Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Chine-Afrique : qui a bénéficié des 40 milliards de dollars de la « dette cachée » ?

Mis à jour le 7 octobre 2021 à 14:41


Manifestants pro-Chinois Hong-Kong en juillet 2021. © photo montage JA

Pas moins de vingt-six États africains ont sous-évalué leur dette envers la Chine. Sur le continent plus qu’ailleurs, Pékin a eu recours aux très risqués Ressources Based Loans. Plongée en infographies, pays par pays, dans un système de financement particulièrement opaque.

On savait déjà que la Chine était le principal créancier du continent. On sait désormais que l’ampleur des prêts que Pékin a accordé aux pays africains dépasse, de très loin, les estimations établies jusqu’à présent. Dans son rapport Banking on the Belt and Road, publié le 27 septembre, l’AidData, de l’Institut William and Mary, a en effet révélé que 385 milliards de dollars (330 milliards d’euros) de dettes « cachées » sont sortis des radars du système de déclaration officiel de la Banque mondiale. En Afrique, 26 États sont ainsi indirectement débiteurs de ces « dettes cachées » contractées auprès d’organismes chinois, soit près 40 milliards de dollars sur la période 2000 – 2017.

Depuis 30 ans, les banques chinoises se sont attelées à brouiller la distinction entre dette publique et dette privée, en accordant de plus en plus de prêts à des sociétés parapubliques ou des joint-ventures avec des garanties plus ou moins implicites de remboursement par le gouvernement des sociétés emprunteuses. À la moindre crise, ces emprunts – considérées comme privées – pourraient donc soudainement se transformer en dette publique… Et asphyxier des économies déjà exsangues.

Et sur le continent, Pékin est allé encore plus loin. La Chine, dont l’un des principaux axes stratégiques est la sécurisation des ressources naturelles que l’insatiable « usine du monde » dévore à un rythme effréné, a multiplié le recours aux Ressources Based Loans (RBLs). Depuis 2000, au moins 60 milliards de dollars de prêts ont été octroyés sous ce régime à neuf pays dont les indices de gouvernance des ressources et de corruption sont pourtant très faibles.

Des prêts risqués

Réputés particulièrement opaques – seul un contrat a été rendu partiellement public en RDC – ces prêts sont remboursés ou garantis par les futures recettes issues de l’exploitation des matières premières du pays emprunteur. S’ils permettent aux banques de minimiser les risques et servent à financer des projets d’infrastructures souvent essentiels pour les pays où ils sont réalisés, ces prêts sont particulièrement risqués pour le pays emprunteur, tant ils dépendent des cours souvent volatiles des matières premières. Selon le think tank Natural Resource Governance Institute (NRGI), ils augmenteraient en outre les risques de corruption et de détournement de fonds.

Combien la Chine a-t-elle réellement prêté sur le continent ? Quels sont les pays qui ont la dette la plus importante vis-à-vis de Pékin ? Qui sont les gouvernements qui ont accepté de signer ces si problématiques RBLs ? Pour répondre à ces questions, Jeune Afrique a passé au crible la stratégie financière de la Chine sur le continent. Pays par pays, les réponses en détail et en chiffres, à découvrir ci-dessous.

Bénin: 14 personnes inculpées après la saisie de deux tonnes et demie de cocaïne

Des conteneurs sur le port de Cotonou. (Illustration).

Des conteneurs sur le port de Cotonou. (Illustration).
 AFP - PROSPER DAGNITCHE

Au Bénin, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme a placé ce jeudi 7 octobre, 14 personnes en détention provisoire dans le dossier des deux tonnes et demie de cocaïne retrouvées et saisies dans un entrepôt à proximité de Porto-Novo. 

Avec notre correspondant à Cotonou, Jean-Luc Aplogan

C’est à l’issue d’une très longue audience et après les réquisitions du procureur spécial Mario Metonou que le juge des libertés a décidé de placer toutes les personnes interpellées dans l'affaire de la saisie de cocaïne en détention provisoire. Mais avant, elles ont été inculpées pour « trafic international de drogue à hauts risques, blanchiment et tentative de corruption ». 

