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Gambie: un coup d’État déjoué qui illustre une réforme difficile de l’armée

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La Cédéao a fermement condamné la tentative de putsch annoncée mercredi 21 décembre en Gambie. Selon le gouvernement, « certains soldats complotaient » pour renverser le président Adama Barrow, réélu en décembre 2021. Depuis son arrivée à la tête de l’État en 2017, après 22 de pouvoir de Yahya Jammeh, le président Barrow a fait de la réforme des services de sécurité une priorité. Une réforme difficile.

 

Avec notre correspondante à Dakar, Charlotte Idrac

Quatre militaires ont été arrêtés, trois « complices » sont recherchés. La situation est calme à Banjul, selon des habitants. Le gouvernement gambien a publié les noms de sept militaires soupçonnés. Le caporal Sanna Fadera de la marine « est le meneur présumé » selon le communiqué officiel. Les autres soldats arrêtés sont un caporal du premier bataillon d’infanterie, un caporal de la police militaire et un sergent de la marine.

L’ombre de Yahya Jammeh

Ce n’est pas la première fois qu’Adama Barrow fait face à une tentative de coup d’État : en 2017, juste après le départ forcé de Yahya Jammeh, 12 militaires avaient été arrêtés pour complot contre le nouveau président. « Il y a toujours une méfiance entre Adama Barrow et l’armée », souligne un bon connaisseur du pays. Depuis son arrivée au pouvoir, les institutions sont protégées par une mission de la Cédéao, prolongée plusieurs fois à la demande du chef de l’État. Ce sont des soldats sénégalais qui sécurisent la présidence. Et « cela génère une frustration chez les militaires et dans l’opinion » poursuit notre interlocuteur.

Cette tentative de coup pourrait-elle avoir un lien avec Yahya Jammeh, en exil en Guinée équatoriale, et dont l’ombre plane toujours en Gambie ? En tout cas, la police a arrêté Momodou Sabally, ancien ministre sous le régime de Jammeh, après la diffusion d’une vidéo qui suggère qu’Adama Barrow sera renversé avant les prochaines élections locales, prévues en 2023. Son parti, l’UDP, demande sa « libération immédiate ».

Quand l’ombre de Wagner plane sur le Burkina Faso

Les signaux d’un rapprochement entre Ouagadougou et Moscou se multiplient ces dernières semaines. Si bien que certains voient déjà les mercenaires de la société militaire privée russe sur les terres burkinabè.

Mis à jour le 22 décembre 2022 à 12:22
 

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Le chef de la junte burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, à Ouagadougou le 2 octobre 2022 dans un véhicule armé. © VINCENT BADO/REUTERS.

 

Il souhaitait « attirer l’attention » sur le sujet. Et il ne s’est pas loupé. Le 14 décembre, lors d’un entretien avec Anthony Blinken, le secrétaire d’État américain, en marge du sommet États-Unis – Afrique à Washington, Nana Akufo-Addo a publiquement accusé les autorités burkinabè d’avoir « conclu un accord » avec la société militaire privée russe Wagner.

« Aujourd’hui, des mercenaires russes sont à notre frontière nord, a déclaré le président ghanéen. Le Burkina Faso a conclu un accord pour employer des forces de Wagner et faire comme le Mali. Je crois qu’une mine leur a été allouée dans le sud du Burkina comme paiement pour leurs services. Le Premier ministre burkinabè était à Moscou ces dix derniers jours. Avoir ces hommes qui opèrent à notre frontière nord est particulièrement préoccupant pour nous, au Ghana. »

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Pour la première fois, un chef d’État – voisin du Burkina Faso – évoque ouvertement le scénario que certains responsables ouest-africains et occidentaux redoutent depuis quelques semaines : l’arrivée des mercenaires du groupe Wagner à Ouagadougou. Une telle déclaration, depuis Washington, ne laisse que peu de doutes sur la source des informations avancées par Nana Akufo-Addo. « Cela vient forcément des services de renseignement américains », estime une source militaire française.

