Témoignages

 

Sénégal: la petite île de Sipo en deuil depuis la disparition de la «reine» Fatou Mané

Au Sénégal, la petite île de Sipo, au sud du Sine Saloum, est en deuil depuis la disparition de Fatou Mané, appelée « la reine de Sipo », le 12 avril dernier. La centenaire était une figure emblématique de ce village de la commune de Toubacouta, proche de la Gambie. Une « reine » -un titre honorifique – sans couronne ni château, mais respectée pour ses dons de guérisseuse et visitée par des touristes du monde entier. L’Agence sénégalaise de promotion touristique lui a d’ailleurs rendu hommage. L’un de ses enfants devrait lui succéder.

Avec notre envoyée spéciale à Sipo, Charlotte Idrac

À moins d’une demi-heure en pirogue de Toubacouta, l’île de Sipo, bordée d’une plage de sable fin. « Là on est en face de l’île de Sipo, il y a 63 habitants », raconte le guide Ousmane Sarr. « La reine Fatou Mané avait 107 ans selon certains, d’autres disent 109 ans, mais on ne sait pas exactement. »

La légende raconte que Fatou Mané avait disparu entre ses 5 ans et ses 17 ans, avec des djinns, des esprits, avant son retour au village et son titre décerné au départ par des visiteurs étrangers.

« Les djinns lui ont donné des pouvoirs, par exemple elle faisait guérir les gens, elle soignait, elle priait pour les gens. Ill y avait une dame française qui était enceinte, elle commence à avoir un bébé et la reine a dit : "Moi je ne suis pas sage-femme mais je peux t’aider à avoir l’enfant sans difficulté", et elle a réussi, donc on l’a nommée la reine. »

40 jours de deuil

Fatou Mané recevait dans une maison récemment rénovée, toujours avec le sourire. « Elle était très ouverte, très accueillante », raconte l’une de ses filles, Bintou Touré. « Elle donnait des conseils, elle disait souvent qu’il fallait respecter tout le monde, petits ou grands, Noirs ou Blancs, elle disait : "On est tous pareils’". »

La reine de Sipo avait six filles et un garçon. Après les 40 jours de deuil, la famille organisera sa succession. « On va discuter et trouver facilement une solution », assure Bintou Touré.

 

L'île de Sipo, dans le Sine Saloum, en deuil après le décès de la «reine» Fatou Mané. © RFI/Charlotte Idrac

 

Charles de Foucauld canonisé grâce au miraculé de Saumur 

Les faits

C’est à un jeune charpentier que Charles de Foucauld doit sa canonisation, le 15 mai à Rome. Cent ans après la mort du « frère universel », le jeune homme, Charle, qui a témoigné vendredi 29 avril, a survécu à une chute de 15 mètres en 2016.

  • Christophe Henning, 

 

Charles de Foucauld canonisé grâce au miraculé de Saumur
 
Charle miraculé de 26 ans dans la chapelle Saint Louis à Saumur. Charpentier, il a survécu à une chute de 15,50 m à travers la toiture de la Chapelle en 2016 alors qu'il était en formation dans une entreprise en charge de sa rénovation. Authentifié par la Congrégation pour les Saints, le miracle a été rattaché à Charles de Foucauld et amènera à sa canonisation le 15 mai 2022. Saumur, France, 29 avril 2022.ANTONI LALLICAN/ANTONI LALLICAN

Charle, 26 ans, est un miraculé. Le 30 novembre 2016, le jeune charpentier faisait une chute de 15 mètres et demi, traversant la voûte de la chapelle Saint-Louis, à Saumur (Maine-et-Loire), pour finir par s’empaler sur le montant d’un banc en bois. Mais il a survécu. Un miracle que l’Église attribue à l’intercession du bienheureux Charles de Foucauld, qui sera canonisé par le pape François, comme neuf autres futurs saints, sur la place Saint-Pierre à Rome, le dimanche 15 mai. Vendredi 29 avril, pour la première fois, Charle – sans « s » et dont le nom de famille n’est pas révélé – s’exprimait publiquement pour raconter son accident.