Fin septembre, au début de l'affaire, elles avaient été onze à être interpellées. Leur nombre est passé à 14. Parmi elles, des Béninois, des ressortissants de pays de la sous-région ouest-africaine, un Libanais, patron d’un grand hôtel à Cotonou, un Allemand et un Hollandais. Ces derniers sont soupçonnés de faire partie des patrons du réseau. Une source bien informée renseigne que les deux Européens seraient arrivés au Bénin juste pour superviser, coordonner et s’assurer que les 2 240 plaquettes arrivent à bon port.

Tous sont détenus à la prison civile de Missrété. La drogue saisie est toujours dans le magasin où elle a été trouvée et l’entrepôt est gardé par l’armée. Après l’ordonnance sous placement de dépôt, le dossier ira en instruction. Il y aura des auditions, des confrontations pour voir le degré d’implication de chacun.

► À lire aussi : Procès «cocaïne» au Bénin: l'affaire renvoyée au 5 août

Procès Sankara : « L’absence de Blaise Compaoré est pratiquement un aveu de culpabilité »

Mis à jour le 7 octobre 2021 à 15:51


De gauche à droite : les capitaines Blaise Compaoré et Thomas Sankara, avec le commandant Lingani, au lendemain du coup d’État du 4 août 1983. © Archives Jeune Afrique

Le procès des assassins présumés de Thomas Sankara s’ouvrira le 11 octobre. Principal accusé, l’ancien président burkinabè, en exil en Côte d’Ivoire. Pour Guy-Hervé Kam, l’avocat des autres victimes de cette tuerie, son absence n’empêchera pas la manifestation de la vérité.

Le moment sera évidemment historique, mais aussi émouvant pour les familles des victimes. Lundi 11 octobre, à 9h, devant le tribunal militaire de Ouagadougou et dans la salle des banquets de Ouaga 2000, s’ouvrira le procès des assassins présumés de Thomas Sankara et de ses douze compagnons. Douze hommes tués aux côtés du président burkinabè le 15 octobre 1987 et qui, pendant des années, sont restés dans l’anonymat.

Parmi eux, quatre membres civils du cabinet spécial de Sankara (Paulin Bamouni, Patrice Zagré, Frédéric Kiemdé et Bonaventure Compaoré) et huit militaires (l’adjudant Christophe Saba, trois chauffeurs du convoi présidentiel et quatre gardes du corps).

Tous ont été froidement abattus par le commando qui a fait irruption au Conseil de l’Entente ce jour-là, puis enterrés de nuit, à la va-vite, en périphérie de la capitale. Depuis, leurs proches, comme ceux de « Tom’ Sank’ », se battent pour connaître la vérité et obtenir justice.

Avocat et cofondateur du mouvement Balai citoyen, qui a animé la contestation populaire contre le régime de Blaise Compaoré en 2014, Guy-Hervé Kam est l’avocat des familles de ces victimes. Avant l’ouverture de ce procès tant attendu, il répond aux questions de JA.

Jeune Afrique : Plus de trente ans après l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons, le procès va enfin s’ouvrir à Ouagadougou. Qu’en attendent les familles, que vous représentez ?

Guy-Hervé Kam : Elles attendent de savoir ce qu’il s’est vraiment passé ce 15 octobre 1987. Elles n’ont toujours pas fait leur deuil et ne savent pas précisément qui sont les responsables – même si tout le monde soupçonne Blaise Compaoré, le général Gilbert Diendéré et leurs hommes.

