Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Mali-Russie : la livraison d’hélicoptères qui ravive la polémique Wagner

Mis à jour le 5 octobre 2021 à 16:41

Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.


Damien Glez © Damien Glez

Officiellement, elle n’a pas de lien avec les négociations présumées du Mali avec le groupe Wagner en vue du déploiement de mercenaires dans le pays. Mais la livraison par Moscou de quatre hélicoptères à Bamako ne va pas apaiser les tensions avec Paris.

Tout pourrait paraître très limpide dans le plus simple des mondes diplomatiques. La France, officiellement présente militairement au Mali sur demande de l’État sahélien, est légitime à envisager l’interruption partielle ou complète de son intervention sans être accusée d’« abandon en plein vol ». De même, l’État malien, qui se présente aujourd’hui comme dégagé des sempiternels arrangements politiciens, est aussi légitime à indiquer poliment la sortie aux treillis français qu’à négocier une collaboration militaire accrue.

De même, la France, dont les chemins de traverse extra-hexagonaux sont soumis à la validation d’une représentation nationale issue des urnes, est légitime à exprimer une gêne à composer avec une junte, voire une incompatibilité d’exercice avec quelque mercenariat que ce soit. De même, le Mali souverain et assailli, quel que soit le caractère accidenté de son parcours démocratique actuel, est légitime à faire appel à des agents de sécurité privés…

Jeux de dupes

Dans ce jeu d’échecs aux règles officiellement définies, le positionnement des pièces de chacun devrait éclaircir l’issue courtoise de la partie. À condition d’être sûr de l’identité exacte des joueurs qui se font face. Or, la simplicité enfantine de ce schéma théorique est traversée par des intérêts de multiples natures, des messages diplomatiques en creux, des faux-semblants entre acteurs privés et publics, des jeux de dupes et un populisme qu’un XXIe siècle présumé rationnel ne cesse de porter aux nues.

Alors que se prépare un sommet Afrique-France sans chef d’État africain et que, sur le continent, le Premier ministre centrafricain affirme qu’il n’existe « nulle part » un contrat entre son pays « et une société de sécurité privée russe », le ministre malien de la Défense a réceptionné, le 30 septembre dernier, quatre hélicoptères Mi-171 fournis par la Fédération de Russie, ainsi que des armes et des munitions. Antichambre d’un déploiement du groupe paramilitaire Wagner qui serait synonyme de mépris à l’égard des Européens occidentaux ? Rapprochement inopiné avec les autorités de Moscou ?

NUL DOUTE QUE LE SOMMET RUSSIE-AFRIQUE FERA, LUI, LA PART BELLE AUX CHEFS D’ÉTATS AFRICAINS, ÉLUS OU PAS…

Guerre froide en Afrique ?

Ni recours au privé, ni précipitation, répond le colonel Sadio Camara, qui précise que la livraison du nouveau matériel russe s’inscrit dans le cadre d’un accord de coopération militaire public-public signé en 2019. Les quatre hélicoptères neufs auraient été payés par « le budget national » malien et les armes et munitions seraient offertes par une Russie « fiable », « sérieuse » et « rapide ». Des livraisons qui, selon les observateurs spécialisés dans les questions sécuritaires, devraient permettre à des sociétés russes de bénéficier de contrats de mise en condition opérationnelle et de maintenance.

La fourniture de matériels comme prologue de services après-vente privés est une pratique partagée par de nombreux pays, parmi lesquels les détracteurs de Moscou. Mais plus que des deals « gagnants-gagnants » d’États VRP, les grognons pointent un risque de résurrection de la guerre froide sur le terrain africain. Un terrain où l’URSS de l’époque, qui n’y eut aucune colonie, appuya certains mouvements de libération.

