Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Affaire des militaires ivoiriens : le discret appel téléphonique de Ouattara à Guterres 

Afin de maintenir la pression sur Bamako, le président ivoirien s’est tourné vers le secrétaire général des Nations unies. La suite des négociations, avec Jeune Afrique.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 12 septembre 2022 à 16:10
 
 
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Alassane Ouattara et António Guterres, en février 2020 à Abidjan. © DIRCOM/PR CIV

 

Depuis l’arrestation, à Bamako le 10 juillet, de 49 soldats ivoiriens pour « tentative d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État », Alassane Ouattara (ADO) active tous ses réseaux pour tenter de trouver une issue à cette affaire. Ses efforts se concentrent désormais sur les 46 militaires encore détenus, après la libération de trois d’entre eux le 3 septembre.

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C’est à ce sujet que le chef de l’État ivoirien s’est entretenu par téléphone le 7 septembre avec António Guterres, dont il est proche – un appel qui aurait dû avoir lieu le 8, mais que le secrétaire général des Nations unies a avancé en raison d’un déplacement au Pakistan. Et ADO a été très clair sur le sort de ses compatriotes.

Aucun chantage

Ouattara a ainsi indiqué à Guterres qu’il exigeait la libération des militaires sans qu’aucun chantage ne soit exercé. Selon nos informations, ce dernier lui a répondu qu’il allait s’impliquer personnellement dans la résolution de cette crise, et ce, dans les meilleurs délais. Les Nations unies devraient donc demander la libération des soldats avant l’ouverture, le 20 septembre à New York, des débats de l’Assemblée générale. Cette requête sera directement adressée à Assimi Goïta.

Umaro Sissoco Embaló, le président en exercice de la Cedeao, souhaite par ailleurs profiter de la présence des chefs d’État de la région aux États-Unis pour organiser, le 23 septembre, un sommet extraordinaire de l’organisation sous-régionale consacré à la Guinée et au Mali.

Ces derniers jours, le chef de l’État nigérian, Muhammadu Buhari, s’est lui aussi invité dans la médiation en dépêchant, le 10 septembre à Bamako, son ministre des Affaires étrangères, Geoffrey Onyeama. Lequel a fait passer à l’homme fort de la junte une lettre du président dans laquelle ce dernier réclame expressément « la libération, sans conditions, des 46 soldats ivoiriens ».

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Jusqu’à présent, malgré une légère pression de certaines personnalités de son entourage pour que l’État ivoirien prenne des mesures de rétorsion contre la junte malienne, Alassane Ouattara a privilégié la carte de la retenue et de la diplomatie.

Le 9 septembre, Assimi Goïta a ouvertement demandé l’extradition de caciques de l’ancien régime malien vivant – ou, pour certains, ayant vécu – en Côte d’Ivoire. Il s’agit de l’ancien Premier ministre Boubou Cissé, de l’ex-ministre des Affaires étrangères Tiéman Hubert Coulibaly, ou encore de Karim Keïta, le fils de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Ce à quoi ADO s’est toujours dit fermement opposé.

À Abidjan, le président de la transition burkinabè assure que «les engagements seront respectés»

 

Paul-Henri Sandaogo Damiba était à Abidjan ce lundi 5 septembre. Deuxième voyage à l’étranger pour le président de la transition burkinabè, après le Mali samedi dernier. Le lieutenant-colonel a été reçu par Alassane Ouattara. Au menu des discussions : la lutte contre le terrorisme, la coopération sécuritaire et économique, mais aussi le calendrier de la transition.

Avec notre correspondant à AbidjanPierre Pinto

Début juillet, la Cédéao et la junte burkinabè étaient parvenues à s’entendre sur une durée n’excédant pas 24 mois (à compter du 1er juillet 2022) pour organiser des élections. Abidjan tient donc à s’assurer que ce calendrier sera respecté, comme l’a indiqué Alassane Ouattara.

