Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

L’Union africaine va se réunir pour débattre d’éventuelles sanctions contre le Tchad

 

Le Conseil paix et sécurité (CPS) de l’Union africaine débute une réunion décisive sur le Tchad vendredi 11 novembre. Les 15 membres de cet organe chargé de la prévention, la gestion et le règlement des conflits va se pencher sur un rapport du président de la CPS, le Tchadien Moussa Faki, qui demande des sanctions contre le pouvoir de transition dirigé par le président Mahamat Idriss Deby Itno. Le texte a fuité sur les réseaux sociaux, ce qui a provoqué la colère des autorités tchadiennes.

Tout au long des huit pages de ce rapport, le bilan dressé par Moussa Faki est sans concession pour le pouvoir du général Mahamat Idriss Deby Itno. Celui-ci a été authentifié à RFI par des sources à l’Union africaine (UA).

Refus de respecter une durée maximale de 18 mois pour la transition comme promis, ou de respecter l'interdiction faite aux militaires au pouvoir d’être candidats aux prochaines élections… Pour le président de la Commission de l’UA, les choses sont claires et nettes : « Les exigences et autres décisions du CPS ont été totalement ignorées et n'ont pas été respectés par les autorités de la transition ».

Dans ces conditions, estime Moussa Faki, le Conseil paix et sécurité n’a pas d’autre choix que de prendre des sanctions contre le pouvoir de transition au Tchad : il s’agit de « sauvegarder un minimum de crédibilité » à l’organisation, mais aussi d’être « cohérents » avec ce qui a été fait pour les quatre autres pays africains où il y a eu des changements anticonstitutionnels de gouvernement.

Du côté de Ndjamena, on ne décolère pas : une source ministérielle a dénoncé jeudi 10 novembre « un pamphlet contre le gouvernement ». Car selon le pouvoir, c’est à la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC) de garder la main sur le dossier tchadien, en vertu du « principe de subsidiarité ».

Le rapport de Moussa Faki demande pourtant au CPS de nommer un envoyé spécial de l’Union africaine… alors que le président congolais Félix Tshisekedi a déjà été nommé facilitateur au Tchad par l’organisation sous régionale de la CEEAC.

 À lire aussi: Tchad: l'opposant Succès Masra réclame une enquête de la CPI sur le 20 octobre

COP27 : le Royaume-Uni devient le premier sponsor de l’adaptation climatique du continent

Avec une promesse de 1,5 milliard de livres d’ici 2025, Londres se place au premier plan des contributeurs du Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique (PAAA) – promu, entre autres par la BAD. Malgré l’optimisme nourri par cette annonce, des réserves demeurent.

Mis à jour le 10 novembre 2022 à 09:53
 

 cop27

 

Photo de famille à l’issue de la réunion de l’AAAP à Charm el-Cheikh, le 8 novembre 2022. © EBRDgreen

 

Au troisième jour de la COP27, une réunion du Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique (PAAA) était organisée. Le Premier ministre britannique Rishi Sunak a profité de cette occasion pour annoncer que le Royaume-Uni triplerait son enveloppe de financement, qui passerait de 500 millions de livres (568 millions d’euros) en 2019 à 1,5 milliard de livres (1,7 milliard d’euros) d’ici à 2025.

>> À lire sur The Africa Report – COP27 : UK triples its pledges for Africa’s climate adaptation projects

D’autres représentants européens, ainsi que des organisations internationales ont également revu leurs engagements à la hausse par rapport aux promesses de la COP26 organisée l’année dernière en Écosse et surtout, par rapport aux fonds évoqués lors d’un premier sommet tenu à Rotterdam en septembre, qui avait largement douché les espoirs africains.

« Victime de l’Occident »

Lors de la réunion du PAAA, le président sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine (UA), a rappelé aux participants que la configuration mondiale tient du paradoxe. Selon lui, l’Occident ne peut pas demander à l’Afrique de payer ses propres projets de développement, en plus des projets d’adaptation pour compenser l’impact du changement climatique, alors qu’elle contribue beaucoup moins au réchauffement de la planète. « Ce paradoxe fait de l’Afrique une victime de l’Occident ».