Wagner, pas Wagner ? Barkhane, plus Barkhane ? Plus ou moins enlisées dans le sable sahélien, les pièces de l’échiquier malien devraient s’estomper ou émerger – c’est selon – à l’horizon 2022, sans doute plus vite que le calendrier électoral. Et nul doute que le prochain sommet Russie-Afrique fera, lui, la part belle aux chefs d’États du continent, élus ou pas…

Burkina Faso: après la mort d'une étudiante, une marche blanche contre l'insécurité

Une marche blanche a été organisée à Ouagadougou le 3 octobre 2021 pour rendre homme à Ina Mounia Drabo, étudiante de 19 ans assassinée dans son quartier.

Une marche blanche a été organisée à Ouagadougou le 3 octobre 2021 pour rendre homme à Ina Mounia Drabo, étudiante de 19 ans assassinée dans son quartier.
 © RFI / Yaya Boudani

Au Burkina Faso, des centaines de personnes ont marché ce dimanche 3 octobre pour exiger plus de sécurité dans les quartiers périphériques de la capitale. Ouagadougou fait face à une montée de l’insécurité urbaine qui inquiète les populations 

Avec notre correspondant à OuagadougouYaya Boudani

Il ne se passe presque pas une semaine sans que les populations de certains quartiers de Ouagadougou, au Burkina Faso, ne subissent des vols à main armée entraînant parfois des morts. Le dimanche 26 septembre dernier, de retour de son sport, Ina Mounia Drabo, une jeune étudiante de 19 ans a été assassinée à quelques pas de son domicile dans le quartier Rimkieta de Ouagadougou.

Ce dimanche, les populations sont descendues dans la rue pour réclamer justice pour Ina et interpeller les autorités communales sur la situation d’insécurité dans leur quartier et les autres quartiers périphériques de la capitale. 

Voisins ou camarades de classe… Vêtus de blanc, les manifestants ont déposé une gerbe de fleur sur le lieu où la jeune étudiante de 19 ans a été tuée d’une balle dans la tête par des personnes ayant emporté sa moto.

« Nous sommes tous choqués ici, nous prions pour que son âme repose en paix et que les auteurs de ce crime soient arrêtés et que justice soient faite pour elle et pour toutes les autres victimes », témoigne un participant de la marche blanche. « J’ai battu le pavé avec mes camarades pour que nous puissions dénoncer cette insécurité qui a coûté la vie à Ina et bien d’autres », raconte un autre.

« En plein jour, on peut vous agresser ici »

Impuissant face à cette montée de la criminalité urbaine, Kassoum Simporé le maire du 8e arrondissement en appelle au ministère de la Sécurité : « Notre arrondissement n’a pas, jusqu’à présent, bénéficié d’un commissariat, ni d’une gendarmerie. En plein jour, on peut vous agresser ici. » Rimkieta, comme de nombreux quartiers périphériques de la capitale est confronté à une insécurité galopante malgré le démantèlement de plusieurs réseaux par les forces de sécurité intérieure. 

Abdoulaye Sourgou, ex-député sous la transition, estime que la lutte contre le terrorisme, ne doit pas faire oublier la criminalité urbaine. « Nous savons que c’est vrai, les forces de sécurité sont très prises par la lutte contre le terrorisme, mais il faut quand même que les zones civiles soient sécurisées. Ce n’est pas la première fois. Il y a un voisin de quartier aussi qui a été assassiné il n’y a même pas deux mois », explique-t-il.

En visite dans la famille de l’étudiante assassinée, le maire de Ouagadougou a insisté sur la nécessité de mettre en place une police de proximité et des comités de veille dans chaque quartier pour lutter contre l’insécurité urbaine dans la capitale.

Gbagbo, Alpha Condé, IBK, Kaboré, Issoufou… La gouvernance en cinq leçons, par Marwane Ben Yahmed

Mis à jour le 4 octobre 2021 à 09:30

Marwane Ben Yahmed

Par Marwane Ben Yahmed

Directeur de publication de Jeune Afrique.


