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Côte d’Ivoire : Tidjane Thiam et Alassane Ouattara, le rapprochement continue

Après avoir reçu le feu vert du chef de l’État, le banquier franco-ivoirien s’est rendu à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris afin de lancer les procédures pour l’obtention de son passeport. Explications.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 7 juin 2022 à 18:17

 

Tidjane Thiam, le 2 décembre 2021 dans les studios de RFI. © François Grivelet pour JA

 

Depuis qu’Alassane Ouattara (ADO) et Tidjane Thiam se sont rencontrés, à Bruxelles, en février dernier, en marge du sommet Union africaine-Union européenne, leurs relations se réchauffent. Selon nos informations, à la fin du mois de mai, le président ivoirien et son épouse, Dominique Ouattara, ont reçu à déjeuner, dans leur résidence de Mougins (sud de la France) l’ex-directeur général du Crédit Suisse et sa compagne. Des sujets d’actualité ainsi que des sujets d’ordre plus personnel ont été abordés.

La date du retour fixée

C’est en effet au cours de ce repas, lors d’un aparté avec le président, que le banquier a sollicité un passeport ivoirien. ADO a accepté sa demande et lui a promis de donner des instructions en ce sens à Maurice Bandaman, l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, afin de faciliter les démarches. Car, toujours selon nos sources, Tidjane Thiam a prévu d’aller à Abidjan à la fin de juin. Il devrait y être reçu par le chef de l’État.

À la suite du déjeuner de Mougins, le banquier s’est donc rendu, le 7 juin, à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris, où il a été reçu par Maurice Bandaman.

Si ses rapports avec le président semblent au beau fixe, rien n’augure que Tidjane Thiam se verra proposer une place de choix au sein du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, le parti au pouvoir) : Alassane Ouattara ne lui a fait aucune promesse en ce sens.

En 2020, dans la foulée de la présidentielle, Thiam avait déjà envisagé de rentrer en Côte d’Ivoire. Ses proches avaient spécialement aménagé une villa pour lui dans le quartier huppé de Beverly Hills, à Cocody, où résident entre autres le Premier ministre, Patrick Achi, et le vice-président, Tiémoko Meyliet Koné. Des violences ayant émaillé le scrutin, le banquier avait préféré temporiser.

Si ses relations avec Henri Konan Bédié, le patron du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) sont à nouveau tendues, elles se sont en revanche améliorées avec l’ancien chef de l’État Laurent Gbagbo. Après le coup d’État militaire de décembre 1999 contre le président Bédié – dont il était ministre du Plan et du Développement –, Thiam avait quitté le pays, au début des années 2000, pour mener une carrière à l’étranger. Il n’y est plus revenu depuis, et ce, malgré le décès de son frère, Daouda, en octobre 2018, et celui de sa sœur, N’Deye, en mai 2019.

Côte d’Ivoire : les dessous de la renationalisation de Petroci

Si les gisements pétroliers identifiés en Côte d’Ivoire promettent de nouvelles ressources pour l’État, l’heure est encore aux négociations avec les nombreux partenaires impliqués. Dans ce contexte, la transformation de Petroci en entreprise publique à 100 % est supposée faciliter les choses.

Par  - à Abidjan
Mis à jour le 6 juin 2022 à 11:12
 

 

Plateforme de production gazière et pétrolière Foxtrot, au large d’Abidjan. © Nabil Zorcot

La Société nationale des opérations pétrolières de Côte d’Ivoire (Petroci) entre dans une nouvelle ère. Initialement société à participation financière publique, Petroci est devenue une entreprise publique à 100 %. Un changement intervenu dans un contexte où la société commençait à multiplier les partenariats et censé lui donner les outils nécessaires à son développement. Cette modification de statut permet désormais de protéger la compagnie contre d’éventuelles procédures judiciaires ou arbitrales abusives. Cela empêchera des saisies d’actifs lorsque l’entreprise perdra une action en justice, conformément au traité uniforme de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada), qui régit le climat des affaires dans les pays francophones africains.

