Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Procès du 28-Septembre en Guinée: Moussa Dadis Camara se mure dans le silence

 

Au procès du massacre du stade de Conakry, la parole était aux parties civiles mercredi 21 décembre. Beaucoup moins expansif que les jours précédents, Moussa Dadis Camara a refusé de répondre à certaines questions des avocats. En tant que président de la transition à l’époque, il est, selon les parties civiles, l’un des principaux responsables de la répression sanglante du meeting de l’opposition qui a fait plus de 150 morts.

Avec notre correspondant à Conakry, Matthias Raynal

Sixième comparution et Moussa Dadis Camara a perdu de sa verve.

« Les bérets rouges sont-ils formés pour tuer ou pour le maintien de l’ordre ? » demande un avocat de la partie civile. « Je ne sais pas ». « Vous ne savez pas en tant que béret rouge… »

Le capitaine s’enferme dans le silence. « Mais sachez que, en droit et plus précisément ici dans ce procès, qui ne dit mot consent » : l’avocat répète cette phrase plusieurs fois. Comme pour souligner qu’en esquivant les questions, Moussa Dadis Camara risque bien de s’accuser lui-même. 

« Tous ces cadres relèvent de vous ! »

« Monsieur le président, suite au massacre, vous avez ordonné l’enlèvement de corps et le nettoyage du stade du 28-Septembre. C’était pour dissimuler les preuves ? » « Le stade est géré par un ministère, c’est la réponse à votre question », dit l’ancien président. « Je sais que le stade a un directeur, un ministre du Sport, mais tous ces cadres relèvent de vous ! » Dadis refuse de répondre, de nouveau.

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Moussa Dadis Camara semble déjà lassé, fatigué même par les questions des avocats. « Est-ce que vous êtes prêt à livrer votre part de vérité ? »  « Comme toujours. » « Capitaine Moussa Dadis Camara, à quel moment vous avez appris que les leaders allaient organiser un meeting d’information ? » « J’avais déjà parlé de ça, je ne veux plus revenir là-dessus. »

Le chef de la junte, au pouvoir entre 2008 et 2009, s’enferme dans le silence. Il s’accroche à sa version : le massacre du stade de Conakry a été, dit-il, « orchestré » par son aide de camp, son ministre de la Défense et le président Alpha Condé.

« Aucune institution républicaine n’a été attaquée »

« Vous avez parlé au pôle du juge d’instruction de la thèse d’un complot contre vous. Quand un chef d’État est victime d’un complot, il procède à l’arrestation immédiate des soi-disant comploteurs. Est-ce que vous l’aviez fait, Monsieur le président ? », demande un avocat des parties civiles. Dadis ne répond pas.

Le conseil poursuit : « La présidence n’a pas été attaquée, aucune institution républicaine n’a été attaquée, comment est-ce que vous expliquez ça ? Est-ce que ce n’est pas vous qui avez comploté contre les manifestants, Monsieur le président ? »

L’audience s’est terminée peu après 17h, l’affaire a été renvoyée au 9 janvier 2023. Le procès reprendra après les fêtes. Les avocats de la défense ne se sont pas encore exprimé. Moussa Dadis Camara devrait donc comparaître plusieurs fois encore.

En Côte d’Ivoire, perpétuité requise contre dix accusés de l’attentat de Grand-Bassam

Le procureur de la République, Richard Adou, a demandé la prison à vie, « une peine exemplaire et dissuasive », pour dix des accusés. Le verdict est attendu ce jeudi.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 22 décembre 2022 à 12:50
 
 
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Les accusés de l’attentat de Grand-Bassam Cissé Hantao Ag Mohamed, Kounta Sidi Mohamed, Cissé Mohamed et Barry Hassan devant les juges, lors de l’ouverture du procès, le 30 novembre 2022 à Abidjan. © Sia Kambou/AFP



À l’issue d’un réquisitoire de plus de deux heures, mercredi à Abidjan, le procureur de la République, Richard Adou, a demandé la perpétuité, « une peine exemplaire et dissuasive », pour les quatre accusés de l’attentat jihadiste de Grand-Bassam, dont les quatre présents physiquement au procès qui a débuté fin novembre. Il a également demandé la peine maximale pour six autres personnes, en fuite ou détenus au Mali, qu’il a présenté comme certains « cerveaux » de l’opération. Enfin, pour les huit autre accusés jugés par contumace, il a laissé le choix de la peine à l’appréciation de la Cour.

