Témoignages

 

Charles Blé Goudé clarifie sa position sur la scène politique ivoirienne

Le leader du Cojep, Charles Blé Goudé, rentré en Côte d’Ivoire le 26 novembre 2022, après avoir été acquitté par la Cour pénale internationale, a donné son premier point presse mercredi matin 11 janvier. Il affirme vouloir « librement participer à la vie politique » de son pays. Et de fait, il se place en « observateur » et compte surtout relancer son parti politique.

Avec notre correspondante à Abidjan, Bineta Diagne

Charles Blé Goudé observe d’abord une minute de silence à la mémoire des victimes de la crise en Côte d'Ivoire. Puis pendant plus de deux heures, il clarifie sa posture sur la scène politique ivoirienne : après avoir rendu visite à Pascal Affi N’Guessan du FPI et à Simone Gbagbo, l’ex-première dame, Charles Blé Goudé affirme ne nouer aucune alliance pour le moment. 

« Je n’ai pour le moment d'affinités avec aucun parti politique. Je connais des personnalités politiques pour qui j'ai beaucoup de respect et le paysage politique ivoirien s’est beaucoup recomposé, donc je suis un étranger aux gros yeux pour le moment. » 

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Charles Blé Goudé veut se concentrer sur la relance de son parti politique, le Congrès panafricain pour la justice et l'égalité des peuples (Cojep). Pas d’alliance en perspective non plus, avec le RHDP, « son adversaire », souligne-t-il.  L’ex-ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo est longuement revenu sur l’état de ses relations avec son mentor : il n’y a pas de brouille entre nous, assure-t-il. 

« Je n'ai pas de conflit avec le président Gbagbo. À La Haye où j’étais, j’ai été un fils, j'ai servi mon père, je n'ai jamais rien fait pour heurter le présent Gbagbo et je pense que depuis qu'il est venu, il n'a jamais rien fait ni rien dit pour me heurter. La seule discorde ? Peut-être, je ne suis pas membre du PDA-CI, mais en tout cas, j'ai fait ma demande d'audience pour voir mon père et j'attends qu'il me reçoive. » 

Charles Blé Goudé a insisté sur son ambition de diriger la Côte d'Ivoire « un jour », selon ses mots. Mais sa condamnation par la justice ivoirienne à 20 ans de prison pour les violences électorales de 2010 l’empêche d’être candidat : « Je marche doucement » dit-il. Il plaide pour que sa condamnation soit annulée, pour participer aux joutes électorales à venir. 

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L’enquête sur l’enlèvement d’Olivier Dubois au Mali confiée à des juges antiterroristes français

Le journaliste français a été enlevé il y a maintenant 21 mois dans le nord du Mali et l’avocat de sa famille s’est félicité de l’ouverture de cette information judiciaire.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 10 janvier 2023 à 15:18
 
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Projection du portrait d’Olivier Dubois lors d’une manifestation de soutien organisée par Reporters sans frontières (RSF), le 3 juillet 2022 à Paris, sur le Panthéon. © Amaury Blin / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP.

 

Les investigations sur l’enlèvement du journaliste français Olivier Dubois, correspondant de LibérationJeune Afrique et Le Point au Mali, ont été confiées à des juges d’instruction du pôle antiterroriste du tribunal de Paris, a-t-on appris le 10 janvier de source judiciaire. Le journaliste indépendant de 48 ans, qui vit et travaille au Mali depuis 2015, avait lui-même annoncé son rapt dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le 5 mai 2021. Il y expliquait avoir été kidnappé le 8 avril à Gao, dans le nord du Mali, par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda.

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Le Parquet antiterroriste français (PNAT) avait ouvert une enquête préliminaire pour « enlèvement en bande organisée » et « en relation avec une entreprise terroriste ». L’information judiciaire confiée à des juges d’instruction du pôle antiterroriste a, elle, été ouverte le 3 octobre dernier, précise le même source judiciaire.

Une deuxième vidéo après un an de silence

L’avocat de la famille d’Olivier Dubois, Me Laurent Bayon, s’est félicité « de l’ouverture de l’information judiciaire qui permet d’accéder aux investigations conduites par le PNAT » lors de l’enquête préliminaire. Dans le dossier figure également la procédure de la justice malienne, a-t-il précisé.

Après quasiment un an de silence, une deuxième vidéo d’Olivier Dubois avait été diffusée le 13 mars dernier sur les réseaux sociaux, sans indication sur la date à laquelle les images avaient été tournées.

