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Lithium : RDC, Mali, Zimbabwe… Qui va profiter de la ruée vers le nouvel or africain ?

L’explosion du prix du minerai a ouvert de nouvelles perspectives sur le continent. Mais, pour l’heure, la transformation de cette ressource devenue stratégique pour les entreprises technologiques est réalisée en majorité en dehors des terres africaines. Décryptage en infographies.

Mis à jour le 16 juin 2022 à 17:44
 

 

 

Mine de lithium à Bitika au Zimbabwe © Photomontage Jeune Afrique / EPA-EFE/AARON UFUMELI / Gezwollen GSM

Le téléphone sur lequel vous êtes en train de lire cet article en contient, la batterie de votre tablette tactile également. Et s’avère indispensable dans la bonne marche des centaines de milliers de disques durs – bien physiques – du « cloud » dans lequel vos photographies, vos vidéos et vos musiques sont stockées. Le lithium est partout dans notre quotidien. En 2008, les batteries représentaient 20 % des parts de marché de ce métal alcalin. En 2030, ce chiffre atteindra 85 %, selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS). Conséquence directe de cette explosion de la demande : les prix flambent. En un an, les cours ont crevé tous les plafonds. La tonne de lithium, qui plafonnait à 6 400 euros en janvier 2021, atteint désormais les 65 000 euros.

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Cela a de quoi aiguiser les appétits, y compris sur le continent. Si la production mondiale est aujourd’hui essentiellement assurée par l’Australie, le Chili et la Chine (respectivement 45, 19 et 11 millions de tonnes extraites en 2019), l’Afrique devrait bientôt rejoindre les champions miniers. Les phases exploratoires en sont encore à leurs premiers pas, mais les perspectives pour les sociétés minières s’annoncent plus que prometteuses. En tête de liste des pays du continent qui devraient bientôt figurer très haut dans le classement mondial des pourvoyeurs du précieux lithium : la RDC, le Mali et le Zimbabwe.

Sécuriser la chaîne d’approvisionnement

Au Mali, la société Leo Lithium, coentreprise créée par l’australien Firefinch et le chinois Ganfeng pour exploiter la mine de Goulamina, a annoncé début juin son introduction à la Bourse australienne ASX, avec pour objectif une levée de fonds de 72 millions de dollars. Une semaine plus tard, le ministre malien de l’Énergie, des Mines et de l’Eau, Lamine Seydou Traoré, a procédé symboliquement à la pose de la première pierre de ce projet dans lequel devraient être investis pas moins de 250 millions de dollars au total. En Angola, également bien doté, le groupe australien Tyranna Resources a annoncé il y a quelques semaines son intention d’acquérir 80 % des parts du Namibe Lithium Project, sans dévoiler le montant de la transaction envisagée.

Pour les entreprises technologiques, l’enjeu est de sécuriser la chaîne d’approvisionnement de cette matière première devenue stratégique. Au Zimbabwe, la compagnie chinoise Zhejiang Huayou Cobalt n’a ainsi pas hésité à mettre 378 millions de dollars sur la table pour racheter les droits d’exploitation du projet de mine de lithium d’Arcadia à son concurrent australien Prospect Resources. L’objectif ? Passer à la phase de production d’ici à 2023.

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La transformation de la matière première en un lithium utilisable pour les batteries est un processus complexe et coûteux. La plupart des projets – à l’exception notable de Manono, en RDC – prévoient, pour l’heure, d’envoyer le minerai brut dans d’autres régions du monde, où il sera alors transformé. Cette ruée vers le lithium peut-elle profiter aux pays dont les sous-sols en regorgent ? Où les gisements – prouvés ou estimés – se trouvent-ils sur le continent ? Comment se structurent les projets d’exploitation minière ? Décryptage en infographies.

