Actualités

Burkina Faso : Roch Marc Christian Kaboré, un président lassé du pouvoi

Mis à jour le 7 février 2022 à 14:10
 

 

Roch Marc Christian Kaboré à Ouagadougou, le 15 décembre 2021 © Sophie Garcia/Hans Lucas

 

Usé par une situation sécuritaire qui le débordait, l’ancien chef de l’État a tenté en vain d’inverser la tendance. Avant d’être finalement emporté, le 24 janvier, par un putsch que beaucoup pressentaient.

Il n’imaginait pas finir ainsi, reclus dans une grande villa de Ouaga 2000. Il n’imaginait pas non plus que l’on oserait un jour mitrailler son convoi. Lors de cette nuit du 23 janvier durant laquelle tout a basculé, quatre gendarmes qui assuraient sa protection ont été grièvement blessés. L’un d’eux a même perdu l’usage de ses jambes. Que ce serait-il passé s’il avait été à bord de ce convoi ? Et surtout, qu’a-t-il fait pour que des militaires osent une telle transgression ? Ces questions, Roch Marc Christian Kaboré continue à se les poser.

Sa chute a été aussi rapide que brutale, mais sans doute l’ancien président éprouve-t-il une forme de soulagement. Celui, d’abord, d’avoir évité un bain de sang. Durant les 24 heures qui ont sonné le glas de son pouvoir, il a tout fait pour l’empêcher. Dans l’après-midi du 23 janvier, en opposant une fin de non-recevoir aux chefs militaires qui lui proposaient d’aller mater les putschistes. Puis, le 24 à la mi-journée, en acceptant de démissionner pour prévenir un affrontement entre ces derniers et sa garde rapprochée.

« Il n’en dormait plus la nuit »

Peut-être, aussi, une forme de soulagement d’en avoir fini avec la mission quasi-impossible qui lui incombait en tant que chef d’un État en train de sombrer. Car les membres de son premier cercle sont unanimes : ces derniers mois, Kaboré était fatigué, lassé, un peu à bout. « Il donnait parfois l’impression d’être dépité, presque pressé que tout ça se termine », glisse un de ses confidents. « Il était affecté par la situation sécuritaire. Il traversait des moments graves, avec des morts tous les jours et des centaines de milliers de déplacés. Forcément, tout cela lui pesait énormément », ajoute un autre. À l’en croire, Kaboré « n’en dormait plus la nuit ».

TOUT LE MONDE VOYAIT BIEN QUE QUELQUE CHOSE N’ALLAIT PAS. CELA SAUTAIT AUX YEUX

Au fil des mois à Kosyam, son imposante carrure avait fondue et son visage s’était émacié. Il avait certes suivi un régime alimentaire pour se maintenir en forme, mais beaucoup voyait dans cette importante perte de poids le signe d’un stress intense. ‘Tout le monde voyait bien que quelque chose n’allait pas, estime un de ses anciens ministres. Cela sautait aux yeux. » Pudique, l’intéressé encaissait sans se plaindre.

Pas grand-chose n’allait au Burkina Faso et Kaboré le savait. Ses innombrables interlocuteurs l’alertaient sans cesse sur tel ou tel problème. Y compris d’ailleurs sur les rivalités entre l’armée et la gendarmerie. Beaucoup de militaires estimaient qu’il avait trop d’égards pour la gendarmerie, laquelle avait la réputation de lui être fidèle. Depuis qu’il en avait fait l’influent directeur de l’Agence nationale des renseignements (ANR), son ancien aide de camp, le colonel de gendarmerie François Ouédraogo, était aussi la cible de nombreuses critiques au sein de l’armée.

Kaboré n’ignorait rien non plus des risques de coup d’État qui le guettaient. À la fin de l’année dernière, un officier en lequel il avait pleine confiance l’avait même mis en garde : « M. le Président, si vous ne limogez pas le général Gilbert Ouédraogo [le chef d’état-major général des armées] et le colonel François Ouédraogo, vous serez renversé par un putsch dès le mois de janvier. » Kaboré n’avait rien fait.

