Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Ce que l’on sait de l’enlèvement de dizaines de femmes au Burkina Faso

Entre 50 et 80 femmes ont été enlevées les 12 et 13 janvier près d’Arbinda, dans le nord du pays. Elles étaient sorties de la ville, sous blocus jihadiste depuis plusieurs mois, pour tenter de trouver à manger.

Par  - à Ouagadougou
Mis à jour le 17 janvier 2023 à 14:41

 

femmes

 

 

À Gorom-Gorom, au Burkina Faso. © PHILIPPE ROY/Aurimages via AFP

 

L’alerte a été donnée par un petit groupe de trois rescapées, rentrées à Arbinda le 12 janvier vers 20h. Selon elles, le groupe d’une cinquantaine de femmes – en grande partie des déplacées – dont elles faisaient partie a été enlevé quelques heures plus tôt par des hommes armés près de Liki, à une dizaine de kilomètres au sud-est de la ville. Des ratissages ont été effectués dès le lendemain matin par des militaires et des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des supplétifs de l’armée. Sans succès. Pis, ce 13 janvier, un autre groupe d’une vingtaine de femmes est enlevé à son tour, cette fois près d’un village à l’ouest d’Arbinda. Seules deux d’entre elles parviendront à s’échapper.

En tout, au moins une cinquantaine de femmes – voire près de 80 selon certaines sources – ont été kidnappées lors de ce deux rapts. « Alors qu’elles étaient sorties à la recherche de fruits sauvages, ces épouses, mères et filles ont été injustement prises à partie par des hommes armés », indique un communiqué du gouverneur de la région du Sahel, le lieutenant-colonel Rodolphe Sorgho. Selon lui, cet enlèvement est l’œuvre de « groupes armés terroristes ».

JNIM ou EIGS ?

« Avant, les militaires et les VDP faisaient des patrouilles jusqu’à une quinzaine de kilomètres de la ville. Mais ces opérations de surveillance n’ont plus lieu. Conséquence : les groupes armés se sont rapprochés d’Arbinda », raconte une source locale. Dans cette zone « rouge », où civils et militaires sont régulièrement attaqués, deux groupes jihadistes se disputent le leadership local : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou JNIM, en arabe), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), filiale sahélienne de l’État islamique.

« Les prises d’otage sont généralement l’œuvre du JNIM, qui, en outre, contrôle cette zone d’Arbinda, relate Mahamadou Sawadogo, expert en sécurité. Si c’est bien eux, il y a une chance de les retrouver. Ils ne vont rien leur faire, c’est sûrement un message qu’ils veulent faire passer. Si c’est l’EIGS, leur sort sera probablement différent. Elles risquent de subir des violences de toutes sortes… »

D’où l’importance, selon les spécialistes, de rapidement mettre en place une vaste opération pour les retrouver. Laquelle nécessiterait la mobilisation de renforts, tant humains que logistiques, pour effectuer un large ratissage autour d’Arbinda. « Et encore, rien ne dit qu’elles sont toujours dans cette zone », estime un bon connaisseur de la zone.

Blocus jihadiste

D’après plusieurs sources locales, ce n’est pas la première fois que des civils sont enlevés à Arbinda – mais jamais dans de telles proportions. « Il y a eu d’autres enlèvements mais nous n’avions pas communiqué de cette manière, souligne un fonctionnaire humanitaire sous le couvert de l’anonymat. Je crains que cela ne soit la nouvelle méthode des groupes jihadistes pour contrer l’État : taper sur des cibles vulnérables, comme les femmes et les enfants. »

Depuis quarante jours, la ville d’Arbinda, sous blocus jihadiste comme d’autres localités du Nord du Burkina Faso, n’a été ravitaillée en vivres et en produits de première nécessité qu’une seule fois. D’après nos informations, il n’y aurait plus de denrées sur le marché de la ville, à part du sucre et des feuilles de baobab. Pour survivre, la population est donc contrainte de faire plusieurs kilomètres hors de la ville afin de récolter des fruits sauvages en brousse. Les femmes enlevées les 12 et 13 janvier étaient parties faire de même. Mais elles ne sont, cette fois, jamais revenues.

 nouna

 

BURKINA FASO : AU MOINS 86 PERSONNES TUÉES À NOUNA

Le 30 décembre 2022, des dizaines de civils ont été tués par force auxiliaire au gouvernement à Nouna, une ville de 30 000 habitants, au Burkina Faso. Plus de 80 corps ont été enterrés.

