Vu au Sud - Vu du Sud

Le président malien de la transition a gracié les 46 soldats condamnés à 20 ans de prison le 30 décembre dernier. Après six mois de tensions politico-judiciaires entre Bamako et Abidjan, ils devraient rentrer incessamment en Côte d’Ivoire.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 6 janvier 2023 à 22:44
 
 

 soldatsliberes

 

Lors d’une inspection des troupes ivoiriennes en partance pour le Mali, en 2017. © Photo by Sia KAMBOU / AFP

 

Il y a eu des mois de tensions, des jours de suspense et d’innombrables rebondissements. Finalement, le bout du tunnel se profile pour les 46 soldats ivoiriens détenus depuis la mi-juillet au Mali. Ce vendredi 6 janvier, le président malien de transition les a graciés.

Le colonel Assimi Goïta a accordé « sa grâce avec remise de peine totale » aux 49 soldats (les 46 hommes détenus et les trois femmes libérées en septembre), précise un communiqué du gouvernement malien. Une mesure qui « symbolise le souci d’Assimi Goïta de promouvoir la bonne gouvernance », poursuit le texte. Aucune date de retour en Côte d’Ivoire n’a pour l’instant été annoncée.

À LIRELes 46 soldats ivoiriens détenus au Mali face aux juges

Le 30 décembre dernier, après deux jours de procès à Bamako, les militaires avaient été condamnés à vingt ans de prison et à une amende de 2 millions de francs CFA chacun, notamment pour « attentat et complot contre le gouvernement, et atteinte à la sûreté extérieure de l’État ».

Signaux positifs

Ils sont l’objet d’un bras-de-fer politique entre la junte malienne et le pouvoir ivoirien depuis leur interpellation, il y plus de six mois. Néanmoins, une issue heureuse était espérée ces dernières semaines. Malgré la condamnation très lourde prononcée par la justice malienne, Alassane Ouattara avait affiché son optimisme lors de ses voeux de fin d’année, affirmant que les soldats rentreraient « bientôt ».

Puis Faure Essozimna Gnassingbé, le président togolais, qui conduit la médiation dans cette crise, s’était rendu à Bamako puis à Abidjan le 4 janvier pour une courte visite de travail, laissant entrevoir l’espoir d’un dénouement rapide.

Avant cela, une délégation ivoirienne conduite par Téné Birahima Ouattara, le ministre de la Défense et frère du président, s’était rendue à Bamako mi-décembre. Les termes employés avaient alors changés et la relation s’était voulue apaisée. Téné Birahima Ouattara avait qualifié l’affaire de « malentendu entre le Mali et la Côte d’Ivoire », tandis que le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, avait évoqué « un incident malheureux qui [avait] rendu les relations difficiles avec la Côte d’Ivoire ».

Umaro Sissoco Embaló peut-il réconcilier Mamadi Doumbouya et l’opposition guinéenne ?

Le chef de l’État bissau-guinéen a rencontré fin décembre les adversaires du président guinéen de la transition. Un médiateur officiel, Thomas Boni Yayi, a pourtant été désigné par la Cedeao.

Mis à jour le 5 janvier 2023 à 17:26
 
 

 umaro

 

Le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, lors du sommet de l’Uemoa à Abidjan, le 5 décembre 2022. © SIA KAMBOU/AFP

 

Que faut-il attendre des « consultations » lancées fin décembre par le président en exercice de la Cedeao, Umaro Sissoco Embaló ? Le 26, il réunissait autour de lui, à Bissau, les principaux opposants à Mamadi Doumbouya, ainsi que les organisations de la société civile guinéenne mobilisées contre la junte, dont le Front national de défense de la Constitution (FNDC). Convié ce jour-là, l’ancien Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, en « exil » depuis près d’un an, n’a pas manqué de répéter à Umaro Sissoco Embaló ce qu’il martèle à tous depuis son départ de Conakry.

À LIREGuinée : le FNDC dissous par la junte de Mamadi Doumbouya

« Il faut en Guinée un dialogue consensuel et inclusif. Or les trois coalitions les plus importantes sont exclues des discussions sur la transition, explique-t-il à Jeune Afrique. C’est pour cela que le président Embaló a jugé utile de nous entendre. » Les principaux partis du pays, dont l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc-en-ciel) de l’ancien président Alpha Condé ou l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré, ont en effet décidé de boycotter le « dialogue inter-guinéen », qui a rendu ses conclusions à la fin de décembre.

Un dialogue hors de Guinée ?

Cellou Dalein Diallo se félicite de voir que la Cedeao a de nouveau demandé aux autorités guinéennes « de tenir un dialogue national incluant l’ensemble des acteurs politiques sans exception et de garantir la sécurité et la liberté de tous les participants ». Une grande partie des acteurs qui ont fait le choix de ne pas participer aux concertations, dirigées par le Premier ministre, Bernard Goumou, font l’objet de poursuites – ou sont même incarcérés – pour des faits de corruption ou de détournement. Des « poursuites fantaisistes », assurent-ils.

« Étant donné que plusieurs responsables politiques s’estiment menacés et refusent de retourner en Guinée, une manière de tenir un dialogue inclusif serait de l’organiser en dehors du pays », observe un diplomate ouest-africain. Une possibilité également évoquée par la Cedeao. Mais l’initiative d’Umaro Sissoco Embaló est-elle pour autant le fruit d’une démarche concertée ?