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Dans la vidéo, l’otage, qui semblait en bonne santé, s’était adressé à sa famille et au gouvernement français, auquel il demandait de « continuer à faire son possible » pour sa libération. Le journaliste mentionnait également les messages de ses proches, qualifiés de « bouffée d’air frais », qu’il recevait via Radio France Internationale (RFI). Mais la junte malienne d’Assimi Goïta a suspendu le 17 mars la diffusion de RFI et de la chaîne de télévision France 24 dans un contexte de tensions avec la France.

Le seul otage français dans le monde

« Depuis les otages au Liban, dans les années 1980, il y a plus de trente ans, aucun journaliste n’a été retenu en captivité aussi longtemps », avaient rappelé quarante rédacteurs en chef de médias francophones dans une tribune publiée par le quotidien Libération en octobre, soit dix-huit mois après l’enlèvement d’Olivier Dubois.

La famille de ce dernier a lancé en 2022 une pétition en ligne pour demander sa libération et réalisé une vidéo pour le premier anniversaire de son enlèvement afin de sensibiliser le public. Les autorités françaises assurent régulièrement rester mobilisées pour mettre fin à sa captivité.

Olivier Dubois est le seul otage français recensé non retenu par un État dans le monde depuis la libération, en octobre 2020, de Sophie Pétronin, également enlevée au Mali.

(avec AFP)

Face au terrorisme, l’esthétique du désastre

L’artiste franco-camerounaise Osvalde Lewat a choisi de montrer la force et la fierté de femmes rescapées d’attaques terroristes. Une approche qui n’est pas forcément comprise par tout le monde…

Mis à jour le 7 janvier 2023 à 16:00

 

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Écrivaine, réalisatrice et photographe.

 tribune

 

 

« Comment photographie-t-on des Personnes Déplacées Internes, surtout quand ces personnes sont des femmes ? » s’est demandé Osvalde Lewat, écrivaine et réalisatrice franco-camerounaise. (Extrait de l’exposition « FACE » sur le Burkina.) © Osvalde Lewat

 

 

En juillet 2022, sous l’impulsion des artistes burkinabè Odile Sankara et Aristide Tarnagda, je décidai de me rendre à cent kilomètres de Ouagadougou pour photographier des rescapées, des femmes contraintes de fuir le terrorisme qui fragmente leur pays, de se protéger des hommes qui ont attaqué leurs villages, massacré leurs proches.

Du temps de l’ordinaire de leur vie enfuie, elles étaient connues par leurs prénoms et leurs noms. Aujourd’hui déchues de ce passé, réfugiées dans des camps, des familles d’accueil, des marchés où elles squattent de spartiates boutiques désaffectées, elles sont devenues des déplacées internes. Prénoms et patronymes subtilisés, effacés par l’accablante actualité. Comment photographie-t-on des «personnes déplacées internes», surtout quand ces personnes sont des femmes ? Comment ne devient-on pas complice de l’objectivation – après tout, une photo est bien un objet – d’êtres de chair et de destin dont l’identité, la relation au monde, le rôle social se trouvent dorénavant figés dans une sorte d’antonomase malheureuse ?

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L’antonomase, cette figure de style qui opère la mue du nom commun en nom propre, et inversement, neutralise ici les trajectoires personnelles, les fortunes singulières, la précieuse individuation. Alors j’ai désiré que mes photos reflètent ce que je voyais de ces femmes qui paient leur traversée terrestre en monnaie de sang et de douleur. Loin des tentes du HCR, de l’ONU, sans paupières baissées ni échine courbée, le menton relevé, le regard visant l’objectif de l’appareil, grandes, fortes, elles ont posé. Joué aussi. Avec un foulard, des bougies allumées dans l’obscurité, une bassine d’eau, une natte, l’ocre d’un mur, la brique de terre rouge d’une façade de maison, de la paille, des arbres.

Dignité, identité, féminité

Lors de l’accrochage des œuvres, elles ont découvert, incrédules, leur double sur des tirages hauts et larges de plus de deux mètres. Dirigeant un doigt hésitant et pudique vers sa propre photo, l’une d’elles me demanda : « C’est qui ? » Dans La Chambre claire, Roland Barthes postule : « La photographie, c’est l’avènement de moi-même comme un autre : une dissociation retorse de la conscience d’identité. » Aristide et Odile, qui plus tard s’entretinrent avec elles, me confirmèrent qu’elles se redécouvraient, se déprenaient de l’idée qu’elles avaient fini par se faire d’elles-mêmes. Par le biais de leur double de photo, elles se sentaient restaurées dans leur dignité, leur identité, leur féminité ; et échappaient à la stigmatisation qui naît de la confusion entre heurt ponctuel de la vie et accident permanent.

