Témoignages

 

Mali : libération de l’otage colombienne sœur Gloria Cecilia Narvaez

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 10 octobre 2021 à 10:29


Sœur Cecilia Narvaez Argoti, dans une vidéo rendue publique le 2 juillet 2017. © AFP

Cette religieuse franciscaine colombienne avait été enlevée en février 2017 par des jihadistes au Mali. La présidence malienne a annoncé samedi sa libération.

La présidence du Mali a salué dans un communiqué « le courage et la bravoure de la sœur », précisant que cette libération est « le couronnement de 4 ans et 8 mois d’efforts conjugués de plusieurs services de renseignements ».

« Je remercie les autorités maliennes, le président, toutes les autorités maliennes pour tous les efforts que vous avez fait pour me libérer. Que Dieu vous bénisse, que Dieu bénisse le Mali », a déclaré la religieuse à la télévision publique malienne.

Elle est apparue aux côtés du président par intérim, le colonel Assimi Goïta, est de l’archévêque de Bamako Mgr Jean Zerbo.

NOUS AVONS BEAUCOUP PRIÉ POUR SA LIBÉRATION

Mgr Zerbo a assuré à l’AFP que la religieuse « se porte bien ». « Nous avons beaucoup prié pour sa libération. Je remercie les autorités maliennes et les autres bonnes volontés qui ont permis cette libération », a-t-il dit.

Gloria Cecilia Narvaez fait partie des Franciscaines de Marie Immaculée, une congrégation d’origine suisse fondée en 1893 et présente dans 17 pays.

Elle avait été enlevée le 7 février 2017 près de Koutiala, à 400 km à l’est de Bamako. Elle travaillait alors comme missionnaire depuis six ans dans la paroisse de Karangasso avec trois autres religieuses.

Elle s’était volontairement livrée à ses ravisseurs

Selon une de ses collègues, sœur Carmen Isabel Valencia, sœur Gloria Cecilia Narvaez s’était volontairement livrée à ses ravisseurs alors qu’ils s’apprêtaient à enlever deux religieuses plus jeunes. « Je suis la supérieure, emmenez-moi », avait-elle dit, selon cette collègue.

Le frère de l’ex-otage s’est dit ému, après avoir eu confirmation de la libération. « Dieu merci, elle est en bonne santé, ils m’ont envoyé des photos et elle a l’air bien », a réagi Edgar Narvaez.

Le président de la Conférence épiscopale de Colombie, Mgr Mario de Jesús Álvarez Gómez, a pour sa part exprimé son « immense joie ».

« Je me réjouis énormément de la nouvelle de la libération au Mali de notre chère compatriote, la religieuse Gloria Cecilia Narváez, un objectif que nous nous étions fixé au sein du gouvernement national et pour lequel nous avons travaillé avec le président (colombien Ivan) Duque pendant de nombreux mois », a déclaré pour sa part dans un communiqué la ministre colombienne des Affaires étrangères, Marta Lucía Ramírez.

Mme Ramirez a également souligné les « efforts humanitaires du gouvernement français pour contribuer à cette réussite ».

Une source proche de la médiation a confié à l’AFP que la religieuse n’avait pas été maltraitée pendant sa détention et qu’elle a appris le Coran. « Nous ne dirons pas de détails. Les négociations ont duré des mois, des années », a souligné cette source.

Détenue par « un groupe du GSIM », lié à Al-Qaïda

Un responsable de l’aéroport de Bamako, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, a indiqué à l’AFP que Gloria était arrivée samedi soir dans la capitale malienne d’où elle doit prendre l’avion pour Rome. Le départ de Bamako de la Colombienne a été confirmé par l’archevêché de la ville.

Dans une lettre transmise en juillet dernier par la Croix-Rouge à son frère, sœur Gloria Narvaez expliquait être détenue par « un groupe du GSIM », le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, lié à Al-Qaïda.

Les enlèvements sont courants au Mali, pays sahélien pris dans la tourmente depuis le déclenchement d’insurrections indépendantiste et jihadiste dans le nord en 2012. Le conflit a fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés, malgré l’intervention de forces onusiennes, françaises et africaines.

