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CAN 2022 : Burkina Faso-Tunisie, les survivants ont de l’ambition

 

Malmené par le Covid-19 au premier tour de la CAN 2022, le Burkina Faso a fait face et se retrouve parmi les huit meilleures équipes d’Afrique. La Tunisie, elle, a beaucoup souffert au premier tour avant de scalper l’ogre nigérian en huitièmes de finale. Mais de ces deux sélections forgées dans l’adversité, seule une verra le dernier carré. 

De notre envoyé spécial à Garoua,

Les quarts de finale de la CAN 2022 s’ouvrent ce dimanche 29 janvier avec, pour commencer, Gambie-Cameroun à Douala, puis Burkina Faso-Tunisie à Garoua. Les Étalons et les Aigles de Carthage n’ont plus croisé le fer depuis cinq ans et un jour. C’était lors des quarts de finale (déjà) de la CAN 2017. Et ce 28 janvier-là, à Libreville au Gabon, les Burkinabè l’avaient emporté en marquant dans les dix dernières minutes (2-0).

À l’heure des retrouvailles, difficile de dégager un favori. Ces deux équipes ont pour point commun d’avoir vécu des passages compliqués depuis le début de la compétition au Cameroun. Et d’avoir réussi à se hisser jusqu’en quarts malgré tout. 

Bertrand Traoré et Dayo Issoufou incertains

Après avoir dû composer plusieurs fois sans nombre de joueurs importants car positifs au Covid-19, surtout en début de CAN, le Burkina Faso se présente enfin au complet, ou presque. « Les garçons ont tous été testés négatifs », nous a confirmé le sélectionneur Kamou Malo à l’entraînement, à la veille du quart de finale. Mais le technicien a quand même quelques soucis à gérer.

Il y a un peu de fatigue dans les jambes burkinabè après la prolongation et la séance de tirs au but contre le Gabon au tour précédent. « Nous sommes dans une bonne séquence de récupération », nuance Kamou Malo. Le vrai problème se situe ailleurs : « On déplore quelques incertitudes liées à des cas de blessures musculaires. »

L’entraîneur ne fait pas de mystère. « Bertrand Traoré et Dayo Issoufou sont aux soins et s’entraînent à l’écart du groupe », révèle-t-il. Le capitaine et le vice-capitaine pourraient manquer à l’appel. Le staff médical est à l’œuvre et réserve encore son « verdict final ».

Les blessures d’Issoufou et Traoré ne sont pas idéales avant de se mesurer à une « très bonne équipe » de Tunisie, concède Kamou Malo. « Elle joue un football homogène, elle est très compacte dans les blocs et elle est très bien placée tactiquement », observe le sélectionneur, qui s’attend à trouver dimanche une « grosse équipe » face à lui.

« Parfois, ce n’est pas le plus fort qui gagne »

C’est que les Aigles de Carthage ont impressionné face au Nigeria en huitièmes de finale. Après une victoire et deux défaites dans le groupe F, les Tunisiens n’avaient clairement pas les faveurs des pronostics avant de se mesurer aux Super Eagles, qui avaient eux remporté leurs trois rencontres du premier tout. Et pourtant, c’est bien la Tunisie qui est sortie victorieuse de ce match, avec un but signé Youssef Msakni.

Un résultat qui n’était « pas une surprise » pour Mondher Kebaier. « On y croyait dès le début. Plusieurs voulaient enterrer l'équipe de Tunisie, personne ne croyait qu'elle était capable de gagner contre le Nigeria. On a abordé le match avec beaucoup de confiance, avec un esprit de guerriers. Notre plan de jeu a fonctionné », apprécie le sélectionneur, qui insiste : « C’était mérité. »

Mondher Kebaier ne change rien à ses ambitions annoncées avant même le début de la CAN : oui, la Tunisie veut jouer les premiers rôles et se battre pour le titre. « On y croit, on a confiance en nos moyens », répète-t-il. Mais le Burkina Faso, qui se dresse sur la route de son équipe, n’est pas pris à la légère. Le coach a fait ses devoirs et connaît la valeur des Étalons.

