Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Inflation : vers une rentrée sociale à la sauce « vie chère » ?

La situation économique internationale fait craindre des troubles sociaux dans des pays africains où la hausse des prix des produits alimentaires pèse de plus en plus sur le budget des ménages.

Mis à jour le 24 août 2022 à 14:44
 
Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

 

guez

 

© Damien Glez

À la mi-août, le Nigeria annonçait que son inflation atteignait son taux le plus élevé depuis dix-sept ans. L’Afrique du Sud, autre moteur économique du continent, publiait également un taux record de hausse des prix de 7,4 %, largement influencé par le renchérissement des transports et des denrées alimentaires. Le Zimbabwe, lui, habitué des records continentaux dans ce domaine, avait établi, en juin, une inflation des prix des denrées alimentaires de… 255 %.

Alors que la période de soudure n’est pas encore un mauvais souvenir, la Banque mondiale anticipe une baisse de 0,6 point de la croissance économique de l’Afrique en 2022. Si le conflit ukrainien ne devrait pas se muer en guerre mondiale, la crise diplomatique concerne bien tous les pays, alignés ou non, de même que les difficultés économiques largement influencées par les blocus et autres sanctions liées audit conflit.

À LIREInflation : cinq questions pour comprendre la flambée des prix en Afrique

Le prix du pain, mètre étalon de la grogne

Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest comme le Bénin, la Gambie, le Sénégal ou le Togo importent plus de la moitié de leur blé d’Ukraine et de Russie. Les citadins biberonnés à la baguette franchouillarde se mettront-ils au pain rural déjà enrichi aux farines à base de millet, de sorgho ou de fonio ? Si des initiatives entrepreneuriales individuelles et des campagnes de sensibilisation publiques tendent à susciter la résilience par une consommation locale, un système d’approvisionnement et des habitudes de consommation ne se modifient pas d’un claquement de doigt. D’ailleurs, les productions locales, comme le manioc ou l’igname, subissent également l’inflation, du fait de l’augmentation des prix des engrais dont la Russie est également l’un des principaux exportateurs mondiaux.

À LIREComment sortir l’Afrique de sa dépendance aux céréales importées

Le prix du pain étant – avec les carburants –, le mètre étalon de la grogne consommatrice, l’Afrique doit-elle s’attendre à une rentrée sociale troublée à la sauce « vie chère » ? En matière de révoltes (pondérées) du pain, le Sénégal et le Burkina Faso ont déjà anticipé la marche des manifestations, respectivement en avril et en mai.

Spectre des émeutes de la faim

Au moment où le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) indique que dans les pays en développement, en seulement trois mois, 71 millions de personnes auraient basculé dans la pauvreté, nombre d’observateurs alertent effectivement sur les risques de troubles sociaux. Et voilà le spectre d’un acte II des émeutes de la faim qui transparaît dans certains discours, en référence aux mouvements de contestation de 2008 dans une trentaine de pays, et ceci en dépit d’une reprise très progressive des exportations de céréales en provenance d’Ukraine.

Le 10 août, à Freetown, des manifestations contre la vie chère ont entraîné la mort d’au moins douze civils et de quatre membres des forces de sécurité. Rappelons au passage que certains renversements de régimes des Printemps dit « arabe » ont été tout autant motivés par des aspirations de liberté que par l’augmentation de prix de denrées essentielles comme l’huile ou les céréales…

Afrique de l’Ouest : les zones de transformation agricole, une bonne idée ?

Parcs agro-industriels, agropoles, zones économiques spéciales… Côte d’Ivoire, Sénégal, Bénin, Togo misent sur ces espaces pour créer de la valeur localement. Explications.

Mis à jour le 19 août 2022 à 18:37
 
 agricole

Transport de sacs de cacao par camion à Soubre, Côte d’Ivoire. © REUTERS/Luc Gnago

 

Parcs agro-industriels, agropoles, zones économiques spéciales… Les infrastructures visant à transformer localement les produits agricoles pour générer davantage de valeur ajoutée connaissent un regain de vitalité sur le continent, en particulier en Afrique de l’Ouest. Togo, Bénin, Nigeria, Côte d’Ivoire, Sénégal, et même le Gabon, en Afrique centrale, se sont engagés dans cette voie.

Les pays de la région affichent de grandes ambitions, d’autant que leurs systèmes alimentaires ont subi les conséquences de la pandémie de Covid-19 puis par celles de la guerre en Ukraine. Ils sont notamment soutenus par la Banque africaine de développement (BAD) à travers le programme « Nourrir l’Afrique 2016-2025 ». Alors que ces annonces de nouveaux investissements se multiplient, différents modèles sont expérimentés. À l’évidence, États et acteurs privés cherchent encore la bonne formule.

