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Afrique-France : chronique d’un sommet, par Achille Mbembe

Mis à jour le 31 octobre 2021 à 17:09
 
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Par Achille Mbembe

Historien et politologue camerounais.

 


Achille Mbembe, Élisabeth Moreno et Emmanuel Macron écoutent l’intervention de la Kényane Adelle Onyango, créatrice de podcast, durant le sommet de Montpellier, le 8 octobre 2021. © LUDOVIC MARIN/AFP


Chargé par Emmanuel Macron de mener une série de dialogues à travers le continent et d’élaborer des propositions en vue du sommet Afrique-France de Montpellier du 8 octobre, l’historien camerounais analyse le chemin parcouru. Et règle quelques comptes au passage.

Le Nouveau sommet Afrique-France a finalement eu lieu. Beaucoup d’entre nous y avons pris part. Plusieurs milliers d’autres ont été impliqués, à un moment ou à un autre, dans le processus qui y a mené. Dans l’histoire des relations entre l’Afrique et la France, aucun autre sommet n’aura privilégié une démarche aussi participative et sollicité un nombre aussi remarquable de voix et de regards. Aucun, sans doute, n’aura suscité autant d’engouement ou de passions, aussi bien en Afrique que dans le reste du monde. La raison en est simple. Quelque chose est bel et bien en train de bouger. Une bonne partie de l’histoire des relations entre l’Afrique, la France et le monde reste à écrire et aveugles sont ceux et celles qui, rivés à leurs préjugés, ne s’en aperçoivent point.

 Obsession malsaine

Les griefs portés contre la France et ses actions en Afrique sont connus depuis fort longtemps. Il n’y a, sur ce plan, aucun mystère. Très peu de connaissances neuves ayant été engrangées au cours des dernières décennies, le militantisme anti-français aussi bien continental qu’hexagonal repose sur un stock de savoirs périmés, alors même que la réalité sur le terrain n’a eu cesse de se métamorphoser. À titre d’exemple, les plus grands partenaires commerciaux de la France en Afrique subsaharienne ne sont pas des États francophones, mais l’Afrique du Sud, l’Angola et le Nigeria. Alors qu’en Afrique francophone la France continue de faire l’objet d’une obsession parfois malsaine, l’intérêt pour l’Afrique dans les grands milieux français ne cesse de diminuer, lorsqu’il ne se mue pas en une indifférence pure et simple.

La pauvreté du débat intellectuel sur les relations entre la France et l’Afrique n’est pas seulement criante  dans les milieux militants. Elle caractérise aussi les contributions de nombre de commentateurs, voire de maints universitaires plus à l’aise lorsqu’il s’agit de répéter de recycler de vieux schémas de pensée que lorsqu’il faut entreprendre des enquêtes rigoureuses et documentées. D’où des affirmations péremptoires mais surannées, et le recours à l’imprécation et à l’anathème là ou l’on aurait plutôt besoin d’analyses pointues.

J’avais mis en place un comité composé de figures internationales indépendantes, dont la réputation ne souffrait d’aucune contestation. Ensemble, nous voulions que les débats débouchent surtout sur des propositions. Dans l’atonie générale et le cynisme ambiant, c’est en effet ce qui manque le plus. Les réflexions collectives menées au cours de ces débats ont servi de point de départ au rapport que j’ai rédigé et qui a été formellement remis au président Emmanuel Macron à l’Elysée. Mais cette réflexion collective a aussi été à la base de treize propositions dont certaines feront bientôt l’objet d’une mies en œuvre.

Brisés par le poids de l’histoire

À Montpellier, Emmanuel Macron a pu débattre de tous les sujets qui fâchent avec onze jeunes « pépites » que l’on avait  sélectionnées. Pour la toute première fois dans l’histoire des relations entre l’Afrique et la France, des questions telles que le Franc CFA, les bases militaires, les interventions armées, les effets nocifs du colonialisme ont été abordées publiquement, dans une enceinte officielle, du point de vue de nombreux Africains et pas derrière des barricades ou d’autres tiers-lieux. Si, lors de cette joute, une place de choix semble avoir été accordée au passé, il ne s’agissait cependant pas d’une catharsis. L’abcès devait être crevé afin que l’on puisse passer à autre chose, et de nouvelles perspectives  avaient été tracées lors des panels de la matinée. Pour ce qui me concerne, cette voix libre, cette parole sans compromission et empreinte de dignité des jeunes générations vaut son pesant d’or.

PARFOIS, J’AI ÉPROUVÉ DE LA NAUSÉE. J’AI PU CONSTATER À QUEL POINT LES LÉSIONS COLONIALES PEUVENT SE TRANSMETTRE DE GÉNÉRATION EN GÉNÉRATION

Au cours des huit derniers mois, j’ai consacré l’essentiel de mon temps à écouter toutes sortes d’histoires. Je n’ai jamais autant écouté de ma vie. J’ai pris connaissance de toutes sortes de documents et ai rencontré toutes sortes de gens. Certains ne croient en rien, pas même en eux-mêmes. D’autres n’ont aucune conscience concrète du monde. D’autres encore vivent sur un stock de réponses toutes faites à des questions d’un autre âge, qui ne se posent plus.