« Cette équipe a joué deux fois contre l'Algérie (en 2021 en éliminatoires de la Coupe du monde, ndlr). Elle a fait 1-1 chez elle et 2-2 à l'extérieur. Contre le Cameroun, elle a fait un match exceptionnel. C'est une équipe très solide, avec un bloc compact. Elle place des contres très dangereux. Il faudra être patient et jouer notre football pour faire la différence. » Mondher Kebaier glisse que « parfois, ce n’est pas le plus fort qui gagne » dans les matches à élimination directe. De quoi rajouter un peu plus d’intérêt à ce quart de finale en forme de remake de 2017.

« Cuisines d’Afrique » : retour aux sources véganes du continent

Mis à jour le 27 janvier 2022 à 09:45
 

 

Marie Kacouchia est née à Abidjan et vit à Paris. © Éditions La Plage

 

Dans un livre de 80 recettes, la Franco-Ivoirienne Marie Kacouchia bat en brèche les préjugés sur la présence de la viande dans les assiettes africaines. Et promeut l’afrovéganisme, une manière de se réapproprier son héritage culturel par l’alimentation.

« Ma maman, c’est le type de cuisinière qui déteste qu’on soit dans ses pattes… C’était un peu compliqué d’apprendre avec elle », plaisante Marie Kacouchia. C’est donc en tentant une autre approche – la confection d’un livre de recettes – que cette trentenaire franco-ivoirienne a percé les mystères culinaires de Marie-Madeleine. Dans Cuisines d’Afrique, publié aux éditions La Plage, cette cheffe amateure, responsable de l’expérience client pour une marque de compléments alimentaires, nous ouvre l’appétit avec du pop-corn épicé ou de la soupe de légumes rwandaise, puis nous propose du ragoût de bananes plantains et aubergine ou du yassa de chou-fleur aux olives, avant de nous tenter avec une compotée de mangue au piment ou des cookies aux cacahuètes et aux dattes… Le tout, pourquoi pas, arrosé d’un thé glacé au kinkéliba ou d’un bissap au basilic.

Après s’être imprégnée des influences familiales ouest-africaines – ivoiriennes mais aussi guinéennes et burkinabè par sa mère, et ghanéennes par son père –, Marie Kacouchia a étendu son champ des saveurs en passant au grill des amis issus des quatre coins du continent. Mais la première frontière dont elle a tenu à s’affranchir est celle des idées reçues – souvent très coriaces – sur la place de la viande dans les cuisines africaines. Dans le passé, les plats traditionnels se sont passés d’ingrédients carnés, et, pour elle, c’est aussi ça l’avenir. Dans ce livre pratique et accessible de 80 recettes, le mafé est donc aux légumes et les galettes de haricots rouges destituent le sacro-saint steak au cœur du yassa burger. Si elle reprend la devise maternelle : « On cuisine avec le cœur ou on ne cuisine pas ! », Maria Kacouchia aborde surtout les fourneaux avec de solides convictions. Rencontre.

Jeune Afrique : À qui s’adresse ce livre de recettes ?

Marie Kacouchia : À tout le monde ! Aussi bien aux passionnés qui veulent ouvrir leurs horizons, à ceux qui voudraient découvrir ou redécouvrir leurs racines culinaires qu’à ceux qui veulent s’initier au véganisme, qui essayent d’adopter ce mode de vie et qui ont parfois peur d’être limités dans leur alimentation. J’ai choisi des recettes rapides et faciles à faire, à la fois pour que ceux qui ne connaissent pas les cuisines africaines puissent s’initier et pour que les Africains ne réservent plus ces plats à de rares occasions, par peur que ça mijote pendant des heures.

CERTAINES TRADITIONS ANCESTRALES AFRICAINES ET AFRODESCENDANTES SONT VÉGÉTALES DEPUIS LONGTEMPS

Vous avez grandi entre Abidjan et Paris… Comment s’est développée votre passion des cuisines africaines ?

