Témoignages

 

Sahara occidental : « De Dakhla à Tindouf, comment je suis devenu séparatiste »

Ancien haut responsable du Polisario, Hadj Ahmed Barikallah a rompu avec le front séparatiste et fondé le Mouvement sahraoui pour la paix. Il a raconté à JA son parcours et les dessous de l’organisation. Dans cette première partie, il évoque ses années de jeunesse.

 
Mis à jour le 28 novembre 2022 à 16:12
 
Sahara

 

 

Des enfants sahraouis brandissent des drapeaux du Polisario, dans un camp de réfugiés près de la frontière algérienne. Photo d’archive datant de 1977. © Photo by AFP

 

LA FACE CACHÉE DU POLISARIO (1/3) – L’homme que nous recevons au siège de Jeune Afrique, à Paris, en ce matin d’automne, est un opposant pas comme les autres : à la différence des nombreux autres Sahraouis qui ont quitté les camps de Tindouf, base arrière de la République arabe sahraouie démocratique autoproclamée (RASD), Hadj Ahmed Barikallah ne s’est pas installé au Maroc, mais en Espagne, dans les Asturies. Un choix qui reflète sa volonté de se positionner comme une alternative politique crédible au Front Polisario, que cet ancien ministre de la RASD estime « gangrené par la corruption et voué à disparaître, au même titre que l’IRA en Irlande ». Ce qui l’a poussé à fonder, en avril 2020, le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP).

À LIRE[Série] Sahara occidental : la face cachée du Polisario

Face à « la stagnation persistante », au « manque de perspectives » et au « bellicisme » des dirigeants du Polisario, le mouvement de Hadj Ahmed propose une « voie de sortie pacifiste ». Ses adhérents, issus de la diaspora sahraouie ou anciens membres du Front ayant quitté l’organisation en raison de conflits internes, œuvrent à une « solution de compromis viable et durable au problème du Sahara occidental ». Contrairement au Polisario, le MSP soutient ouvertement le plan d’autonomie marocain, dont il voudrait « négocier les termes », sans pour autant rallier le royaume comme d’autres ont pu le faire. Une nouvelle ligne politique soutenue par des personnalités politiques de haut rang, comme l’ex-chef du gouvernement espagnol Jose Luis Zapatero, et visant à trouver une solution de compromis à un conflit qui dure depuis plus de quarante ans.

Cette démarche, à l’opposé de ce que prônent les dirigeants du Polisario, est évidemment perçue comme un acte de haute trahison. Ce qui a fait passer Hadj Ahmed Barikallah du statut de haut cadre de la RASD à celui de persona non grata et de félon. De Villa Cisneros à Madrid, en passant par Tindouf, Caracas, Alger et quelques autres lieux, portrait-itinéraire d’un nationaliste sahraoui devenu opposant.

À LIRESahara : entre le Maroc et l’Algérie, avec qui Brahim Ghali mène-t-il la diplomatie du Polisario ?

Hadj Ahmed Barikallah est né en 1957 à Villa Cisneros (aujourd’hui Dakhla), bourgade de la côte atlantique de quelques milliers d’habitants – alors siège du gouvernement de la province sahraouie espagnole du Rio de Oro. Son père, membre de la tribu des Ouled Garaa, est officier dans l’armée espagnole. Sa mère, fille de notable, est issue de la tribu guerrière des Ouled Delim – considérée à l’époque comme alliée de l’occupant espagnol. Elle est la cousine d’Ahmedou Ould Souilem (ancien haut responsable du Polisario devenu ambassadeur du Maroc en Espagne en 2010 après avoir quitté les rangs de la RASD).

Arrivée à Tindouf

Après une jeunesse sans histoire, passée à l’ombre de son grand frère et mentor, futur représentant de la RASD auprès de l’ONU, Ahmed Boukhari, il déménage au début de l’année 1975 avec sa famille en Mauritanie, puis aux îles Canaries. « Nous sommes partis de Dakhla car il régnait alors un climat d’instabilité et de peur. Mon frère, qui était étudiant en droit à Madrid, s’était vu retirer sa bourse car il se réunissait avec d’autres étudiants pour parler de tout cela. Et toutes sortes de rumeurs circulaient sur notre devenir si la région passait sous drapeau marocain », se souvient celui qui était alors lycéen.

À LIRESahara : le Polisario déstabilisé par les conflits tribaux ?