Parfois, j’ai éprouvé de la nausée. J’ai pu constater à quel point les lésions coloniales peuvent se transmettre de génération en génération. Pour de nombreux Africains brisés par le poids de l’histoire, la France est en effet devenue l’équivalent d’un membre  fantôme. Parfois, bruyamment, ils prétendent vouloir s’en débarrasser, souvent à coup de jurons. Mais, moignons vivants au souvenir de la mutilation, ont-ils seulement mesuré la profondeur de l’attachement qu’ils ont pour leur leur prétendu bourreau ? L’oppression ne s’est pas seulement jouée sur la scène matérielle. Longtemps après la colonie, elle continue de ronger l’imaginaire.

Légataire d’Emmanuel Macron

À cet égard, que n’ai-je pas vu, lu ou entendu ? Un tel ou un tel passe toute la journée à dénoncer l’impérialisme français et ses « laquais » sur les réseaux sociaux. La nuit tombée, à la manière des Pharisiens de l’Évangile, le même vient me demander en catimini si je ne peux pas lui obtenir un carton d’invitation pour Montpellier. Combien de fois n’ai-je été pris pour un légataire d’Emmanuel Macron ? Je ne compte plus le nombre de lettres reçues de plus d’un « panafricaniste » m’implorant d’intercéder auprès de lui pour telle ou telle faveur, en général une carte de séjour dans l’Hexagone.

D’autres requêtes, plus sérieuses, me sont parvenues. Là où cela était possible, je les ai transmises à qui de droit. La plupart étaient typiques de la misère des temps que nous vivons.  Certaines autres portaient sur la violation des droits humains dans des pays spécifiques. Des interactions avec des Africains ont démontré deux ou trois choses. D’abord,  nombreux, en effet, sont ceux qui qui n’ont jamais cru en eux-mêmes. Ils ont délégué leur vie à d’autres, et ils s’attendent à ce que ces derniers agissent à leur place. D’autres vivent dans la peur de se prendre en charge ou d’être manipulés. Ou encore sont en quête de boucs émissaires. Pour d’autres aussi, l’histoire elle-même n’est qu’un interminable procès en sorcellerie. Ceux-là voient en la France l’ennemi principal du continent. Quitte à tomber entre les mains d’autres prédateurs plus ou moins crapuleux, ils veulent  la chasser de l’Afrique. Ils estiment qu’elle est la principale responsable de leurs malheurs et de leurs échecs. Ils forment la phalange avancée du nouveau lumpen-radicalisme africain.

D’autres, et parfois les mêmes, sont déçus par elle et n’en attendent plus rien. Ils lui ont effectivement tourné le dos. Ils regardent ailleurs, du côté des Russes, des Chinois, des Turcs, peu importe, pourvu que ce ne soit pas la France. Certains encore sont sceptiques. Ils exigent des preuves, font de la résistance passive et, souvent, les bras croisés, ils attendent que d’autres fassent le « sale boulot » à leur place. Quelques autres, enfin, qui profitent du statu quo, ne voient pas pourquoi les choses devraient changer.

À la conquête du monde

Mais j’ai aussi fait la rencontre d’individus brillants, animés par le désir de changer le cours des choses, et prêts à mettre leur intelligence au service d’une cause heureuse. On les trouve à peu près partout. Ils agissent dans les interstices de la société. J’ai rencontré des milliers de professionnels. Ils travaillent dans des multinationales, dans des banques, dans diverses industries, dans les médias et la communication, dans le monde des assurances… Ils sont impliqués dans toutes sortes de luttes nouvelles, qu’il s’agisse de l’environnement, de la biodiversité ou du climat. Présents dans la création générale, le numérique et autres technologies neuves, ils sont prêts à aller à la conquête du monde.

 

Macron

 

Emmanuel Macron en pleine discussion avec des participants du sommet de Montpellier, le 8 octobre 2021. © LUDOVIC MARIN/AFP

 

La plupart de ceux et celles qui ont participé au cycle de débats que j’ai animé veulent travailler avec la France. Ils veulent le faire dans la clarté, sans compromission, et sur des bases entièrement nouvelles, qu’ils veulent renégocier.  Le Nouveau Sommet était, de ce point de vue, une expérimentation. Ce type de travail à la fois culturel, politique et intellectuel à l’intérieur des institutions est incontournable. Cela n’exclut d’ailleurs pas d’autres formes de mobilisation, peut-être plus bruyantes, plus carrées, en apparence plus intransigeantes. Tout dépend des résultats.