Cérémonie de prestation de serment d’Idriss Déby Itno en août 2016, à N’Djamena © BRAHIM ADJI/AFP

Sortis du même moule anticolonialiste et tiers-mondiste, ces cinq chefs d’État ont suivi une trajectoire en tout point comparable. Sauf après leur accession au pouvoir…

Une jeunesse étudiante française marquée du sceau de l’éveil politique, à gauche et même à l’extrême gauche, un attachement viscéral aux idéaux anticolonialistes et tiers-mondistes portés par l’emblématique Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (Feanf), des parcours de militants pugnaces de la démocratie et d’opposants courageux, souvent contraints à l’exil, une proximité assumée avec l’Internationale socialiste (IS), et puis le grand soir, l’élection tant recherchée et enfin acquise à la tête de l’État…

L’Ivoirien Laurent Gbagbo (élu en 2000), le Guinéen Alpha Condé (2010), le Nigérien Mahamadou Issoufou (2011), le Malien Ibrahim Boubacar Keïta (2013) et le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré (2015), notre « club des cinq » d’Afrique de l’Ouest, cultivent de très nombreux points communs.

Des rives de la Seine, où s’est façonnée leur culture politique, notamment au sein de la fameuse Feanf, aux palais présidentiels qu’ils ont conquis, de leurs comparses d’antan, Solange Faladé, Félix Mounié, Emmanuel Bob Akitani, Francis Wodié, Djéni Kobina, Seyni Niang ou Albert Tévoédjrè, qui firent résonner les murs de la rue Béranger où se déroulaient les AG de la fédération estudiantine, à leurs homologues chefs d’État avec lesquels ils ont partagé pouvoir, ors, privilèges et responsabilités. Ils se connaissent depuis longtemps, échangent régulièrement, et les leurs se fréquentent. La solidarité entre camarades de l’IS a souvent joué (sauf pour Gbagbo), surtout lorsque François Hollande dirigeait la France et qu’ils avaient ses faveurs…

Immenses attentes

Plus que tout autre président, du moins ceux issus du moule classique, ils ont suscité d’immenses attentes. Leurs idéaux originels – le patriotisme, la véritable indépendance, la démocratie, les libertés, le sens de la justice sociale –, leurs parcours d’opposants qui n’ont jamais hésité à affronter le maître du moment, leurs convictions profondes proclamées au fil de leurs carrières…

Autant d’ingrédients qui ont rallumé la flamme de l’espoir chez leurs concitoyens. Celui d’une autre gouvernance, plus ouverte, plus moderne, plus courageuse, plus juste, plus soucieuse des démunis, plus attachée à la souveraineté de nations jusqu’ici habituées à se laisser piétiner par les grandes puissances.

Ici s’arrête le fabuleux destin commun de nos cinq camarades. La matrice originelle est une chose, ce que l’on en fait en est une autre. Laurent Gbagbo est tombé en avril 2011, victime de son entêtement ou de son aveuglement. Ibrahim Boubacar Keïta aussi, en août 2020, pour les mêmes raisons. Et tout dernièrement, c’est Alpha Condé qui a été emporté par un coup d’État.

Il n’est nullement question ici de justifier les putschs ou l’usage de la force militaire pour mettre fin au règne d’un président. En revanche, il convient de souligner l’échec de ces trois chefs d’État dans tous les domaines où ils étaient censés briller, évoqués plus haut. Les opposants au long cours qui arrivent tardivement (et à un âge avancé) au pouvoir font rarement de bons chefs… Gbagbo, IBK et Alpha n’ont jamais mis en pratique, ou si peu, ce qu’ils ont si longtemps appelé de leurs vœux avant d’être en position de le faire.

GBAGBO ÉTAIT UN VÉRITABLE ANIMAL POLITIQUE, MAIS CERTAINEMENT PAS UN LEADER DESTINÉ À PRÉSIDER AUX DESTINÉES DE TOUTE UNE NATION

Il y a parfois certaines circonstances atténuantes, notamment la tentative de coup d’État dont a été victime le « camarade Laurent » en septembre 2002 et ses conséquences, mais il y a tout de même loin de la coupe aux lèvres. Gbagbo s’est comporté en chef de clan, certes au sein d’une citadelle assiégée. C’était un politicien madré, un véritable animal politique doté d’une intelligence au-dessus de la moyenne, mais certainement pas un leader destiné à présider aux destinées de toute une nation. Il avait trop de comptes à régler et d’œillères culturelles pour le devenir.