Un journaliste français, Olivier Dubois, a été enlevé début avril dans le Nord du Mali par des jihadistes affiliés à Al-Qaïda.

 

 

Libération de sœur Gloria : les proches des otages maliens se réjouissent mais s’interrogent

Plusieurs otages, dont une dizaine de Maliens, sont encore aux mains des jihadistes du GSIM (« Jnim »), le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, dirigé par Iyad Ag Ghali. (Illustration)

Plusieurs otages, dont une dizaine de Maliens, sont encore aux mains des jihadistes du GSIM (« Jnim »), le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, dirigé par Iyad Ag Ghali. (Illustration)
 AFP - HANDOUT

La religieuse colombienne sœur Gloria Cécilia Narvaez a été libérée samedi 9 octobre après quatre années et huit mois de captivité. Mais les jihadistes détiennent encore plusieurs otages, dont au moins une dizaine de Maliens.

Sœur Gloria Narvaez était détenue par les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jnim), dirigé par Iyad Ag Ghali. Sa libération a été obtenue au terme de négociations menées par les autorités maliennes de transition et par l’association chrétienne Sant’Egidio, à la demande du Vatican.  

Une libération qui ne doit pas faire oublier les autres otages toujours aux mains du Jnim, parmi lesquels le journaliste français Olivier Dubois, détenu depuis plus de six mois, parmi lesquels également au moins une dizaine de Maliens –tous les cas ne sont pas publics-, dont beaucoup de représentants de l’État, enlevés précisément pour cette raison.  

Sakouba Mady Dembele, le secrétaire général adjoint du Syltmat, le Syndicat libre des travailleurs du ministère de l'Administration territoriale, est mobilisé pour la libération de ses collègues. « Les syndicats du ministère de l’Administration territoriale se réjouissent de la libération de sœur Gloria, nous avons toujours compati à sa douleur. Mais chez nous, les collègues Drissa Sanogo préfet de Gourma-Rharous, le sous-préfet Ali Cissé, ont été enlevés dans l’exercice de leurs fonctions. Il y a aussi des agents de collectivité, des régisseurs et mêmes des enseignants qui sont aux mains des ravisseurs, et il y a longtemps de cela. Nous apprécions la libération de sœur Gloria, mais nous attendons la libération de nos collègues depuis des années. »

► À lire aussi : Le Mali annonce la libération de la religieuse colombienne Gloria Narvaez enlevée en 2017

À cette occasion, le président de la transition Assimi Goïta a précisé que des actions étaient toujours en cours pour faire libérer tous les otages détenus, étrangers et maliens. « Les plus hautes autorités du Mali nous ont fait comprendre qu’elles sont à pied d’œuvre, admet le secrétaire général adjoint du Syltmat, avant de nuancer : Mais pour le moment, nous sommes dans l’attente et il n’y a rien de concret. »

Si Sakouba Mady Dembele se réjouit bien évidemment de la libération de sœur Gloria, elle a également pour lui un goût amer. « C’est avec stupéfaction qu’on a appris la libération de sœur Gloria sans nos collègues. Je pense que s’il y a la volonté, les hautes autorités pouvaient le faire. Mais nous restons optimistes : tous les Maliens en otage vont être libérés. Il est important pour soulager les familles qu’elles sentent les efforts des hautes autorités. Donc communiquer, au moins avec les familles, pour qu’elles sachent à quel niveau ils sont dans la recherche de solution dans la libération de ces otages. »

Le représentant du Syltmat précise que depuis la libération de sœur Gloria, il n’a eu aucun contact avec les autorités. Il espère néanmoins pouvoir discuter de la situation avec elles bientôt. « Dans les jours qui viennent, nous souhaitons les rencontrer pour savoir ce qu’il s’est passé, qu’est-ce qui a empêché la libération de nos collègues et des autres maliens ? On s’interroge sur la sincérité des propos qu’on nous tient. Est-ce que, réellement, on est en train de faire quelque chose pour la libération de nos otages ? »

► A lire aussi : Mali: deux hauts fonctionnaires retenus en otage apparaissent dans une vidéo du GSIM

Sommet Afrique-France : Amah Akodéwou, une jeune tête chercheuse togolaise

Portrait 

À l’occasion du sommet Afrique-France qui se déroule à Montpellier ce 8 octobre, Amah Akodéwou est l’un des nombreux invités à être consulté sur l’écologie en Afrique. Ingénieur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), il est particulièrement inquiet par la perte de la biodiversité.

