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Face à Macky Sall, Ousmane Sonko prêt au combat

L’opposant a défié le chef de l’État sénégalais lors d’un meeting tenu à Keur Massar ce 22 janvier. Plus tôt dans la semaine, son dossier pour viols avait été renvoyé devant un tribunal criminel.

Par  - à Dakar
Mis à jour le 23 janvier 2023 à 14:47
 
 
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Ousmane Sonko à Keur Massar, le 22 janvier 2023. © Twitter Ousmane Sonko

 

Ousmane Sonko avait annoncé la couleur, dès le lendemain de la décision du juge qui avait renvoyé son dossier judiciaire devant une chambre criminelle, le 17 janvier : il entrait en « résistance ». C’est donc tout naturellement vêtu d’un treillis militaire qu’il a tenu, dimanche 22 janvier, son « méga-meeting » dans la banlieue dakaroise de Keur Massar, déjà rebaptisée Keur Sonko » (« maison Sonko ») par ses partisans.

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Écharpe aux couleurs du Sénégal sur les épaules, le leader de l’opposition s’est exprimé à 20 heures, en présence d’une foule nombreuse. Et quand le courant électrique a été coupé dans la zone − un acte de « sabotage », ont accusé ses soutiens -, ces derniers ont éclairé la scène avec leurs téléphones portables, donnant au rassemblement un air étrange de concert.

Face à la foule, Ousmane Sonko est revenu sur l’affaire qui tient le Sénégal en haleine depuis bientôt deux ans et qui pourrait se solder par un procès en pleine année électorale. Comme à son habitude, il a réaffirmé que la plainte pour viols déposée contre lui en février 2021 faisait partie d’un complot destiné à l’écarter du jeu politique, en amont du scrutin présidentiel de février 2024.

Rompant avec la posture d’apaisement qui avait été la sienne lors de son audition par le juge d’instruction, en novembre dernier, il a livré un discours particulièrement virulent et prévenu qu’il ne se rendrait pas au procès. « Nous avons atteint le terminus. J’ai fini de rédiger mon testament », a lancé l’opposant, enjoignant ses soutiens de se « tenir prêts », où qu’ils se trouvent. « Ce qui se passe ne peut plus continuer. Si cela continue, Macky Sall nous tuera ou nous le tuerons, a-t-il ajouté dans un style très offensif. Rien ni personne ne peut empêcher le peuple sénégalais de marcher vers sa destinée et sa souveraineté. »

Vers un procès ?

Le 17 janvier, le juge chargé de l’instruction de son dossier pour « viols et menaces de mort » a renvoyé l’affaire qui l’oppose à Adji Sarr, ex-employée d’un salon de massage dakarois, devant un tribunal criminel, ouvrant la voie à un procès. Toujours sous contrôle judiciaire, Ousmane Sonko a annoncé qu’il allait malgré tout reprendre sa tournée électorale, débutée en octobre dernier. « Le seul candidat du Pastef pour 2024, c’est Ousmane Sonko », a-t-il insisté.

Quelques jours auparavant, dans une déclaration qu’il avait pris soin de débuter en français, l’opposant avait cité ceux qu’il estime être les artisans de ce complot, en particulier l’ancien procureur de la République, Serigne Bassirou Guèye, et le juge d’instruction Oumar Maham Diallo. Il a accusé ce dernier d’avoir « mis à l’écart » le rapport de gendarmerie rédigé après le dépôt de plainte d’Adji Sarr, le 2 février 2021, mais aussi de l’avoir « délibérément compromis » et d’en avoir « retranché des passages à décharge ». « Le PV qui a servi à instruire le dossier est un faux », a assené le président du Pastef.

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Il a fait appel à son « droit légitime et constitutionnel à la résistance », un concept qu’il avait utilisé en mars 2021, avant de répondre pour la première fois à la convocation du juge d’instruction. Ce jour-là, il avait été arrêté pour « troubles à l’ordre public » et l’épisode avait entraîné plusieurs jours de violences au Sénégal, faisant au moins quatorze morts.

Refus de test ADN

Le 17 janvier, le juge d’instruction a donc décidé de suivre les recommandations du procureur de la République. Dans son réquisitoire du 9 janvier 2022, consulté par JA, le parquet estime en effet que « malgré la précision et la constance des déclarations de Adji Sarr, Ousmane Sonko se borne à adopter un silence éloquent sur les questions liées aux circonstances des viols » et que « le silence adopté par l’inculpé ne fait qu’accréditer les accusations de la victime ».