« Au niveau de la Cédéao, nous avons considéré que le Burkina faisait beaucoup d'efforts et devait continuer d'être soutenu, et que nous devrions faire en sorte que vous puissiez établir un calendrier de la transition raisonnable, et c'est ce que vous avez fait. Bien évidemment, la fin de ce processus doit être des élections démocratiques le moment venu. Nous vous faisons confiance quant à votre décision de respecter les engagements que vous avez pris. »

Rassurez-vous ! Le calendrier sera respecté, répond en substance Paul-Henri Sandaogo Damiba. « Les engagements pris au niveau de la Cédéao seront respectés et la transition œuvrera en première partie à ramener plus de stabilité à l'intérieur du pays et organisera les élections pour un retour à un ordre constitutionnel normal. »

Au rang des priorités de la junte, la sécurité est en tête. « Cette situation d’attaques terroristes concerne toute la sous-région. Nous devons tout faire pour continuer de vous soutenir », a acquiescé le président ivoirien, plaidant pour un renforcement de la coopération militaire, et l’échange de renseignements.

Enfin, le président Damiba a plaidé pour que des solutions soient trouvées entre les autorités maliennes et ivoiriennes, pour régler la question des 46 militaires ivoiriens toujours détenus à Bamako.

Tunisie: l’inflation s’accentue à quelques jours de la rentrée

 

L’inflation vient de battre un nouveau record en Tunisie: +8,6% au mois d’août contre 8,2 en juillet. Une hausse des prix qui impacte de plus en plus le pouvoir d’achat des Tunisiens à l’approche de la rentrée.

Avec notre correspondante à Tunis, Amira Souilem

Mauvaise nouvelle pour les Tunisiens à quelques jours de la rentrée scolaire. L’inflation poursuit sa tendance à la hausse. +8,6% le mois dernier. Un record cette année dû en grande partie à l’augmentation du prix des denrées alimentaires. Le tarif des œufs, par exemple, a augmenté de près de 30% en une année. La volaille de 22%.

Si les prix augmentent, c’est parce que les denrées de base viennent de plus en plus à manquer en Tunisie

Quatre millions de pauvres

Fortement endetté, l’État tunisien peine à se ravitailler sur les marchés mondiaux. Blé, sucre ou encore huiles végétales entrent en quantités insuffisantes en Tunisie.

La guerre en Ukraine est venue aggraver encore un peu plus cette situation. En renchérissant le prix des engrais, des céréales ou encore des carburants le conflit a fait augmenter les coûts de production des opérateurs économiques tunisiens et fait flamber davantage les prix.

C'est un coup dur pour le portefeuille des Tunisiens. Selon les chiffres officiels, le pays compte quatre millions de pauvres soit plus du tiers de la population.

Cette pauvreté fait craindre à certains observateurs une explosion sociale si la situation n’est pas contenue rapidement.

Guinée : Mamadi Doumbouya, de putschiste populaire à président conspué

Il y a un an, juste après avoir renversé Alpha Condé, le militaire promettait de « faire l’amour à la Guinée ». À la tête d’un régime opaque et autoritaire, il a sonné la fin de la lune de miel.

Mis à jour le 5 septembre 2022 à 17:26
 
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Mamadi Doumbouya à Conakry, le 24 août 2022. © Facebook Presidence de Guinee

 

Comme cadeau d’anniversaire de son coup d’État, Mamadi Doumbouya aurait sans doute choisi quelque chose d’autre. Un an tout juste après le renversement d’Alpha Condé, et en dépit de la « trêve » observée jusque-là, ce 5 septembre est jour de manifestation en Guinée. Organisée par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC, qui s’était dressé contre le troisième mandat de l’ancien président), la mobilisation contre les autorités de transition illustre la défiance qui prévaut dans le pays. Ce lundi, un climat délétère règne sur Conakry.

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En septembre 2021, Mamadi Doumbouya avait déjà dû interdire les manifestations. Mais elles n’avaient alors rien à voir avec celles du FNDC : c’étaient les « manifestations de soutien » à la junte qui avaient été proscrites. Il semble loin, ce temps où la Guinée avait découvert ce grand gaillard dont le regard victorieux s’affichait en taille XXL sur les murs de la ville. Il promettait alors de chasser les démons du passé hors des frontières, d’en finir avec l’instrumentalisation de la justice, le piétinement des droits humains et la corruption, et annonçait une transition « inclusive et apaisée ».

Le 27 septembre 2021, le colonel partait se recueillir au cimetière de Bambéto, où sont inhumés la plupart des victimes des manifestations organisées sous Alpha Condé. Là-même où il s’était offert ses premiers bains de foule à sa prise de pouvoir. Celui qui voulait « faire l’amour à la Guinée » vivait alors sa lune de miel.

