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Côte d’Ivoire : quel avenir pour Simone sans Gbagbo ?

Mis à jour le 24 septembre 2021 à 14:35
                            

                 
           Laurent et Simone Gbagbo, ici en 2011, ont partagé des décennies de combats, d’amour et de confiance.

Certes, Simone et Laurent Gbagbo sont séparés. Mais le couple politique, lui, a-t-il encore un avenir ? L’ancienne première dame pourrait lancer son propre parti.

Il est des couples qui ne se parlent plus que par la voix de leur avocat. Simone et Laurent Gbagbo ont choisi les communiqués. « Je mérite un minimum de respect et de considération », écrit l’ancienne première dame, le 8 septembre dernier, ajoutant qu’elle est « peu encline à s’associer » au nouveau projet de son mari. Une réponse cinglante, à la hauteur de l’humiliation ressentie.

La veille, son époux annonçait la liste des personnalités chargées d’imaginer son nouveau parti. Alors que tous les historiques qui l’entourent y figurent, il n’a pas osé en exclure Simone. Mais elle arrive si loin, reléguée au rôle de figurant… Insupportable pour celle qui fut, quarante ans durant, au cœur de tous les combats. La trahison sera-t-elle assez forte forte pour pousser cette partenaire de toujours à devenir une rivale ?

Cela fait des mois qu’à Abidjan, il se raconte que le couple va mal, mais c’est au retour de l’ancien président au pays, après une décennie de démêlés judiciaires à la CPI, que la rupture se concrétise.  Ce 17 juin 2021 doit être le jour des retrouvailles. Il sera celui d’un incident. Alors qu’elle n’était pas conviée, Simone Gbagbo débarque à l’aéroport Felix Houphouët-Boigny pour y accueillir l’ancien président. Mais Laurent Gbagbo n’est plus son mari que devant la loi et l’Église. Dans le vol Brussels Airlines qui le ramène à Abidjan, c’est une autre femme, Nady Bamba, qui est assise à ses côtés. Alors, lorsqu’il débarque et que Simone se jette dans ses bras, c’est par un geste agacé qu’il répond. Il semble lui faire signe de s’éloigner – l’image défraie la chronique.

« En réalité, ce qui s’est joué ce jour-là est complexe », se souvient un membre de l’entourage de l’ancien président. Il raconte : « Simone lui a demandé de se mettre à genou et de toucher le sol de ses mains pour remercier Dieu. Il a estimé que son dos était éprouvé et, surtout, que cela ne donnerait pas une bonne image devant les caméras. Face à son insistance, Gbagbo lui a dit “c’est bon” en faisant un geste de la main pour mettre un terme à la conversation. » Quelques jours plus tard, voilà déjà un communiqué : Laurent annonce avoir demandé le divorce à celle qui est son épouse depuis 1989.

Comme pour renforcer encore cette prise de distance, Laurent Gbagbo revient dans l’Église catholique, tournant ainsi le dos à l’évangélisme si cher à Simone. « Le processus était amorcé depuis Bruxelles. Ses proches le savaient. Mais cela a matérialisé la rupture aux yeux de tous », glisse un proche du couple. Car pour Simone, la religion est un absolu sacerdoce. Ses prises de parole sont ponctuées de versets bibliques et elle ne cesse d’invoquer « la volonté de Dieu ». Il ne peut en être autrement pour celle qui est guidée par la foi depuis ce jour de 1992 où, lors d’un séjour en prison, elle a lu le Psaume 37 de la Bible : « Les justes posséderont le pays, Et ils y demeureront à jamais. » Elle y a vu la promesse d’un destin.

Un couple emblématique

Simone n’est pas seulement une ancienne première dame. Charismatique, cette femme politique milite depuis les années 1970. C’est dans ce combat qu’elle a rencontré Laurent Gbagbo, bien avant de devenir son épouse.

SUR LE PLAN POLITIQUE, IL Y A TOUJOURS EU BEAUCOUP DE FRANCHISE ET D’ADMIRATION ENTRE LAURENT ET SIMONE

En 2000, lorsque Laurent Gbagbo accède à la présidence, Simone compte jouer un rôle de premier plan. Pas question d’être une ménagère cantonnée à des rôles de représentation. Au sein du parti, elle tient la ligne dure. « Sur le plan politique, il y a toujours eu beaucoup de franchise entre Laurent et Simone. Il y a toujours eu une grande admiration entre eux », souligne Liliana Lombardo, biographe de l’ancienne première dame.