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Le procureur a notamment insisté sur le refus d’Ousmane Sonko de comparer son ADN à celui du sperme trouvé lors du prélèvement sur la victime, qui « sonne comme un aveu de culpabilité », selon le procureur. Le réquisitoire estime que l’opposant a fait preuve, lors de sa confrontation avec Adji Sarr le 6 décembre 2021, d’un « silence coupable […] sur des questions qui auraient pu le mettre hors de cause si tant est qu’il était innocent ».

L’opposant, qui dit n’avoir aucune confiance en la justice, refuse catégoriquement de se soumettre à un test ADN et de se prononcer sur la nature de ses relations avec Adji Sarr. Son entourage dénonce un dossier « vide » et insiste sur le fait que différents témoignages à décharge n’auraient pas été pris en compte par le juge, comme celui du médecin qui a reçu Adji Sarr et qui a affirmé avoir été menacé.

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L’avocat de cette dernière, El Hadj Diouf, a quant à lui réclamé la retransmission du procès en direct  à la télévision. « Personne n’est plus pressé qu’Adji Sarr de voir cette affaire déboucher sur un procès », avait-il déjà déclaré par le passé. La date du procès devrait être fixée par le parquet, mais l’entourage de Sonko s’attend à ce que cela soit rapide.

« La période des parrainages débutera à partir de fin juin. Ils savent que plus le temps passe, plus les candidats sont intouchables. Ils accélèrent pour anticiper le combat », accuse l’un de ses proches, qui assure lui aussi que Ousmane Sonko participera « coûte que coûte » au scrutin de 2024. « S’il est vivant, il n’y aura aucun moyen de l’en empêcher. »

Ouattara, Bédié, Gbagbo : leurs plans secrets pour la présidentielle de 2025

Les élections régionales et municipales se tiendront à la fin de l’année en Côte d’Ivoire. Un test grandeur nature pour les principaux partis politiques et leurs leaders, qui ont déjà tous la prochaine présidentielle en tête.

Mis à jour le 19 janvier 2023 à 13:08
 
 
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Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo. © Montage JA ; AFP ; Twitter

 

 

« L’année 2023 sera marquée par la tenue, aux mois d’octobre et de novembre, des élections locales, c’est-à-dire régionales et municipales, les dernières ayant eu lieu en octobre 2018 et le mandat des conseillers régionaux et municipaux étant de cinq ans. » Le 5 janvier, devant le corps diplomatique accrédité en Côte d’Ivoire rassemblé pour la cérémonie des vœux organisée à la présidence, le chef de l’État, Alassane Ouattara (ADO), a résumé en peu de mots le principal enjeu politique des douze mois à venir. Auquel on peut ajouter celui des sénatoriales, qui devraient se dérouler début 2024.

Année charnière donc, tant pour le parti au pouvoir que pour l’opposition, et dernier grand test électoral avant la présidentielle de 2025, à laquelle tout le monde pense déjà. De l’issue de ces scrutins réputés mineurs dépendra beaucoup plus qu’on ne peut l’imaginer.

Ouattara tient les rênes du RHDP…

Du côté du président et de sa formation, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), l’heure est à la grande offensive. Objectif : prendre de l’avance sur la concurrence et occuper le terrain le plus longtemps possible. Tous les barons du parti sont déjà mobilisés pour remporter les 201 communes ou les 31 régions du pays. Le Premier ministre, Patrick Achi, tentera de se faire réélire à la tête du conseil régional de la Mé (Sud-Ouest). Dans son sillage, plusieurs autres ministres seront candidats : Fidèle Sarrasoro (ministre directeur de cabinet d’ADO) brigue la région du Poro (Nord), Anne Désirée Ouloto (ministre de la Fonction publique) le Cavally (Ouest), Kobenan Kouassi Adjoumani (Agriculture) le Gontougo (Nord-Est), Mamadou Touré (Promotion de la jeunesse) le Haut-Sassandra (Centre-Ouest), Bruno Koné (Logement) la Bagoué (Nord), Amédée Kouakou (Équipement) le Lôh-Djiboua (Centre)…

Pour les municipales, idem. Adama Bictogo, le président de l’Assemblée nationale, se lance à l’assaut de la commune abidjanaise, réputée pro-Gbagbo, de Yopougon – pas franchement une sinécure. Kandia Camara, la ministre des Affaires étrangères, entend être reconduite à Abobo, glanée auparavant par feu Hamed Bakayoko. Amadou Koné (Transports) vise Bouaké, Souleymane Diarrassouba (Commerce) se lance sur les terres du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) à Yamoussoukro, et Laurent Bogui Tchagba (Eaux et Forêts) à Marcory. Sans oublier l’homme d’affaires proche du couple présidentiel, Fabrice Sawegnon au Plateau, et le conseiller du chef de l’État Lacina Ouattara à Korhogo, ou encore son directeur du protocole Éric Taba à Cocody.