J’ai toujours aimé la cuisine, mais cette passion en particulier est arrivée sur le tard. Lorsque ma famille est venue vivre en France, alors que j’étais adolescente, nous avons continué à manger des plats de notre enfance, mais c’était occasionnel : pour les fêtes, quand on recevait… ou quand ma mère avait le mal du pays. Elle préparait alors des plats réconfortants. Tout d’un coup, on avait sur la table de l’alloco, du tô !

Mais quand j’ai quitté la maison, j’ai réalisé que j’étais un peu dans un entre-deux. J’ai fait l’expérience du racisme et j’ai eu envie de mettre à distance l’éducation de mes parents, qui poussait à s’intégrer, à être plus français que les Français… C’est passé par la cuisine, qui constituait une façon accessible de me réapproprier mon héritage culturel. Je ne parlais pas la langue de mes parents, mais des membres de mon entourage pouvaient me transmettre de façon presque affective les plats de mon enfance. C’était une façon de recréer du lien et de reconstruire un pan de mon identité.

L’atassi est un riz aux haricots à la béninoise

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’atassi est un riz aux haricots à la béninoise © Editions La Plage

Pourquoi choisir d’aborder cet héritage sous le prisme du véganisme ?

Parce que c’est le mode de vie que j’ai adopté après y avoir longtemps aspiré. Je voulais aussi rétablir une forme de vérité sur les cuisines africaines, qui ne sont pas toutes carnées. Certaines traditions ancestrales africaines et afrodescendantes  sont végétales depuis longtemps, comme beaucoup d’aliments essentiels au quotidien sur le continent – les tubercules ou les céréales par exemple.

LE VÉGANISME EST SOUVENT VU COMME UN CAPRICE D’OCCIDENTAUX AISÉS

C’est très intéressant de dialoguer avec ceux qui s’opposent au véganisme – notamment avec des personnes de la diaspora – et qui, progressivement, se rendent compte qu’il y a beaucoup de plats qu’ils connaissent qui ne contiennent pas d’aliments carnés.

Le fait de s’afficher végane peut susciter de vives oppositions…

J’ai fait face à beaucoup de réactions un peu caricaturales : « les Noirs adorent le poulet, la viande », « on ne peut pas être noir et végane ». Mais ce rapport à la viande est en réalité relativement récent. On ne peut pas accoler cette généralité aux Noirs ou aux cuisines africaines.

Reste que ce n’est pas toujours évident de s’afficher végane en société, voire même en famille. C’est vu comme un caprice d’Occidentaux aisés, qui peuvent se faire permettre de jouer avec la nourriture ou d’exclure toute une partie des aliments. Mais il ne s’agit pas de trier ou de faire la fine bouche parce qu’on a dépassé le stade de la survie.

Dans le yassa burger, le steak est remplacé par des galettes de haricots rouges

 

Dans le yassa burger, le steak est remplacé par des galettes de haricots rouges © Editions La Plage

De quoi s’agit-il alors ?

Devenir végane, c’est un acte d’amour. Je pense au bien-être animal, à la planète. Le véganisme a un impact concret sur notre environnement. C’est aussi une manière d’accéder à l’indépendance alimentaire. Et il renvoie à des questionnements identitaires. Grâce à mes interviews et à mes recherches pour mon livre, grâce aux réseaux sociaux aussi – et notamment au compte Instagram de Mangeuse d’herbe –, j’ai compris ce qu’était l’afrovéganisme, ce mouvement et cet élan qui me poussait à vouloir construire mon identité africaine, à mieux la saisir, à mieux comprendre tous les biais que j’ai intériorisés.

Comment définiriez-vous l’afrovéganisme ?