Certains surveillait de près les « boys », ces jeunes officiers qui avaient fait échouer le putsch du général Diendéré en 2015 et qui, depuis, ne cachaient pas leur exaspération croissante face au délitement du pays. Mais le président leur faisait confiance. C’est pourtant d’une partie d’entre eux, avec à leur tête le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, que viendra le coup fatidique le 23 janvier.

 

Des partisans de la junte brandissent un portrait du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, à Ouagadougou, le 25 janvier.

 

Des partisans de la junte brandissent un portrait du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, à Ouagadougou, le 25 janvier. © AP Photo/Sophie Garcia

Inquiétude cachée

Jusqu’au bout, Roch Marc Christian Kaboré a dissimulé son inquiétude. L’homme était réputé pour son sang-froid – ses proches aimaient répéter qu’il était « zen ». Hors de question donc de changer ses habitudes. Le président continuait à dormir toutes les nuits chez lui, à son domicile du quartier de la Patte d’Oie. Le matin, aux environs de 8h, il prenait la direction de Kosyam à bord d’un petit convoi. Un véhicule de sécurité devant, un derrière, et lui au milieu, dans son 4X4 Lexus blindé, toujours installé sur le siège passager. La plupart du temps, avant de rentrer chez lui, il terminait ses journées à la villa ministérielle, sorte de second bureau proche du palais où il avait l’habitude de recevoir.

C’EST UN BON CHEF DE PAIX, PAS UN BON CHEF DE GUERRE

Ces derniers mois, il consacrait la quasi-totalité de son temps aux questions de défense et de sécurité. Il ne faisait plus que ça, ou presque. Un comble pour ce banquier qui, avant d’arriver au pouvoir, n’avait que peu d’appétences pour les sujets militaires et sécuritaires. Il lui a pourtant fallu s’y mettre dès sa prise de fonction, avec l’attentat du Cappuccino, en janvier 2016. « Il a dû changer de logiciel et se transformer en chef de guerre », indique un de ses anciens collaborateurs.

Un défi de taille qu’il n’aura que partiellement réussi. Affable, Kaboré a toujours préféré le consensus au conflit. Des qualités certaines pour faire de la politique, peut-être moins pour mener bataille. « C’est un bon chef de paix, pas un bon chef de guerre », avaient l’habitude de commenter les diplomates en poste à Ouagadougou.

Coups tordus

Quelqu’un d’autre aurait-il fait mieux ? Peut-être, mais pas sûr non plus. Vu la situation sécuritaire dont il a hérité – un pays assailli par les groupes jihadistes, une armée (très) faible, le tout après la chute d’un régime qui a perduré 27 ans –, beaucoup auraient sans doute connu les mêmes tourments.

Avec le recul, nombreux sont ceux qui estiment que la perte de Salif Diallo, dès 2017, a été un vrai coup dur pour Roch Marc Christian Kaboré. L’ancien président de l’Assemblée nationale, sorte de « Machiavel » burkinabè capable de monter les coups les plus tordus, était un pilier du régime. Il n’a jamais été remplacé. « Il a probablement manqué un barbousard de sa trempe au président, admet un de ses proches. Quelqu’un qui n’hésitait pas à faire des coups bas pour atteindre ses objectifs. »

COMMENT VOULEZ-VOUS QUE JE PRENNE DES VACANCES DANS CETTE SITUATION ?