À Saumur, le charpentier miraculé ouvre la voie à la canonisation de Charles de Foucauld

Charpentier dans l’entreprise Asselin, il travaille à la restauration de la charpente de la chapelle Saint-Louis, construite au début du XXe siècle et attenante à l’institution scolaire. En fin de journée, prenant un raccourci, il évite la passerelle et s’avance sur la voûte de pierre, qui cède. Une chute sans fin. Charle évoque avec simplicité l’accident, son souci de préserver ses jambes, rentrer la tête entre ses bras… « J’ai ouvert les yeux, et je n’étais pas encore en bas, j’ai refermé les yeux et me suis abandonné. »

Au secours

La chute ne dure, en vérité, qu’un peu plus d’une seconde. Le choc survient à 60 km/heure. Et pourtant, groggy mais conscient, il se relève, avance vers la porte de la chapelle. « Je n’ai pas voulu prendre la grande porte : il y avait les écoliers dans la cour, je ne voulais pas les impressionner. »

Par une porte latérale, il est pris en charge par des enseignants qui appellent les secours. Sauf qu’avec la pièce de bois fichée dans l’abdomen, Charle ne peut être pris en charge par l’hélicoptère dépêché sur place et qu’il faudra le transporter en ambulance jusqu’au centre hospitalier d’Angers.

Non seulement, il a échappé à la mort, mais huit jours plus tard, il sort de l’hôpital et reprend le travail au bout de deux mois. « J’aime ce métier, explique Charle. Je devais reprendre au plus vite pour pas trop me poser de questions. » La partie médicale étant évoquée, reste, pour reconnaître un miracle, une dimension spirituelle.

Centenaire

2016-2022 : six ans pour une enquête express et la reconnaissance du miracle, non seulement en raison d’une vie sauve mais aussi des liens qui s’imposent entre les deux Charle(s). Ainsi, c’est bien à Saumur qu’a lieu l’accident, dans la paroisse qui a choisi le bienheureux Charles de Foucauld comme patron lors du redécoupage des territoires dans le diocèse d’Angers en 2012. Plus éloquent encore : la date correspond au centenaire de la mort du « frère universel » tué en Algérie le 1er décembre 1916.

Et depuis un an, les fidèles priaient chaque jour Charles de Foucauld, qui fut officier de cavalerie à l’école militaire de Saumur, pour préparer ce centenaire. « Nous priions Charles de Foucauld pour qu’il soit canonisé, comme des milliers de chrétiens dans le monde, souligne le père Vincent Artarit, curé de la paroisse à cette époque. Jamais nous n’aurions pu imaginer que le Seigneur entende notre prière à Saumur. »

Dès l’annonce de l’accident, les fidèles redoublent de ferveur, espérant que la prière vienne apaiser le jeune ouvrier blessé. Or, comme l’explique Mgr Bernard Ardura, postulateur de la cause, le miracle avait déjà eu lieu : par avance à cette mobilisation, Charle avait été sauvé.

Sans rien attendre

Son patron, François Asselin, est quant à lui très investi dans l’Église avec sa femme. Il est surpris par tout ce qui peut apparaître comme des coïncidences. Il rend visite à Charle encore sur son lit d’hôpital, avec une BD sur Charles de Foucauld : « Est-ce que vous m’autorisez à vous parler de quelqu’un qui n’est peut-être pas étranger à tout ce qui arrive ? », confie-t-il au rescapé.

Le miraculé n’a pas la foi. Il le confesse, et explique volontiers que ce qui lui est arrivé a été déterminant dans son existence, mais n’a rien changé vis-à-vis de Dieu. « Le Seigneur donne gratuitement, totalement, sans rien attendre en retour », rappelle Mgr Ardura. Ce qui n’empêche pas le jeune homme de se réjouir à l’idée de se rendre à Rome, le 15 mai, et qui sait, peut-être approcher le pape.

