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CAN 2022: le Burkina élimine un valeureux Gabon et file en quarts de finale


La joie du Burkina Faso après sa victoire face au Gabon le 23 janvier 2022

A l’issue d’un match magnifique d’engagement, où il a fallu passer par les prolongations et les tirs aux buts, le Burkina Faso est venu à bout du Gabon (1-1, tab : 7-6 ) dans le premier huitième de finale de la CAN 2022.

Les Etalons joueront leur quart de finale contre le vainqueur de Nigeria-Tunisie ce dimanche 23 janvier 2022.

De notre envoyé spécial à Limbé,

Ce fut une rencontre plaisante à suivre sur les hauteurs de Limbé entre deux équipes qui ont joué pour gagner, chacune à sa façon. Un match rythmé, avec de l’engagement, beaucoup d’engagement en atteste les 12 cartons jaunes et un rouge distribués par l’arbitre marocain Rédouane Jiyed. A la fin, le Burkina, qui a été longtemps devant, a fini par faire tomber le Gabon après une série de tirs-au-but dantesque.

Le Gabon a fait son match, plein de vitalité, de vitesse, d’énergie, de volonté extraordinaire même à 10 après l’expulsion de Sidney Obissa (67e). Mais les hommes de Patrice Neveu sont tombés sur une équipe du Burkina Faso, réaliste d’abord et chanceuse à la fin.

Bertrand Traoré rate le penalty…

Le premier fait de jeu arrive à la 14e minute quand l’arbitre siffle un penalty pour le Burkina, dominé, pour une faute peu évidente d’Obissa sur Kaboré. Très peu évidente même après les multiples ralentis. M. Jiyed ne jugera pas utile d’aller consulter la VAR. Peu importe, les Etalons ratent une grosse opportunité avec Bertrand Traoré qui manque le penalty en envoyant le ballon sur la barre transversale (18e). Le capitaine va avoir très vite l’occasion de se rattraper dix minutes plus tard. Sur une passe de Dango Ouattara, qui transperce la défense, l’ex-joueur de Lyon ne rate pas cette fois-ci son duel face à Amonome sorti à sa rencontre. D’un plat du pied, il ouvre le score avec l’aide du poteau (28e).

Les Panthère pourtant dominateurs, avec plus de 60% de possession en première période, sont cueillis à froid. Boupendza, à la réception d’une belle ouverture de Ecuele Manga, pense remettre les compteurs à zéro en marquant à bout portant face à Koffi. Mais l’attaquant d’Al Arabi (Qatar) est signalé hors-jeu.

Les Gabonais à dix

Le tournant de la rencontre intervient à la 67e minute. Sidney Obissa est en effet logiquement expulsé pour un deuxième carton jaune. Les protestations d’Ecuele Manga et de Denis Bouanga, qui écopent d’un avertissement, n’y changeront rien ; les Gabonais vont disputer plus de 55 minutes (en comptant les prolongations) à 10 contre 11. Malgré ce handicap, les hommes de Neveu tenteront tout, quitte à s’exposer aux contres Burkinabè. Bertrand Traoré rate ainsi son duel et le doublé face à Amonome (75e). Touré (8ee) et Guira (84e) également. On se dit que, c’en est fini des Panthères, mais sur un ultime corner, Adama Guira marque contre son camp sous la pression d’Ecuele manga (91+1). Le Gabon revient de loin, le Burkina peut s’en vouloir.

Les Etalons dominent les prolongations et manquent de faire la différence avant les tirs aux but par Abdoul Tapsoba qui se voit refuser un but (101e) et manque son face-à-face devant Jean-Noël Amonome. Rien ne sera marqué. Place donc aux tirs-au-but.

Ismahila Ouedraga, tireur décisif

Guelor Kanga, quatrième tireur gabonais, est le premier à craquer ; son tir est stoppé par Hervé Koffi. Saidou Simpore, qui suit rate l’opportunité de donner l’avantage aux siens et envoie son ballon dans les tribunes. Les cinquièmes tireurs réussissent. La série reprend avec Ecuele manga qui marque avec un peu de chance. Guira, buteur malheureux contre son camp, prend à contrepied Amonome. Autchanga marque, Konaté réplique.