Même si ces photos ne suffiront jamais, à elles seules, à rétablir définitivement une image de soi écornée, il n’est pas excessif d’avancer que j’ai été témoin d’une forme de remontée en humanité que le premier mouvement qui m’avait conduite à éviter les sempiternelles photos misérabilistes de déplacés internes, de réfugiés, de foyers d’instabilité dans le monde, n’aurait pu me laisser entrevoir. C’est qu’il s’agissait, avec Face ( le titre de l’exposition et de la série de photos), de divorcer de cette abstraction nommée «déplacées internes», cette brume humaine qui ne figure rien.

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Pourtant, certains visiteurs de l’exposition se sont trouvés incommodés par les yeux grands ouverts de ces femmes, leur regard frontal, clair, vif, perçant et bien réel. J’ai essuyé des remarques : « Ces pauvres femmes, vous les montrez fières, conquérantes ; ce n’est pas ainsi que le financement des actions liées aux personnes déplacées internes sera encouragé. Vos photos empêchent qu’on les prenne en pitié. Et puis, ce regard droit sur nous, on dirait qu’il nous juge. » Oserai-je dire que la réflexion émanait de la compagne d’un… bailleur de fonds ? Sur un mode plus trivial, un artiste local s’est exclamé : « Walaï ! Ces femmes souffrent ? On dirait des pachas, dèh ! »

La part réelle de vies en souffrance

Ces observations me firent songer à Devant la douleur des autres, l’essai de Susan Sontag qui réfléchit sur ce que doit être une appréhension éthique des photographies de la violence, de la barbarie. Avec l’exposition Face, il était donc question de compassion empêchée, de générosité du récepteur neutralisée par des images qui ne claquaient pas le drame, la souffrance, la misère. Est-il moral de décevoir l’attente des récepteurs en ne disant rien de la tragédie vécue par des personnes dont le rôle social est de faire l’objet de la commisération collective ?

Malgré la croissante indifférence aux victimes, conséquence d’une saturation d’images terrifiantes qui désormais se neutralisent, il semble que nous ne soyons pas encore repus de la vision de la déchéance des autres. L’exercice qui consiste, en proposant une iconographie de rupture, à heurter l’horizon visuel du public n’a, en soi, rien de novateur. Cependant, dans mon geste, il s’agissait moins de reformuler une esthétique artistique du désastre que de convoquer la part réelle et oblitérée de ces vies en souffrance.

On pourrait penser que choisir de réaliser des photos où le sujet photographié met à distance, le temps d’un moment, son assignation identitaire pour faire émerger ce qu’il est, ce qu’il fut, c’est renforcer « l’Image manquante » du rescapé, qui est au cœur de l’œuvre de Rithy Panh. Il s’agit au contraire d’élargir cette image, d’exhausser le champ de lecture de l’état de rescapé. Toute photographie est segment, elle recèle un hors-champ secret dont nous sommes toujours orphelins. Au fond, ce qui m’intéresse dans la photographie, c’est l’élucidation de ce hors-champ. Photographier des femmes debout, majestueuses, le regard fier, des femmes dites déplacées internes y concourt indubitablement.

Bola Tinubu, l’ancien chauffeur de taxi qui rêvait de devenir président du Nigeria

Homme politique prospère aussi controversé qu’influent, il portera les couleurs du parti au pouvoir lors de la présidentielle du 25 février, dont il figure, avec son ancien allié devenu rival Atiku Abubakar, parmi les grands favoris.

Mis à jour le 5 janvier 2023 à 12:42
 
 
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Bola Tinubu se présente sous les couleurs du All Progressive Congress (APC) pour briguer la magistrature suprême. © Kola Sulaimon / AFP.

