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Tshisekedi, Obiang, Buhari, Macron… De 2022 à 2023, l’actu africaine dans l’œil de Glez

Élections en RDC, CAN à venir en Côte d’Ivoire, présidentielle au Nigeria ou encore influence grandissante de la Russie… Retour en dessins sur une année très contrastée.

Mis à jour le 31 décembre 2022 à 10:46
 
 
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Obiang réélu en Guinée équatoriale, Félix Tshisekedi en plein casse-tête électoral en RDC, la fin du règne de Muhammadu Buhari au Nigeria, la discorde entre Macron et les pays maghrébins au sujet des visas… Damien Glez nous livre son regard sur l’année qui vient de s’achever et sur ce qui nous attend en 2023.

 

1- Guinée équatoriale : Obiang forever

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Teodoro Obiang Nguema Mbasogo semblait préparer son vice-président « Teodorin » à la relève. Mais après une condamnation du fils noceur, en France, dans l’affaire dite des « biens mal acquis », c’est finalement le père qui, à 80 ans, a rempilé à la présidence équato-guinéenne. Une sixième élection remportée officiellement à 94,9 % des suffrages, après quarante-trois années de pouvoir, soit le record du monde de longévité parmi les chefs d’État en exercice. Mais Teodorin n’a pas dit son dernier mot.

2- RDC : casse-tête électoral

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C’est lors d’un scrutin présidentiel prévu le 20 décembre que le chef de l’État congolais Félix Tshisekedi devrait remettre son mandat en jeu – des élections législatives et provinciales seront organisées simultanément. Même si le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Denis Kadima, se veut optimiste sur le calendrier, nombre d’observateurs anticipent déjà un possible « glissement ».

3- Nigeria : le lièvre et les deux tortues

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Partis très tôt dans une campagne électorale très longue, les septuagénaires Atiku Abubakar du Peoples Democratic Party (PDP) et Bola Tinubu du All Progressives Congress (APC) espéraient monopoliser la course à la présidence, qui consacre la fin du règne de Muhammadu Buhari. Mais plusieurs sondages suggèrent que le candidat du Parti travailliste, Peter Obi, pourrait jouer les trouble-fête le 25 février 2023.

4- Démocratie : le répit des putschistes

 

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5- Géopolitique : amours intéressées

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Après une année de renaissance panafricaniste promise par des dirigeants à bérets et dans la foulée de campagnes de séduction du Nord en direction de l’Afrique, le continent africain, en 2023, devra préciser et affirmer ses choix en matière de partenaires russes, français, chinois ou autres. En arrière-plan : des hydrocarbures, des céréales, du réchauffement climatique, des migrants et des voix à l’ONU. Qui manipule qui ?

6- France-Maghreb : visas contre expulsions ?

 

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7- Santé : qualité ou quantité de vie ?

 

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8- Sport : la CAN ivoirienne, enfin ?

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La prochaine Coupe d’Afrique des nations (CAN) se jouera en Côte d’Ivoire. Elle aurait dû être disputée en 2021, mais a été décalée à 2023, à la suite du retrait de l’organisation 2019 au Cameroun. Programmée du 23 juin au 23 juillet, la phase finale se tiendra finalement en janvier 2024, officiellement pour des raisons météorologiques. Le président de la Confédération africaine de football (CAF), Patrice Motsepe, craignait « une compétition sous le déluge » de la saison des pluies.

9- Économie : croissance contre vents et marées

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Le Burkina Faso expulse la coordonnatrice de l'ONU

 
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Au Burkina Faso, la coordonnatrice résidente du système des Nations unies est déclarée persona non grata. Elle est donc priée de quitter le Burkina Faso ce jour 23 décembre, de quitter le territoire burkinabè ce jour 23 décembre même selon une note verbale. Elle assumait également les fonctions de Coordonnatrice de l'action humanitaire. Selon Olivia Rouamba, la cheffe de la diplomatie burkinabè, cette décision a été validée par les plus hautes autorités.  

