Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

L’agroécologie, l’avenir de l’Afrique ?

Les tensions liées à l’accès à la terre et l’usure de sols trop sollicités par une agriculture intensive ne cessent de croître. Pour y remédier, il faut miser sur des pratiques écologiques, fondées sur les savoir-faire locaux.

Mis à jour le 3 janvier 2023 à 08:08
 
 

Par Kako Nubukpo

Économiste, ancien ministre togolais.

 
colo
 
 
 

Plantation de thé, à Gisakura (Rwanda), en mai 2022. © Simon Wohlfahr/AFP

  

Ne nous voilons pas la face. Fini les défis sans agenda, il nous faut une stratégie ! Fini de croire que nous couvrirons l’Afrique de tracteurs, d’engrais chimiques, d’OGM et de produits phytosanitaires, de davantage de plantations « exotiques » et de splendides pivots d’irrigation. Nous sommes, paraît-il, le continent qui se prête le plus à l’extension des surfaces cultivées – malgré leur doublement, depuis 1975, en Afrique de l’Ouest. Des États, des multinationales, des bourgeoisies nationales achètent nos terres ou se les accaparent, c’est selon.

À LIREBiodiversité : l’appel de Mahamadou Issoufou et Ellen Johnson Sirleaf pour contrer le désastre environnemental

Mais, primo, ces acquéreurs se livrent sur ces sols à une exploitation aussi intensive (et énergivore) que toxique pour leur fertilité sans pour autant offrir beaucoup d’emplois ni investir localement. Les « pôles d’émergence » de l’agrobusiness et la contractualisation avec une masse d’agriculteurs ne sont qu’une illusion opportuniste, qui se multiplie sans apporter la démonstration de son efficacité. Ces pôles exporteront, mais ne nourriront pas le peuple.

Précieux atouts environnementaux

Secundo, nous devons protéger nos forêts, nos cours d’eau et nos pâturages, faune et flore sauvages incluses. Nos sols « tropicaux » si fragiles et déjà si dégradés l’exigent. Le climat mondial et la biodiversité réclament, eux aussi, cette protection… et l’obtiendront si la communauté internationale contribue significativement au maintien et à la croissance de ces précieux atouts environnementaux.

Tertio, ces espaces convoités « appartiennent » de fait à des communautés existantes. Les tensions, déjà partout présentes, pour l’accès à la terre, notamment entre des cultivateurs et des éleveurs toujours plus nombreux, ne feront que croître, de même que s’étendra le chaos provoqué par les conflits civils et militaires qui s’en alimentent, au Sahel ou en Afrique centrale.

À LIRENigeria : 520 millions de dollars pour transformer l’agriculture

Dernier point majeur : en 2050, nous devrons employer, nourrir et faire vivre dignement 1 milliard d’êtres humains de plus. Les villes craquent sous le poids de l’urbanisation, et les emplois dits informels ne s’y multiplient plus. Partout sur le continent, les jeunes crient leur manque d’avenir. Après quarante années de priorité donnée aux villes, les pouvoirs en place s’inquiètent, à juste titre. Or, contrairement à des modèles inspirés de l’agroécologie, le système éco-socio-productif agricole conventionnel est dans l’impasse, et les paysans, qui nourrissent encore 80% de la population, forment toujours les trois quarts de sa frange la plus pauvre.

Intérêt collectif

Trois conclusions en découlent, convergentes. L’emploi agricole et l’emploi rural non agricole doivent devenir prioritaires. Il faut que les terres agricoles gagnent en productivité, et, en même temps, que savanes et forêts soient sauvegardées. Les pratiques inspirées de la science agroécologique, sobres en tout mais intensives en main-d’œuvre, doivent être généralisées. C’est « l’intensification agroécologique » que j’appelle de mes vœux, et qui dépend de notre volonté.

Quelque 83% des exploitants agricoles africains (qui se comptent par centaines de millions) fournissent encore 90% de la production tout en possédant moins de 2 hectares de terres. Leur rendement moyen est, la plupart du temps, inférieur à 1 tonne par ha (soit de quoi nourrir 3 à 5 personnes par ha).