Quelques mois après les accords tripartites de Madrid, le 14 novembre 1975, signés entre l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie sous la pression directe de la Marche verte, la famille embarque en 1977 à bord d’un vol pour Madrid, puis Alger et enfin Tindouf, sur proposition du fils aîné, désormais en contact avec les Sahraouis originaires de Nouakchott et de Tan-Tan, pères fondateurs du Polisario. Destination les camps, dans l’Ouest algérien, où la République sahraouie autoproclamée a pris ses quartiers.

S’ensuivent alors pour Hadj Ahmed Barikallah, comme pour tous les jeunes Sahraouis arrivés dans les camps nichés dans le désert algérien, six mois d’entraînement militaire. Des oripeaux révolutionnaires qui en ont séduit beaucoup, portés et financés par un Mouammar Kadhafi anti-Hassan II et une Algérie en quête de leadership régional.

Choc thermique et environnemental

Mais Hadj Ahmed déchante rapidement : « Passé l’engouement romantique des premières semaines, je retiens de cette période avant tout un choc, à la fois thermique et environnemental. Après le confort et la qualité de vie que nous avions à Dakhla et plus tard à Las Palmas, nous devions faire face, dans les camps, à des conditions de vie très dures : le climat est très aride avec des températures extrêmes qui dépassent souvent les 50°C à l’ombre le jour et qui peuvent descendre en dessous de zéro la nuit, des tempêtes de sable, des habitations très sommaires – tentes ou constructions en terre d’adobe avec des toits le plus souvent en tôle – pas d’eau courante, de l’électricité par intermittence, et encore moins de distractions… Le tout dans une ambiance de guerre où régulièrement des amis trouvaient la mort sur le champ de bataille. »

À LIRESahara : l’émissaire de l’ONU rencontre le Polisario à Tindouf

Le jeune homme, qui avait dû abandonner ses projets d’études, est affecté en 1978 au « pôle médias » du Polisario, désireux de s’adjoindre des supports pour diffuser ses informations et ses idées. Après un stage de formation d’un an au Département d’orientation révolutionnaire (DOR) du Cuba de Fidel Castro, un des grands soutiens du front séparatiste, il devient journaliste, puis responsable des programmes en espagnol à Radio Sahara, diffusée dans la région des camps, ainsi qu’en Algérie et en Espagne, et travaille au journal Sahara libre. Le système médiatique du Polisario, Hadj Ahmed le connaît bien, il en est même une des principales chevilles ouvrières. Une fonction qui lui a permis de tisser un large réseau au Maghreb, mais aussi en Europe, en Espagne tout particulièrement, et dans plusieurs pays d’Amérique latine.

1er dimanche de l’Avent  : Veillez pour être prêts - année A

1er dimanche de l’Avent  : Veillez pour être prêts (Mt 24, 37-44). Année A. Partageons la parole de Dieu avec Patrick Laudet, diacre à la cathédrale Saint-Jean de Lyon.

  • Patrick Laudet, 

Lecture en 3 min.

1er dimanche de l’Avent  : Veillez pour être prêts - année A
 
"C'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra" (Matthieu 24, 44).ZACARIAS DA MATA - STOCK.ADOBE.C

Évangile : Veillez pour être prêts (Mt 24, 37-44)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Autres lectures : Is 2, 1-5 ; Ps 121 (122) ; Rm 13, 11-14a.

Comprendre

Alors, la fin du monde c’est pour quand ? Quand donc viendra-t-il, le Fils de l’homme ? Est-ce imminent ? Par une mystérieuse croissance du mal qu’accompagne une mystérieuse croissance du bien, nous assistons à une accentuation de la dimension tragique de l’Histoire. Les moyens que l’homme a désormais dans sa main, la planétarisation de la vie sur terre, tout cela intensifie l’Histoire et fait converger les forces du mal comme les forces du bien. C’est au XXe siècle que l’Église compte le plus de saints canonisés, sans doute parce que, siècle des guerres mondiales, des horreurs totalitaires, c’est un moment de l’Histoire où le mal est apparu sur la terre avec une telle puissance qu’à certains moments et à certains endroits, l’enfer a quasiment régné directement dans le monde. Et au XXIe siècle, la puissance du mal à l’évidence ne faiblit pas, ni ne desserre son étau. Et de tout cela, constamment connectés et branchés, nous sommes au quotidien informés, surinformés, par des médias voyeuristes et parfois obscènes, qui se complaisent à nous en dérouler à la minute le détail. Surinformés, mais peut-être aussi chloroformés… Car l’image en boucle de ce qui va mal, devenue permanente, fait souvent écran, au sens propre. À côtoyer au quotidien ces horreurs lointaines et planétaires (mais parfois pas si lointaines que cela), on se blinde sans s’en rendre compte, on s’habitue ; et on continue à boire, à manger, à jouir et à consommer (parfois pour compenser !) ; notre charité n’est pas tout à fait morte, mais elle devient abstraite, hors sol ou parfois idéologique, sur fond de désespoir ou d’impuissance. Inversement proportionnelle aux drames du monde, notre compassion grandit en théorie, ou s’affiche ostensiblement, en discours, mais une sournoise indifférence de fond, par anesthésie ou habitude, peut en même temps nous gagner. C’est le risque. L’Avent vient à point nommé nous réveiller ! Jésus veille sur notre cœur profond.