Comme une volonté de quitter un système capitaliste centré sur l’Occident pour se réapproprier son héritage ancestral, pour reconstruire son identité et redécouvrir des usages et des aliments qui sont propres à l’Afrique et aux Caraïbes. Choisir l’afrovéganisme, c’est se poser la question : pourquoi je mange ce que je mange ? Comment puis-je réintégrer mon héritage culturel dans mon alimentation quotidienne et ne pas réserver ça à des retrouvailles avec des personnes de ma communauté ou à des événements particuliers ? Comment au quotidien, j’affirme mon identité africaine et comment l’alimentation, centrale dans notre quotidien, peut la porter ?

ON S’ACCROCHE SOUVENT À DES CHOSES NÉFASTES ET QUI NE SONT PAS PROPRES À NOTRE ALIMENTATION D’ORIGINE

Il faut prendre du recul, s’interroger sur l’introduction de la viande dans nos vies, et revenir à des modes d’alimentation ancestraux bienfaisants pour nous, pour notre communauté, et qui ont du sens. Finalement, on s’accroche souvent à des choses néfastes et qui ne sont pas propres à notre alimentation d’origine.

Est-ce en train de changer ?

On est effectivement passé d’une génération marquée par l’américanisation de la société et toute l’aura des anciens colons à une autre qui essaye d’affirmer son individualité, par exemple via le mouvement nappy. Au Burkina, on revient aux tissus traditionnels, le faso dan fani, l’ankara, alors que le wax [importé par les Néerlandais au XIXe siècle] est de moins en moins plébiscité. L’aire de la dépigmentation n’est pas encore passée, mais on questionne tous ces sujets. On se tourne de plus en plus vers des auteurs afro. Mais, dans le domaine de l’alimentation, il y a encore des résistances. On questionne très peu ce qu’on fait tout le temps : manger.

On a toujours – ou très longtemps – eu le regard tourné vers ailleurs, c’est comme si ce qui venait de chez nous était moins bien. On a des recettes de mamies à base de kinguéliba, de moranga ou de baobab qu’on dénigre. Mais aujourd’hui, si ces ingrédients sont estampillé superfood ou si ça revient par le biais des influenceurs ou du marketing, on les adopte ! En une génération, on a vu des changements profonds s’opérer. Il faut rester optimiste et utiliser les « armes » – les réseaux sociaux, les médias, le cinéma, la musique – qui ont permis d’intégrer certaines façons de penser pour les déconstruire.

 

« Cuisines d’Afrique» de Marie Kacouchia, éditions La Plage, 180 pages, 29,95 euros.


« Cuisines d’Afrique» de Marie Kacouchia, éditions La Plage,
180 pages, 29,95 euros. © Éditions La Plage

CAN 2022: le Burkina élimine un valeureux Gabon et file en quarts de finale


La joie du Burkina Faso après sa victoire face au Gabon le 23 janvier 2022

A l’issue d’un match magnifique d’engagement, où il a fallu passer par les prolongations et les tirs aux buts, le Burkina Faso est venu à bout du Gabon (1-1, tab : 7-6 ) dans le premier huitième de finale de la CAN 2022.

Les Etalons joueront leur quart de finale contre le vainqueur de Nigeria-Tunisie ce dimanche 23 janvier 2022.

De notre envoyé spécial à Limbé,

Ce fut une rencontre plaisante à suivre sur les hauteurs de Limbé entre deux équipes qui ont joué pour gagner, chacune à sa façon. Un match rythmé, avec de l’engagement, beaucoup d’engagement en atteste les 12 cartons jaunes et un rouge distribués par l’arbitre marocain Rédouane Jiyed. A la fin, le Burkina, qui a été longtemps devant, a fini par faire tomber le Gabon après une série de tirs-au-but dantesque.

Le Gabon a fait son match, plein de vitalité, de vitesse, d’énergie, de volonté extraordinaire même à 10 après l’expulsion de Sidney Obissa (67e). Mais les hommes de Patrice Neveu sont tombés sur une équipe du Burkina Faso, réaliste d’abord et chanceuse à la fin.