Difficile, en revanche, d’enlever à Kaboré un certain volontarisme, voire une certaine ardeur à la tâche. Rien à voir avec feu Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), dont la propension au travail était raillée par beaucoup. L’ancien chef de l’État recevait beaucoup, se couchait tard et dormait peu. Quatre ou cinq heures par nuit. En six ans à la présidence, ses jours de congés se comptaient sur les doigts de la main. Ses proches s’en inquiétaient, l’encourageant à souffler un peu. « Son épouse [Sika Kaboré] s’inquiétait pour lui. Elle lui disait qu’il fallait qu’il se repose. Il lui répondait “Oui, je vais le faire” mais il ne le faisait pas », glisse un proche du couple. Et quand c’était au tour de ses collaborateurs de lui suggérer une coupure, la réponse était plus cinglante : « Comment voulez-vous que je prenne des vacances dans cette situation ? »

Erreurs et retards à l’allumage

Des erreurs, Kaboré en a aussi commises. La plupart de ceux qui l’ont côtoyé ou qui ont travaillé avec lui sont unanimes : son premier pêché fut son incapacité à trancher. Coupable d’avoir trop tergiversé alors que la situation nécessitait de prendre des décisions rapides. Des retards à l’allumage, qui lui ont valu d’être surnommé le « président diesel » par ses compatriotes. « Et encore, même quand il se mettait à rouler, son allure était irrégulière, reconnait un de ses proches. Quand il découvrait que quelque chose ne tournait pas rond, il disait souvent à ses collaborateurs : “Réglez-moi cette question !” Mais sans toujours assurer le suivi derrière. »

Parmi les problèmes récurrents qui pollueront son mandat et lui attireront une défiance de la population : des affaires de corruption ou de mal gouvernance qu’il a mis trop de temps à solder – quand il le faisait. Lesquelles prenaient parfois un tour personnel lorsqu’elles concernaient ses proches, comme son ami d’enfance et ex-ministre de la Défense, Jean-Claude Bouda, ou son directeur de cabinet, Seydou Zagré.

En matière de défense et de sécurité, Kaboré a aussi tâtonné. Trop, selon ses détracteurs. Plusieurs ministres de la Défense et plusieurs chefs militaires essayés en six ans. Le tout sans toujours maintenir de cohérence au sein de la chaîne de commandement. Ainsi, ces derniers mois, il avait procédé à des remplacements à la tête de différents états-majors, mais sans toucher aux chefs opérationnels. Certains questionnaient aussi son refus de faire davantage appel à des alliés extérieurs, en particulier français.

« Une de ses erreurs a peut-être été d’avoir trop suivi le dogmatisme de certains haut-gradés, comme le général Oumarou Sadou [chef d’état-major général des armées entre 2017 et 2019], qui ne voulaient pas en entendre parler au nom de la souveraineté nationale. Il aurait dû taper du poing sur la table et leur imposer ses choix », lâche un de ses intimes.

L’incendie d’Inata

Le recours aux milices d’auto-défense Koglweogo puis la création des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) ont aussi été largement décriés, car accusés d’attiser les conflits intercommunautaires. Le 5 juin 2021, le massacre de Solhan, lors duquel plus de 160 civils assassinés, traumatisera tout le pays et marquera le début de la fin. Puis viendra l’attaque d’Inata, le 14 novembre dernier, dans laquelle périront 53 personnes dont 49 gendarmes, soit la pire jamais subie par l’armée burkinabè. Une saignée qui a vite tourné au scandale. Les soldats de la garnison n’étaient en effet plus approvisionnés en vivres depuis quinze jours et étaient obligés de chasser pour se nourrir. Le tout à cause de détournements tout le long de la chaîne de commandement. De quoi susciter l’indignation générale et braquer, encore un peu plus, les militaires déployés en première ligne.

PROFONDÉMENT ATTACHÉ À SA TERRE, IL N’AURAIT AUCUNE INTENTION DE QUITTER LE BURKINA FASO

Selon son entourage, Roch Marc Christian Kaboré aurait découvert la situation en même temps que tout le monde et en aurait été « profondément choqué ». « Même s’il n’était peut-être pas informé du cas précis d’Inata, il ne pouvait ignorer ces problèmes plus larges de détournements et de ravitaillement au sein de l’armée. Tout le monde savait », indique un ancien membre de l’exécutif. Sanctions individuelles contre plusieurs responsables militaires, commande d’une enquête interne qu’il fera reprendre car jugée insuffisante… L’ex-président tente d’éteindre l’incendie d’Inata, en vain. Ce drame précipitera sa chute, deux mois plus tard.