 

Bola Tinubu aura été bien des choses dans sa vie. Chauffeur de taxi aux États-Unis, cadre chez Mobil, sénateur, ardent défenseur de la démocratie pendant la dictature militaire, gouverneur de Lagos, faiseur de roi et maintenant candidat à la magistrature suprême… Peut-il aller au bout de son rêve et succéder à Muhammadu Buhari à l’issue de l’élection présidentielle du 25 février ? Candidat du parti au pouvoir, le All Progressives Congress (APC), il exerce en tout cas une très forte influence sur la scène politique nigériane – qui a longtemps bénéficié de sa prodigalité – et fait indéniablement partie des favoris.


>>> Lire cet article en anglais sur The Africa Report : Nigeria 2023: Bola Tinubu – From taxi driver to President? <<<


Il est aujourd’hui âgé de 70 ans, mais ses premières années ont fait l’objet de nombreuses controverses ces deux dernières décennies. Sa détermination, son obstination même et sa capacité à s’extirper des situations les plus délicates – plusieurs fois accusé de corruption, il n’a jamais été condamné – ne font en revanche aucun doute.

Une arme pointée sur lui

Dans une rare interview accordée au magazine The News en 2012, Bola Tinubu est pour la première fois revenu sur ses débuts et sur la manière dont il est arrivé aux États-Unis avec quelques amis, dans les années 1970, pour y enchaîner les petits boulots. Au journaliste qui l’interroge, il raconte avoir travaillé comme chauffeur de taxi et avoir même été giflé un jour par un soldat qui lui reprochait de s’être trompé dans les tarifs. « Une autre fois, j’ai pris un type dont je ne savais pas qu’il était ivre. Lorsque je suis arrivé devant chez lui, il a pointé une arme sur moi et, au lieu de payer la course, il a pris ma veste en cuir et m’a dit : “Monte dans ta voiture et va-t’en.” Il n’a pas payé. »

Il officia aussi en tant qu’agent de sécurité et concède avoir été renvoyé pour avoir s’être endormi pendant son service. Mais aucune de ces péripéties ne l’empêcha d’être diplômé avec mention de l’université d’État de Chicago – il y étudiait la comptabilité. Il travaillera par la suite pour certaines des entreprises les plus en vue de la place.

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Au début des années 1980, il décide toutefois de rentrer au Nigeria. « Il est venu nous voir à la fin de 1983 à Mobil Oil Nigeria pour passer un entretien pour un poste d’auditeur. Il a obtenu d’excellents résultats et nous n’avons eu d’autre choix que de lui offrir le poste. Plus tard, ses performances se sont révélées excellentes. C’est un travailleur acharné », témoigne Pius Akinyelure, un ancien directeur de Mobil qui était également le supérieur de Tinubu.

Au début des années 1990, son nom apparaît dans le cadre d’une enquête pour trafic d’héroïne présumé – les policiers américains s’intéressent aux années qu’il a passées outre-Atlantique et obtiennent le gel de ses comptes bancaires. Il finit par conclure un accord avec les autorités fédérales, y laissant au passage près de 460 000 dollars.

Entrée en politique

En 1992, Bola Tinubu prend une décision qui changera le cours de sa vie. « Il est venu nous dire qu’il voulait faire de la politique, se souvient Pius Akinyelure. Nous avons été surpris. En fait, il était pressenti pour le poste de directeur financier, mais il n’a rien voulu entendre et nous l’avons laissé partir. Nous lui avons proposé, s’il ne réussissait pas en politique, de revenir et de reprendre son travail. Mais il est parti et le reste appartient à l’histoire. »

Un câble diplomatique confidentiel des États-Unis daté du 21 février 2003, divulgué par Wikileaks, indique que c’est Atiku Abubakar – dont le hasard veut qu’il soit aujourd’hui son principal concurrent dans la course à la présidentielle – qui l’a convaincu de se lancer en politique. « Tinubu attribue son entrée en politique aux encouragements personnels d’Atiku », précise en effet l’auteur du câble.

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Bola Tinubu commence par rejoindre un groupe connu sous le nom de Primrose (People Resolved Irrevocably to Maximise the Resources of the State for Excellence), qui rassemble plusieurs poids lourds de la politique nigériane. Ses membres font également partie du Social Democratic Party (SDP), dirigé par le général Shehu Musa Yar’Adua, l’un des auteurs du coup d’État qui, en juillet 1975, a chassé Yakubu Gowon du pouvoir.

Tinubu brigue un poste de sénateur à Lagos, l’obtient en 1992 et tente de faire en sorte que Yar’Adua devienne le candidat du SDP pour l’élection présidentielle de l’année suivante, sans y parvenir. La suite est connue : le scrutin finalement organisé en juin 1993 est remporté par MKO Abiola, mais est aussitôt annulé par Ibrahim Babangida et, en novembre de la même année, c’est Sani Abacha qui parvient à s’imposer à la tête du pays.