À LIRECôte d’Ivoire : cinq questions pour comprendre l’attentat de Grand-Bassam

Tous sont accusés « d’actes terroristes, assassinat, tentative d’assassinat, recel de malfaiteurs, détention illégale d’armes à feu et de munitions de guerre et de complicité desdits faits ». Les quatre accusés présents à l’audience, Hantao Ag Mohamed Cissé, Sidi Mohamed Kounta, Mohamed Cissé et Hassan Barry, sont particulièrement soupçonnés d’avoir été des complices de cette attaque, en aidant les cerveaux de l’opération, dans le repérage notamment, ce qu’ils nient.

« Il faut décourager les adeptes de ces actes terroristes », a déclaré le procureur au cours de son réquisitoire. Le 13 mars 2016, trois jeunes assaillants avaient remonté la plage de Grand-Bassam, très fréquentée par des étrangers, puis pris d’assaut plusieurs restaurants, tirant à la kalachnikov sur des clients en terrasse avant d’être abattus par les forces de sécurité ivoiriennes. Revendiquée par la branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), cette attaque jihadiste, la première survenue en Côte d’Ivoire, avait fait 19 morts.

« L’horreur et la barbarie »

Au cours du procès, de nombreux témoins de l’attaque, dont le patron d’un des hôtels ciblés et un membre des forces spéciales qui ont abattu les assaillants, sont venus raconter la journée du 13 mars 2016 à la barre.

« La situation du 13 mars 2016 reste inoubliable. Nous avons été confrontés à l’horreur et la barbarie », a lancé Richard Adou lors de son réquisitoire. « Au nom de quoi peut-on s’arroger la qualité d’ôter la vie à d’autres à cause de leurs opinions? C’est une attaque contre la Côte d’Ivoire », a de son côté plaidé l’avocat des parties civiles, Amadou Camara.

À LIRESix ans après, Vincent Toh Bi raconte l’attentat de Grand-Bassam

Outre les quatre Français, neuf Ivoiriens, un Libanais, une Allemande, une Macédonienne, une Malienne, une Nigériane et une personne non identifiée avaient été tués lors de l’attentat et 33 personnes de diverses nationalités blessées.

En janvier 2017, les soldats de la force française Barkhane avaient capturé un suspect clé, Mimi Ould Baba Ould Cheikh, considéré par les autorités ivoiriennes comme un des cerveaux de l’attentat, et par les autorités burkinabè comme le « chef des opérations » d’une autre attaque qui avait fait 30 morts à Ouagadougou en janvier 2016.

En représailles à Serval et Barkhane

Perpétrée en représailles aux opérations antijihadistes Serval et Barkhane menées par la France et ses alliés dans la région du Sahel, l’attaque de Grand-Bassam visait aussi la Côte d’Ivoire qui avait livré des membres d’Aqmi aux autorités maliennes.

En 2020 et 2021, les forces de défense et de sécurité ont été ciblées par des attaques meurtrières attribuées à des groupes jihadistes dans le nord de la Côte d’Ivoire, qui n’a cependant plus connu d’attentats contre des civils depuis celui de Grand-Bassam.

À LIRECôte d’Ivoire – Procès de l’attentat de Grand-Bassam : qui sont les avocats des accusés ?