Le changement de statut de Petroci était demandé par la direction du groupe, incarnée par son directeur général, Vamissa Bamba, et doit lui donner les coudées franches dans les négociations avec les groupes pétroliers. En particulier avec le groupe italien ENI, l’un des partenaires les plus importants, avec qui les relations sont parfois difficiles. En septembre 2021, c’est le pétrolier italien qui découvrait à Baleine l’un des plus gros gisements pétrolier et gazier du pays. Les premières estimations évoquaient une réserve de 2 milliards de barils de pétrole brut et de 2,4 milliards de pieds cubes de gaz naturel. Pas de quoi faire de la Côte d’Ivoire un géant pétrolier, mais largement suffisant pour approvisionner les centrales électriques du pays en gaz naturel.

Premiers barils dès le premier semestre de 2023

Dans le cadre de son joint-venture avec ENI, Petroci possédait 10 % sur le permis CI-101, sur le site duquel la découverte a été faite. Quelques mois après la mise au jour du site, le 29 décembre 2021, une fois le décret d’autorisation d’exploitation exclusif du gisement signé par le président Alassane Ouattara, Vamissa Bamba écrivait à Sergio Laura, le directeur général de la filiale locale d’ENI, pour négocier une augmentation des parts de l’entreprise publique dans le bloc. Petroci souhaitait porter ses parts à 17 %. Une opération inédite : habituellement, Petroci n’a droit qu’à 15 % sur chaque bloc dont il n’est pas l’opérateur? « C’est une clause prévue par le contrat de partage de production », confie une source au quartier général d’ENI à Milan. Désormais, ENI possède donc 83 % des parts du CI-101, et Petroci a porté ses parts à 17 %.

Le plan de développement du gisement prévoit pour cette année le forage de trois puits, ce qui constitue la première phase. Les premiers barils devraient sortir au premier semestre de 2023 avec une production de 12 000 barils/jour de pétrole brut et de 17,5 millions de pieds cubes/jour de gaz naturel associé. La deuxième phase de développement concernera une soixantaine de puits pour un investissement d’environ 11 milliards de dollars et un débit projeté entre 75 000 et 100 000 barils/jour de pétrole brut et à 140 millions de pieds cubes/jour de gaz naturel. Le gisement est censé tourner à plein régime à partir de 2026, générant des ressources qui alimenteront directement les caisses de l’État.

Cette découverte majeure impacte la nouvelle stratégie globale de Petroci qui, depuis quelques années, avait décidé de se recentrer sur son cœur d’activité : l’exploration et la production. Une décision faisant suite à des tentatives plus anciennes de diversification dans l’amont et l’aval de la filière. Petroci avait scellé un partenariat avec le nigérian MRS pour créer une entreprise commune, Corlay, qui avait repris le réseau de distribution de l’américain Chevron. Cette expérience a tourné court, minée par des divergences entre les partenaires.

Multiplication des partenariats

Dans sa nouvelle stratégie, Petroci multiplie les alliances. L’entreprise a noué un partenariat avec le nigérian Sahara Energy pour créer la société Sapet. Ce joint-venture, détenu à 65 % par Sahara et à 35 % par Petroci, développera et exploitera une sphère de stockage de gaz de pétrole liquéfié d’une capacité annuelle de 12 000 tonnes pour un investissement de 36,6 millions d’euros. L’entreprise a cédé depuis 2018 son réseau de distribution au trader Trafigura à travers la création d’une entreprise commune, Puma Energy Côte d’Ivoire (PECI), dont Petroci détient 20 %. Un an plus tard, la situation financière s’est dégradée, avec des fonds propres négatifs liés aux difficultés commerciales du réseau de distribution des stations-service. L’appel d’offres concernant la cession de son activité gaz est en cours.

Ce recentrage sur son cœur de métier est un virage important pour la compagnie publique. Mais la nouvelle direction envisage de se renforcer dans l’aval, et Petroci prévoit de s’y déployer, avec notamment la construction d’un nouveau quai d’appontement dans le port d’Abidjan pour lequel le financement doit toutefois encore être trouvé. Si l’entreprise a une santé financière relativement saine, avec un chiffre d’affaires de 268,9 milliards de F CFA (409 millions d’euros environ) pour un résultat net de 9,5 milliards de F CFA, les comptes ne sont pas assez solides. Un litige sur le bloc 50, au sultanat d’Oman, lui a ainsi fait perdre 11,9 milliards de F CFA.