Une fois qu’il aura quitté sa résidence surveillée, comme le réclame la Cedeao, Kaboré entend rentrer chez lui, à Ouagadougou. Profondément attaché à sa terre, il n’aurait aucune intention de quitter le Burkina Faso, qu’il s’efforçait de rejoindre dès que possible une fois ses obligations remplies à l’étranger. Aura-t-il le choix ? Comme ses pairs déchus, son sort est désormais lié à la bonne volonté de ses tombeurs en treillis.

Coups d'États, Covid, Israël... Un programme chargé pour le 35e sommet de l'UA

 

Il s’ouvre au siège de l'organisation ce samedi 5 février. Il y a trois mois, plusieurs ambassades appelaient leurs ressortissants à quitter l’Éthiopie, craignant que les rebelles du Tigré ne s’emparent de la capitale éthiopienne. Ces derniers jours, les délégations africaines y affluent au contraire pour ce sommet.

Avec notre envoyée spéciale à Addis-Abeba, Florence Morice

Il y a sera bien sûr question de cette série de coups d’État récemment observée sur le continent. Depuis le dernier sommet, pas moins de quatre pays ont été suspendus de l’Union africaine : la Guinée, le Mali, le Burkina Faso et le Soudan. Le Tchad en revanche a été épargné, quand bien même un conseil militaire dirigé par le fils de l’ex-président Déby gouverne le pays depuis son décès. Ce qui suscite certaines critiques sur une réponse jugée « incohérente » de l’UA face aux transitions anti-constitutionnelles.

La gestion des crises politiques sera donc au coeur des discussion de ce 35e sommet. Pour Pape Ibrahima Kane, spécialiste des organisations régionales au sein de la fondation Open Society Initiative for West Africa, ce sommet sera l'occasion pour les chefs d'États de mettre les choses à plat. « Dans le Sahel, il y a deux types de problèmes. Le premier à gérer, c'est celui des coups d'État qui relève souvent de la mal gouvernance. Puis il y a les interventions étrangères pour aider les États à lutter contre le terrorisme en Afrique de l'ouest. Elles prennent maintenant de nouvelles dimensions avec des combats d'arrière-garde entre la France, la Russie et d'une certaine manière la Turquie. Le sommet, je pense, va aider les États à arrondir les angles et peut-être à s'entendre sur une stratégie à adopter pour que le Sahel ne devienne pas un champ de batailles entre puissances étrangères. »

L'inventaire de la présidence congolaise

Il sera aussi question de la réponse africaine à la pandémie de Covid-19. L’ex-président sud-africain Cyril Ramaphosa présentera un rapport sur le sujet. 

Mais c’est sans doute à propos d’Israël que les débat seront les plus houleux. En juillet dernier, le président de la commission a accordé le statut d’observateur à l’État hébreu, suscitant de vives critiques et des divisions au sein de l’organisation. Le sujet est donc à l’ordre du jour auquel s’ajoutent les différents conflits en cours.

Un agenda chargé donc qui fait craindre à certains que la guerre au Tigré ne soit quelque peu éclipsée. Quoi qu’il en soit, accueillir ce sommet en présentiel plein conflit et en pleine pandémie est déjà une victoire politique pour le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, qui n’a pas ménagé ses efforts pour convaincre ses pairs.