Souverainisme échevelé

Ayant choisi de tester les choses de l’intérieur, je peux aujourd’hui affirmer qu’il est en effet possible de changer de paradigme, à condition de savoir comment s’y prendre. Dans le combat pour que l’Afrique se mette debout et marche sur ses propres jambes, il y a de la place pour tous. Chacun y va avec ses croyances, son tempérament, ses horizons. Le mien, et celui de beaucoup d’entre nous, c’est de bâtir un monde commun à un moment où la planète devient si petite. Pour y arriver, il faut créer un nouveau bloc historique, construire d’autres types de coalitions, mais aussi changer nos grilles de lecture et d’interprétation. Le souverainisme échevelé, je n’y crois pas du tout. Il y a des choses que l’Afrique devra régler toute seule, d’autres qu’elle ne pourra régler qu’en dialoguant avec le monde. Cela vaut d’ailleurs, désormais, pour tous.

Emmanuel Macron cherche à transformer les rapports que la France entretient avec l’Afrique. Il sait que le cycle de la « Francafrique » est arrivé à son terme. À la place, il veut inventer autre chose. Il est en effet temps de passer à autre chose. Ce passage, il faut l’effectuer ensemble, sinon nous ne réussirons pas. S’agissant de l’Afrique et de la France, c’est le pari que la plupart d’entre nous faisons. Rien n’en garantit la réussite. Mais rien ne dit non plus qu’il échouera. D’autres font un pari différent. Ou alors ils préfèrent ne prendre aucun risque. Ils attendent sagement de voir de quel cote tombera le dé.

LA LIQUIDATION DE LA  FRANÇAFRIQUE AUJOURD’HUI NE SE FERA PAS AVEC LES VIEUX OUTILS INTELLECTUELS D’AUTREFOIS.

Je crois qu’à Montpellier, nous avons commencé à briser le moule. Mais c’est le veau d’or lui-même qu’il faut détruire, et cela requiert un énorme travail qui s’étalera sur au moins une ou deux générations. Pour l’accomplir, les incantations ne suffiront pas. Plusieurs d’entre nous ont lu et étudié Cheikh Anta Diop, Nkrumah, Fanon, Césaire, Cabral, Sankara et d’autres. Nous n’avons pas besoin de les psalmodier. Nous avons besoin d’une véritable théorie de la liquidation. La liquidation de la Françafrique aujourd’hui ne se fera pas avec les vieux outils intellectuels d’autrefois.

 

Défis d’avenir

L’un des objectifs du Nouveau sommet était d’obtenir de la France un positionnement clair sur des questions cruciales et sur un certain nombre de défis d’avenir. Nous voulions qu’elle se situe sans ambiguïté du côté de la démocratie. Un Fonds de soutien à l’innovation et à la démocratie va être mis sur pied. La démocratie et l’innovation sont, comme la biodiversité, l’une des conditions de notre durabilité sociale et écologique. La tyrannie aura agi en Afrique à la manière du réchauffement climatique. Elle aura détruit les conditions mêmes d’existence. Nous disposons de sociétés flexibles, culturellement ouvertes, capables de résilience et d’adaptation et portées vers l’innovation. Mais nous souffrons de systèmes clos et immobiles. Et c’est ce déséquilibre qu’il faut corriger. Aujourd’hui, l’écart entre la créativité de nos sociétés et l’enkystement des institutions et modes de gouvernement n’est plus soutenable. C’est à cette inadéquation qu’il faut mettre un terme. Le Fonds sera l’un des outils à cette fin.

Face à la montée des périls identitaires et du racisme dans le monde, nous voulions que la France s’engage, sans équivoque, à reconnaître sa part africaine, la part du génie africain dans la formation de l’idée française. Une Maison de l’Afrique et des diasporas sera construite, non pas en banlieue, mais en plein cœur de la capitale. Nous voulions que certaines pratiques héritées du passé cessent. Emmanuel Macron a reconnu publiquement que l’armée française n’a pas vocation à rester en Afrique. Ceux des États qui le souhaitent peuvent par conséquent ouvrir avec la France des négociations qui permettraient de réimaginer d’autres formes de coopération sur le plan militaire parce que nous en avons besoin.

LA FRANCE A SOUTENU DES RÉGIMES DICTATORIAUX SUR LE CONTINENT. ELLE DOIT MAINTENANT APPORTER SA MODESTE CONTRIBUTION À LA DÉCONSTRUCTION DE LA TYRANNIE

Cela pourrait déboucher, par exemple, sur le soutien aux mécanismes régionaux et africains de sécurité collective ou sur l’accroissement du soutien aux capacités opérationnelles de forces africaines éventuelles. La même chose peut être envisagée du point de vue de la politique de coopération monétaire. Le Franc CFA n’a en effet plus d’avenir en Afrique. Il s’agit d’une monnaie qui porte désormais le masque du mort. Le moment est propice pour une floraison d’idées et de propositions. Mais comme on le sait, la critique vaine est parfois plus facile que la capacité à articuler des propositions.