Exil à moto

Tinubu, lui, a rejoint la National Democratic Coalition (Nadeco), qui se bat pour la restauration de la démocratie et la reconnaissance de la victoire d’Abiola. Il est brièvement détenu par la junte puis, après sa libération, choisit l’exil. « Je me suis déguisé avec un énorme turban et un babanriga, et je me suis échappé sur une moto, racontait-il dans l’interview accordée en 2012. Un vieil ami haoussa m’a donné des vêtements et je suis parti vers le Bénin à 1 h du matin. À cette époque, j’ai continué à faire des allers-retours à Badagry [ville côtière du sud-ouest du Nigeria] pour transporter les gens, organiser et coordonner la lutte. C’était une période très difficile. »

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Il rentre au Nigeria après la mort d’Abacha, en 1998, se présente aux élections locales de janvier 1999 sous la bannière de l’Alliance for Democracy (AD) et est élu gouverneur de l’État de Lagos – fonction qu’il occupera pendant huit ans. Bola Tinubu en réorganise les finances, améliore le recouvrement des taxes et multiplie par dix les recettes de l’État. Il est en passant accusé de s’être enrichi, d’en avoir fait profiter ses amis et fait l’objet d’une enquête, qui durera plusieurs années.

Au moment où il s’apprête à quitter son bureau de gouverneur, en 2007, il choisit son directeur de cabinet, Babatunde Fashola, pour lui succéder. Au sein du parti, beaucoup n’apprécient pas la méthode et claquent la porte, mais qu’importe : Bola Tinubu est bien le « parrain de Lagos », ainsi qu’il est désormais surnommé.

Favori

En 2011, il soutient d’autres candidats au poste de gouverneur dans au moins cinq États voisins et étend son influence hors de Lagos. Politicien madré, il négocie avec Muhammadu Buhari et d’autres barons de la politique nigériane pour former l’APC en 2013. Deux ans plus tard, le parti remportera l’élection présidentielle.

Bola Tinubu s’imposera-t-il à la magistrature suprême ? Il a déjà battu à plate couture un vice-président en exercice, Yemi Osinbajo, mais aussi le président du Sénat, cinq gouverneurs, cinq anciens gouverneurs, et nombre de ministres qui tous briguaient l’investiture du parti. Devenir président ? C’est l’ambition de toute une vie, a-t-il lui-même confessé devant des journalistes.

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Dans sa quête, il peut compter sur le soutien du chef de l’État sortant, mais aussi sur celui d’une vingtaine de gouverneurs et sur un énorme trésor de guerre… Autant dire qu’il part largement favori. Mais il devra notamment affronter dans les urnes son vieil ami Atiku Abubakar, le candidat du Peoples Democratic Party (PDP) – celui-là même qui lui a mis le pied à l’étrier il y a trois décennies –, ainsi que Peter Obi, très populaire sur les réseaux sociaux et au sein de la classe moyenne.

La règle tacite qui veut qu’un président du Sud, majoritairement chrétien, succède à un président du Nord, majoritairement musulman, pourrait-il jouer en sa défaveur ? Tinubu est musulman, comme Buhari. Mais c’est un Yoruba, originaire du Sud et c’est pour cela qu’il s’est choisi un autre musulman comme colistier en la personne de Kashim Shettima, le gouverneur de l’État de Borno, dans l’espoir évident de convaincre l’électorat du Nord de lui apporter son soutien le 25 février. Mais dans la partie méridionale, l’establishment chrétien conservateur sera difficile à rallier à sa cause.

Mort de Benoît XVI: le pontificat du pape émérite a marqué l’Afrique

 

Benoît XVI est mort, samedi 31 décembre, à l'âge de 95 ans. Il y a quelques jours, son successeur, le pape François, avait fait savoir qu'il était « gravement malade » et avait appelé à prier pour lui. Pendant son pontificat, de 2005 à sa démission en 2013 pour des raisons de santé, Benoît XVI a entretenu les liens de l'Église avec le continent africain. Retour sur son action en Afrique.

 
 

En Afrique, fidèles et religieux se souviennent de Benoît XVI comme d'un pape engagé envers le continent. Avec 200 millions de catholiques, l'Afrique était, à ses yeux, « l'espérance de l'Église ».

