Témoignages

 

À la rencontre d’une jeunesse pleine d’espoir à Mayotte

Il y a un mois, le département d’outre-mer était secoué par une vague de violences. Sur l’île française de l’océan Indien, la moitié de la population a moins de 18 ans. Ces jeunes, souvent autant victimes qu’acteurs des violences, aspirent avant tout à une vie meilleure.

  • Pascal Charrier, 

 

À la rencontre d’une jeunesse pleine d’espoir à Mayotte
 
Mirna, 23 ans, originaire des Comores, a trouvé un emploi de secrétaire dans une association.DAVID LEMOR

Mamoudzou (Mayotte)

De notre envoyé spécial

 

À la rencontre d’une jeunesse pleine d’espoir à Mayotte

 

Au bout de la rue, le Dacia Duster ralentit et ses passagers tournent la tête vers le petit groupe rassemblé à côté d’une supérette. Ils observent ces jeunes adossés à un mur couvert de graffitis en une fin d’après-midi tropicale. Fazal est parmi eux et sourit : « C’est la police. » Ce Mahorais d’origine comorienne, âgé de 21 ans, a l’habitude de croiser des agents de la brigade anticriminalité à Kawéni, son village devenu une banlieue de Mamoudzou, la ville principale de Mayotte.

Surmonté par d’immenses bidonvilles, un dédale de bangas, des baraques en tôle, le quartier a été classé « prioritaire » par l’État. Le rappeur Skinny en était issu. C’est son sanglant assassinat, le 12 novembre, qui a provoqué une flambée de violence dans l’île française de l’océan Indien. Depuis, un calme précaire est revenu, mais la population du département d’outre-mer continue de subir une délinquance endémique, sur fond d’affrontements entre bandes.

Dans cette marmite bouillonnante, la jeunesse en est autant victime qu’actrice. Fazal n’a plus de téléphone. « Je me suis fait dépouiller », explique-t-il. Mais le jeune homme aux cheveux ras a lui-même été condamné pour avoir porté des coups en une autre occasion… Il arrive aussi que des membres de forces de l’ordre s’arrêtent pour simplement se prendre en photo à ses côtés. Il est devenu une petite vedette locale depuis qu’il a interprété Bruce, un brutal chef de gang, dans le film Tropique de la violence tourné à Mayotte et tiré du roman de Nathacha Appanah (1).

Pour créer une bande crédible devant les caméras, le réalisateur Manuel Schapira a recruté sur place des comédiens non professionnels dont les rôles n’étaient pas complètement de composition. Sorti en salles au printemps dernier, le long métrage a été largement diffusé dans les établissements scolaires de Mayotte. Il a touché un public de collégiens et de lycéens en mettant en scène une réalité que certains connaissent de près : la vie d’une jeunesse livrée à elle-même, le plus souvent originaire des Comores voisines.

Depuis, la fiction a été dépassée par l’actualité. Les événements de novembre ont rappelé aux métropolitains l’existence de ce 101e département, le plus pauvre de France, où des adolescents peuvent régler leurs comptes à coups de machette. Les habitants, eux, connaissaient déjà ce scénario. « La violence, ici, on grandit dedans », souligne Mario, aussi connu sous le pseudo de Myster Mariox, une figure de Kawéni, qui nous a aidés à retrouver Fazal.

Cet autodidacte volubile de 28 ans est arrivé des Comores bébé, comme tant d’autres ici. Il est fier de son quartier et ne voit pas la jeunesse comme une menace. Il en parle comme d’une force à laquelle il faut ouvrir des perspectives. « Regardez, il y a des jeunes partout, ils sont bourrés d’énergie, il faut leur offrir des structures, reprend-il. Moi, j’ai joué au foot, au basket, j’ai été délinquant, et c’est la danse qui m’a canalisé. » Il a créé un collectif de danseurs, organise des concerts et tourne des mini-séries, des clips et des documentaires, qu’il produit avec sa petite société, Ampire Production.