 © Infographie : JA / Arthur Beaubois-Jude


© Infographie : JA / Arthur Beaubois-Jude

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© Infographie : JA / Arthur Beaubois-Jude

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© Infographie : JA / Arthur Beaubois-Jude

Législatives au Sénégal : entre Macky Sall et Ousmane Sonko, la bataille se joue aussi au sein de la diaspora

Depuis 2017, les Sénégalais de l’extérieur sont représentés par quinze députés à l’Assemblée nationale. Mais si la coalition au pouvoir a remporté l’essentiel de ces sièges, l’issue des législatives du 31 juillet s’annonce plus incertaine.

 
Mis à jour le 15 juin 2022 à 13:05
 

 

Parmi les 165 sièges à pourvoir à l’Assemblée nationale (ici en octobre 2012), quinze sont dévolus depuis 2017 aux 500 000 Sénégalais de l’extérieur. © DENIS ALLARD_POOL/SIPA.

 

Malgré un glaucome qui réduit son champ de vision, Amadou Talla Daff, le représentant en France de l’Alliance pour la République (APR), le parti présidentiel, est sur tous les fronts. À la fin de mai, lorsque nous l’avons rencontré à Mantes-la-Jolie (ouest de Paris) dans son bureau du centre médico-social Frédéric-Chopin, qu’il dirige, ce conseiller municipal opposé au maire de droite Raphaël Cognet venait de recevoir un militant sénégalais. « Dès que je termine avec vous, je me rendrai encore à Trappes pour une réunion. Jeudi, je serai à Torcy, et samedi, dans l’après-midi, à Asnières-sur-Seine. C’est un peu la course. Je suis malade, mais je ne lèverai le pied qu’au jour du scrutin », égrène-t-il.

À moins de deux mois des législatives du 31 juillet au Sénégal, Amadou Talla Daff ne veut ménager aucun effort pour assurer une victoire éclatante à Benno Bokk Yakaar (BBY), la coalition au pouvoir, à l’issue de ces élections qui feront office de tour de chauffe avant la présidentielle de 2024. Face à une opposition qui menace de lui imposer une cohabitation, « nous devons donner au président Macky Sall les moyens de gouverner et de continuer sa politique de développement. Cela passe donc par une majorité absolue à l’Assemblée nationale », lance le coordonnateur de l’APR en France.

Parmi les 165 sièges à pourvoir au parlement, quinze sont dévolus depuis 2017 aux 500 000 Sénégalais de l’extérieur. Ils sont répartis sur quatre zones géographiques, lesquelles correspondent également à des circonscriptions électorales. Sept sièges sont en jeu en Afrique et six en Europe. Les deux derniers sont partagés entre l’Amérique, l’Océanie, l’Asie et le Moyen-Orient. « Et nous voulons les rafler tous », s’enthousiasme Farba Ngom, député du parti au pouvoir, pour lequel il a conduit plusieurs missions aux quatre coins du monde en vue de mobiliser les militants.

Un électorat choyé

Lors des dernières législatives, la coalition présidentielle avait réussi à remporter 12 des sièges de la diaspora. Les trois postes disputés en Italie et en Espagne, regroupés dans la circonscription de l’Europe du Sud, avaient échu à la coalition de l’opposition Wattu Sénégal, formée alors autour du Parti démocratique sénégalais (PDS) de l’ancien président Abdoulaye Wade. Cette fois, le jeu est plutôt ouvert. Il faudra convaincre les électeurs indécis. Et du côté du pouvoir, les arguments ne manquent pas. « Depuis 2012, Macky Sall a mis la diaspora au cœur de ses priorités. Aujourd’hui par exemple, le passeport en France et dans les pays comme la Suisse ou l’Allemagne, qui sont sous notre juridiction, peut s’établir en 72 heures. Le délai peut même être réduit à 24 heures, voire à 15 minutes en cas d’extrême urgence », affirme Amadou Diallo, consul général du Sénégal à Paris.