  • Ysis Percq, 
Sommet Afrique-France : Amah Akodéwou, une jeune tête chercheuse togolaise
 


Devant le ministre français de l’agriculture Julien Denormandie, Amah Akodewou, doctorant togolais récemment embauché en tant qu’ingénieur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) de Montpellier, ne se démonte pas.

→ EXPLICATION. Refonder une relation entre la France et l’Afrique grâce aux jeunes

Au micro, à l’occasion de l’événement universitaire Global Days en marge du sommet Afrique-France, il aborde la question de la déforestation, de l’intérêt d’écouter toutes les populations du continent africain, ou encore de l’utilisation de la télédétection par satellite.

Détermination pour remuer les mentalités

Sa détermination pour remuer les mentalités en faveur de la biodiversité est entière. « Je me suis très tôt, dans mon enfance au Togo, passionné pour les questions environnementales, témoigne le jeune doctorant âgé d’une quarantaine d’années. Je me suis toujours demandé comment, à ma petite échelle, contribuer à résoudre les problèmes environnementaux auxquels nous faisons face ? Cette question est le fil rouge de mon parcours. Mais pour résoudre un problème, il faut d’abord le comprendre. »

→ A LIRE. La crise climatique, la pire des crises sanitaires

Ainsi, après avoir suivi des études à l’Université de Lomé au Togo, puis obtenu un diplôme universitaire de gestion des aires protégées au Burkina Faso, Amah Akodéwou est venu en France pour soutenir une thèse sur les effets de l’anthropisation (1) sur les plantes envahissantes à l’échelle d’une zone protégée au Togo. Il a posé ses valises en 2015 à Montpellier sans s’imaginer qu’il s’y installerait. Dans quelques semaines, il deviendra père.

Expert en écologie et en télédétection

L’expertise en écologie mais aussi en télédétection du chercheur embauché au Cirad en 2020 profite à plusieurs missions menées en Afrique par cet organisme. Au Niger, pour le Cirad, Amah Akodéwou cartographie l’occupation des sols, estime les stocks de bois et accompagne la population dans l’aménagement de la gestion forestière. Au Cameroun, il scrute l’évolution des sols naturels vers les terres agricoles.

L’utilisation de la télédétection par satellite, conjuguée à un inventaire relevé directement sur le terrain ainsi qu’à l’historique d’occupation d’un lieu, permet au chercheur de conclure que les zones cultivées empêchent les espèces natives de se développer.

Si le changement climatique est au cœur des préoccupations mondiales, la perte de la biodiversité inquiète particulièrement le jeune chercheur. « La biodiversité permet de nourrir la population. Le changement climatique est extrêmement médiatisé alors que la perte de la biodiversité est bien plus concrète pour expliquer les conséquences de l’activité humaine », alerte-t-il.

Sensibilisation de la population

D’une mission à l’autre, d’un pays à l’autre, Amah Akodéwou rencontre, en Afrique, une population hétéroclite tout en aiguisant son regard sur la jeunesse africaine actuelle. Son constat est sans appel : les jeunes sont ne sont pas assez sensibilisés à l’écologie. « La jeunesse n’est malheureusement pas autant mobilisée qu’en Europe. La prise de conscience n’est pas encore là, estime-t-il. L’usage des herbicides reste encore abusif et incontrôlé, majoritairement par les agriculteurs qui ne sont pas suffisamment informés des conséquences et privilégient la facilité ».

Ainsi, sur le terrain, Amah Akodéwou s’attache à expliquer, démontrer, sensibiliser les habitants : « Je leur dis qu’ils ont l’avenir de leurs forêts entre leurs mains. Je ne tombe surtout pas dans un discours trop scientifique. Et peu à peu, à force d’informer, les choses changeront. »

(1) L’anthropisation est la modification d’un milieu dit « naturel » par les activités humaines.