Un autre partenariat avec le pétrolier Vitol, portant sur l’exploration du bloc offshore 508, lui a aussi coûté environ 11,4 milliards de F CFA. Ce bloc a finalement été restitué à l’État ivoirien, mais l’ensemble des pertes dans l’exploration était estimé à plus de 50 milliards de F CFA à la fin de 2020. « Nous sommes conscients de cette dépréciation. Nous nous attellerons à consolider les comptes. Nous sommes sur plusieurs blocs pétroliers », confie une source à la direction de Petroci.

Opération Barkhane : partir du Mali pour mieux rester dans le Sahel 

Reportage 

La base aérienne projetée de Niamey est le porte-avions de l’opération Barkhane dans le Sahel. Depuis la capitale du Niger, les Français surveillent l’ensemble du théâtre où ils interviennent, frappent les groupes djihadistes, tout en protégeant le repli des troupes et du matériel du Mali.

  • Laurent Larcher, envoyé spécial à Niamey (Niger), 
Opération Barkhane : partir du Mali pour mieux rester dans le Sahel
 
Un militaire francais dans la salle de commandement de drone Reaper de la base aérienne projetée de Niamey, au Niger, le 6 janvier 2022.RAFAEL YAGHOBZADEH/HANSLUCAS
       

Ils cherchent et frappent l’ennemi dans l’immensité du désert, le regard fixé pendant des heures sur un large écran. Dans ce voyage immobile qui caractérise le pilotage d’un avion à distance, l’équipage d’un drone Reaper engagé dans la guerre menée par la France dans le Sahel vole à 20 000 pieds (6 096 m), ausculte la surface minérale pendant des heures, épie silencieusement les villes et les villages sous l’œil précis des optiques sophistiquées de l’engin autonome. Le voici concentré sur un mouvement suspect, étudiant les habitudes d’une katiba (une unité de combattants djihadistes), analysant ici les images d’un rassemblement, surveillant là un déplacement, se renseignant ailleurs sur un attroupement.

Les quatre pilotes sans nom (tout juste des prénoms) de ce Reaper en vol sont, en quelque sorte, les anges gardiens des convois et des interventions au sol, semant le feu et l’effroi parmi les terroristes. Ils sont enfermés dans des caissons blindés et insonorisés de la base française de Niamey.

Dans la capitale du Niger où près d’un millier de militaires tricolores sont positionnés, le quartier réservé aux drones de la force Barkhane – cinq Reaper achetés aux Américains – ne paie pas de mine. Des hangars, des abris en kit se succèdent et se mélangent derrière des murs de protection et des sacs de sable sous un soleil à la verticale et une température extérieure de 45 °C. Rien n’indique que ce quartier est devenu, au fil des années, le lieu le plus redouté de la lutte anti-djihadiste conduite par Paris dans la bande sahélo-saharienne (BSS). Avec ses Reaper et ses cinq Mirage 2000, la « composante chasse » de Niamey est bien le bouclier et le glaive de Barkhane.

Des dangers qui hantent les militaires

Pressée par l’Élysée de quitter au plus vite le Mali, chassée par Bamako de ce pays qu’elle a libéré en 2013 de l’emprise djihadiste, l’armée française plie bagage en veillant à assurer la sécurité de ses troupes. Ce repli – une simple « réarticulation » dans la langue des communicants – doit s’achever d’ici à la fin du mois d’août.

Le calendrier est très court, les militaires le savent mais ne le disent pas. Du moins, pas publiquement : « Nous aurions préféré plus de temps, une planification moins serrée. Mais le politique fixe les objectifs, nous nous mettons en ordre pour les atteindre », confie un officier supérieur dans la base française.