À l'issue du sommet, c'est le président sénégalais Macky Sall qui prendra les commandes de l'UA pour l'année à venir. C'est la fin de la présidence de Félix Tshisekedi. L'heure est donc au bilan. Mitigé, juge Pape Ibrahima Kane : « Du fait de l'absence prolongée de la RDC dans le paysage politique africain pendant plusieurs années, et le manque d'expérience de l'équipe qui l'entourait, il n'a pas vraiment pu peser de tout son poids, comparé à ce que le président sud-africain [Cyril Ramaphosa, son prédécesseur, NDLR] avait pu faire avec une administration mieux étoffée, des moyens logistiques et humains plus conséquent, et donc il a à mon avis un bilan assez mitigé. Il n'a pu mettre un terme à la crise en Ethiopie, il était pratiquement invisible dans celles du Sahel. Et dans la crise soudanaise, on l'a peu vu. »

 À lire aussi : L’Union africaine veut relancer le dialogue entre le Mali et la Cédéao

Du Mali au Burkina, les coups d’État, paradis des fake news

Mis à jour le 4 février 2022 à 15:27
 
Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

 


Damien Glez © Damien Glez

Les prises de pouvoir successives en Afrique suscitent la naissance de fausses nouvelles. La confusion enfantant la confusion, celles-ci se propagent sur les réseaux sociaux…

Incertitude en Afrique, en particulier dans l’Ouest du continent. Les tentatives de putschs se suivent, avec plus ou moins de succès, et se ressemblent parfois. Leur point commun ? La brèche qu’elles offrent aux fake news de tout poil. Contrairement aux grandes années des coups d’État militaires africains – d’avant le discours de la Baule –, le bouche-à-oreille est désormais fulgurant, amplifié en temps réel par des réseaux sociaux qu’il devient embarrassant de museler totalement.

La nature ayant peur du vide et la politique francophone étant faite d’incarnation forte, c’est d’abord l’identité des putschistes qui, dans la foulée des « décagnottages », fait l’objet d’hypothèses farfelues. Après l’arrestation du Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, à l’issue du week-end des 22 et 23 janvier, les mutins mettront un temps inhabituel à se dévoiler. Paul-Henri Sandaogo Damiba, l’autoproclamé nouveau maître des horloges, ne s’adressera à la nation que le 27 janvier.

Anachronismes et extrapolations

Dans un premier temps, peut-être conscients que le Burkina Faso 2.0 décerne ses lauriers d’audience à des scoops dont la fiabilité importe peu, les analystes politiques amateurs valident des intuitions. Militaire pour militaire, des posts échafaudent un lien entre le putsch de 2022 et celui de 2015. Sans conditionnel, ils annoncent la « libération du général Gilbert Diendéré » de la Maison d’arrêt et de correction des armées (Maca). Le procureur militaire dément rapidement.

Sur Twitter, un utilisateur affirme, capture d’écran à l’appui, que le pouvoir est désormais « entre les mains du Lt Colonel Isaac Zida », celui-là même qui attrapa au vol la présidence qui flottait dans l’air, en 2014, après le départ de Blaise Compaoré précipité par une foule au scénario inachevé. Zida n’est pas davantage revenu de son exil canadien que Diendéré n’a quitté sa prison…

En ce qui concerne le lieutenant-Colonel Damiba, dont le nom circule davantage que le visage dans les premières heures du putsch de 2022, les relayeurs d’infos les moins prudents affirment l’avoir identifié dans la première vidéo des mutins à la Télévision nationale. Mais le béret bleu qui entérine verbalement le départ de Kaboré n’est pas le béret rouge qu’un observateur avisé savait devoir attendre sur la tête de Damiba.

D’autres fausses nouvelles concerneront moins les hommes que les circonstances, entre plaquage de clichés anachroniques de manifestations et extrapolation de tâches rougeâtres – du sang ? – sur le fauteuil d’un véhicule criblé de projectiles.