Ils formaient l’un des couples les plus emblématiques de la vie politique ivoirienne. Mais peu à peu, des tensions apparaissent, virant parfois à la défiance. « L’une des plus grandes divergences remonte à 2010. Simone Gbagbo disait qu’il ne fallait pas aller aux élections sans désarmement. Elle n’a pas été écoutée », poursuit Liliana Lombardo.

S’ensuit leur arrestation puis les années de prison : à Korhogo et La Haye pour Laurent, à Abidjan pour Simone. Ils ne communiquent pas ou à peine, uniquement par des personnes interposées. Et lorsque Laurent Gbagbo fait un geste, c’est pour éloigner Simone. Ainsi fin 2018, alors qu’Aboudramane Sangaré, l’homme de confiance de Laurent Gbagbo, vient de mourir, Simone prend de plus en plus de place. Libérée à la faveur d’une amnistie, elle s’est entourée d’un cabinet, de conseillers et multiplie les initiatives. Alors que l’ancien chef de l’État est toujours coincé dans sa cellule de La Haye, elle tente de devenir la présidente-bis du Front populaire ivoirien (FPI).

De premiers incidents ont lieu. En février 2019, Simone Gbagbo fait escale à Mama, le village natal de son époux, dans le centre du pays. Elle se recueille sur la tombe de sa belle-mère, morte en 2014, mais n’a pas accès à la résidence familiale. Selon nos informations, instruction avait été donnée en ce sens.

LAURENT GBAGBO NE VEUT PAS QU’ELLE METTE LA MAIN SUR L’APPAREIL DU PARTI

Laurent Gbagbo ne veut pas qu’elle mette la main sur l’appareil du parti et s’assure qu’aucun de ses hauts responsables ne s’associe aux activités de Simone. « Les communiqués de l’ex-première dame sont d’ailleurs signés de son cabinet [et non du FPI] », glisse un observateur de la scène politique. « Autour de Simone, on tentait de faire en sorte qu’elle soit incontournable pour que le président soit obligé de composer avec elle et de lui passer le flambeau à son retour », croit savoir un proche du président.

S’émanciper de Laurent ?

La réponse de Laurent Gbagbo a donc été claire : il n’est pas question d’un passage de flambeau. Simone Gbagbo semble alors tentée de s’émanciper totalement du giron de son mari. Depuis début septembre, des groupes de soutien naissent, comme le Mouvement génération capable. Plusieurs rumeurs insistantes évoquent la naissance prochaine d’un parti propre à l’ex-première dame. Mais Simone a-t-elle un avenir politique sans Gbagbo ? 

Certains autres exclus du giron de Laurent lui font signe. Pascal Affi N’Guessan multiplie les appels du pied et a répété que sa porte lui était ouverte. Selon nos informations, Charles Blé Goudé, l’ancien ministre de la Jeunesse et coaccusé de Laurent Gbagbo, s’est beaucoup rapproché de l’ancienne première dame ces derniers temps. Mais quel poids ont-ils réellement?

SI LES SENTIMENTS ONT PRIS DU PLOMB DANS L’AILE, LES RELATIONS POLITIQUES N’EXISTENT-ELLES PLUS ?

Certains fidèles de Gbagbo veulent tout de même croire que la rupture n’est pas consommée. « Laurent et Simone ont été un couple militant avant d’être amoureux. Ils partageaient les mêmes idéaux. Si les sentiments ont pris du plomb dans l’aile, les relations politiques n’existent-elles plus ? N’est-elle plus convaincue par l’idéologie de gauche ? Laurent Gbagbo l’a-t-il trahie ? », s’interroge l’un d’entre eux.

La biographe de Simone Gbagbo l’assure : si Simone Gbagbo se construit un destin politique indépendant, ce ne sera jamais contre Laurent. « Elle pourrait se lancer seule, mais à condition de ne pas faire d’ombre à son mari, croit savoir Liliana Lombardo. J’ai du mal à imaginer qu’ils ne se parlent pas. Après tant d’années de combat, d’amour et de confiance, elle ne portera jamais tort à son mari et à son image politique.  