Avertissement américain

Selon notre source, l’objectif recherché serait le même qu’aux prémices de la guerre en Ukraine, au début de 2022 : en dévoilant des informations classifiées obtenues par leurs services, les responsables américains essaieraient d’exercer un maximum de pression sur leurs partenaires. Une stratégie d’influence dans laquelle rentrerait l’interview accordée par l’ambassadrice des États-Unis au Burkina Faso au site d’information lefaso.net, le lendemain de la déclaration d’Akufo-Addo, dans laquelle elle estime qu’« un partenariat avec le groupe Wagner n’est dans l’intérêt d’un quelconque pays ». « Le jeu des Américains apparaît assez simple à décrypter, estime un diplomate français. Ils adressent une sorte d’ultime avertissement aux Burkinabè, en sous-entendant qu’aller plus loin avec Wagner, c’est franchir le Rubicon. »

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Les intéressés ont, eux, rapidement réagi. Le 16 décembre, le ministre burkinabè des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur du Ghana à Ouagadougou. Il lui a indiqué que son pays était « profondément affecté » par les propos « très graves » du président Akufo-Addo « sur une prétendue passation de marché entre le gouvernement de la transition et une société privée russe ».

Le Premier ministre à Moscou

En revanche, aucun commentaire officiel des autorités burkinabè n’a encore été fait sur le voyage du Premier ministre à Moscou du 7 au 15 décembre. Cinq jours après son retour à Ouagadougou, ni le gouvernement ni la présidence ne se sont exprimés sur les motifs de ce déplacement en catimini de Kyélem Apollinaire de Tambèla en Russie, révélé par Jeune Afrique et dont les modalités soulèvent bien des questions.

Accompagné d’une délégation d’une dizaine de personnes, dont des ministres et des militaires, le chef du gouvernement avait en effet quitté secrètement Ouagadougou le 7 décembre à bord d’un C295 de l’armée de l’air malienne qui l’a emmené à Bamako, d’où il s’est ensuite envolé pour Moscou. Pourquoi avoir transité par le Mali et ne pas être allé en Russie directement et officiellement ? Contacté par JA à plusieurs reprises, le porte-parole du gouvernement n’a pas souhaité répondre à nos questions.

« Renforcer » les relations avec la Russie

Malgré le silence des autorités burkinabè, les informations émergent au compte-gouttes sur ce voyage. Le 20 décembre, Russia Today a diffusé une interview du Premier ministre burkinabè enregistrée le 13 décembre à Moscou. Dans un extrait qui circule sur les réseaux sociaux, il y explique que la raison de sa présence sur les bords de la Moskova est de « renforcer davantage les relations » entre le Burkina Faso et la Russie. « La Russie est une grande nation. Mais elle est pratiquement inexistante au Burkina Faso. Nous aimerions qu’elle prenne la place qui lui revient en tant que grande nation dans notre pays », déclare-t-il.

Quant à son programme sur place, Kyélem Apollinaire de Tambèla évoque des rencontres avec des « personnalités » dans des « ministères et des services », sans plus de précisions. Selon des sources officielles russes, il a notamment été reçu le 12 décembre par Mikhaïl Bogdanov, le vice-ministre russe des Affaires étrangères en charge de l’Afrique. Le reste de son agenda ressemble à un trou noir.

PARIS N’A POUR L’INSTANT, « AUCUNE PREUVE TANGIBLE » DE LA PRÉSENCE DE WAGNER SUR LE TERRITOIRE BURKINABÈ

D’après un ministre d’un pays voisin, le Premier ministre était à Moscou pour acquérir du matériel militaire. Certaines sources françaises, elles, estiment qu’il y était surtout pour rencontrer des cadres de Wagner. « Le Premier ministre a été cornaqué de A à Z par Evgueni Prigojine [le patron de Wagner] durant son séjour en Russie », croit savoir l’une d’entre elles. Côté français, pas question, pour autant, d’affirmer que des mercenaires russes sont déjà au Burkina Faso, comme l’a fait Nana Akufo-Addo. « Nous n’avons, pour l’instant, aucune preuve tangible de leur présence sur le territoire burkinabè », affirme-t-on à Paris.