Les cadres de la coalition au pouvoir soulignent aussi les efforts entrepris par le gouvernement pour accompagner les binationaux désireux d’investir à Dakar. Ainsi, le Fonds d’appui à l’investissement des Sénégalais de l’extérieur (Faise), dont le budget a été porté à 3 milliards de F CFA (4,5 millions d’euros) en 2018, permet à la diaspora d’avoir plus facilement accès au crédit. Le Sénégal tente également de négocier avec le gouvernement français un accord sur la portabilité des droits sociaux des travailleurs expatriés au profit de leur famille restée au pays.

Jusque-là perçue uniquement sous un angle purement économique, la diaspora sénégalaise, désormais représentée au sein de l’hémicycle, pèse plus que jamais sur le jeu politique. Macky Sall l’a bien compris. Chose inédite : le pays a dû assister en 2020 ses ressortissants impactés par la pandémie de Covid-19, en leur octroyant une aide d’urgence évaluée 12,5 milliards de F CFA. « Les Sénégalais de l’extérieur ont porté Macky Sall au pouvoir en croyant à son projet et en étant ses principaux porte-paroles auprès des Sénégalais à l’intérieur du pays. Il était donc normal qu’ils soient assistés », insiste Amadou Diallo.

Percée de l’opposition ?

Malgré ces différentes initiatives, la machine présidentielle semble être grippée par un nouveau discours antisystème et anti-impérialiste, porté par la classe politique émergente qu’incarne l’opposant Ousmane Sonko (Pastef), arrivé troisième à la présidentielle de 2019. La grande alliance formée par Yewwi Askan Wi (YAW) et Wallu Sénégal, les deux principales coalitions de l’opposition, pourrait créer la surprise. « Lors des locales, nous avons réussi à gagner les grandes villes du pays. Cette tendance sera maintenue aux législatives. Nous pensons pouvoir gagner au moins 53 % des sièges sur le plan national et au sein de la diaspora », soutient Alioune Sall, le représentant en France du Pastef. « Cette dynamique risque d’être pénalisée par l’invalidation de notre liste nationale par le Conseil constitutionnel. Mais nous allons tenir bon et atteindre nos objectifs », nuance-t-il. En effet, le 31 mai dernier, le Conseil constitutionnel a invalidé une partie des candidatures de Yewwi Askan Wi : si les listes départementales ont été validées, la liste nationale, elle, s’est vue amputée de l’ensemble des candidats titulaires. Reste donc, désormais, les suppléants.

« Il y a une vraie percée de l’opposition au sein de la diaspora. Ousmane Sonko est très audible, et son influence croît malgré ses déboires judiciaires. C’est la franchise de son discours qui séduit, plutôt que le côté antisystème. Dans le même temps, la coalition au pouvoir se déchire à cause des investitures contestées », analyse, sous le couvert de l’anonymat, un diplomate en poste à Paris. Une réalité que ne conteste pas non plus Amadou Talla Daff, de l’APR. « Nous pensons avoir nos chances, mais nous aurons du mal à remporter les deux sièges en jeu à Paris. L’alliance YAW/PDS reste redoutable : elle s’appuiera beaucoup sur les disciples de la confrérie mouride, qui sont nombreux en France, en Italie et en Espagne et qui restent fidèles à Abdoulaye Wade », explique le conseiller municipal de Mantes-la-Jolie.

Conscient de ce fait, Macky Sall s’active lui-même pour ressouder les rangs de la majorité présidentielle. En visite du 8 au 11 juin en France, où 65 000 électeurs sont appelés aux urnes, il a rencontré plusieurs militants en marge du Forum annuel de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) pour leur signifier de rester concentrés sur la victoire finale. Au soir du 31 juillet, aucun siège ne devra manquer à sa majorité.

Guinée : le pari raté d’Ibrahima Kassory Fofana

Derrière les barreaux depuis le 6 avril, l’ancien Premier ministre a mis in extremis la main sur la direction du parti d’Alpha Condé avant son incarcération. Mais à quel prix ?