Côte d’Ivoire-TNT : les coulisses du lancement de 7 infos 

| Par Jeune Afrique
Mis à jour le 20 septembre 2021 à 15h16
Lancement de la TNT le 8 février 2019, à Abobo, près d’Abidjan

Lancement de la TNT le 8 février 2019, à Abobo, près d'Abidjan © ISSOUF SANOGO/AFP

 

La libéralisation du secteur audiovisuel se poursuit avec la dernière des quatre chaînes privées autorisées à émettre sur la TNT dès 2019. Son lancement est imminent.

Selon nos informations, 7 infos, la quatrième chaîne privée de la Télévision numérique terrestre (TNT) de Côte d’Ivoire sera lancée le 30 septembre. Jean-Philippe Kaboré, fils d’Henriette Diabaté et directeur du groupe Optimum Média, éditeur de la chaîne, a réussi à convaincre NSIA Vie Assurances d’entrer dans le capital.

Nouveaux actionnaires

Cela a permis de sauver 7 infos, en difficulté financière après le décès de Noum Antoine Diallo. Le fils d’Abdoulaye Diallo, personnalité influente dans plusieurs secteurs dont l’immobilier, représentait sa famille au sein du conseil d’administration, lequel est toujours en cours de restructuration.

La première chaîne ivoirienne d’information en continu débutera avec un programme d’une heure et un journal programmé toutes les demi-heures, des reportages, des entretiens d’actualité et des infos service sur la circulation, la météo et la bourse. 7 infos projette par ailleurs de créer, début 2022, une tranche d’information en direct chaque soir, avec un débat d’actualité. Une trentaine de personnes sont actuellement employées par le média, qui possède également un site d’informations en ligne.

Bras de fer

En 2019, quatre chaînes privées avaient été autorisées à émettre sur la TNT, suite à la libéralisation du paysage audiovisuel. Mais jusqu’ici, seules trois d’entre elles avaient lancé leurs programmes : Life TV de Fabrice Sawegnon, le fondateur du groupe Voodoo ; A+ Ivoire du groupe Canal + et enfin, la Nouvelle chaîne ivoirienne (NCI) éditée par la Société des grands médias – et lancée par Cheick Yvhane, le directeur général de Radio Nostalgie, dont Loïc Folloroux, le fils de la Première dame Dominique Ouattara, est actionnaire.

Le lancement de 7 infos intervient alors que le bras de fer se poursuit entre les éditeurs privés et les chaîne du service public, RTI 1, 2 et 3, pour la redistribution de la redevance audiovisuelle. Les télévisions privées se plaignent de difficultés financières liées notamment, selon elles, au monopole de la publicité détenu par la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI).

Guinée: les putschistes rassurent les acteurs économiques

Un membre des forces de sécurité guinéennes dans le palais du Peuple où se tiennent les concertations à Conakry (image d'illustration).

Un membre des forces de sécurité guinéennes dans le palais du Peuple où se tiennent les concertations à Conakry (image d'illustration).
 AFP - JOHN WESSELS.00000000000..000..0

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La série de concertations entre les auteurs du putsch qui a renversé le président Alpha Condé le 5 septembre et les acteurs de la société guinéenne se terminent ce vendredi au palais du Peuple à Conakry.

Les concertations nationales initiées par la junte qui a pris le pouvoir le 5 septembre se poursuivent en Guinée. Après les partis politiques, la société civile, les coordinations régionales, les chefs religieux et les diplomates, jeudi 16 septembre, les militaires du Comité national de rassemblement et du développement (CNRD) avaient convié les acteurs économiques. Parmi les priorités exprimées : la lutte contre la corruption.

Lutte contre la corruption

Interrogée par notre envoyée spéciale à Conakry, Charlotte Idrac, Delphine Rebecca Kolamou dirige une société dans le secteur des BTP depuis cinq ans. Elle a plusieurs fois failli céder au découragement. « C’est plein d’obstacles parce que pour l’obtention du marché, il faut être dans un réseau bien défini et du côté de l’État aussi, raconte-t-elle. Et vous arrivez à avoir le marché auprès d’eux, l’État est un mauvais payeur. Nous sommes endettés. L’État nous doit. Nos fournisseurs sont fatigués et ils n’ont pas confiance. »

►À lire aussi : Guinée: la Cédéao sanctionne les auteurs du putsch et veut une transition rapide

Un mauvais climat des affaires et de mauvaises habitudes qui doivent changer, selon Cherif Mohamed Abdallah Aïdara, président du Groupe organisé des hommes d’affaires (Goha) et chef d’entreprise. Opposant au troisième mandat d’Alpha Condé, il avait quitté la Guinée début janvier 2020. « Les principaux problèmes sont un problème de sécurité, de copinage, de marchés de gré à gré. Ces dix dernières années, on n’a même pas pu obtenir de marché tellement il y a de favoritisme. Tant que vous n’êtes pas dans leur parti politique, ils ne vont pas vous accorder certains avantages. »

Le pays regorge de ressources minières, mais les infrastructures publiques ne suivent pas, notamment le réseau routier. « Compte tenu de l’état de dégradation de nos routes, nous voulons leur demander de continuer les travaux des routes. Parce que c’est un projet qui traîne »pointe Frébory Donzo, président de l’Union nationale des transporteurs routiers de Guinée (UNTRG).