Ngakoutou, 9e tireur, expédie sa frappe au-dessus de la transversale. Au tour d’Abdoul Tapsoba, qui a la balle de la qualification dans ses pieds. Le droit échoue face à Amonome. Insoutenable suspense ! Lloyd Palun trouve l’arrête de Koffi. Cette fois, Ismahila Ouedraga ne tremble pas et envoie son tir dans le petit filet en même temps que le Burkina en quart de finale.

Des Burkinabè célèbrent la prise de pouvoir par les militaires

Lundi soir, Roch-Marc Christian Kaboré a été destitué par le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration dirigé par le lieutenant-colonel Paul-Henry Sandaogo Damiba.

Les militaires ont notamment annoncé la suspension de la Constitution, la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale. Des Burkinabè sont descendus dans les rues saluer cette prise de pouvoir.

Avec notre envoyé spécial à Ouagadougou, Peter Sassou Dogbé

C’est en liesse que plusieurs jeunes se sont retrouvés à la place de la Nation dans la capitale pour célébrer la prise de pouvoir par l’armée. Des cris, des coups de sifflets par ici, là-bas l’hymne burkinabè est repris en cœur. Ces jeunes clament que les militaires sont les dignes fils du pays des hommes intègres.

« Le Burkina était en train de mourir, les militaires sont venus le sauver » crie un jeune en délire. « C’est un ouf de soulagement lance un autre, car ajoute-il, nous étions en face d’un pouvoir en manque de compétence, d’intelligence et qui a pris en otage tous les fils et filles du Burkina Faso. »

 A lire : Coup d'État au Burkina Faso: des militaires annoncent la destitution du président Kaboré

D’autres brandissent une banderole sur laquelle on peut lire, « le mouvement pour la refondation du Burkina Faso milite pour des réformes approfondies dans les domaines de la souveraineté, la sécurité et la dignité ».

« Nous allons soutenir les militaires jusqu’au bout » lance l’un. L’autre avertit ceux qui vont s’ingérer dans les affaires du pays : « La Cédéao et consorts, c’est fini ! »

A la tombée la nuit, dans un vacarme des motos, ils sont retournés chez eux avant le début du couvre-feu à 21h.

► A lire : Burkina Faso: qui est Paul-Henri Sandaogo Damiba, le président du MPSR?

Des jeunes ont également manifesté leur joie dans les rues de Bobo Dioulasso. Mais dans la deuxième capitale du pays, tous les habitants ne partagent pas forcément leur enthousiasme et les avis restent partagés.

C’est ce que nous on souhaite. On a besoin d’hommes forts pour diriger le pays, on veut la paix. Matin, midi, soir, s’ils ont besoin de nous, on est prêts à les soutenir.

Réactions dans les rues de Bobo Dioulasso

Burkina : Kaboré, chronique d’une chute annoncée, par Marwane Ben Yahmed

Mis à jour le 24 janvier 2022 à 21:08
 
Marwane Ben Yahmed
 

Par Marwane Ben Yahmed

Directeur de publication de Jeune Afrique.

 

Roch Marc Christian Kaboré, le 12 novembre 2021. © AP Photo/Michel Euler

 

Après Ibrahim Boubacar Keïta et Alpha Condé, c’est le président burkinabè qui est emporté par un coup d’État, ce lundi 24 janvier. Puisque l’on peut déposer un président sans coup férir ni risque d’intervention militaire extérieure, cela ne pouvait que faire des émules.

« Je suis très heureux de la victoire de mon ami Roch. Nous sommes très liés, et nos destins, bizarrement, se sont recoupés. Nous avons été Premiers ministres, puis présidents de l’Assemblée nationale en même temps. Et voici qu’il rejoint la fratrie… » Feu Ibrahim Boubacar Keïta imaginait-il, quand il prononça ces mots au lendemain de l’élection de Roch Marc Christian Kaboré, en novembre 2015, que leurs trajectoires jumelles, des rives de la Seine, où s’est façonnée leur culture politique, notamment au sein de la fameuse Feanf, aux palais présidentiels qu’ils ont conquis, pousseraient le mimétisme jusqu’à leurs chutes respectives, précipitée par des militaires ?