Pendant très longtemps, la France a soutenu des régimes dictatoriaux chez nous. Ils ont fini par détruire les moyens d’existence de millions de personnes. Elle doit maintenant apporter sa modeste contribution à la déconstruction de la tyrannie sur notre continent. C’est l’une des conditions pour renouer avec elle un dialogue fructueux et changer la nature de nos relations communes. Cela dit, nul n’installera la démocratie en Afrique à la place des Africains. Mais il est de la responsabilité morale de l’ensemble de l’humanité de veiller à ce que les droits de tous les vivants sur cette planète soient garantis. Et la France, et nos pays doivent payer leur part de cette dette mutuelle à notre existence collective, humains et non-humains.

 

« J’assume » de Béchir Ben Yahmed : Bourguiba, Lumumba, Che Guevara… Les Mémoires du fondateur de Jeune Afrique

Mis à jour le 31 octobre 2021 à 16:58


Béchir Ben Yahmed entouré de Habib Bourguiba et Mohamed Masmoudi à Tunis, en 1955. © Archives Jeune Afrique

Dans ses Mémoires, qui paraissent le 3 novembre aux éditions du Rocher, le fondateur de « Jeune Afrique » nous fait revivre des épisodes centraux de l’histoire africaine et explique les positions qu’il a prises et a fait prendre à Jeune Afrique. Un livre empreint d’une forte charge émotionnelle pour la journaliste et historienne franco-tunisienne Sophie Bessis.

Cet homme avait le journalisme dans la peau. Dans les Mémoires que Béchir Ben Yahmed nous a heureusement laissés en héritage, chaque chapitre est ciselé comme un article, concis et allant à l’essentiel, et pratiquement chacun d’eux peut se lire indépendamment de celui qui le précède ou le suit. Cependant, ces 500 pages ont la cohérence d’une vie passée au service de quelques causes et d’un journal, sa création, son enfant, qu’il a mené dans toutes les aventures de son époque et sauvé plus d’une fois des dangers qui le menaçaient.

BBY, comme tout le monde l’appelait au journal, et son itinéraire sont un cas unique dans l’histoire de l’Afrique au XXe siècle. Voilà en effet un personnage, car il en était un, qui a pensé très tôt, très jeune, l’Afrique comme un tout et n’a cessé de vouloir jeter des ponts entre le nord et le sud du Sahara, que tant de commentateurs présentent comme une frontière infranchissable entre deux mondes que rien ne réunit.

Double combat

Lui, ce Tunisien issu d’une région et d’une culture où les populations noires souffrent toujours d’un racisme aux racines profondes, a cru en un continent dont il voulait contribuer à réunir les parties pour mener le double combat de la libération et du développement. Il a donné à cette conviction un outil résolument panafricain, l’hebdomadaire Jeune Afrique.

Cette passion pour son continent, et c’est par une déclaration d’amour que se termine cet ouvrage souvent empreint d’une forte charge émotionnelle que ne laissait guère paraître son auteur, il la doit peut-être au lieu de sa naissance. L’île de Djerba, où il a vu le jour en 1928, est à la fois berbère et arabe, musulmane et juive, méditerranéenne et africaine, et Béchir Ben Yahmed a grandi au sein de cette pluralité où, si les relations entre populations de couleurs ou de confessions différentes n’étaient pas toujours idylliques, elles reflétaient un certain art de vivre ensemble que l’enfant devenu adulte a essayé sa vie durant de mettre concrètement en pratique.

SES ANECDOTES SUR LES DESSOUS DES NÉGOCIATIONS FRANCO-TUNISIENNES D’INDÉPENDANCE SONT AUTANT DE MORCEAUX D’ANTHOLOGIE

Djerba est une île désertique, splendide et pauvre, où l’agriculture incertaine ne nourrit guère ses habitants, qui excellent en revanche dans le commerce et ont essaimé dans tout le pays, et même à l’étranger, pour tenir des boutiques où l’on trouve de tout à l’heure que l’on veut. En arabe dialectal tunisien, djerbien et épicier sont quasiment synonymes, et le destin de tout Djerbien digne de ce nom est de faire de l’épicerie son métier. Gamin, Ben Yahmed en était convaincu et c’est probablement de cette origine que lui est venu un sens des affaires qui ne s’est jamais démenti.

Mais, pour lui, le destin en a décidé autrement, et, l’aisance financière de sa famille aidant, il a fait de belles études en France, la métropole d’alors, études commerciales quand même puisqu’il est diplômé de HEC.

Pages savoureuses

Au début des années 1950, la lutte tunisienne de libération nationale entre dans sa phase finale et la capitale française voit aller et venir plusieurs de ses hauts responsables. Ben Yahmed avait déjà côtoyé au collège Sadiki quelques figures de ce combat. À Paris, il se met d’emblée au service de ses chefs. Et voilà ce jeune homme à peine entré en politique propulsé au sommet, devenant le chauffeur attitré et, par voie de conséquence, le confident de Bourguiba, qui le traite rapidement comme son fils. Cette période nous vaut quelques-unes des pages les plus savoureuses des Mémoires, dans lesquels pullulent les anecdotes sur les dessous des négociations franco-tunisiennes d’autonomie puis d’indépendance et des portraits de leurs protagonistes qui sont autant de morceaux d’anthologie.