D’après le dernier indice de perception de la corruption de Transparency International en 2020, la Guinée est classée à la 137ᵉ place sur 180.

Le secteur minier satisfait

Les opérateurs miniers ont justement également rencontré le colonel Mamady Doumbouya, le nouvel homme fort de la Guinée, jeudi. Tous arboraient le sourire à l'issue de cette rencontre. Le chef de la junte a donné des réponses appropriées aux préoccupations du secteur minier, a déclaré le président de la Chambre des mines de Guinée, Ismaël Diakité, très satisfait de la rencontre avec le colonel Mamady Doumbouya. « Vous savez, le secteur minier a beaucoup de préoccupations, parce que c’est un secteur qui est à la fois complexe, mais aussi un secteur qui est très dynamique avec une pluralité d’investisseurs de différentes origines, avec différentes exigences, a-t-il détaillé au micro de Mouctar Bah. Donc chacun est venu en fonction du domaine où il travaille, chacun a posé ses préoccupations. »

►À lire aussi : Alioune Tine: «En Afrique, les coups d'État militaires, symptômes du dysfonctionnement démocratique»

De la bauxite, de l’or, du fer ou encore des diamants, un secteur complexe et varié. Les opérateurs miniers ont-ils peur d’une éventuelle révision des contrats miniers par les nouvelles autorités guinéennes ? « Aucune crainte, selon Ismaël Diakité. Depuis les premières heures, je crois que les décisions étaient en faveur du secteur minier, qu’il s’agisse du couvre-feu ou de la stabilisation des conventions. Il y a des déclarations qui nous ont rassurés. »

Depuis le coup d’État en Guinée, le cours de l’aluminium a augmenté sur le marché mondial allant de 2 400 à 3 000 dollars la tonne (2 000 euros à 2 500 euros environ). « Depuis 13 ans, ce n’était pas arrivé à ce niveau-là, souligne le président de la Chambre des mines de Guinée. Il faut comprendre que la Guinée joue un rôle important dans l’approvisionnement de toute la chaîne de valeurs de la bauxite jusqu’à l’aluminium. »

Entamées mardi dernier, ces journées de concertation à l’initiative des nouveaux maîtres de Conakry, emmenés par le colonel Mamady Doumbouya, doivent prendre fin ce vendredi avec les directeurs de banques et les centrales syndicales.

Mauritanie : conditions de détention, bataille judiciaire… Où en est l’affaire Aziz ?

| Par 
L’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, à Nouakchott en avril 2021.

L'ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, à Nouakchott en avril 2021. © Béchir Maloum pour JA

Tandis que l’ancien président Mohamed Ould Abdelaziz fait face à de lourdes accusations, sa défense assure ne pas avoir accès à son dossier… ce que dément le camp adverse. JA fait le point.

Les mois s’étirent et Mohamed Ould Abdelaziz demeure privé de liberté. Arrêté le 22 juin pour non-respect des mesures de son contrôle judiciaire et trouble à l’ordre public, l’ancien président se trouve toujours en détention préventive dans une maison aménagée au sein de l’École de police de Nouakchott.

« À l’offensive », Aziz garderait un « moral d’acier ». Privé d’accès aux médias depuis le premier jour, il passe ses journées à lire des livres et à prendre des notes pour préparer sa défense. Il a obtenu l’installation de son vélo d’appartement, mais il n’aurait pas le droit à la promenade, selon ses avocats Mes Mohameden Ould Ichidou et Taleb Khiyar Ould Mohamed Maouloud, qui dénoncent un « enfermement total ».

Première confrontation

Ces derniers viennent le voir chaque semaine dans des conditions strictement encadrées. Sa fille Asma peut lui apporter ses repas (il refuse de manger la nourriture servie par l’administration pénitentiaire), son épouse Tekber Mint Melainine Ould Ahmed a également pu lui rendre visite plus occasionnellement, mais ses autres proches disent avoir vu leurs demandes rejetées.