Ces homicides injustifiés ciblaient principalement les membres de l’ethnie peule, une population traditionnellement pastorale, musulmane et disséminée dans toute l’Afrique de l’Ouest.

AU MOINS 86 VICTIMES DANS CETTE ATTAQUE

Selon des personnes ayant survécu à cette attaque, ce sont des membres locaux d’une confrérie de chasseurs dozos, un groupe allié au gouvernement et agissant comme une milice auxiliaire, qui sont allés de maison en maison, ouvrant le feu sur des personnes incapables de s’échapper.

Les homicides commis à Nouna ont fait suite à une attaque menée contre une base dozo et un poste de gendarmerie par des combattants islamistes quelques heures auparavant.

Le 2 janvier, le parquet local a ouvert une information judiciaire sur l’homicide de 28 civils. Or, des rescapés nous ont déclaré que le nombre de victimes est beaucoup plus élevé. 86 corps au moins ayant été retrouvés et enterrés le 31 décembre. D’autres corps criblés de balles ont été retrouvés et inhumés les jours suivants.

Les milices du gouvernement burkinabé

Le Burkina Faso est aux prises avec une insurrection islamiste depuis 2016, dans le cadre d’un conflit qui a causé la mort de milliers de civils et le déplacement de près de deux millions de Burkinabè, soit environ un dixième de la population.

En janvier 2020, le gouvernement a adopté une loi portant création des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), une milice auxiliaire assistant l’armée dans sa lutte contre l’insurrection. Les membres des VDP reçoivent 15 jours de formation. Leur déploiement se fait souvent en réponse aux demandes de populations locales, mais donne aussi fréquemment lieu à des accusations de ciblage ethnique et d’autres abus. En octobre 2022, le gouvernement a annoncé le recrutement de 50 000 VDP supplémentaires.

Les homicides de Nouna suivent un schéma similaire à celui d’événements s’étant produits dans la ville de Yirgou (nord du pays), en 2019, lors desquels plus de 100 civils non armés, peuls pour la plupart, ont été tués en représailles par des membres des koglweogo, une autre force auxiliaire du gouvernement, sur une période de plusieurs jours. Ce massacre a fait suite au meurtre d’un chef traditionnel, semble-t-il par des membres d’Ansaroul Islam, un groupe armé islamiste. Personne n’a été jugé pour ces homicides. Les populations peules sont souvent accusées par d’autres groupes de soutenir des groupes insurgés islamistes ou de leur être favorables.

TÉMOIGNAGES DE RESCAPÉS

Tôt le matin du 30 décembre 2022, un poste de gendarmerie de Nouna et un camp utilisé par des chasseurs dozos ont été attaqués par des combattants appartenant au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Nous avons recueilli les propos de trois témoins qui se trouvaient à Nouna. Ils ont décrit comment, après l’attaque initiale, des miliciens dozos se sont rendus dans deux quartiers de Nouna, prenant semble-t-il pour cible des familles peules, frappant à toutes les portes et tirant sur des dizaines de civils non armés dans leur propre foyer.

Presque tous les hommes et garçons de plus de 16 ans ont été tués, par des chasseurs dozos, selon les témoins.

Trente minutes après que j’ai parlé au téléphone avec mon père, ma belle-mère m’a appelé dans tous ses états pour me dire que des hommes armés se trouvaient dans le secteur. Ils étaient deux et armés, et ont demandé à mon père de les suivre […] on a plus tard retrouvé le corps de mon père non loin de là.

Un témoin dont le père a été tué

« Trente-huit personnes ont été tuées dans le Secteur 6 [un des quartiers] d’après ce que j’ai entendu. Ce sont celles qui ont été enterrées sous l’autorité du chef traditionnel de Nouna, alors il est possible que le nombre réel de victimes soit plus élevé. Avec les 48 corps inhumés dans le Secteur 6 [le second quartier], cela fait au moins 86 morts », a déclaré un autre rescapé.