Mario y décrit la vie d’une génération le plus souvent bloquée dans la précarité, faute de carte d’identité établie par la République française. Avec le durcissement des lois au nom de la lutte contre l’immigration, être né à la maternité de Mamoudzou ne garantit pas d’obtenir la nationalité de Victor Hugo. « Mayotte est comme une cage, résume-t-il. À force de mettre des gens dedans, ça explose. Tout déborde, les écoles, les routes, les associations. Qu’on le veuille ou non, il y a 10 000 naissances par an. Soit on prépare l’avenir, soit Mayotte va partir en vrille. »

Sa sœur cadette, Mirna, a fait de la figuration dans Tropique de la violence. Elle a aussi joué les médiatrices pour l’équipe de tournage. « Au départ, les gens pensaient que c’étaient des policiers ou des gendarmes », raconte-t-elle. Longtemps sans papiers, elle-même a vécu dans la peur de la police, celle des frontières, la PAF. Une fois, elle a été arrêtée. Un juge l’a libérée : « Je ne me laisse jamais faire. À Mayotte, si tu ne connais pas tes droits, on te piétine et on te renvoie chez toi. »

Son chez-elle est ce bout d’Afrique demeuré français. « Je suis arrivée à 5 ans, j’ai grandi ici, j’ai étudié ici, insiste-t-elle. Aujourd’hui, j’ai 23 ans, je me sens en même temps comorienne et française. » Mirna a fini par obtenir un titre de séjour renouvelable et espère une naturalisation, alors qu’elle a trouvé un emploi de secrétaire dans une association. Elle attend un enfant pour le printemps prochain. Dans ses espoirs les plus fous, elle se verrait bien suivre à Paris une formation de comédienne. « C’est dommage qu’on n’écoute pas plus les jeunes, dit-elle. Il y en a beaucoup qui veulent juste être scolarisés et faire des stages. »

Raïssa et Mariama ont cette chance. Elles sont en terminale au lycée polyvalent de Kawéni et se lèvent à 4 heures ou 5 heures du matin pour préparer un bac professionnel en section cuisine. Les deux lycéennes ont une aspiration commune : ouvrir un restaurant en métropole, où elles ont de la famille. Et fuir cette terre insulaire où les bus scolaires se font régulièrement caillasser à cause de rivalités aux motifs parfois futiles. « Ici, il y a trop de violence », dit Raïssa. « J’en ai marre, cela me fait peur », enchaîne Mariama.

Leur camarade Amie se mêle à la conversation : « Moi, je veux être sage femme en métropole. » Elle ajoute, dans un grand sourire, qu’elle a « envie de voir la neige ». Avec leur énergie débordante, leur bonne volonté et leur futur diplôme, toutes espèrent échapper au sort de ces jeunes Comoriens qui se heurtent à un mur à leur majorité. Faute de papiers, ils n’ont pas le droit de rester à Mayotte et, même s’ils ont un titre de séjour, ils ne pourront pas s’envoler vers Brest ou Marseille. Le sésame est territorialisé.

Le lycée des trois jeunes filles est entouré de barbelés et surmonté par un bidonville. Pas de route pour y monter. Pas d’eau courante, non plus. Une dizaine de garçons sont perchés sur une butte, assis sous un manguier. Une autre jeunesse, qui n’a pas été scolarisée ou ne l’est plus. Ils ne sont pas menaçants, juste méfiants. La plupart n’ont pas de titre de séjour, et les rares hommes blancs qu’ils voient sont policiers. « C’est notre endroit pour parler entre nous, dit l’un d’entre eux. On ne fait rien de la journée, ça tourne dans nos têtes. »

Chacun a un surnom : MCK, le Roi, Petit Frère, Dresko, Mister… Pour gagner de quoi se nourrir, ils n’ont que la perspective du racket ou de petits boulots, comme remonter des bidons d’eau contre une poignée d’euros. « Tout ce qu’on aimerait, c’est une situation régulière et du travail, cela nous éviterait de vivre en bande et de foutre le bordel », assure un jeune en survêtement blanc. Il dit aussi que c’est « calme en ce moment », mais que si des gars de Majicavo attaquent, ils sauront « riposter avec force ».