Facilitation malienne

Si Wagner devait un jour débarquer à Ouagadougou, les autorités de transition maliennes y seraient pour beaucoup. Quand le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba était au pouvoir, Assimi Goïta avait essayé de le convaincre de lui emboîter le pas et de basculer dans la sphère russe. Mais l’ex-président de transition burkinabè s’y était toujours refusé.

TRAORÉ A RENDU VISITE À GOÏTA À BAMAKO POUR SON PREMIER VOYAGE À L’ÉTRANGER

Une fois Damiba renversé par le capitaine Ibrahim Traoré et ses hommes, le 2 octobre, les autorités maliennes sont revenues à la charge auprès des nouveaux maîtres de Ouaga. Avec cette fois plus de succès : ces dernières semaines, les échanges se sont multipliés entre les deux voisins. Le 2 novembre, Traoré a rendu visite à Goïta à Bamako pour son premier voyage à l’étranger. Dix jours plus tard, une délégation de l’état-major malien, conduite par Sadio Camara, ministre malien de la Défense et artisan de l’arrivée de Wagner dans son pays, était à son tour reçue par Traoré à Ouagadougou. À chaque fois, il a été question de partenariat avec la Russie.

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« Les Maliens jouent un rôle central dans le rapprochement en cours avec Moscou », souffle un officier burkinabè. « Ils poussent fort pour que Wagner arrive au Burkina, pour montrer qu’ils ne sont pas isolés et qu’ils ont été des précurseurs dans la région », abonde un haut responsable français. En bref, un rôle de facilitateur, qui ira jusqu’à l’envoi d’un avion le 7 décembre pour permettre au Premier ministre burkinabè de voyager jusqu’à Moscou.

À Traoré de trancher

Reste maintenant à savoir ce qu’Ibrahim Traoré a en tête. « In fine, c’est lui et lui seul qui tranchera et qui devra rendre des comptes sur ce choix », estime un ancien ministre burkinabè. Prudent, le capitaine de 34 ans, devenu le plus jeune chef d’État du monde, ne serait pas forcément partant pour ouvrir les portes de son pays aux mercenaires de Wagner. Il sait parfaitement que certains officiers de l’armée ne veulent pas en entendre parler et qu’ils pourraient rapidement lui faire payer un tel retournement stratégique.

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Mais certains de ses frères d’armes font tout pour le convaincre de choisir l’option russe. « Ils savent très bien que cela ne changerait pas grand-chose dans la lutte contre les jihadistes. Mais cela permettrait à Traoré d’accroitre encore sa côte de popularité auprès d’une opinion assez anti-française et, surtout, de protéger son pouvoir déjà très fragilisé », conclut notre ex-ministre.

Nigeria : un prêtre enlevé, un autre libéré

Les faits 

Le diocèse d’Umuahia, dans le sud-est du Nigeria, a annoncé l’enlèvement du père Christopher Ogide, samedi 17 décembre, par des hommes armés à Umuopara. Dans le diocèse de Kaduna, le père Abraham Kunat a été libéré, selon une information d’Aide à l’Église en détresse (AED) du 19 décembre.

  • Guy Aimé Eblotié, 
Nigeria : un prêtre enlevé, un autre libéré
 
Vue sur la paroisse Maria Assumpta, à Umuopara, au Nigeria.PAROISSE MARIA ASSUMPTA

Le père Christopher Ogide, en service à la paroisse Maria Assumpta, à Umuopara, dans le sud-est du Nigeria, a été enlevé samedi 17 décembre. L’enlèvement du prêtre a eu lieu à l’entrée de la maison paroissiale alors qu’il sortait en voiture pour acheter du carburant, informe le diocèse d’Umuahia dans un communiqué.