Mis à jour le 15 juin 2022 à 17:47

 

L’ancien Premier ministre a été incarcéré le 6 avril 2022. © Youri Lenquette pour JA

 

En ce jour de fête, Ibrahima Kassory Fofana a fait un effort. En liberté ou derrière les barreaux, c’est toujours l’Aïd el-Fitr à Conakry. Alors l’ancien Premier ministre a revêtu son plus beau bazin et reçu ses visiteurs, le sourire aux lèvres. Surtout, ne pas perdre la face.

Cela fait tout juste deux semaines qu’il a rejoint sa cellule de la maison centrale de Coronthie aux côtés de trois autres anciens ministres d’Alpha Condé – Mohamed Diané auparavant à la Défense, Oyé Guilavogui à l’Environnement et Diakaria Koulibaly aux Hydrocarbures, ce dernier ayant depuis été libéré. Tous sont accusés de détournement de deniers publics, enrichissement illicite, corruption, blanchiment de capitaux et complicité. Le 19 mai, Kassory Fofana avait pourtant goûté l’espoir de pouvoir quitter la prison dont il était sorti pour quelques heures, avant d’être finalement ramené dans sa cellule.

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La dernière demande de remise en liberté de ces caciques, datant du 31 mai, a également été rejetée par la cour d’appel de Conakry. « La chambre d’appel les a maintenus en détention au motif qu’il est trop tôt pour les relâcher et qu’il y avait un risque de dissimulation des preuves, précise l’un de leurs nombreux avocats. Ce qui est ridicule, car ils auraient eu toute la liberté de le faire depuis le 5 septembre [date du coup d’État qui a déposé Alpha Condé]. Elle a aussi mis en avant le risque d’échange entre les co-accusés, alors même qu’ils dorment dans la même cellule ! »

Les conseils de Kassory Fofana évoquent une « Guinée hors-la-loi » et dénoncent le non-respect des droits de leur client. « Depuis le 6 avril, rien ne se passe. Il n’a même pas été entendu sur le fond, s’insurge l’un d’entre eux. La phase d’enquête est terminée, mais le dossier est vide. »

Un parti morcelé

Pour sortir de prison, Kassory Fofana n’a pas lésiné sur les moyens, n’hésitant pas à renforcer son équipe d’avocats guinéens en leur adjoignant des ténors du barreau de la sous-région et de France et en faisant appel à une société de relations publiques, Skaï communications. Son entourage insiste sur le fait que plusieurs chefs d’États ouest-africains, comme Alassane Ouattara, Faure Gnassingbé ou Macky Sall, se sont personnellement mobilisés en sa faveur.

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Son parti est aussi derrière lui et « s’organise » pour le libérer, martèlent ses proches. Mais que peut le RPG Arc-en-ciel pour son nouveau leader ? D’autant que si l’ancien Premier ministre s’est fait élire le 31 mars dernier par plus de 350 délégués venus prendre part à la convention extraordinaire du parti, plusieurs cadres importants, comme l’ex-président de l’Assemblée nationale Amadou Damaro Camara ou les anciens ministres Mohamed Diané et Ibrahima Khalil Kaba étaient absents. Les luttes d’influence au sein de la formation fondée par Alpha Condé fragilisent Kassory Fofana, à un moment où celui-ci aurait bien besoin de soutiens.

Ce n’est pas juste qu’il hérite d’un parti morcelé, dont la majorité des cadres sont soumis par la junte au pouvoir à une interdiction de quitter le territoire et menacés par des poursuites judiciaires. C’est aussi, surtout, qu’il a été désavoué par le patron du parti lui-même. De retour à Conakry pour un mois, Alpha Condé, qui a depuis quitté le pays pour recevoir des soins, a assuré devant ses partisans n’avoir légué son parti à personne. Son ancien Premier ministre avait pourtant déclaré le contraire, s’appuyant sur une lettre manuscrite dont il assurait qu’elle avait écrite par Alpha Condé.