Au Gabon, pays où environ 90% de la population est d’obédience chrétienne, les églises ont affiché salle comble à l’occasion de la célèbre messe de minuit qui consacre la fin de l’année et l’entrée dans le nouvel an. Entre échange des vœux, le décès du pape Benoit XVI était au cœur de toutes les célébrations. Notre correspondant à Libreville, Yves-Laurent Goma, a tendu son micro aux fidèles

Au Gabon, les fidèles prient pour la mémoire de Benoît XVI

Plusieurs voyages en Afrique

Benoît XVI s'est rendu dans trois pays catholiques importants du continent pendant ses sept années à la tête du Vatican : l'Angola, le Cameroun et le Bénin. Un signe d’un engagement particulier pour un souverain pontife qui voyageait peu.

Sa première visite, en mars 2009 au Cameroun et en Angola, fut toutefois précédée d'une controverse. Le pape avait déclaré qu'« on ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs » et que leur « utilisation aggrave le problème ». Un an plus tard, il avait nuancé son propos, confiant que l'usage du préservatif « dans certains cas » permet d'éviter la contamination.

Les évêques du continent, eux, retiennent surtout le synode africain organisé à Rome, en Italie. À l'automne 2009, près de 300 responsables religieux africains furent reçus par le pape Benoît XVI.

Face aux conflits interreligieux et à la corruption, par exemple, le souverain pontife les avait invité à sortir du seul cadre religieux en s'engageant dans leur pays pour la justice sociale et la bonne gouvernance.

 

Ci-dessous :  le pape à Yaoundé 

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Un pape « attentif à la dimension sociale »

Joint par RFI, l'abbé Santedi, alors secrétaire général de la Conférence nationale épiscopale du Congo (Cenco), faisait partie des 300 responsables religieux africains reçus à Rome par Benoît XVI, à l'occasion de ce synode sur l'Afrique. Il se remémore ce moment :

« Je garde un souvenir vraiment vivant, vibrant dans mon cœur, du mot qu’il dit à l’ouverture de ce second synode des évêques sur l’Afrique : un synode d’espérance. J’y ai vu de l’engagement de toute l’Église en faveur de l’Afrique. Il a même demandé de renouveler le regard vers l’Afrique, un regard de foi, d’espérance pour aider ce continent à être lumière. »

« Alors, je rendrai l’hommage suivant à ce grand homme qui, au départ, était seulement dans la doctrine de la foi. J'ai découvert aussi un pape très attentif à la dimension sociale. Il a même dit que les victimes ont droit à la vérité et que la mission était aussi de nommer les bourreaux. Il est allé loin dans le domaine de la défense des droits humains, de la mission sociale de l’Église. »

« Ne privez pas vos peuples de l'espérance », demanda-t-il aux chefs d'États africains

Autre temps fort en 2011 quand, entouré de 60 000 Béninois, Benoît XVI célébra une messe géante au stade de l'Amitié de Cotonou. Il signa une l'exhortation apostolique Africae Munus, une « feuille de route » destinée à l'Église africaine pour les années à venir.  

Cette fois, « il n'a pas hésité à interpeller, sans les nommer, les chefs d'États » du continent, se souvient un ancien responsable de l'Église congolaise. « Il y a trop de scandales, de corruption et de mensonges qui conduisent à la misère », lança alors Benoît XVI. « Le peuple veut comprendre les choix politiques et économiques faits en son nom », poursuivit-il, avant d’appeler à leur responsabilité en déclarant : « Ne privez pas vos peuples de l'espérance. »

► À lire aussi : Le pape Benoît XVI demande aux dirigeants africains de servir leurs peuples avec honnêteté

Joint par RFI, le cardinal centrafricain Dieudonné Nzapalainga évoque ses souvenirs de Benoît XVI :« Un grand homme, grand prêtre, grand théologien. Il a tenu huit ans (sept ans et dix mois, ndlr) et avait beaucoup d’humilité. Il avait une mémoire vive et aussi une clarté dans ses pensées, pointilleux sur les mots. C’est aussi quelqu’un qui a dû répondre à des scandales dans l’Église. Je veux parler de la question de la pédophilie où il a eu à apprendre et a parlé de tolérance zéro. Il a demandé aussi pardon, au nom de l’Église, pour tous les égarements ou les erreurs commises. »

 

Sous-catégories

Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)