Plusieurs jours après cette attaque et l’inhumation des 86 premières victimes, on continuait à retrouver des corps. Un rescapé interviewé le 2 janvier a déclaré :

« Aujourd’hui encore, deux corps ont été récupérés dans le Secteur 4 et enterrés. Ils ont été trouvés après l’enterrement des 86 autres le 31 décembre. Depuis le 30 décembre, je n’ose plus sortir de chez moi. Il n’y a aucune sécurité pour nous, et j’aimerais quitter la ville. »

L’Afrique endettée ? Une ode à la résilience, par Aurélie M’Bida

La dette extérieure totale des pays les plus pauvres a triplé en l’espace de dix ans. À qui la faute ?

Mis à jour le 9 janvier 2023 à 11:37
aurelie

Par Aurélie M'Bida

Rédactrice en chef adjointe Économie & Finance à Jeune Afrique.

 

JADR

 

© JA / DR

Étranglés… C’est le mot qui vient à l’esprit à la lecture du dernier rapport sur la dette internationale publié par la Banque mondiale. Ce document recense, pêle-mêle, les pires ingrédients qui gâtent la vie des pays – pauvres, puisqu’il s’agit de ceux-là – déjà mis en grande difficulté par la pandémie de Covid-19, par l’inflation généralisée et par les risques de récession qui se profilent.

À LIRESani Yaya : « Les économies africaines sont encore trop soumises aux banques internationales »

Alors que le tsunami des dettes se propage, « les pays les plus pauvres éligibles aux financements de l’Association internationale de développement (IDA) » – filiale de l’institution de Bretton Woods dont les taux d’emprunt sont très réduits – consacrent désormais plus d’un dixième de leurs recettes d’exportation au service de leur dette extérieure à long terme. Un niveau inédit depuis 2000.

Facture plus lourde

La dette extérieure totale des 74 pays concernés, dont 39 africains, a triplé en l’espace de dix ans, pour atteindre 1000 milliards de dollars en 2021. À la fin de cette même année 2021, le montant que ces États devaient payer chaque année pour honorer leur dette s’élevait à 46,2 milliards de dollars, soit 1,8 % de leur revenu national brut (contre 0,7% en 2010). En 2022, ce niveau du service de la dette devrait dépasser 62 milliards. Là encore, un record depuis le début du siècle. L’alourdissement de cette facture n’est pas sans lien avec la hausse sensible des taux d’intérêt partout dans le monde et avec le ralentissement de la croissance.

À qui la faute ? Une question qui mérite d’être posée, mais dont la réponse est plus complexe à élucider que l’hypothèse de Riemann. En attendant, la nécessité de restructurer ces dettes se fait de plus en plus prégnante. La tâche ne sera pas aisée tant les cartes ont changé de main au cours de ces dernières années. Fini le temps où FMI, Banque mondiale et Club de Paris étaient à la manœuvre. La dette extérieure, en particulier celle des pays pauvres et émergents, est devenue polymorphe.

 

ecoparti

 

Manifestation contre la hausse du coût de la vie, à Accra, le 5 novembre 2022. © Ernest Ankomah/Getty Images via AFP

 

 

De l’emprunt garanti par l’État à celui consenti par l’usurier aux conditions les plus léonines, chacun participe d’un tout, plus ou moins soutenable. À la fin de l’année dernière, 32% de la dette de ces pays fragilisés avait été contractée auprès de prêteurs européens et américains (via le Club de Paris). Or ils étaient majoritaires dix ans auparavant.

Durant la même période, près du quart de la dette publique de ces pays a été souscrite auprès de créanciers privés, versus 5 % en 2010. Quant aux créanciers publics, ils sont aujourd’hui dominants, Chine en tête – avec une part de 49 % dans les encours de dette bilatérale des pays pauvres en 2021 –, mais aussi Arabie saoudite ou Émirats arabes unis.

À LIREAnnulation de la dette chinoise : qui sont les créanciers de l’Afrique ?