Ali habite à Majicavo, de l’autre côté de la colline, mais ne veut surtout pas se mêler des affaires de ceux qu’il appelle des « bandits » : « On prend des risques pour avoir une vie meilleure, pas pour attaquer des gens. » Âgé de 18 ans, il a débarqué des Comores il y a trois ans, en kwassa-kwassa, un de ces canots motorisés qui font la périlleuse et clandestine traversée de 70 kilomètres. Comme 80 autres jeunes non scolarisés, il suit des cours de français, de mathématiques et de culture générale au centre Nyamba, ouvert par le Secours catholique.

L’exilé se rêvait prof de math. Il espère maintenant devenir électricien. « Mais on ne peut pas avoir de boulot sans avoir de papiers », soupire-t-il. « On vit en se cachant », ajoute Faïza, une autre élève du centre, qui veut devenir agente de sécurité, à défaut d’études de médecine. « On a autant peur de la PAF que des bandes », poursuit sa camarade Yvette. Le soir, personne ne sort et Ali craint toujours de traverser Kawéni pour rentrer après les cours chez sa tante : « J’ai vu des gens se faire tabasser, c’est normal d’avoir peur. Je n’ai confiance en personne. »

Les deux localités sont opposées par de vieilles guerres qui étaient au cœur des batailles rangées du mois dernier, avec leur cycle de représailles sans fin. Aux yeux des plus excités, il suffit d’habiter à la mauvaise adresse pour être perçu comme un ennemi. Dans Tropique de la violence, aucun des acteurs amateurs ne venait de Majicavo. « On avait dit à Manuel que c’était mieux », explique Elanique, un copain de Fazal, son bras droit dans le film.

L’appât du gain et la misère font le reste. « Pour un téléphone, on peut te mettre un coup de machette », rappelle Raphaël (2). Avant de devenir bénévole au Secours catholique, lui-même a été membre d’une bande et sa cicatrice au cou rappelle son passé tumultueux. « Je n’étais pas un voyou, je le suis devenu. J’ai fait beaucoup de bêtises, je me suis battu avec la police, j’ai brûlé des voitures… Tous mes amis sont en prison ou portent un bracelet électronique. » Sa propre arrestation a constitué un déclic. « Ma mère pleurait, j’ai commencé à réfléchir. Maintenant, tout ça est terminé et j’essaye d’expliquer aux jeunes qu’il faut passer à autre chose. »

Fazal, lui aussi, veut se tenir à l’écart des embrouilles : « Dans la journée je ne suis pas là, c’est mieux. » Même s’il se trouve souvent devant le mur où Manuel Schapira l’a rencontréil a avancé. En novembre, quand le Raid a été envoyé en renfort pour ramener le calme, il portait l’uniforme du régiment du service militaire adapté, un dispositif de l’armée qui forme chaque année plus de 600 Mahorais à des métiers. Après un apprentissage de maçon-carreleur, il vient de trouver un CDI.

Le Bruce de Tropique de la violence est fier de pouvoir subvenir aux besoins de sa mère et ses quatre frères et sœurs. En janvier, avec sa première paie, il se rachètera un téléphone. Il espère aussi partir un jour, à La Réunion, loin du bouillonnement de l’île qui l’a vu naître. Il y a mis les pieds pour le tournage et sa carte d’identité française l’autorise à réitérer ce voyage. En nous disant au revoir, Fazal a glissé : « Vous direz bonjour à Manuel de ma part ? » Message transmis.

(1) Le film est disponible sur MyCanal et en vidéo à la demande.

(2) Le prénom a été changé.

 Pour les funérailles, lire en bas de cette page

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 La messe des funérailles sera célébrée

le lundi 19 décembre 2022 à 14h30
en notre chapelle de la Maison Lavigerie,
22 avenue Montilleul 64140 Billère.

Elle sera suivie par l'inhumation
au cimetière St Laurent de Billère.

 

 

 

 

 

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🔴 Message du Président de la Transition, Chef de l'Etat, le Capitaine Ibrahim TRAORE, à l’occasion du 11 décembreChers compatriotes, peuple combattant du Burkina Faso, de l’intérieur et de la Diaspora,


11 décembre 2022.