Méditer

Car tant de cœurs hélas ressemblent déjà à ces hôtelleries de Bethléem, encombrées et qui affichent complet, et où il n’y a et où il n’y aura plus de place pour lui le soir de Noël. Nous avons devant nous quatre semaines pour préparer en nous, pour lui, l’humble étable d’un cœur de pauvre mais d’un cœur vrai et aimant où il pourra de nouveau venir, naître et grandir. Oui, en ce premier dimanche de l’Avent, Jésus, qui cherche inlassablement la porte de notre cœur, n’a qu’une question en tête : il veut savoir s’il est ouvert, vraiment ouvert, s’il n’est pas trop encombré, s’il vit. Il ne s’agit rien moins que de donner nos vies, de tout lâcher pour choisir l’amour, pour accueillir vraiment celui qui nous donnera la charité vraie, celle qui commence humblement par le don de soi au prochain, c’est-à-dire au plus proche : notre mari, notre femme, notre enfant, notre voisin, un compagnon, un collègue de bureau. (Souvenons-nous du malheureux riche qui pâtit au Ciel d’avoir manqué, à sa porte, le pauvre Lazare.) Le « wokisme » n’a pas le monopole du réveil ! Et si chacun de nous est suffisamment éveillé aux réelles détresses qui sont à notre porte, nous pourrons alors, par cercles concentriques, toucher aussi, mystérieusement et de manière plus réelle, des détresses plus lointaines…

Prier

Seigneur, éveille notre vigilance, donne-nous la grâce d’une vraie attention aux misères de notre temps et tiens-nous prêts. Guéris nos indifférences, et montre-nous chaque jour comment, là où nous sommes, nous avons notre part au bien commun et au salut du monde.

→ Avent : le temps du désir par Marcel Domergue

 
 
 
kiye2022

L'hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°60 du lundi 21 novembre 2022: Tout acte agréable à Dieu nous fait appartenir à lui (Une réflexion du Père Vincent KIYE, Mafr)
Textes du jour :
1ère lecture :   Ap 14, 1-3.4b-5
Evangile :  Lc 21, 1-4
« En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres (...) elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. » (Lc 21, 1-4)
Quel grand risque ! Qu'est-ce qui lui passait dans la tête pour prendre un tel risque ? L'évangile nous dit qu'elle avait mis tout ce qu'elle avait pour vivre. C'est l'expression d'un abandon total à Dieu; l'expression d'une confiance indéfectible en Dieu qui prévoit tout et donne tout. Jésus n'a pas manqué d'éloges à son endroit. Ces éloges sont l'expression d'une récompense qui vient de Dieu lui-même. Voilà ce qui a motivé l'engagement de cette veuve. Elle savait que tout ce qu'elle a vient de Dieu et que le lui confier n'est pas le perdre mais plutôt en recevoir davantage. Par cet acte, elle porte désormais, inscrite sur son front, le nom de l'Agneau et de son Père dont parle Saint Jean dans la première lecture. 
Oui, disons-le, tout acte agréable à Dieu nous fait porter inscrits sur nos fronts, le nom de l'Agneau et celui de son Père.
C'est la grâce que nous allons demander par cette méditation. Celle de poser des actes d'une confiance indéfectible à Dieu, lesquels actes nous font appartenir à Dieu. Amen.
Le Seigneur soit avec vous !
✍🏾 Père KIYE M. Vincent, Missionnaire d'Afrique
Paroisse de Nioro du Sahel
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« Supprimons les structures pour sauver la structure » (Ap. 14, 14-19)