À LIREAprès le sommet Afrique-France, investir ensemble dans l’agroécologie

Intensifier, c’est augmenter la productivité des sols, avec l’objectif de doubler au minimum le rendement moyen à l’hectare des plantes alimentaires, et de valoriser d’autres usages (élevage, pharmacopée, cosmétiques, bois de cuisson, construction, matériaux et outils).

Les agricultures et les élevages familiaux d’Afrique peuvent développer des pratiques agroécologiques en s’appuyant sur des atouts qui n’ont pas totalement disparu : le sens de la terre et de l’intérêt collectif ; des savoirs communs, qui existent encore dans les esprits et les pratiques, aussi bien pour le sol que pour l’eau, les forêts et les savanes ; un savoir-faire ancestral local ; des espèces et des variétés adaptées de longue date ; des associations de cultures à l’efficacité éprouvée…

Le soleil, une source d’énergie gratuite

Le couvert végétal doit être varié, entretenu, permanent, stratifié de bas en haut : entre, par exemple, sorgho ou légumineuses, caféiers ou cacaoyers et arbres de grande hauteur. Le bétail, qu’il appartienne aux cultivateurs ou à des éleveurs nomades ou semi-sédentaires qui passent contrat avec eux territoire par territoire, profite de la biomasse végétale que nous ne mangeons pas, et la restitue, digérée, sous la forme d’une matière organique humique nécessaire à la croissance des plantes cultivées.

Il faudra faire un usage intensif du soleil, qui fournit gratuitement l’énergie nécessaire (photosynthèse et énergie renouvelable) ; de l’air, qui apporte tout aussi gratuitement le carbone (C du CO2) et l’azote (le N des protéines) qui structurent les plantes ; des plantes légumineuses, également, sur les racines desquelles l’azote se fixe ; de l’eau, retenue par une couverture et un travail du sol adaptés.

Matières organiques (plantes, feuilles d’arbres et déjections animales), sol et sous-sol (P et K) apporteront ainsi les minéraux que l’on va chercher aujourd’hui dans les sacs d’engrais (N, P et K) sur des sols devenus simples supports, inertes à force de recours excessif à la chimie. Les remplacent reforestation naturelle spontanée, diversification des cultures, préservation des plantes et de la faune alentour, allongement des périodes de rotation, toutes choses qui réduisent les plantes indésirables et les parasites que des prédateurs naturels spécifiques peuvent par ailleurs combattre. Les techniques et les matériels low tech et high tech adaptés d’ailleurs se multiplient.

Ainsi l’on stockera énormément de biomasse, et donc du CO2 et de la biodiversité sur – et sous – le sol ; ainsi, l’on atténuera le dérèglement climatique mondial, dont l’Afrique n’est d’ailleurs pas responsable, et nous y résisterons mieux (c’est la fameuse « adaptation »).

Que fait la communauté internationale ?

Quelles sont les conditions pour y parvenir ? Outre la protection commerciale à accorder à des producteurs qui doivent pouvoir enfin vivre de leur activité auprès des consommateurs de leur pays, la mise en œuvre de politiques publiques ambitieuses s’impose : sécurisation de la propriété foncière ; gestion collective des « communs naturels » (terres, rivières, forêts…) ; investissements massifs dans les nouveaux systèmes de production (formation, crédit, matériel, stockage…) ; aide alimentaire aux citadins les plus pauvres ; services publics d’envergure dans les zones rurales pour y offrir les attraits de « la vie moderne » : éducation, santé, énergies renouvelables, les EnR étant aujourd’hui rentables et devant être financés en priorité par l’épargne inutilisée des classes moyennes africaines.