À LIRECOP 27 : le sommet parallèle de Macky Sall, Denis Sassou Nguesso et Abdel Fattah al-Sissi

Cependant, le PAAA est soutenu par de nombreux dirigeants africains qui y voient un moyen d’uniformiser les règles du jeu. Ce projet conjoint entre la BAD et le Global Center on Adaptation basé aux Pays-Bas, doit permettre de mobiliser 25 milliards de dollars sur cinq ans pour accélérer et étendre les projets d’adaptation climatique sur le continent. « Le PAAA est la réponse de l’Afrique à la crise climatique pour tirer parti des investissements dans l’adaptation et la résilience, non seulement pour nous protéger de la menace du changement climatique, mais aussi pour conduire un programme de croissance économique verte pour la prospérité », a encore déclaré le chef d’État sénégalais.

Ces projets peuvent consister à améliorer les infrastructures des villes côtières pour prévenir les inondations ou à introduire une agriculture moins gourmande en eau dans les régions frappées par la sécheresse. Le problème reste la réticence de certains pays occidentaux à non seulement ouvrir leur porte-monnaie, mais aussi à verser les fonds.

« Belle au bois dormant »

S’exprimant lors de la réunion, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a déclaré qu’il aurait été préférable que le financement et l’innovation soient axés sur l’atténuation dès le départ, mais que ce train avait déjà quitté la gare. Il a en outre insisté sur le fait que repousser le financement en raison d’un « manque d’argent » n’est qu’une excuse. « À mon avis, il y a beaucoup d’argent », a-t-il déclaré.

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Selon la directrice du FMI, Kristalina Georgieva, l’Afrique a un potentiel énorme mais il est étouffé par les grands pays pollueurs. Elle a comparé l’Afrique à une « belle au bois dormant » qui attend un baiser de son « prince » pour la réveiller de son sommeil.

« Je pense que la réunion d’aujourd’hui était […] une sorte de témoignage que le mouvement d’adaptation est imparable », a déclaré Patrick Verkooijen, PDG du Global Center on Adaptation après l’annonce des engagements.

Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, s’est montré tout aussi positif. La banque lancera une autre initiative pour encourager le financement local des projets. « C’est comme si vous étiez dans une forêt. Tout ce qui est vert est lié, c’est un écosystème de soutien […] Ce que vous voyez, c’est le soutien du monde derrière le Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique […] donc si vous me demandez comment je me sens aujourd’hui, je me sens très bien », a-t-il réagi.

Blocage commercial

L’avertissement de la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala est venu tempérer cet élan d’optimisme:  « Nous devons reconnaître que si le financement est très important, la politique commerciale peut bloquer ces efforts. C’est la leçon que nous aurions dû tirer, ou que nous devrions tirer, de ce qui s’est passé [pendant] la pandémie. »
Elle faisait référence à l’initiative Covid-19 Vaccines Global Access (Covax), qui disposait de suffisamment d’argent pour acheter des vaccins, mais qui a été bloquée en raison de « politiques et de restrictions commerciales, d’interdictions portant à la fois sur les intrants pour la fabrication des vaccins et sur les exportations du produit fini, qui ne permettaient pas à l’argent de fonctionner ».

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« L’exclusion de la politique commerciale de ce qui se fait dans le domaine du climat pose problème », a-t-elle répété. La responsable de l’OMC a ajouté qu’elle avait signé un protocole d’accord avec le Global Center on Adaptation de Patrick Verkooijen. « Notre collaboration permet de nous plonger dans le cas de certains pays pour voir quelles politiques commerciales peuvent être ajustées », a expliqué celui-ci.

Un rapport dont la rédaction sera lancée à la COP27 par l’OMC portera sur l’intégration de ces politiques dans les contributions déterminées au niveau national (CDN) de chaque pays. Si les politiques commerciales sont modifiées, les projets d’adaptation pourront alors décoller et se répandre.

COP27 : changement climatique, qui doit payer ?

Analyse 

La question de la justice climatique sera au centre de la COP27, qui s’ouvre en Égypte dimanche 6 novembre. Les pays en développement demandent des financements pour réduire leurs émissions, s’adapter et faire face aux pertes irrémédiables causées par le réchauffement.

  • Camille Richir, 
COP27 : changement climatique, qui doit payer ?
 