Mgr Michael Kalu Ukpong, évêque d’Umuahia, jusque-là sans nouvelles de son prêtre, a appelé les fidèles du diocèse à prier pour sa libération rapide et son retour en toute sécurité, et à rester calmes.

Libération du père Abraham Kunat

De son côté, le père « Abraham Kunat, de l’archidiocèse de Kaduna, enlevé le 8 novembre, a été libéré », indique le bureau italien de la fondation pontificale Aide à l’Église en détresse (AED) sur son compte Twitter, lundi 19 décembre.

L’enlèvement de ce prêtre a eu lieu à Saint-Mulumba, dans la localité de Kachia, « où le prêtre résidait depuis longtemps en raison de la situation d’insécurité » qui mine l’État de Kaduna, l’un des États les plus touchés par les enlèvements de prêtres au Nigeria.

Alors que quatre prêtres enlevés ont été tués cette année dans cet État du nord du Nigeria, le diocèse avait sollicité « les prières des fidèles et des personnes de bonne volonté pour que Dieu tout-puissant prenne le contrôle de la situation, préserve notre prêtre et nous le ramène sain et sauf. »

Ces dernières années au Nigeria, les enlèvements de clercs et consacrés se multiplient dans un contexte d’insécurité généralisé. Selon les données compilées mi-juillet par AED, au moins 18 prêtres ont été enlevés au Nigeria depuis le début de l’année 2022, dont cinq au cours de la seule première semaine de juillet.

Prier, ne jamais payer de rançon

Officiellement, l’Église catholique nigériane a fait le choix de ne jamais payer de rançon. « Nous, évêques du Nigeria, avons décidé à l’unanimité en conférence épiscopale et clairement indiqué que nous ne payions pas de rançons, expliquait en 2021, Mgr Ignatius Ayau Kaigama, archevêque d’Abuja. Lorsqu’un prêtre est enlevé, il indique que son Église ne paie pas de rançon. »

L’Église, qui invite ses fidèles à la prière, multiplie aussi les interpellations et manifestations pour dénoncer le climat d’insécurité qui s’empare du pays. Mi-septembre, à l’ouverture de la deuxième Assemblée plénière de l’épiscopat nigérian, Mgr Lucius Iwejuru Ugorji, président de la Conférence épiscopale, avait une fois de plus sonné l’alarme sur l’insécurité. « Plus aucun endroit ne semble sûr, avait-il déploré. Les maisons, les terres agricoles, les marchés, les autoroutes, les lieux de culte et les presbytères ont tous été transformés en territoires d’enlèvement et de meurtre. »

Mali : Haïdara, Dicko… Les leaders religieux peuvent-ils bousculer la transition de Goïta ?

Après l’imam Dicko, c’est au tour du président du Haut conseil islamique du Mali (HCIM) d’alerter sur la situation du pays. Une mise en garde pour les autorités de Bamako ?

Mis à jour le 20 décembre 2022 à 14:31
 
 

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Le chef religieux malien Cherif Ousmane Madani Haidara (à gauche) s’entretient avec Mahmoud Dicko, à Bamako, le 2 mai 2015. © HABIBOU KOUYATE/AFP

 

 

« Tant sur le plan sécuritaire que sur le plan alimentaire, ça ne va pas ». Le ton est ferme et le propos ne souffre d’aucune ambiguïté. Dans une vidéo tournée jeudi 15 décembre, l’influent prédicateur malikite, Chérif Ousmane Madani Haïdara, président du Haut conseil islamique du Mali (HCIM) depuis 2019, évoque une « crise sans précédent » et exhorte les Maliens à « dire la vérité aux autorités lorsqu’elles sont sur le mauvais chemin ».

