Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Côte d'Ivoire: le scrutin pour élire les conseillers départementaux du RHDP émaillé de violences

 

Des tensions ont eu lieu ce week-end en Côte d’Ivoire, au sein du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Le parti au pouvoir élisait ses conseillers départementaux mais le scrutin a été émaillé de violences dans plusieurs localités.

De notre correspondant à Abidjan, Youenn Gourlay

Séliki Zié Koné vient d’être élu secrétaire général du département de Kouto, dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire. Mais samedi 23 juillet, le scrutin a été émaillé de violences en raison d’irrégularités. La moitié des 2 000 militants n’étaient pas inscrits sur la liste électorale et d’après le nouvel élu, des casseurs auraient fait irruption pour perturber le vote.

« Le lieu de vote était bondé de monde lorsqu’à 9h, l’adversaire en personne est rentré avec une horde d’une trentaine de personnes, ces personnes sont rentrées dans le bureau de vote, ont saisi les urnes et les ont cassées », précise le secrétaire général. 

À Kouto, le bilan est de sept blessés légers en raison des mouvements de foule. Dans d’autres localités, comme à Bouna dans le nord-est et à Aboisso dans le sud-est, le scrutin n’a tout simplement pas eu lieu à cause des tensions. 

Séliki Zié Koné attend une réaction et de la fermeté de la part de la direction du parti : « Pourquoi autant de violences pour une élection en famille ? Parce qu’à mon avis, les candidats pensent, naïvement, que cette élection déterminera le choix des candidats aux élections locales qui auront lieu en 2023. J’espère que la direction du parti prendra la pleine mesure et prendra les dispositions nécessaires afin que la discipline et le respect du parti soient ancrés ». 

Le directoire du RHDP doit se réunir ce mardi pour faire le point sur la situation.

► À lire aussi : Prisonniers politiques : l’appel du fils de Laurent Gbagbo au président ivoirien Alassane Ouattara

Législatives au Sénégal : pour l’opposition, l’étrange match des remplaçants

La coalition d’Ousmane Sonko s’apprête à aller aux législatives du 31 juillet sans ses candidats titulaires, dont la liste nationale a été invalidée début juillet par le Conseil constitutionnel.

Mis à jour le 25 juillet 2022 à 15:28
 
 
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L’opposant Ousmane Sonko, maire de Ziguinchor, à Dakar le 8 juin 2022. © Seyllou/AFP

 

l y a deux semaines, elle a démarré timidement, mais la campagne électorale bat désormais son plein à Dakar, à moins d’une semaine des législatives du 31 juillet. Si la fièvre politique est montée d’un cran, l’ambiance festive des meetings a été douchée par les pluies diluviennes qui se sont abattues pendant plusieurs jours sur la capitale sénégalaise.

À LIRELégislatives au Sénégal : Ousmane Sonko contre la RTS, acte de « résistance » ou stratégie de communication ?

Les questions d’assainissement se sont d’ailleurs invitées dans les discours politiques après les inondations dans plusieurs communes de la banlieue de Dakar, comme Keur Massar, et l’affaissement d’une partie de l’autoroute Seydina-Limamoulaye, qui relie Dakar à l’ancien aéroport Léopold-Sédar-Senghor. « Le cauchemar des inondations revient à Dakar. Et cela met à nu la vanité des travaux de Macky Sall dans la lutte contre les inondations », a affirmé le 20 juillet sur sa page Facebook Mamadou Lamine Diallo, mandataire de la coalition de l’opposition Wallu Sénégal, construite autour du PDS.

Tandis que, depuis la Casamance où elle est en campagne, Mimi Touré, tête de liste nationale de la coalition au pouvoir Benno Bokk Yakaar, a exprimé sa « solidarité aux populations de Dakar frappées par les inondations » tout en rappelant que « près de cent milliards [de francs CFA] ont été investis pour le programme de lutte contre les inondations ».

Les suppléants sur le devant de la scène

Dans la capitale sénégalaise, les intempéries n’ont toutefois pas empêché Malick Kébé d’aller à la rencontre des populations. « Nous privilégions le porte-à-porte pour discuter directement avec les gens. Quartier par quartier, rue après rue, nous leur expliquons l’importance de voter pour Yewwi Askan Wi ». Malick Kébé, qui est responsable au niveau de la commune des Parcelles Assainies du mouvement Taxawu Sénégal, dirigé par l’ancien maire de Dakar Khalifa Sall, avait été initialement investi sur la liste des suppléants de la principale coalition de l’opposition, emmenée par Ousmane Sonko, arrivé troisième à la présidentielle de 2019.