À LIREBiodiversité en Afrique : le secteur privé en première ligne

Quant au financement, comment ne pas demander à la communauté internationale de respecter, enfin, ses anciens engagements (Aide publique au développement, Fonds verts et, maintenant, Fonds de réparation des  « pertes et dommages » subis en raison du dérèglement climatique) ? Comment ne pas lui demander de contribuer à la future révolution agricole, doublement verte, des paysanneries africaines en rémunérant leurs services environnementaux à leur « valeur pour le monde », qu’il s’agisse de la lutte contre le changement climatique, de l’évitement de migrations redoutées au Nord comme de la résorption de conflits transnationaux largement dus à une pauvreté massive et au manque d’avenir des populations ? Dans une approche positive pour l’Afrique, c’est rendre enfin crédible et accessible l’horizon des ODD pour toutes et tous : 2030, c’est demain !  Ce n’est ainsi qu’une « solidarité rationnelle » à construire entre le Nord et les Suds pour une prospérité partagée.

Planète : en 2022, des bonnes nouvelles malgré le réchauffement climatique

Repères 

Malgré l’accélération du réchauffement climatique, 2022 aura aussi été l’année de quelques avancées marquantes sur les questions environnementales. Florilège non exhaustif.

  • La Croix, 
Planète : en 2022, des bonnes nouvelles malgré le réchauffement climatique
 
Des déchets plastiques sur la plage de Costa del Este, dans la ville de Panama, en septembre 2022. La même année, plusieurs décisions ont été prises pour réduire la pollution plastique, et un traité a été adopté par l’ONU pour tenter de mettre fin à ce fléau environnemental.LUIS ACOSTA/AFP

Entre la guerre en Ukraine, qui a conduit à une explosion de la consommation de charbon, les incendies et la sécheresse historique qui ont frappé l’Europe cet été, et les cris d’alerte toujours plus alarmants des climatologues…, on ne peut pas dire que 2022 ait été particulièrement réjouissante sur le front du climat. Cette année a d’ailleurs été l’année la plus chaude jamais enregistrée en France.

Il n’empêche, et c’est peut-être lié, la prise de conscience s’accélère, et un peu partout dans le monde les actions pour lutter contre le réchauffement et protéger la planète se multiplient. Autant de raisons auxquelles se raccrocher, en cette fin d’année, pour ne pas définitivement sombrer dans l’anxiété climatique. Petit florilège non exhaustif.

1er janvier. La loi Agec de lutte contre le gaspillage interdit l’usage du plastique pour un certain nombre de produits, dont les fruits et légumes non transformés, et les emballages pour la livraison de journaux.

4 février. L’Islande, l’un des trois derniers pays au monde avec le Japon et la Norvège, à encore pratiquer la chasse commerciale à la baleine, annonce qu’elle ne renouvellera pas ses quotas à partir de 2024. La raison invoquée est toutefois moins environnementale qu’économique, alors que le secteur souffre de grandes difficultés.

2 mars. L’ONU adopte un traité pour mettre fin à la pollution plastique et élaborer un accord international juridiquement contraignant d’ici à 2024. Signé par 175 pays, ce traité a été qualifié « d’accord multilatéral sur l’environnement le plus important depuis l’Accord de Paris » par Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU.

27 mai. Les pays du G7 s’engagent à décarboner la majorité de leur secteur électrique d’ici à 2035, ainsi qu’à mettre fin à tout financement international des projets liés aux énergies fossiles dès cette année.

1er avril. Plusieurs fois reportée depuis la Convention citoyenne sur le climat, l’interdiction des terrasses de cafés chauffées entre en vigueur en France.

5 mai. Pour la première fois depuis un siècle, un loup fait sa réapparition dans le Finistère. Depuis 10 ans la population des loups gris est en croissance constante en France.

Planète : en 2022, des bonnes nouvelles malgré le réchauffement climatique

19 mai. Signe d’une jeunesse de plus en plus préoccupée par le climat, huit étudiants ingénieurs d’AgroParisTech publient une vidéo appelant leurs camarades à « bifurquer », face à une formation qui les prépare à des emplois « destructeurs », aussi bien pour l’environnement que pour la population.