Récollection mensuelle avec la communauté de Salongo à Kinshasa

Le samedi 26 novembre 2022

  1. Mise en place

S’il est vrai que de nos jours le monde est devenu un grand village planétaire, il sied de reconnaître également qu’il y a plusieurs mondes qui se créent dans ce grand village planétaire. Ils se créent souvent sur fond des inspirations ou des idéologies particulières voire partisanes. Ce sont toutes ces tendances antiévangéliques qui tuent l’unité et compromettent l’élan d’une nouvelle humanité. Il en va de-même de nos structures ecclésiales qui voient en même temps des nombreuses autres structures parallèles à caractère ésotériques, naître çà et là. Nous créons des structures (des apostolats privés) au sein de nos communautés qui tuent celles-ci. Mais que vise-t-on dans cette inventivité aux allures démesurées ? Que peut-on attendre de bon, d’intelligible ou de rationnel de toutes ces structures parallèles qui se créent au sein d’une même structure ? Sont-elles une chance ou une menace contre la structure mère, celle qui est l’émanation d’une synthèse entre la raison pure et pratique dont parle le philosophe Emmanuel Kant ? Voilà autant de questions que nous devons nous poser lorsque nous sommes appelés à penser la structure ou les structures du monde possible.

  1. Pour un engagement chrétien authentique.

La synthèse entre la critique de la raison pure et pratique d’Emmanuel Kant nous a toujours paru comme une thérapie pour un monde malade des conceptions ésotériques. Car la trilogie du questionnement kantien n’est ni plus ni moins, une démarche logique qui vise à libérer la conscience humaine des pesanteurs existentielles ou d’irrégularités dangereuses à l’édification d’un monde plus humain. Il s’agit du que puis-je savoir, que dois-je faire et le que m’est-il permis de d’espérer, englobant ainsi, toute la problématique de l’existence humaine. En faire une préoccupation existentielle délivre la conscience des graves irrégularités et des choix hasardeux, libère la conscience de toute conception épicurienne (la recherche du bonheur par la satisfaction des seuls désirs (naturels et nécessaires) pour l’installer dans l’univers axiologique, qui donne d’aborder les sentiments et le monde avec rationalité plutôt que d’être à la merci de son destin et des émotions. Ici donc, on ne cherche plus à créer des structures au sein de la structure mais à purifier la structure de toute imperfection pour l’inscrire sur les orbites de l’exigence du bien-être de tous. C’est tout l’enjeu du directoire commun à tous les missionnaires du vénérable Geronimo et règles des emplois particuliers de 1874. Avoir en tête cette trilogie du questionnement kantien, nous permet de mettre au centre de notre engagement quotidien, la Mission qui est la raison même de la création de la société des Missionnaires d’Afrique. Aujourd’hui, nous avons l’impression qu’un désordre naît des aspirations anarchiques. L’avenir de la société et de l’église en général est en danger. Rationalisons notre engagement. Sinon, nous ressemblons aux humanitaires ordinaires, toujours dans les affaires mais sans affaire c’est-à-dire sans profondeur. Il faut pour cela, nous arrêter parfois et nous remettre en question.

  1. De l’exigence de la suppression des structures pour sauver la structure

Comme vous pouvez le voir, le titre que nous avons choisi pour cette réflexion est très provocateur certes, mais couvre tout un monde derrière, mieux toute une pensée. Nous nous sommes inspirés de la vision apocalyptique de Saint Jean lorsqu’il dit : « Elle est venue, l’heure de la moisson, car la moisson de la terre se dessèche » (Ap.  14, 14-19), vision que nous reformulons en des termes savants : « Supprimer les structures pour sauver la structure ». Ce n’est ni plus ni moins, une invitation au changement des paradigmes dans notre manière de faire et de voir les choses ; une invitation à nous sentir responsable de la chute vertigineuse que connaît notre monde aujourd’hui. Ce changement n’est possible que si nous acceptons honnêtement de nous inscrire sur le modèle de la vision démystificatrice du Christ. Faire nôtre son courage et sa liberté de pensée pour un agir bon et raisonnable. Pour cela donc, il nous faut avant tout le connaitre réellement, l’aimer et voir en ce qu’il a entrepris des valeurs d’une nouvelle humanité afin de l’imiter. Où en sommes-nous ? Chrétiens de notre état, prêtres, évêques etc. où en sommes-nous. Qu’est-ce qui guide le choix de nos actions et de nos décisions ? Est-ce la rationalité ou l’irrationalité ? Conscient que nous sommes loin de l’imitation du Christ parce que nous n’avons jamais compris ce qu’il voulait voir se réaliser en ce monde, le théologien sud-africain Albert Nolan dit : « De milliers de personnes qui ont suivi le Christ, qui peut me dire celui qui a compris ce qu'il voulait voir se réaliser en ce monde ? » (Albert Nolan, Jésus avant le christianisme : l’Evangile de la libération, 1976) Jésus a voulu avant tout créer autour de lui, une communauté humaine et non religieuse. Une communauté d’hommes de tempérament et de caractère différents mais qui font un autour de lui et s’inspire de lui. Le cardinal n’est pas resté en marge de cette vision en fondant la société des missionnaires d’Afrique qu’il a voulue avant tout, une communauté d’hommes unis (Cf p.50).