À LIREPatisen, Coris, Dangote : le secteur privé à la conquête de la souveraineté alimentaire africaine

Au Togo et au Bénin, où se développent respectivement les zones d’Adétikopé et de Glo-Djigbé, les gouvernements ont noué un partenariat avec Arise Integrated Industrial Platforms (Arise IIP). Spécialisé dans les plateformes logistiques et industrielles, ce groupe a été fondé et reste dirigé par Gagan Gupta, l’ancien patron d’Olam au Gabon. L’idée ? Maximiser la valeur des ressources naturelles (coton, noix de cajou, soja, céréales, fruits tels que la mangue ou l’ananas) en les transformant localement, dans l’objectif de les exporter dans le monde entier. À cette fin, Arise propose un forfait clé en main à des investisseurs, notamment étrangers, afin de les inciter à lancer des activités sur place.

Effet d’entraînement

« Au Togo et au Bénin, cela créera plusieurs milliers, voire des dizaines de milliers d’emplois directs, auxquels s’ajouteront des emplois indirects dans un certain nombre de pôles de services : entreprises d’intérim, usines de fourniture de pièces détachées, d’emballage, de maintenance technique, de traitement des déchets, de transport du personnel », explique Pierre Ricau, analyste de marchés chez Nitidæ. Le gouvernement togolais, qui fonde également des agropoles, espère que 40% des produits agricoles du pays seront transformés sur place d’ici à 2030.

CONFIER NOTRE DESTIN AGRICOLE À DES ENTREPRISES ÉTRANGÈRES EST UNE ERREUR

Ce modèle, en plein essor depuis l’annonce de la création, d’ici à la fin de l’année, de zones dans les deux Congos, au Sénégal et au Rwanda, ne fait toutefois pas l’unanimité. « Confier notre destin agricole à des entreprises étrangères est une erreur », affirme ainsi Gustav Bakoundah, fondateur de l’entreprise agroalimentaire biologique Label d’or. « Au Togo, la plateforme d’Adétikopé s’approprie des filières de transformation, comme le soja ou le coton, qui ont déjà été développées par des [entrepreneurs] locaux, ce qui engendre de la concurrence », estime-t-il. L’entrepreneur togolais recommande plutôt d’aider, sur des filières spécifiques, une poignée de leaders nationaux autour desquels pourraient se développer des chaînes de valeur agricoles.

« C’est ce qu’a fait Olusegun Obasanjo, l’ancien président du Nigeria, en soutenant des champions émergeant dans les secteurs de la banque, de l’assurance, de la cimenterie, du pétrole et de l’agriculture, reprend-il. Aujourd’hui, ce sont les Nigérians eux-mêmes qui développent leur économie. »

À LIREAfrique de l’Ouest : quatre milliards de dollars de produits agricoles gâchés par an

« Pour que cela fonctionne, il faut une firme leader, un grand donneur d’ordre autour duquel se créera un écosystème, un peu comme Airbus à Toulouse dans le domaine aéronautique », insiste Sidy Diop, analyste économique spécialiste de l’Afrique chez Deloitte France.

En Afrique de l’Ouest, il cite l’exemple des Grands moulins de Dakar (GMD, cédés en 2018 par le groupe Mimran au géant américain Seaboard), moteur d’un marché de la farine, qui s’est fortement développé, et, en Afrique centrale, celui d’Olam, au Gabon, qui investit depuis vingt ans dans l’agriculture, les forêts, le transport, la logistique et la santé, entraînant sous-traitants et autres PME dans son sillage.

Problème de débouchés

Au Sénégal, l’huilier Sonacos compte bien tenir ce rôle dans le secteur de l’arachide, à condition que le gouvernement s’engage dans une vaste réhabilitation de son outil de production, aujourd’hui obsolète. « Le développement de la transformation agricole passe par la renaissance des industries existantes, comme la Sonacos, et par la création de nouvelles usines », juge Modou Diagne Fada, le directeur général de la société, qui voit dans le marché local de l’huile un créneau porteur.

LE MOT-CLÉ : LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

La question du débouché est un autre point de débat. Faut-il privilégier les cultures pour l’export ou, au contraire, les productions vivrières destinées au marché local, voire régional ? Pour Matthieu Brun, directeur scientifique de la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (Farm), spécialisée de longue date sur les questions agricoles en Afrique, le modèle des agropoles tournées à 100% vers l’exportation a montré ses limites.