7 juin. Les États membres de l’Union et le Parlement européen trouvent un accord pour imposer le chargeur USB-C à tous les téléphones portables, tablettes et appareils photos à compter de 2024, puis aux ordinateurs portables dès 2026.

8 juin. Le Parlement européen vote l’interdiction de la vente de véhicules thermiques neufs dès 2035 dans le cadre du « paquet climat » visant à atteindre la neutralité carbone en 2050.

17 juin. Après vingt et un ans de négociations, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) arrache un accord historique sur la pêche, prévoyant d’interdire une partie des subventions versées par les États au secteur.

7 août. Le Sénat américain adopte l’Inflation Reduction Act, un gigantesque plan d’investissements qui prévoit d’allouer 370 milliards de dollars à la transition énergétique. Ce projet doit permettre aux États-Unis de réduire ses émissions de CO2 de 40 % d’ici à 2030 par rapport à 2005.

5 septembre. Le premier parc français d’éolien en mer, au large de Saint-Nazaire, est inauguré par le président de la République.

8 septembreL’Australie adopte son premier grand projet de loi de lutte contre le réchauffement climatique, visant à réduire de 43 % les émissions de cette économie fortement carbonée, par rapport aux niveaux de 2005.

16 septembreL’Union européenne interdit le chalutage en eaux profondes dans une partie de l’Atlantique. La décision, saluée par les ONG, est destinée à protéger des écosystèmes particulièrement vulnérables.

21 octobreEmmanuel Macron annonce le retrait de la France du Traité sur la charte de l’énergie (TCE), jugé incompatible avec les objectifs de l’Accord de Paris. Signé en 1994, ce texte permettait notamment aux compagnies fossiles d’attaquer en justice des États dont les décisions nuiraient à leur rentabilité.

27 octobre. L’AIE prévoit que le pic des émissions de CO2 sera atteint plus tôt que prévu, en 2025, à 37 milliards de tonnes, avant de redescendre à 32 milliards de tonnes en 2050. Malgré ces efforts, les températures moyennes augmenteraient d’environ 2,5 degrés d’ici 2100, ce qui est loin d’être suffisant pour éviter des conséquences climatiques sévères.

6 décembre. Les Vingt-Sept et le Parlement européen s’accordent sur un texte inédit dans le monde pour interdire l’importation de produits liés directement à la déforestation. Soja, huile de palme, bœuf, café, bois ou encore cacao ne pourront plus entrer sur le marché européen s’ils sont issus d’une parcelle déforestée.

Planète : en 2022, des bonnes nouvelles malgré le réchauffement climatique

14 décembre. Preuve que la sobriété n’est pas un mot totalement vain, RTE annonce une baisse de la consommation d’électricité de 10 % sur un an. Une baisse qui concerne tous les secteurs : industriel, tertiaire et résidentiel.

18 décembre. L’UE trouve un accord sur une vaste réforme de son marché carbone, pièce maîtresse de son grand plan climat destiné à réduire de 55 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières consistera à appliquer aux importations des Vingt-Sept les critères du marché européen du carbone, dans lequel les industriels de l’UE sont tenus d’acheter des « droits à polluer ».

19 décembre. La COP15 à Montréal franchit un grand pas pour la biodiversité en entérinant le principe qui consiste à protéger 30 % des surfaces terrestres et maritimes à horizon 2030.

Mamane : « Les politiciens viennent aux affaires pour prendre l’argent »

Qui est responsable de la résurgence des coups d’État en Afrique de l’Ouest ? Pour l’humoriste nigérien, c’est une certitude : la faute en incombe d’abord aux leaders politiques.

Mis à jour le 31 décembre 2022 à 10:03
 
 
 mamane
 

 

L’humoriste nigérien Mamane. © MONTAGE JA; HUG TIADJI

 

L’ACTU VUE PAR – L’humoriste nigérien, créateur de la République très très démocratique du Gondwana, a fait de la gouvernance du continent son sujet de prédilection. Et derrière ses traits d’humour faussement naïfs se cache, toujours, un critique acerbe des travers des leaders politiques, qu’ils soient au pouvoir ou non.