Pendant longtemps, ce sujet a fait l’objet d’une omerta au Burkina Faso. Personne ne prononçait le nom de Sankara. Pendant longtemps, les victimes tuées à ses côtés étaient quasiment anonymes, voire oubliées. Avec ce procès, nous allons savoir exactement qui étaient ces treize personnes tuées le 15 octobre 1987, pourquoi elles ont été tuées, qui les a tuées, qui a donné l’ordre de les tuer… Ce sera un moment important, qui permettra enfin de tourner cette page douloureuse et de faire notre deuil.

L’absence de Blaise Compaoré au procès empêchera-t-elle que la vérité soit faite, dans cette affaire d’État ?

Au vu des éléments du dossier, nous pensons que son absence ne nuira pas à la manifestation de la vérité. Des personnes présentes ce 15 octobre 1987 au Conseil de l’Entente et qui ont fait partie de la colonne mortelle sont encore en vie. Des témoins, qui se trouvaient avec le président Sankara, sont vivants. Nous sommes donc en mesure de reconstituer minute par minute ce qu’il s’est passé. Nous obtiendrons donc la vérité, même sans la présence de Blaise Compaoré.

Certes, les victimes ne pourront entendre ni Compaoré ni Hyacinthe Kafando [le chef du commando] expliquer pourquoi ils ont fait cela. Il n’empêche. Nous pourrons établir les différentes responsabilités à partir des éléments factuels et précis du dossier.

Comment qualifieriez-vous l’attitude de Blaise Compaoré, qui refuse d’assister à ce procès ?

C’est tout simplement irresponsable. J’ai toujours pensé que, pour une personne accusée à tort, la justice était un moment privilégié pour rétablir la vérité si nécessaire. Blaise Compaoré a toujours dit qu’il n’était pas au courant de cette affaire. Il a même dit qu’il dormait au moment des faits.

Ce procès était l’occasion, unique et rêvée pour lui, de pouvoir, avec d’éventuels éléments de preuves à l’appui – il a tout de même été chef de l’État par la suite, et pendant vingt-sept ans –, de laver son honneur, sali par cette affaire.

Son absence constitue-t-elle, à vos yeux, un aveu de culpabilité ?

Cela montre qu’il a des choses à se reprocher. C’est pratiquement un aveu de culpabilité. Mieux que quiconque, il sait que la justice a évolué au Burkina Faso, qu’elle est aujourd’hui indépendante. Il a accès à des avocats. S’il n’avait rien à se reprocher, il serait venu.

Le général Gilbert Diendéré, qui était à l’époque son adjoint, sera le principal accusé à la barre. Qu’attendez-vous de son témoignage ? 

Il est difficile d’imaginer qu’il se montrera coopératif. Pendant la procédure d’instruction, il a refusé d’admettre sa responsabilité. Il serait étonnant que cela change. À moins que, devant les victimes, il change de stratégie et leur dise la vérité en face. Cela serait sans doute la meilleure posture à adopter, mais je ne suis pas convaincu qu’il le fasse.

Déplorez-vous que les éventuelles implications étrangères dans l’assassinat de Thomas Sankara ne soient pas abordées en profondeur lors de ce procès ?

Oui, tout un pan du dossier va, pour le moment, rester en dehors du champ judiciaire. Mais le plus important est d’établir les responsabilités à l’intérieur du pays. La responsabilité de certains des accusés nous amènera sans doute à parler des implications extérieures.

Guinée-Bissau : dix choses à savoir sur António Indjai, le général qui vaut 5 millions de dollars

Mis à jour le 6 octobre 2021 à 10:35


António Indjai en 2014, à Bissau © AFP

À la mi-août, la justice américaine a promis 5 millions de dollars à quiconque permettra l’arrestation de cet ancien chef d’état-major bissau-guinéen. Mais qui est vraiment ce putschiste récidiviste considéré par Washington comme un baron de la drogue ?