Or, rien de plus vulnérable et de plus exposé pour une armée que de se retirer, qui plus est dans un environnement aussi hostile que le Sahel, où les distances sont considérables, le climat impitoyable, le soutien de la population aléatoire et les groupes armés déterminés. Ces derniers, eux, sont parfaitement adaptés à cet environnement exigeant.

La liste des dangers encourus par les Français lors de cette « réarticulation » ne cesse de hanter les militaires de la BSS : explosifs disséminés le long des voies empruntées par les convois, embuscades préparées ou opportunes, instrumentalisation de la foule pour pousser les Français à la faute. Comme à Tera (dans le sud-ouest du Niger), en novembre 2021.

« C’est un épisode sensible », convient un militaire : une manifestation organisée pour s’opposer au passage d’un convoi de Barkhane a conduit les soldats français à ouvrir le feu. Bilan : trois Nigériens tués, des dizaines de blessés. Des tirs de sommation qui ont ricoché ? Des tirs directs ? La tragédie de Tera n’a pas fini d’empoisonner la présence française au Niger, où exceptionnellement, aucun drapeau tricolore ne flotte sur les emprises militaires de Barkhane.

Ses soldats doivent-ils craindre d’autres épisodes de ce type ? Plus d’une quarantaine de convois sont prévus pour acheminer à Niamey le matériel issu des deux dernières bases françaises au Mali, à Gao et Ménaka. Les plus importants convois comptent jusqu’à cent véhicules : un tiers assurant la protection et deux tiers le fret des marchandises.

Le Tchad, un pilier qui s’effrite

Depuis leur engagement en 2013, jamais les Français n’ont été dans une position aussi délicate et explosive dans cette région en pleine mutation. Leur divorce d’avec Bamako en annonce-t-il d’autres ? Tout le monde y pense, beaucoup le craignent au sein de l’opération Barkhane. Les manifestations antifrançaises ne cessent de se multiplier dans le Sahel jusqu’au Tchad, le pilier historique sur lequel repose sa présence militaire.

Or, la base de ce pilier s’effrite elle-même depuis la mort d’Idriss Déby, l’homme que Paris a contribué à installer au pouvoir en 1990, tué sur le front en avril 2021. Elle vacille sous les coups répétés des mercenaires de la société russe Wagner, dont l’un des objectifs est de chasser la France de ce qui lui reste de son ancien « pré carré africain ».

Éviter un effet Saïgon et Kaboul

Les forces tricolores sont contraintes de s’adapter à la nouvelle donne géopolitique du Sahel avec un méta-objectif fixé par l’Élysée, jamais dit mais toujours présent à l’esprit : tout faire pour éviter l’effet Saïgon et, depuis le 15 août 2021, l’effet Kaboul. Autrement dit, pas de retrait catastrophique, comme ceux de l’armée américaine du Vietnam dans les années 1970 et, plus récemment, d’Afghanistan.

À bien écouter l’exécutif français, il n’envisage pas de quitter militairement le Sahel. Et encore moins l’Afrique de l’Ouest dans ce moment où la région paraît rongée par l’hydre djihadiste et mafieuse (narcotrafiquants, commerce illégal, trafic des humains). La doxa gaullienne est toujours en vigueur à l’Élysée : sans l’Afrique, la France perdrait son rang sur la scène internationale.

Rester donc, mais comment ? « Les gens n’imaginent pas à quel point nous avons l’intention de changer notre façon de faire, répond le général Laurent Michon, le commandant de Barkhane de passage à Niamey. Nous nous mettons en position de soutenir les différentes capitales africaines qui le souhaitent à travers la coopération et la formation, en y engageant 2 500 hommes.Et nous ouvrons la porte à tous les pays européens qui souhaitent s’engager dans ce soutien» Autrement dit, il ne s’agit plus d’être le fer de lance ni la tête de pont de la lutte anti-djihadiste, mais d’être, à l’image des Reaper pour Barkhane, les anges gardiens des forces africaines.

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94 sorties de drones Reaper en mai

La base aérienne projetée de l’opération Barkhane est située depuis 2013 à l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, la capitale du Niger.