 

Cette date marque le 62è anniversaire de l’indépendance du Burkina Faso. Je n’irai pas vous faire un discours cette année, parce que l’heure n’est pas à la fête. Notre indépendance n’est pas acquise, parce que nos terres sont occupées. Notre économie est balbutiante et nos mains sont liées. Voila pourquoi, je tenais à m’adresser à vous à travers ce petit message dans ces moments précis.
Il y a quelques semaines de cela, le destin du pays changeait le 30 septembre. Nous disions que nous sommes révoltés, et aujourd’hui date anniversaire de la fête de l’indépendance, nous sommes encore plus révoltés. Le combat pour l’indépendance totale a commencé il y a quelques semaines de cela. Et ce combat passe nécessairement par les armes, mais aussi par nos valeurs, nos comportements et le redressement de notre économie. La bataille contre l’ennemi qui occupe nos terres est en train de commencer. Cette bataille est à son préambule.


C’est le lieu pour moi donc de féliciter les unités engagées pour les premières actions terrestres et aériennes; les encourager pour le don de soi, le sacrifice, et tout ce qu’ils donnent pour cette nation. Aux unités encore engagées, il y a de cela quelques mois, sinon, plusieurs mois, qui tiennent encore bon sur le terrain, je leur réitère encore mes félicitations. Aux forces vives de la Nation, nous disons merci pour l’appel que nous avons pu faire à l’égard de toute la population. Cet appel a été entendu, et c’est le lieu pour moi de féliciter tout le monde pour l’engagement, notamment pour les VDP et aussi pour l’accompagnement de l’armée.

Les ravitaillements qui ont suivi ces derniers jours, je puis vous rassurer que nous avons été comblés par des Burkinabè qui ont accepté nous donner leurs camions pour aller ravitailler des Burkinabè. Cela témoigne que la solidarité est en train de naître. C’est tout ce que nous demandons.Pour l’encadrement et la formation des VDP, nous avons reçu des dons de toutes natures allant des vivres aux équipements, aux travaux d’infrastructures. Nous disons merci à ce peuple qui commence à se souder, qui commence à être solidaire pour cette bataille. Nous en avons besoin et merci encore.
Aux Burkinabè de la diaspora, nous disons merci pour toutes les contributions en nature et en espèces. D’ailleurs, nous avons rencontré les partenaires sociaux dans ce sens pour encore demander plus de sacrifice aux Burkinabè afin que cette lutte soit menée par les Burkinabè pour libérer les terres du Burkina Faso. Ce message, nous tenions à le passer, pour encore dire merci à tous les peuples qui se battent, merci à tous ceux qui nous accompagnent, qu’ils soient Burkinabè ou non Burkinabè. A ce jour donc, nous n’allons pas fêter parce que le combat qui est engagé, doit contribuer à ce que notre indépendance soit totale.

Sur ce, j’appelle tous les Burkinabè à un changement de comportement, à revoir nos valeurs, parce que cette bataille pour l’indépendance totale passe par la guerre que nous menons par les armes. Mais je le disais tantôt, par l’économie également. Cette bataille du côté économique passe forcément par la lutte contre la corruption. Cette lutte également est enclenchée. Notre lutte ne s’arrêtera que lorsque tous les enfants du Burkina Faso mangeront à leur faim et dormiront tranquillement dans leur pays. Nous nous sommes engagés pour cela et ce combat, nous allons le mener. Notre espoir est encore plus grand. Nous ne doutons aucunement de ce qui va se passer et de l’avenir de cette bataille.
Restez confiants, restez soudés, restez mobilisés derrière les forces de défense et de sécurité, restez soudés et mobilisés derrière nos vaillants VDP, et l’espoir est permis, parce que nous ne lâcherons pas, nous irons jusqu’au bout de ce combat pour l’indépendance totale de notre patrie.
Merci à vous, chers compatriotes.

Je ne saurai terminer mes propos sans souhaiter prompt rétablissement à toutes les victimes, tous les blessés de cette barbarie et prier encore que les âmes des défunts reposent en paix.