Roi fainéant

Ibrahim Boubacar Keïta ? Il s’est révélé plus roi fainéant que capitaine d’un navire pris dans la tempête. On appelle cela le principe de Peter : un cadre qui s’est élevé à son niveau d’incompétence… Quant à Alpha Condé, si nul ne met en doute sa détermination ni son patriotisme, il n’en demeure pas moins que lui aussi a failli dans sa mission, a fortiori quand on compare le pourfendeur de Lansana Conté et l’homme d’État dans l’exercice de ses fonctions.

FRAPPÉ DU SYNDROME D’HUBRIS, ALPHA CONDÉ SAVAIT TOUT MIEUX QUE TOUT LE MONDE, ET SEUL SON POINT DE VUE COMPTAIT

« Alpha » était visiblement frappé du syndrome d’hubris, cette perte du sens des réalités que les Grecs avait identifiée et combattue dès l’Antiquité. C’est-à-dire la démesure, le crime d’orgueil puni par les dieux, qui a inspiré à David Owen, un ancien ministre britannique des Affaires étrangères, également médecin, l’ouvrage In Sickness and in Power (Dans la maladie et le pouvoir), dans lequel il cite quatorze symptômes résultant de la transformation de la personnalité de dirigeants politiques au contact du pouvoir. Absence de sens critique, arrogance, rejet des opinions alternatives, sentiment d’impunité… Bref, Alpha savait tout mieux que tout le monde, et seul son point de vue comptait.

Concernant Gbagbo, IBK et Condé, l’analyse est hélas limpide : ces chefs, chargés de prendre les décisions et de conduire leurs pays sur la voie qu’ils avaient pourtant tracée de longues années durant, ont développé, une fois au pouvoir, une totale inaptitude à le faire lucidement. Pis, leur comportement était en totale contradiction avec les idéaux qui les ont forgés.

L’exemple d’Issoufou et de Kaboré

Certes, quand on devient chef de l’État, il est nécessaire de faire des compromis avec sa conscience ou ses principes. Il serait naïf, voire hypocrite de penser le contraire. Les chimères du militantisme ou de l’idéalisme cèdent la place au pragmatisme. Le pouvoir, sa conquête comme son exercice, implique quelques entorses aux règles que l’on se fixait auparavant. Il faut apprendre à fermer les yeux, à s’allier avec des gens que l’on n’apprécie guère, à chercher là où il se trouve l’argent nécessaire à ses ambitions ou à celles de son pays, à faire preuve de souplesse… Mais ces « arrangements » avec la morale ou la loi ne se justifient que si leur objectif final se confond avec l’intérêt général. Ce qui n’a pas été, tant s’en faut, le cas.

Roch Kaboré, réélu en novembre 2020, et Mahamadou Issoufou, qui a transmis après deux mandats le flambeau nigérien à Mohamed Bazoum en avril dernier, font, eux, figure d’exemples au sein de cette « fratrie ». Ils n’ont bien sûr pas tout réussi, et beaucoup reste à faire dans leurs pays. Mais ils sont restés fidèles à eux-mêmes, plaçant leur mission au-dessus de la famille, du clan, de l’ethnie pour devenir les présidents de tout un pays.

Leur gouvernance, plus transparente et consensuelle, s’attache à servir l’intérêt général. La vie démocratique est plus saine que sous leurs prédécesseurs, les libertés ont progressé, l’économie également, malgré un contexte, sécuritaire notamment, délicat. Issoufou a su se retirer à temps et nul doute que Kaboré en fera de même. Il l’a d’ailleurs promis.