Le 27 mai 2020, le miracle était reconnu par le Vatican. Pour cause de pandémie, il a fallu attendre le 15 mai 2022 pour célébrer la canonisation du « petit frère » du désert. Ils sont déjà plus de 40 000 fidèles annoncés place Saint-Pierre pour les dix canonisations présidées par le pape François. Au milieu de la foule, un jeune charpentier de 26 ans, venu d’Anjou. Miraculé.

kiye2022

Ressuscité des morts, Jésus souffle un nouvel esprit à ses disciples et insuffle au monde les valeurs d’une nouvelle humanité (Une réflexion du Père KIYE M. Vincent, Mafr dans le cadre de l'hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°36 du dimanche 24 avril, 2e dimanche de Pâques)
Textes du jour :
Première Lecture : Actes 5, 12–16
Deuxième Lecture : Apocalypse 1, 9–13, 17–19
Évangile : Jean 20, 19–31
« Jésus souffla vers eux et leur dit : “Recevez l’Esprit Saint.» (Jean 20,23)
 Bien-aimés dans le Seigneur, s’il est vrai que le tombeau vide n’est pas une preuve suffisante de la résurrection du Christ, que dire des récits des apparitions ? C’est le nœud de l’évangile de ce deuxième dimanche de pâques, dit le dimanche de Thomas qui clôture l’octave de pâques, période de huit jours après la fête de pâques. Les textes liturgiques de l’octave de pâques ont une grande particularité, celle d’être centrés sur les récits des apparitions du Seigneur à ses disciples à qui il confie la mission d’être ses témoins jusqu’aux extrémités de la terre. En effet, l’évangile de ce huitième jour de l’octave comporte quelque chose de spécial qui retient notre attention et que nous voulons mettre en relief dans cette méditation. Il s’agit de l’apparition de Jésus à ses disciples réunis et  enfermés dans une maison par peur des Juifs. Saint Jean rapporte qu’après s’être montré à ses disciples, « Jésus souffla vers eux et leur dit : “Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous enlèverez les péchés, ils leur seront enlevés ; quand vous les maintiendrez, ils seront maintenus.” » (Jn 20, 22-23). Que peut-on comprendre de ce geste de Jésus à l’endroit de ses disciples ?
Lorsque nous recourons à l’ancien Testament, nous voyons que dans la première création l’haleine de Dieu avait donné à l’homme âme et vie. Que Jésus souffle également sur ses disciples après sa résurrection donne tout le sens à la mission qu’il confie à ceux-ci, laquelle mission devra également donner âme et vie au nouveau peuple de Dieu par la rémission des péchés. Son souffle donne la vie à la nouvelle création spirituelle issue de son sang versé pour le rachat d’une multitude.
Un détail important cependant retient plus notre attention. C’est le fait que le Christ qui apparaît aux apôtres, après avoir vaincu la mort, leur souhaite la paix. Quel sens ce souhait aux allures d’un héritage a-t-il pour nous ? Déjà en conférant aux apôtres le pouvoir de remettre les péchés, le Christ les dispose à offrir la paix à l’âme inquiète. Il les invite par ce fait à être des artisans de paix et non de vengeance qu’il aurait dû faire lui-même en allant se montrer à ses bourreaux. Oui, la foi dans le Christ assure et donne la paix mais surtout inspire les valeurs de paix à l’homme. La paix avec Dieu est le fondement de la paix entre les hommes. Délivré de l’esclavage du péché, l’homme est en paix, son âme est en fête. Seul le cœur qui vit la paix peut partager cette paix avec d’autres. C’est à partir de la paix intérieure, celle du cœur, que l’on peut établir la paix extérieure : en famille, au sein de l’Église, entre Etats, avec les voisins et entre les peuples. Dès ce moment, la paix devint la preuve de la présence de Dieu au milieu de son peuple. C’est ce message de paix dont les disciples du Christ seront chargés d’annoncer jusqu’aux extrémités de la terre au nom du Christ. Certains y croiront mais d’autres continueront à  douter. Conscient de l’endurcissement de cœur de la part de l’homme, Dieu ne se lasse pas d’envoyer ses messagers auprès de son peuple, pour lui annoncer la parole de vie comme nous le révèle Saint Jean dans la deuxième lecture lorsqu’il dit: « J’entendis derrière moi une voix qui résonnait comme une trompette :  “Écris ce que tu vois, disait-elle, et envoie-le aux sept Églises : à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée.” »(Ap 1, 10-11)Oui, pour parodier Saint Jean, cette méditation a été écrite pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu ; et si vous croyez, vous aurez la vie par l’effet de son Nom.
 Le Seigneur soit avec vous !
✍Père KIYE Mizumi Vincent, Mafr
Paroisse de Nioro du Sahel, diocèse de Kayes
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Whatsapp : (+223) 72 65 74 82
 
