Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Rapatriement de familles de djihadistes : la France condamnée par la CEDH

Les faits 

La Cour européenne des droits de l’homme a condamné mercredi 14 septembre la France pour ne pas avoir étudié de manière appropriée les demandes de rapatriement de familles de djihadistes en Syrie. Le gouvernement devra reprendre l’examen de ces demandes « dans les plus brefs délais ».

  • Esther Serrajordia (avec AFP), 
Rapatriement de familles de djihadistes : la France condamnée par la CEDH
 
Pour la première fois, la Cour européenne des droits de l’homme se prononce sur le sort des familles de djihadistes français retenus dans des camps en Syrie.DELIL SOULEIMAN/AFP

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné mercredi 14 septembre la France pour ne pas avoir étudié de manière appropriée les demandes de rapatriement de familles de djihadistes en Syrie, des requêtes que Paris va devoir réexaminer au plus vite.

« En exécution de son arrêt, la Cour précise qu’il incombe au gouvernement français de reprendre l’examen des demandes des requérants dans les plus brefs délais en l’entourant des garanties appropriées contre l’arbitraire », a indiqué la Grande Chambre de la CEDH, sa plus haute instance. Celle-ci avait été saisie par les parents de deux jeunes Françaises bloquées dans des camps en Syrie avec leurs enfants.

La Cour a déclaré que la France avait violé les dispositions de l’article 3 de la convention de Strasbourg, disposant que « nul ne peut être privé du droit d’entrer sur le territoire de l’État dont il est le ressortissant ».

Saisie par deux couples de Français

La question centrale était aussi de savoir si la France exerce de façon extraterritoriale sa juridiction sur ces mères et leurs enfants en Syrie. La CEDH a considéré que ce n’était pas le cas. C’est de cette reconnaissance de juridiction que découle l’obligation de l’État de rapatrier les familles. La Cour n’impose donc pas en soi le retour en France des familles détenues en Syrie, mais que l’intérêt des enfants devait être pris en compte.

La CEDH avait été saisie par deux couples de Français qui avaient demandé en vain aux autorités françaises le rapatriement de leurs filles, deux jeunes femmes compagnes de djihadistes, et de leurs trois enfants. Les requérants soutiennent que ce refus viole plusieurs articles de la Convention européenne des droits de l’homme, en exposant notamment leurs filles et petits-enfants à des « traitements inhumains et dégradants ».

Une décision scrutée bien au-delà de la France

La décision va faire jurisprudence et va être scrutée bien au-delà de la France, car elle concerne également les centaines de ressortissants européens actuellement détenus en Syrie. Sept États membres du Conseil (Norvège, Danemark, Royaume-Uni, Pays-Bas, Belgique, Espagne et Suède) sont ainsi intervenus dans la procédure.

Signe de l’importance du sujet, l’affaire, considérée comme prioritaire, a été examinée par la Grande Chambre de la Cour, sa plus haute formation composée de 17 juges et conduite par Robert Spano, président de la juridiction européenne.

Ailleurs en Europe, des pays comme l’Allemagne ou la Belgique ont d’ores et déjà récupéré la plus grande partie de leurs djihadistes. De son côté, au grand dam des familles et des ONG, Paris a longtemps privilégié le « cas par cas », doctrine défendue devant la CEDH par son représentant.

Près de 250 enfants français dans les camps en Syrie

Début juillet, la France a fait revenir 35 mineurs et 16 mères, premier rapatriement massif depuis la chute en 2019 du « califat » de l’organisation armée État islamique (EI). Jusqu’alors, seuls quelques enfants avaient été ramenés.

Selon le coordinateur du renseignement français et de la lutte contre le terrorisme, Laurent Nunez, il restait après cette opération une centaine de femmes et près de 250 enfants français dans des camps en Syrie.

Guinée : le FNDC porte plainte contre Mamadi Doumbouya à Paris

Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) accuse le président de la transition de « complicité d’homicides et de torture » et a saisi la justice française le 8 septembre.

Par  - à Conakry
Mis à jour le 12 septembre 2022 à 10:17
 
conakry

 

Des soldats dans les rues de Conakry, le 14 septembre 2021 (illustration). © Sunday Alamba/AP/SIPA

 

Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) ne se laissera pas enterrer sans combattre… Officiellement dissous le 8 août dernier, par le ministre guinéen de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, le voilà qui refait parler de lui en déposant plainte contre l’homme fort de Conakry. Selon nos informations, ce mouvement qui s’est d’abord fait connaître en combattant le régime d’Alpha Condé a saisi, le 8 septembre, le procureur du tribunal judiciaire de Paris. Le FNDC accuse Mamadi Doumbouya de « complicité d’homicides et de torture », pour des faits commis en marge des manifestations qui ont secoué la Guinée en juillet et en août.

 

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Les troubles avaient en fait commencé quelques semaines plus tôt en réaction à la hausse des prix du carburant. Le 1er juin, un jeune homme de 19 ans a été tué par balle à Hamdallaye-Prince, l’un des quartiers réputés difficiles de la banlieue de la capitale guinéenne.