  1. Jésus libère de la mystique des idéologies partisanes

Il n’est un secret pour personne qu’aujourd’hui des théories diverses sont développées et des recherches sont menées çà et là sur Jésus-Christ et sur sa doctrine. L'audace avec laquelle toutes ces recherches sont publiées, montre la ferme volonté de l’homme de notre temps de dire autrement le Christ Jésus et sa doctrine et cela, de la manière la plus vraie possible. Ce qui n'est pas déjà mal. Mais, est-il possible aujourd’hui de laisser parler Jésus par lui-même, de rejoindre l’homme de Nazareth dans son contexte historique, de comprendre ses choix, sa foi et son message ? s’interrogea le dominicain sud-africain, Albert Nolan. Avons-nousvraiment compris ce que cet homme de Nazareth voulait voir se réaliser en ce monde en choisissant de venir habiter parmi nous ? Jésus et son message restent un domaine inépuisable certes, mais insaisissable de toute conscience ésotérique et malade des préjugés, des irrégularités culturelles, tribales et ethniques. Jésus transcende toutes les cultures, toutes les ethnies et les frontières continentales et nationales. Cherchons à le découvrir, à le connaitre et à l’imiter. C’est le visage de ce Dieu qu’il nous faut comme figure de démystification de toutes les pesanteurs existentielles (culturelles, tribales, ethniques etc). Le visage de ce Dieu qui, pendant que nous cherchons la paix, il nous dit qu'il est venu apporter non pas la paix mais le glaive. Qu'il est venu diviser le fils contre son père, la belle fille contre sa belle-mère, etc. C'est justement le contraire de ce que recherchent nos sociétés actuelles sans les atteindre. 

Il faut être fou pour épouser la logique de cet homme ! Mais il le faut pour transformer notre monde. Il mange avec les pécheurs, il accueille et se laisse embrasser par les prostituées. Quel contraste !

Jésus voulait justement supprimer les structures pour sauver "la structure", il voulait faire passer l'humanité de la loi ancienne à une loi nouvelle, centrée sur l'amour authentique, sur la promotion de l'homme. Il voulait l'humanisation de l'homme. Il s'est permis de détruire le mythe de la législation de son temps en appelant Pilate ce Renard etc. Tout cela a fait de lui le véritable roi de l'univers. Voilà le prix à payer que Jésus nous révèle pour bâtir un monde plus humain : détruire les structures irrationnelles et inhumaines pour sauver la structure intelligible, rationnelle et christique. Voilà le chemin que Jésus nous trace pour le salut de l'humanité.

Aujourd'hui plus que jamais, l'humanité que nous formons a besoin d’une certaine inventivité, du changement des paradigmes existentiels qui hâtent l’avènement d’une nouvelle humanité, calqué sur le modèle du Christ. Ce nouveau monde ne peut advenir que si nous acceptons de naviguer à contrecourant, de supprimer les structures inintelligibles qui ont élu domicile en nous, afin de redynamiser la structure initiale existante.