À LIRECedeao : Umaro Sissoco Embaló veut une force anti-putschistes

Dans la sous-région et dans certaines chancelleries, les consultations bissau-guinéennes ont surpris. « Cela m’étonnerait que les autorités guinéennes acceptent, d’autant que le courant passe bien avec Thomas Boni Yayi », observe une source de la Cedeao qui a suivi de près les actions entreprises par le médiateur officiel de l’organisation. L’ancien président béninois a été nommé en juillet dernier, après que le Ghanéen Mohamed Ibn Chambas, initialement choisi par les dirigeants ouest-africains, avait été récusé par Mamadi Doumbouya.

Tensions diplomatiques

C’est d’ailleurs sous l’égide de Boni Yayi que s’est tenu le dialogue inter-guinéen, que Conakry juge malgré tout inclusif. Interrogé par la presse guinéenne au sujet de l’initiative d’Umaro Sissoco Embaló, le ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a botté en touche. « Le communiqué des chefs d’État [publié à l’issue du sommet du 4 décembre] est clair et net : on a demandé d’ouvrir le dialogue à tout le monde. C’est ce que nous avons fait. »

Par le passé, les autorités guinéennes n’ont pas fait mystère de leur inimitié pour le président bissau-guinéen, notamment parce que ce dernier avait jugé « inacceptable » le calendrier de retour à un pouvoir civil après vingt-quatre mois – calendrier qui fut néanmoins validé par la Cedeao en décembre. À Conakry, beaucoup observent aussi avec suspicion l’évolution de ses relations avec Alpha Condé, désormais exilé en Turquie, qui fut pourtant son ennemi juré.

À LIREGuinée : Alpha Condé, un an après, derniers secrets d’un exilé – par François Soudan

Cela ne risque-t-il pas de complexifier l’effort de médiation ? Non, si l’on en croit Cellou Dalein Diallo. « Umaro Sissoco Embaló est le président en exercice de la Cedeao, il joue son rôle en tentant d’aplanir les divergences entre les acteurs politiques. L’essentiel est que le retour à l’ordre constitutionnel se fasse dans un climat apaisé. »

Après avoir rencontré l’opposition, le président Umaro Sissoco Embaló devrait maintenant s’entretenir avec les autorités de transition. Accepteront-elles de rouvrir un canal de discussion alors même que le dialogue national a officiellement rendu ses conclusions ? Plusieurs diplomates en poste à Conakry se disent franchement dubitatifs et le président bissau-guinéen n’a pas communiqué à ce sujet. Quant à Cellou Dalein Diallo, il est rentré à Dakar.

Législatives au Bénin: la délicate fin de campagne de Paul Hounkpe (FCBE)

 

Fin de campagne ce vendredi 6 janvier à minuit pour les sept partis qui briguent les 109 sièges de l’Assemblée nationale à pourvoir. Paul Hounkpe, secrétaire exécutif des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), l’autre force se réclamant de l’opposition, a tenu un de ses derniers grands meetings, hier, jeudi, dans son fief la commune de Bopa, à plus de 100 km de Cotonou. Nommé chef de file de l’opposition en mai 2021 après les scrutins contestés des municipales et de la présidentielle, son statut n’est pas reconnu par les autres. Les enjeux du vote sont importants pour lui. Le champion de Lobogo a donc soigné la mise en scène de son arrivée.

 

Paul Hounkpe a tenu son meeting à la gare routière de Lobogo, son village d’origine, écrit notre correspondant au Bénin, Jean-Luc Aplogan : caravane, tam-tam et un maître de cérémonie pour chauffer la place. Les affiches avec le symbole cauris et son effigie sont partout. Les militants l’ont attendu presque trois heures, et c’est une sirène qui annonce son arrivée.

Paul Hounkpe est ovationné. Il salue la foule comme un prélat. Lobogo s’est mobilisée en témoignent ces réactions : « Paul Hounkpe est un frère à nous, digne du nom. Nous sommes derrière lui pour le soulever pour qu’il nous représente à l’Assemblée nationale » ; « Il est dynamique ! » ; « Je vais voter pour lui. Je vais voter FCBE ! »

« Un parlement du peuple pour le peuple »

La banderole à l’entrée résume l’offre parlementaire FCBE : « Un parlement du peuple pour le peuple ». Et le peuple a déjà sa liste de doléances : « La voie est notre priorité pour le moment. Du travail pour les jeunes, et il est bien placé » ; « le goudron, l’eau et l’électricité » ; « nous les femmes, on a besoin de beaucoup de choses. La route, le courant électrique, tout ! »

La participation des Démocrates change la donne, Paul Hounkpe et son parti ne seront plus la seule force d’opposition dans le match. Au bout, il y a le statut de chef de file de l’opposition à décrocher.

►À lire aussi «Galvaniser», convaincre les électeurs: le challenge des sept partis en lice pour les législatives au Bénin

Au Bénin, les derniers scrutins avaient été marqués par de fortes tensions et des violences, en raison de la non-participation de l’opposition. Cette fois, à deux jours du vote, à Savè, commune du département des Collines, l’atmosphère est calme.