L’attaque a durement éprouvé le secteur du tourisme dans le pays, déjà fragilisé par la crise post-électorale de 2010-2011 qui avait fait quelque 3 000 morts. Le verdict est attendu ce jeudi 22 décembre.

(avec AFP)

Trafic de cocaïne en Côte d’Ivoire : bientôt un procès 

L’enquête sur les ramifications d’un réseau de trafic de cocaïne entre l’Amérique du Sud, la Côte d’Ivoire et l’Europe est presque bouclée. Les suspects pourraient être jugés début 2023.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 14 décembre 2022 à 15:01
 

 

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Saisie de cocaïne en Côte d’Ivoire, en avril 2022. © DGPN

 

Selon nos informations, le pôle pénal économique et financier du tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau prévoit de renvoyer l’affaire du trafic de cocaïne devant la justice début 2023 – sauf changement de dernière minute. L’instruction est en effet presque terminée. Si les suspects sont reconnus coupables, ils risquent 5 à 20 ans de prison et de fortes amendes voire, la saisie de leurs biens.

Pas de confrontations

Mi-novembre, la justice ivoirienne a rejeté les demandes de liberté provisoire déposées par les conseils de plusieurs prévenus, les hommes d’affaires Dominique Amata, Hussein Taan et Richard Ghorayeb. Tous avaient donné des garanties financières et de représentation. Les confrontations entre les suspects, prévues au début d’octobre après qu’ils aient été auditionnés par le juge d’instruction Jean-Claude Koffi Aboya n’ont pas encore lieu.

À LIRETrafic de cocaïne en Côte d’Ivoire : premières auditions des hommes d’affaires suspectés

La dernière interpellation dans ce dossier remonte au 25 octobre dernier, lorsque l’homme d’affaires ivoiro-libanais Abass Hamka avait été appréhendé. Les enquêteurs le suspectent d’être un proche de l’un des cerveaux du réseau, l’Italien Bartolo Bruzzaniti.

Dossier sensible

Après la saisie record de plus de deux tonnes de cocaïne en avril dernier à Koumassi (sud d’Abidjan) et à San Pedro, la deuxième ville portuaire du pays, les autorités avaient démantelé un réseau international qui avait fait de la Côte d’Ivoire une plaque tournante du trafic de drogue. Ce dossier sensible est suivi de près par le chef de l’État Alassane Ouattara, à qui les ministres Sansan Kambilé (Justice) et Téné Birahima Ouattara (Défense) font des points réguliers.

À LIRETrafic de cocaïne : la Grande Loge de Côte d’Ivoire suspend deux de ses membres

Entre février 2021 et avril 2022, au moins 4 tonnes de cocaïne d’une valeur pouvant atteindre 100 milliards de F CFA ont été saisies. Plusieurs suspects, y compris des hommes d’affaires très en vue et proches des cercles de pouvoir, ont été interpellés et placés en détention provisoire. L’État ivoirien a décrété une tolérance zéro.

De hauts gradés de la gendarmerie nationale en charge de l’enquête ont par ailleurs été interpellés en novembre dernier pour avoir participé à la dissimulation puis à la revente d’une partie d’un stock de cocaïne saisi en 2021 et évalué à environ 38 millions d’euros.

Le Tchad remet 139 personnes en liberté après les manifestations du 20 octobre

 

139 prisonniers ont été libérés après les audiences tenues fin novembre et début décembre des manifestants du 20 octobre dernier contre la prolongation de la transition. Parmi les libérés de Koro-Toro, prison en plein désert à 600 km de la capitale, 59 détenus ont été relaxés pour infractions non constituées et les 80 condamnés avec sursis sont arrivés à Ndjamena dimanche 11 décembre.

Avec notre correspondant à Ndjamena, Madjiasra Nako

Ce dimanche en fin de journée, deux gros camions sont entrés dans la cour du ministère de la Justice. La centaine de personnes en sont descendues, engoncées dans des pulls gris, d’autres portant des bonnets de même couleur. Ces vêtements ont été cousus à partir d’un rouleau de couverture de survie mis à disposition par la Croix rouge pour lutter contre le froid glacial du désert tchadien.