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Dire « la vérité »

Tout aussi influent que discret, le religieux est ainsi sorti de sa réserve, « sous la pression de certains membres du HCIM », croit savoir le proche d’un autre religieux malien, qui a requis l’anonymat. « Il y a une forme de frustration au sein de l’institution, dont certains membres souhaiteraient être davantage entendus des autorités, ajoute-t-il. Ils ont le sentiment de perdre en influence et ont demandé à faire passer un message au régime. »

Une pression que dément Aboubacar Doucouré, président de la plateforme des jeunes musulmans et patriotes du Mali et membre du HCIM. « Dans son message, Chérif Ousmane Madani Haïdara, bien qu’il soit président du Haut Conseil islamique, n’évoque pas une seule fois le nom de l’institution. Et je peux vous dire qu’en tant que membre actif du bureau exécutif, je n’ai pas été associé à la préparation de cette déclaration, qui engage Chérif Haïdara et pas le HCIM ».

« La déclaration de Chérif Ousmane Madani Haïdara n’a rien de nouveau, je ne crois pas qu’il faille y voir une forme d’hostilité particulière à l’égard de la transition », nuance le chercheur Boubacar Haïdara, auteur d’une thèse sur les formes d’articulation de l’islam et de la politique au Mali. Bien sûr, son message traduit une situation qui lui pose problème, mais rien ne laisse présager dans sa déclaration qu’il pourrait s’engager dans la voix de la contestation contre le gouvernement. Ce serait une première. Haïdara répète simplement ce qu’il a dit sous tous les régimes : « Nous accompagnons tous les pouvoirs, nous ne contestons pas, mais cela ne veut pas dire que nous ne disons pas la vérité aux gouvernants ».

Faiseurs et tombeurs de présidents

Hostilité revendiquée ou non à l’égard de la junte, le prédicateur n’a pas manqué, à peine un mois plus tôt, de faire la démonstration de sa force de frappe. Le 4 novembre, une impressionnante foule de fidèles s’était massée à l’appel du religieux sur le boulevard de l’Indépendance de Bamako afin de dire « non au blasphème ».

Convoquée pour des motifs religieux, la mobilisation a finalement fait émerger des protestations contre la cherté de la vie. Haïdara lui-même avait profité de l’occasion afin de critiquer le fait que « les religieux ne soient pas suffisamment pris en compte par la transition ». À peine quelques jours plus tard, le prédicateur était reçu au palais présidentiel de Koulouba par le président de la transition, Assimi Goïta.

Faiseurs ou tombeurs de présidents, les figures religieuses sont partie intégrante du paysage politique du Mali. « Qu’il s’agisse de politique ou de tout autre sujet de société, il faut impliquer les religieux. Les politiques savent bien qu’ils ne peuvent pas diriger seuls, sans leur soutien et leur capacité de mobilisation », revendique un proche de l’imam Mahmoud Dicko, qui fut l’autorité morale du M5-RFP. À partir de juin 2020, le mouvement contestataire dont les manifestations monstres ont précipité la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta devait en grande partie son affluence à l’appel du prédicateur wahhabite.

« Depuis le début de la transition, l’imam Dicko a perdu une partie de ses soutiens. Ou du moins les partage-t-il en partie avec les militaires au pouvoir. Résultat : Dicko, en homme politico-religieux affuté, s’est volontairement effacé de la scène politique. Mais à mesure que la popularité des colonels s’érodera, Mahmoud Dicko va se positionner sur les sujets de mécontentement afin de les exploiter », analyse Boubacar Haïdara.

« Arrogance » de la transition

En mai 2022, l’imam Dicko donnait de nouveau de la voix, vilipendant « l’arrogance » des militaires qui dirigent le pays et « l’orgueil » de la communauté internationale. Il estimait alors que, « pris en otage » entre les deux, le peuple malien était en train de « mourir à petit feu ». « Les Maliens réalisent les promesses non tenues de la transition. La situation intérieure du Mali n’est pas bonne, sans parler des conflits ouverts avec la Cedeao et, surtout, avec la Côte d’Ivoire », détaille un proche du religieux.