Tout laissait à penser que ce débutant talentueux ferait de la politique son métier. D’autant que Bourguiba en fait son plus jeune ministre dans le premier gouvernement de la Tunisie indépendante et que Ben Yahmed voue une admiration sans bornes au « Combattant suprême », devenu pour le meilleur un chef d’État moderniste et visionnaire. Et pour le pire ? BBY est resté d’une certaine manière toute sa vie un « bourguibiste » déclaré. J’ai eu maintes fois l’occasion de le vérifier lors de nos longs échanges sur l’histoire contemporaine de la Tunisie. Mais il a rapidement compris la dimension autocratique de son mentor, qui se mue vite en président autoritaire, ne supportant ni critique ni contestation.

SON « CE QUE JE CROIS » EST ATTENDU DANS LES CAPITALES COMME L’ORACLE DE LA SEMAINE

Et puis, tout en aimant son pays et en aspirant à le servir, BBY voit plus loin. C’est le journalisme qui l’attire – une manière, en somme, de faire de la politique autrement. Jeune Afrique est créé en 1961, mais c’est dès 1955 qu’il s’est lancé dans l’aventure, avec L’Action d’abord, puis Afrique Action. Après quelques années romaines, l’hebdomadaire s’installe à Paris en 1964. Il devient dès lors le journal de référence de toute l’Afrique francophone, adulé, craint, décrié – souvent à tort et parfois à raison –, passionnément commenté par ses partisans comme par ses ennemis. Le « Ce que je crois » de son directeur, c’est ainsi que s’appelle l’éditorial, est attendu dans les capitales comme l’oracle de la semaine. JA est partout, suscite de folles admirations et des haines tenaces, mais tient debout.

Mêlée au récit pudique des moments importants de sa vie personnelle, comme sa rencontre avec Danielle, qui deviendra sa femme, c’est cette saga que nous conte Ben Yahmed, ses moments de gloire et ses moments les plus difficiles, ceux où Jeune Afrique était au bord du gouffre.

Farhat Hached, Lumumba, Che Guevara

Au fil des pages, surtout, il explique le pourquoi des positions qu’il a prises et a fait prendre à son journal, et livre le récit de ses rencontres avec des personnages célèbres, de Che Guevara à Hô Chi Minh et tant d’autres. Il n’a pleuré qu’à la mort de trois d’entre eux : Farhat Hached, le leader syndicaliste tunisien assassiné en 1952 par l’équivalent de l’OAS en Tunisie, Patrice Lumumba, liquidé lui aussi par les services occidentaux et leurs supplétifs congolais, et Che Guevara, le révolutionnaire professionnel dont les services américains ont fini par avoir la tête. Trois hommes massacrés par des pouvoirs qu’ils mettaient danger, trois héros aux yeux du directeur de Jeune Afrique, qui ne cesse tout au long de son livre de se présenter comme un homme de gauche.

On peut trouver cela étrange de la part d’un patron intransigeant et parfois brutal, ce qu’il reconnaissait d’ailleurs volontiers, et d’un libéral en matière économique. Mais on peut le comprendre en se souvenant que la génération à laquelle il appartient a adhéré avec enthousiasme à la lutte anticoloniale, a vibré à l’anti-impérialisme, et a voulu œuvrer à rendre au tiers-monde sa dignité volée. Cela suffit, aux yeux de BBY, pour continuer à se dire de gauche, malgré tout.

Au-delà du plaidoyer pro domo, somme toute normal quand on entreprend de raconter sa vie et ses œuvres, sa plume nous fait revivre des épisodes centraux de l’histoire africaine depuis les années 1950. Selon ses affinités politiques, le lecteur sera d’accord ou pas avec les analyses contenues dans l’ouvrage. Elles m’ont en tout cas rappelé quelques-unes des controverses que j’ai pu avoir avec leur auteur. Sur le président tunisien Ben Ali, entre autres, pour lequel BBY a une indulgence que j’ai toujours trouvée incompréhensible et qui lui a fait mal comprendre les ressorts profonds de l’insurrection de 2011. Sur l’Algérie aussi, dont il n’est pas parvenu à mesurer l’étendue du désastre où l’ont mené ses dirigeants. Nous en avions parlé, mais je n’avais pas réussi à le faire changer d’avis.