Bertrand Traoré rate le penalty…

Le premier fait de jeu arrive à la 14e minute quand l’arbitre siffle un penalty pour le Burkina, dominé, pour une faute peu évidente d’Obissa sur Kaboré. Très peu évidente même après les multiples ralentis. M. Jiyed ne jugera pas utile d’aller consulter la VAR. Peu importe, les Etalons ratent une grosse opportunité avec Bertrand Traoré qui manque le penalty en envoyant le ballon sur la barre transversale (18e). Le capitaine va avoir très vite l’occasion de se rattraper dix minutes plus tard. Sur une passe de Dango Ouattara, qui transperce la défense, l’ex-joueur de Lyon ne rate pas cette fois-ci son duel face à Amonome sorti à sa rencontre. D’un plat du pied, il ouvre le score avec l’aide du poteau (28e).

Les Panthère pourtant dominateurs, avec plus de 60% de possession en première période, sont cueillis à froid. Boupendza, à la réception d’une belle ouverture de Ecuele Manga, pense remettre les compteurs à zéro en marquant à bout portant face à Koffi. Mais l’attaquant d’Al Arabi (Qatar) est signalé hors-jeu.

Les Gabonais à dix

Le tournant de la rencontre intervient à la 67e minute. Sidney Obissa est en effet logiquement expulsé pour un deuxième carton jaune. Les protestations d’Ecuele Manga et de Denis Bouanga, qui écopent d’un avertissement, n’y changeront rien ; les Gabonais vont disputer plus de 55 minutes (en comptant les prolongations) à 10 contre 11. Malgré ce handicap, les hommes de Neveu tenteront tout, quitte à s’exposer aux contres Burkinabè. Bertrand Traoré rate ainsi son duel et le doublé face à Amonome (75e). Touré (8ee) et Guira (84e) également. On se dit que, c’en est fini des Panthères, mais sur un ultime corner, Adama Guira marque contre son camp sous la pression d’Ecuele manga (91+1). Le Gabon revient de loin, le Burkina peut s’en vouloir.

Les Etalons dominent les prolongations et manquent de faire la différence avant les tirs aux but par Abdoul Tapsoba qui se voit refuser un but (101e) et manque son face-à-face devant Jean-Noël Amonome. Rien ne sera marqué. Place donc aux tirs-au-but.

Ismahila Ouedraga, tireur décisif

Guelor Kanga, quatrième tireur gabonais, est le premier à craquer ; son tir est stoppé par Hervé Koffi. Saidou Simpore, qui suit rate l’opportunité de donner l’avantage aux siens et envoie son ballon dans les tribunes. Les cinquièmes tireurs réussissent. La série reprend avec Ecuele manga qui marque avec un peu de chance. Guira, buteur malheureux contre son camp, prend à contrepied Amonome. Autchanga marque, Konaté réplique.

Ngakoutou, 9e tireur, expédie sa frappe au-dessus de la transversale. Au tour d’Abdoul Tapsoba, qui a la balle de la qualification dans ses pieds. Le droit échoue face à Amonome. Insoutenable suspense ! Lloyd Palun trouve l’arrête de Koffi. Cette fois, Ismahila Ouedraga ne tremble pas et envoie son tir dans le petit filet en même temps que le Burkina en quart de finale.

Des Burkinabè célèbrent la prise de pouvoir par les militaires

Lundi soir, Roch-Marc Christian Kaboré a été destitué par le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration dirigé par le lieutenant-colonel Paul-Henry Sandaogo Damiba.

Les militaires ont notamment annoncé la suspension de la Constitution, la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale. Des Burkinabè sont descendus dans les rues saluer cette prise de pouvoir.

Avec notre envoyé spécial à Ouagadougou, Peter Sassou Dogbé

C’est en liesse que plusieurs jeunes se sont retrouvés à la place de la Nation dans la capitale pour célébrer la prise de pouvoir par l’armée. Des cris, des coups de sifflets par ici, là-bas l’hymne burkinabè est repris en cœur. Ces jeunes clament que les militaires sont les dignes fils du pays des hommes intègres.