Commerces ouverts, routes dégagées, raconte notre envoyée spéciale sur place, Magali Lagrange. À quelques jours des législatives, Savè offre un visage bien différent de celui d’avril 2021 : « Ça se passe bien, il y a du calme. Tout va bien et vraiment, c’est bien bon ! »

Emmanuel Houessou lave une voiture devant une pharmacie, là où un camion barrait la route, avant la dernière présidentielle. Des barrages avaient été érigés là et sur la route menant à Parakou par des manifestants hostiles à la tenue d’un scrutin sans grande figure de l’opposition. L’armée avait été envoyée en renfort, de violents heurts avaient éclaté. Cette fois, du côté de la mouvance présidentielle comme de l’opposition, on espère que cette élection, plus inclusive, fera revenir les électeurs aux urnes. Les partis affirment avoir pu mener leur campagne normalement : « Il y a les caravanes qui passent, il y a l’harmonie entre eux, il n’y a pas de tapage, les gens ne se blessent pas. Comme ils ont permis à l’opposant d’y assister, il y a le calme ! L’ambiance, c’est normal. Chaque parti a dit ce qu’il veut faire, maintenant, c’est à toi de juger ce qui est bon pour toi, et d’aller voter, dans le calme. »

Le calme, la paix. Comme Gilbert, c’est le souhait qu’exprimaient hier plusieurs habitants de Savè, y compris ceux qui affichent leur désintérêt pour le scrutin. Le souvenir des tensions des dernières élections est encore vif. Hier, aucun dispositif sécuritaire particulier n’était visible dans les rues de la ville.

 

Entre le Mali et la Guinée, une « solidarité » qui coûte cher

Croissance en berne, baisse des exportations, différends avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). En 2022, les économies guinéenne et malienne ont connu une passe difficile. Jeune Afrique fait le point.

Mis à jour le 3 janvier 2023 à 18:11

 
maliguine
 
 

Le chef de la junte guinéenne, Mamadi Doumbouya (à g.), et le président de la transition au Mali, Assimi Goïta, à Bamako, Mali, le 22 septembre. Le chef de la junte guinéenne, Mamadi Doumbouya (à g.), et le président de la transition au Mali, Assimi Goïta, le 22 septembre, à Bamako (Mali). © AP/SIPA

 

La sanction est tombée au premier jour de janvier. Au même titre que l’Éthiopie, la Guinée et le Mali ont été exclus de l’African Growth opportunities Act (Agoa) – loi qui permet aux pays d’Afrique subsaharienne d’exporter vers les États-Unis sans droits de douane – en raison de « l’absence de pluralisme et de l’absence de l’État de droit », selon le bureau du représentant américain au Commerce (USTR, United States Trade Representative). Conjuguée aux dissenssions avec la Cedeao, la croissance commerciale de ces deux pays s’en est trouvée très affectée.

À LIRECedeao : vers de nouvelles sanctions pour le Mali et la Guinée ?

Sanctions et restrictions

En septembre dernier, en effet, les pays de la Cedeao, réunis en marge de la 77e Assemblée générale de l’ONU, ont reproché à la junte guinéenne son inflexibilité concernant l’annonce d’une date de retour des civils au pouvoir. À la suite de cela, des « sanctions progressives sur des individus et contre la junte guinéenne » ont été prises, comme l’indiquait le président de l’organisation, Omar Aliou Touray, lors du sommet de la Cedeao qui s’est déroulé à huis clos à New York. Ces sanctions comprennent le gel des avoirs financiers des dirigeants du pays, une interdiction de voyager pour ces derniers, mais surtout la suspension de toute aide financière et de toute transaction financière en faveur de la Guinée par les institutions de la Cedeao.

À LIREMali-Cedeao : pourquoi la Guinée prend fait et cause pour Bamako

Également dirigé par une junte militaire, et lourdement sanctionné par la Cedeao jusqu’en juillet dernier, le Mali a déclaré « se désolidariser » des mesures prises par ses pairs à l’encontre de son voisin géographique. D’autant plus que la junte guinéenne conduite par Mamadi Doumbouya avait décidé de ne pas condamner Bamako, et ce malgré le principe de l’extraterritorialité. Ainsi, les frontières aérienne, terrestre et maritime de la Guinée sont restées ouvertes au Mali enclavé.

« Deux poumons d’un même corps »

Alors que le concept de fédération Mali-Guinée, symbolisée par les « deux poumons d’un même corps », date de l’époque de Sékou Touré et Modibo Keita, une ère où il était question de réunir les deux pays ainsi que le Ghana en fédération, l’idée demeure jusqu’à présent. « Nous sommes dans le même bateau, alors on tente d’avancer ensemble », avait confié à Jeune Afrique le conseiller du Premier ministre guinéen Bernard Goumou lors de la dernière AG de l’ONU.

BAMAKO ET CONAKRY SONT DE PLUS EN PLUS MIS À L’ÉCART DE LA SCÈNE RÉGIONALE

D’ailleurs, pas plus tard qu’au mois de novembre, le Mali et la Guinée ont signé cinq accords de coopération à l’issue de la neuvième grande commission mixte de coopération bilatérale. Cette commission, qui s’est tenue à Conakry, a pour objectif de renforcer et d’institutionnaliser l’alliance entre les deux pays. Les accords conclus concernent les domaines du « commerce, de la sécurité et de la protection civile, de la santé, des mines, de la géologie, de l’exploration minérale, de l’énergie et de la pêche », indique Abdoulaye Diallo, conseiller technique du ministère des Affaires étrangères et de l’Intégration africaine du Mali.

