Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Burkina Faso : les familles de victimes du terrorisme interpellent le chef de l'État

 

Le Burkina Faso commémorait ce jeudi 1er septembre, en différé, la journée internationale du souvenir aux victimes du terrorisme. Depuis 2015, le pays subit le diktat des groupes armés qui occupent au moins 40 % du territoire. Les familles des victimes en ont profité pour essayer d’attirer l’attention du président Paul Henri Sandaogo Damiba sur les mesures de prise en charge médicale et financière des blessés et des familles de victimes du terrorisme.

Avec notre correspondant à Ouagadougou, Yaya Boudani

Les familles des victimes du terrorisme n’ont pas caché leur déception face au président de la transition, qui assistait à la commémoration sur le thème « Soutien aux victimes du terrorisme : un droit pour les victimes et un devoir pour l'État et pour la communauté ». Elles demandent un recadrage de la gestion de l'indemnisation allouée aux soldats tombés sur le champ de bataille.

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« Surtout les veuves de militaires, qui souffrent énormément, une fois que l'indemnité est versée, la belle-famille la récupère pour un partage, et laisse la veuve et l'enfant dans l'insouciance, alors que la veuve doit élever ses enfants. C'est vraiment traumatisant, il y a des veuves qui veulent se suicider, car elles ne savent pas quoi faire... », explique leur porte-parole, Pascal Lankoandé.

Tout en reconnaissant les difficultés soulignées par les familles, Barthelemy Kéré, le ministre en charge des Droits humains, explique qu’un rapport sera transmis au chef de l’État, et que le gouvernement continuera de protéger la dignité et les droits fondamentaux des personnes affectées par le terrorisme.

Le Burkina Faso subit des attaques terroristes depuis 2015. Attaques qui ont fait de nombreuses victimes et plus de 1,9 million de personnes déplacées internes.

Affaire des 49 soldats ivoiriens : les dessous du mystérieux contrat de SAS à Bamako

Les militaires interpellés le 10 juillet à l’aéroport de Bamako sont toujours détenus, malgré les tentatives de médiation. Retour sur le partenariat qui a motivé leur présence sur la base allemande de la Minusma.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 1 septembre 2022 à 18:03

 
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Des soldats ivoiriens de la Minusma défilent à Abidjan lors des célébrations du 59e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, le 7 août 2019. © Sia Kambou/AFP

 

Avril 2019. Le général Yao Adjoumani, attaché de l’ambassade de Côte d’Ivoire aux États-Unis, est approché par son homologue allemand pour établir une coopération entre leurs deux pays, dans le cadre de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma). En plus du déploiement de 800 Casques bleus à Mopti et Tombouctou, ce partenariat prévoyait l’utilisation commune de la base de soutien logistique autonome de Bamako et la mutualisation des charges de protection et de défense. L’armée allemande, qui compte plus d’un millier d’hommes au sein de la mission onusienne, possède des unités spécialisées d’appui aérien installées à l’aéroport international de la capitale.

Une vingtaine d’aéronefs

Berlin a donc proposé à Abidjan d’y affecter des effectifs additionnels dans le cadre du protocole du National Support Element (NSE). Les soldats estoniens, qui assuraient cette tâche par le passé, ne parvenaient plus à convaincre les Allemands, qui ont décidé de se passer de leurs services. La base de l’aéroport de Bamako est opérée par Sahel Aviation Service (SAS), qui est en réalité un prestataire de l’armée allemande dans le cadre de la Minusma. Elle est consacrée au soutien logistique et à l’accueil des contingents belge, norvégien, néerlandais, belges, suédois et danois. Une trentaine de soldats allemands y vivent en permanence. SAS possède en outre une vingtaine d’aéronefs.

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Après plusieurs mois de discussions, les états-majors ivoirien et allemand ont signé un partenariat en juillet 2019, validé ensuite par les Nations unies. La Côte d’Ivoire s’est ainsi engagée à envoyer des hommes assurer la sécurité du site, mais aussi à utiliser ses propres équipements, armements et moyens logistiques. En échange, le prestataire SAS a l’obligation de mettre à la disposition des Ivoiriens des aéronefs pour le transport des troupes, d’assurer leur ravitaillement et le paiement de leurs primes, trimestrielles ou quotidiennes. Il accomplit également toutes les démarches administratives nécessaires auprès de la Minusma et des autorités maliennes. La base de vie dispose en outre d’un hôpital allemand de niveau deux, où le contingent ivoirien peut être pris en charge. Cette coopération a fonctionné sans accroc du 6 juillet 2019 au 10 juillet dernier.