« Je suis très heureux de la victoire de mon ami Roch. On est très liés, et nos destins, bizarrement, se sont recoupés. On a été Premiers ministres, puis présidents de l’Assemblée nationale en même temps. Et voici qu’il rejoint la fratrie… », confiait IBK au lendemain de l’élection de Kaboré, en novembre 2015. Une fratrie au sein de laquelle tout le monde n’a pas retenu – et a fortiori appliqué – les mêmes leçons…

Mali: premières réactions politiques aux propos du président français

Juin 2021, soldats français de la force Barkhane au Mali

Juin 2021, soldats français de la force Barkhane au Mali 
AP - Jerome Delay

Au Mali, les réactions aux propos peu amènes du président Macron, jeudi, à l'encontre des autorités de transition et notamment du Premier ministre Choguel Maïga. Les partis M5-RFP et le parti Yelema réagissent sur RFI mais du côté des autorités de Bamako, silence radio alors que sur le terrain, la coopération avec Paris se poursuit.

Au Mali, les propos virulents et peu diplomatiques d'Emmanuel Macron font réagir. Après les accusations, samedi dernier à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU, du Premier ministre de transition Choguel Maïga d'un « abandon en plein vol » de son pays par la France, le président français a notamment parlé jeudi soir « d'une honte, qui déshonore ce qui n’est même pas un gouvernement », dénonçant un gouvernement peu légitime issu de deux coups d'Etat...

Jeamille Bittar pour le M5-RPF

Pour Jeamille Bittar, le porte-parole du mouvement M5-RFP qui soutient les dirigeants de la transition joint par François Mazet, cette sortie est une « déception » et les Français sont désormais des « ennemis voilés » qui doivent quitter le Mali.

« C’est le néo-colonialisme qui continue. Les Maliens n’ont pas, aujourd’hui, de visibilité par rapport à cette présence militaire française en République du Mali. Il y a beaucoup de non-dits. Comme la France avait déjà décidé de changer de méthodologie et de changer de stratégie -sans concertation préalable- nous préférons avoir aujourd’hui des mercenaires, que d’avoir des ennemis voilés en amis ».

RFI : Pour vous, on en est là ? Les Français sont devenus des ennemis voilés ?

« Oui, des ennemis voilés. Je ne dis pas le peuple français, les gens français… je parle de la politique française à l’heure actuelle ; nous disons non et nous allons nous assumer jusqu’au bout ! C’est à nous, maintenant, de décider de qui peut rester, qui ne peut pas rester ! Les Français doivent partir. Ils nous ont abandonnés… Nous, nous disons que ce n’est plus à eux de nous dire qu’ils vont partir. Le peuple va demander simplement à ce qu’ils partent ».

Hamidou Doumbia pour Yelema

De son côté le parti Yelema critique le ton « paternaliste » du président français et considère de manière générale que cette « guerre diplomatique » ne fait que renforcer les jihadistes. Gaëlle Laleix a joint Hamidou Doumbia, secrétaire politique et porte parole du parti Yelema

« Le ton du président Macron est un peu paternaliste. Il aurait dû retenir les leçons de ce qui s’est passé à Pau. Les populations africaines n’étaient pas du tout contentes du fait qu’on ait convoqué, d’une certaine manière leurs responsables. Le président Macron aurait pu utiliser un ton beaucoup plus diplomate, aurait dû adopter une autre démarche qui aurait pu permettre d’apaiser les tensions… Nous avons un peuple qui souffre depuis plus de dix ans de terrorisme ! Que les populations entendent cette guerre diplomatique qui ne dit pas son nom, ça renforce encore les jihadistes. Les deux États doivent se comprendre, discuter d’un partenariat gagnant-gagnant. Et il faut que les deux États tirent les leçons nécessaires de ce qui s’est passé. S’il y a exaspération, c’est que les populations ont du mal à voir l’efficacité de l’intervention des forces étrangères sur le territoire malien ».