SES PORTRAITS AU SCALPEL DES DIRIGEANTS MAROCAINS, DE BEN BARKA AU ROI HASSAN II SONT D’UNE JUSTE CRUAUTÉ

Amis et adversaires

À l’inverse, ses portraits au scalpel des dirigeants marocains, de l’opposant Mehdi Ben Barka assassiné en 1965 au roi Hassan II – auquel il était lié, si l’on peut dire, par une antipathie réciproque –, sont d’une juste cruauté. Il n’aime pas cette monarchie aux allures médiévales, même s’il a adopté sans faillir une position pro-marocaine sur le Sahara, ce qui a valu à Jeune Afrique une longue interdiction dans cette Algérie à laquelle il semble pardonner. En souvenir de sa lutte pour l’indépendance, que le journal a accompagnée pas à pas ? Peut-être. Après tout, des Mémoires sont un exercice qui autorise la subjectivité et BBY n’hésite pas à en faire usage.

Il a eu des amis et des adversaires. Des premiers, il parle avec tendresse et en trace des portraits d’une étonnante douceur quand on sait de quelle dureté il pouvait faire preuve. Ainsi de Serge Guetta ou de Jean Daniel, les compagnons de toujours, d’Alassane Ouattara, l’ami de longue date, et de quelques autres. La fidélité en amitié semble avoir été un de ses principes de vie. Il peut être injuste, aussi, en parlant de ceux par qui il estime avoir été trahi. BBY a toujours exigé qu’on lui soit loyal.

Quelle vie ! se dit-on en refermant ce livre. Et bien des gens de ma génération doivent penser comme moi que, malgré les divergences, les ruptures parfois, nous avons eu la chance de partager une partie de l’aventure, elle en valait la peine. La disparition de Béchir Ben Yahmed signe aussi la fin d’une époque. D’autres défis et d’autres luttes attendent ceux et celles qui ont l’âge qu’il avait quand tout a commencé pour lui. À eux de prendre le monde à bras-le-corps pour essayer d’en changer le cours. 

Vaccin contre le paludisme : vraie révolution de santé publique ?

Mis à jour le 28 octobre 2021 à 12:33
 


L’OMS a donné son feu vert pour le vaccin antipaludéen « Mosquirix » de GSK. © Photomontage JA BRIAN ONGORO/AFP

 

Le vaccin contre le paludisme approuvé par l’OMS est une révolution dans la lutte contre ce fléau qui tue chaque année près d’un demi-million d’Africains. Comment sera-t-il administré ? Combien de vies seront-elles sauvées ? Les réponses en infographies.

C’est une annonce que le directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a qualifiée « d’historique ». Le 6 octobre, l’agence onusienne a donné son feu vert au déploiement du premier vaccin antipaludéen, le « Mosquirix » ou « RTS,S », développé par le géant pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK), qui a promis d’assurer la distribution de 15 millions de doses par an aux enfants de moins de 5 ans, premières victimes du parasite.

Il aura fallu être patient. Contrairement aux vaccins contre le Covid-19, qui ont été approuvés en moins de deux ans, le Mosquirix a demandé plus de trente ans pour être mis au point. Même si son efficacité reste limitée (voir l’infographie ci-dessous), ce traitement constitue une arme supplémentaire très attendue dans l’arsenal préventif déployé face à ce fléau dont 94 % des victimes sont africaines.

La maladie qui tue le plus en Afrique

Si les efforts déployés depuis le début des années 2000 – systématisation de la distribution de moustiquaires imprégnées, recours aux insecticides, promotion de la « chimioprévention » saisonnière – ont permis une baisse considérable du nombre de victimes, le paludisme continue d’être la maladie qui tue le plus en Afrique : en 2019, il a entraîné la mort de 386 000 personnes, contre 130 000 victimes du Covid-19 en 2020.

Les scientifiques et acteurs de la santé publique du continent n’ont pas caché leur enthousiasme à l’annonce de l’OMS. D’autant qu’en parallèle du développement du vaccin tout récemment approuvé, un autre, prometteur, en est à la phase III de son évaluation au Mali et au Burkina Faso : le R21 ou « Matrix-M », un « cousin » du vaccin de GSK développé par Oxford et dont l’efficacité pourrait être supérieure à celle du Mosquirix.

Mais il ne s’agit là que d’un premier pas, certes significatif, dans le chemin encore trop long vers l’éradication de cette maladie parasitaire vieille de plusieurs siècles qui aurait déjà fait, depuis 1900, près de 310 millions de victimes, dont l’écrasante majorité en Afrique. Comment le Mosquirix a-t-il été développé ? Combien de vies va-t-il permettre de sauver ? Les réponses en infographies.

Sahara : le Conseil de sécurité reconduit le mandat de la Minurso

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 30 octobre 2021 à 12:14
 

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ne réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, le 29 novembre 2017. © Mary Altaffer/AP/SIPA

La résolution renouvelant pour une année le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental consacre le processus politique comme cadre unique de résolution du conflit.

En adoptant ce vendredi 29 octobre la résolution 2548 (2020), le Conseil de sécurité des Nations-Unies proroge pour douze mois le mandat de la Minurso, jusqu’au 31 octobre 2022.