À LIREPorts : comment Bolloré fait passer Tema, Pointe-Noire et Conakry au vert

D’autres projets sont en cours, parmi lesquels l’inauguration, au port autonome de Conakry, d’un parc de stationnement d’une capacité de 1 200 camions (le Parc de Kidal) réservé exclusivement aux véhicules du Mali. Une coopération précieuse, mais à double tranchant car de nombreux États africains voient d’un mauvais œil ce rapprochement des régimes putschistes : Bamako et Conakry sont de plus en plus mis à l’écart de la scène régionale.

Vulnérabilité aux chocs exogènes

En Guinée, selon les données officielles du gouvernement, les exportations nettes ont diminué de 29 % entre 2021 et 2022. Au Mali, d’après le dernier bulletin officiel, les exportations ont diminué de 6 % aux deuxième et troisième trimestres de 2022 par rapport à la même période en 2021. Mais l’activité commerciale a repris au dernier semestre de l’année écoulée.

À LIREMali : crainte pour le coton après les sanctions de la Cedeao

Selon la BAD, la croissance du PIB guinéen a atteint 4,9 % en 2022 et sera de l’ordre des 5,7 % en 2023, notamment grâce aux projets miniers, à la disponibilité de l’énergie et aux investissements dans les infrastructures. Toutefois, l’économie guinéenne est peu diversifiée et très vulnérable aux chocs exogènes, en particulier ceux liés aux matières premières. Et le secteur agricole, qui emploie 52 % de la population active, ne représente que 23 % du PIB.

Avec une croissance de 2,6 % en 2022, et malgré une prévision de +5,3 % en 2023, le Mali est confronté à une inflation en hausse, qui a atteint +8 % en 2022 et qui est prévue à +3 % en 2023. De plus, la dette publique du pays est de l’ordre de 55,9 % du PIB. Ce ratio demeure néanmoins inférieur à la norme régionale de 70 % du PIB.

2023, année électorale : RDC, Bénin, Côte d’Ivoire, Gabon, Mali… Les Africains appelés aux urnes

Des législatives, des municipales, un référendum et, surtout, sept présidentielles… Que leur déroulement soit serein ou houleux, que leur issue soit prévisible ou surprenante, ces scrutins seront scrutés à la loupe.

 
Par Jeune Afrique
Mis à jour le 1 janvier 2023 à 10:37

 
 nigerians

 

Des électeurs nigérians se pressent devant les listes électorales, lors du scrutin pour les gouverneurs, dans l’Etat d’Osun, en juillet 2022. © Pius Utomi EKPEI / AFP

Il en va des élections africaines comme du rituel des saisons : elles reviennent chaque année, charriant leur lot inépuisable de clichés sur leur caractère a priori frauduleux et ethnicisé, tout juste bonnes à servir la légitimation des pouvoirs en place. Pourtant, et de plus en plus, les consultations électorales qui se déroulent sur le continent démentent ces préjugés culturalistes pour s’ancrer dans un autre rituel, celui d’un rendez-vous démocratique dont nul ne peut prévoir l’issue.

Ainsi en est-il d’au moins trois des sept présidentielles prévues pour 2023, à commencer par celles des deux géants, Nigeria et RD Congo, plus de 300 millions d’habitants à eux deux, et presque autant d’incertitudes quant à l’identité du successeur de Muhammadu Buhari et aux capacités de Félix Tshisekedi à obtenir un second mandat.

Dispendieuse tournée

Même imprévisibilité à Madagascar, où nul ne peut encore prédire le résultat (en octobre) de la répétition d’un étonnant scénario qui verrait le président sortant affronter dans les urnes deux de ses prédécesseurs.

Quant au Liberia, pays quasiment abandonné par son président, George Weah, pendant près de sept semaines à la fin de 2022 – le temps d’une dispendieuse tournée qui l’a conduit au Maroc, en Égypte, en France, à Monaco et aux États-Unis en passant par le Qatar, histoire d’y supporter son fils footballeur –, il faudra au Ballon d’or 1995 beaucoup de pédagogie pour convaincre ses concitoyens qu’ils ne se sont pas trompés de casting en le sélectionnant il y a cinq ans, tant son bilan est controversé.

Si la réélection d’Ali Bongo Ondimba au Gabon et celle d’Emmerson Mnangagwa au Zimbabwe sont plus que probables – même s’il conviendra de surveiller la régularité du processus pour l’une, et les risques de répression des contestations pour l’autre –, certains des scrutins locaux de 2023 ne seront pas sans enjeux.

Taux d’abstention

Dès le 8 janvier, les législatives béninoises diront si l’opposition, absente en 2019, parviendra à envoyer un nombre significatif d’élus au Parlement. Et, dix mois plus tard, les municipales ivoiriennes scelleront l’avenir du nouveau parti de Laurent Gbagbo. Dans tous les cas, il faudra observer de près le taux d’abstention, lequel mesure le degré de désaffection pour le vote motivé par un sentiment d’impuissance à changer les règles du jeu et qui est sans doute le pire ennemi de la démocratie. Un ennemi plus redoutable encore que ne le sont le vote communautaire, pas forcément antinomique du vote d’opinion, la violence électorale directement liée à la compétition démocratique, ou même la fraude à laquelle tous les concurrents ont recours, le seul problème étant l’inégalité d’accès aux moyens de tricher.