L’épidémie de coups d’État se poursuit donc, qui frappe essentiellement l’Afrique de l’Ouest. C’est le sixième en seulement un an et demi. Une grande première depuis deux décennies. Au Mali par deux fois, au Tchad, en Guinée, au Soudan et donc aujourd’hui au Burkina. Étrange dénominateur commun des putschs ouest-africains : tous ont visé des dirigeants proches de l’Internationale socialiste, issus de la même matrice idéologique dans leur jeunesse parisienne, anticolonialiste et tiers-mondiste, proches les uns des autres, mais aussi de François Hollande quand celui-ci était à l’Élysée. De ce « club » de chefs d’État jadis soudés, seul le Nigérien Mahamadou Issoufou est parvenu à quitter le pouvoir normalement.

Boîte de Pandore

Après IBK et Condé, donc, la fin de Kaboré a des allures de chronique d’une chute annoncée. D’une part parce que la boîte de Pandore était grande ouverte. Les militaires maliens et guinéens ne donnent guère l’impression d’être intimidés et encore moins de mouiller leurs treillis devant les oukases de l’Union africaine (UA) ou de la Cedeao… Alors, puisque l’on peut déposer un président sans coup férir ni risque d’intervention militaire extérieure, si l’on peut devenir chef de l’État, se partager les postes, décider des contours ou de la durée des transitions et s’affranchir de toutes les règles jusqu’ici en vigueur, cela ne peut forcément que faire des émules. D’autant que ces prises de pouvoir par la force, la plupart du temps acclamées (en tout cas, on ne se bouscule guère pour défendre les présidents en question), interviennent dans des contextes de contestation aiguë des dirigeants en place – révélant au grand jour le sentiment diffus que les élections ou la « démocratie » ne servent à rien car elles ne règlent pas les problèmes des citoyens – et même, plus largement, de toute la classe politique.

DANS LE CAS DE KABORÉ, CE QUI LUI EST REPROCHÉ N’A RIEN À VOIR AVEC LE NÉPOTISME, LA CORRUPTION, OU LES ÉLECTIONS TRONQUÉES

Aucun des acteurs traditionnels de l’échiquier ne trouvant grâce aux yeux de la population, il ne reste plus, hélas, qu’à se jeter dans les bras d’un obscur lieutenant-colonel qui promet la lune, le ciel et les étoiles. Dans le cas de Kaboré, ce qui lui est reproché n’a rien à voir avec le népotisme, la corruption, les atteintes aux libertés ou les élections tronquées, contrairement à ses anciens homologues de Bamako ou de Conakry. De tous, il est d’ailleurs certainement le mieux élu. C’est son incapacité à gérer la menace terroriste comme le désarroi de son armée qui est en cause.

Dimanche 23 janvier, alors que des mutineries avaient éclaté au camp Sangoulé Lamizana, le plus important de Ouagadougou, ainsi qu’à la base aérienne et à Kaya, dans le centre-nord du Burkina, tout laissait à penser que ce prurit de colère de la soldatesque risquait d’exploser. Depuis plusieurs mois, Kaboré était informé de l’exaspération des militaires, régulièrement pris pour cibles par les groupes jihadistes. Et depuis l’attaque d’Inata, le 14 novembre 2021, qui a fait 53 morts, le spectre d’une tentative de coup d’État planait. Le 10 janvier, le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana avait d’ailleurs été mis aux arrêts, suspecté par les autorités d’avoir fomenté une tentative de putsch. Or le tombeur de Kaboré, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, faisait partie de la même promotion que Zoungrana…

Le début de la fin

Manque de moyens humains et matériels, défiance vis-à-vis de la hiérarchie en place, sentiment d’abandon… « Roch », celui que ses compatriotes aimaient à surnommer le « président-diesel », n’a pas su prendre la juste mesure de ce ressentiment. Celui qui a été élu pour incarner l’exact contraire de Blaise Compaoré, qui n’a jamais eu à faire face à des attaques terroristes et dont la poigne était connue, notamment grâce à son corps d’élite, le Régiment de la sécurité présidentielle (RSP), a buté sur la question sécuritaire. Laquelle s’était imposée à lui quelques semaines seulement après son investiture avec le premier attentat contre la capitale, et qui a pesé sur ses deux mandats telle une épée de Damoclès.