Mahamat Allamine Al-Rachid, deuxième substitut du procureur de la République près le tribunal de Ndjamena, explique les circonstances de cette libération :

« Conformément aux décisions qui ont été rendues par le tribunal de grande instance de Ndjamena, ces gens à l’audience foraine à Koro Toro, aujourd’hui, les 139 personnes sont ramenées à Ndjamena et sont munis de leur ordre de liberté définitive. Et dès cette instance, ils sont libres de regagner leurs familles. »

Ensuite, le régisseur pénitencier procède à l’appel des anciens prisonniers.

Très peu de familles étaient là pour les accueillir, certains ont dû se débrouiller seuls pour rentrer chez eux. Il reste toujours 265 personnes détenues à Koro Toro : le conseil de l’ordre des avocats demande qu’elles soient ramenées dans la capitale pour la procédure en appel.

Exclusif – Burkina Faso : le voyage secret du Premier ministre à Moscou

Kyélem Apollinaire de Tambèla est parti le 7 décembre en Russie, via Bamako. Un déplacement à l’abri des regards, dont l’objectif suscite bien des interrogations.

Mis à jour le 10 décembre 2022 à 11:38
 

 

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Kyélem Apollinaire de Tambèla, Premier ministre de la transition au Burkina Faso. © DR

 

Il devait rencontrer les syndicats le 9 décembre à 8 heures. Mais la veille, en début de soirée, une note est envoyée in extremis aux rédactions : elle indique que Kyélem Apollinaire de Tambèla sera finalement remplacé par le président Ibrahim Traoré, sans plus d’explications.

La raison est en réalité assez simple : ce vendredi, le Premier ministre est à des milliers de kilomètres de Ouagadougou. Il est à Moscou, où il a voyagé dans le plus grand secret.

Escale à Bamako

Selon les informations de Jeune Afriquele chef du gouvernement de transition a quitté Ouagadougou le 7 décembre dans l’après-midi, après le traditionnel conseil des ministres hebdomadaire au palais de Kosyam.

Ce jour-là, un C 295 de l’armée de l’air malienne s’est posé vers 16 heures à l’aéroport de Ouaga. Il est envoyé par les autorités de transition maliennes pour amener Kyélem Apollinaire de Tambèla et une délégation burkinabè de onze personnes à Bamako. Parmi elles, des militaires et quelques ministres. L’appareil redécolle avec ses nouveaux passagers deux heures plus tard.

À LIRE« Complot » contre Traoré au Burkina : les dessous de l’opération qui a ciblé les quatre capitaines

Une fois à Bamako, ils partent en direction de Moscou dans la soirée – probablement à bord du vol Turkish Airlines, via Istanbul. Pourquoi ce passage par le Mali, avec l’appui des autorités maliennes ? Car elles jouent, ces dernières semaines, un rôle de facilitateurs entre leurs homologues burkinabè et Moscou. Objectif : convaincre Ibrahim Traoré de se rapprocher de la Russie, comme elles l’ont fait avant lui.

L’ombre de Wagner

Les raisons exactes du séjour de son Premier ministre et de sa délégation dans la capitale russe, où ils sont arrivés le 8 décembre et où ils étaient toujours ce samedi 10 décembre, sont encore méconnues.

À LIRE[Enquête] Le Burkina Faso dans le viseur de Wagner 

Selon une source régionale, Kyélem Apollinaire de Tambèla souhaiterait acquérir du matériel militaire. De leur côté, des responsables français considèrent que ce voyage pourrait, aussi, permettre de rencontrer des cadres de la société militaire privée Wagner, qui opère au Mali depuis fin 2021.

Contactée par JA, l’équipe du Premier ministre évoque une « visite privée », sans faire plus de commentaires.