Des habitants tentent de sauver leurs affaires après des inondations causées par le réchauffement climatique, au Pakistan, en septembre dernier.FAREED KHAN/AP

C’est une question d’éthique et de milliards qui sera au cœur de la COP27, la 27e conférence des parties sur le climat, grande conférence annuelle sur la lutte contre le changement climatique. Elle se tient cette année à Charm El-Cheikh, en Égypte, du 6 au 18 novembre. Une COP africaine donc, où une bonne partie des pays du Sud comptent demander justice. Ils mettent l’accent sur les besoins de financement pour faire face à la facture monumentale des dégâts liés au réchauffement climatique, et de leur prévention.

Promesse non tenue

En 2009, les pays développés s’étaient engagés à fournir 100 milliards d’euros par an de financements divers aux pays en développement pour les aider à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et mettre en place des mesures d’adaptation aux risques. Les plus vulnérables aux extrêmes climatiques étant aussi, à quelques exceptions près, des pays en développement à faibles revenus, souvent lourdement endettés.

La promesse n’a pas été totalement remplie. En 2020, l’enveloppe aurait atteint 83 milliards d’euros, financements privés et publics confondus, selon l’OCDE. Mais les chiffres sont contestés : ils englobent des financements de projets dans lesquels la question climatique n’est qu’annexe. Par ailleurs, la part des dons est faible : l’ONG Oxfam estime qu’elle se situe entre 21 et 24,5 milliards d’euros.

Pertes et dommages

Le chiffre de 100 milliards était surtout un symbole – bien loin des milliards de milliards nécessaires pour financer la transition –, un objectif destiné à mobiliser les investissements privés. Face à cet échec, les pays du Sud insistent désormais sur la création d’un mécanisme supplémentaire pour financer les « pertes et dommages », autrement dit les dégâts qui ne pourront être évités, quelles que soient la réduction des émissions ou les mesures d’adaptation.

Une étude menée par des chercheurs du Centre basque sur le changement climatique chiffre à 290-580 milliards ces dommages résiduels d’ici à 2030Sans compter les dégâts non chiffrables : vies humaines, impacts sur la santé, pertes de territoire, disparition d’identités culturelles.

« Il faut un nouveau mécanisme de financement des pertes et dommages, additionnel à ceux déjà existants et facilement accessibles pour les pays les plus touchés, explique Mamadou Sylla, activiste sénégalais membre de la Coalition des jeunes sur les pertes et dommages. C’est une question de juste réparation. » Mais les pays développés ont longtemps freiné des quatre fers, craignant que toute reconnaissance du concept n’entraîne des conséquences juridiques.

Responsabilité « historique »

En toile de fond, il y a cette idée de « justice climatique », développée dans les années 1990 dans les pays en développement. « Le changement climatique est une violation des droits humains, explique Elizabeth Cripps, philosophe à l’université d’Édimbourg (1). L’action passée et présente des pays riches du Nord a des conséquences dévastatrices partout, et notamment dans les pays du Sud. Ils doivent donc y remédier : en réduisant les émissions, en accompagnant l’adaptation et en payant pour les pertes et dommages. » Les pays en développement plaident pour que les pays riches assument leur responsabilité « historique » et remboursent ce qui serait une « dette climatique ».

« C’est un concept de justice corrective, explique Thierry Ngosso, chercheur postdoctorant en éthique climatique à l’Université catholique d’Afrique centrale (Cameroun) et à l’université de Saint-Gall (Suisse). Le principe est que l’on regarde qui a causé le réchauffement et on lui demande de réparer les problèmes qu’il a causés. » Car les émissions de CO2, principal gaz à effet de serre, s’accumulent dans l’atmosphère, sans disparaître. Ce qui a été émis au XIXe siècle par les pays désormais riches a ainsi une conséquence sur l’élévation de température constatée aujourd’hui.