Depuis 2015, les exactions des groupes jihadistes ont fait plus de 2 000 morts (dont 400 soldats) et contraint plus de 1,4 million de personnes à fuir leurs foyers. « Nos concitoyens se posent des questions. Nous devons les rassurer et leur montrer que nous sommes capables de défendre notre pays », avait conclu Kaboré après Inata, qui marquera à l’évidence le début de sa fin. Critiqué pour sa faiblesse à l’intérieur du pays – des manifestations massives hostiles à son régime se sont déroulées dès la mi-novembre à Ouaga, Bobo-Dioulasso, Dori, Titao ou Kantchari – comme à l’extérieur, notamment parmi les principaux alliés du Burkina dans la lutte contre le terrorisme, dont Paris, Kaboré n’a pas obtenu le temps qu’il demandait. Le crin de cheval a fini par rompre. Exit donc le « président normal ». Mais si cela revient à lâcher la proie pour l’ombre…

CEUX QUI APPLAUDISSENT À TOUT ROMPRE LA CHUTE D’UN TEL, PRÊTS À LÉCHER LES RANGER DU BRILLANT OFFICIER À LA TÊTE DE LA JUNTE VICTORIEUSE, FERAIENT BIEN DE SE MÉFIER

Le constat d’échec des dirigeants (et des classes politiques en général) étant posé, et le débat sur les carences démocratiques ou institutionnelles en Afrique étant ouvert depuis belle lurette, reste à aborder l’épineuse question de l’après-coups d’État, ces transitions censées remettre ces pays sur les rails. Ceux qui applaudissent à tout rompre la chute d’un tel, prêts à lécher les Ranger du brillant officier à la tête de la junte victorieuse, feraient bien de se méfier. Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté (Guinée), Amadou Haya Sanogo (Mali), Salou Djibo (Niger), Mohamed Ould Abdelaziz (Mauritanie), Gilbert Diendéré (Burkina), pour ne citer qu’eux, ont-ils démontré leur capacité à gouverner dans l’intérêt général, leur leadership ou leur probité ? N’est pas Thomas Sankara qui veut. En revanche, revêtir les oripeaux d’un Yahya Jammeh, le père Ubu de Banjul, c’est plus facile. Et plus probable. A fortiori dans des pays où les armées ne brillent guère par leur compétence ou leur efficacité.

Pas de calendrier acceptable

Méfiance, donc. Et raison de plus pour encadrer autant que possible les processus destinés à restaurer l’ordre constitutionnel. Les principes de base, d’ailleurs, ont été édictés depuis 1999 et le sommet d’Alger de l’OUA. Délai raisonnable (six mois pour l’UA), sanctions ciblées contre le régime si refus d’obtempérer au-delà de ce délai, interdiction de se présenter aux élections, etc. Il est inacceptable, quelle que soit la situation, qu’un Goïta (double putschiste par ailleurs, contre IBK puis Bah N’Daw) ou qu’un Doumbouya, par exemple, s’arrogent seuls tous les pouvoirs, assurent directement la présidence, ne consultent personne et ne donnent aucun calendrier acceptable pour la fin des transitions en cours, le pompon revenant encore une fois à Goïta avec ses possibles cinq années de rab.

C’est aux citoyens concernés, Maliens, Guinéens et demain Burkinabè, d’y veiller, de leur mettre la pression, d’exiger des gages. Ils sont d’ailleurs les seuls, pour peu qu’ils se mobilisent massivement, à avoir une chance d’être écoutés. Tout ce qui émanerait d’ailleurs – institutions continentales, régionales ou communauté internationale (au premier rang desquelles, la France) – n’a visiblement pour seul résultat que de provoquer les rodomontades de nos présidents-officiers, qui ont beau jeu de flatter la fibre nationaliste de leurs concitoyens, seriner que leurs pays n’ont de leçons à recevoir de personne et que leur seule préoccupation, c’est le bonheur de la population.