Influenceurs menteurs

Certaines fake news résultent de l’analyse précipitée des amateurs, d’autres d’une manipulation intéressée, parfois pécuniairement. Au Mali, les cibles privilégiées des fabricants de fausses infos sont actuellement les forces armées étrangères comme Barkhane (France), Takuba (Union européenne) ou la Minusma (Nations unies). Pour précipiter une rupture diplomatique entre la junte et les partenaires occidentaux –rupture occasionnellement annoncée par anticipation–, des messages diffamatoires contre la France ou la Cedeao sont formulés en français, avant d’être méticuleusement traduits dans les différentes langues nationales, et diffusés via des réseaux de réseaux bien ficelés.

S’ils n’agissaient pas en secret, ces influenceurs menteurs dénieraient sans doute de mauvaises intentions, au nom de l’intérêt présumé d’un Mali indépendant. Mais les spécialistes de la désinformation soulignent que le populisme relève parfois d’une quête de rémunération. Pour l’heure, ceux qui profitent de la majorité des fake news de cet acabit – l’État ou les mercenaires russes – ont déjà été pris la main dans le sac de la manipulation numérique rémunérée, notamment en République centrafricaine. À la guerre comme à la guerre ? Fort heureusement, cet état de fait difficilement contrôlable en amont suscite des vocations de fact-checkeurs associatifs locaux.

Burkina : Roch Marc Christian Kaboré sous bonne garde

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 31 janvier 2022 à 20:49
 

 

Roch Marc Christian Kaboré, lors du sommet du G5 Sahel à Nouakchott, le 30 juin 2020. © Ludovic Marin /Pool via REUTERS

 

Le sort de l’ancien président, toujours en résidence surveillée, sera au cœur des discussions lors du sommet de la Cedeao, le 3 février.

Disparu des écrans radars depuis le coup d’État du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), dirigé par Paul-Henri Sandaogo Damiba, Roch Marc Christian Kaboré se trouve toujours en résidence surveillée dans une villa ministérielle située dans le quartier de Ouaga-2000. L’un de ses aides de camp est à ses côtés. Selon nos informations, ses conditions de vie se sont récemment durcies.

Gendarmes chassés

Les mutins ont chassé les gendarmes qui assuraient sa sécurité afin de le garder eux-mêmes. Ses téléphones – il était, entre autres, en contact régulier avec plusieurs de ses anciens homologues, dont Alassane Ouattara, Macky Sall et Mohamed Bazoum – lui ont été retirés.

Si son épouse, Sika, ne loge pas avec lui, elle peut lui rendre visite, tout comme leurs deux enfants. Contrairement aux rumeurs, ses anciens collaborateurs (ministres, hauts gradés…) n’ont pas été arrêtés. Ils sont tous libres, y compris l’ancien patron des renseignements, le colonel-major François Ouédraogo, démis ce 31 janvier de ses fonctions. Ce dernier se trouve à son domicile, dans le quartier de la Patte-d’Oie.

Impatient de démissionner

Dans la nuit du 23 au 24 janvier, Roch Marc Christian Kaboré a été exfiltré sous le crépitement des balles qui sifflaient autour de son domicile privé. Les quatre gendarmes blessés étaient dans le convoi de diversion, alors que le président circulait à bord d’un véhicule banalisé. Selon un proche du MPSR, un refus d’obtempérer serait à l’origine des tirs. Les victimes ont été prises en charge à l’infirmerie du camp Sangoulé Lamizana, où elles se trouvent toujours.

Au matin, Kaboré a personnellement demandé à être remis à une autorité morale, afin que son intégrité physique soit garantie. Sa garde rapprochée a alors décidé, de concert avec les jeunes officiers présents autour de Damiba, de se rendre chez le cardinal Philippe Ouédraogo. Il a ensuite été placé en sécurité dans la résidence ministérielle où il réside toujours.