Inquiétudes

Avant cette date, dès le mois de mars, la Côte d’Ivoire avait demandé à l’état-major allemand s’il fallait poursuivre cette collaboration eu égard aux fortes tensions existant entre les autorités de la transition malienne et la communauté internationale. Mais la partie allemande s’était voulue rassurante et avait dissipé toutes les inquiétudes. Seulement, le 6 juillet, le ministère de la Défense ivoirien s’est de nouveau dit préoccupé et a exprimé ses réticences à l’idée d’une nouvelle rotation.

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La Minusma a alors envoyé à Abidjan l’autorisation de survol et d’atterrissage obtenue auprès des Maliens. La relève a donc été effectuée. Le 10 juillet, les 49 militaires ivoiriens étaient arrêtés.

Burkina : vaincre les terroristes avec des abeilles, des pythons et des caïmans ?

Au Faso, un expert en stratégie territoriale et en développement local préconise le recours à des animaux sacrés pour lutter contre les jihadistes.

Mis à jour le 31 août 2022 à 17:45
 
Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

V

 abeilles

 

@DamienGlez

 

La junte burkinabè est confiante. Proclamant, depuis des mois, sa « montée en puissance » et l’« acculement » des terroristes, le régime militarisé entend renverser l’hydre jihadiste presque aussi facilement que le pouvoir de Roch Kaboré. Ces derniers jours, le président de la transition, Paul-Henri Damiba, évoquait tout à la fois le redéploiement des soldats et le renforcement du dispositif sécuritaire, avec notamment de nouveaux hélicoptères de combat. N’a-t-il pas oublié une composante de la lutte ?

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Le 27 août à Ouagadougou, lors d’une conférence publique sur la sécurité au Sahel, un expert en stratégie territoriale et en développement local souhaitait que l’on fasse appel à des techniques ancestrales de lutte « abandonnées », des « valeurs » traditionnelles en rapport avec le monde animalier. Pour Kalifara Séré, les combattants contre les groupes armés pourraient avantageusement recourir à « des abeilles de guerre, des pythons et des caïmans sacrés ». Des insectes, serpents et crocodiliens qu’il affirme « dix fois plus puissants que les VDP », ces Volontaires pour la défense de la patrie engagés aux côtés des forces armées professionnelles.

Biodiversité combattante

L’idée d’envoyer des animaux au front n’est pas incongrue, les hommes ayant « engagé », en temps de guerre et à des époques très différentes, des pigeons, des chats, des dauphins, des éléphants ou des chiens. Spécialisé dans la détection d’explosifs, un canidé de la race Jack Russel était décoré, le 8 mai dernier, de la médaille du courage par le président Volodymyr Zelensky, pour avoir repéré 236 engins dangereux depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le public de la conférence de Ouagadougou attend que Kalifara Séré évoque les ressorts logistiques du dispositif, qu’ils soient en rapport avec un dressage pavlovien ou avec une programmation mystique.

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La perspective est alléchante : pas de grève d’abeilles pour cause de solde impayée, pas de ravitaillement citadin via des ponts endommagés, pas de procédures judiciaires en cas d’exactions, pas d’accusation de survol illégitime d’espace aérien… Les abeilles tueuses de terroristes seraient même les drones les plus écologiquement corrects de l’arsenal sahélien.