Dans le cas du Burkina, il semble impensable que les nouveaux maîtres du pays, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba en tête, puissent expliquer, après une révolution, une transition et deux élections (transparentes, elles), qu’ils ont besoin de plus de six mois pour « restaurer » les fondamentaux du pays. Le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) – décidément, les putschistes ne brillent guère par leur inventivité, les dénominations des juntes et les premières adresses télévisées à la Nation se ressemblant furieusement – a déposé Roch Marc Christian Kaboré, car il en allait de la sécurité du pays. Cela tombe bien, c’est leur métier. Les Burkinabè n’ont donc plus aucune inquiétude à nourrir…

Burkina : incidents à Ouagadougou lors d’une manifestation interdite

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 22 janvier 2022 à 17:47
 

 

Des membres des forces de sécurité retirent des barricades installées par des manifestants, le 22 janvier 2022, à Ouagadougou. © AFP/OLYMPIA DE MAISMONT

 

Des manifestants ont bravé samedi à Ouagadougou l’interdiction de se rassembler pour protester contre l’insécurité liée aux violences jihadistes dans le pays. Des incidents ont éclaté quand les forces de l’ordre ont tenté de les disperser.

Les policiers anti-émeutes ont dispersé les manifestants à l’aide de gaz lacrymogène, puis une course poursuite s’est engagée dans les rues du centre-ville de la capitale burkinabè où l’on pouvait également voir des jeunes circulant à moto harcelant les policiers.

Des barricades de fortune faites de planches en bois, de pierres et de pneus enflammés ont été dressées en plusieurs endroits. Un journaliste de La Chaîne au cœur de l’Afrique (LCA), une télévision privée, a été blessé au bras gauche après avoir reçu un projectile, et évacué vers un hôpital de Ouagadougou, a indiqué un membre de la Croix rouge.

Une manifestation interdite pour « raisons de sécurité »

« Le pouvoir est aux abois », affirme un manifestant, Ahmed Soulama. « Il refuse de comprendre la douleur des populations qui font face chaque jour à des attaques qui endeuillent les familles. (…). Au lieu d’encadrer cette marche et d’entendre notre cri de cœur, voilà que ce sont des gaz qu’on nous jette », ajoute-t-il.

La manifestation contre « l’incapacité » du pouvoir à empêcher les attaques jihadistes dans le pays, à l’appel du mouvement de la société civile Sauvons le Burkina, a été interdite pour des « raisons de sécurité » par la mairie de Ouagadougou.

Sauvons le Burkina avait été à l’origine, le 27 novembre dernier, d’une précédente manifestation également interdite, qui avait fait une dizaine de blessés dans des heurts entre manifestants et forces de l’ordre.

Plus de 2 000 morts en 6 ans

La mairie a également interdit samedi un autre rassemblement de soutien au Mali, visé par des sanctions renforcées par ses voisins ouest-africains.

Le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique. Les attaques qui visent civils et militaires sont de plus en plus fréquentes et en grande majorité concentrées dans le nord et l’est du pays.

Parfois mêlées à des affrontements intercommunautaires, elles ont fait depuis six ans plus de 2.000 morts et contraint 1,5 million de personnes à fuir leur foyer. (Avec AFP)

Français à l’étranger: quelle présence en Afrique?

 

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Le Sénégal est le seul pays à avoir vu le nombre de Français présents augmenter en 2020 malgré la pandémie. Ici, une vue de Dakar. Getty Images/Bloomberg

 

Chaque année, le Quai d’Orsay publie un rapport sur les Français à l’étranger. Ces données précises permettent de relativiser toutes sortes d’idées préconçues sur la présence de communautés françaises en Afrique – le 3e continent de l’émigration en provenance de l’Hexagone, bi-nationaux inclus.

Le Quai d’Orsay estime la présence française à l'extérieur à 3,4 millions de personnes sur les cinq continents, soit l’équivalent de 5% de la population française.