Les drones Reaper de la force Barkhane sont armés depuis 2019.

Pour le seul mois mai 2022, le détachement Reaper de la base de Niamey a assuré 94 sorties. Les avions de chasse ont effectué 110 sorties, et le détachement d’avions ravitailleurs et de transport, 316 sorties.

Lors de la dernière semaine de mai, les soldats de Barkhane ont tué une dizaine de djihadistes.

Côte d’Ivoire : Fidèle Sarassoro, l’homme de confiance du président

Directeur de cabinet du président Alassane Ouattara depuis cinq ans, Fidèle Sarassoro est une pièce centrale du dispositif présidentiel. Ce technocrate à la longue carrière onusienne, élu député en 2021 dans le nord du pays, est maintenant cité comme un potentiel successeur au chef de l’État.

Par  - à Abidjan
Mis à jour le 2 juin 2022 à 14:55

 

Fidèle Sarassoro, directeur de cabinet du président Alassane Ouattara, le 16 février 2022. © LUDOVIC MARIN/AFP

 

Dans le mécanisme présidentiel ivoirien, il est un rouage central et essentiel. On le sait influent, il est aussi connu pour sa discrétion et son flegme. « Il n’a rien d’exubérant », résume un observateur politique. Fidèle Sarassoro, 62 ans, occupe depuis janvier 2017 le poste de directeur de cabinet d’Alassane Ouattara après avoir été pendant près de deux ans son conseiller spécial et chef de cabinet chargé de l’agenda présidentiel. « À ce degré de responsabilité, la discrétion est un critère important, voire une grande qualité », note un proche.

Lui le technocrate, l’homme de dossiers élevé au rang de ministre qui, dans une première vie a occupé de hautes fonctions à l’ONU, a aussi récemment endossé les habits d’élu de terrain, poussé dans ce sens par plusieurs cadres du nord du RHDP, le parti présidentiel, et encouragé par le chef de l’État. Chez lui, dans la région du Poro, à la frontière avec le Burkina Faso, il a été très confortablement élu député de la circonscription de Sinématiali lors des législatives de mars 2021, avec un score sans appel : plus de 99% des suffrages exprimés.

Une victoire facilitée par le retrait à son profit du député RHDP sortant, Souleymane Dogoni. « Avant d’être député, il faisait déjà beaucoup pour sa région natale. Il le fait désormais de manière officielle », estime une personnalité du Poro. Doyen des cadres de la région, son père, Hyacinthe Sarassoro, est une figure politique et intellectuelle majeure de Côte d’Ivoire, membre-fondateur du RDR et professeur de droit reconnu, qu’Alassane Ouattara avait nommé conseiller au Conseil constitutionnel en 2011, pour une durée de six ans.

« Une confiance absolue »

À cette époque, Fidèle Sarassoro est en mission en RDC, où il a été nommé représentant spécial adjoint des Nations unies. Alassane Ouattara a suivi la carrière de ce brillant étudiant, titulaire d’un doctorat en économie d’une université américaine et d’une licence en sciences économiques obtenue à Abidjan, qui avant la RDC était en poste en Éthiopie et au Togo comme coordonnateur résident de l’ONU et représentant de son programme de développement, le PNUD. « Déjà, à l’époque de la RDC, les deux hommes étaient en contact. Alassane Ouattara avait conscience de son très haut niveau de compétences, de la valeur de son expérience à l’ONU sur des terrains compliqués. Il appréciait son profil de pur technocrate, apolitique », explique une source.