KPG, forgeron-conteur burkinabè: «Je forge des histoires pour cultiver la vie»

L’artiste conteur Kientega Pingdéwindé Gérard (dit KPG) a présenté au Sirque de Nexon « Supiim » lors des Zébrures d’automne au festival des Francophonies en Limousin.

L’artiste conteur Kientega Pingdéwindé Gérard (dit KPG) a présenté au Sirque de Nexon « Supiim » lors des Zébrures d’automne au festival des Francophonies en Limousin.
 © Siegfried Forster / RFI

C’est un spectacle unique à l’épreuve du feu. Le forgeron-conteur burkinabè KPG réunit au théâtre la force de la forge et la puissance de la parole forgée. « Je forge des histoires dans ce monde contemporain, pour que les gens puissent utiliser ces histoires pour cultiver la vie. » Lors des Zébrures d’automne du festival des Francophonies en Limousin, Kientega Pingdéwindé Gérard (dit KPG) a présenté au Sirque de Nexon « Supiim » (« aiguille » en moré), un conte contemporain alliant la sagesse de la tradition, le chant, la poésie, le rap et la danse. Entretien.

RFI : Pour cette pièce, vous avez installé une vraie forge pour réduire les minerais de fer devant nos yeux. Sur la scène du théâtre, vous transformez la sagesse du forgeron en paroles du conteur. Et pendant cette performance, vous vous adressez à nous en disant : « Allons à l’école de la forge ». Qu’est-ce qu’on y apprend ?

KPG : L’école de la forge, c’est un espace qui permet de nous connecter avec nous-mêmes. L’école de la forge nous permet de nous identifier et de nous assumer pour faire face aux flots et à la turbulence que le monde vit aujourd’hui. L’école de la forge, c’est l’équilibre, l’harmonie. Dans cette école, on apprend à vivre, à être utile. On y apprend les choses qui nous permettent de pouvoir surpasser les choses difficiles et puis créer l’harmonie et faire en sorte que celui qui est en face puisse être notre pendant, c’est-à-dire : pour que j’existe, il faut que mon voisin existe. C’est ça, la cohésion dans l’existence. C’est ça, l’école de la forge.

[Vidéo] «Supiim»: quand le conteur burkinabè KPG fusionne la forge et le théâtre
« Supiim », écrit et mise en scène du conteur burkinabè Kientega Pingdéwindé Gérard, dit KGB, aux Zébrures d’automne 2021 du festival des Francophonies en Limousin.

« Supiim », écrit et mise en scène du conteur burkinabè Kientega Pingdéwindé Gérard, dit KGB, aux Zébrures d’automne 2021 du festival des Francophonies en Limousin.
 © Siegfried FORSTER / RFI

L’art du forgeron est un art millénaire, comme le théâtre. Quel est le parallèle entre l’art de la forge et l’art du théâtre ?

Dans le cadre de notre spectacle, nous avons mis les outils en scène ; pour cela, c’est en même temps du théâtre. C’est la parole forgée à travers le théâtre. La parole forgeait les outils qui sont en train de raconter l’histoire. C’est la symbolique des outils, la symbolique des traditions, la symbolique des traditions du fer qui façonnent et puis qui donnent sens à la vie et qui nous permettent de pouvoir forger la culture pour cultiver la vie. Quand on compare le théâtre et la forge : le théâtre met en scène des acteurs, alors que la forge aussi met en scène des acteurs d’une manière ou d’une autre, parce que le forgeron fabrique un outil et le donne, par exemple, à un agriculteur. Celui-ci va l'utiliser comme un symbole, comme un outil. Comme un acteur utilise les accessoires pour sa scène, le forgeron fait pareil avec les outils qu’il donne aux agriculteurs ou les cloches qu’il crée pour les musiciens… Donc, il existe une similitude, mais la forge est plus ancienne que le théâtre !

Le chanteur centrafricain Ozaguin dans le spectacle « Supiim » de l’artiste conteur burkinabè KPG à Nexon.

Le chanteur centrafricain Ozaguin dans le spectacle « Supiim » de l’artiste conteur burkinabè KPG à Nexon.
 © Christophe Péan / Francophonies en Limousin

Vous êtes un artiste conteur travaillant avec beaucoup de disciplines. Pendant l’épidémie de Covid-19, vous avez même fait des spectacles sur Facebook. À l’heure des réseaux sociaux, quel est aujourd’hui le rôle du forgeron, du metteur en scène, du conteur ?