NE LAISSER QUE DES MIETTES À L’OPPOSITION

Depuis de longs mois maintenant, Alassane Ouattara s’attelle à mettre en place un parti fort, stable et incontestable qui ne laisserait que des miettes à son opposition. « Le président a repris personnellement et très directement les rênes du RHDP, a consacré l’essentiel de son énergie à constituer méticuleusement ce puzzle, pièce par pièce, explique un de ses visiteurs du soir. Cela a commencé par la tête, le directoire, puis les candidatures sur les listes aux locales et régionales. Il a tout supervisé, a mis la main à la pâte pour arbitrer, expliquer, calmer les déçus. »

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Cette implication est à la fois voulue et subie. Car autour de lui, il n’y a plus les pivots d’antan. Ses deux plus proches collaborateurs sur le plan politique, au Rassemblement des républicains (RDR) hier, puis au RHDP aujourd’hui, Amadou Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko, ne sont plus de ce monde et ont laissé un vide immense. Et si Gilbert Koné Kafana, ministre d’État et numéro deux du RHDP, a pris du galon, si ADO a nommé un vice-président pour remplacer Daniel Kablan Duncan, en la personne de l’ancien gouverneur de la Beceao, Tiémoko Meyliet Koné, et si, enfin, Patrick Achi donne entière satisfaction à la tête du gouvernement, rien ne sera plus comme avant. On ne remplace pas le « Lion de Korhogo » et « Hambak » facilement…

Au sein du parti, tout le monde sait qu’il a intérêt à répondre aux attentes du chef de l’État, que ce dernier observe méticuleusement les performances des uns et des autres et que cela influera sur l’échéance présidentielle de 2025, qu’il décide de rempiler ou de désigner un successeur – ou plutôt une équipe amenée à prendre sa suite, tant l’ampleur de la tâche semble insurmontable pour un seul homme. Malheur à celui ou celle qui ne gagnera pas son élection.

… et Bédié celles du PDCI

Du côté de l’opposition, la situation est moins claire. Dans les rangs du PDCI d’Henri Konan Bédié (HKB), d’abord. Après l’ubuesque annulation du congrès extraordinaire qui devait se dérouler le 14 décembre, une semaine seulement avant l’événement, et les communiqués contradictoires annonçant ou infirmant son report dans la même journée, c’est peu dire que le flou artistique règne. Ce congrès, dont personne ne sait précisément quand il se tiendra, devait surtout servir à mettre les textes du parti en conformité avec ses règlements et à asseoir la légitimité du “Sphinx de Daoukro”.

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Depuis la présidentielle de 2020 boycottée par l’ensemble de l’opposition, le parti dirigé par Henri Konan Bédié est en proie à des luttes intestines, entre rivalités de personnes – notamment Maurice Kakou Guikaoué et Niamien N’Goran, tous deux très proches de HKB – et désaccords sur la stratégie à adopter en vue des prochaines échéances électorales : les locales de 2023 et surtout, la présidentielle de 2025.

IL S’AGIT DE RÉINVENTER LE PARTI

« Tout cela est le signe d’une fin de cycle, explique un de ses cadres influents. Bédié a repris en main le parti qui a longtemps été géré au quotidien par d’autres. Mais il ne peut aller plus loin. Contrairement à ce que certains pensent, il se préoccupe de l’avenir. Sans doute compte-t-il présenter un autre candidat que lui en 2025 tout en restant le patron du PDCI. Ce peut être Jean-Louis Billon, Tidjane Thiam, Niamien N’Goran ou un autre : peu importe, car notre principal défi n’est pas là. Nous devons retrouver nos racines, c’est-à-dire enfin nous préoccuper du bien-être des Ivoiriens, proposer des idées nouvelles, parvenir à nous déployer dans tout le pays ce qui n’est plus le cas. Bref, il ne s’agit pas de faire renaître notre parti, mais de le réinventer ! » Une gageure, tant le débat se cristallise aujourd’hui sur les personnes, et non sur le fond. Quant à la question de la succession de Bédié, elle n’est toujours pas d’actualité.