Un an plus tard, le divorce avec les Guinéens semble consommé. Les opposants à Alpha Condé, qui applaudissaient des deux mains le coup de force des militaires, ont abandonné depuis plusieurs mois la caution de « bonne foi » accordée à Doumbouya. « Les Guinéens ne doivent plus mourir pour la politique », avait lancé Mamadi Doumbouya tout juste après la capture d’Alpha Condé. L’engagement aura tenu neuf mois.

Transition ou trahison ?

Le 1er juin dernier, la transition enregistre son premier mort par balle en marge d’émeutes contre la hausse du prix du carburant. Les autorités condamnent aussitôt un crime « inacceptable ». Les enquêtes ouvertes mènent à l’arrestation de quatre policiers. La rupture est nette avec l’ancien régime, sous lequel un seul capitaine de police avait payé pour une centaine de morts par balles.

Mais les tensions ne se sont pas arrêtées là. Les mobilisations du 28 et 29 juillet, puis du 17 août, organisées par le FNDC pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel font plusieurs morts, des blessés par balles et des dégâts matériels importants. En dépit de la dissolution du front et de l’incarcération de plusieurs de ses responsables, la protestation ne faiblit pas. « La transition est une trahison », dénoncent ses dirigeants. Pour la première fois depuis la reprise des manifestations, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, ex-parti présidentiel) d’Alpha Condé a annoncé soutenir la mobilisation, en dépit des réticences des militants et de certains cadres.

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Mamadi Doumbouya a-t-il « trahi » ses promesses ? En excluant du jeu politique les ennemis d’hier, le président de la transition a ainsi contribué à une alliance – de circonstances, certes – qui semblait impensable quelques mois plus tôt.

Tout semblait avoir bien commencé : à la prise du pouvoir du nouveau maître de la Guinée, les responsables se pressaient pour lui parler. Les anciens dignitaires du régime Condé, quant à eux, se terraient chez eux en attendant que la tempête passe. Lorsque les premiers proches de l’ancien président se sont retrouvés derrière les barreaux, peu de voix se sont fait entendre pour les défendre. Mais l’opinion a très vite basculé.

« Les gens ont commencé à se poser des questions lorsque la maison de Cellou Dalein Diallo a été rasée [lors d’une campagne de récupération des biens de l’État dirigée par la junte], analyse un ancien responsable du régime. Doumbouya avait construit tout un narratif sur la fin d’une justice aux ordres. Mais les militaires ont rasé la maison de Cellou avant même que la justice n’ait statué sur le recours qu’il avait déposé. Quand cela concernait les anciens du RPG, ça allait. Mais que Cellou, qui avait fait danser ses militants et était allé prêcher la bonne parole pour la junte, soit traité de la sorte… »

« Hormis la mise en place du CNT et, dans une certaine mesure, de la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief), le CNRD a peu travaillé sur les aspects politiques de la transition menant au retour à l’ordre constitutionnel. L’absence criante de dialogue vient dédire la volonté de rupture invoquée pour justifier la prise du pouvoir », remarque le politologue Kabinet Fofana, président de l’Association guinéenne de sciences politiques.

Pouvoir verrouillé

À l’origine de la colère, un pouvoir verrouillé, de plus en plus opaque, selon plusieurs observateurs. La composition du CNRD demeurant inconnue, seuls quelques personnages se détachent par le rôle important qu’ils jouent dans la transition, à l’instar du ministre de la Défense, Aboubakar Sidiki Camara – le « Raspoutine » de Doumbouya, comme l’appelle un connaisseur de l’armée guinéenne. Le Premier ministre, Mohamed Béavogui, à l’étranger pour y recevoir des « soins » depuis plusieurs semaines, a finalement été remplacé après des mois de tensions avec le chef de l’État.

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Mamadi Doumbouya a-t-il jamais voulu ouvrir démocratiquement le pays ? Certains penchent de plus en plus pour une autre hypothèse : si le chef des Forces spéciales s’est décidé à assaillir le palais de Sekhoutoureya, ce 5 septembre 2021, c’est parce qu’il se savait dans le collimateur d’Alpha Condé et de son puissant ministre de la Défense, Mohamed Diané. C’est tout.