Le document est-il ou non véridique ? Une chose est sûre : Alpha Condé a pris soin de préciser que le RPG reste son parti. « Il a dit qu’il avait conseillé de mettre en place une commission, pour expédier les affaires courantes. Mais il a bien précisé qu’il n’avait pas désigné quelqu’un nommément », assure une source ayant rencontré le président déchu lors de son passage à Conakry. De quoi conforter les réfractaires à la prise de pouvoir de Kassory Fofana, qui n’imaginaient pas un instant qu’Alpha Condé décide de céder sa formation. Du moins, pas de son vivant et pas de son plein gré, murmure-t-on dans les rangs du RPG.

Un hold-up précipité ?

« Don Kass » a-t-il joué ses pions trop précipitamment, ou au mauvais moment ? Ou pensait-il justement que ses nouvelles fonctions au sein du RPG pouvaient jouer un rôle de bouclier entre lui et la junte militaire, lancée dans une opération anti-corruption tous azimuts ? « Pas du tout. Il a assumé ses responsabilités, voilà », insiste Niamey Diabaté, l’un de ses plus proches collaborateurs. Il ajoute néanmoins : « il risquait dans tous les cas d’aller en prison. Tant qu’à être incarcéré, autant l’être avec un certain poids politique. »

Prison ou pas, voilà donc Kassory Fofana à un poste qu’il convoitait depuis longtemps. Alors qu’il était Premier ministre, il caressait déjà le rêve d’être adoubé par Alpha Condé, qui aurait pu en faire son dauphin s’il n’avait pas décidé de briguer le troisième mandat qui causera sa chute. Rien ne prédisposait cet ancien proche de Lansana Conté à devenir le chef de gouvernement d’Alpha Condé. Il en fut même son opposant, de 2010 à 2013. Kassory rentre de dix années passées aux États-Unis, d’où il revient plein d’ambitions. « J’ai acquis de l’expérience à l’étranger, j’ai des ambitions. Je suis rentré définitivement pour me battre pour la liberté du pays », déclare-t-il alors à ses proches.

Convaincu par certains, dont Damaro Camara, qu’il est temps de revenir à Conakry, il fonde son propre parti, GPT (Guinée pour tous) – avec lequel il fera 0,6 % à la présidentielle de 2010. À la veille des législatives de 2013, il dénonce alors vigoureusement la gouvernance d’Alpha Condé et conspue un « système dictatorial ». « Le peuple de Guinée dit non au système de gouvernance actuelle fondée sur l’exclusion, non à l’ethnocentrisme comme politique de gouvernement, déclare-t-il. Ce peuple n’est pas prêt à accepter de revenir au système anachronique de parti-État que le RPG Arc-en-ciel veut mettre en place. »

Ce discours change brusquement au lendemain des législatives, qui lui permettent de faire élire un député à l’Assemblée. Il s’allie alors contre toute attente à Alpha Condé, dont il devient en 2014 le ministre à la présidence en charge des questions d’investissement et des partenariats public-privé. Un poste sur mesure pour ce commis de l’État, qui s’est fait à travers son ascension dans l’administration guinéenne, et qui fut aussi le ministre de l’Économie de Lansana Conté.

Une personnalité clivante

Le rapprochement s’opère peu à peu avec Alpha Condé, dont il devient le directeur de campagne en 2015. Grâce à son expérience, Kassory Fofana construit un réseau solide dans l’administration guinéenne, notamment dans le secteur financier. Mais il a aussi un autre avantage, et pas des moindres : natif de Forécariah, c’est un Soussou, comme l’ont été tous les Premiers ministres d’Alpha Condé. « Kassory représentait une sorte de caution pour Alpha Condé en Basse-Guinée, perçue comme la région des faiseurs de rois et une personnalité capable de neutraliser Sidya Touré, que Kassory déteste, sur ses propres terres », analyse un proche d’Alpha Condé.