Gbagbo discret

Chez Laurent Gbagbo, l’heure n’est guère plus à la sérénité. Un peu plus d’un an après le lancement du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), le souffle porteur du renouveau et de l’ambition de l’époque est quelque peu retombé. Depuis son retour à Abidjan le 17 juin 2021 – quelques mois après son acquittement définitif par la Cour pénale internationale (CPI) où il était jugé pour crimes contre l’humanité –, et alors que de très nombreux militants en transe l’avaient accueilli à l’aéroport, Laurent Gbagbo a fait beaucoup moins de sorties publiques qu’escompté. On ne l’entend guère, on le voit encore moins. Y compris, d’ailleurs, pour certains cadres qui ont œuvré à son retour, dont beaucoup se plaignent de la difficulté à trouver leur place, que ce soit dans le parti ou auprès de l’ancien président qu’ils disent corseté par sa seconde épouse, Nady Bamba, et son entourage.

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Le positionnement idéologique, lui, n’est plus très clair. Le champ de compétences des différentes structures mises en place non plus : Assoa Adou, un vieux de la vieille de l’entourage du « camarade Laurent », a été nommé président du mystérieux Conseil stratégique et politique (CSP), épaulé par Sébastien Dano Djédjé et le porte-parole du parti, Justin Koné Katinan. Il semble marcher sur les plates-bandes de la direction exécutive confiée à Hubert Oulaye, qui serait elle-même parfois en conflit avec le secrétariat général, attribué à Damana Pickass.

L’inconnue 2025

Pas simple, d’autant que la concurrence directe, à force de scissions, joue son va-tout. Simone Gbagbo a lancé son propre parti, le Mouvement des générations capables (MGC) ; Pascal Affi Nguessan, qui a récupéré depuis longtemps déjà le Front populaire ivoirien (FPI), creuse son sillon de son côté ; et Charles Blé Goudé, de retour lui aussi en Côte d’Ivoire, a rompu avec son ancien mentor et compagnon de prison aux Pays-Bas. Gbagbo, dont on dit la santé fragile, n’est-il plus que l’ombre du leader charismatique et du tribun hors pair qu’il fut jadis ? Pour l’instant, difficile de dire le contraire. Il n’en demeure pas moins un animal politique rare qu’il convient de ne pas « enterrer ». Tout comme Bédié d’ailleurs, dont les silences sont loin de signifier perte d’influence ou absence de stratégie.

LES SÉQUELLES DE 2020 INQUIÈTENT ADO

Ouattara, Bédié, Gbagbo… La Côte d’Ivoire se résume-t-elle encore et toujours à ces trois-là ? Pour l’instant, oui. Et le premier cité, en position de force, demeure le maître du jeu, et du temps. Il a aujourd’hui toutes les cartes en main pour 2025. Que fera-t-il lors de cette échéance ? Personne ne le sait, et l’intéressé lui-même n’a sans doute pas encore pris sa décision. « Il n’a à l’évidence pas encore fait son choix, ni de se représenter coûte que coûte ni de passer la main, confirme un de ses très proches. Même si c’était le cas, il ne s’en ouvrirait d’ailleurs à personne, histoire de garder tout le monde “focus”. Mais il est très préoccupé. Par le contexte régional d’abord, mais aussi par la stabilité de la Côte d’Ivoire. Les séquelles de 2020 – le retour de l’ivoirité et le fait que les Dioulas ont tendance à se braquer – l’inquiètent au plus haut point. »

Le choix de Ouattara

De fait, ADO s’est évertué ces derniers mois à pacifier le pays, politiquement comme socialement : le retour de Gbagbo et son amnistie, celui de Blé Goudé, la réforme de la Commission électorale indépendante, la hausse des salaires des fonctionnaires et du salaire minimum garanti, le recrutement de 25 000 nouveaux agents publics en 2023, la maîtrise de l’inflation malgré le coût énorme pour le budget de l’État qui augmentera tout de même de près de 20 % cette année… Fort heureusement, malgré une conjoncture mondiale particulièrement délicate, la Côte d’Ivoire devrait maintenir un rythme de croissance enviable, autour de 7 % en moyenne sur la période 2023-2025. De quoi le rassurer ?