Le séisme d’Haïti

Mise sur le banc des accusés dès les premières conséquences de la crise sanitaire, la Chine a annoncé, en septembre dernier, son intention d’effacer l’ardoise de 17 pays africains. Est-ce suffisant ? Pas vraiment, quand on regarde le Ghana, qui a frôlé le défaut de paiement et que le FMI soutient à grand-peine. De telles mesures s’apparentent à un cautère sur une jambe de bois. Dans l’intervalle, les pays doivent résister, continuer à produire de la valeur pour espérer atteindre un niveau de développement suffisant.

À LIREDette africaine : comment sortir de l’ornière

C’est d’ailleurs l’aïeule de Michaëlle Jean, l’ancienne secrétaire générale de la Francophonie, qui définit le mieux la résilience dont les populations frappées inlassablement des pires maux peuvent faire preuve. « Toute épreuve [est] une occasion de renouer avec l’essentiel et d’apprendre de ce qui nous arrive pour mieux résister et revenir à la vie », racontait-elle en 2010, juste après le séisme qui a emporté des dizaines de milliers de vies et mis à terre les infrastructures d’Haïti.

Ce cataclysme a succédé à bien d’autres et a préludé à de nombreuses catastrophes climatiques, politiques, sécuritaires, sans parler des difficultés liées à une dette vieille de plus de deux cents ans, contractée auprès de la France et des États-Unis. Pourtant, le peuple résiste et vit. Gageons que le « club » des pays les plus pauvres du monde – qui, certes, ne sont pas tous confrontés aux mêmes obstacles –, saura goûter, en 2023, à la fameuse « résilience haïtienne ».

En Guinée, Abdourahmane Sano dans le viseur de la justice

Après trois jours d’audition à la gendarmerie, l’ancien coordinateur du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) a comparu ce lundi pour « participation délictueuse à des réunions publiques ».

Par  - à Conakry
Mis à jour le 10 janvier 2023 à 08:12
 
 
 sano
 

 

Abdourahmane Sano, ancien coordinateur national du FNDC. © Wikipédia

 

Après la suspension des manifestations, la liberté de réunion est à son tour menacée dans la Guinée du colonel Mamadi Doumbouya. Premier à faire l’expérience de ce nouveau tour de vis liberticide : Abdourahmane Sano, qui a comparu ce lundi 9 janvier devant le tribunal de première instance de Mafanco pour « participation délictueuse à des réunions publiques ». À l’issue des quatre heures d’audience, le parquet a requis dix-huit mois de prison avec sursis à son encontre. Sano a quitté le tribunal libre en attendant le verdict, qui sera rendu le mercredi 11 janvier.

Activiste politique

Grande figure de la fronde contre le troisième mandat de l’ancien président Alpha Condé, Sano s’était fait oublier du grand public depuis près d’un an, après son départ, le 3 février 2022, du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). D’aucuns avaient cru qu’il prenait sa retraite après de tumultueuses années de militantisme. Mais l’ancien coordinateur national du FNDC s’était en réalité retiré pour mieux s’occuper de ce qu’il considère comme sa « deuxième religion » : la sensibilisation – notamment des jeunes – à la citoyenneté et à la connaissance de leurs droits, y compris celui de contrôler l’action gouvernementale.

À LIREAbdourahmane Sano (FNDC) : « Si Alpha Condé était dans l’opposition aujourd’hui, il serait à nos côtés »

Se posant volontiers en éveilleur de conscience, l’activiste agit au sein de son mouvement, Citoyens pour la République (CPR). Il organise notamment des rencontres dans sa maison cossue du quartier Koloma-Soloprimo ou en se déplaçant dans d’autres quartiers de Conakry, parfois autour de grins.

La Direction des investigations judiciaires de la gendarmerie, qui l’a auditionné dans ses locaux du 4 au 6 janvier, l’a interrogé sur une réunion à laquelle il a participé, le 30 novembre dernier, à Tombolia, un quartier des faubourgs de Conakry proche de Coyah (est). Les enquêteurs voulaient en savoir plus sur la structuration du CPR, ses activités et ses sources de financement. « Il aurait été questionné sur des propos dérangeants qu’il aurait tenus à l’égard des autorités lors de cette réunion infiltrée par leurs services », confie un acteur politique guinéen. Abdourahmane Sano envisage d’organiser une conférence de presse ce mardi 10 janvier, au cours de laquelle il promet de projeter le film de la réunion incriminée.