Aujourd’hui plus qu’hier, le constat est le même. Presque partout des structures parallèles naissent au sein d'une même structure et étouffent celle-ci. Des groupuscules naissent autour de certaines idéologies de mort, assises sur le socle du fanatisme, du tribalisme et régionalisme, etc. Ce qui montre qu'il nous faut une révolution copernicienne de nos structures, laquelle révolution doit s’appuyer sur les trois interrogations du philosophe Emmanuel Kant. Il nous faut pour ce faire, nous munir du courage de cet Homme de Nazareth pour dénoncer toutes ces antivaleurs qui minent nos structures aujourd’hui afin de bâtir une église libérée de toutes les irrégularités. L'imitation du Christ devient ici non négligeable pour bâtir ce monde plus fraternel et plus humain. Pour ce faire, Saint Jean dit : « Elle est venue, l’heure de la moisson, car la moisson de la terre se dessèche » (Ap 14, 14-19)

Conclusion

Notre monde connaît de nos jours une multiplicité des structures au sein d’une même structure. Les motivations d’une telle inventivité reste complexe. Lorsque nous savons que Jésus a été envoyé pour rassembler dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés, cette inventivité anarchique pose question. Au lieu de redynamiser notre structure, nous en créons des milliers, nous dispersons. Voilà pourquoi nous émettons la thèse de la suppression des structures pour sauver la structure qui n’est rien d’autre qu’une délivrance de nos pensées de toutes les pesanteurs ésotériques pour un engagement chrétien authentique. Que le temps de l'Avent qui s'ouvre devant nous soit réellement un temps d'attente du Messie, modèle par excellence de démystification des forces négatives, afin de hâter l’avènement d’un monde plus humain et plus fraternel.

Père KIYE M. Vincent, Missionnaire d'Afrique (Père Blanc)

Paroisse de Nioro du Sahel

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Ibrahim Traoré : sobriété affichée et mythe en construction

Le président de la transition burkinabè a décidé de conserver son salaire de capitaine, en lieu et place de celui de chef d’État. Un signe de sobriété perçu comme sankariste…

Mis à jour le 18 novembre 2022 à 08:05
 
Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

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© Damien Glez

 

Récipiendaire du « flambeau de la révolution », le 15 octobre dernier, au Mémorial Thomas Sankara, l’actuel homme fort du pays est volontiers dépeint comme une réincarnation de celui qui débaptisa la Haute-Volta. Au-delà des discours sankaristes – abusivement « samplés » par tant d’autres – , qu’ont en commun les deux présidents ? Putschiste comme le héros national, Ibrahim Traoré arbore le dernier grade militaire de Sankara, celui de capitaine. Le surnommé “IB” a 34 ans, l’âge que célébra “Thom Sank” l’année de sa prise de pouvoir. Une autre coïncidence de calendrier est encore plus troublante : né en 1988, Traoré est censément le fruit d’un processus peu ou prou débuté à la période de l’assassinat de Thomas Sankara, fin 1987…

À LIREBurkina : la colère très calculée du capitaine Traoré

À la chasse aux correspondances s’ajoute un choix de vocabulaire et une tendance à tancer les politiciens établis, directement ou par Premier ministre interposé. Au-delà de ces mots et de ce ton, les Burkinabè guettent désormais des actes jaugés à l’aune de l’idéal du Che panafricain des eighties. Et c’est dans un registre important que Traoré vient de cocher une nouvelle case sankariste : son train de vie présidentiel.

Renault 5

Au conseil des ministres de ce 16 novembre, le meneur de la transition a décidé de se contenter de sa solde de militaire, pour « montrer cet esprit de sacrifice qui doit habiter chacun des Burkinabè dans la situation actuelle » du pays. Une manière, en ces temps d’insécurité, de ne pas quitter son treillis pour un costume et une cravate. Une façon de s’inscrire dans la sobriété prônée par Sankara. Dans les années 1980, le président du Conseil national de la Révolution (CNR) avait troqué les véhicules présidentiels rutilants pour une Renault 5…

L’esprit révolutionnaire étant affaire d’exemple et de volontarisme collectif, le nouveau décret portant rémunération des présidents d’institution et des membres de l’exécutif serre également la ceinture des ministres, abrogeant un décret pris, en avril dernier, par le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) toujours au pouvoir. Un décret qui instaurait des augmentations de salaires des ministres restées en travers de la gorge des observateurs…

Reversement de salaires

Pour enfoncer le clou de la sobriété et éloigner le spectre des contre-putschs, les nouveaux ministres ont également décidé de consacrer 50 % de leurs salaires du mois de novembre à la Caisse nationale de solidarité, notamment au profit des personnes déplacées internes…