« Ne vous y trompez pas, poursuit notre source, Alassane Ouattara voulait réellement partir en 2020 et il est tout à fait capable de le faire en 2025. Ce sont les circonstances qui dicteront son choix. S’il pense que, par devoir, il doit rempiler, il n’hésitera pas une seconde. Il se fiche désormais de son image, largement écornée en 2020 alors qu’il ne le méritait pas, ce qu’il a très mal vécu. Mais s’il trouve une solution convenable pour s’en aller, il le fera aussi, sans hésitation. C’est d’ailleurs pour cela qu’il veut un RHDP fort et stable, afin que le choix d’un éventuel candidat puisse se faire sans heurts. La différence, aujourd’hui, c’est que Gon Coulibaly et, dans une moindre mesure, Bakayoko, ne sont plus là. Ceux sur qui il s’appuie le plus pour gérer l’État – Patrick Achi, Tiémoko Meyliet Koné, Fidèle Sarrasoro, Abdou Cissé ou son frère Ibrahim – ne sont pas des monstres sacrés du parti. Personne ne s’impose politiquement comme les deux anciens Premiers ministres. Quant à ceux qui s’imaginent pouvoir prendre sa suite, ils devront prouver qu’ils en ont l’étoffe, le convaincre et le rassurer, ce qui ne sera pas une mince affaire tant l’homme construit ses relations et accorde sa confiance sur la durée. » Il faut un début à tout. Et cela commence par gagner les élections d’octobre et novembre prochains.

Au Burkina Faso, « quatre mines fermées, c’est 30 milliards de F CFA de perdus »

Orpaillage, insécurité, mauvaise perception… Adama Soro, président de la Chambre des mines du pays, fait le point sur le secteur, important contributeur à l’économie burkinabè.

Par  - à Ouagadougou
Mis à jour le 16 janvier 2023 à 15:26
 
 

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Adama Soro, président de la Chambre des mines du Burkina Faso, à Ouagadougou, le 10 janvier 2023. © Leonard Bazie pour JA.

 

Pour le président du principal syndicat corporatiste minier du Burkina Faso, le secteur qui pèse 2 021 milliards de F CFA (3,09 milliards d’euros) de recettes d’exportations et jusqu’à 20 % des recettes fiscales de l’État fait grise mine. Également vice-président affaires publiques chargé du Burkina chez Endeavour, Adama Soro anticipe ainsi pour 2022 une baisse d’au moins 15 % de la production annuelle d’or, comparé aux 66,8 tonnes extraites en 2021 (en hausse de 7,6% par rapport à 2020). Entretien.

Jeune Afrique : Quelles sont les attentes du secteur minier dans le contexte de tensions avec les partenaires extérieurs, dont la France ?

Adama Soro : Nous suivons avec attention l’évolution des rapports entre le gouvernement de la transition et ses partenaires. Lors de sa première sortie médiatique, le Premier ministre [Kyélem Apollinaire de Tambèla] avait donné les grandes lignes de son mandat : sécurité, pouvoir d’achat des burkinabè et enfin, gouvernance. Le secteur minier ne peut que partager ces priorités. Nous sommes évidemment sensibles à la dimension sécuritaire et attendons que des efforts soient consentis pour protéger les investissements.

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En ce moment, des voix s’élèvent pour demander la révision du code minier [déjà révisé en 2015]. Nous appelons au contraire à ne pas stigmatiser les investisseurs miniers : il est excessif d’affirmer que l’or n’apporte rien au pays, alors que les 16 sociétés actives dans le secteur mobilisent 20 % des recettes fiscales. En comparaison, le secteur informel, qui représente près de 80 % du tissu économique national, n’apporte que 0,96 % de celles-ci…

Perkoa, l’unique mine de zinc du pays, détenue par Trevali Mining, a fermé ses portes en novembre 2022. Est-ce un mauvais signal pour vous ?

Quand on préside la Chambre des mines, assister à la fermeture de quatre mines – Taparko, Karma, Youga et Perkoa – en six mois est particulièrement difficile. Nous estimons la perte de recettes à au moins 30 milliards de F CFA, à laquelle il faut ajouter le gel des contrats de fournisseurs locaux et plus de 700 emplois perdus rien que pour Perkoa, ainsi que l’arrêt des taxes que percevaient les communautés locales… Si nous n’avons pas encore les chiffres de production de 2022, nous anticipons une baisse drastique des volumes, de l’ordre de 15 %.