À LIREMali – Mahmoud Dicko : « La démocratie représentative qu’on nous impose ne fonctionne pas chez nous »

Une allusion à l’affaire des 46 soldats ivoiriens détenus au Mali depuis le 10 juillet, dans laquelle les autorités religieuses de Bamako ont tenté une médiation. Au mois d’août, alors qu’une délégation de religieux ivoiriens se rendait à Bamako, le HCIM avait intercédé auprès du Premier ministre malien par intérim, le colonel Abdoulaye Maïga, en faveur de la libération des militaire ivoiriens. Depuis, seules les trois femmes du contingent ont été libérées et la situation s’enlise.

Bien que Chérif Haïdara et Mahmoud Dicko défendent des visions de la société et des doctrines différentes, les deux religieux pourraient bien « synchroniser leurs forces » si la situation de s’améliore pas, affirme un proche du second.

Une entente de circonstance, qui devrait également associer des représentants politiques et des membres de la société civile afin de s’entendre sur des propositions « de sortie de crise », a affirmé Haïdara dans sa prise de parole. De quoi faire fléchir la junte malienne dont le discours officiel, tout en reconnaissant les difficultés sociales, assure avoir repris l’ascendant sur le plan militaire ? Les autorités « devront écouter les propositions des leaders religieux », a en tout cas assuré Chérif Ousmane Madani Haïdara.

Mali : Dan Na Ambassagou, les massacres et la main de l’État

Se prévalant d’être un rempart contre le jihadisme, le groupe d’auto-défense de chasseurs dogons est accusé de tueries et d’exactions.

Mis à jour le 14 décembre 2022 à 17:31
 
 
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Des chasseurs dozo, dans le village de Sangha, en pays Dogon. Dozo militiamen, in the village of Sangha, Dogon Country, November 19, 2019, Mopti region, Mali. Photograph by Amaury Blin / Hans Lucas. Milicien Dozo, dans le village de Sangha, en pays Dogon, Le 19 Novembre 2019, regions de Mopti, Mali. © AMAURY BLIN/Hans Lucas via AFP

 

 

En sept ans de conflit, jamais bilan n’avait été aussi lourd. En mars 2019, le nom du village d’Ogossagou, bourgade de quelque huit cents âmes du centre du Mali jusqu’ici quasiment anonyme, s’affiche partout dans la presse malienne et internationale. Cette commune du cercle de Bankass, où cohabitent encore dogons et peuls – quand nombre de ces derniers ont déjà fui la région –, vient d’enregistrer un bien sombre record. Le 23 mars, des hommes en armes y sont venus semer la mort, tuant près de 160 personnes au sein du quartier peul. Ils reviendront en février 2020.

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Avec les hommes, femmes, enfants et vieillards gisent au pied des cases incendiées. Un bain de sang, à la suite duquel les regards se tournent vers un groupe de chasseurs traditionnels dogon : Dan Na Ambassagou (DNA), comprendre « les chasseurs qui se confient à Dieu ». Menés par le chef de guerre Youssouf Toloba, les dozos (chasseurs traditionnels) se sont constitués en milice à la fin de 2016 afin de pallier l’absence des forces armées régulières dans le centre.

Représailles

Fusil de chasse en main et amulettes de protection en guise d’attirail guerrier, Dan Na Ambassagou prend les armes et revendique son engagement dans la lutte contre le jihadisme dans ce qu’ils désignent comme le « pays Dogon », au centre du Mali. Avant même la création du groupe d’auto-défense, des chasseurs dogons accompagnent l’armée malienne sur le terrain. « Les dozos connaissent la région par cœur et les militaires avaient besoin de guides locaux. Les dogons ont joué ce rôle », résume un ancien membre de Dan Na Ambassagou, sous couvert d’anonymat.