Sur le terrain, la coopération se poursuit

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A Bamako, officiellement, un peu comme si pour le moment on refusait l’escalade, il n’y a pas de réaction après la sortie du président français, rapporte notre correspondant, Serge Daniel.

Et sur le terrain, c’est main dans la main que les troupes françaises et maliennes travaillent. Ainsi, selon des informations fournies par la force française Barkhane et confirmées de source militaire malienne, les militaires des deux pays ont encore traqué ensemble, ces derniers jours, des terroristes dans le nord du Mali.

C’est le cas dans la région de Gossi, où le Groupement tactique désert de Barkhane et une campagne des forces armées maliennes ont neutralisé des groupes terroristes. Dans la même région, ce sont les militaires maliens, avec le soutien aérien de Barkhane, qui ont mené des opérations de reconnaissance dans un secteur qu’ils fréquentaient peu.

Mais le Mali prouve qu’il entend approfondir sa coopération militaire avec un autre pays, la Russie. Tôt, ce vendredi, le ministre malien de la Défense, le colonel Sadio Camara, s’est rendu à l’aéroport de Bamako pour réceptionner quatre hélicoptères vendus à son pays par la Russie. 

► À lire aussi la CMA dénonce à son tour les discussions entre Bamako et le groupe russe Wagner

Campagnes françaises et immigration: un peu plus de 4 % des habitants ont des origines de plus en plus variées|The Conversation

Que représente aujourd’hui l’immigration dans les campagnes françaises ? Comment se répartit-elle sur le territoire national et quelles sont ses caractéristiques ? Exploitant les recensements de population, nous examinons ici comment la population immigrée a évolué dans les campagnes françaises depuis les années 1970, à la fois en nombre, en part de la population, et dans ses origines.

Julie FromentinInstitut National d’Études Démographiques (INED) and Pierre PistreUniversité de Paris

En France métropolitaine, les habitants immigrés ou étrangers représentent une faible part (respectivement 4,3 % et 2,5 %) mais constante de la population des campagnes depuis les années 1970. S’ils résident principalement dans les régions frontalières, dans l’ouest de la France ou à proximité des grandes et moyennes agglomérations, leur répartition spatiale est de plus en plus homogène et concerne l’ensemble des campagnes.

Les immigrés d’Europe du Sud, d’Europe de l’ouest et du nord, et du Maghreb, sont les plus nombreux ; ils se différencient notamment par la taille des ménages dans lesquels ils vivent, plus petits pour les Européens. Mais d’autres groupes ont vu leurs effectifs augmenter et participent à la lente croissance des effectifs des immigrés et des étrangers, et à une diversification de leurs origines géographiques depuis au moins les années 1990.

La population des campagnes françaises évolue principalement sous l’effet des mobilités résidentielles]. Depuis les années 1970-1980, les arrivées compensent majoritairement les départs – ainsi que le déficit naturel lié à ce que les décès restent un peu plus nombreux que les naissances. Elles contribuent à l’évolution de la composition sociale et des origines géographiques. Les arrivées concernent principalement des Français de naissance mais aussi des immigrés ; par exemple des retraités venus de pays du nord de l’Europe attirés par les conditions de vie agréables et le faible coût de l’immobilier, des actifs en particulier européens venus travailler dans l’agriculture ou dans le bâtiment, plus récemment des exilés du Proche et du Moyen-Orient, d’Asie et d’Afrique.

Un poids actuel comparable à celui des années 1970

Les campagnes françaises comptaient environ 714000 immigrés (personnes nées étrangères à l’étranger) en 2015, soit 4,3 % de leur population. Cette proportion est moindre que celle pour l’ensemble de la population de la France (9,3 %) et que celle dans les autres espaces à dominante urbaine (11,1 %). Autre constat, la population immigrée des campagnes a connu une double tendance depuis les années 1960 (figure 1).