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Or, les mines apportent de la résilience au pays. En 2020, malgré la pandémie, la production minière a fait un bond au Burkina, avec 62 tonnes extraites [contre 50 tonnes en 2019].

Comment l’insécurité se répercute-t-elle sur les charges d’exploitation des miniers ?

L’insécurité génère un surcoût, notamment logistique : pour acheminer les biens et les personnes, nombre d’acteurs optent pour la voie aérienne, engendrant des dépenses qui se chiffrent en millions de dollars. Il faut aussi sécuriser les lieux d’opération. Mais il y a aussi des frais moins évidents, par exemple les primes d’assurances, qui se sont accrues au fur et à mesure que le risque pays s’élevait.

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Tout cela, ajouté à l’environnement sociopolitique [deux coups d’État en huit mois], entame la compétitivité du secteur, même si le pays demeure attractif au sens du potentiel minier. Pour rassurer les investisseurs et permettre de continuer les opérations, nous plaidons pour la mise en place d’un plan incluant deux ensembles de mesures, sécuritaire d’un côté, économique et fiscal de l’autre.

Comment relancer l’exploration, actuellement au ralenti ?

Malgré l’onde de choc causé par la mort du géologue canadien Kirk Woodman et la chute des dépenses d’exploration – de 10 millions de dollars à moins de 3 millions par an présentement –, les sociétés minières continuent d’investir. Elles ont en revanche restreint les périmètres de recherche pour concentrer leurs efforts sur les zones à fort potentiel. Malheureusement, les délais de délivrance des autorisations administratives pénalisent les demandeurs.

Que préconise la Chambre pour encadrer l’orpaillage ?

L’orpaillage est une question cruciale. Nos membres ont produit 62 et 66,8 tonnes d’or respectivement en 2020 et 2021. L’initiative pour la transparence de l’industrie extractive [Itie] chiffre à 270 kg l’or extrait par les orpailleurs, mais les enquêtes statistiques nationales estimaient à 10 tonnes la production artisanale en 2016 [l’Agence nationale d’encadrement des exploitations minières artisanales et semi-mécanisées, qui dépend du ministère des Mines, avance même le chiffre de 20 tonnes pour 2020].

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Avec la crise sécuritaire qui a provoqué un déplacement des populations des régions d’orpaillage du Sahel ou de l’Est, nous assistons en outre à des conflits de cohabitation des orpailleurs avec les mines. Cela génère de l’inquiétude et nous appelons l’État à organiser ce secteur. Des réformes sont en cours, comme l’instauration d’une carte de l’artisan minier ou l’organisation des orpailleurs en coopératives, pour une meilleure collaboration avec les industriels.

Barnabé Okouda : « Le PIB de la Côte d’Ivoire pourrait devenir deux fois plus élevé que celui du Cameroun »

Pour le patron du think tank Camercap-Parc, sans « rupture » dans la conduite des politiques publiques, l’avance prise par Abidjan depuis une décennie pourrait s’accentuer radicalement d’ici 2030.

Par  - à Yaoundé
Mis à jour le 12 janvier 2023 à 08:38
 
 
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     Barnabe Okouda (Cameroun), dans son bureau a Yaounde, le 19 decembre 2022. © Maboup pour JA

  
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      LA GRANDE DIVERGENCE (3/3) – D’environ 5 milliards de dollars en 2011, au sortir de la crise postélectorale ivoirienne, la différence entre le PIB de la Côte d’Ivoire et celui du Cameroun a atteint 25 milliards de dollars courants en 2021, selon les données du FMI. L’institution multilatérale prévoit que cet écart va se creuser durant les années à venir. À l’horizon 2027, le PIB ivoirien devrait ainsi franchir la barre des 100 milliards de dollars, contre 62 milliards pour le Cameroun.

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Comment expliquer cette divergence, alors que les deux locomotives de l’Afrique subsaharienne francophone s’étaient embarquées en même temps dans des programmes « d’émergence » à l’horizon des années 2030 ? Le pays des Lions indomptables a-t-il raté le coche ? Peut-il redresser la barre ? Pour répondre à ces questions, Jeune Afrique a interrogé Barnabé Okouda, directeur exécutif du Centre d’analyse et de recherche sur les politiques économiques et sociales du Cameroun (Camercap-Parc), think tank soutenu par la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF, instance de l’Union africaine) et l’État du Cameroun.

Jeune Afrique : Qu’est-ce qui explique l’écart constaté depuis une décennie dans l’évolution économique des deux pays ?