Mais fin juillet, la colère a pris une nouvelle tournure, plus politique, et c’est le FNDC qui a cette fois appelé les Guinéens à sortir dans la rue. Jets de pierres contre gaz lacrymogènes, tirs de sommation, blessés et arrestations… Bilan : cinq morts, selon le FNDC. Et ce sont ces évènements, ainsi que ceux qui ont suivi lors de nouvelles manifestations en août, qui sont au cœur de la plainte déposée à Paris – un document de 21 pages que Jeune Afrique a pu consulter en exclusivité.

« Violence disproportionnée et injustifiée »

Il est reproché à la junte d’avoir « délibérément usé d’une violence disproportionnée et injustifiée » contre les manifestants, entraînant des blessés et des morts (huit au total). Le FNDC pointe la responsabilité du président de la transition « par le biais des ordres donnés aux militaires dont il contrôle les agissements. […] Le colonel Doumbouya peut être considéré comme complice des meurtres commis sur les manifestants. »

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La plainte mentionne aussi le témoignage de personnes interpellées durant les manifestations, et conduites au camp militaire Alpha Yaya Diallo, situé dans la banlieue de Conakry. « Les plaignants rapportent des violences et mauvais traitements, notamment des coups de fouet commis à leur encontre de manière répétée par les membres de la junte militaire et qui avaient pour but évident d’intimider les victimes », précise le document. Les victimes présumées déclarent aussi avoir été contraintes à nettoyer la garnison militaire. Elles disent aussi avoir dû débourser entre un et trois millions de francs guinéens pour recouvrer la liberté.

LE FNDC MET EN AVANT LE FAIT QUE MAMADI DOUMBOUYA AURAIT LA NATIONALITÉ FRANÇAISE

Pour justifier la saisine de la justice française, le FNDC met en avant le fait que Mamadi Doumbouya « aurait la nationalité française ». La plainte cite à l’article 113-6 du code pénal français, qui dispose que « la loi pénale française est applicable à tout crime commis par un Français hors du territoire de la République. Elle est applicable aux délits commis par des Français hors du territoire de la République si les faits sont punis par la législation du pays où ils ont été commis. » Le FNDC, qui s’est adjoint les services des avocats français William Bourdon et Vincent Brengarth, ajoute que Mamadi Doumbouya est un « ancien légionnaire français, marié à une Française ».

Derrière les barreaux

La plainte s’appuie également sur la compétence universelle des juridictions françaises, qui leur permet de « se saisir d’un dossier relatif à des faits de torture […] même s’ils sont commis à l’étranger, par un étranger, sur un étranger ».

Enfin, elle déplore l’absence de toute perspective crédible de poursuites à l’endroit des militaires au pouvoir, ainsi que l’absence d’indépendance des juridictions nationales. Et le FNDC de conclure que si le ministre de la Justice, Alphonse Charles Wright, a annoncé qu’il allait demander des poursuites, seuls les organisateurs des manifestations – qui avaient été interdites – sont à ce jour derrière les barreaux.

Affaire des militaires ivoiriens : le discret appel téléphonique de Ouattara à Guterres 

Afin de maintenir la pression sur Bamako, le président ivoirien s’est tourné vers le secrétaire général des Nations unies. La suite des négociations, avec Jeune Afrique.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 12 septembre 2022 à 16:10
 
 
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Alassane Ouattara et António Guterres, en février 2020 à Abidjan. © DIRCOM/PR CIV

 

Depuis l’arrestation, à Bamako le 10 juillet, de 49 soldats ivoiriens pour « tentative d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État », Alassane Ouattara (ADO) active tous ses réseaux pour tenter de trouver une issue à cette affaire. Ses efforts se concentrent désormais sur les 46 militaires encore détenus, après la libération de trois d’entre eux le 3 septembre.

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C’est à ce sujet que le chef de l’État ivoirien s’est entretenu par téléphone le 7 septembre avec António Guterres, dont il est proche – un appel qui aurait dû avoir lieu le 8, mais que le secrétaire général des Nations unies a avancé en raison d’un déplacement au Pakistan. Et ADO a été très clair sur le sort de ses compatriotes.

Aucun chantage

Ouattara a ainsi indiqué à Guterres qu’il exigeait la libération des militaires sans qu’aucun chantage ne soit exercé. Selon nos informations, ce dernier lui a répondu qu’il allait s’impliquer personnellement dans la résolution de cette crise, et ce, dans les meilleurs délais. Les Nations unies devraient donc demander la libération des soldats avant l’ouverture, le 20 septembre à New York, des débats de l’Assemblée générale. Cette requête sera directement adressée à Assimi Goïta.

Umaro Sissoco Embaló, le président en exercice de la Cedeao, souhaite par ailleurs profiter de la présence des chefs d’État de la région aux États-Unis pour organiser, le 23 septembre, un sommet extraordinaire de l’organisation sous-régionale consacré à la Guinée et au Mali.