À LIRE« L’Afrique n’a pas besoin d’aide alimentaire »

« Le mot-clé, c’est la souveraineté alimentaire. Pour les nouvelles zones de transformation agricoles, l’enjeu est d’accompagner les petites exploitations familiales par le biais de la création de filières, d’accès aux intrants, de sécurisation du domaine foncier… En somme, de diversifier l’économie en augmentant la production agricole et en l’orientant vers le marché local pour créer un cercle vertueux », souligne-t-il.

Usine de décorticage d'anacarde de Fludor Benin, filiale locale du holding nigerian Tropical General Investment (TGI) à Zogbodomey, Bénin, novembre 2017. © Jacques Torregano pour JA

 

Usine de décorticage d'anacarde de Fludor Benin, filiale locale du holding nigerian Tropical General Investment (TGI) à Zogbodomey, Bénin, novembre 2017. © Jacques Torregano pour JA

 

Si son point de vue est assez largement partagé, d’autres voix défendent une approche plus nuancée, pariant sur un juste équilibre entre la production destinée à l’export et celle destinée à la consommation locale. C’est le chemin que semble emprunter la Côte d’Ivoire. Premier transformateur mondial de cacao, avec six usines en activité (et deux autres en cours de création) situées à proximité des ports d’Abidjan et de San Pedro, le pays est en outre devenu, en l’espace de cinq ans, le troisième transformateur mondial de noix de cajou. Dix-huit usines, réparties entre les pôles industriels d’Abidjan, de Yamoussoukro et de Bouaké, tournent à plein régime. Elles n’étaient que deux en 2017.

Politique économique affirmée

Parallèlement, l’exécutif a lancé un programme de neuf agropoles misant sur l’essor des cultures vivrières destinées à la consommation locale. Objectif : augmenter le taux de transformation industrielle des produits, améliorer les revenus des producteurs et créer des emplois. Pour faciliter leur déploiement, le gouvernement envisage d’investir dans les infrastructures de transport et dans la formation.

À LIREAgribusiness : ces recettes locales qui marchent

Ces efforts reposent sur une politique économique volontariste. « Le gouvernement ivoirien applique des taxes à l’exportation pour des matières premières telles que le cacao ou la noix de cajou. En même temps, il soutient les investissements destinés à la transformation de ces produits sur des durées allant de dix à quinze ans », explique Pierre Ricau, pour qui les investisseurs doivent pouvoir compter sur « une vision à long terme ».

La transformation de la noix de cajou attire, entre autres, des investisseurs ivoiriens, israéliens, chinois, libanais, vietnamiens ; une vingtaine d’usines sont en construction, avec pour chacune environ 500 emplois directs à la clé. Sans oublier l’alliance que la Côte d’Ivoire a conclue avec le Ghana sur le cacao (60 % de la production mondiale à eux deux) pour peser davantage face aux acheteurs internationaux et instaurer un prix plancher pour les producteurs locaux.

L’écueil des infrastructures

Quels que soient la culture et le modèle choisis, la mise en œuvre demeure délicate. Au Sénégal, où dans chaque zone du pays se développent des agropoles destinées à dynamiser les ventes sur le marché local, le secteur de l’arachide, par exemple, se heurte aux contraintes du marché international. « À la fin de 2020, la filière n’avait pas assez de graines à transformer car les étrangers, Chinois en tête, avaient acheté toutes les récoltes à l’avance », rappelle Sidy Diop, du cabinet Deloitte. Selon lui, il faudrait réfléchir à la transformation locale dans un contexte de concurrence mondiale.

POUR TRANSFORMER UN PRODUIT, IL FAUT UN TISSU INDUSTRIEL, DE LA LOGISTIQUE

Car, s’agissant du volet industriel, force est de constater que le Sénégal a un train de retard sur les nations asiatiques. Ces dernières transforment les mêmes produits que lui, mais avec des coûts de production bien plus bas et avec du personnel mieux qualifié. « Il faudrait faire une étude par produit afin de mesurer l’avantage comparatif de chaque pays, puis créer une politique incitative pour attirer des investisseurs privés », suggère Pierre Ricau.

À LIRERDC : Bénédicte Mundele réussit le pari de la transformation agricole

Enfin, les difficultés se situent également à l’échelle locale. Accès aux engrais, problèmes de stockage, défaillance des infrastructures routières, aléas climatiques… Les obstacles sont nombreux avant même que débute le processus de transformation, lequel implique à son tour un accès au foncier, des financements, un savoir-faire industriel… « L’enjeu de la transformation agricole, ce sont les infrastructures. Pour transformer un produit, il faut un tissu industriel et de la logistique », conclut Ollo Sib, analyste au Programme alimentaire mondial (PAM), qui appelle à investir sur l’ensemble de la chaîne de valeur agricole.