Barnabé Okouda : Sur la base des indicateurs utilisés par le FMI tels que le PIB nominal, le PIB par tête et le budget national entre 2010 et 2022, l’écart de développement entre le Cameroun et la Côte d’Ivoire se creuse d’année en année. Et ce, au point d’entrevoir un doublement de la taille de l’économie ivoirienne par rapport à celle du Cameroun durant la décennie à venir.

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De 2012 à 2020, le taux de croissance moyen du PIB réel se situe autour de 7,5 % par an en Côte d’Ivoire, contre à peine 4 % pour le Cameroun. Alors que les ambitions du Cameroun dans son Document de stratégie et de croissance pour l’emploi (DSCE 2010-2019) étaient du même ordre (7 % en moyenne). Toutefois, si nous prenons en compte certains indicateurs concernant les inégalités, le développement durable infraterritorial, voire la propriété du capital selon la nationalité, la situation serait plus nuancée entre les deux pays.

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Taux de croissance du PIB (Cameroun-Côte d'Ivoire). © Source donnees.banquemondiale.org

Restons un moment sur les différences de dynamique observées durant la décennie écoulée. Comment les analysez-vous ?

Quatre facteurs ont été déterminants : la gouvernance publique et institutionnelle, la structure inadéquate voire inadaptée de l’économie, la faible intégration sous-régionale et la situation sécuritaire du Cameroun depuis près d’une décennie.

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La gouvernance est et reste le ventre mou des politiques publiques et des institutions au Cameroun. La faible attractivité des investissements directs étrangers tient, en partie, au nombre très élevé d’intervenants et d’institutions impliqués, ce qui plombe le climat des affaires. De plus, le peu d’attention portée au suivi-évaluation des politiques publiques fait qu’après leur formulation, la machine se grippe généralement dans la mise en œuvre, aggravée par une faible réactivité au moment de procéder aux réajustements requis en temps réel ou opportun.

Qu’entendez-vous par manque de réactivité ?

Le DSCE 2010-2019, première phase de la Vision à long terme sur 25 ans, avait par exemple programmé de grands projets d’infrastructures (énergie, routes, ports et aéroports, logements sociaux, communications, etc.). À l’heure du bilan, la plupart de ces projets ne sont pas bouclés. Cela engendre non seulement des coûts d’opportunité financiers énormes, mais le service de la dette extérieure souscrite pour financer ces projets court déjà. Ce qui oblige le pays à s’endetter à nouveau, pour les mêmes projets.

Cette inefficacité dans la gestion des finances publiques fait d’ailleurs le lit des malversations, comme le démontre le rapport de la Commission nationale anti-corruption (Conac) publié en novembre dernier [PDF].

En quoi la structure économique du Cameroun est-elle inadaptée ? Et comment cette différence se manifeste-t-elle dans la divergence constatée avec la Côte d’Ivoire ?

Les statistiques officielles montrent que, d’une part, l’économie ivoirienne se diversifie davantage et, d’autre part, elle prend de l’avance dans la transformation de ses produits primaires. Cela rend le pays plus résilient que le Cameroun aux chocs extérieurs. Ainsi, la chute des cours du cacao en 2016-2017 a pu être compensée en Côte d’Ivoire par la bonne tenue de l’huile de palme, de l’hévéa et de l’anacarde.

La mutation industrielle amorcée par la Côte d’Ivoire se lit clairement dans l’indice d’industrialisation 2022 de la BAD, qui classe le Cameroun au 24e rang sur 52 pays africains [contre la 15e place en 2011, ndlr], alors que la Côte d’Ivoire est classée 13e [21e en 2011]. L’inversion des tendances est visible !

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Par ailleurs, la faible intégration sous-régionale en Afrique centrale par rapport à l’Afrique de l’Ouest a aussi joué dans le décalage observé. Car, outre la circulation des personnes, une meilleure imbrication des économies densifie les échanges (importations et exportations) entre les pays.

Vous évoquez le contexte régional. Dans le cas du Cameroun et de l’Afrique centrale, pensez-vous que la situation sécuritaire a aggravé ces éléments de divergence économique par rapport à la Côte d’Ivoire?

Certainement et cela dure depuis bientôt dix ans sur trois fronts. Le phénomène Boko Haram crée une forte insécurité dans les trois régions du septentrion (Extrême Nord, Nord et Adamaoua), générant des pertes importantes en vies humaines, de nombreux déplacés internes et le ralentissement des activités économiques. Cela a fortement perturbé les échanges avec les pays voisins comme le Nigeria et le Tchad. Entre 2015 et 2019, le volume des échanges commerciaux entre le Cameroun et le Nigeria a reculé en moyenne de 70 %.