DOUMBOUYA A EU PEUR D’UNE MISE À L’ÉCART QUI AURAIT PU LUI ÊTRE FATALE. IL N’AVAIT PAS L’INTENTION D’OUVRIR LE JEU POLITIQUE

« Comment expliquer sinon que Doumbouya ait été prêt à renverser ainsi le pouvoir et à ouvrir le jeu politique en Guinée ? Cela témoignait soit d’un penchant suicidaire, soit d’une volonté de se protéger lui-même, analyse un observateur. Doumbouya a eu peur de cette mise à l’écart préparée par Diané, qui aurait pu lui être fatale, et a su jouer de l’exaspération politique existante. Son attitude politique quasi inexistante prouve bien qu’il n’avait pas l’intention d’ouvrir le jeu politique. »

L’action de médiation entreprise par la Cedeao laisse peu de place à l’espoir au sein de la classe politique. « Les militaires ne se sentent pas concernés par le dialogue. D’ailleurs, pour eux, il n’y a pas de crise en Guinée. Tant qu’ils seront en position de force, il n’y a rien à attendre de cette médiation », observe un responsable politique.

Un an après le coup, le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) a fourni une seule indication concernant la transition : sa durée, de trente-six mois, entérinée le 11 mai dernier par le Conseil national de la transition (CNT), l’organe législatif de la transition. « À part ça, nous n’avons pas de chronogramme, pas de date fixée pour les élections, rien. Sans visibilité sur ces questions, on va de tensions en tensions », ajoute notre interlocuteur. Les responsables des grands partis politiques (RPG, Union des forces démocratiques de Guinée, et UFR) sont pour la plupart exilés ou emprisonnés. Les responsables des plus petits partis, eux, se gardent bien de critiquer l’action du CNRD, quand ils ne travaillent pas en coulisses avec la junte.

Pressions

Le leader du Mouvement populaire démocratique de Guinée (MPDG), Siaka Barry, est de ceux-là. Le responsable politique loue les « avancées majeures » du pays depuis le 5 septembre, comme les réformes administratives (rajeunissement de l’administration publique, promotion des Guinéens de la diaspora), la poursuite des grands chantiers routiers, la finalisation de certaines infrastructures sociales… « Certes, certaines méthodes de la Crief gagneraient à être plus raffinées et mieux ajustées, mais elle reste l’un des acquis les plus notoires de cette transition », défend aussi Siaka Barry. La Cour de répression des crimes économiques et financiers, bras judiciaire de la campagne de moralisation de la vie publique et de renforcement de la bonne gouvernance, passe pourtant pour un moyen privilégié par le chef de l’État pour éliminer les « obstacles” politiques qui se dressent sur sa route.

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En neuf mois, Mamadi Doumbouya a changé trois fois de Garde des sceaux. L’actuel ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Alphonse Charles Wright, joue sa crédibilité, acquise durant ses années d’exercice de la fonction de juge, et se retrouve à couteaux tirés avec les magistrats. Quant à l’agenda du CNRD, dont les contours demeurent flous  ? « Nous n’avons aucune raison de douter de la bonne foi et de la volonté des nouvelles autorités à remplir cet engagement », avance Siaka Barry. Il est bien l’un des derniers.

Soumise à la pression de la communauté internationale, la junte a jusqu’à présent réussi à échapper à la menace des sanctions. «Trente-six mois, ce n’est pas méchant », glissait il y a quelques mois une source officielle française à l’annonce de la durée de la transition. « On n’aura pas de scénario à la malienne en Guinée, ajoute une autre source française, qui décrit le président comme « profondément pro-français ».

Lorsque ce dernier démet Alpha Condé, le 5 septembre dernier, il prend très vite attache avec l’ambassade de France à Conakry – et en dépit de sa prise de pouvoir anti-démocratique, ni les liens ni la coopération n’ont jamais été rompus avec Paris. En juin dernier, la France n’avait pas hésité à rendre publique la rencontre du ministre de la Défense, Aboubakar Sidiki Camara, et du chef d’état-major des armées français, Thierry Burkhard. « Doumbouya jouit encore d’une certaine crédibilité à Paris, qui a besoin de la Guinée pour tenir l’arc sahélien. Si la Guinée nous lâche, cela déséquilibre tout. Cela fait du colonel un allié obligé. »

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Le soutien de Paris suffira-t-il à Doumbouya pour tenir face à une pression accrue ? « La situation n’est pas stable et l’armée n’est toujours pas constituée en unités organisées mais en factions, prévient un spécialiste des questions de défense. Les gens accumulent les frustrations. » Mamadi Doumbouya parviendra-t-il à les apaiser ? « Le pays est calme jusqu’aux élections, mais en période électorale il devient intenable, observe notre source. C’est pour ça que Doumbouya les repousse au maximum. »

 

Togo : la stratégie à double niveau de Faure Essozimna Gnassingbé contre les groupes armés

Face à la menace terroriste, en particulier dans la région des Savanes, placée sous état d’urgence depuis la mi-juin, Lomé mobilise les grands moyens.