1. « Wanted »

Il a longtemps été l’un des hommes les plus craints du pays. Et sept ans après sa mise à la retraite, son influence semble à peine s’être érodée : s’enquérir du général António Indjai suscite encore l’appréhension et de nombreux silences gênés. Lorsqu’il s’agit d’éclairer les zones d’ombre de son parcours, difficile de trouver le moindre officiel prêt à s’exprimer à visage découvert.

L’avis de recherche américain émis à son encontre par Washington, qui le considère comme un baron de la drogue, n’a bien sûr rien arrangé. Les proches d’António Indjai gardent en mémoire le piège tendu en haute mer en 2013 par l’Agence américaine antidrogue (DEA) à Bubo Na Tchuto, ancien tout-puissant chef de la Marine, lui aussi accusé par la justice d’avoir régné en maître sur le trafic de cocaïne gangrénant le pays. Visé la même année par un leurre similaire, Indjai ne se laissera pas prendre, mais l’affaire aiguisera sa prudence.

2. Ancien combattant

Militaire de carrière, António Indjai a enfilé le treillis pour la première fois lors de la longue guerre d’indépendance (1963-1974) contre les colons portugais. Mais certains de ses détracteurs mettent en doute sa participation au conflit : né en janvier 1955, n’était-il pas trop jeune pour y avoir pleinement pris part ? Pour ses pairs et dans les registres de l’État, il est en tout cas considéré comme un ancien combattant. « Le PAIGC [Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, fondé par les indépendantistes autour d’Amílcar Cabral] ne reculait pas devant l’utilisation de jeunes soldats, souligne Vincent Foucher, chercheur au CNRS. Selon son CV officiel, Indjai a eu un rôle dans l’artillerie aérienne en 1970 et a ensuite été commissaire politique. »

COMMANDANT DU BATAILLON DE MANSOA, IL EST EN PREMIÈRE LIGNE FACE À LA RÉBELLION CASAMANÇAISE

L’indépendance acquise, il part se former en Russie et à Cuba, et reprend les armes lors de la guerre civile, entre 1998 et 1999. Proche du défunt chef d’état-major Tagmé Na Waié, il monte en grade fin 2004, lorsqu’il devient commandant du bataillon de Mansoa, dans la zone militaire Nord. Le poste est stratégique : proche de la capitale Bissau, c’est l’une des plus importantes unités militaires du pays. Elle est aussi en première ligne face à la rébellion casamançaise. Lorsqu’en 2006, des combattants menés par Salif Sadio pénètrent sur le territoire via la localité de São Domingos, c’est António Indjai qui a la charge des opérations militaires. L’épisode lui vaudra d’être promu colonel.

3. Balante

Né à Encheia, dans la région de l’Oio, António Indjai est un Balante du Nord, l’une des principales ethnies du pays. Elle représente aussi le gros des troupes au sein de l’armée bissau-guinéenne. « Les Balantes sont ceux qui se sont le plus engagés dans la lutte pour l’indépendance. La plupart des grandes figures de la guerre en étaient issues, explique un bon connaisseur des dossiers de défense. Cette tradition a perduré et structure toujours l’armée : aujourd’hui, on estime que plus de la moitié des militaires sont balantes. »

4. Putschiste…

La prise de l’état-major sera son premier coup de force revendiqué. Le 1er avril 2010, le général met aux arrêts le Premier ministre Carlos Gomes Junior, dit « Cadogo », et son fidèle chef d’état-major, José Zamora Induta, dont Indjai était l’adjoint. Si le premier sera rapidement libéré, le second sera plus longuement détenu à Mansoa.

Quelques semaines plus tard, Indjai est nommé chef d’état-major par le président Malam Bacaï Sanha. Mais l’épisode lui vaudra d’entrer dans le collimateur de Washington. L’ambassadeur des États-Unis à Dakar refuse d’assister à sa cérémonie d’investiture. Le communiqué se veut cinglant et humiliant : Indjai est jugé « indigne » d’exercer cette fonction.