En mai 2018, ce dernier décide donc à nommer Kassory à la primature, où il vient remplacer Mamady Youla. « Certes, Kassory n’a jamais pesé grand-chose politiquement, mais je crois que le président a toujours eu une certaine affection pour lui, ajoute ce même proche. Au sein du RPG, c’est resté une personnalité clivante. Il représentait une grosse prise pour le parti, mais sa nomination à la primature a forcément généré des rancœurs. » Au sein du RPG, sa désignation est une douche froide pour certains ténors, qui espéraient que leur longévité au sein du parti leur assurerait une place à la primature.

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Contrait, lors de sa nomination, de fondre son parti, le GPT, dans le RPG d’Alpha Condé, Kassory Fofana attend son heure. En réalité, il accepte le poste en négociant une place de vice-président dans le projet de nouvelle Constitution qui germe déjà à Sékhoutouréya. La réforme constitutionnelle adoptée en 2020, le Premier ministre n’obtient rien. Malgré sa déception, il se mobilise pourtant dans la campagne présidentielle qui porte Alpha Condé au pouvoir, pour la troisième et dernière fois. Mais le président réélu s’isole et le met de plus en plus à l’écart. Aux ministres qui viennent le voir pour se plaindre, il répond : « Allez voir le vieux vous-mêmes, car il ne m’écoute plus. » « J’ai un contrat de deux ans avec le président. Après ça, j’irai planter mes choux ailleurs », déclare-t-il au lendemain de la présidentielle.

Comme l’ensemble de la classe politique guinéenne, le coup d’État de Mamadi Doumbouya viendra bouleverser ses plans. Désormais retenu par une junte décidée à faire table rase de la mauvaise gouvernance du passé, Ibrahima Kassory Fofana sait que son avenir politique s’écrit en pointillés. Il peut tout de même profiter d’une chose : depuis son incarcération, ses détracteurs s’abstiennent de s’exprimer publiquement sur son cas. « Le fait qu’il soit détenu empêche toute déclaration tapageuse de la part de ses adversaires politiques, observe un membre de son parti. Tout le monde, même ses soutiens, a fait le choix de se taire. » L‘alliance contre-nature du RPG avec l’UFDG de Cellou Dalein Diallo (lui aussi sous le coup d’une procédure judiciaire et hors de Conakry depuis des semaines) face à la junte est au point mort. Et dans les rangs de l’ancien parti au pouvoir, la question est brûlante : qui sera le prochain à tomber ?

Sénégal: trois personnes condamnées à la perpétuité pour la tuerie de Boffa Bayotte

 

Au Sénégal, c’était un verdict très attendu dans l’affaire de la tuerie de Boffa Bayotte, qui avait choqué tout le pays à l’époque. Le 6 janvier 2018, 14 coupeurs de bois avaient été tués dans cette forêt classée de Casamance, au sud du pays. Le tribunal de grande instance de Ziguinchor a condamné ce lundi 13 juin trois personnes à la réclusion criminelle à perpétuité. 

Avec notre correspondante à Dakar, Charlotte Idrac

L'affaire du massacre des coupeurs de bois dans la forêt de Boffa Bayotte refait surface. Ce lundi, le chef rebelle César Atoute Badiate, le journaliste René Bassène, et Oumar Ampoï Bodian, présenté comme un membre du mouvement indépendantiste MFDC, ont été condamnés à la prison à perpétuité par la justice sénégalaise. Sauf M. Badiata, qui était jugé par contumace et reste sous le coup d’un mandat d’arrêt, les autres condamnés restent donc en détention.

Les trois hommes étaient poursuivis pour 14 chefs d’inculpation dont association de malfaiteurs, participation à un mouvement insurrectionnel et complicité d’assassinat. Deux autres accusés dans ce dossier écopent d’une peine de six mois de prison avec sursis pour détention d’armes sans autorisation. Les dix autres ont été acquittés.