L’ex-chef de l’État mauritanien est inculpé depuis mars pour, entre autres, corruption, blanchiment d’argent, enrichissement illicite, dilapidation de biens publics, octroi d’avantages indus et obstruction au déroulement de la justice. Ce dernier étant désormais écroué, le juge est tenu d’accélérer la procédure de l’instruction.

Le 7 septembre, il a auditionné l’ancien président, pour la première fois depuis son arrestation, afin de le confronter à un témoin. « Non seulement nous n’avons pas été convoqués dans les délais légaux, mais nous n’avions aucune idée de la déposition de ce témoin, s’insurge Me Taleb Khiyar Ould Mohamed Maouloud. Nous avons expliqué au juge que, tant que nous n’avons pas connaissance du dossier, nous estimons ne pas en être partie. On doit nous donner les moyens d’apporter les preuves à décharge, c’est le minimum pour que notre client ait droit à un procès équitable. Il est victime de discrimination judiciaire ! »

Retournement de situation

Voici où se situe aujourd’hui l’enjeu de cette affaire complexe : la défense de Mohamed Ould Abdelaziz tente d’obtenir depuis six mois la communication de l’intégralité du dossier n°001/2021 qui vise leur client, mais aussi treize autres prévenus – ils n’auraient eu accès, selon Me Ould Ichidou, qu’à 500 des quelque 5 000 pages.

En mars, les avocats d’Aziz ont adressé une première requête en ce sens. Mais elle a été rejetée par la Chambre d’instruction de la Cour d’appel, puis par la Cour suprême en août dernier, qui a également refusé leur demande de libération provisoire.

Le 7 septembre, retournement de situation. Le juge d’instruction prend finalement une ordonnance leur accordant l’accès au dossier. Mais, le 10, le Parquet de Nouakchott-ouest crée la confusion en publiant un communiqué pour justifier sa décision initiale de ne pas leur transmettre. Ce document précise que les pièces concernant leur client ont bien été remises aux avocats à la veille de chaque interrogatoire, conformément au Code de procédure pénale, mais que « le dossier comprend des documents et références en rapport avec d’autres prévenus, et qu’il porte atteinte à leur vie privée et aux droits de leur défense, et auxquels un collectif de défense d’un autre prévenu n’a pas le droit d’accéder. »

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MOHAMED OULD GHAZOUANI S’EST TOUJOURS DÉFENDU DE LA MOINDRE INTERVENTION DANS CETTE AFFAIRE

En clair, la défense d’Aziz ne peut, selon le Parquet, consulter que les pages concernant expressément celui-ci. Une disposition rejetée en bloc par les conseils de l’ex-président, qui la jugent contraire au droit. « Des attestations du greffe viennent confirmer les dates auxquelles ces communications ont eu lieu, balaie de son côté Me Brahim Ould Ebety, chef du pôle des avocats de l’État constitués pour cette affaire. Les règles de procédure ont toujours été parfaitement respectées, il faut vraiment mettre fin à cette polémique qui n’a pas lieu d’être. »

Quant au chef de l’État, Mohamed Ould Ghazouani, il s’est toujours défendu de la moindre intervention dans cette affaire. « Il a d’abord refusé de s’immiscer dans l’enquête de la Commission parlementaire et il refuse désormais de scruter au quotidien la gestion de ce dossier par la justice, affirme un proche. Même si c’est respectueux de l’autorité judiciaire, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose. »

Les conseils d’Aziz, dont le Français Me David Rajjou, ont déposé plainte devant les Nations unies pour, entre autres, « détention arbitraire ».

À la Une: vie chère et pauvreté au Sénégal

Une femme prépare un plat de riz et de poisson dans un restaurant de rue de Dakar (image d'illustration).

Une femme prépare un plat de riz et de poisson dans un restaurant de rue de Dakar (image d'illustration).
 AFP - GEORGES GOBET

« La marche contre la vie chère tuée dans l’œuf, s’exclame le quotidien SudLa marche qu’avait prévu des activistes et autres membres de la société civile, des politiques et mouvements citoyens avant-hier dimanche [12 septembre], à Guédiawaye, contre la vie chère, a été interrompue par la police. La police, qui a très tôt quadrillé la zone, a procédé à l’arrestation musclée des organisateurs. L’activiste Guy Marius Sagna et quelques-uns de ses camarades du mouvement Frapp/France Dégage et des mouvements et organisations citoyennes ont été arrêtés. »

Une interdiction contre-productive ?