 
L'obsession du pouvoir et de la possession déforme le témoignage à la vérité (Une réflexion du Père Vincent KIYE, Mafr publiée dans le cadre de l'hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°37 du dimanche 01 mai 2022) 
« Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela,
avec l’Esprit Saint,
que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent.» (Ac 5, 27b-32.40b-41)
Les apôtres sont témoins de ce que Jésus a réalisé sous leurs yeux. Il leur dit: Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez." Ils jetèrent donc le filet,
et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons. Comment ne pas en être des témoins ? 
Frères et sœurs en Christ, les merveilles que le Seigneur accomplit dans notre vie nous invitent ipso facto au témoignage de ce que nous avons vu et entendu. Une façon pour nous de laisser Dieu s'exprimer au monde à travers nous. Et toi, es-tu témoin de ce que le Ressuscité ne cesse de réaliser dans ta vie ? Es-tu témoin de tout cela avec l'Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent? Malheureusement, aujourd’hui nous sommes de ceux qui faisons taire la vérité au nom de certaines idéologies, pour concevoir notre pouvoir ou notre position sociale ou encore pour avoir tel ou tel avantage. Nous obeissons ainsi aux hommes plutôt qu'à Dieu. 
 Bien-aimés dans le Seigneur, la liturgie de ce jour nous invite à imiter le zèle et le courage des apôtres en raison de leur confiance indéfectible en Dieu. C'est cette confiance en Dieu qui le poussera à repousser l'interdiction des grands pretres en ces termes : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes... Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent." et toi, à qui obéis-tu ? à Dieu ou aux hommes ? à la vérité ou à l'idéologie de la possession et du pouvoir qui poussent à sacrifier la vérité ? 
Frères et sœurs en Christ, s'il y a une tâche difficile dans notre monde actuel c'est celle du témoignage de la vérité. Nous souffrons d'une psychose incroyable qui s'appelle la peur de dire la vérité, la peur de dire ce que nous avons vu et entendu pour ne pas perdre certains avantages.  En agissant ainsi, nous obéissons aux caprices de la chair et non à Dieu ; nous enfermons Dieu dans une prison quelconque. Nous étouffons la vérité au nom de certaines idéologies. Faire taire la vérité ou étouffer la vérité c'est nier Dieu; C'est lui refuser de se dire au monde à travers nous.
Comment comprendre l'exigence du témoignage dans un monde où la vérité dérange, dans un monde où dire la vérité est conditionné par une certaine prudence ou la manière. Que voulons-nous dire concrètement lorsque nous exigeons la manière ou la prudence pour dire la vérité ou gérer certains dossiers?  Dieu, peut-il être conditionné par
 le temps et l'espace? Cela n'est rien d'autre que des manœuvres pour conserver si pas notre pouvoir, au moins protéger nos intérêts et non ceux de Dieu. 
Frères et sœurs en Christ, c'est la réalité devant laquelle les apôtres ont été en but. Empêchés de dire ce qu'ils avaient vu et entendu du Seigneur, ils n'ont pas fléchi. Parce qu'ils savaient que ce que le Seigneur réalise dans notre vie ne peut pas être étouffé par aucune prétention humaine. "Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons." comment se taire devant une telle merveille ? 
 En effet, deux raisons nous poussent souvent à taire la vérité. C'est l'amour du pouvoir et l'obsession de la possession. Ce qui poussa les grands prêtres à interdire les apôtres d'annoncer la Bonne Nouvelle de la résurrection du Christ :« Nous vous avions formellement interdit d’enseigner au nom de celui-là...Vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme !»
Bien-aimés dans le Seigneur, comment demander à quelqu'un de dire que c'est noir alors que tout le monde voit Blanc, s'il n'y a pas une idéologie qui oblige de fausser les données de la perception ? Et toi, qu' est-ce qui te motive lorsque tu t'emprends à la vérité; lorsque tu ne veux pas que la question soit abordée en toute franchise ?
"Il faut obéir à Dieu
plutôt qu’aux hommes." répondront les apôtres. Par cette réponse, les apôtres nous rêvent que la meilleure de manière  c'est la conformité à la volonté de Dieu qui ouvre au salut du genre humain. Nous sommes donc appelés à nous investir par dessus tout, pour la promotion humaine, pour ce qui garantit la vie et dénoncer toutes les manœuvres qui détruisent celle-ci. Et si Jésus se manifesta à ses disciples après sa résurrection c'est pour les investir de la mission d'annoncer les valeurs qui garantissent le salut des enfants de Dieu. Amen 
Le Seigneur soit avec vous
✍🏾 Père KIYE M. Vincent, Missionnaire d'Afrique
Paroisse de Nioro du Sahel dans le diocèse de Kayes
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« Que les évêques de France disent qu’aucune voix chrétienne ne doit aller à l’extrême droite le 24 avril ! » : l’appel du père Christian Delorme