Mais, du fait de l’invalidation de la liste nationale des candidats titulaires de Yewwi Askan Wi, l’interprète judiciaire de profession s’est retrouvé, à l’instar de 49 autres personnes, sur le devant de la scène. C’est à eux qu’incombent désormais la responsabilité de parvenir à imposer une cohabitation à Macky Sall lors des législatives. « C’était un scénario inattendu. Nous avons été très surpris. C’est la première fois qu’une liste ne va à des élections législatives qu’avec ses suppléants, s’étonne Malick Kébé, désormais investi en troisième position et tout proche d’être député. Mais nous sommes tout aussi prêts au combat que nos différents leaders. C’est une bataille qui ne nous fait pas peur. »

« Le ministre de l’Intérieur a tout fait pour éliminer nos leaders de la course. Ils ne voulaient pas voir Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale. Mais malgré ce handicap nous croyons en nos chances de victoire », estime de son côté Bassirou Samb, responsable des jeunes de Taxawu Sénégal, investi à la 29e place sur la liste des suppléants. À seulement 30 ans, Bassirou Samb a déjà un grand parcours politique. Ancien militant du Parti socialiste à 13 ans, il est aujourd’hui le 9e adjoint au maire de Dakar, Barthélémy Dias, en charge de la Jeunesse et des Loisirs.  « Le pouvoir pense que les suppléants ne remporteront pas le combat. Mais il faut savoir que nous sommes des hommes et des femmes qui nous battons au sein de nos formations politiques. Et nous sommes parfois plus méritants que les candidats titulaires et plus proches de la base, explique Bassirou Samb. Derrière des leaders, il y a toujours des gens de l’ombre . »

« Un travail d’équipe »

Le jeune élu local ne cache toutefois pas qu’il aurait préféré être investi dès le départ sur la liste des titulaires. Les investitures au sein de la coalition Yewwi Askan Wi avaient donné lieu à des frustrations et occasionné des départs, comme celui du député Cheikh Bamba Dièye ou de Mansour Sy Djamil. « Je m’étais offusqué du fait qu’un responsable des jeunes comme moi n’ai pas été investi comme titulaire. Mais la liste des suppléants présente finalement l’avantage de compter beaucoup plus de jeunes en ses rangs. C’est un atout », se réjouit Bassirou Samb.

À LIRELégislatives au Sénégal : l’opposition peut-elle imposer une cohabitation ?

La coalition de l’opposition n’a rien changé à son organisation d’origine. Les affiches de campagne à l’effigie d’Ousmane Sonko, initialement tête de liste nationale, de Malick Gakou ou de Déthié Fall n’ont pas été refaites pour y afficher les visages des nouveaux candidats. Comme tous les suppléants, chacun dans leurs communes respectives, Malick Kébé concentre ses efforts de campagne aux Parcelles Assainies, la commune dont il a la charge. Et Bassirou Samb sillonne, lui, les rues de Grand Yoff, l’une des 19 communes de Dakar, dirigée par Madiop Diop. Tandis que les cadres de la coalition font une tournée dans les différentes régions du pays.

« C’est un travail d’équipe. L’essentiel, c’est d’amener ce régime vers la cohabitation », concède Bassirou Samb. Sept millions de Sénégalais sont appelés à voter le 31 juillet lors d’un scrutin qui fera office de référendum « pour ou contre Macky Sall » à moins de deux ans de la prochaine présidentielle.

Au Ghana, une veillée aux chandelles contre la chasse aux sorcières des femmes

 

Au Ghana, une centaine de personnes ont assisté samedi 23 juillet à une veillée aux chandelles pour protester contre le meurtre d'une femme âgée de 90 ans, assassinée il y a deux ans jour pour jour. Akua Denteh était accusée par un prêtre d'être une sorcière. Une foule en colère déchaînée par ces rumeurs l'a pourchassée et lynchée. Un fait divers symbole de ces violences contre lesquelles des associations tentent de se battre.

Une marche solennelle à travers les rues de d'Accra en chanson, pour rendre hommage à Akua Denteh. Des hommes et des femmes vêtus de rouge demandent de mettre fin a une tradition aux conséquences dramatiques. 

« Akwa Denteh a été lynchée car elle était soupçonnée d'être une sorcière, elle est décédée ensuite. Sa mort n'est pas un cas isolé, la chasse aux sorcières est pratiquée partout, pas seulement dans le nord du pays. Cela peut être un pasteur ou un membre de ta famille qui t'accuse. C'est une pratique de longue date et il est temps qu'elle s'arrête », plaide Margaret Brew-Ward, chargée de plaidoyer au sein de l'ONG Action Aid Ghana.

Au Ghana, un mot suffit pour faire basculer la vie d'une femme. Maladie, décès, cauchemar... rapidement ces femmes accusées sont chassées de leur communauté et trouvent refuge dans des camps.

En 2019, le Parlement ghanéen a déposé un projet de loi contre les conséquences liées à la sorcellerie. « Ce que ce projet de loi cherche à faire, c'est de criminaliser les accusations de sorcellerie, et de faire en sorte qu'appeler une personne une sorcière devienne un délit. Si nous sommes capables de faire ça alors ca va réduire drastiquement la maltraitance de ces femmes », estime Margaret Brew-Ward.

Le Ghana compte environ 500 sorcières présumées. Les autorités envisagent de fermer les quatre camps du pays, mais les associations demandent des garanties pour éviter que ces femmes subissent des violences à leur retour dans leur communauté.