Figure reprise de Julie Fromentin et Pierre Pistre, 2021, L’immigration dans les campagnes françaises : des effectifs limités mais des origines qui ne cessent de se diversifier. Population et Sociétés n° 591, p. 1-4, Fourni par l’auteur

Dans une majorité de territoires, elle est aujourd’hui à peu près équivalente en volume et en proportion à celle du milieu des années 1970, période principale de l’immigration de travail dans l’industrie, y compris rurale, et dans l’agriculture.

Dans les autres territoires, peu concernés par cette immigration de la fin des Trente Glorieuses, une progression mesurée est enregistrée seulement à partir des années 1990. Cette deuxième tendance a pour conséquence que la population immigrée des campagnes françaises est répartie de manière plus homogène aujourd’hui que dans les années 1970.

C’est également le cas pour les personnes de nationalité étrangère. Elles représentaient 487000 habitants des campagnes en 2015 – soit 2,5 % de leur population (contre 7,8 % dans les autres espaces à dominante urbaine) –, et leur distribution dans les intercommunalités (EPCI, établissements publics de coopération intercommunale) apparaît également plus homogène que dans les années 1970 (figure 1).

Une inégale répartition dans les campagnes françaises

Aujourd’hui la proportion d’immigrés dans les campagnes est plus élevée dans certaines régions (figure 2), d’abord dans celles proches des frontières belge, allemande, suisse, et dans une moindre mesure italienne et espagnole, en raison surtout des mobilités domicile-travail facilitées entre pays membres de l’Espace Schengen.

Figure reprise de Julie Fromentin et Pierre Pistre, 2021, L’immigration dans les campagnes françaises : des effectifs limités mais des origines qui ne cessent de se diversifier. Population et Sociétés n° 591, p. 1-4, Fourni par l’auteur

Elle est également plus élevée dans les campagnes proches des grandes agglomérations – notamment Paris, Lyon ou Toulouse – et participe ainsi à la poursuite des dynamiques de périurbanisation. Un troisième espace d’implantation correspond aux arrière-pays du sud et de l’ouest du territoire national, à la façade méditerranéenne et au Sud-Ouest, où se trouvent surtout des immigrés originaires de pays de la péninsule ibérique, et aussi du nord et de l’ouest de l’Europe.

En outre, ces logiques de répartition spatiale se doublent de différences selon la nationalité des immigrés (figure 3).

Figure reprise de Julie Fromentin et Pierre Pistre, 2021, L’immigration dans les campagnes françaises : des effectifs limités mais des origines qui ne cessent de se diversifier. Population et Sociétés n° 591, p. 1-4, Fourni par l’auteur

Dans les campagnes à proximité des grandes et moyennes agglomérations, surtout dans la moitié nord du pays, les immigrés qui ont acquis la nationalité française sont surreprésentés par rapport à la moyenne nationale (40 % des immigrés) ; il s’agit souvent d’immigrés ayant effectué des migrations internes en France où ils résident depuis longtemps. À l’inverse, les immigrés de nationalité étrangère sont surreprésentés dans les zones frontalières du Nord et de l’Est, en Corse, au cœur de la Bretagne et dans le centre-ouest. Ces régions sont souvent des terres d’immigration plus récente, de retraités ou de travailleurs européens principalement.

Des populations aux origines géographiques variées

Les pays de naissance des immigrés sont très variés (tableau). Les Européens du Sud représentent plus de 30 % des immigrés dans les campagnes françaises – contre 18 % dans les espaces à dominante urbaine. Connaissant une baisse régulière de leurs effectifs depuis les années 1970, ils vivent le plus souvent aujourd’hui dans de petits ménages d’une ou deux personnes (respectivement 15 % et 44 % des individus immigrés), une proportion équivalente à celle du reste du territoire national (57 %). Ils sont par ailleurs surreprésentés dans le sud du pays où se sont installés de nombreux Espagnols, Portugais et Italiens dès le début du XXᵉ siècle, pour des motifs aussi bien politiques qu’économiques.