Selon les termes de cette résolution, le Conseil dit appuyer pleinement « les efforts du Secrétaire général pour maintenir le processus de négociation afin de parvenir à un règlement de la question du Sahara occidental ». Il se félicite également de la volonté du Maroc, du Front Polisario, de l’Algérie et de la Mauritanie de rester engagés dans ce processus, en faisant preuve « de réalisme et d’un esprit de compromis ».

Le Conseil souligne le fait que la situation au Sahara est restée relativement calme, que le cessez-le-feu est toujours respecté – comme le mandat de la Minurso.

Par cette résolution, adoptée par 13 voix pour et deux abstentions – la Russie et la Tunisie -, les membres du Conseil demandent aux parties de reprendre les négociations sous les auspices du Secrétaire général, sans conditions préalables et de bonne foi, « en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable ».

Le Conseil de Sécurité rappelle par ailleurs que toutes les parties doivent coopérer avec la Minurso, « y compris en ce qui concerne sa liberté d’interagir avec tous ses interlocuteurs », et prendre les mesures pour garantir la sécurité, ainsi qu’une totale liberté de circulation au personnel des Nations Unies.

Retour des tables rondes

« Ce texte conforte et confirme le continuum du processus des tables rondes avec ses modalités et avec ses quatre participants – le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Polisario – en tant que seul et unique cadre pour le règlement du différend régional autour du Sahara », a commenté Omar Hilale, l’ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU, lors de sa conférence de presse à New York au Conseil de sécurité suite à l’adoption de la nouvelle résolution.

Pour expliquer son vote, la Russie a réitéré sa position qualifiant le texte de déséquilibré, et déploré que le projet initial de résolution n’ait pas été modifié.

De leur côté, la France et les États-Unis ont souligné que le plan marocain d’autonomie était sérieux, crédible et réaliste. « Il a le potentiel pour rejoindre cette aspiration internationale de solution définitive », a précisé le représentant américain.

Quant à l’abstention de la Tunisie, aucune explication n’a été avancée pour l’instant. Ce qui a donné lieu à un certain émoi notamment sur les réseaux sociaux marocains.

Procès Sankara : la ligne de défense de Blaise Compaoré mise à mal par un témoin-clé

Par  - à Ouagadougou
Mis à jour le 29 octobre 2021 à 13:47
 

 

Thomas Sankara, à Paris en février 1986. © PASCAL GEORGE/AFP

 

Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, absents aux audiences, sont au centre du procès historique des assassins présumés de Thomas Sankara. En une semaine, témoins et accusés se sont succédé à la barre, et l’un d’eux a particulièrement fragilisé la défense de l’ancien président burkinabè en exil à Abidjan.

Cette fois, les choses sérieuses ont commencé. Après une première audience rapidement reportée, lundi 11 octobre, le procès historique qui doit lever le voile sur les circonstances de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons d’infortune, le 15 octobre 1987, est entré depuis une semaine dans le fond du dossier. Et au fil des premières auditions des 12 accusés présents au tribunal militaire, principalement d’anciens soldats du Centre national d’entraînement commando de Pô, la parole se libère et la lumière commence peu à peu à émerger.

Appelé à la barre lundi, Yamba Élysée Ilboudo, 62 ans, premier accusé à comparaître devant le tribunal militaire présidé par le juge Urbain Méda, a expliqué avoir exécuté un ordre de son supérieur hiérarchique. En l’occurrence, l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando, l’un des deux grands absents de ce procès, avec l’ancien président Blaise Compaoré, en fuite en Côte d’Ivoire depuis sa chute en 2014. À la barre, le soldat de 1ère classe, se montre beaucoup moins prolixe que lors de l’instruction.

« J’ai oublié, cela fait longtemps »

Celui qui était à l’époque le chauffeur de la sécurité rapprochée de Compoaré avait affirmé, lors de ses auditions devant le juge d’instruction, avoir été présent au Conseil de l’entente, ce jour funeste d’octobre 1987. Il a aussi assuré y avoir aperçu Gilbert Diendéré. Devant le tribunal, cependant, il botte souvent en touche face à la vague de questions à laquelle le soumettent le juge, le procureur et les avocats des parties civiles. « Je ne me souviens pas » ; « J’ai oublié, cela fait longtemps »… Au fil de l’audition, l’ancien soldat, qui plaide non coupable, a pourtant fini par livrer quelques détails sur la manière dont le commando a exécuté le père de la révolution burkinabè.

« Je suis militaire, si le chef dit de faire quelque chose, je le fais », a-t-il notamment déclaré, pointant – sans le nommer – Hyacinthe Kafando. Il confirme que le commando est bien parti du domicile de Blaise Compaoré, situé alors dans le quartier de Koulouba, dans le centre-ville de Ouagadougou. Un témoignage qui vient mettre à mal la ligne de défense de Blaise Compaoré, qui a refusé de comparaître à ce procès dont il est le principal accusé et que ses avocats qualifient de « politique ».