Une collaboration avec les forces armées malienne (Fama) qui vaut aux chasseurs de devenir des cibles. Entre 2015 et 2016, plusieurs d’entre eux sont tués en représailles. En 2016, l’assassinat de Théodore Somboro, figure des dozos, fait office de déclencheur. « Somboro avait découvert qu’il y avait une volonté de supprimer tous ceux qui étaient capables de défendre le pays Dogon. Un véritable plan d’élimination. Nous avons alors décidé de nous organiser en groupe d’auto-défense », raconte l’ancien membre de la milice précité. Les antagonismes peuls-dogons n’auront alors de cesse de croître.

Bienveillance de l’État

Dès la création du groupe, qui recrute majoritairement parmi les dogons bien qu’il compte des membres de diverses communautés, le gouvernement d’Ibrahim Boubacar Keïta, alors conduit par Soumeylou Boubèye Maïga (SBM), s’accommode de ces nouveaux acteurs du conflit. Le Premier ministre voit même en eux un concours exploitable contre la progression des groupes armés terroristes. Le récit porté par Dan Na Ambassagou ne le contredit pas. « Nous sommes convaincus de nous battre pour la République, pour le pays, pour tout le monde. […] Nous ne sommes pas une milice, nous sommes plutôt des résistants comme ceux qui, en France, lors de la Seconde Guerre mondiale, ont pris les armes contre les Allemands qui étaient les envahisseurs », confiait Youssouf Toloba à l’hebdomadaire français Le Point, en avril 2021.

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« Tout en revendiquant leur identité de chasseurs, les miliciens se fabriquent des cartes de combattant sur lesquelles l’inscription “République du Mali”, la devise du pays “Un peuple – Un but – Une foi” et les couleurs du drapeau national sont associées à la mention “Mouvement Dan Na Ambassagou au pays Dogon” », confirme Tanguy Quidelleur, doctorant, dans sa thèse « Courtiser l’État et traquer les djihadistes : mobilisation, dissidence et politiques des chasseurs-miliciens dogon au Mali ».

Bien plus que de tolérer la milice, le gouvernement de SBM s’appuie sur elle pour combler localement les lacunes d’une armée largement désossée et très mobilisée dans le nord. À la veille de l’élection présidentielle de 2018, le chef du gouvernement, que l’on dit en contact direct avec Youssouf Toloba et Mamadou Goudienkilé, militaire retraité et responsable de la branche politique de DNA, sollicite du groupe de chasseurs la sécurisation du scrutin dans la zone. « Soumèylou Boubeye Maïga était avant tout un homme pragmatique. Plutôt que de s’enfermer dans des positions dogmatiques consistant à dire que l’on ne discute pas avec un groupe armé, il a toujours essayé de voir comment il était possible de composer avec les forces en présence », raconte un proche du défunt Premier ministre.

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SBM croit en la possibilité de relations transactionnelles. Pragmatisme pour les uns, cynisme pour les autres : l’approche du « Tigre » est diversement appréciée. « Dans le cas de Dan Na Ambassagou, SBM a fait plus que tolérer cette milice. Il l’a soutenue. Quand les motos et les pickups étaient interdits de circulation dans le centre, les chasseurs circulaient librement, armes à l’épaule, devant les militaires », se souvient le responsable d’une association peule.

Exactions et massacres

Rapidement, la liberté de mouvement et l’autonomie concédées à DNA posent problème, à mesure que le nom du groupe est associé à des suspicions d’exactions. Dès 2018, des associations de défense des droits de l’homme accusent les chasseurs de cibler sans distinction la communauté peule, profitant d’un amalgame largement répandu entre peuls et terroristes. La signature, en septembre de la même année, d’un accord unilatéral de cessez-le-feu laisse présager de la possibilité d’un désarmement de la milice. L’accalmie espérée n’aura pas lieu. En janvier puis en mars 2019, le massacre de Koulogon et celui d’Ogossagou font respectivement plus de 40 puis près de 160 morts au sein de la communauté peule.

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Pour les enquêteurs des Nations Unies, la responsabilité de la milice, qui nie toute implication dans les massacres, fait peu de doute. « Bien que ces attaques n’aient jamais été revendiquées et que les enquêtes gouvernementales n’aient pas mené à des conclusions tangibles, la probabilité qu’elles aient été menées par Dan Na Ambassagou est très forte », rédigent-ils dans un rapport.