Toujours selon nos informations, il a lui-même demandé à signer sa démission, que des soldats se chargeaient de préparer au camp Sangoulé-Lamizana afin qu’il n’ait plus qu’à y apposer sa signature. Mais, impatient, il a fini par réclamer une feuille blanche sur laquelle il a lui-même écrit l’intégralité de sa lettre, a confié à Jeune Afrique un témoin des événements. Plusieurs proches de l’ancien président burkinabè évoquent d’ailleurs son « soulagement » à cet instant précis. Il évitait ainsi un affrontement entre les putschistes et sa garde rapprochée.

Nana Akufo-Addo particulièrement impliqué

Il sera beaucoup question du sort de Roch Marc Christian Kaboré lors du prochain sommet de la Cedeao, le 3 février à Accra. Le président ghanéen, Nana Akufo-Addo, dont la ministre des Affaires étrangères, Shirley Ayorkor Botchway, séjourne actuellement à Ouagadougou dans le cadre d’une mission ONU-Cedeao, est particulièrement impliqué dans les discussions. Objectif : obtenir la libération de l’ancien chef de l’État.

 

La lettre de démission de Roch Marc Christian Kaboré.

 

La lettre de démission de Roch Marc Christian Kaboré. © DR

Chers Confrères

La semaine prochaine, vendredi le 4 février, nous sommes invités à marquer la JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FRATERNITE HUMAINE.

Bon à savoir :

* La Journée Internationale de la Fraternité Humaine a été instituée par une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies en décembre 2020.

* L'initiative prend acte de la signature du document sur la FRATERNITÉ HUMAINE POUR LA PAIX MONDIALE ET LA COEXISTENCE COMMUNE, le 4 février 2019, par le pape François et le grand imam d'Al-Azhar, Ahmad Al-Tayyeb, à Abu Dhabi.

* La résolution des Nations unies reconnaît la contribution que le dialogue entre tous les groupes religieux peut apporter à une meilleure prise de conscience et à une meilleure compréhension des valeurs communes partagées par toute l'humanité.

Promouvons ensemble une culture de la paix qui encourage le développement durable, la tolérance, l'inclusion, la compréhension mutuelle et la solidarité dans le monde entier.

Vous trouverez ci-joint

  1. FRATELLI TUTTI n°285 : citation du document « Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune »
  2. Réflexion et prière sur la Fraternité humaine

Que l'Esprit Saint nous aide à vivre l'appel à être un artisan de paix, qui unit au lieu de diviser, qui étouffe la haine au lieu de l’entretenir, qui ouvre des chemins de dialogue au lieu d’élever de nouveaux murs »

Fraternellement

Andreas

 

 

La lettre encyclique FRATELLI TUTTTI (2020) cite le document sur la « FRATERNITÉ HUMAINE POUR LA PAIX MONDIALE ET LA COEXISTENCE COMMUNE » (Abou Dhabi, 4 février 2019)

FRATELLI TUTTI n°285 :

Lors de cette rencontre fraternelle, dont je garde un heureux souvenir, le Grand Imam Ahmad Al-Tayyeb et moi-même avons déclaré « fermement que les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang. Ces malheurs sont le fruit de la déviation des enseignements religieux, de l’usage politique des religions et aussi des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire – de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes. […] En effet, Dieu, le Tout-Puissant, n’a besoin d’être défendu par personne et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens ». C’est pourquoi je veux reprendre ici l’appel à la paix, à la justice et à la fraternité que nous avons fait ensemble :