« Absurde, lance EnquêteLes phobies du pouvoir ont contaminé la raison préfectorale et étouffé l’intelligence publique. Il eût été plus simple de laisser courir cette manifestation et de la canaliser […]. Il eût été plus utile à l’apaisement public, même si cela peut paraitre paradoxal, de laisser marcher ces hommes et ces femmes pour dénoncer une cherté de la vie, au demeurant préjudiciable au pouvoir lui-même. Il eût été plus pensé de s’allier à ces protestations par leur autorisation, pour dénoncer les excès de certains complexes agroalimentaires, de certains lobbies immobiliers et de quelques citoyens avides de profit et entreprendre concomitamment des actions hardies de neutralisation de l’ignoble bête du profit sans scrupule. »

Macky Sall a-t-il peur ?

Le Pays au Burkina Faso renchérit : « On se demande de quoi a peur Macky Sall. Au lieu d’apporter des réponses aux populations dont certaines tirent le diable par la queue, il a plutôt préféré les réprimer. Macky Sall voudrait-il cacher le soleil avec son doigt ? On le sait, pointe le quotidien ouagalais, le panier de la ménagère se réduit comme peau de chagrin au Sénégal, du fait de la flambée des prix des denrées de première nécessité. Et à défaut de prendre des mesures idoines pour contrer cette situation, le pouvoir de Macky aurait dû instaurer un dialogue avec la société civile. Il est évident que la répression ne saurait constituer une réponse à la vie chère. »

La pauvreté s’aggrave…

Cette marche contre la vie chère a donc été étouffée dans l’œuf alors qu’au même moment paraît une étude de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie sur la pauvreté dans le pays. « Alors que le gouvernement s’enorgueillit d’un "Sénégal émergent", relève WalfQuotidiencette étude montre que le nombre de pauvres a augmenté au Sénégal (6 millions en 2018, contre un peu plus de 5 millions en 2011). Pire, 50,9% des Sénégalais se considèrent comme pauvres. » Qui plus est, « cette étude bat en brèche les propos du pouvoir à propos des productions agricoles. En effet, ses résultats montrent que "l’insécurité alimentaire reste toujours une réalité" au Sénégal. Elle affecte en majorité les milieux ruraux dans les régions de Kolda, Kédougou, Sédhiou, Tambacounda et Matam. » Et encore, remarque Enquête, cette étude a été réalisée en 2018 et 2019, soit avant l’arrivée du Covid-19, « qui a durement touché l’économie et les ménages sénégalais. » La situation a donc dû s’aggraver.

Alpha Condé : « Plutôt être tué que signer ma démission »

À la Une également, ces révélations de Jeune Afrique sur les conditions de détention et l’état d’esprit d’Alpha Condé. « L’ancien président guinéen est détenu dans l’antenne des forces spéciales installée dans une aile du Palais du peuple, à l’entrée de Kaloum, et plus précisément dans la suite où vivait précédemment le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya. C’est d’ailleurs dans cette même pièce (et non au palais de Sékhoutouréya) que la désormais célèbre photo d’Alpha Condé, assis sur un canapé et encerclé par des militaires, a été prise peu après son arrestation. […] Alpha Condé dispose d’une chambre, d’un salon et d’une salle de bain, mais n’a accès ni à ses téléphones, ni à la radio. La télévision, qu’il a un temps pu regarder, lui a été retirée car, selon ses gardiens, "il s’énerve chaque fois qu’il voit le lieutenant-colonel Doumbouya à l’écran et cela affecte son état de santé". »

Par ailleurs, toujours selon Jeune Afrique, Alpha Condé refuserait toute démission : « Plutôt être tué que signer », aurait-il dit. Enfin, relate encore le site panafricain, l’ex-président « peine encore parfois à réaliser qu’il n’est plus à la tête du pays. Il réclame qu’on lui restitue son ordinateur de travail dans lequel se trouvent stockés "une centaine de documents" qu’il devait signer pour conclure des accords entre la Guinée, le FMI et la Banque mondiale. Il rappelle aussi qu’il était attendu à l’Assemblée générale de l’ONU le 23 septembre pour prendre la parole au nom de la Guinée et il s’inquiète de savoir qui ira à sa place. »