Tribune

Alors que le christianisme est transformé par une partie de l’extrême droite en « idéologie de haine et d’exclusion », le prêtre du diocèse de Lyon appelle les évêques à se prononcer en faveur d’Emmanuel Macron, sans lui donner un blanc-seing.

Publié hier à 18h00, mis à jour hier à 18h32

Tribune. Triste répétition : voici cinq ans déjà, en mai 2017 et dans Le Monde déjà, je m’autorisais – sans succès ! – à en appeler à une parole publique de la part des évêques de France pour que ceux-ci affirment collectivement qu’un vote en faveur d’un(e) candidat(e) d’extrême droite est incompatible avec la foi chrétienne. Me voilà condamné à réitérer aujourd’hui cet appel, alors que, davantage qu’en 2017, la candidate Marine Le Pen a la possibilité de remporter cette élection présidentielle.

Mon appel n’a guère de chance d’être entendu – qui suis-je, d’ailleurs, pour prétendre avoir le droit d’être entendu ? –, mais je peux néanmoins espérer que quelques évêques oseront une parole claire, avant le dimanche du choix décisif. Je sais, aussi, que beaucoup de catholiques, laïcs, religieux (ses) et prêtres, ont (heureusement !) les mêmes attentes que moi.

Une « contre-offensive » chrétienne

Les chiffres du premier tour de l’élection présidentielle sont terrifiants : selon une étude de l’IFOP pour le quotidien La Croix, si on cumule les scores de Marine Le Pen, d’Eric Zemmour et de Nicolas Dupont-Aignan, 40 % des catholiques pratiquants ont voté pour l’extrême droite ! C’est là un échec considérable pour l’Eglise et pour le christianisme en général. Comme l’échec terrible que représente, pour la démocratie française, cette confiance que tant de citoyens français croient pouvoir mettre désormais dans des personnes prônant des valeurs contraires aux fondements mêmes de cette démocratie. 

Face à des mouvements migratoires qui appartiennent à l’histoire naturelle du monde mais dont la réalité est fortement travestie, et par peur de l’essor, dans notre société comme dans le monde entier, d’un islam de plus en plus prégnant, une partie de l’extrême droite en appelle, manifestement avec succès, à une sorte de « contre-offensive » chrétienne… dans une société majoritairement déchristianisée.