Le gouvernement burkinabé a énoncé plusieurs griefs à l'encontre de Barbara Manzi. Selon la cheffe de la diplomatie burkinabè, la coordonnatrice résidente du système des Nations unies « prédisait notamment le chaos au Burkina Faso » dans les prochains mois, sans pour autant donner de justifications.

« Alors que nous attendons une mission des Nations unies pour le mois de janvier pour une évaluation de la situation, à notre grande surprise, nous recevons une note aujourd’hui de Barbara Manzi qui annonce l’évacuation des familles des diplomates du système des Nations unies de Ouagadougou pour des raisons sécuritaires », explique-t-elle.

Pour le gouvernement burkinabè, cela est « inconcevable » car la coordonnatrice ne donne aucune preuve qui motiverait une telle décision. Il n'y a aucun indicateur qui montre que Ouagadougou est invivable.

La ministre burkinabè des Affaires étrangères accuse également Barbara Manzi d’être en contact avec certains chefs terroristes. « Elle a déclaré être en attache avec des chefs terroristes au Burkina au cours d’une audience. La preuve est qu’elle va et revient de Djibo comme elle le veut », précise la cheffe de la diplomatie burkinabè qui assure que son pays conserve néanmoins des liens de coopération avec les Nations unies.

Les Nations unies se disent « préoccupées » d’apprendre la décision des autorités burkinabè. Par ailleurs, l’organisation a indiqué à RFI que d’un point de vue juridique, déclarer une personne persona non grata est une mesure qui ne s’applique pas aux fonctionnaires des Nations unies, précisant que seul le secrétaire général avait ce pouvoir après une enquête.

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Togo: création de Commissions électorales locales

 
 

Au Togo, on se prépare à organiser les premières élections régionales du pays, dont la date exacte n'a pas encore été annoncée. Une Commission électorale nationale indépendante spéciale a même été mise en place en avril 2022. Le gouvernement a annoncé, mercredi 21 décembre, passer à une nouvelle étape des préparatifs de ces élections. Il s’agit de la création des commissions électorales locales indépendantes.

Avec notre correspondant à LoméPeter Sassou Dogbé

Les Céli, les Commissions électorales locales indépendantes, sont des démembrements de la Commission électorale nationale indépendante ; elles exécutent les décisions de la Céni, supervisent les opérations de révision des listes, les opérations électorales dans les bureaux de vote de leurs circonscriptions. 

Elles seront le relai local de l'instance électorale nationale dans les préfectures pendant l’organisation des prochaines élections régionales.

Les Céli étaient jusque-là au nombre de 46 jusqu'aux élections présidentielles de 2020. 

Après les récentes discussions lors de la concertation nationale des acteurs politiques, il a été décidé que les préfectures ayant plus de trois communes auront droit à deux Céli. Neuf préfectures sont concernées par ce cas de figure, notamment Kozah, Tchaoudjo et Ogou entre autres. Avec ces neuf préfectures, le nombre des Céli passera donc de 46 à 55.

Cette première élection régionale permettra de mettre en place les conseillers régionaux qui, à leur tour, seront appelés à élire les 2/3 des membres du Sénat, les 1/3 restant est nommé par le président de la République.

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Le pape à la Curie : « Notre premier grand problème est de trop nous fier à nous-mêmes »

Analyse 

Lors de ses traditionnels vœux de Noël à la Curie romaine, le pape François a mis en garde, jeudi 22 décembre, contre toute tentation de se présenter comme des « victimes traitées injustement par l’autorité constituée », répondant indirectement aux critiques sur ses modes de décision.

  • Loup Besmond de Senneville (à Rome), 
Le pape à la Curie : « Notre premier grand problème est de trop nous fier à nous-mêmes »
 
Le pape François lors de l’audience au Vatican mercredi 21 décembre 2022.ALBERTO PIZZOLI/AFP

Depuis le début du pontificat, ce discours est toujours attendu avec une forme d’anxiété par la Curie romaine. Le pape, qui avait, dès son arrivée, fustigé les « maladies » de son administration curiale, en a cette fois invité les membres à la « conversion », jamais terminée. Jeudi 22 décembre, lors de ses traditionnels vœux de Noël à la Curie, le pape a ainsi une nouvelle fois mis en garde ceux qui l’écoutaient contre la tentation de ne jamais se remettre en cause.