Les représentants de la communauté peule se montrent plus formels encore. « Avant le massacre d’Ogossagou, Dan Na Ambassagou menaçait de reprendre ses activités. Il s’agit d’une milice locale dont les membres sont connus par les habitants du centre. Les témoins d’Ogossagou ont reconnu des visages et formellement identifiés des chasseurs appartenant à la milice », avance le responsable d’une association peule.

La chute de Soumeylou Boubèye Maïga

« L’autonomisation de la milice, la montée en puissance des groupes djihadistes, les pratiques de prédation et le discours identitaire mobilisé par le conflit ont entraîné une détérioration de la situation. L’État a alors tenté de recentrer la situation et a essayé à plusieurs reprises de tempérer les velléités offensives de la milice. Il a désarmé des combattants et a mis certains des membres de cette dernière en prison, sans pour autant organiser de procès. Des affrontements sporadiques ont éclaté avec l’armée, et des positions de Dan Na Ambassagou auraient même été bombardées par l’aviation en 2019 – étrangement sans faire de victimes – en guise d’avertissement », résume Tanguy Quidelleur dans sa thèse.

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Cela ne suffira pas. Sidérée par l’ampleur des massacres, une partie de la représentation nationale veut la tête du Premier ministre, dont la bienveillance initiale envers la milice est un secret de polichinelle. Soumeylou Boubèye Maïga, qui par la suite confiera en privé avoir tenté de dialoguer avec tous les acteurs du conflit, est accusé d’avoir pris parti dans des antagonismes communautaires. Moins d’un mois après Ogossagou, une motion de censure contre SBM est déposée de concert par deux députés, l’un de l’opposition, l’autre de la majorité. Le « Tigre » démissionne avant qu’elle ne soit votée.

Son successeur à la Primature, Boubou Cissé, opte pour une approche radicalement différente et ordonne la levée des check-points tenus par les dozos dans le centre. Pour prendre le contre-pied de son prédécesseur ? Par fibre communautaire – Boubou Cissé étant peul ? « Sans doute un peu des deux, tranche un spécialiste du Sahel. Il faut aussi se rappeler que contrairement à Soumeylou Boubèye Maïga, la trajectoire professionnelle de Boubou Cissé ne l’avait que peu exposé aux questions sécuritaires. »

Dan Na Ambassagou goûte peu les décisions du nouveau chef du gouvernement et entend le lui faire savoir. Au moins d’août 2020, alors que Boubou Cissé se rend dans le centre pour l’inhumation de son beau-père, les chasseurs décident de bloquer sa délégation.

Ennemi commun

La relation basculera en même temps que le gouvernement de Boubou Cissé, renversé par un quarteron de colonels moins d’une semaine après. De quoi signer un retour en grâce de la milice auprès de l’État ? À la fin de 2020, Youssouf Toloba adresse en tout cas un message aux autorités de la transition, intimant à l’armée de renflouer ses effectifs dans le centre et menaçant ironiquement de s’enrôler dans les groupes armés terroristes.

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Aujourd’hui, selon les témoignages qui nous parviennent sporadiquement du pays Dogon, la cohabitation entre Famas et dozos, qui conservent de nombreuses connexions au sein de l’armée, apparaît de nouveau de mise. On apercevrait même les chasseurs sur le terrain avec les mercenaires russes du groupe Wagner déployés dans la région, selon des sources locales, qui les accusent tous deux d’exactions et de vols de bétail notamment.

Des alliances de circonstance invérifiables, tant cette région du Mali est devenue inaccessible aux observateurs, mais pas invraisemblables, selon un spécialiste des questions sécuritaires : « Famas, Wagner et Dan Na Ambassagou considèrent combattre le même ennemi. Dans ces circonstances, il est facile d’imaginer que l’ennemi de mon ennemi est mon ami. »