Faire sa « juste part »

Mais cette question de la responsabilité historique est controversée, et notamment rejetée par les Américains. À Washington, les différentes administrations répondent que, pendant des décennies, l’effet des gaz à effet de serre était méconnu. « Il est vrai qu’il y a un caractère arbitraire à fixer une date à partir de laquelle on reconnaît la responsabilité des pays, note Thierry Ngosso. Chacune peut avoir du sens : on peut prendre la fin du XXe siècle en estimant qu’il n’y a responsabilité morale que lorsque les États savent qu’ils causent du tort ; mais on peut aussi remonter à 1850, car c’est là que les émissions ont commencé à augmenter fortement. »

« Une autre façon de voir la justice climatique est de parler de justice redistributive, poursuit le chercheur. Elle n’écarte pas la responsabilité historique mais estime que l’effort juste repose sur la capacité d’agir économiquement. Les financements doivent aider les pays du Sud à renoncer à une forme de développement fondée sur les énergies fossiles, et ces mêmes pays du Sud ont la responsabilité aussi de ne pas retarder l’action climatique. C’est un contrat moral. »

C’est le sens, en partie, de la promesse des « 100 milliards ». L’Inde et la Chine, qui négocient en tant que pays en développement, ne sont pas visées par les demandes de mise au pot. Il faut dire que, même si en valeur absolue leurs émissions cumulées ont rattrapé celles des pays du Nord, rapportées au nombre d’habitants, tant leurs émissions que leur PIB restent bien en deçà de ceux des pays du G7.

Taxation des entreprises

Au-delà de la question purement éthique, plusieurs organisations de la société civile insistent sur la nécessité d’une justice climatique pour restaurer la « confiance » entre Nord et Sud. « Nous n’arriverons pas à stopper le réchauffement climatique sans la coopération des pays en développement, explique Mats Engström, chercheur à l’European Council on Foreign Relations. En attendant, il sera très difficile pour les pays développés de faire pression sur la Chine ou l’Inde s’ils ne remplissent pas leur propre part du contrat en accompagnant la transition et l’adaptation des pays du Sud. »

Ces derniers temps, les yeux se tournent de plus en plus vers les grandes entreprises, notamment pétrogazières. Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a appelé en septembre les économies développées à taxer les bénéfices exceptionnels et à rediriger une partie de ces revenus vers le Sud.

[Décryptage] Pourquoi la zone CFA va pâtir de la hausse continue des taux d’intérêt en Europe

Alors que la Banque centrale européenne valide la troisième hausse de ses taux d’intérêt en moins de cinq mois, l’Afrique et la zone CFA en particulier risquent d’en faire les frais. Explications

Mis à jour le 4 novembre 2022 à 00:07
 BCE

 

 

Siège de la Banque centrale européenne, à Francfort, en Allemagne. © Wikipedia

 

 

La Banque centrale européenne (BCE) poursuit sa politique monétaire restrictive. En l’espace de quelques mois, son principal taux de refinancement est passé de 0,5 % à 2 %. Et, à en croire la présidente de l’institution financière européenne, Christine Lagarde, au lendemain de la dernière hausse, le 27 octobre, « cette augmentation sera suivie par d’autres ». L’objectif premier de cette mesure est de renchérir le coût des emprunts pour freiner la demande et, par effet domino, endiguer l’inflation – quitte à accroitre le risque de récession.

Au vu du contexte actuel, et d’après plusieurs experts interrogés par Jeune Afrique, l’utilisation de ce levier est à double tranchant : tout en permettant de maintenir l’euro à un certain niveau, il constituera un frein au développement. Pis encore, il pèsera très lourdement sur les économies les plus fragiles, notamment celles arrimées à la devise de l’UE. Comme le souligne, Clemens Graf von Luckner, économiste chercheur affilié à Sciences Po Paris, « encore une fois, l’Afrique, plus précisément la zone CFA, est la victime collatérale d’une politique monétaire extérieure ».

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Une politique monétaire imposée

« En général, l’inconvénient majeur de l’arrimage à une devise est l’importation forcée de la politique monétaire qui a été élaborée pour un contexte et une zone en particulier – ici, la politique de la zone euro qui essaye de suivre la cadence de la FED s’impose dans la zone CFA. Ce qui est mauvais pour son cycle économique, car elle est inadaptée », juge Clemens Graf von Luckner. Des propos que valide et étaye Mickaël Gondrand, analyste chez Moody’s. Pour lui, la hausse des taux d’intérêt de la BCE exercera obligatoirement une pression sur la Banque centrale des États de l’Afrique d’Ouest (BCEAO) et la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) pour qu’elles resserrent davantage leurs politiques monétaires.