« L’une des vertus les plus utiles à pratiquer est celle de la vigilance », a expliqué le pape. Une vigilance contre le mal venant de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur même de la « maison » que constitue aux yeux du pape la Curie romaine. Au début de son discours, d’une vingtaine de minutes, il avait ainsi demandé à ceux qui travaillent pour lui de ne pas sombrer, sans le citer explicitement, dans le péché d’orgueil.

« Nous ne devons pas nous fier à nous-mêmes, mais seulement au Seigneur »

« Notre premier grand problème est de trop nous fier à nous-mêmes, à nos stratégies, à nos programmes », a ainsi souligné François. « Nous ne devons pas nous fier à nous-mêmes, mais seulement au Seigneur », a-t-il poursuivi. Un élément également très présent dans la réforme de la Curie, dont la nouvelle constitution est entrée en vigueur en juin, mais qui est encore loin d’être mise en œuvre dans les dicastères.

La Curie, a indiqué François, ne doit pas, comme l’abbesse de Port-Royal et ses moniales au XVIIe siècle, faire preuve de « jansénisme ». « D’elle et de ses moniales, on disait : “Pures comme des anges, orgueilleuses comme des démons.” Elles avaient chassé le démon, mais il était revenu sept fois plus fort et, sous le couvert de l’austérité et de la rigueur, il avait apporté la rigidité et la présomption d’être meilleures que les autres », a commenté le pape.

Contre les « bavardages » et les rumeurs

Cette présomption d’être « meilleur » se nourrit aussi lorsque l’on est convaincu d’être « victimes, traitées injustement par l’autorité constituée et, en définitive, par Dieu lui-même », a ajouté François. Avant de poursuivre : « Et combien de fois cela arrive. Ici, dans cette maison. »

Cette fois encore, il a fustigé les « bavardages » et les rumeurs, où ils représentent souvent – dans une Curie où le silence est une règle d’or – une manière pour les plus critiques de faire savoir ce qu’ils pensent.

« Nous pouvons nous demander : quelle amertume y a-t-il dans notre cœur ? Qu’est-ce qui la nourrit ? Quelle est la source de l’indignation qui, très souvent, crée une distance entre nous et alimente la colère et le ressentiment ? Pourquoi la médisance, dans toutes ses déclinaisons, devient-elle le seul moyen que nous avons pour parler de la réalité ? », a interrogé François.

La bienveillance contre les secrets d’alcôves

Aux rumeurs et aux secrets d’alcôve, le pape a opposé l’exigence de la « bienveillance »« La bienveillance, c’est toujours choisir la modalité du bien pour entrer en relation entre nous, a développé François. Il n’y a pas que la violence des armes, il y a la violence verbale, la violence psychologique, la violence de l’abus de pouvoir, la violence cachée des bavardages, qui font tant de mal et détruisent tant. »

À travers ces mots, François a en réalité répondu directement aux critiques qui le visent depuis plusieurs mois, certains n’hésitant plus à parler, à Rome, de « tournant autoritaire », songeant en particulier à la récente mise au pas de Caritas Internationalis, mais aussi de l’Ordre de Malte ou de la réforme imposée de l’Opus Dei.

Dans ces trois cas, pour des raisons très différentes, le pape a imposé au cours des derniers mois de profondes réformes internes. Des décisions souvent vécues de l’intérieur comme un « coup de poing sur la table » papal, mais répondant à de réels blocages, humains ou institutionnels.

« Pardonnez-moi, frères et sœurs, si parfois je dis des choses qui peuvent sembler dures et fortes, a insisté le pape. Ce n’est pas parce que je ne crois pas à la valeur de la douceur et de la tendresse, mais parce qu’il est bon de réserver les caresses aux personnes fatiguées et opprimées. »

Burkina Faso : la BAD accélère la cadence des financements

Le Fonds africain de développement s’engage à investir près de 41 millions de dollars pour développer l’aviculture, l’agriculture et la pisciculture. Ce projet tourné vers la résilience climatique concerne près de 240 000 personnes.