Le conteur raconte des histoires pour transmettre des messages. Ici, en tant que forgeron-conteur, je forge des histoires, puis je les raconte. Je crée des histoires pour les donner… Comme je le dis dans le spectacle : mon père créait des outils pour les gens, pour que les agriculteurs puissent cultiver. Moi, je forge aujourd’hui des histoires dans ce monde contemporain pour que les gens puissent utiliser ces histoires pour cultiver la vie. Aujourd’hui, dans le monde dans lequel nous vivons, on ne peut plus vivre sans ce monde numérique, parce que le numérique est devenu maintenant quelque chose qui est en nous. Mais on oublie que le numérique, c’est la forge. […] La forge est l’ancêtre de la technologie.

Vous êtes vous-même issu de la caste des forgerons et, dans la pièce, vous affirmez : « On ne peut pas devenir forgeron. On est forgeron. » Au Burkina Faso, pour être forgeron, il faut être issu d’une famille de forgerons, appartenir à la caste des forgerons. Il faut être initié. Est-ce que cela exclut les femmes ? Quel est le rôle de la femme dans l’art du forgeron ?

Un forgeron est un forgeron. Il n’y a pas de femme ou d’homme. Un forgeron, qu’il soit petit ou grand, qu’il soit fille ou garçon, est un forgeron. À partir du moment où tu viens de cette famille-là, tu es forgeron. Il n’y a pas à dire « comme c’est une femme » ou bien : « C’est une fille, elle n’a pas le droit d’exercer la forge ». Non. Dans la forge, la femme aussi a son rôle à jouer. Et la plupart du temps, dans la société ancienne, les femmes forgeronnes étaient des potières. Dans ces familles-là, les filles apprenaient à faire de la poterie. C’est toujours le four, le fourneau, la transformation, la cuisson, parce que quand on fait le four pour cuire les poteries, c’est le même four que les hommes, de l’autre côté, utilisent pour faire la réduction des minerais de fer. On était dans une société complémentaire, interdépendante, mais pas dans une société pyramidale où il y a une personne qui décide et les autres qui exécutent. Pour répondre à la question du rôle de la femme : la fille qui est forgeronne issue d’une famille de forgerons n’est pas exclue, parce qu’il y a une complémentarité. On se complète. Il n’y a pas quelqu’un qui se suffit à lui-même.

Vous déclarez que l’art de la forge signifie l’harmonie, la médiation, l’équilibre, se reconnecter à soi-même, l’interdépendance à l’horizontale… Aujourd’hui, au Burkina Faso, quel est le rôle du forgeron-conteur que vous êtes dans une société très troublée par des crises ?

Il faut situer le contexte. L’administration de nos États ne tient pas souvent compte de la société traditionnelle. C’est pourquoi les mécanismes de résolution de crises ne fonctionnent pas. Dès qu’on a intégré ces mécanismes, ces valeurs dans l’administration, cela permet aux forgerons de jouer leur rôle de médiateur. Mais si, dans une société, on n’a pas inscrit dans la conscience collective que le forgeron peut jouer ce rôle-là, on ne se lève pas du jour au lendemain en se disant : « OK, je suis forgeron, je suis venu pour rétablir les liens pour vous permettre de vous réconcilier avec vous-mêmes ». Ça ne marchera pas, parce que les gens ne savent pas. On ne nomme pas ce qu’on ne connaît pas.