  • « Au nom de Dieu qui a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité, et les a appelés à coexister comme des frères entre eux, pour peupler la terre et y répandre les valeurs du bien, de la charité et de la paix.
  • Au nom de l’âme humaine innocente que Dieu a interdit de tuer, affirmant que quiconque tue une personne est comme s’il avait tué toute l’humanité et que quiconque en sauve une est comme s’il avait sauvé l’humanité entière.
  • Au nom des pauvres, des personnes dans la misère, dans le besoin et des exclus que Dieu a commandé de secourir comme un devoir demandé à tous les hommes et, d’une manière particulière, à tout homme fortuné et aisé.
  • Au nom des orphelins, des veuves, des réfugiés et des exilés de leurs foyers et de leurs pays ; de toutes les victimes des guerres, des persécutions et des injustices ; des faibles, de ceux qui vivent dans la peur, des prisonniers de guerre et des torturés en toute partie du monde, sans aucune distinction.
  • Au nom des peuples qui ont perdu la sécurité, la paix et la coexistence commune, devenant victimes des destructions, des ruines et des guerres.
  • Au nom de la ‘‘ fraternité humaine’’ qui embrasse tous les hommes, les unit et les rend égaux.
  • Au nom de cette fraternité déchirée par les politiques d’intégrisme et de division, et par les systèmes de profit effréné et par les tendances idéologiques haineuses, qui manipulent les actions et les destins des hommes.
  • Au nom de la liberté, que Dieu a donnée à tous les êtres humains, les créant libres et les distinguant par elle.
  • Au nom de la justice et de la miséricorde, fondements de la prospérité et pivots de la foi.
  • Au nom de toutes les personnes de bonne volonté, présentes dans toutes les régions de la terre.
  • Au nom de Dieu et de tout cela, [… nous déclarons] adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère ».

 gopfert

 

PRIERE pour la Journée International de la Fraternité Humaine

Citation de FRATELLI TUTTI n° 284:

La violence fondamentaliste est parfois déclenchée, dans certains groupes de l’une ou l’autre religion, par l’imprudence de leurs responsables. Mais « le commandement de la paix est profondément inscrit dans les traditions religieuses que nous représentons. […] Les chefs religieux sont appelés à être de véritables “personnes de dialogue”, à œuvrer à la construction de la paix non comme des intermédiaires mais comme d’authentiques médiateurs.

Les intermédiaires cherchent à faire des remises à toutes les parties dans le but d’en tirer un gain personnel. En revanche, le médiateur est celui qui ne garde rien pour lui, mais qui se dépense généreusement, jusqu’à se laisser consumer, en sachant que l’unique gain est celui de la paix. Chacun de nous est appelé à être un artisan de paix, qui unit au lieu de diviser, qui étouffe la haine au lieu de l’entretenir, qui ouvre des chemins de dialogue au lieu d’élever de nouveaux murs ».

Prions:

Dieu, Trinité d’amour,

Par la force communautaire de ton intimité divine

fais couler en nous le fleuve de l’amour fraternel.

Donne-nous cet amour qui se reflétait dans les gestes de Jésus

dans sa famille de Nazareth et

dans la première communauté chrétienne.

Refrain : Viens, Esprit de sainteté,

   Viens, Esprit de Lumière,

   Viens, Esprit de Feu,

   Viens nous embraser.

 

Dieu, Trinité d’amour,

Accorde aux chrétiens

de vivre l’Évangile et de pouvoir découvrir le Christ en tout être humain,

de le voir crucifié dans les souffrances des abandonnés et des oubliés de ce monde,

et de le voir ressuscité en tout frère et toute sœur qui se relève.

Refrain

Dieu, Trinité d’amour,

Montre-nous ta beauté reflétée en tous les peuples de la terre,

pour découvrir qu’ils sont tous importants,

que tous sont nécessaires,

qu’ils sont des visages différents de la même humanité que tu aimes.

Refrain

Dieu, Trinité d’amour,

Encourage-nous à rencontrer chaque être humain comme une sœur, un frère.

Guide-nos efforts de surmonter les barrières et les différences d’idées, de langues, de cultures, de religions.

Oins tout notre être de l’huile de ta miséricorde qui guérit les blessures des erreurs, des incompréhensions, des conflits.

Envoie-nous avec humilité et douceur sur les sentiers exigeants, mais féconds, de la recherche de la paix.

Aide-nous à vivre comme sœurs et frères qui prennent soin de la Maison Commune, la Terre.

Refrain

 

Prière inspirée par FRATELLI TUTTI n°254 and n°287