THOMAS SANKARA SORT DE LA SALLE, LES MAINS EN L’AIR… HYACINTHE KAFANDO ET MAÏGA TIRENT SUR LUI.

Arrivé au Conseil de l’entente, celui qui conduisait l’un des deux véhicules transportant les hommes du commando raconte que l’assaut lancé contre Thomas Sankara et ses compagnons a duré « 4 à 5 minutes ». Lui n’y a pas participé, promet-il. À peine les portes franchies, Hyacinthe Kafando descend précipitamment et scinde le commando pour encercler la salle où se tenait la réunion présidée par le « camarade capitaine ».

De gauche à droite : les capitaines Blaise Compaoré et Thomas Sankara, avec le commandant Lingani, au lendemain du coup d’État du 4 août 1983.

 

De gauche à droite : les capitaines Blaise Compaoré et Thomas Sankara, avec le commandant Lingani, au lendemain du coup d’État du 4 août 1983. © Archives Jeune Afrique

 

Hyacinthe Kafando et l’adjudant Maïga se dirigent vers l’entrée de la salle où sont réunis Thomas Sankara et ses compagnons. « J’ai assisté aux coups de feu depuis le véhicule, qui avait été endommagé après avoir percuté violemment le portail. Je me souviens avoir vu Oualilahi Ouédraogo, un garde de la sécurité de Thomas Sankara, touché par les balles. C’est la première victime », a raconté Yamba Élysée Ilboudo. « Puis, Thomas Sankara sort de la salle, les mains en l’air, en demandant ce qui se passe… Là, Hyacinthe Kafando et Maïga, qui avançaient, tirent sur lui. Il s’effondre, d’abord sur les genoux, avant de tomber sur un côté », poursuit-il, avant d’affirmer : « Je ne sais pas lequel des deux à tirer le coup fatal. »

Quant à la présence de Gilbert Diendéré sur place au moment du massacre, Yamba Élysée Ilboudo change d’abord de version, affirmant ne pas l’y avoir vu. Puis pressé de questions par le président du tribunal, il finit par faire à nouveau volte-face et confirme sa présence sur les lieux, en réunion avec ses soldats. « Pourquoi, quand il s’agit du général Diendéré, vous ne vous souvenez de rien ? Avez-vous peur ? », l’interroge le juge Méda. « Cette question est compliquée », concède le soldat. « Mais oui, j’ai peur ». Après l’assaut, le commando a regagné, à pied, le domicile de Blaise Compaoré.

Dénégations et versions contradictoires

Jeudi, ce fut au tour d’Idrissa Sawadogo de se présenter devant les juges. Aujourd’hui âgé de 59 ans, l’ancien soldat a tenu sa ligne de défense : il affirme ne pas avoir été présent au moment de la tuerie, puisqu’il était resté au domicile de Blaise Compaoré. « C’est de là-bas que j’ai entendu les tirs », a-t-il assuré, affirmant même que Yamba Élysée Ilboudo, dont le témoignage est si accablant pour Blaise Compaoré, n’était pas présent lors de l’attaque, car « malade » le jour des faits. Un témoignage balayé d’un revers de manche par l’accusation. « Nous n’attendons pas grand-chose de l’interrogatoire d’Idrissa Sawadogo, car sa ligne de défense est de tout rejeter », a lâché le substitut du procureur militaire Sidi Becaye Sawadogo.

 

La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021.

 

La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

 

Troisième accusé à comparaître au cours de cette première semaine d’audiences, Nabonswendé Ouédroago qui était, comme Sawadogo, membre de la sécurité rapprochée de Blaise Compaoré. Et comme lui, également, il s’inscrit en faux vis-à-vis du témoignage de Yamba Élysée Ilboudo. Non, il ne faisait pas parti du commando qui a donné l’assaut, puisque, affirme-t-il, il était en poste à la surveillance de l’entrée du Conseil de l’entente. « Le 15 octobre, entre 15 h 30 et 16 heures, Hyacinthe Kafando – dont le pied à terre est mitoyen de celui de Blaise Compaoré – est passé dans les locaux [du Conseil de l’entente] où j’étais de garde. Il y a embarqué avec lui des éléments qui l’attendaient à la porte. Peu après leur départ, les coups de feu ont retenti », a-t-il raconté au tribunal. Sans vraiment convaincre. Son audition doit reprendre à la réouverture des audiences, prévue ce mardi 2 novembre.

Ce sera ensuite au tour du général Gilbert Diendéré d’être appelé à la barre. La version de ce militaire, qui purge actuellement  une peine de vingt ans pour son implication dans le putsch manqué de septembre 2015, est particulièrement attendu. Il viendra clore la série d’auditions des accusés présents lors de ce procès, ouvrant la voie aux réquisitions et plaidoiries des parties civiles et de la défense.