Par  - À Lomé
Mis à jour le 5 septembre 2022 à 17:43
 
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Le président togolais Faure Essozimna Gnassingbé, en juillet 2022, à Kpendja. © Emmanuel Pita

 

Réorganisation militaire sur le terrain, renforcement des effectifs, achat d’équipements, renseignement… En six mois, l’extrême-nord du Togo, frontalier avec le Burkina Faso, a été la cible de terroristes à cinq reprises. Il a subi sa première attaque dans la nuit du 10 au 11 mai 2022, contre le poste militaire de Kpékpakandi : 8 soldats ont été tués et 13 autres blessés. À la mi-juillet, des incursions jihadistes ont frappé des villages de Gnoaga et Gouloungoussi, où l’état-major général des Forces armées togolaises (FAT) a déploré « plusieurs morts ».

Alliance nationale

Condamnées et qualifiées de « barbares » et de « lâches » par le gouvernement togolais, ces attaques sont suivies de près par le président Faure Essozimna Gnassingbé, qui est monté au front en personne. D’une part, pour rassurer la population et les FAT ; d’autre part, pour réaffirmer son engagement à protéger l’intégrité du territoire, en misant sur le patriotisme et la proximité, appelant à une alliance nationale contre le terrorisme.

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Au lendemain des attaques de Gnoaga et Gouloungoussi, c’est dans une atmosphère lourde que le chef de l’État s’est exprimé en chef de guerre devant les représentants des forces vives de la région des Savanes, placée sous état d’urgence sécuritaire depuis le 13 juin. La voix était ferme, le ton rassurant : « En ces moments d’affliction, je réaffirme ma détermination à lutter contre le terrorisme, afin de protéger nos populations et de garantir la paix et la quiétude. »

Davantage d’effectifs et d’équipements

Pour donner davantage de moyens aux FAT, qui verront leurs effectifs s’étoffer de plus de 2 000 hommes, un budget de 43,4 milliards de F CFA (plus de 66 millions d’euros) est prévu pour l’achat d’équipements de guerre, auxquels s’ajoutent 21,9 milliards pour la formation et le déploiement des forces. Quant à la loi de programmation militaire 2021-2025 – adoptée fin 2020 –, elle a été dotée d’une enveloppe de 722 milliards de F CFA, avec pour objectif de renforcer les équipements des FAT.

Déjà, le bataillon d’intervention rapide (BIR) de Sokodé a été déplacé vers une base de Dapaong et pourvu de drones d’attaques turcs TB2, certains postes avancés ont vu leurs effectifs renforcés et une cellule d’analyse de risques a été ouverte au début de juillet pour recevoir des informations sur les menaces terroristes auxquelles sont confrontés d’autres pays et aider les experts togolais à proposer de meilleures réponses.

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Dans le nord du pays, l’opération Koundjoaré a été institutionnalisée au début d’août avec la nomination d’un commandant, le lieutenant-colonel Latiembé Kombaté – ex-chef de corps du régiment parachutiste commando (RPC). Sa mission est de sécuriser les frontières pour prévenir une éventuelle infiltration terroriste, de défendre l’intégrité territoriale du nord du pays et d’y assurer la sécurité des populations et des biens.

Protection sociale renforcée

La lutte contre la pauvreté fait aussi partie intégrante du combat contre la menace terroriste. Parallèlement aux investissements en matière de sécurité et de défense, les autorités exécutent un plan d’urgence de 16 milliards de F CFA pour le développement de la région des Savanes, la plus pauvre du pays.

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Ce programme prévoit, entre autres, la construction de forages dans près de trente localités frontalières et de 150 kilomètres de pistes rurales pour désenclaver la région, l’installation de lampadaires solaires, la création d’unités de soins périphériques (USP) à Nassiégou et à Safobé, ainsi que le renforcement des plateaux techniques des hôpitaux existants. Objectif : garantir le mieux-être des habitants et leur protection, sociale cette fois-ci.