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kiye2021
L'hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°11

 "Purifions plutôt nos regards pour voir dans l'engagement de l'autre, le doigt de Dieu au lieu d'accuser par sentiment malsain": rendez-vous avec les amis de Dieu 
Textes du jour:
1ère lecture : Jl 1, 13-15 ; 2, 1-2
 Évangile : Lc 11, 15-26
« Si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous » (Lc 11, 15-26)
Que de fois n'avons-nous pas diabolisé nos frères et sœurs dans leur engagement chretien, pour des raisons que seule notre conscience appréhende les enjeux ou par sentiment malsain ? Si c'est par le doigt de Dieu qu'ils ont rendu des tels témoignages que nous avons refusé de reconnaître et pour lesquels les avons accusé faussement, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à nous. Jésus s'est fait présent et à de nouveau souffert la haine des hommes dans cette fausse accusation. 
Bien-aimés dans le Seigneur, aujourd'hui, nous contemplons avec stupéfaction comment Jésus est accusé de manière ridicule de chasser les démons «par Béelzéboul, le chef des démons». Il est difficile d'imaginer un plus grand bien, celui d'éloigner les âmes du démon, l'instigateur du mal, et d'entendre en même temps une accusation encore plus grave comme celle-là. Nous pensons ici à ces nombreuses personnes qui aujourd'hui encore à travers le monde, qui sont accusées faussement pour le bien qu'elles font au nom de leur foi, tous ceux qui souffrent pour le bien qu'ils font mais que les ennemis du Christ utilisent contre eux. Nous appelons ennemis du Christ ici, tout celui où toute celle qui refuse de reconnaître Le mérites ou les qualités des autres et qui les accuse faussement. Ne les craignons pas. Car comme il est écrit, l'accusateur de nos frères sera de nouveau rejeté.
Revenons sur l'évangile de ce vendredi 08 octobre 2021. Nous réalisons que c'est vraiment une accusation gratuite, qui laisse entrevoir un grand aveuglement et une grande jalousie de la part des accusateurs du Seigneur. Aujourd'hui encore, même sans nous rendre compte, nous coupons à la racine les droits des autres à être différents et à avoir leurs propres opinions parfois contraires et opposé a nôtre. Hum ! Pose-toi la question de savoir à qui tu ressemble lorsque tu te comportes ainsi ? Erreur ! Voilà pourquoi dans la première lecture, le prophète Joël nous invite à faire pénitence, car dit-il, "la maison de votre Dieu
ne reçoit plus ni offrandes ni libations" sinon, des crimes odieux même par les serviteurs de l'autel. 
Oui chers frères et sœurs, celui qui vit enfermé dans un dogme politique, culturel ou idéologique, méprise facilement celui qui est différent de lui, en discréditant ses projets et en niant sa compétence et même son honnêteté. Alors, son adversaire en politique ou en idéologie devient un ennemi personnel. La confrontation dégénère en insultes et agressivité. Le climat d'intolérance et d'exclusion mutuelle violente peut, alors, nous conduire à la tentation d'éliminer d'une manière ou d'une autre celui qui représente pour nous un ennemi.
Dans ce climat il est facile de justifier n'importe quel attentat contre la personne humaine y compris l'assassinat, si celui qui meurt n'est pas un des nôtres. Combien de personnes souffrent de nos jours dans des milieux d'intolérance et refus d'autrui comme celui qui existe souvent dans nos institutions publiques, sur nos lieux de travail, dans les assemblées et confrontations politiques!
Nous devons tous travailler pour créer des conditions et un climat de tolérance, respect d'autrui et confrontation franche où il est possible de trouver un terrain d'entente et de dialogue. Et nous chrétiens loin d'endurcir et sacraliser faussement nos opinions en manipulant le Seigneur et en l'identifiant à nos propres positions, nous devons suivre ce Jésus qui, 
quand ses disciples voulaient empêcher que d'autres, à part eux, expulsent les démons en son nom, les corrige en leur disant: «Ne les en empêchez pas, car celui qui n'est pas contre vous est pour vous». 
Oui chers frères et sœurs en Christ, l'heure est grave. mettons un vêtement de deuil, et pleurons sur nos crimes ! Voici venir le jour du Seigneur, il est tout proche, dit le prophète Joël. Jour de ténèbres et d’obscurité,
jour de nuages et de sombres nuées. Hâtons-nous car le jour du Seigneur est proche. 
Le Seigneur soit avec vous !
✍🏾 Père KIYE M Vincent, Missionnaire d'Afrique
Paroisse de Nioro du Sahel
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« Vous avez dit Justice et paix. N’est-ce pas purifier l’extérieur de la coupe ? Approche analytique de la réalité en face.» Un article du Père KIYE M. Vincent dans le cadre de l’hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°12 du mardi 12 octobre 2021 : Rendez-vous avec les amis de Dieu.