À LIREMamane : « Je ne ferai jamais de la politique, je ne me ferai jamais récupérer… »

Jeune Afrique : le 17 décembre se sont tenus les Awards du rire africain, pour la seconde fois, événement que vous avez créé. Quel est l’enjeu de cette cérémonie ?

Mamane : Notre ambition est d’en faire un équivalent d’un Oscar de l’humour pour le continent. Il était important pour nous que l’événement revête une dimension panafricaine. C’est dans mon ADN, je suis né au Niger, j’ai vécu en Côte d’Ivoire et au Cameroun. Nous avons commencé en 2015 par un festival à Abidjan, puis le parlement du rire. Les Awards du rire africain semblaient être la suite logique.

À LIRECôte d’Ivoire : le Dycoco Comedy Club, un tremplin pour le rire nouvelle génération

En Afrique francophone, nous avons cette chance d’avoir une langue en commun. Comme le disait l’écrivain algérien Kateb Yacine, « le Français est notre butin de guerre ». Aujourd’hui, une nouvelle génération d’humoristes émerge, un véritable écosystème est né et nous voulons l’encourager. C’est pourquoi nous sommes également en train de monter une école de comédie et des arts à Niamey.

Mauvaise gouvernance, corruption, atteintes à la démocratie sont autant de sujets que vous traitez  avec humour. Pensez-vous que ces maux expliquent, au moins en partie, la résurgence de coups d’État sur le continent ?

Avant toute chose, il faut être très clair et rappeler qu’à chaque coup d’État, on casse les jambes à la démocratie naissante en Afrique et l’on opère un retour en arrière de plusieurs décennies. La place des militaires est dans les casernes. Au lieu de défendre leur pays, les putschistes retournent les armes achetées avec l’argent du peuple contre le peuple, pour se protéger du peuple.

En tant que Nigérien, je connais ça et je veux redire la répulsion que cela provoque en moi. Mais il faut évidemment se demander pourquoi les putschs surviennent. Les principaux responsables sont les politiciens professionnels qui viennent aux affaires pour prendre l’argent, au lieu de servir le peuple.

Certains de ces dirigeants se maintiennent au pouvoir pendant plusieurs décennies, quitte à s’arranger avec la limitation des mandats. C’est un sujet sur lequel vous n’êtes pas tendre non plus dans vos chroniques.

Au Gondwana, nous avons une règle. Deux mandats, de 99 ans ! C’est plus pratique ! En Afrique, les hommes politiques essaient de se maintenir au pouvoir parce qu’ils savent que lorsqu’ils partiront, ils devront rendre des comptes. C’est comme un gamin qui aurait fait pipi au lit et ne veut pas en sortir pour ne pas que ça ne se voie.

À LIREEntre tabous et clichés, les humoristes d’origine maghrébine se sont fait une place dans le stand-up français

Dans un monde idéal, à quoi ressemblera la République très très démocratique du Gondwana dans dix ans ?

Dans un monde idéal elle n’existerait plus ! Elle serait devenue la République du Yafoy, du « tout va bien » ou « il n’y a pas de problème », en langue dioula.

À LIREMamane : « Pour tourner Bienvenue au Gondwana, j’ai inventé un pays qui concentrait à lui seul tous les défauts du continent »

Le Gondwana, c’est le contre-exemple de ce que devraient être nos pays africains. Il cumule tous les travers que l’on observe aujourd’hui en Afrique, la mal gouvernance, le manque d’hôpitaux, les dirigeants qui n’ont pas développé ces hôpitaux et vont se faire soigner en Suisse, l’absence d’écoles, de routes, ainsi de suite. Parfois j’entends des Africains se servir du Gondwana comme d’un repoussoir. Quand ils veulent dénoncer quelque chose, ils disent « on n’est pas au Gondwana ici ! », et cela me rend très fier.