Opposants en prison ou en exil

Après avoir applaudi le putsch qui a renversé, en septembre 2021, Alpha Condé, le FNDC que dirigeait Sano n’est plus en odeur de sainteté auprès de Mamadi Doumbouya. Certains de ses dirigeants, comme Sékou Koundouno, vivent en exil ou dans la clandestinité. D’autres, à l’instar de Oumar Sylla, alias Foniké Mengué (le successeur de Sano), et Ibrahima Diallo, croupissent en prison pour avoir organisé des manifestations en faveur d’une transition brève et inclusive.

À LIREUmaro Sissoco Embaló peut-il réconcilier Mamadi Doumbouya et l’opposition guinéenne ?

L’interpellation de l’ancien coordinateur du FNDC intrigue d’autant plus que la liberté de réunion est consacrée par la loi, à commencer par la Charte de la transition que la junte au pouvoir a élaborée. Pour l’expliquer, certains observateurs évoquent la politique de « chasse de notoriété » engagée par Doumbouya contre tous ceux qui pourraient lui porter ombrage. Depuis son arrivée au palais Mohammed V, nombre de caciques du régime d’Alpha Condé sont en prison et plusieurs membres de l’ex-opposition ont été contraints à l’exil.

La présidentielle en ligne de mire ?

Sano fait-il, lui aussi, les frais de ses ambitions politiques ? Certains estiment que le CPR n’est rien d’autre qu’un parti en gestation, et son leader un futur candidat aux prochaines échéances électorales. D’autres se rappellent qu’il a déjà formé et accompagné, notamment financièrement et techniquement, de jeunes candidats indépendants lors des élections législatives de 2018. « Dans le milieu, tout le monde pense qu’il a des ambitions pour la prochaine présidentielle », estime un homme politique. « Le CPR est davantage un mouvement qui encourage les jeunes à s’engager qu’un parti qui ambitionne de porter son chef au pouvoir », rétorque un ancien collaborateur d’Abdourahmane Sano au sein du FNDC.

Que ses ambitions soient avérées ou non, son procès braque de nouveau les projecteurs sur Sano. « C’est son jeu favori. La junte est tombée dans son piège. Il nous dit souvent que le tribunal est une tribune d’expression », conclut un membre du FNDC.

Sénégal: 78 journalistes se mobilisent pour réclamer la libération de leur confrère Pape Alé Niang

 

Au Sénégal, le journaliste Pape Alé Niang a été renvoyé en prison, il y a deux semaines, pour des « informations de nature à nuire à la défense nationale ». Il est, depuis, en grève de la faim. Soixante-dix-huit journalistes africains, à l’instigation de Reporters sans frontières (RSF), ont lancé un appel pour réclamer sa libération et le respect de la liberté de la presse au Sénégal.

Parmi les signataires de l’appel initié par RSF, figurent, entre autres, Moussa Aksar, journaliste nigérien et président de la cellule Norbert Zongo pour le journalisme d'investigation en Afrique de l'Ouest. Joint par RFI, il nous fait part des actions à mettre en place en vue de la libération du journaliste Pape Alé Niang et de l’inquiétude que suscite son état de santé.

« Inquiets »

« Nous sommes très, très inquiets, dit-il, parce que son état de santé s’est dégradé, ces derniers moments, et nous en appelons aux autorités sénégalaises à tout mettre en œuvre pour que notre confrère retrouve sa famille. C’est une stratégie que nous sommes en train de mettre en place. Là, nous avons signé cet appel, ensuite, il y a d’autres stratégies que nous allons mettre en place. Nous allons continuer à faire pression sur les autorités sénégalaises. »

« La voie de certaines dictatures »

« Dans les prochains jours, les autorités sénégalaises vont nous entendre avec d’autres organisations de défense des droits humains pour demander à ce que notre confrère soit libéré. Le Sénégal est en train de suivre la voie de certaines dictatures africaines, c’est ça qui nous inquiète », conclut Moussa Aksar.

À lire aussi: Sénégal: un journaliste arrêté et une autre violentée durant le week-end