Textes du jour :
1ère Lecture : Rm 1, 16–25
Évangile : Luc 11, 37–41
« Vous purifiez l’extérieur de la coupe et du plat, mais votre intérieur à vous n’est que soif d’argent et méchanceté ! Insensés ! » (Lc 11,39)
Oh Seigneur ! De qui parlez-vous ? De ceux-là ou bien de nous tous ? Car  tout ce qu’on peut connaître de Dieu, nous l’avons sous les yeux : Dieu nous l’a montré. Seigneur, vos paroles percent le cœur comme une épée. Qu’elles nous donnent d’en prendre conscience et de nous convertir réellement sans nous en prendre au prophète de la vérité.
 Frères et sœurs en Christ, de qui se moque-t-on lorsque l’on se met à laver l’extérieur de la coupe pendant que l’intérieur de celle-ci reste sale? Comment peut-on interpréter ce texte au quotidien ? Osons dire haut ce que beaucoup murmurent. Qui sont ces pharisiens aujourd’hui ? N’est-ce pas chacun de nous qui nous disons chrétiens, prêtres, religieux et religieuses ? Nous qui sommes visiblement reconnus comme des familiers des écritures saintes, des hommes des prières mais qui parfois faisons de notre position sociale, une arme efficace pour éliminer l’autre, celui que nous n’aimons pas assez ; nous qui faisons de nos constitutions et lois, mieux de nos règlements une sorte de muraille pour cacher nos sentiments machiavéliques d’injustice et de haine multiforme. Notre identité de chrétien, de religieux ou religieuse, de prêtre est devenue pour ainsi dire, l’extérieur de la coupe qui bien visible à tous, cachant nos sentiments les plus noirs qu’on ne peut attendre d’un chrétien et ces sentiments sont ainsi cette rouille qui détruit progressivement notre âme. Et pourtant, dit Saint Paul, «Tout ce qu’on peut connaître de Dieu, nous l’avons sous les yeux : Dieu nous l’a montré. » (Rm 1, 19) Réveillons-nous. 
Bien-aimés dans le Seigneur, si ce douzième numéro de notre hebdomadaire semble avoir un ton fort, disons-le, il est surtout le sentiment de révolte contre des injustices que nous rencontrons dans le monde religieux. Oui, nous sommes tous humains, nous pouvons tous commettre des erreurs. Ce qui est normal ! Cependant, préméditer ou planifier un comportement machiavélique qui détruit ou élimine l’autre ne relève pas d’une erreur mais d’un crime. Et cela nous révolte. Et comme le dit Saint Paul, « je n’ai pas honte de l’Évangile. C’est une force de Dieu, et c’est le salut pour tous ceux qui croient (…) L’Évangile révèle comment Dieu nous fait “justes”, à partir de la foi, et pour une vie de foi, comme il est dit dans l’Écriture : Il vivra, celui dont la justice vient de la foi. » (Rm 1, 16-17) N’avons-nous pas honte ni peur du jugement dernier lorsque nous nous établissons dans des comportements indignes de notre foi et les légalisons au nom de certaines idéologies machiavéliques ? Nous n’avons pas d’excuse, poursuit Saint Paul. Parce que nous connaissons Dieu mais ne lui rendons ni l’honneur, ni l’action de grâces dus à Dieu par notre comportement. Au contraire, dit-il, nous nous perdons dans nos discussions, et notre conscience aveugle est devenue ténèbres. Pour Saint Paul, tous ceux qui cautionnent des telles injustices en évoquant toutes les raisons possibles  sont des fous qui passent pour sages ; ils ont même remplacé le Dieu de la Gloire, le Dieu qui ne passera pas, par des images de tout ce qui passe, des images d’hommes, d’oiseaux, de bêtes ou de serpents, d’une justice par la loi et non par la foi, ajoutons-le. « Oui, ils ont préféré le mensonge à la vérité de Dieu, ils ont préféré servir et adorer la créature plutôt que le Créateur, lui qui est béni pour tous les siècles : Amen ! » Ils ont préféré servir et adorer la créature  que sont des principes établis par des hommes limités par leurs sentiments de haine, d’antipathie, de xénophobie, de tribalisme, de rivalité, de jalousie et de complexe plutôt que de servir le Créateur de justice par la foi, lui qui est la vérité et l’amour sans parti pris ni favoritisme. L’injustice n’a jamais eu le dernier mot. Dieu finit par la transformer en très grand bien : la vie éternelle pour les innocents.
Demandons la grâce de l’intelligence des Ecritures mais surtout celle de la sagesse que désira Salomon lorsqu’il dit : « J’ai prié, et l’intelligence m’a été donnée ; j’ai supplié, et l’esprit de sagesse est venu à moi. Je l’ai préférée aux sceptres et aux trônes, et j’ai tenu la richesse pour rien à côté d’elle. J’ai vu qu’elle valait plus que les pierres précieuses » (Sg 7, 7-9). Notre position sociale n’est rien sans la sagesse que Dieu communique à ceux qui la désirent.Le Seigneur soit avec vous !
✍Père KIYE Mizumi Vincent, MafrAumônier paroissial des jeunesParoisse de Nioro du Sahel, diocèse de KayesE-mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.p : (+223) 72 65 74 82