Les aficionados d’IB jubilent. Les cyniques rappellent que Traoré avait dit ne pas être intéressé par le pouvoir, avant de verrouiller sa désignation par les récentes assises nationales. Les sceptiques savent que la valeur des villas cossues des dirigeants n’a jamais été couverte par les salaires officiels. Quant aux dépités du pouvoir et aux journalistes invités à « prendre position », ils se retiennent de tout procès d’intention de populisme, afin d’éviter qu’on ne « mange le piment dans leur bouche ». C’est que l’harmattan tourne vite au Faso…

Sénégal : du pétrole à l’éducation, les sept vies d’Aliou Sall

Depuis sa défaite à Guédiawaye aux élections locales de janvier, Aliou Sall s’est reconverti dans la gestion des deux instituts privés qu’il avait repris en 2020. Un énième rebond pour le frère du président sénégalais, à qui l’éclectisme tient lieu de boussole.

Mis à jour le 18 novembre 2022 à 10:14
 

 

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Aliou Sall, frère du président Macky Sall, directeur de l’ EMIA, Université africaine de sciences et technologies, à Dakar, le 4 novembre 2022. © Guillaume Bassinet pour JA

 

 

On l’avait perdu de vue au début de mars 2022, alors que les récentes élections locales l’avaient écarté de la mairie qu’il avait conquise près de huit ans plus tôt. À Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar, dont il s’est fait déloger par le journaliste Ahmed Aïdara, Aliou Sall avait toutefois livré un baroud d’honneur qu’il avait détaillé à JA.

Il nous avait alors parlé à mots couverts de sa nouvelle activité, dont il ne souhaitait pas encore faire état ouvertement. Frère du président sénégalais, naviguant depuis dix ans entre le privé, les fonctions publiques et ce mandat électoral en tant qu’élu local, Aliou Sall, tel un Gaulois de la bande dessinée Astérix, a régulièrement l’impression que le ciel va lui tomber sur la tête en raison de son lien avec le chef de l’État. Désormais, le voici à la tête de deux instituts privés d’enseignement, à Dakar et dans son fief de Guédiawaye.

À LIRESénégal : entre Aliou Sall et le journaliste Ahmed Aïdara, cohabitation forcée à Guédiawaye

« Depuis la réélection du président, en 2019, je souhaitais mettre la pédale douce en politique, résume-t-il à JA. Pas abandonner totalement ce domaine, mais faire aussi autre chose… »

Aliou Sall, directeur de l’Université africaine de sciences et technologies, à Dakar, le 4 novembre 2022. © Guillaume Bassinet pour JA


Aliou Sall, directeur de l’Université africaine de sciences et technologies, à Dakar, le 4 novembre 2022. © Guillaume Bassinet pour JA

 

Depuis deux ans déjà, Aliou Sall préparait donc sa reconversion. « Je possède une société d’investissement qui est désormais actionnaire à 100 % d’un complexe scolaire à Sangalkam, dans la banlieue de Dakar. Nous avons débuté en octobre 2020 avec 200 élèves. Cette année, il y en a 1 110, de la maternelle à la terminale », confie-t-il. Ce cours privé a été baptisé « Amadu et Kumba », les prénoms de ses parents.

Apprentissage bilingue

L’école applique le programme fixé par le ministère de l’Éducation nationale, tout en y apportant certaines innovations, comme l’enseignement de la religion et en particulier du Coran ou encore l’apprentissage de l’anglais dès le cours élémentaire. Le numérique y est également mis à l’honneur, les classes étant équipées de tablettes interactives pour que les élèves apprennent à effectuer des recherches sur internet. « Nous avons fait de cet apprentissage une norme pédagogique et nous recevons d’excellents retours des parents sur l’enseignement bilingue en français et en anglais », se félicite Aliou Sall.

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Une deuxième entité vient compléter le tableau de sa nouvelle vie : EMIA, Université africaine des sciences et technologies. « C’est un institut de formation que j’ai repris à un ami durant la crise due au Covid-19, en 2020, car celui-ci rencontrait alors des difficultés. J’essaie aujourd’hui de le réorienter vers les métiers des sciences et technologies. Notamment l’agronomie, l’informatique décisionnelle, le génie civil et, bientôt, l’électrotechnique, les énergies renouvelables ou encore les métiers de la mécanique et de l’industrie. »

Selon Aliou Sall, « il y a de très belles offres d’enseignement supérieur à Dakar et dans sa région, mais 80 % d’entre elles, sinon plus, sont orientées vers le commerce ». « Or, ajoute-t-il, même si nous proposons un cursus en management, l’immense majorité de nos effectifs suit des filières scientifiques et technologiques. C’est en effet dans ces secteurs qu’on constate un déficit criant de formations supérieures : il est difficile de dénicher des enseignants qualifiés et de les rémunérer correctement, difficile aussi d’obtenir les accréditations requises auprès de l’Autorité nationale d’assurance qualité de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (Anaq-Sup).