Nigeria: l'inflation s'envole pour atteindre son plus haut taux en 17 ans

 

L'économie nigériane s'enfonce toujours un peu plus loin dans le marasme, avec une inflation générale qui a atteint les 19,6 % au mois de juillet, selon le Bureau National des Statistiques. Ce mardi 17 août, la valeur de la monnaie nationale, le Naira, a également chuté face au dollar.

Avec notre correspondante à Lagos, Liza Fabbian

Les Nigérians sont plus que jamais pris en tenaille entre des prix qui grimpent et une monnaie de plus en plus dévaluée. Les coûts flambent dans tous les secteurs : l'énergie, les transports, mais aussi l'alimentation, du fait notamment de l'explosion du prix du pain et des céréales

Même en excluant les produits les plus volatiles, l'emballement de l'inflation de fond bien supérieure aux prévisions de la Banque Centrale. De plus, une mauvaise gestion structurelle et le vol le long des pipelines ont empêché le Nigeria de profiter de l'augmentation des prix du baril de pétrole ces derniers mois.

Bien au contraire, d'importantes subventions sur le prix de l'essence grèvent le budget de l'État. Pour son carburant, comme pour de nombreux autres biens de consommation, le Nigeria dépend totalement des importations et donc, du dollar américain.

Sauf que les importateurs ont le plus grand mal à obtenir des devises étrangères, en raison des restrictions de la Banque Centrale, qui veille farouchement sur ses réserves de liquidités. Résultat : tout le monde ou presque se fournit sur le marché parallèle. Ce mardi, le Naira s'est effondré à 683 nairas pour 1 dollar sur le marché noir, 20 % en dessous de sa valeur au guichet officiel.

► À lire aussi : Nigeria : les petites mains du trafic de pétrole artisanal (1/2)

► À lire aussi : Nigeria : face aux pénuries d'essence des raffineries illégales organisées (2/2)

Afrique: les 12 pays où l’espérance de vie est la plus forte et la plus faible

 

Selon une étude publiée par l'OMS le 4 août, l'espérance de vie « en bonne santé » en Afrique a augmenté de neuf ans entre 2000 et 2019, passant de 47 à 56 ans – contre 64 ans de moyenne mondiale. Les progrès sont loin d’être uniformes, avec des contre-performances dans des pays relativement prospères.

Le continent a le plus progressé dans le monde ces vingt dernières années dans l’espérance de vie « en bonne santé ». Autrement dit, le temps que les individus vivent sans maladies, un indicateur différent de l’espérance de vie globale.

Principale explication du progrès réalisé : l'accès aux services de santé de base a doublé. Il est passé de 24 % en 2000 à 46 % en 2019 selon le « Suivi de la couverture sanitaire universelle dans la région africaine » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le rapport donne des chiffres par sous-régions, mais pas par pays. L’Afrique de l’Est et les huit pays de l’Igad ont le plus progressé, étant partis d’une espérance de vie en bonne santé de 43 et 45 ans en 2000 pour atteindre 58 et 57 ans en 2019.

L’Afrique du Nord, elle, se rapproche de la moyenne mondiale avec 63 ans, tandis que trois sous-régions, Afrique centrale, australe et de l’Ouest restent à la traîne, avec respectivement 54, 55 et 56 ans d’espérance de vie en bonne santé. Deux explications sont avancées par le rapport : d’un côté, la performance des services de santé, qui dépend de l’investissement dans les dépenses de santé publique, et d’autre part, « les pays à revenu élevé ou à revenu intermédiaire de la tranche supérieure ont dans la plupart des cas un Indice de couverture de santé et une espérance de vie à la naissance beaucoup plus élevés que les pays à faible revenu ». 

La Centrafrique, record mondial de la plus faible espérance de vie

Les chiffres de la Banque mondiale confirment la nette longueur d’avance du Maghreb (voir tableau) en termes d’espérance de vie en général, que l’on vive malade ou pas. Les pays en conflit, pauvres et/ou qui n’investissent pas dans la santé restent sans surprise en queue de peloton, tels que la Centrafrique, le Nigeria, la Sierra Leone, le Tchad et le Lesotho.

Au Nigeria, la situation est aggravée, comme dans d’autres pays pétroliers par les inégalités sociales, ainsi que par la fuite de cerveaux massive du personnel de santé, attiré par de meilleures conditions de travail à l’étranger. Le même fléau prévaut en Égypte, un pays où l’on vit pourtant jusqu’à 72 ans en moyenne, avec 1 médecin pour 1 240 habitants (contre 1 pour 5 000 habitants au Nigeria). L’explication tient au fait que l’Égypte, comme les autres pays d’Afrique du Nord, a achevé sa transition démographique, avec une baisse concomitante des taux de natalité et de mortalité, et des investissements faits dans la santé.