Merci chers compatriotes.La patrie ou la mort, nous vaincrons


(Source : Présidence du Faso)

Niger : Abdoul Salam Bello, un économiste au service du continent

À 45 ans, Abdoul Salam Bello est le premier nigérien nommé administrateur à la Banque mondiale, où il représente 23 pays africains. De Niamey à Washington, en passant par Riyad, Paris et Ouagadougou, retour sur une carrière déjà bien remplie, et 100 % tournée vers le développement de l’Afrique.

Mis à jour le 10 décembre 2022 à 16:08

 
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L’économiste nigérien Abdoul Salam Bello, administrateur du Groupe Afrique II au conseil d’administration du groupe de la Banque mondiale, à Washington. © DR

 

« Ma ligne directrice a toujours été le développement de l’Afrique. Et pour ce faire, les organismes internationaux, en particulier les banques de développement, me semblent être les tremplins les plus impactants », explique Abdoul Salam Bello. À 45 ans, le Nigérien a enchaîné les postes au service du continent : économiste à la Banque islamique de développement (BID), en Arabie saoudite, et directeur de cabinet du secrétaire exécutif de l’Agence du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Auda-Nepad), en Afrique du Sud, chargé de projet senior à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD).

Et, depuis novembre, administrateur du Groupe Afrique II au conseil d’administration du groupe de la Banque mondiale (BM), à Washington. Un poste qui lui confère deux principales missions : se porter « fiduciairement » responsable du groupe de la BM et représenter 23 pays africains au sein de son conseil d’administration.

Débats d’idées et émulation

Fils de diplomate, Abdoul Salam Bello a grandi à Riyad, en Arabie saoudite, avec ses quatre frères et sœurs. Une enfance « douce », rythmée par les récits d’une famille « férue d’histoire ». Puis c’est en France que le jeune nigérien a posé bagages pour commencer son cursus universitaire : d’abord avec un diplôme d’ingénieur en télécommunications de l’université de Toulon, suivi d’un master en diplomatie et négociations stratégiques à l’université de Paris-Sud, puis d’un master en management des activités internationales à l’université Lyon-III. Enfin, en 2004, il rejoint la capitale française afin d’intégrer HEC Paris, où il obtient un master en management des risques internationaux.

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Durant ses années d’études, l’économiste en herbe passait le plus clair de son temps libre avec ses « copains intellos », confie-t-il avec une pointe de nostalgie. « J’avais des amis issus de différentes grandes écoles : Sciences Po, Normale sup, Polytechnique… Nous avions souvent des débats d’idées sur les réformes économiques à mener sur le continent, sur les changements structurels à apporter, etc. » Des échanges et une émulation intellectuelle qui le confortent dans son choix de carrière. Après un passage dans le privé, en tant que chef de projet adjoint au siège de Renault en France, il intègre la BID en 2007 à travers le programme des « jeunes professionnels », à l’issue duquel il se spécialise dans les opérations et l’évaluation.

Une histoire de spaghettis

Abdoul Bello s’installe à Washington en 2014 pour rejoindre la BM, d’abord en tant que conseiller de l’administrateur du Groupe Afrique II (2014-2019), puis en tant qu’administrateur suppléant (2020-2022) jusqu’à sa titularisation, en novembre, pour un mandat de deux ans non renouvelable, avec toujours le même objectif : contribuer à l’intégration économique africaine. Chercheur au Centre africain du think tank Atlantic Council – également basé à Washington –, il est d’ailleurs l’auteur de La Régionalisation en Afrique : essai sur un processus d’intégration et de développement (éditions L’Harmattan, 2017).

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En l’occurrence, Abdoul Salam Bello est convaincu que la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) a un réel potentiel. Pour illustrer son propos, il reprend la métaphore des « bols de spaghettis », théorisée par l’indien Jagdish Bhagwati, selon laquelle plus le nombre d’accords de libre-échange entre pays augmentent, plus leurs relations commerciales ralentissent. Une vision à contre-courant « très pertinente à l’échelle du continent, où beaucoup d’accords finissent par ne pas être ratifiés ou respectés » faute de budget, d’organisation et de respect des délais de mise en œuvre. « Au lieu de multiplier les structures à vocation continentale, il faut miser sur un accord solide et commun », résume-t-il.