► Lire aussi : Ghana: la vie recluse des sorcières de Gambaga

 

La zone CFA victime collatérale de la chute de l’euro face au dollar

Arrimé à l’euro par une parité fixe, le franc CFA utilisé par quatorze pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale s’est déprécié face au dollar en même temps que la monnaie européenne. Une très mauvaise nouvelle pour les importations et le remboursement de la dette.

 
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Un homme échange des euros contre des francs CFA ouest-africains, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en septembre 2015. © Jose Cendon/Bloomberg/Getty

 

 

Une première depuis 2002 : l’euro et le dollar américain frisent la parité depuis le 12 juillet. En l’espace d’un an, la monnaie européenne a perdu 13,2 % de sa valeur par rapport au billet vert. Entraînant dans sa chute le franc CFA utilisé en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, qui lui a perdu 11,46 % de sa valeur par rapport au dollar, entre le 31 décembre 2021 et le 11 juillet dernier, soit son plus bas niveau depuis vingt ans.

Cette dépréciation historique s’accompagne d’une forte inflation, d’une possible récession, et d’un climat d’incertitude concernant les approvisionnements de certains produits. Une situation qui inquiète les marchés et les investisseurs, non seulement en Europe, mais également en Afrique. Pour rappel, le franc CFA, dont la convertibilité est garantie par le Trésor français, est arrimé à l’euro selon une parité fixe (1 euro = 655,957 F CFA).

À LIRELa vie sans le franc CFA : l’Afrique de l’Ouest est­-elle prête ?

L’effet domino

Ainsi, par effet domino, le franc CFA suit les mêmes variations que l’euro vis-à-vis du dollar, et dépend indirectement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). Pour l’heure, la hausse annoncée par la BCE de ses taux directeurs (0,5 point) le 21 juillet, un mois après l’augmentation (0,75 point) des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine (FED), n’a pas eu d’impact sur cette chute de la valeur de l’euro par rapport au dollar.

IL S’AGIT D’UNE INFLATION IMPORTÉE POUR VERA SONGWE

Cette dépréciation du franc CFA a beau octroyer un certain avantage comparatif aux pays exportateurs, globalement ses conséquences seront néfastes en Afrique. Le franc CFA déprécié signifie une baisse du pouvoir d’achat des économies concernées : tout ce qui provient des économies dollarisées coûtera plus cher (médicaments, matériel informatique, produits pétroliers raffinés comme le kérosène…). « Il s’agit là d’une inflation importée  » a indiqué à Jeune Afrique Vera Songwe, secrétaire générale adjointe des Nations unies et secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA).

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Sous l’effet combiné de la hausse des cours sur le marché mondial, et de l’augmentation des coûts du fret, cette dépréciation risque d’alimenter encore plus la spirale inflationniste en Afrique et creuser davantage les déficits commerciaux.

Hausse des exportations

Qu’ils soient européens ou africains, les grands gagnants de cette parité monétaire semblent être les exportateurs. Les produits dont les prix sont initialement fixés en euro, et par extension en franc CFA, sont désormais moins chers pour les portefeuilles américains en dollars.

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L’Afrique, qui exporte essentiellement des minerais et des produits agricoles (coton, cacao, noix de cajou, banane…) a plus de chances de s’imposer sur le marché international grâce à sa compétitivité prix, qui pourra faire gonfler les recettes, et donc augmenter les ressources des pays concernés. Une aubaine pour les pays producteurs de pétrole et de gaz à l’instar du Congo, du Gabon, du Niger, du Cameroun et bientôt du Sénégal, qui tirent déjà des bénéfices importants de la flambée des cours du brut (104 dollars le baril de Brent).

LES DTS NE SONT PAS DES DETTES, C’EST UNE CRÉATION MONÉTAIRE RAISONNÉE ET NÉCESSAIRE

Une analyse que la représentante de l’ONU a néanmoins tenu à nuancer. « Même si ces pays vendent les matières premières plus cher ou en plus grande quantité, ils ne seront pas forcément gagnants, puisqu’ils importent les pétroles raffinés et d’autres produits transformés, qu’ils payeront de facto plus cher qu’auparavant. De plus, les recettes supplémentaires ne représenteront pas automatiquement des gains, puisqu’elles devront être utilisées pour rembourser une dette qui s’alourdit  » a-t-elle expliqué.

Augmentation du service de la dette

Cette dépréciation significative de la monnaie utilisée en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale va mécaniquement augmenter le coût du service de la dette libellée en dollar. « Pour rembourser la dette émise en dollar, il sera nécessaire de mobiliser une quantité plus importante de francs CFA », a souligné Vera Songwe. Ainsi, les balances des opérations courantes des pays de la région seront négativement impactés, et ce même si les accords d’endettement sont généralement conclus sur le long terme.

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Afin d’être en mesure d’honorer les remboursements, plusieurs pays africains pourraient céder à certaines tentations, parmi lesquelles le recours aux bailleurs de fonds, la demande de moratoires, ou l’endettement auprès de créanciers privés. Pour l’économiste en chef de la  CEA, la solution la plus logique réside en l’émission de plus de droits de tirages spéciaux (DTS) pour l’Afrique. « Les DTS ne sont pas des dettes, c’est une création monétaire raisonnée et nécessaire », a-t-elle précisé.