Mali : 20 ans de prison pour les 46 soldats ivoiriens

Inculpés en août pour « tentative d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État », les militaires ivoiriens ont été condamnés à 20 ans de prison ce vendredi au terme de deux jours de procès. Selon certaines sources, le président malien Assimi Goïta pourrait les gracier dans les heures ou jours à venir.

 
Mis à jour le 30 décembre 2022 à 20:33

 
 guns
 

 

Des soldats des forces spéciales ivoiriennes défilent lors de la fête de l’Indépendance, en 2018 à Abidjan (illustration). © SIA KAMBOU / AFP

Ce vendredi 30 décembre, l’horizon s’est considérablement obscurci pour les 46 soldats ivoiriens détenus au Mali depuis près de six mois. Après deux jours de procès devant la Cour d’assises de Bamako, ils ont été condamnés à 20 ans de prison et à une amende de 2 millions de francs CFA chacun notamment pour « attentat et complot contre le gouvernement et atteinte à la sûreté extérieure de l’État », selon un communiqué du Procureur général de Bamako.

La sentence est encore plus lourde pour les trois femmes, libérées en septembre dernier. La Cour les a condamnées par contumace à la peine la plus lourde : la peine de mort et 10 millions d’amende chacune.

Le Mali accuse ces militaires venus dans le cadre d’opérations de soutien logistique à la Mission des Nations unies au Mali (Minusma), selon Abidjan, d’être « des mercenaires », ce que la Côte d’Ivoire a toujours vivement démenti.

À LIREAffaire des 46 soldats : enfin un accord en vue entre le Mali et la Côte d’Ivoire ?

Une grâce en vue ?

Les juges se sont donc faits particulièrement sévères. Mais cette saga politico-judiciaire ponctuée de tensions et de négociations a encore une voie pour trouver un dénouement plus clément. Selon plusieurs sources, le président malien Assimi Goïta pourrait grâcier les 46 soldats dans les heures ou jours à venir. Une clémence qui aurait alors tout d’un compromis politique.

Ces derniers jours, alors que se rapprochait l’ultimatum de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui avait donné jusqu’à la fin de l’année aux autorités de la transition malienne pour libérer les militaires sous peine de nouvelles sanctions, la situation semblait se détendre.

À LIREAffaire des militaires ivoiriens : la promesse d’Assimi Goïta

« Incident malheureux »

Il y a une semaine, une délégation conduite par Téné Birahima Ouattara, le ministre ivoirien de la Défense et frère du président Alassane Ouattara, s’était rendue à Bamako pour rencontrer le chef de la transition malienne, Assimi Goïta.

À LIREAffaire des 46 soldats : enfin un accord en vue entre le Mali et la Côte d’Ivoire ?

Cette visite clé s’était également déroulée en présence du ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey. Même si d’autres canaux plus officieux avaient été activés, notamment via des chefs religieux ou des hommes d’affaires, la médiation de Lomé est toujours restée centrale, selon nos informations.

Si aucune information sur les négociations de la semaine dernière n’avait fait l’objet de fuites, la rencontre s’était voulue cordiale. Téné Birahima Ouattara avait qualifié l’affaire de « malentendu entre le Mali et la Côte d’Ivoire », tandis que le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, avait évoqué « un incident malheureux qui [avait] rendu les relations difficiles avec la Côte d’Ivoire ».

États-Unis : une mesure bloquant les migrants à la frontière américaine maintenue par la Cour suprême

Les faits 

La Cour suprême américaine a annoncé le maintien d’une mesure permettant d’expulser les migrants à la frontière, mardi 27 décembre. Activé par Donald Trump pendant la pandémie de Covid-19, ce dispositif est contesté par 19 États américains.

  • La Croix (avec AFP), 

 

États-Unis : une mesure bloquant les migrants à la frontière américaine maintenue par la Cour suprême
 
Des migrants passent la nuit dehors dans la ville frontalière d'El Paso au Texas, alors que les températures descendent sous 0°C, le 17 décembre 2022.AFP

La Cour suprême des États-Unis a annoncé mardi 27 décembre le maintien d’une mesure prise pendant la pandémie de Covid-19 permettant d’expulser les migrants à la frontière. La levée de cette politique, baptisée « Title 42 », était contestée par 19 États américains, qui craignaient un afflux de migrants à la frontière avec le Mexique.