LA BCE MET LES PAYS ÉMERGENTS FACE AU FAMEUX CHOIX DE LA PESTE ET DU CHOLÉRA.

Toutefois, et comme le précise Othman Boukrami, co-directeur de l’information et chef des négociations de TCX trading, le juste équilibre est très difficile à atteindre. « Les décisionnaires de la zone CFA essayent de trouver le juste milieu entre l’urgence d’augmenter les taux et le maintien d’un certain niveau de croissance. L’équilibre est fragile car la parité ne peut pas être mise en danger par une politique monétaire trop laxiste ».

Hausse du prix de la dette

Malgré la hausse des taux d’intérêt de la BCE, la valeur de l’euro reste inférieure à celle du dollar. « Le dollar s’apprécie vite, et l’euro ne suit plus », précise François Geerolf, professeur d’économie à University of California, Los Angeles (UCLA), en ajoutant « au moins l’euro ne se déprécie plus. Avec la hausse des taux, il se stabilise dans une certaine mesure ». La monnaie européenne, dont la valeur a diminué d’environ 11,5 % depuis le début de 2022, se maintient actuellement entre 0,97 et 0,99 euro pour 1 dollar. « Sans hausse des taux, l’euro aurait pu se déprécier d’avantage », explique le chercheur.

Une situation qui « limite quelque peu les dégâts du remboursement de la dette libellée en dollar pour tous les pays liés à l’euro », considère Clemens Graf von Luckner. Car, à chaque fois que la valeur de l’euro évolue, toutes les monnaies qui y sont arrimées font automatiquement de même. Pour rappel, le franc CFA, dont la convertibilité est garantie par le Trésor français, est arrimé à l’euro selon une parité fixe (1 euro = 655,957 F CFA).

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Cependant, le coût de toute nouvelle émission de dette augmentera, lui, inéluctablement au rythme des taux d’intérêt qui ne cessent de grimper. En juillet 2022, la BCE a enregistré une hausse de 50 points, une hausse de 75 points en septembre, puis une hausse de 75 points en octobre – et l’institution située à Francfort ne compte pas s’arrêter là.

Comme en atteste l’analyste de chez Moody’s interrogé par Jeune Afrique, dans ces conditions, le marché financier se resserre de manière synchronisée et, par effet ricochet, « la hausse des coûts d’emprunt augmentera les coûts d’intérêt des gouvernements dans toute la zone CFA, ce qui aura un impact négatif sur les paramètres d’accessibilité à la dette ». Un coup de massue pour les pays africains déjà très endettés, et ayant très peu de marge de manœuvre budgétaire au lendemain de la pandémie de Covid-19.

Stagflation latente

Comme mentionné plus haut, l’objectif ultime de la BCE est de réduire la quantité de monnaie en circulation, afin de ralentir l’inflation. « En Afrique également, une augmentation des taux locaux est nécessaire. Cela pourrait affecter négativement les perspectives de croissance des pays de la zone CFA, mais il s’agira d’un mal pour un bien », estime Othman Boukrami.

Une analyse que ne partage pas François Geerolf, « le raisonnement de la BCE est obsolète au vu des circonstances ». À la lumière de ces propos, il convient de souligner que l’inflation actuelle est en majeure partie importée : ses causes sont externes et multiples. Il s’agit essentiellement de la distorsion de la chaîne de valeurs post-Covid, de la hausse des prix de l’énergie – notamment après les  décisions de l’Opep+ de réduire la production –, et surtout de l’impact de la guerre en Ukraine… Or, contre cela, la BCE, et par extension la BCEAO et la BEAC « ne peuvent pas faire grand-chose », dénonce l’économiste de Sciences Po. Et d’ajouter : « en confondant inflation interne et importée, l’institution européenne légitime son action, et met les pays émergents face au fameux choix de la peste et du choléra. »

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Ainsi, et conformément à un rapport du FMI datant du mois d’octobre, même en l’absence de nouvelles perturbations de l’approvisionnement, l’inflation pourrait rester plus élevée, et ce pendant longtemps. La stagflation, soit une inflation mêlée à une stagnation de la croissance, est donc le scénario le plus probable, en Europe comme en Afrique.