États-Unis : dix choses à savoir sur Molly Phee, la Madame Afrique de Joe Biden

Du 13 au 15 décembre, les dirigeants africains vont converger vers Washington pour le sommet Afrique-États-Unis. Quinze mois après sa nomination au poste de secrétaire d’État adjointe, Mary Catherine « Molly » Phee sera au centre des négociations

Mis à jour le 8 décembre 2022 à 07:20
 
 

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Molly Phee, secrétaire d’État adjointe. © MONTAGE JA : USIP

DIX CHOSES À SAVOIR SUR – À cinq jours du début du sommet entre les États-Unis et le continent africain qui se déroulera à Washington, du 13 au 15 décembre, Joe Biden n’a pas encore confirmé de rencontres en tête-à-tête. En revanche, l’agenda de sa principale diplomate pour l’Afrique, la secrétaire d’État adjointe Mary Catherine « Molly » Phee, est plein à craquer. Elle sera l’interlocutrice que les responsables africains essaieront de convaincre sur de nombreuses questions, allant du commerce et des investissements aux conflits au Sahel et dans la Corne de l’Afrique.

1. Arabisante

Contrairement à ses prédécesseurs comme Tibor Nagy et Linda Thomas-Greenfield, « Molly » Phee est moins une africaniste qu’une spécialiste du Moyen-Orient. Elle a occupé des postes à Koweït City, au Caire et à Amman. Arabisante, elle a été la principale représentante civile de l’Autorité provisoire de la coalition dans la province de Maysan, en Irak, de 2003 à 2004.

2. Diplomate

Molly Phee est entrée au service des Affaires étrangères des États-Unis en 1991, après avoir été brièvement l’attachée de presse adjointe de feu le sénateur démocrate de New York, Daniel Patrick Moynihan. Née à Chicago, elle est diplômée de la Fletcher School of Law and Diplomacy, l’école supérieure d’Affaires internationales de l’université Tufts, à Medford (Massachusetts), en 1989.

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3. Transition

Dès 2009, elle intègre l’équipe du vice-président de l’époque, un certain Joe Biden. Elle occupe le poste de directrice pour l’Irak au Conseil national de sécurité de la Maison Blanche, aux côtés de l’actuel secrétaire d’État Antony Blinken, alors conseiller à la sécurité nationale. À cette époque, Molly Phee coordonne la transition de la mission américaine d’un point de vue militaire à un point de vue civil, jusqu’au départ des troupes américaines. Un avant-goût de ce qui l’attend aujourd’hui pour faire évoluer la lutte contre le terrorisme au Sahel vers le renforcement des États.

4. Vers l’Afrique

Après son affectation à la Maison Blanche, elle occupe le poste de cheffe de mission adjointe à l’ambassade des États-Unis à Addis-Abeba de 2011 à 2014. À ce titre, elle gère les opérations administratives de la troisième plus grande ambassade des États-Unis en Afrique. Elle sera également cheffe de cabinet de l’envoyé spécial pour le Soudan et le Soudan du Sud, Donald Booth, avant d’être choisie par le président Obama pour devenir le prochain ambassadeur des États-Unis à Juba. Elle occupe ce poste de 2015 à 2017, menant les négociations pour réconcilier les factions ennemies du président Salva Kiir et de son ancien adjoint, Riek Machar.

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5. « Fired ! »

Molly Phee est secrétaire adjointe au Bureau des affaires des organisations internationales du département d’État lorsqu’elle est emportée par la gabegie de l’ère Trump. En 2018, elle est démise de ses fonctions sans ménagement, pour avoir fait part de ses préoccupations à l’encontre de Mari Stull, ancienne blogueuse spécialisée dans le vin connue sous le nom de « Vino Vixen », nommée à un poste politique pour contrôler les diplomates soupçonnés de déloyauté envers le programme « America First » du président.

L’année suivante, un rapport de l’inspecteur général du département d’État confirmera le harcèlement politique à l’égard de Phee, et critiquera le silence de son patron, le secrétaire adjoint nommé par Trump, Kevin Moley.