Guinée: Mohamed Béavogui, haut fonctionnaire international, nommé Premier ministre

Mohamed Béavogui, haut fonctionnaire international, a été nommé Premier ministre guinéen pour diriger le gouvernement de transition annoncé par le colonel Doumbouya.

Mohamed Béavogui, haut fonctionnaire international, a été nommé Premier ministre guinéen pour diriger le gouvernement de transition annoncé par le colonel Doumbouya.
 © Wikimédia / Travail personnel - Lagabara 07

En Guinée, c’est un haut fonctionnaire international, Mohamed Béavogui, qui a été choisi pour diriger le gouvernement de la transition dont la durée n’a pas encore été déterminée par la junte au pouvoir. Béavogui, 68 ans, très peu connu des Guinéens, est un vétéran du développement.

Avec notre correspondant à Conakry, Mouctar Bah

Dans un décret très attendu depuis plusieurs jours, lu à la télévision nationale, le président de la junte, le colonel Doumbouya, a choisi un vétéran du développement pour le poste de Premier ministre. Mohamed Béavogui, qui a été nommé à ce poste, a derrière lui plus de 30 ans d’expérience dont une bonne partie dans le système des Nations unies.

Il a été sous-secrétaire général de l’ONU chargé de la mutuelle panafricaine de gestion des risques à New York, avant d’occuper d’autres fonctions au sein du Fonds international du développement agricole (FIDA), et du FAO, l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture à Rome, en Italie.

 

Éloigné de la politique intérieure

Le nouveau chef du gouvernement guinéen sera chargé de mettre en application la charte de la transition élaborée quelques jours après la prise du pouvoir par l’armée. Cette charte stipule en son article 51, entre autres, que le Premier ministre dirige, coordonne et anime l’action gouvernementale.

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En nommant un Premier ministre sans expérience gouvernementale, le colonel Doumbouya a choisi une personnalité éloignée de la politique intérieure et peu suspecte de participation aux querelles intestines des dernières années.

Mohamed Béavogui avait déjà été pressenti à ce poste sous le règne de feu général Lansana Conté en 1987 au lendemain des violents mouvements sociaux et grèves à répétitions qui avaient fait vaciller le régime d’alors et obligé l’ancien président à choisir Lansana Kouyaté à ce poste.

Outre plusieurs langues locales, Mohamed Béavogui parle aussi le français, l’anglais, le russe et l’italien. Marié et père de 4 enfants, il est né le 15 août 1953 à Porédaka, dans le centre de la Guinée.

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Les informations sur nos maisons de formation datent de quelques années, et nous avons demandé aux responsables de ces maisons de nous donner des nouvelles plus récentes.
La première réponse reçue vient de Samagan, le noviciat près de Bobo-Dioulasso (lire la suite)

 

La deuxième réponse nous a été donnée par la "Maison Lavigerie", notre maison de formation à la périphérie de Ouagadougou, où les candidats ont leurs trois premières années de formation (lire la suite)

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