Un chiffre important qui reste curieusement méconnu, et bien moins commenté que celui de l’immigration, alors qu’il n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Sur ce total, 1,6 million sont inscrits dans les consulats - soit une hausse de plus de 12% sur la période 2010-20, et 35% sur 2005-15

L’Afrique, troisième continent de destination des Français à l’étranger

Pour être plus précis, 14% environ des Français à l’étranger inscrits aux consulats se trouvent en Afrique, dont 117 500 en Afrique francophone et 109 000 en Afrique du Nord en 2020. L’Afrique non francophone attire beaucoup moins, même si le Nigeria (1 177 inscrits en 2019, 800 en 2020) est le quatrième partenaire commercial africain de la France, après la Tunisie et avant l’Afrique du Sud (7 300 inscrits)

L'Afrique représente donc le troisième continent de destination de l’émigration française après l’Europe (400 000 dans la zone UE et 350 000 hors UE) et l’Amérique du Nord (275 000, dont près de 100 000 au Canada). Viennent ensuite le Moyen-Orient (150 000) et l’Asie Océanie (150 000).

Un part très importante de bi-nationaux

Donnée importante, là encore très sous-estimée dans les analyses de la présence française en Afrique, parfois susceptibles d’alimenter un ressentiment anti-français : la part importante des bi-nationaux. Ils sont plus des deux tiers (71 %) parmi les Français installés en Afrique du Nord et près de la moitié (48 %) en Afrique francophone, contre une moyenne de 42% pour tous les Français installés à l’étranger.

Comme le rappelle le sociologue Francis Akindes, enseignant à l’Université de Bouaké, au sujet de la Côte d’Ivoire, « Le ressentiment anti-français n’a jamais réussi à faire disparaître le lien affectif entre les deux peuples. Ce lien se retrouve plus en Côte d’Ivoire qu’ailleurs, avec la présence française dans le secteur privé, la vie sociale, et une communauté de Français importante, présente depuis parfois trois générations. Les métis franco-ivoiriens traduisent une proximité culturelle et religieuse plus forte qu’au Sénégal par exemple, avec des administrateurs et des entrepreneurs qui portent des noms français, et sont de souche ivoirienne à travers leur mère. La Côte d’Ivoire sous Houphouet-Boigny a fait de la place à ces enfants, considérés comme ceux de la nouvelle patrie ivoirienne ».

Maroc, Algérie et Tunisie en tête dans les destinations africaines

Les premiers pays de destination des « expatriés » français qui comptent aussi bien des actifs que des retraités, sont dans cet ordre la Suisse, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Belgique et l'Allemagne. Le Maroc et l'Algérie représentent les 8e et 11e destinations, la Tunisie la 18e, avant le Sénégal (19e), la Côte d'Ivoire (22e) et Magadascar (24e).

En 2020, la pandémie a fait partout baisser leur nombre. Sauf au Sénégal (+1,8%), l’un des rares pays à attirer plus de Français en 2020 avec le Cambodge, la Turquie, le Mexique et les Émirats arabes unis.

 

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                                                                                                    © RFI / Sabine Cessou

 

Quid des autres anciennes puissances coloniales ?

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L’émigration française reste cependant inférieure à d’autres pays d’Europe de l’Ouest ayant comme la France un passé colonial, à l’instar de la Grande-Bretagne (10 % de la population émigrée) et du Portugal (20 %).

En Afrique anglophone subsiste une « diaspora britannique » qui fait partie intégrante de la population de l’Afrique du Sud, du Zimbabwe ou de la Zambie. Ces descendants de colons n’ont pas forcément la nationalité britannique, mais restent identifiés comme tels. En Afrique du Sud, cette « diaspora » atteint 1,6 million de personnes (contre 40 000 en Zambie et 30 000 au Zimbabwe).

Il faut la distinguer des émigrés britanniques, 212 000 sujets de la Couronne en Afrique du Sud en 2005 selon l’Institute for Public Policy Research, sur 5,5 millions de Britanniques à l’étranger, dont 1,3 million en Australie.

En Afrique lusophone, où les colonies de peuplement établies par Lisbonne avaient connu un fort mouvement de retour (« retornados ») lors des Indépendances en 1975, l’émigration portugaise vers l’Afrique a fait couler de l’encre au tournant des années 2010. Il y aurait 115 000 et 17 000 Portugais établis en Angola et au Mozambique selon l’Observatoire portugais de l’émigration, sur un total de 2,3 millions de Portugais à l’étranger. Ces flux ont fortement ralenti ces dernières années, en raison de la crise économique. 

► À écouter aussi : Hausse du coût de la vie: l'impact de la pandémie sur les expatriés