6. Leçons afghanes

Molly Phee est alors nommée représentante spéciale adjointe pour la réconciliation en Afghanistan. Elle y travaille aux côtés de l’ambassadeur Zalmay Khalilzad à l’élaboration des accords politiques entre le gouvernement de Kaboul et les talibans. Des efforts qui s’effondrent en août 2021 lorsque les combattants islamistes reprennent la capitale après le retrait des troupes américaines.

7. Faiseuse de paix

Phee joue un rôle actif dans les efforts diplomatiques américains en Afrique, parcourant des dizaines de milliers de miles aériens dès sa première année en poste. En janvier, elle accompagne David Satterfield, alors envoyé spécial pour la Corne de l’Afrique, en Arabie saoudite, au Soudan et en Éthiopie pour mener des pourparlers visant à relancer la transition vers la démocratie au Soudan, et mettre fin au conflit dans le nord de l’Éthiopie.

Elle retourne au Soudan en juin et continue à travailler aux négociations de paix en Éthiopie menées par l’Union africaine lorsqu’elle assiste à l’investiture du président kényan William Ruto en septembre. Elle se rend au Tchad en mars pour faire pression sur le président du Conseil militaire de transition, Mahamat Idriss Déby, afin qu’il effectue rapidement la transition vers un gouvernement civil librement élu. Enfin, elle accompagne le secrétaire d’État Antony Blinken au Rwanda et en RDC dans le cadre d’une mission visant à apaiser les tensions entre Kinshasa et Kigali dans l’est du Congo.

8. Afrique de l’Ouest

En plus de suivre de près le conflit éthiopien et la prolifération des coups d’État sur le continent, Phee se rend régulièrement en Afrique de l’Ouest, notamment pour s’occuper de dossiers commerciaux et d’investissement. Son premier voyage la conduit au Ghana et au Burkina Faso en octobre 2021, soit 11 mois avant le coup d’État d’Ibrahim Traoré et le bannissement consécutif de Ouagadougou du sommet États-Unis-Afrique.

Elle visite également le Sénégal avec le secrétaire d’État Antony Blinken l’année dernière. Et en septembre dernier, elle se rend pour la première fois en Côte d’Ivoire pour discuter opportunités commerciales et partenariat décennal entre l’administration Biden et les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, la stratégie américaine de prévention des conflits et de promotion de la stabilité.

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9. Friction sur les sanctions

En tant que diplomate de carrière, Molly Phee semble partager l’aversion institutionnelle du département d’État pour les mesures sévères qui peuvent dégrader la qualité des relations bilatérales. L’année dernière, elle se serait opposée à Jeffrey Feltman, alors envoyé spécial pour la Corne de l’Afrique, sur la question des sanctions envers les généraux de l’armée soudanaise après leur coup d’État.

Sur le dossier éthiopien, le département du Trésor, en collaboration avec le bureau de Phee, n’a toujours pas appliqué les sanctions contre les personnalités éthiopiennes visées, plus d’un an après la signature du décret par Joe Biden. Ce retard a provoqué la fureur du Capitole, où la patience à l’égard du Premier ministre Abiy Ahmed est à bout.

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10. Garder le contrôle

Molly Phee est connue pour vouloir garder le contrôle sur la diplomatie africaine. Alors que certains experts extérieurs et membres du Congrès pressent l’administration Biden de pourvoir les postes vacants d’envoyés spéciaux pour le Sahel et les Grands Lacs, elle réaffirme les réserves traditionnelles du département d’État à l’égard des intermédiaires nommés par la Maison Blanche, dans un courriel interne daté d’octobre 2021 et obtenu par Foreign Policy.

« Le département d’État est historiquement mal à l’aise avec les envoyés spéciaux, écrit-elle. Nous avons tous été victimes, à l’occasion, d’envoyés pris de folie et cette expérience nous aidera, nous l’espérons, à éviter les erreurs. » Elle concède toutefois qu’elle n’est « pas un agent du service extérieur typique », et qu’elle accueille « sincèrement l’énergie, la perspective et la portée des envoyés spéciaux pour compléter notre travail. »

Sous-catégories

Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)