« Le Burkina était en train de mourir, les militaires sont venus le sauver » crie un jeune en délire. « C’est un ouf de soulagement lance un autre, car ajoute-il, nous étions en face d’un pouvoir en manque de compétence, d’intelligence et qui a pris en otage tous les fils et filles du Burkina Faso. »

 A lire : Coup d'État au Burkina Faso: des militaires annoncent la destitution du président Kaboré

D’autres brandissent une banderole sur laquelle on peut lire, « le mouvement pour la refondation du Burkina Faso milite pour des réformes approfondies dans les domaines de la souveraineté, la sécurité et la dignité ».

« Nous allons soutenir les militaires jusqu’au bout » lance l’un. L’autre avertit ceux qui vont s’ingérer dans les affaires du pays : « La Cédéao et consorts, c’est fini ! »

A la tombée la nuit, dans un vacarme des motos, ils sont retournés chez eux avant le début du couvre-feu à 21h.

► A lire : Burkina Faso: qui est Paul-Henri Sandaogo Damiba, le président du MPSR?

Des jeunes ont également manifesté leur joie dans les rues de Bobo Dioulasso. Mais dans la deuxième capitale du pays, tous les habitants ne partagent pas forcément leur enthousiasme et les avis restent partagés.

C’est ce que nous on souhaite. On a besoin d’hommes forts pour diriger le pays, on veut la paix. Matin, midi, soir, s’ils ont besoin de nous, on est prêts à les soutenir.

Réactions dans les rues de Bobo Dioulasso

Burkina : Kaboré, chronique d’une chute annoncée, par Marwane Ben Yahmed

Mis à jour le 24 janvier 2022 à 21:08
 
Marwane Ben Yahmed
 

Par Marwane Ben Yahmed

Directeur de publication de Jeune Afrique.

 

Roch Marc Christian Kaboré, le 12 novembre 2021. © AP Photo/Michel Euler

 

Après Ibrahim Boubacar Keïta et Alpha Condé, c’est le président burkinabè qui est emporté par un coup d’État, ce lundi 24 janvier. Puisque l’on peut déposer un président sans coup férir ni risque d’intervention militaire extérieure, cela ne pouvait que faire des émules.

« Je suis très heureux de la victoire de mon ami Roch. Nous sommes très liés, et nos destins, bizarrement, se sont recoupés. Nous avons été Premiers ministres, puis présidents de l’Assemblée nationale en même temps. Et voici qu’il rejoint la fratrie… » Feu Ibrahim Boubacar Keïta imaginait-il, quand il prononça ces mots au lendemain de l’élection de Roch Marc Christian Kaboré, en novembre 2015, que leurs trajectoires jumelles, des rives de la Seine, où s’est façonnée leur culture politique, notamment au sein de la fameuse Feanf, aux palais présidentiels qu’ils ont conquis, pousseraient le mimétisme jusqu’à leurs chutes respectives, précipitée par des militaires ?

L’épidémie de coups d’État se poursuit donc, qui frappe essentiellement l’Afrique de l’Ouest. C’est le sixième en seulement un an et demi. Une grande première depuis deux décennies. Au Mali par deux fois, au Tchad, en Guinée, au Soudan et donc aujourd’hui au Burkina. Étrange dénominateur commun des putschs ouest-africains : tous ont visé des dirigeants proches de l’Internationale socialiste, issus de la même matrice idéologique dans leur jeunesse parisienne, anticolonialiste et tiers-mondiste, proches les uns des autres, mais aussi de François Hollande quand celui-ci était à l’Élysée. De ce « club » de chefs d’État jadis soudés, seul le Nigérien Mahamadou Issoufou est parvenu à quitter le pouvoir normalement.