Le chef de l’État lui propose de le rejoindre. Il lui confie la supervision de l’Autorité pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration (ADDR) des ex-combattants de la crise politico-militaire. Une mission risquée : en juillet 2013, il réchappe à une attaque à main armée visant son convoi, entre les villes de Ferkessédougou et de Kong, pendant laquelle un des gendarmes de sa garde sera tué. Sa mission, achevée en 2015, sera globalement saluée. Cependant, la persistance de la circulation de milliers d’armes dans le pays, acquises du temps de la rébellion, et la découverte de plusieurs caches les années suivantes viendront ternir ce bilan.  « Il a accompli un travail remarquable, estime malgré tout un proche du chef de l’État. C’est quelqu’un de très apprécié. La confiance que lui accorde Alassane Ouattara est absolue. »

Cette confiance lui vaut de cumuler sa fonction de directeur de cabinet avec celle de secrétaire exécutif du Conseil national de sécurité (CNS). Pendant la crise sanitaire, c’est à Fidèle Sarassoro qu’Alassane Ouattara confie l’exécution de son plan de riposte après s’être agacé de lenteurs dans différents ministères. Ces derniers auront ordre de transférer tous les contrats et commandes liés au Covid-19 au CNS. En étroite collaboration avec le ministre de la Défense et frère du président Téné Birahima Ouattara, Fidèle Sarassoro s’attèle aussi à la gestion du dossier sensible de la lutte contre le terrorisme.

Sur le terrain

Fin février, le néo-député a rejoint le directoire du RHDP, en septième position dans l’ordre protocolaire, lui qui jusque-là n’apparaissait nulle part dans l’organigramme du parti présidentiel. Il lui arrive d’échanger quelques balles de tennis avec le secrétaire exécutif de la formation, Adama Bictogo. Son nom avait un temps circulé pour occuper la vice-présidence. Alassane Ouattara a finalement choisi d’y placer Tiémoko Meyliet Koné, dont le profil n’est pas sans rappeler celui de Fidèle Sarassoro. Comme lui, il est originaire du Nord sénoufo (Ferkessédougou), jouit d’une solide formation d’économiste, présente un profil de technocrate et une réputation d’homme discret. Seule différence notable : les dix années qui les séparent. Tiémoko Meyliet Koné a 72 ans. Depuis le décès de l’ancien Premier ministre Amadou Gon Coulibaly en juillet 2020, originaire de Korhogo, le président ne cache pas son désir de faire émerger de nouvelles personnalités politiques issues du septentrion.

Depuis son élection, Fidèle Sarassoro multiplie les déplacements dans sa circonscription et affiche ses ambitions pour Sinématiali, qu’il promet à ses habitants de développer pour en faire « un centre de développement agricole, un centre culturel, un centre de formation et surtout un centre numérique ». Fin mai, il a parrainé l’un des événements culturels les plus importants de la région voisine du Tchologo. Après trois mois passés dans les bois sacrés, les jeunes hommes des villages retrouvent leurs foyers. La fin d’un parcours initiatique ancestral qui donne lieu à deux journées de festivités, en présence d’autorités locales et nationales. L’occasion, pour le parrain de cette édition 2022, d’une plaidoirie en faveur de la préservation et la promotion de la culture. « L’initiation nous apprend entre autres la discipline, l’honnêteté, la rigueur, les valeurs du travail bien fait, l’humilité et la solidarité », a-t-il lancé aux jeunes « initiés », comme un écho à son propre parcours.

Si son nom revient comme celui d’un potentiel successeur à Alassane Ouattara, à trois ans d’un nouveau scrutin présidentiel, rien n’est fait. « Ce que l’on peut dire pour le moment, c’est que c’est un cadre dynamique du Nord. L’avenir nous le dira », tempère un haut cadre. « Évidemment, le fait qu’il devienne député n’est pas anecdotique. Cela veut dire quelque chose. Mais quoi, et surtout quand ? », s’interroge un autre. Avant de faire remarquer : « la politique s’apprend en la pratiquant. Regardez Alassane Ouattara. »

À la Une: le Mali, un an après la prise de pouvoir d’Assimi Goïta

 

« Que retenir d’un an de gestion ? », s’interroge L’Alternance à Bamako. « Le Mali a célébré, mardi dernier, le premier anniversaire de la mise à l’écart de la première équipe de la transition dirigée par le président Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane. »

Eh bien un an après, tout va bien, estime le journal malien : « le colonel Assimi Goïta a marqué des points, malgré des conditions difficiles antérieures à son accession à Koulouba. (…) Il a consacré la libération du Mali vis-à-vis de la domination impérialiste. Il a fait de l’équipement de l’Armée une priorité. Il a œuvré pour la cohésion sociale et la paix en organisant les Assises Nationales de la Refondation. (…) En un an seulement, le bilan des colonels est satisfaisant, affirme encore L’Alternance, et il sera plus glorieux quand ils auront plus de temps. »

L’armée malienne au top ?