INDJAI EST L’UN DES PREMIERS BÉNÉFICIAIRES DU PUTSCH DE 2012

5. … récidiviste

Deux ans plus tard, le Premier ministre Carlos Gomes Junior se place largement en tête du premier tour de la présidentielle de 2012 face à son rival Kumba Yala, accusé de tenir des discours ethnicistes. Ses partisans n’ont-ils pas battu campagne en répétant que la réforme de l’armée souhaitée par le chef du gouvernement était en réalité destinée à évincer les balantes de l’armée ? Les casernes grondent. Le 12 avril, des militaires s’emparent de la résidence du Premier ministre, interrompent le processus et le contraignent à l’exil. « Indjai est l’un des premiers bénéficiaires de ce putsch, rappelle Vincent Foucher. Après cet épisode, les militaires regagnent une influence que Carlos Gomes Junior tentait de contenir. »

Le processus électoral ne reprendra que deux ans plus tard. Cette fois, les militaires restent dans leur caserne. José Mário Vaz accède au pouvoir en 2014 sous les couleurs du PAIGC et met fin aux fonctions d’Indjai. « Il semble y avoir eu une sorte d’accord de la part d’Indjai, qui accepte son départ tout en sachant que ses intérêts vont être ménagés « , poursuit le chercheur français.

6. Trafic de cocaïne

António Indjai était-il devenu trop encombrant ? Depuis 2013, le général est sous le coup d’une inculpation de la justice new-yorkaise basée sur des échanges avec des membres de la DEA s’étant présentés comme des représentants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

« Entre juin et novembre 2012, Indjai a accepté de recevoir et de stocker plusieurs tonnes de cocaïne dont il savait qu’elles seraient vendues au profit des FARC, accuse le Département d’État américain. Indjai et d’autres co-conspirateurs ont accepté d’acheter des armes, notamment des missiles anti-aériens, pour les FARC en utilisant les recettes de la drogue et ont créé une société écran en Guinée-Bissau pour réaliser les transactions illicites d’armes. » Des accusations dont le principal intéressé s’est toujours défendu.

Loin de refermer le dossier, la justice américaine a, au contraire, promis le 19 août « une récompense allant jusqu’à 5 millions de dollars pour toute information menant à son arrestation ou à sa condamnation ».

7. Respecté dans l’armée

António Indjai reste un homme très respecté par l’institution militaire. « L’armée est soumise à de fortes logiques clientélistes. Indjai y a ses “petits” : il a recruté et fait monter en grade toute une série de militaires qui lui restent redevables », analyse Vincent Foucher.

UMARO SISSOCO EMBALÓ S’OPPOSE À L’EXTRADITION DE L’ANCIEN CHEF DE L’ARMÉE

8. Interdit de voyager

Les États-Unis ne sont pas les seuls à l’avoir dans le collimateur. Ses coups de force de 2010 et 2012 ont poussé les Nations unies a l’inscrire, avec d’autres militaires bissau-guinéens, sur une liste de personnes interdites de voyager. « António Indjai a participé à la planification opérationnelle du coup d’État du 12 avril 2012, note une résolution de l’ONU adoptée la même année par le Conseil de sécurité. Au lendemain de ce coup d’État, le premier communiqué du “commandement militaire” a été diffusé par l’état-major des forces armées, dirigé par le général. » Presque dix ans plus tard, ces sanctions n’ont pas été levées.

9. Défendu par Embaló

Face au mandat américain ou aux sanctions de l’ONU, António Indjai peut se prévaloir du soutien d’Umaro Sissoco Embaló. Le président bissau-guinéen a réaffirmé fin août qu’il s’opposait à l’extradition de l’ancien chef de l’armée. « J’ai du respect pour le général Indjai. Les Américains peuvent bien émettre les mandats qu’ils veulent. Nous aussi, nous pouvons lancer des mandats d’arrêts contre eux ! », affirmait-il lors d’une interview accordée à Jeune Afrique en septembre 2020.