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Dans l’Est, les assauts des rebelles centrafricains et un afflux de réfugiés provoqué par le conflit interne ont eu un impact sur le commerce de marchandises avec ce pays desservi par les ports de Douala et de Kribi, avec des conséquences non négligeables sur les économies de la République centrafricaine, du Cameroun et même du Tchad.

Enfin, un autre foyer d’insécurité – le plus violent – est localisé dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO), toutes deux limitrophes du Nigeria. À la suite de velléités sécessionnistes de certains citoyens de la partie majoritairement anglophone du pays, cette zone agroécologique, très fertile, connait un conflit qui a déjà généré d’énormes pertes en vies humaines, ainsi que la destruction de plusieurs infrastructures économiques et sociales.

Pour rappel, cette zone abrite les principales entreprises agro-industrielles du pays, dont Pamol Plantations Plc et Cameroon Development Corporation – CDC. Cette dernière, qui était jusque-là le deuxième employeur du pays après l’État, a quasiment fermé ses portes depuis 2016-2017, avec des conséquences sur le plan économique et social. Selon les estimations du gouvernement, les pertes cumulées atteignent près de 450 milliards de F CFA (686 millions d’euros) entre 2017 et 2020. Sans compter le coût de gestion et de mobilisation des forces de défense et de sécurité, ce qui a un effet d’éviction sur les investissements publics.

Les autorités camerounaises sont-elles conscientes des faiblesses que vous avez identifiées ?

Tout à fait, elles les reconnaissent. Mais il faudrait aller au-delà de la prise de conscience et poser des actions capables de nous faire retrouver le sentier d’émergence prévu. C’est ce que nous appelons dans nos travaux « la rupture ».

Le pays est déjà à mi-chemin des vingt-cinq ans prévus pour atteindre l’émergence. Il est temps de procéder à une relecture des objectifs et des résultats pour mesurer si le pays reste sur les rails ou est déjà sorti de piste afin d’ajuster la méthode. De la même façon, 2022 marque la troisième année de mise en œuvre de sa Stratégie nationale de développement (SND 2020-30). Il nous paraît urgent de tirer les leçons des résultats de l’évaluation intermédiaire prévue à cette échéance.

Le Cameroun a son propre agenda, qu’il doit suivre de manière rigoureuse. Le pays dispose des ressources, des capacités et des compétences nécessaires. C’est la combinaison optimale de ces ingrédients qui fait défaut pour libérer les énergies et atteindre le vrai décollage de ce pays considéré comme « l’Afrique en miniature ».


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Mali: nouveau bilan humain à la suite de la double attaque jihadiste du 10 janvier

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On en sait un peu plus sur la double attaque jihadiste du 10 janvier contre les Forces armées maliennes (FAMa) dans le centre du pays. Selon le nouveau bilan officiel, 14 militaires maliens ont perdu la vie et 31 terroristes ont été « neutralisés ». Côté armée régulière, c'est l'un des bilans les plus lourds depuis plusieurs mois.

Avec notre correspondant régional, Serge Daniel 

La première attaque jihadiste a eu lieu dans le centre du Mali, entre les localités de Dia et de Diafarabé. Elle a été suivie d’une seconde attaque, cette fois-ci un peu plus au sud, entre les villes de Koumara et Macina. 

Dans les deux cas, les assaillants sont arrivés sur les lieux en partie à motos. La technique de combat a été la même : pose de mines, suivie d’attaques armées. 

Un des plus lourds bilans pour l’armée régulière depuis plusieurs mois 

Ce jeudi 12 janvier, plusieurs bilans circulent : celui de l’armée malienne parle de 31 terroristes neutralisés, et de 14 morts dans les rangs des Forces armés maliennes. 

C’est l’un des bilans officiels les plus lourds côté armée régulière depuis plusieurs mois. Le communiqué de l’état-major général des armées précise que les soldats gouvernementaux ont vigoureusement réagi face aux terroristes. 

Sur place, des sources rapportent qu’il y a également eu des blessés lors des affrontements. Des témoins interrogés par RFI ont vu, surtout dans la zone où s’est déroulée la seconde attaque, des hélicoptères transporter au moins une quinzaine de militaires blessés.

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