 

esperance vie forte

 

Pourquoi, par ailleurs, vit-on plus dix ans de plus au Sénégal qu’en Côte d’Ivoire, où l’espérance de vie ne dépasse pas 57 ans, comme en Somalie et au Sud-Soudan ? Et ce, alors que les défaillances de l’hôpital public au Sénégal font les gros titres de la presse…

« Il y a plus de médiatisation au Sénégal, mais des scandales réguliers surviennent en Côte d’Ivoire comme au Bénin, explique Gilles Yabi, le fondateur du West African Think Tank (WATHI). Le Sénégal a fait des progrès plus importants en termes de santé maternelle et néonatale qu’ailleurs dans la sous-région. Or, la santé des 0-5 ans influence beaucoup l’espérance de vie, en plus de facteurs sociaux difficiles à mesurer, tels que l’hygiène de vie, l’activité physique et l’alimentation ».

La Côte d’Ivoire au même niveau que la Somalie

Les deux seuls pays d’Afrique à revenus élevés s’en tirent mieux, comme les Seychelles et Maurice, mais l’argent n’est pas toujours synonyme de longévité. « Le lien avec le PIB par habitant n’est pas forcément le plus déterminant, contrairement à l’investissement public dans la santé », estime Mabingué Ngom, conseiller spécial du Directeur exécutif du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et directeur du bureau de l’UNFPA auprès de l’Union africaine.

La Guinée équatoriale, 1,4 million d’habitants, affiche une espérance de vie aussi faible que la Guinée-Bissau, alors que son revenu est dix fois supérieur. Autre curiosité notable : au Mali et au Cameroun, dont les PIB par tête vont quasiment du simple au double, on ne vit en moyenne pas plus de 59 ans.

 

esperance vie faible

 

Au Gabon, où la prévention et la lutte contre le cancer sont moins négligées, l’espérance de vie dépasse de six ans celle des voisins congolais, qui plafonne à 60 ans à Kinshasa comme à Brazzaville.

Quant à l’Afrique du Sud, elle se situait au même niveau que les Comores, le Liberia et le Ghana, 64 ans en 2019. Trois pays qui sont loin d’être industrialisés comme elle. L’ampleur prise par le virus du Sida a tout changé dans les années 2000, avec une part de 19 % des 15-49 ans séropositifs aujourd’hui. Selon Statistics SA, l’espérance de vie à la naissance sans le VIH/Sida, qui cause 23 % des décès, s’élevait à 69 ans en moyenne en 2019. Les ravages faits par le Covid-19 se sont ajoutés à ceux du Sida, et ont fait reculer de trois ans le temps que l’on peut espérer vivre en Afrique du Sud. Celui-ci est passé à 61 ans en 2021, comme au Burundi, l’un des pays les plus pauvres d’Afrique.

 

Black Panther 2 : les Africaines vont-elles (enfin) prendre le pouvoir ?

Le premier opus de Black Panther traduisait le choix de la diversité dans l’univers Marvel. La bande annonce de la suite augure une féminisation…

Mis à jour le 15 août 2022 à 10:37
 
Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

 

.panther

 

© Damien Glez

 

Il y a quatre ans, la production de Marvel-Disney « Black Panther » réjouissait l’Afrique par son succès imprévisible bien au-delà du continent évoqué dans l’intrigue. Si le blockbuster dépeignait un pays africain galvanisant – surpuissant et à l’histoire exempte de colonisation –, c’est sur la planète entière que le nombre d’entrées en salle sera remarquable. Pas de phénomène de niche « afro ». Rien ne semblait donc devoir dissuader les producteurs de concevoir une suite aux aventures du Wakanda…

À LIRE« Black Panther », un miroir pour les Africains

Rien sauf, peut-être, le décès, en 2020, à 43 ans, de Chadwick Boseman, interprète du rôle titre de Black Panther. Mais la rentabilité a ses raisons que la créativité ignore d’autant moins que les comics originels de la « panthère » avaient esquissé des scénarios de passation de super-pouvoirs. Le personnage incarné par Boseman devrait donc être annoncé mort dans la suite de la super-production. Un deuxième opus qui vient d’être non seulement confirmé mais dont les premières images viennent d’être dévoilées dans un trailer événementiel. Le long métrage est intitulé « Wakanda Forever »…

Amazones du Dahomey