » Dans un Burkina Faso qui s’essaie à une outrance verbale aux accents maliens, Newton Ahmed Barry emploie, lui, des mots lourds d’expérience. En décembre 1998, après l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, le confrère reprenait, avec d’autres, le flambeau de l’hebdomadaire L’indépendant, voué à l’extinction. Poil à gratter plus ou moins corrosif des différents régimes qui se succéderont, voilà Barry la cible récente d’appels « à la violence physique, au saccage des biens, jusqu’au meurtre » que le gouvernement s’est empressé de « condamner fermement et sans ambiguïté ».

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Culte de la personnalité

Sur les réseaux sociaux, les indélicats justifient pourtant leurs outrances par une adhésion inconditionnelle à la transition dirigée par un Ibrahim « IB » Traoré sujet d’un culte certain de la personnalité. Le « crime » de Newton Ahmed Barry ? Avoir dénoncé la violation de la loi que constitue la récente suspension de Radio France Internationale (RFI), interruption qui ne pouvait être légalement prononcée que par le Conseil supérieur de la Communication (CSC), organe de régulation des médias à qui le pays doit en partie son bon classement en matière de liberté de la presse.

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Condamnation gouvernementale « sans ambiguïté » ? C’est justement un certain flou qui entoure l’action de la junte actuelle, sankariste dans la posture, certes, mais pas au point d’assumer l’état d’exception mis en place par le révolutionnaire des années 1980. Si la Constitution, la justice et la liberté de presse sont les trois mamelles de la République, que dire du double régime propulsé par le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration, un MPSR qui aime à dire qu’il a, par deux fois, rétabli la quatrième des Républiques burkinabè ?

République ou état d’exception ?

Lors de l’investiture du lieutenant-colonel Damiba, puis de celle du capitaine Traoré, les circonvolutions rhétoriques du Conseil constitutionnel n’ont pas convaincu. Pendant le séjour de Blaise Compaoré au Faso, sous le MPSR 1, la justice et les forces de l’ordre n’ont pas pu exécuter la sentence contre l’ancien président. Et voilà que c’est la liberté de la presse qui est mise à mal, cette fois par le « MPSR 2 ».

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République ou état d’exception ? La fin de semaine enseignera si les manifestations organisées par le Collectif des leaders panafricains (CLP) et la Fédération des mouvements panafricains du Burkina Faso (FMPBF) –notamment contre les « médias impérialistes déstabilisateurs mensongers » – ont été validées par les autorités, encadrées par les forces de l’ordre et couvertes médiatiquement en toute sérénité.

À sa nomination, l’actuel Premier ministre Appolinaire Kyelem de Tembela suggérait aux batteurs de bitume d’engager leur énergie « au front ». Mais si l’on en croit Newton Ahmed Barry, qui constate qu’il « est interdit de critiquer IB et de contester ses décisions », il semble bien y avoir un front dans le front.

Guinée: l’ex-Premier ministre Kassory Fofana reste en prison malgré une remise en liberté

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Plus de 180 personnalités de l’ancien gouvernement d'Alpha Condé sont dans le viseur de la junte guinéenne. Parmi eux, l'ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, en détention préventive depuis avril. Il reste en prison malgré la quatrième mise en liberté provisoire depuis son arrestation, pour détournements de deniers publics, corruption d'agents publics, blanchiment de capitaux et enrichissement illicite, selon une ordonnance qui est parvenue vendredi 2 décembre.

Il y a deux jours, la chambre de d'instruction de la Cour spéciale de répression des infractions économiques et financières (Crief) décide de mettre en liberté provisoire l'ex-Premier ministre guinéen moyennant un contrôle judiciaire très strict. Il doit notamment se présenter au greffe de la chambre chaque mardi, ne pas sortir des limites de Conakry sans autorisation, ou encore déposer une somme de 320 000 euros en guise de caution.

Et pour justifier cette décision, les trois juges de cette cour mettent en avant notamment le fait qu'une commission rogatoire n'a découvert aucun élément nouveau qui incrimine Kassory Fofana. De plus, que les conditions pour une détention provisoire n'étaient pas remplie ou le fait que son état de santé l'exposait à des risques graves.

Mais la joie des proches du dernier Premier ministre d’Alpha Condé a été de courte durée. Le procureur près la Cour des infractions économiques et financières Aly Touré a fait appel devant la Chambre de contrôle dès vendredi matin, ce qui est suspensif de la décision de mise en liberté provisoire d'Ibrahima Kassory Fofana, au grand dam de sa défense.

« C'est la quatrième mise en liberté que nous obtenons devant la cour depuis huit mois et à chaque fois, le procureur s'y oppose alors qu'il n'a pas apporté la moindre preuve de détournement de la part de notre client, a dénoncé Sidiki Bérété, un de ses avocats. C'est de la séquestration, c'est un acharnement politique », a-t-il fustigé.23

Le procureur Aly Touré que nous avons tenté de joindre à plusieurs reprises vendredi soir ne répondait au téléphone.

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