Tableau repris de Julie Fromentin et Pierre Pistre, 2021, L’immigration dans les campagnes françaises : des effectifs limités mais des origines qui ne cessent de se diversifier. Population et Sociétés n° 591, p. 1-4, Fourni par l’auteur

Environ un quart des immigrés sont originaires d’Europe du Nord et de l’Ouest, et ils partagent avec ceux du Sud le fait de vivre majoritairement dans de petits ménages (64 %). Les Britanniques représentent à eux seuls 11 % des immigrés des campagnes et sont surtout installés dans la France de l’Ouest ; leurs effectifs ont fortement augmenté dans les années 1990 et 2000, puis se sont tassés après la crise économique de 2007-2008. Les immigrés originaires du Benelux sont également bien représentés (8 % des immigrés) et en progression depuis les années 1970. https://www.youtube.com/embed/X_6eWAhplCM?wmode=transparent&start=0 Des Anglais installés en Vendée sont interviewés dans le contexte du Brexit (YouTube, 2020).

Même s’ils sont proportionnellement deux fois moins nombreux que dans les espaces à dominante urbaine (16 % contre 32 %), les immigrés originaires du Maghreb constituent aussi une part importante. Environ deux tiers d’entre eux vivent dans des ménages de trois personnes ou plus. Ils sont localisés en premier lieu à proximité des grandes et moyennes agglomérations, et leurs effectifs dans les campagnes progressent de manière régulière depuis les années 1970.

Enfin, plus du quart des immigrés des campagnes (27 %) sont originaires d’autres pays. Les Européens de l’Est représentent notamment 6 % des immigrés et sont en croissance depuis la décennie 2000, dans le contexte de migrations de travail (bâtiment, agriculture…) facilitées par l’élargissement de l’Union européenne. Les personnes originaires du Proche et du Moyen-Orient comptent pour 5 % des immigrés, et leurs effectifs progressent depuis les années 1970. Nés dans d’autres pays d’Afrique, en Amérique ou encore en Asie, les immigrés restants sont moins nombreux mais contribuent à la diversification des origines nationales dans les campagnes depuis au moins les années 1990 (figure 4).

Figure reprise de Julie Fromentin et Pierre Pistre, 2021, L’immigration dans les campagnes françaises : des effectifs limités mais des origines qui ne cessent de se diversifier. Population et Sociétés n° 591, p. 1-4, Fourni par l’auteur

Des origines qui ne cessent de se diversifier

La croissance des populations immigrées et étrangères récemment dans les EPCI des campagnes (figure 1 et tableau) s’est accompagnée d’une augmentation du nombre d’origines nationales différentes (figure 4). Par exemple, le nombre médian de pays de naissance différents par EPCI est passé de 42 à 62 entre les recensements de 1999 et 2015 ; la tendance est la même pour les nationalités (de 26 à 41) et concerne aussi bien les territoires d’immigration ancienne que récente. Seul un EPCI sur dix des campagnes (inférieur ou égal au 1er décile – D1) compte désormais moins de 40 pays de naissance et moins de 25 nationalités.

Ces chiffres restent logiquement inférieurs à ceux enregistrés dans les espaces à dominante urbaine (médiane par EPCI : 100 pays de naissance et 77 nationalités en 2015), du fait d’un nombre d’immigrés et d’étrangers bien plus important. Mais les écarts ont tendance à se réduire et le nombre d’origines nationales plafonne aujourd’hui à environ 140 pays de naissance et 120 nationalités dans les EPCI urbains les plus internationalisés (supérieur ou égal au 9e décile – D9). Les campagnes françaises n’échappent pas à la mondialisation dans ses dimensions démographiques et migratoires.


Cet article s’appuie sur les résultats du projet de recherche CAMIGRI et est adapté d’un article publié par les auteurs dans « L’immigration dans les campagnes françaises. Des effectifs limités mais des origines qui ne cessent de se diversifier », Population et Sociétés n° 591.

Julie Fromentin, Docteure en géographie, Institut National d’Études Démographiques (INED) and Pierre Pistre, Maître de conférences en géographie, Université de Paris

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.