Mis à jour le 19 décembre 2022 à 16:50
 
 
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Bergers peuls et leurs troupeaux à Gorom Gorom, dans la province burkinabè d’Oudalan. © PHILIPPE ROY/Aurimages via AFP

 

 

Le financement approuvé le 16 décembre à Abidjan par le Conseil d’administration du Fonds africain de développement (guichet de prêts concessionnels de la Banque africaine de développement), se compose d’un don de 28,07 millions de dollars et d’un prêt de 12,88 millions de dollars.

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Cette contribution vient renforcer le soutien déjà considérable de la Banque africaine de développement (BAD) auprès de Ouagadougou. Le 30 octobre dernier, le portefeuille actif du bailleur de fonds au Burkina Faso comportait 16 opérations pour un financement total de 772 millions de dollars. Car en l’espace d’une seule année, l’institution panafricaine a mis en place plusieurs plans d’aide, notamment pour la promotion de l’hygiène, l’accès et l’assainissement de l’eau potable, le renforcement des services douaniers, l’électrification des zones périurbaines, la réhabilitation des routes nationales.

Problèmes de fond

Avec l’ultime financement de l’année en cours, la BAD entend contribuer à remédier aux causes de la faible productivité agricole et animale qui freine le développement du pays. Pour rappel, d’après les dernières données de la Banque mondiale, l’agriculture génère plus de 30 % du PIB burkinabè et emploie environ 80 % de la population active.

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Selon Marie-Laure Akin-Olugbade, directrice générale pour l’Afrique de l’Ouest et vice-présidente par intérim du groupe de la BAD, ce projet contribue à la lutte contre les changements climatiques « dans une perspective d’amélioration de la sécurité alimentaire, tout en ayant un impact positif important sur la réduction de la pauvreté, l’inclusion sociale et la création d’emplois ». Le plan sera mis en œuvre dans les régions des Hauts Bassins, de la Boucle du Mouhoun (Ouest), du Centre-ouest et du Centre qui sont le « grenier » historique du Burkina Faso. Ce qui permettra à plus de 7 500 déplacés pour cause d’insécurité de profiter de la reconstitution de leur capital productif dans les zones d’origine ou d’accueil.

Agriculture « climato-intelligente »

Les activités de ce projet visent le renforcement des bonnes pratiques d’agriculture « climato-intelligente ». Conformément à la définition de la Banque mondiale, il s’agit d’une stratégie de transformation et de réorientation des systèmes agricoles censée garantir la sécurité alimentaire face à la nouvelle donne climatique.

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Ce sont donc 240 unités de démonstration, 240 champs écoles et quatre fermes avicoles pilotes qui verront le jour dans le pays pour préparer l’introduction de cette agriculture innovante. En tout, 1 000 tonnes de semences hybrides de maïs, 200 tonnes de semences améliorées de soja, 9 000 tonnes d’engrais minéraux de fertilisants, 2 500 tonnes de phosphate produit localement, 40 tracteurs et 10 égreneuses vont être distribués aux producteurs.  Sans oublier la mise en place de 40 puits de forages d’eau d’irrigation alimentés par l’énergie solaire, la construction de nombreux magasins de stockage et fours de transformation du poisson, mais aussi l’acquisition de 25 millions de doses de vaccins contre la maladie de Newcastle [maladie très contagieuse et souvent grave qui affecte les oiseaux, notamment les volailles domestiques, NDLR] , de 24 millions de doses de vaccins contre la variole aviaire, ainsi que la construction d’une centrale d’achat des médicaments vétérinaires.

Renforcer la résilience

La BAD entend renforcer la capacité du pays et du secteur agricole à faire face aux effets néfastes des catastrophes climatiques, surtout aux sécheresses qui touchent particulièrement l’Ouest du Sahel, dont fait partie le Burkina Faso. D’après le Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (Conasur), au moins 5 millions de Burkinabès sont directement touchés par ce fléau.

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Les activités comprendront donc le renforcement des capacités des acteurs en matière de financement des risques de catastrophe et l’élaboration d’une stratégie de financement des risques de catastrophes climatiques.