Après tout, de Kinshasa à Harare et de Libreville à Monrovia, c’est en période électorale que le peuple peut reprendre aux hommes politiques un peu de ce qu’ils ont accumulé. Tirer profit au sens financier du terme pendant une campagne électorale, puis se prononcer librement le jour venu en fonction de ses autres intérêts, ne relève pas du mercenariat mais de la démocratie participative. Ce n’est pas sur son programme – qui n’engage que ceux qui y croient – ni sur son projet de société – au mieux évanescent – qu’un candidat, grand ou petit, sera jugé. Mais sur sa capacité à redistribuer.

François Soudan


RDC : le contre-la-montre de Félix Tshisekedi 

 

rdc

 

Félix Tshisekedi, ici au siège de l'UDPS lors de la campagne présidentielle en RDC en décembre 2018. © LUIS TATO/AFP

 

 

Les Congolais iront-ils aux urnes le 20 décembre prochain ? Si la présidence et la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) n’ont cessé, tout au long de l’année écoulée, de répéter qu’un report des élections générales n’était pas au programme, l’hypothèse d’un glissement de calendrier n’est pas écartée. Elle est même jugée crédible par de nombreuses chancelleries.

Au rang des défis figure évidemment la situation sécuritaire, plombée depuis plusieurs mois par les combats entre les rebelles du M23 et l’armée congolaise, mais aussi le retard pris dans le financement du processus électoral et dans les opérations d’enrôlement. Cette étape cruciale, qui n’avait pas commencé au début de décembre 2022, n’a jamais pris moins de treize mois lors des trois précédents cycles électoraux.

À LIRERDC : face au M23, Félix Tshisekedi « chef de guerre » malgré lui

Les candidats, eux, sont déjà nombreux. Outre Félix Tshisekedi, qui briguera un second mandat, plusieurs opposants ont déjà annoncé qu’ils se présenteraient. Convaincu d’avoir gagné en 2018, Martin Fayulu tentera de prendre sa revanche. L’ex-Premier ministre, Matata Ponyo Mapon, chahuté par la justice dans différentes affaires de détournements de fonds, est lui aussi sur la ligne de départ, tout comme Adolphe Muzito, partenaire de Fayulu au sein de la coalition Lamuka, et Jean-Marc Kabund, l’ex-patron de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). La candidature de ce dernier reste toutefois suspendue à l’issue de son procès pour outrage au chef de l’État.

Félix Tshisekedi pourrait également affronter certains membres de sa propre coalition. En désaccord ouvert avec le président, Moïse Katumbi (Ensemble pour la République) a officialisé sa candidature le 16 décembre. L’incertitude demeure, en revanche, sur l’identité de celui qui représentera le camp de Joseph Kabila. La formation de l’ex-président n’a toujours pas réuni son congrès et peine à se remettre de la perte de sa majorité.

Romain Gras


Gabon : et de trois pour Ali Bongo Ondimba ? 

 

gab

 


Le président gabonais, Ali Bongo Ondimba, en septembre 2020 à Libreville. © WEYL LAURENT/PR GABON

 

Une présidentielle, puis des législatives et des locales… En 2023, le calendrier électoral gabonais sera très chargé. La présidentielle, prévue en août, est déjà au centre de toutes les attentions. La classe politique réfléchit au moyen d’éviter que ne se reproduisent les violentes contestations qui avaient émaillé les précédentes éditions (2009 et 2016) et qui avaient engendré des crises postélectorales.

La Cour constitutionnelle cherche donc la formule magique en consultant l’opposition, laquelle propose notamment de transférer toutes les compétences électorales au Centre gabonais des élections (CGE) et de renouveler sa composition. Elle suggère aussi d’impliquer toutes les formations politiques dans les différentes phases du processus, d’adopter un bulletin de vote unique au format A3, de transmettre la liste électorale à tous les partis et de la publier sur le site internet du CGE.

À LIREÉlections au Gabon : c’est reparti pour deux tours !

Dans le même temps, les états-majors partisans se préparent sans trop savoir ce qui les attend. Réuni en congrès les 21 et 22 décembre dernier, le Parti démocratique gabonais (PDG) célébrera aussi en grande pompe le 55e anniversaire de sa fondation, en mars 2023. C’est à cette occasion que le président sortant, Ali Bongo Ondimba, devrait officialiser ses intentions, même s’il fait peu de doute qu’il briguera un troisième mandat de sept ans.

De son côté, Alexandre Barro Chambrier, réélu à la tête du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM) lors du congrès du 2 décembre dernier, espère prendre le leadership de l’opposition, qu’il appelle à constituer un front uni contre le pouvoir. Reste à savoir si Jean Ping, arrivé deuxième en 2016, lui passera symboliquement le témoin. Pour le moment, l’ancien président de la Commission de l’UA se mure dans le silence. Silence aussi à propos des candidatures de Guy Nzouba-Ndama, l’ancien président de l’Assemblée nationale, empêtré dans des affaires judiciaires, et de Paulette Missambo, tous deux poids lourds de l’opposition.