Lors de l’Assemblée générale des Nations unies à New York en septembre, le chef de l’État a par ailleurs directement plaidé auprès d’António Guterres, secrétaire général de l’ONU, pour que les sanctions prises en 2012 soient levées. António Indjai est aussi réputé très proche du Premier ministre, Nuno Nabiam.

10. Gentleman farmer ?

En parallèle de sa carrière militaire, António Indjai a développé des activités agricoles. Il possède une ferme dans la localité de Mansoa, où le général à la retraite cultive avec l’aide de ses fils la noix de cajou, pilier de l’économie bissau-guinéenne, et élève des volailles. C’est non loin de ses champs qu’il est soupçonné d’avoir voulu faire atterrir des avions chargés de drogue en provenance d’Amérique latine.

Burkina Faso: l'ex-président Compaoré ne se rendra pas au procès de l'assassinat de Sankara

L'ancien président burkinabè Blaise Compaoré vit en exil en Côte d'Ivoire, ici à Abidjan le 10 octobre 2016.

L'ancien président burkinabè Blaise Compaoré vit en exil en Côte d'Ivoire, ici à Abidjan le 10 octobre 2016.
 AFP - ISSOUF SANOGO

Blaise Compaoré ne sera pas présent au procès de l'assassinat de Thomas Sankara, qui s'ouvre lundi 11 octobre devant le tribunal militaire de Ouagadougou. L'ancien président, exilé à  Abidjan, est le principal accusé qui sera jugé pour l'assassinat en 1987 du capitaine révolutionnaire. 

« On ne nous a jamais rien notifié, déplore Me Pierre-Olivier Sur, l'un des avocats français de Blaise Compaoré. Il n’a jamais été convoqué à un interrogatoire. Au total, nous n’avons pas eu accès au dossier. Comment préparer sérieusement un procès qui s’annoncerait médiatisé et même historique, sans avoir eu accès au dossier ? C’est impossible en termes de droit de la défense. C’est pour cela qu’il n’est pas question pour nous d’y aller de façon fantoche. »

Blaise Compaoré, 70 ans, vit en exil en Côte d'Ivoire où il a obtenu la nationalité ivoirienne. L'ex-président burkinabè fait partie des principaux accusés qui seront jugés pour l'assassinat en 1987 de Thomas Sankara. Il avait pris le pouvoir lors du putsch de 1987 et s'y est maintenu pendant 27 ans avant d'être renversé à la suite d'une insurrection populaire en 2014.

Autre accusé, le général Gilbert Diendéré, 61 ans, un des principaux chefs de l'armée lors du putsch de 1987. Devenu ensuite chef d'état-major particulier du président Compaoré, le général Diendéré purge déjà au Burkina une peine de 20 ans de prison pour une tentative de coup d'État en 2015. Tous deux sont accusés de « complicité d'assassinats », « recel de cadavres » et « d'attentat à la sûreté de l'État ».

► À lire aussi : Burkina Faso: le procès de l’affaire Thomas Sankara fixé au 11 octobre 2021

« Envisager la paix des braves pour préparer un retour du président Blaise Compaoré »

« En revanche, poursuit Me Pierre-Olivier Sur, nous sommes prêts, moi le premier, à me rendre à Ouagadougou pour rencontrer le président de la République afin d’envisager la paix des braves pour préparer un retour du président Blaise Compaoré sur place et de sa famille afin de montrer une image forte d’unité nationale pour lutter contre le terrorisme et le risque de désintégration auquel nous assistions en ce moment. »

Arrivé au pouvoir par un coup d'État en 1983, Thomas Sankara a été tué le 15 octobre 1987 avec douze de ses compagnons par un commando lors d'une réunion au siège du Conseil national de la révolution (CNR) à Ouagadougou. Il avait 37 ans.

► À écouter aussi : Blaise Compaoré de retour au Burkina Faso? «Réconciliation, oui. Impunité, non» (Ousseini Tamboura)