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Tel le chat dans diverses cultures occidentales ou orientales, Aliou Sall a eu plusieurs vies. Après avoir milité à la gauche de la gauche sénégalaise dans sa jeunesse (au sein d’And Jëff, d’obédience maoïste), ce diplômé du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) débute sa carrière professionnelle dans le journalisme. Après la victoire d’Abdoulaye Wade à la présidentielle, en 2000, il exerce plusieurs fonctions successives au service de l’État avant de reprendre ses études. Diplômé de l’École nationale d’administration (ENA) de Paris, où il a repris ses études, il retourne ensuite au Sénégal où son frère est entre-temps devenu l’un des piliers du régime Wade (ministre de l’Intérieur, Premier ministre…).

Ironie du sort : l’ancien militant maoïste s’envole ensuite vers la Chine où il dirigera le bureau économique de l’ambassade du Sénégal. Une mission qui se compliquera à partir de la fin de 2008, lorsque Macky Sall entrera en disgrâce et s’en ira fonder son propre parti.

L’affaire Petro-Tim

C’est d’ailleurs en Chine qu’Aliou Sall sera présenté à Franck Timis, un homme d’affaires australo-roumain notamment actif dans l’exploration gazière et pétrolière. Après la victoire de Macky Sall à la présidentielle, en 2012, le businessman se tournera vers le frère cadet du nouveau chef de l’État pour qu’il gère Petro-Tim Sénégal, une société qui recevra des concessions d’exploration offshore d’Abdoulaye Wade peu avant sa défaite mais que Macky Sall validera au lendemain de sa victoire.

Révélée deux années plus tard, l’affaire fera scandale, Aliou Sall étant soupçonné d’avoir bénéficié des largesses du chef de l’État pour s’enrichir dans le privé.

Entre-temps, celui qui n’avait jamais vraiment pris ses distances avec la politique a été élu maire de Guédiawaye en 2014 (contre l’avis de son frère aîné, nous confiera-t-il), puis président de l’Association des maires du Sénégal. Après avoir démissionné de Petro-Tim, le voici nommé à la tête de la Caisse des dépôts et consignations. Il jettera l’éponge en 2019, après avoir été mis en cause dans une enquête de la BBC qui ressuscitera l’affaire Petro-Tim.

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Aujourd’hui, c’est donc dans l’enseignement privé qu’il rebondit, une activité qu’il dit avoir mûrie de longue date. « Lorsque je cherchais à devenir maire de Guédiawaye, j’avais fait de l’éducation l’une de mes priorités, sinon la principale. Je m’étais rendu compte que l’enseignement public ne répondait qu’à environ 40 % de la demande scolaire, même si les effectifs des classes étaient parfois très élevés. Quant au privé, il montrait lui aussi des lacunes par rapport aux normes requises, notamment en matière d’infrastructures. Au terme de mon mandat, je me suis donc consacré à plein temps à cette activité. »

En retrait de la politique

Son objectif, indique-t-il, c’est d’avoir un institut doté d’un équipement de haut niveau, processus qui est encore en cours d’achèvement : « D’ores et déjà, nous disposons de deux labos : l’un de biochimie, l’autre d’informatique. Sans compter un terrain d’application pour les étudiants en génie civil. Et cet effort se poursuivra l’année prochaine avec un labo électrotech. »

Provisoirement en retrait de la politique, et préférant la discrétion dans sa nouvelle vie, Aliou Sall n’a toutefois pas dit son dernier mot en tant que militant. Récemment, plusieurs cadres de la mouvance présidentielle ont critiqué son absence sur le terrain politique depuis  les élections locales de janvier 2022. « Je le reconnais et je l’assume, répond-il. Je n’ai pas abandonné le militantisme mais je ne vis pas de la politique. Je consacre désormais plus de temps à ma nouvelle activité, c’est tout. Par contre, je reste le coordinateur de l’Alliance pour la République (APR) et de la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY) a Guédiawaye. »

Reste à savoir où il effectuera son prochain rebond.

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La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)