« Cette “extrême-droitisation” du catholicisme français représente une tragédie au moins aussi affligeante que l’ultra-déchristianisation de notre société »

Mais de quel christianisme s’agit-il ? Certainement pas d’un christianisme se référant au témoignage de Jésus de Nazareth, lui qui a prêché l’accueil de l’étranger, la fraternité universelle ! Il s’agit d’un christianisme sans Jésus ! Il s’agit d’un christianisme transformé en idéologie de haine. D’un christianisme de l’exclusion de l’autre. Autrement dit : d’un christianisme perverti, d’une hérésie contemporaine. D’une instrumentalisation politique du christianisme comme il n’en a pas manqué au cours de l’histoire, et comme en témoigne aussi de nos jours l’actuel patriarche orthodoxe de Moscou encourageant et bénissant l’agression russe contre l’Ukraine.

Cette « extrême-droitisation » du catholicisme français représente une tragédie, au moins aussi affligeante (pour un chrétien, en tout cas !) que l’ultra-déchristianisation de notre société. Contrairement à ce que croient les promoteurs du retour à un catholicisme identitaire, qui comptent faire ainsi revivre le message chrétien en France, ce qui est en train de se passer va accélérer plus encore la déchristianisation du pays, car on ne saurait sauver le message en le trahissant ou en l’édulcorant. Je ne sais si des évêques prendront le noble risque de dire cela ces prochains jours, mais en tout cas, il y a dans cette dérive massive un urgent sujet de réflexion pour les théologiens autant que pour les pasteurs !

Autorité morale affaiblie

On sait pourquoi, en 2022 comme en 2017, les évêques catholiques de France, réunis le 6 avril à Lourdes, se limitent à un appel au discernement personnel et en conscience des catholiques, sans nommer le mal et le danger. L’horreur et l’ampleur des crimes pédophiles dans l’Eglise ont considérablement affaibli l’autorité morale de cette dernière. On peut comprendre que les évêques hésitent désormais à se poser en donneurs de leçons. Dans une société de moins en moins encline à prêter attention à des recommandations ou à des diktats d’origine religieuse, les évêques peuvent également craindre de se voir accuser d’atteinte à la laïcité (ce que ne manquera pas de dire Marine Le Pen s’ils osent une parole !).

Quand bien même ceux qui, parmi eux, sont susceptibles de voter à l’extrême droite se comptent sur les doigts d’une main, on sent également une crainte, dans l’épiscopat, de toute division interne. Il y a, pareillement, la peur de déchirer les communautés chrétiennes, et même la peur de devoir faire face à la fronde – ou à la désertion – d’une part importante des forces militantes actuelles du catholicisme français, qui s’inscrit de plus en plus dans cette dynamique du catholicisme identitaire.

Pourtant, dans d’autres domaines, comme les sujets dits « sociétaux » (mariage ouvert aux personnes homosexuelles, euthanasie, avortement…), les évêques semblent moins soucieux de ne pas se montrer clivants. Cela signifierait-il que, pour eux, l’allongement des délais pour avorter, ou l’accès volontaire à l’euthanasie seraient plus graves que la mise en péril de notre système démocratique et de la construction européenne ? Je ne peux le croire !

Il faut que les évêques de France, au moins les plus courageux d’entre eux, sachent dire : « Aucune voix chrétienne ne doit aller, dimanche 24 avril 2022, à l’extrême droite ! » Il faut, en tout cas, qu’une majorité de baptisés et de prêtres le crient haut et fort. Appeler à voter, du même coup, pour le président sortant ne signifie pas, pour autant, donner à celui-ci un nouveau blanc-seing. Il y a dans ce pays trop de souffrances, trop d’inégalités, trop de colères pour que ce qui fait système depuis maintenant tant de décennies continue de la même façon. Mais les deux candidatures ne sont pas comparables. L’une n’est pas fermée à davantage d’humanité, l’autre nous conduit au chaos.


Christian Delorme est prêtre du diocèse de Lyon. Très engagé auprès des migrants, il a été un des initiateurs de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983. Il est l’auteur, avec Rachid Benzine, de « La République, l’Eglise et l’islam » (Bayard, 2016).

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Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)