Georges Dougueli


Mali : de l’espoir malgré les obstacles

 

mali

 

Le colonel Assimi Goïta, en août 2022 au palais présidentiel, à Bamako. © Presidence Mali

 

Maintes fois promise, maintes fois reportée depuis la fin des années 1990, la révision de la Constitution de 1992 devrait enfin être soumise au vote en 2023. Un avant-projet a déjà été remis aux autorités en octobre 2022. Il devra être adopté par le Conseil des ministres, puis par le Conseil national de transition (CNT), qui fait office d’organe législatif, dans les mois à venir. Les Maliens, eux, seront appelés à se prononcer le 19 mars dans le cadre d’un référendum constitutionnel.

Cette nouvelle mouture de la Loi fondamentale met notamment en avant « le caractère unitaire de l’État malien », fermant la porte à l’idée d’un État fédéral dans lequel certains voyaient une solution pour répondre aux aspirations indépendantistes du Nord. Elle offre aussi la possibilité à l’État d’accorder à un certain nombre de langues locales le statut de langue officielle.

À LIREMali : Haïdara, Dicko… Les leaders religieux peuvent-ils bousculer la transition de Goïta ?

Sept mois plus tard, le 29 octobre 2023, les Maliens reprendront le chemin des bureaux de vote afin d’élire les membres de l’Assemblée nationale, dissoute au lendemain du putsch de 2020. Ils choisiront leurs 147 députés dans un contexte de recomposition du paysage politique. Certains leaders sont en effet décédés : Ibrahim Boubacar Keïta (Rassemblement pour le Mali, RPM) ; Soumaïla Cissé (Union pour la République et la démocratie, URD) ; Soumeylou Boubèye Maïga (Asma-CFP) ; d’autres responsables politiques sont en exil.

Principal défi pour ces législatives comme pour le référendum : parvenir à organiser le scrutin dans tout le pays alors qu’une large partie du territoire échappe au contrôle de l’État. Les autorités devront également veiller à ce qu’il soit libre et transparent, alors que les dernières législatives (mars-avril 2020), organisées sous la présidence d’IBK et entachées d’irrégularités, avaient soulevé de vives contestations, précipitant la chute du président.

Manon Laplace


Côte d’Ivoire : que pèse vraiment Laurent Gbagbo ? 

 

civ

 

Laurent Gbagbo, devant les militants du Parti des Peuples Africains, en octobre 2022. © ISSOUF SANOGO:AFP

En octobre et en novembre, les Ivoiriens seront appelés à élire leurs quelque 200 maires, ainsi que les présidents de région. Ces scrutins seront analysés de près, ne serait-ce que parce qu’il s’agira du premier grand test électoral pour le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), qu’a créé Laurent Gbagbo.

Que pèse cette formation, fondée en octobre 2021 à Abidjan et née d’une scission du Front populaire ivoirien (FPI), finalement laissé à Pascal Affi N’Guessan ? La création par l’ancienne première dame Simone Gbagbo de son propre mouvement aura-t-elle un impact sur cette gauche déjà divisée ?

À LIRECôte d’Ivoire : Laurent Gbagbo et le désenchantement d’un camp

Parmi tous les duels qui se profilent, celui qui sera disputé dans la commune de Yopougon, immense labyrinthe de l’ouest d’Abidjan, considéré comme un bastion pro-Gbagbo, sera très observé. Le fils de l’ancien président, Michel Gbagbo, élu député dans la circonscription, devrait être candidat. Face à lui, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) a déjà fait le choix d’un poids lourd : Adama Bictogo, le président de l’Assemblée nationale, qui joue gros avec cette candidature surprise.

Dans le reste du pays, le parti présidentiel alignera d’autres personnalités, des proches d’Alassane Ouattara ainsi que de nombreux ministres. En 2018, le RHDP avait raflé plus de la moitié des régions et presque autant de communes. Va-t-il encore gagner du terrain ? Quoi qu’il en soit, certaines candidatures seront sans aucun doute suivies de près par le chef de l’État à deux ans de la présidentielle.

De son côté, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), d’Henri Konan Bédié, entend bien freiner la progression du RHDP. Mais, traversé par de vives querelles internes, parviendra-t-il à se mettre en ordre de bataille d’ici à cette échéance ? S’alliera-t-il avec le PPA-CI, et si oui, où ? Demeure une inconnue de taille : la participation, liée aux deux facteurs que sont la sécurité du scrutin et l’assurance, pour l’opposition, que ces élections seront transparentes. Les partis ont moins d’un an pour convaincre les Ivoiriens qui se sont détournés de la politique d’aller voter.

Florence Richard


Madagascar : la bataille des « ex- »  

 

madag

 

Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina et Hery Rajaonarimampianina. © MONTAGE JA : RIJASOLO / AFP ; TUNISIAN PRESIDENCY / ANADOLU AGENCY via AFP ; Mamyrael / AFP

 

On prend les mêmes et on recommence ?  Selon toute vraisemblance, les têtes d’affiche de la prochaine présidentielle devraient être les mêmes qu’en 2018 : les anciens présidents Marc Ravalomanana (2002-2009) et Hery Rajaonarimampianina (2014-2018), ainsi que l’actuel chef de l’État, Andry Rajoelina, qui fut président de la transition entre 2009 et 2013. Le trio, qui domine la vie politique malgache depuis deux décennies, avait déjà rassemblé 83,4 % des suffrages en 2018.