Quelle rémunération, alors, pour ces animaux soldats ? Le gage d’une sauvegarde de la biodiversité. Au Burkina Faso, les terroristes menacent les animaux tout autant que le font les braconniers. Dans la forêt classée de Maro, où passent des éléphants, et à la Mare aux hippopotames de Bala, les mammifères « sacrés » sont menacés d’extinction. Les réserves servent de refuge aux jihadistes pour préparer et lancer des attaques. Les conservateurs ne peuvent plus faire leur métier correctement…

Burkina Faso : hélicoptères de combat, redéploiement militaire… Damiba renforce le dispositif sécuritaire

Sous pression face au regain de violences djihadistes, le président de la transition améliore les capacités opérationnelles de l’armée burkinabè et planche sur sa réorganisation.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 29 août 2022 à 17:43
 
 damiba
 
 

Le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba, le 2 mars 2022, lors de son investiture à la tête du pays. © Sophie Garcia/HANS LUCAS

Afin de faire face à la recrudescence d’attaques terroristes, le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba va d’abord redéployer les soldats burkinabè. Selon un haut gradé, de nouvelles entités militaires vont être installées à Boromo ou à Kongoussi. La dissolution de certaines unités, comme le groupement central des armées basé au camp Guillaume Ouédraogo, à Ouagadougou, a été actée. Leurs hommes seront donc réaffectés. De nouvelles structures, dont deux régimes d’infanterie, vont d’ailleurs être créées afin de permettre un meilleur maillage du territoire.

Ce dossier est piloté par le ministre de la Défense, le général Barthélemy Aimé Simporé, en étroite collaboration avec le patron des armées, le colonel-major David Kabré et le commandant des opérations du théâtre national, le lieutenant-colonel Yves Didier Bamouni.

Commande en Serbie

Selon nos informations, les autorités burkinabè ont déjà passé commande en Serbie pour l’achat de trois hélicoptères de combat, dont la livraison est attendue sous peu. D’après un responsable sécuritaire, l’enjeu est d’accroître considérablement la réactivité de l’armée de l’air en cas de survenue d’incidents sur n’importe quelle partie du territoire. « Nous voulons être capables, en quinze voire dix minutes, de réagir », poursuit cette même source. Au total, les autorités ont débloqué plusieurs dizaines de milliards [de francs CFA] pour l’acquisition de matériel militaire, dont une partie a été déjà livrée : drones turcs, infrastructures aériennes, radars de surveillance, véhicules blindés…

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Par ailleurs, les discussions avec les groupes armés, supervisées par Yéro Boly, le ministre de la Réconciliation nationale et de la cohésion sociale, commencent à porter leurs fruits. Plus de 60 combattants djihadistes issus du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ont déposé les armes. Le 1er avril dernier, Damiba avait annoncé l’ouverture de ce dialogue soutenu par des comités locaux et promis d’en évaluer, cinq mois plus tard, les résultats. Il devrait s’exprimer début septembre devant ses compatriotes à ce sujet.

Au Burkina Faso, les populations du Sahel ont marché pour dénoncer l’insécurité

 

À Dori, les manifestants ont exprimé ce samedi 27 août leur ras-le-bol de « l'incompétence des autorités » face à l'insécurité et l'envie de vivre dans la paix.

Avec notre correspondant à Ouagadougou, Yaya Boudani

Les gens sont venus des différentes provinces de la région du Sahel. Leur colère était exprimée sur des banderoles et pancartes. « Le Sahel est délaissé, il agonise. Nous sommes aussi des Burkinabè », pouvait-on lire.

« Le Sahel est uni pour dire non à l’incompétence des autorités. Les populations veulent dormir et se réveiller dans la quiétude », a souligné Yaya Dicko, le coordonnateur du mouvement.  

Les manifestants expliquent que c’est la dégradation de la situation sécuritaire, humanitaire et le sentiment grandissant d’indifférence, voire d’abandon qui les ont poussés à sortir dans les rues. 

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Ils réclament entre autres un accès aux produits de première nécessité, le retour de l’administration publique, le ravitaillement régulier des zones à fort défi sécuritaire, et une facilitation de la libre circulation des personnes et des biens sur les principaux axes routiers de la région du Sahel.

Ces populations de la région du Sahel ne demandent qu’à vivre dignement selon le coordonnateur du mouvement : « Que notre droit à la sécurité et à la vie soit garanti sous toutes ses formes, ainsi que l’intégrité du territoire national, l’arrêt de la stigmatisation dans la lutte contre l’extrémisme violent, la facilitation de la libre circulation des personnes et des biens sur tous les axes routiers, la conduite d’enquêtes rigoureuses sur les allégations d’exactions extra-judiciaires et la levée de l’interdiction de circuler de certains types d’engins motorisés à l’intérieur des villes chefs-lieux de provinces » sont entre autres leurs revendications.