Ces derniers jours, le chef de l’État nigérian, Muhammadu Buhari, s’est lui aussi invité dans la médiation en dépêchant, le 10 septembre à Bamako, son ministre des Affaires étrangères, Geoffrey Onyeama. Lequel a fait passer à l’homme fort de la junte une lettre du président dans laquelle ce dernier réclame expressément « la libération, sans conditions, des 46 soldats ivoiriens ».

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Jusqu’à présent, malgré une légère pression de certaines personnalités de son entourage pour que l’État ivoirien prenne des mesures de rétorsion contre la junte malienne, Alassane Ouattara a privilégié la carte de la retenue et de la diplomatie.

Le 9 septembre, Assimi Goïta a ouvertement demandé l’extradition de caciques de l’ancien régime malien vivant – ou, pour certains, ayant vécu – en Côte d’Ivoire. Il s’agit de l’ancien Premier ministre Boubou Cissé, de l’ex-ministre des Affaires étrangères Tiéman Hubert Coulibaly, ou encore de Karim Keïta, le fils de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Ce à quoi ADO s’est toujours dit fermement opposé.

À Abidjan, le président de la transition burkinabè assure que «les engagements seront respectés»

 

Paul-Henri Sandaogo Damiba était à Abidjan ce lundi 5 septembre. Deuxième voyage à l’étranger pour le président de la transition burkinabè, après le Mali samedi dernier. Le lieutenant-colonel a été reçu par Alassane Ouattara. Au menu des discussions : la lutte contre le terrorisme, la coopération sécuritaire et économique, mais aussi le calendrier de la transition.

Avec notre correspondant à AbidjanPierre Pinto

Début juillet, la Cédéao et la junte burkinabè étaient parvenues à s’entendre sur une durée n’excédant pas 24 mois (à compter du 1er juillet 2022) pour organiser des élections. Abidjan tient donc à s’assurer que ce calendrier sera respecté, comme l’a indiqué Alassane Ouattara.

« Au niveau de la Cédéao, nous avons considéré que le Burkina faisait beaucoup d'efforts et devait continuer d'être soutenu, et que nous devrions faire en sorte que vous puissiez établir un calendrier de la transition raisonnable, et c'est ce que vous avez fait. Bien évidemment, la fin de ce processus doit être des élections démocratiques le moment venu. Nous vous faisons confiance quant à votre décision de respecter les engagements que vous avez pris. »

Rassurez-vous ! Le calendrier sera respecté, répond en substance Paul-Henri Sandaogo Damiba. « Les engagements pris au niveau de la Cédéao seront respectés et la transition œuvrera en première partie à ramener plus de stabilité à l'intérieur du pays et organisera les élections pour un retour à un ordre constitutionnel normal. »

Au rang des priorités de la junte, la sécurité est en tête. « Cette situation d’attaques terroristes concerne toute la sous-région. Nous devons tout faire pour continuer de vous soutenir », a acquiescé le président ivoirien, plaidant pour un renforcement de la coopération militaire, et l’échange de renseignements.

Enfin, le président Damiba a plaidé pour que des solutions soient trouvées entre les autorités maliennes et ivoiriennes, pour régler la question des 46 militaires ivoiriens toujours détenus à Bamako.

Tunisie: l’inflation s’accentue à quelques jours de la rentrée

 

L’inflation vient de battre un nouveau record en Tunisie: +8,6% au mois d’août contre 8,2 en juillet. Une hausse des prix qui impacte de plus en plus le pouvoir d’achat des Tunisiens à l’approche de la rentrée.

Avec notre correspondante à Tunis, Amira Souilem

Mauvaise nouvelle pour les Tunisiens à quelques jours de la rentrée scolaire. L’inflation poursuit sa tendance à la hausse. +8,6% le mois dernier. Un record cette année dû en grande partie à l’augmentation du prix des denrées alimentaires. Le tarif des œufs, par exemple, a augmenté de près de 30% en une année. La volaille de 22%.

Si les prix augmentent, c’est parce que les denrées de base viennent de plus en plus à manquer en Tunisie

Quatre millions de pauvres

Fortement endetté, l’État tunisien peine à se ravitailler sur les marchés mondiaux. Blé, sucre ou encore huiles végétales entrent en quantités insuffisantes en Tunisie.

La guerre en Ukraine est venue aggraver encore un peu plus cette situation. En renchérissant le prix des engrais, des céréales ou encore des carburants le conflit a fait augmenter les coûts de production des opérateurs économiques tunisiens et fait flamber davantage les prix.

C'est un coup dur pour le portefeuille des Tunisiens. Selon les chiffres officiels, le pays compte quatre millions de pauvres soit plus du tiers de la population.

Cette pauvreté fait craindre à certains observateurs une explosion sociale si la situation n’est pas contenue rapidement.