À moins d’un an du premier tour, annoncé pour octobre, seul Marc Ravalomanana a déjà officialisé sa candidature. Hery Rajaonarimampianina y réfléchit toujours, selon ses proches, mais ne devrait pas tarder à se déclarer, tout comme Andry Rajoelina. Ce dernier a ressorti le Plan Émergence Madagascar (PEM), qui, sous un nom différent, lui avait déjà servi de programme électoral il y a cinq ans. Un document toujours d’actualité tant le pays semble loin d’avoir atteint le développement économique promis.

Le président en exercice a certes dû composer avec une pandémie mondiale puis avec la guerre en Ukraine – deux événements qui ont compliqué son quinquennat. Mais plus de trois Malgaches sur quatre vivent encore au-dessous du seuil de pauvreté. L’économie devrait donc s’imposer dans les débats et trouver sa place entre les invectives qui ponctuent habituellement les campagnes présidentielles sur la Grande Île.

Olivier Caslin


Bénin : l’opposition à Patrice Talon tient-elle sa chance ?

 

ben

 

Patrice Talon, au palais présidentiel, en 2020. © YANICK FOLLY/AFP

 

« Je suis fier de cette législature. » Devant le Parlement, le 8 décembre dernier, Patrice Talon n’a pas hésité à affirmer que le travail des députés sortants avait « marqué un tournant dans l’histoire politique » du pays. Un satisfecit qui a fait froncer plus d’un sourcil dans les rangs de l’opposition, dont aucun membre ne siège dans cette Assemblée élue en avril 2019. Seules les listes du Bloc républicain (BR) et de l’Union progressiste (UP) – qui se réclament de la mouvance présidentielle – avaient été autorisées à concourir.

Quatre ans plus tard, l’opposition parviendra-t-elle à envoyer des élus au Parlement à l’issue des législatives du 8 janvier ? Les Démocrates, parti fondé par l’ancien président Thomas Boni Yayi, ont finalement été autorisés à participer et, en tout, huit formations alignent des candidats. Les mêmes qui, il y a quatre ans, déploraient que l’Assemblée soit « monocolore » se félicitaient, quelques jours avant le vote, d’une élection « inclusive, festive et transparente », pour reprendre les termes d’Éric Houndété, le patron des Démocrates.

À LIREScrutin clé pour Patrice Talon : cinq questions pour comprendre les législatives au Bénin

S’apprête-t-on pour autant à tourner définitivement la page des crispations politiques ? Les partisans des opposants Reckya Madougou et Joël Aïvo, incarcérés après leur condamnation pour des faits de « terrorisme », ne sont pas de cet avis. Reste une inconnue : Patrice Talon, que la Constitution oblige à céder sa place en 2026, n’a pas désigné de dauphin. Mais les premières manœuvres en coulisses ont déjà débuté.

Matthieu Millecamps


Nigeria : objectif Aso Rock

 

nigeria

 

Atiku Abubakar et Bola Ahmed Tinubu, les deux candidats en lice pour la présidence du Nigeria. © MONTAGE JA : Sunday Alamba/AP/SIPA ; KOLA SULAIMON/AFP

 

 

Le 25 février, les quelque 95 millions d’électeurs du pays le plus peuplé du continent éliront le successeur du président sortant, Muhammadu Buhari, qui, à 80 ans et conformément à la Constitution, ne se représentera pas à l’issue de ses deux mandats.

Alors que la campagne électorale n’a fait émerger aucun favori, l’opposant Atiku Abubakar, du Peoples Democratic Party (PDP), et Bola Tinubu, qui porte les couleurs du parti au pouvoir, le All Progressives Congress (APC), sont les mieux placés pour conquérir Aso Rock, le palais présidentiel d’Abuja. Face à eux, un troisième candidat, Peter Obi, ancien gouverneur de l’État d’Anambra, espère créer la surprise en captant, notamment, le vote des jeunes.

À LIRENigeria : Bola Tinubu contre Atiku Abubakar, duel de vétérans en vue de la présidentielle de 2023

Depuis l’avènement de la démocratie, en 1999, les deux principales formations du Nigeria se disputent la magistrature suprême. Le PDP, d’Atiku Abubakar, espère ainsi regagner la présidence, dont l’avait évincé Muhammadu Buhari en 2015, et incarner la deuxième alternance.

Les deux poids lourds de la politique nationale, qui figurent parmi les plus grandes fortunes du pays, disposent de moyens financiers importants pour faire campagne. Mais leur origine pourrait également influencer le scrutin. Une règle tacite prévoit en effet une alternance entre les présidents originaires du Nord et ceux provenant du Sud, dans un souci d’unité. Un principe qui pourrait favoriser Bola Tinubu, natif du Sud-Ouest, Muhammadu Buhari étant un « nordiste ».

Manon Laplace


Liberia : le Ballon d’or ne fait plus rêver 

 

liberia

 

Le président libérien George Weah, en novembre 2021 à Monrovia. © JOHN WESSELS / AFP)

 

Mais où est passé George Weah ? Au Liberia, l’année 2022 s’est achevée sur une nouvelle polémique. Parti du pays officiellement pour participer à plusieurs rencontres politiques et économiques de haut niveau, le président a allongé de plus d’un mois son séjour à l’étranger pour assister à la Coupe du monde de football au Qatar et y voir son fils jouer sous le maillot des États-Unis. « Le pays est en pilotage automatique », s’est agacé Joseph Boakai, ancien vice-président d’Ellen Johnson Sirleaf et leader du Unity Party, qui sera candidat à la magistrature suprême en 2023.