L’Aube, toujours à Bamako, insiste sur « la montée en puissance de l’armée malienne » : « Dans le domaine de la défense et de la sécurité, les nouvelles autorités se sont fixées pour objectifs fondamentaux la reconquête du territoire national avec l’intensification des opérations miliaires, notamment au centre du pays. L’équipement de l’armée, par la diversification du partenariat entre le Mali et d’autres pays, particulièrement la Russie, le recrutement massif au sein des différents corps, l’amélioration des conditions des hommes… ce sont là les priorités des nouvelles autorités. Objectif : reconquérir le territoire national et sécuriser les populations. »

Quelques ratés ?

Le Témoin , autre publication malienne, se permet quelques nuances… Si on note « une amélioration évidente au plan sécuritaire, due au changement drastique d’orientation en matière de coopération militaire, reste que bon nombre d’incertitudes demeurent, relève le journal malien. La lutte implacable contre la corruption et le népotisme du début du règne d’Assimi Goïta s’est décrédibilisée par la colonelisation à grande échelle de l’administration, les scandales liés à l’attribution des logements sociaux et de certains recrutements, etc. A ces déconvenues, poursuit Le Témoin, s’ajoutent celles en rapport avec la violation de la charte de la transition ainsi des procédures judiciaires controversées, notamment le cas très parlant de l’ex-feu Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga. Toutes choses qui prouvent que les questions de justice et d’équité sociale, de conformité à la légalité, de lutte contre la corruption, entre autres, ne viendront pas d’un coup de baguette magique ou par des discours démagogues et populistes mais plutôt par une sincère conjonction d’efforts entre gouvernants et gouvernés pour l’intérêt suprême de la patrie. »

Propagande ?

Voilà pour la presse malienne. Un discours de propagande ? Oui, largement, répond Le Pays au Burkina Faso.

« Toutes les voix discordantes ont été étouffées aujourd’hui à Bamako », affirme le quotidien burkinabé. Toutes, sauf une, peut-être, celle de l’imam Dicko : récemment, rapporte Le Pays, « le leader religieux n’a pas eu besoin de porter des gants pour qualifier publiquement d’ 'arrogantes' les autorités de la transition. Embouchant la même trompette, l’un de ses proches a martelé ceci : 'Nous avons constaté, ces derniers temps, l’installation d’une atmosphère défavorable à la liberté d’expression'. Il n’en fallait pas plus pour que les activistes aux ordres de la junte leur tombent dessus à bras raccourcis. Sur la toile en effet, le guide religieux a été traité de tous les noms d’oiseaux. »

Par ailleurs, les succès militaires annoncés par Bamako sont à relativiser… Plus de 800 cas de violations et atteintes aux droits de l’homme et au droit international humanitaire ont été recensées lors des trois premiers mois de cette année, selon un dernier rapport de la mission des Nations unies au Mali. C’est ce que détaille WakatSéra. Et le site burkinabé constate que l’armée malienne est particulièrement pointée du doigt.

Objectif : se maintenir au pouvoir ?

Enfin, ce point de vue de l’écrivain guinéen Tierno Monénembo publié dans Le Point Afrique : il met dans le même sac les dirigeants en treillis du Mali, de la Guinée et du Burkina Faso… « Tout comme leurs prédécesseurs, ces putschistes ne visent qu’un seul but, écrit-il : régner le plus longtemps possible et dans les conditions les plus opaques. Je crains que nous ne soyons devant des dictatures militaires en gestation, s’exclame encore Tierno Monénembo, et qui, devenues bientôt pures et dures, feront encore pire que Bokassa et Mobutu réunis. D’évidence, ces gens ne sont pas pressés d’organiser des élections et aucun des arguments qu’ils soulèvent ne réussira à convaincre. »