En mars 2020, le gouvernement de l’ex-président Donald Trump avait activé ce dispositif sanitaire pour pouvoir expulser sans délai les migrants dépourvus de titre de séjour interpellés aux frontières terrestres, y compris les demandeurs d’asile potentiels.

« Inhumain »

Cette mesure d’expulsion est immédiate, ne permet pas de recours légal et ne prévoit pas de retour automatique dans le pays d’origine. De rares exceptions sont prévues, pour certaines nationalités comme les Ukrainiens depuis l’invasion de leur pays par la Russie, ou pour les mineurs non accompagnés.

Les militants des droits humains et les experts considèrent qu’il s’agit d’une violation des lois internationales. Ils estiment notamment « inhumain » d’empêcher un demandeur d’asile potentiel de formuler sa requête en ce sens. Pour eux, le dispositif actuel ne fait qu’encourager les migrants à franchir clandestinement la frontière et à prendre des risques toujours croissants pour y parvenir en traversant des déserts hostiles ou des fleuves propices à la noyade.

Batailles judiciaires

« Nous continuons à contester cette mesure horrible qui a causé tant de mal aux demandeurs d’asile », a déclaré l’avocat Lee Gelernt, qui plaidait contre cette procédure au nom de la puissante association de droits civiques ACLU. « Title 42 » a fait l’objet de plusieurs batailles judiciaires distinctes. Une juridiction de première instance puis une autre d’appel s’étaient prononcées pour son abrogation.

Pour l’association Refugees International, « la majorité des juges de la Cour suprême ont à présent approuvé dans les faits la perpétuation des refoulements, et seront responsables de ce que le tribunal de première instance avait qualifié de “tort irréparable”, qui est infligé aux demandeurs d’asile expulsés au nom du “Title 42” ».

En prévision d’une potentielle levée de la mesure, plusieurs communes à la frontière sud des États-Unis avaient commencé à installer des clôtures et des grillages. De nombreux migrants patientaient ces dernières semaines autour de la frontière, dans l’espoir de pouvoir déposer une demande d’asile aux États-Unis.

La mesure restera finalement en place jusqu’à ce que la Cour suprême tranche sur le fond de ce dossier. Elle entendra en février 2023 les arguments des deux parties et rendra sa décision au printemps prochain. Cela donne à l’administration Biden quelques mois supplémentaires pour se préparer à un potentiel afflux de migrants.

« Réforme en profondeur »

Au moment de quitter Washington pour partir en vacances, Joe Biden a déclaré que la fin du « Title 42 » aurait dû avoir lieu depuis longtemps, mais que son administration respecterait la décision de la Cour suprême en attendant sa décision finale, « en juin apparemment ». « Jusqu’à cette date, nous devons appliquer » la mesure, a ajouté le président démocrate.

Peu après l’annonce de la décision de la haute cour, la Maison-Blanche avait exhorté les élus à adopter une « réforme en profondeur » du système migratoire. Pendant sa campagne électorale, Joe Biden avait promis une refonte de la politique migratoire, mais tous les projets de loi sont enlisés au Congrès.

Sujet politique explosif

Son administration peine pour le moment à mettre en place une stratégie durable pour gérer les arrivées à la frontière avec le Mexique, longue de 3 000 km. Les arrivées clandestines à la frontière des États-Unis avec le Mexique battent actuellement des records, avec plus de 200 000 arrestations rien que pour le mois de novembre.

L’immigration est un sujet politique explosif aux États-Unis. L’opposition républicaine attaque sans relâche Joe Biden, accusé d’avoir transformé la frontière en passoire. La décision de la Cour suprême a d’ailleurs immédiatement été applaudie par le camp républicain. « Elle permettra d’éviter aux populations vivant à la frontière de sombrer dans le chaos le plus total », a salué l’élu texan Tony Gonzales.