Boîte de Pandore

Après IBK et Condé, donc, la fin de Kaboré a des allures de chronique d’une chute annoncée. D’une part parce que la boîte de Pandore était grande ouverte. Les militaires maliens et guinéens ne donnent guère l’impression d’être intimidés et encore moins de mouiller leurs treillis devant les oukases de l’Union africaine (UA) ou de la Cedeao… Alors, puisque l’on peut déposer un président sans coup férir ni risque d’intervention militaire extérieure, si l’on peut devenir chef de l’État, se partager les postes, décider des contours ou de la durée des transitions et s’affranchir de toutes les règles jusqu’ici en vigueur, cela ne peut forcément que faire des émules. D’autant que ces prises de pouvoir par la force, la plupart du temps acclamées (en tout cas, on ne se bouscule guère pour défendre les présidents en question), interviennent dans des contextes de contestation aiguë des dirigeants en place – révélant au grand jour le sentiment diffus que les élections ou la « démocratie » ne servent à rien car elles ne règlent pas les problèmes des citoyens – et même, plus largement, de toute la classe politique.

DANS LE CAS DE KABORÉ, CE QUI LUI EST REPROCHÉ N’A RIEN À VOIR AVEC LE NÉPOTISME, LA CORRUPTION, OU LES ÉLECTIONS TRONQUÉES

Aucun des acteurs traditionnels de l’échiquier ne trouvant grâce aux yeux de la population, il ne reste plus, hélas, qu’à se jeter dans les bras d’un obscur lieutenant-colonel qui promet la lune, le ciel et les étoiles. Dans le cas de Kaboré, ce qui lui est reproché n’a rien à voir avec le népotisme, la corruption, les atteintes aux libertés ou les élections tronquées, contrairement à ses anciens homologues de Bamako ou de Conakry. De tous, il est d’ailleurs certainement le mieux élu. C’est son incapacité à gérer la menace terroriste comme le désarroi de son armée qui est en cause.

Dimanche 23 janvier, alors que des mutineries avaient éclaté au camp Sangoulé Lamizana, le plus important de Ouagadougou, ainsi qu’à la base aérienne et à Kaya, dans le centre-nord du Burkina, tout laissait à penser que ce prurit de colère de la soldatesque risquait d’exploser. Depuis plusieurs mois, Kaboré était informé de l’exaspération des militaires, régulièrement pris pour cibles par les groupes jihadistes. Et depuis l’attaque d’Inata, le 14 novembre 2021, qui a fait 53 morts, le spectre d’une tentative de coup d’État planait. Le 10 janvier, le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana avait d’ailleurs été mis aux arrêts, suspecté par les autorités d’avoir fomenté une tentative de putsch. Or le tombeur de Kaboré, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, faisait partie de la même promotion que Zoungrana…

Le début de la fin

Manque de moyens humains et matériels, défiance vis-à-vis de la hiérarchie en place, sentiment d’abandon… « Roch », celui que ses compatriotes aimaient à surnommer le « président-diesel », n’a pas su prendre la juste mesure de ce ressentiment. Celui qui a été élu pour incarner l’exact contraire de Blaise Compaoré, qui n’a jamais eu à faire face à des attaques terroristes et dont la poigne était connue, notamment grâce à son corps d’élite, le Régiment de la sécurité présidentielle (RSP), a buté sur la question sécuritaire. Laquelle s’était imposée à lui quelques semaines seulement après son investiture avec le premier attentat contre la capitale, et qui a pesé sur ses deux mandats telle une épée de Damoclès.

Depuis 2015, les exactions des groupes jihadistes ont fait plus de 2 000 morts (dont 400 soldats) et contraint plus de 1,4 million de personnes à fuir leurs foyers. « Nos concitoyens se posent des questions. Nous devons les rassurer et leur montrer que nous sommes capables de défendre notre pays », avait conclu Kaboré après Inata, qui marquera à l’évidence le début de sa fin. Critiqué pour sa faiblesse à l’intérieur du pays – des manifestations massives hostiles à son régime se sont déroulées dès la mi-novembre à Ouaga, Bobo-Dioulasso, Dori, Titao ou Kantchari – comme à l’extérieur, notamment parmi les principaux alliés du Burkina dans la lutte contre le terrorisme, dont Paris, Kaboré n’a pas obtenu le temps qu’il demandait. Le crin de cheval a fini par rompre. Exit donc le « président normal ». Mais si cela revient à lâcher la proie pour l’ombre…