L’affiche de la présidentielle du 12 octobre – qui sera couplée à l’élection des députés et d’une partie des sénateurs – sera vraisemblablement la même qu’en 2018. Weah, qui brigue un second mandat, a repris Jewel Howard-Taylor sur son ticket. Cette alliance constitue un sérieux atout pour diriger le pays cinq ans de plus. La tâche promet néanmoins d’être bien moins aisée cette fois-ci : le « Ballon d’or », qui faisait rêver une partie de la jeunesse, a vu son mandat rythmé par des affaires de corruption et se retrouve critiqué pour l’absence de changement apporté. Lors des sénatoriales de 2020, sa coalition avait subi un lourd revers.

Anna Sylvestre-Treiner  


Zimbabwe : Chamisa peut-il vaincre Mnangagwa ?

 

 

Quarante-trois ans après avoir pris la tête du Zimbabwe, la Zanu-PF s’est donnée un maximum de chances de poursuivre son règne sans partage cinq années supplémentaires. Le tombeur de Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa, choisi par son parti pour concourir à un second mandat, n’a rien modifié du système de son prédécesseur.

À la tête de la Coalition pour le changement (CCC, ex-Mouvement pour le changement démocratique, de Morgan Tsvangirai), qu’il espère renouvelée et débarrassée de ses rivalités internes, l’opposant Nelson Chamisa espère tirer profit de la situation économique catastrophique dans laquelle se trouve le pays. En 2018, avec 44% des voix, il avait manqué de peu la victoire. Au début de 2022, lors d’élections législatives et locales partielles, son parti avait réalisé des scores plus élevés que prévu, ce qui avait marqué les esprits. Mais, face à des institutions verrouillées et à un système répressif redoutablement efficace, Chamisa aura fort à faire pour renverser la majorité.

Anna Sylvestre-Treiner  


Mauritanie : un test pour « Aziz »

 

 mauri

 

© SEYLLOU/AFP

 

Le 13 décembre, la commission électorale a fixé leur date : le premier tour des élections législatives, régionales et municipales devrait se tenir le 13 mai. Un an avant la présidentielle, ces scrutins seront un véritable test de popularité.

Pour Mohamed Ould Abdelaziz, tout d’abord. L’ancien président, qui ne s’est jamais éloigné de la politique en dépit de sérieux ennuis judiciaires, compte en effet présenter des candidats sous les couleurs de Ribat Al Watani, le parti qu’il a rejoint en 2021. Pour son successeur, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, aussi, dont la majorité s’est fissurée ces derniers mois avec la mise à l’écart de Yahya Ould Ahmed El Waghef, secrétaire général du gouvernement (désormais ministre de l’Agriculture), et de Sidi Mohamed Ould Taleb Amar, patron du parti présidentiel (aujourd’hui ministre de l’Hydraulique).

À LIREMauritanie – Mohamed Ould Abdelaziz : « Je suis prêt à être injustement condamné et emprisonné »

Enfin, les opposants « historiques » s’étant rapprochés du chef de l’État, d’autres alliances pourraient se nouer entre les ennemis d’hier – Biram Dah Abeid, les islamistes du parti Tawassoul et « Aziz » – et aboutir à l’émergence d’un nouveau contre-pouvoir.

Justine Spiegel


Sénégal : encore un an de suspense

 

sene

 

Le débat politique est dominé par la possibilité d'une candidature controversée de Macky Sall (ici en février 2022 à Paris) à un troisième mandat. © SARAH MEYSSONNIER / POOL / AFP.

 

Si le premier tour de l’élection présidentielle se tiendra en février 2024, l’année 2023 ne s’annonce pas moins cruciale. Karim Wade (Parti démocratique sénégalais, PDS) et Khalifa Sall (Taxawu Sénégal) seront-ils en mesure de se présenter malgré les condamnations qui les avaient frappés, respectivement en 2015 et en 2018 ? Selon Ismaïla Madior Fall, le ministre de la Justice, deux projets sont à l’étude : une loi d’amnistie ou bien une modification de la loi électorale, qui leur permettrait de recouvrer la plénitude de leurs droits civiques.

Autre inconnue, le sort judiciaire d’Ousmane Sonko, le leader du Pastef (opposition). Accusé de viols par une jeune Sénégalaise, Adji Sarr, il reste inculpé et pourrait être fixé sur son sort en 2023. Bénéficiera-t-il d’un non-lieu, ou sera-t-il renvoyé devant un tribunal, au risque de subir une lourde condamnation qui entraverait son ascension politique ?

Enfin, c’est sans doute avant la fin de 2023 que Macky Sall dissipera les doutes sur sa volonté de solliciter un troisième mandat. Dans l’hypothèse où il annoncerait y renoncer pour se conformer à l’article 27 de la Constitution, se poserait la question de sa succession au sein de l’Alliance pour la République (APR). Et, dans un tel scénario, celle du maintien ou de la dissolution de la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY) formée autour de l’APR, du Parti socialiste et de l’Alliance des forces de progrès (AFP).

Mehdi Ba