Durant le procès, le procureur avait requis la perpétuité pour onze des prévenus. Pour justifier sa décision, le parquet a estimé que l’assassinat des coupeurs de bois à Boffa Bayotte était un  acte planifié, mûri et réfléchi ». Maître Ciré Clédor Ly, l’un des avocats de la défense, a regretté une « erreur judiciaire ». Il a indiqué avoir fait appel. « C'est très surprenant. Les juges ont su écouter mais n'ont pas pu entendre. Ils ont condamné des personnes qui avaient des contacts au niveau du MFDC. Il est claire que la décision a une coloration politique », a-t-il déclaré. 

Le MFDC avait démenti toute responsabilité dans la tuerie. Il y a quelques jours, le gouvernement annonçait l’arrestation de « rebelles » de Casamance lors de la manifestation de l’opposition à Dakar mercredi dernier, sans plus de précision. Une accusation rejetée par Ousmane Sonko, le maire de Ziguinchor.

Mali: quelle est la nouvelle donne pour les négociations entre Bamako et la Cédéao?

 

L’annonce unilatérale par Bamako, lundi 6 juin 2022, de prolonger la transition pour une durée de deux ans, alors que les négociations avec l’organisation ouest-africaine sont toujours en cours, change la situation. La Cédéao a « regretté » cette décision tout en maintenant le dialogue. Les échanges s’éternisaient depuis l’instauration de sanctions économiques contre le Mali en janvier, mais de nombreux signaux semblaient montrer qu’un compromis était proche. Un peu plus de trois jours après la publication du décret présidentiel qui a surpris tout le monde, les langues des diplomates se délient.

Selon plusieurs sources ouest-africaines proches des négociations, le décret présidentiel malien complique clairement les choses. Prolonger la transition de deux années était bien une option pour le médiateur Goodluck Jonathan, mais une option seulement, avec des éléments restant à négocier. L’annonce de Bamako l’a donc surpris autant que tous les chefs d’État de la Cédéao. « Cela conforte les lignes dures, estime une source, le sommet du 3 juillet s’annonce tendu. »

Une « erreur » due à l’ « impatience »

Un diplomate de haut rang dénonce « un décret unilatéral et malheureux », une « erreur » mise sur le compte de l’« impatience » certes « compréhensible » de Bamako, mais qui pourrait pousser certains chefs d’État à poser de nouvelles exigences, voire à refuser « par principe » la durée retenue par Bamako, qui place la Cédéao devant le fait accompli. 

Une forme de concession

Certains notent cependant, comme le soulignent d’ailleurs les partisans de la junte, que les 24 mois supplémentaires commençant fin mars, et non à la date de l’annonce ni à la fin avril comme l’avait précédemment annoncé le Premier ministre Choguel Maïga. Il n’en reste déjà plus que 22. Le décret malien serait donc une forme de concession de Bamako, un gage de bonne volonté.

Pour espérer obtenir la levée ou l’allègement des sanctions de la Cédéao, les autorités maliennes peuvent encore présenter un chronogramme précis et crédible pour l’organisation des futures élections.

Quitter la Cédéao ?

Autre piste : procéder à un remaniement gouvernemental, l’occasion d’une ouverture politique et d’un changement de Premier ministre. La tête de Choguel Maïga étant réclamée de plus en plus fort, par de plus en plus de voix, dans et hors du Mali. Notons que cela fait des mois que les rumeurs sur son éviction circulent, et que le chef du gouvernement est toujours bel et bien en poste.

Dernier argument de taille, cette fois en forme de menace : toujours de source diplomatique, le Mali n’exclurait pas, en cas de nouvel échec, de claquer la porte de la Cédéao. Une option économiquement et politiquement risquée. Mais les autorités maliennes de transition ont déjà montré qu’elles n’étaient pas du genre à reculer devant l’obstacle.

Le médiateur mandaté par la Cédéao, Goodluck Jonathan, est attendu à Bamako. Aucune date n’a encore été fixée pour sa prochaine visite.