CEUX QUI APPLAUDISSENT À TOUT ROMPRE LA CHUTE D’UN TEL, PRÊTS À LÉCHER LES RANGER DU BRILLANT OFFICIER À LA TÊTE DE LA JUNTE VICTORIEUSE, FERAIENT BIEN DE SE MÉFIER

Le constat d’échec des dirigeants (et des classes politiques en général) étant posé, et le débat sur les carences démocratiques ou institutionnelles en Afrique étant ouvert depuis belle lurette, reste à aborder l’épineuse question de l’après-coups d’État, ces transitions censées remettre ces pays sur les rails. Ceux qui applaudissent à tout rompre la chute d’un tel, prêts à lécher les Ranger du brillant officier à la tête de la junte victorieuse, feraient bien de se méfier. Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté (Guinée), Amadou Haya Sanogo (Mali), Salou Djibo (Niger), Mohamed Ould Abdelaziz (Mauritanie), Gilbert Diendéré (Burkina), pour ne citer qu’eux, ont-ils démontré leur capacité à gouverner dans l’intérêt général, leur leadership ou leur probité ? N’est pas Thomas Sankara qui veut. En revanche, revêtir les oripeaux d’un Yahya Jammeh, le père Ubu de Banjul, c’est plus facile. Et plus probable. A fortiori dans des pays où les armées ne brillent guère par leur compétence ou leur efficacité.

Pas de calendrier acceptable

Méfiance, donc. Et raison de plus pour encadrer autant que possible les processus destinés à restaurer l’ordre constitutionnel. Les principes de base, d’ailleurs, ont été édictés depuis 1999 et le sommet d’Alger de l’OUA. Délai raisonnable (six mois pour l’UA), sanctions ciblées contre le régime si refus d’obtempérer au-delà de ce délai, interdiction de se présenter aux élections, etc. Il est inacceptable, quelle que soit la situation, qu’un Goïta (double putschiste par ailleurs, contre IBK puis Bah N’Daw) ou qu’un Doumbouya, par exemple, s’arrogent seuls tous les pouvoirs, assurent directement la présidence, ne consultent personne et ne donnent aucun calendrier acceptable pour la fin des transitions en cours, le pompon revenant encore une fois à Goïta avec ses possibles cinq années de rab.

C’est aux citoyens concernés, Maliens, Guinéens et demain Burkinabè, d’y veiller, de leur mettre la pression, d’exiger des gages. Ils sont d’ailleurs les seuls, pour peu qu’ils se mobilisent massivement, à avoir une chance d’être écoutés. Tout ce qui émanerait d’ailleurs – institutions continentales, régionales ou communauté internationale (au premier rang desquelles, la France) – n’a visiblement pour seul résultat que de provoquer les rodomontades de nos présidents-officiers, qui ont beau jeu de flatter la fibre nationaliste de leurs concitoyens, seriner que leurs pays n’ont de leçons à recevoir de personne et que leur seule préoccupation, c’est le bonheur de la population.

Dans le cas du Burkina, il semble impensable que les nouveaux maîtres du pays, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba en tête, puissent expliquer, après une révolution, une transition et deux élections (transparentes, elles), qu’ils ont besoin de plus de six mois pour « restaurer » les fondamentaux du pays. Le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) – décidément, les putschistes ne brillent guère par leur inventivité, les dénominations des juntes et les premières adresses télévisées à la Nation se ressemblant furieusement – a déposé Roch Marc Christian Kaboré, car il en allait de la sécurité du pays. Cela tombe bien, c’est leur métier. Les Burkinabè n’ont donc plus aucune inquiétude à nourrir…