La pauvreté et la faim ne sont pas une fatalité

Message des Évêques du Burkina Faso : La pauvreté et la faim ne sont pas une fatalité.

lundi 16 juin 2008.

Du 2 au 6 juin 2008 s’est tenue au Centre National Cardinal Paul Zoungrana (CNCPZ), la troisième Assemblée Plénière de l’année pastorale 2007-2008 de la Conférence Épiscopale du Burkina-Niger. A cette occasion les Évêques du Burkina Faso, après avoir examiné la situation nationale, ont tenu à livrer le message suivant aux fils et filles de l’Église-Famille de Dieu et aux hommes de bonne volonté au Burkina Faso.

1. Depuis le début de l’année 2008, le peuple Burkinabè vit des moments difficiles du fait de la hausse généralisée des prix des produits de grande consommation. Ce phénomène appelé « vie chère » a provoqué dans notre pays, des manifestations de protestations, des marches et des grèves qui ont quelquefois dégénéré en destruction de biens publics et privés. Tout en comprenant la légitime colère et le désarroi des populations qui souffrent de la faim, les évêques désapprouvent tous les actes de violences et de destruction de biens publics et privés qui ne font que saper les efforts individuels et collectifs pour construire ce Bien Commun qui nous est cher à tous.

2. S’agissant de la vie chère ou de la crise alimentaire, nous constatons que le phénomène touche tous les pays du monde, mais avec beaucoup plus d’acuité les pays en développement du fait du déséquilibre dans les règles du commerce international, de la flambée des prix des produits pétroliers, de la spéculation sur le marché international des céréales, de la dégradation de l’environnement sans occulter les limites des politiques agricoles à l’échelon national et international.

3. S’il est vrai que les populations des pays en développement dont le Burkina souffrent de cette crise économique et alimentaire, il faut reconnaître que beaucoup de facteurs qui en sont à la base, échappent à la maîtrise des gouvernants et exigent de tous un changement radical de mentalité et de comportement. Autrement il est à craindre que cet état de choses ne perdure et n’aboutisse à une situation encore plus catastrophique. Dans le contexte actuel de notre pays, nous ne pouvons pas invoquer seulement les aléas climatiques et la rudesse de la nature pour justifier notre pauvreté et l’insécurité alimentaire qui nous frappent. Nous pensons que certains facteurs humains contribuent à aggraver cette situation. Nous sommes tous interpellés par :
- la corruption qui gagne du terrain ;
- le manque de conscience professionnelle ;
- la mainmise d’une minorité sur les richesses nationales ;
- l’intérêt individuel ou de groupe au détriment du Bien Commun
.

4. A la suite du Pape Benoît XVI dans son message au sommet de la FAO à Rome, le 3 juin 2008, nous affirmons que « la faim et la malnutrition ne sont pas une fatalité… » pour les populations du Burkina Faso. C’est pourquoi, nous saluons les mesures qui ont été prises par le gouvernement dans l’urgence pour atténuer la souffrance des populations, et les efforts de dialogue et de concertation déjà visibles entre les acteurs publics et privés afin de trouver des solutions durables à cette crise. Nous apprécions l’effort de l’Organisation Catholique pour le Développement et la Solidarité (OCADES Caritas Burkina) pour venir en aide aux plus démunis. Nous encourageons le Consortium CRS – OCADES CARITAS Burkina pour leur action concertée. Avec l’aide de partenaires (La Nonciature Apostolique au Burkina Faso, les Conférences Episcopales de pays amis, l’USAID, le PAM, l’UNICEF, etc.), ils ont pu contribuer un tant soit peu à secourir les populations les plus vulnérables. N’oublions pas les paroles du Seigneur : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

5. Nous, vos Évêques, réprouvons et condamnons tout comportement, individuel ou collectif, de commerçants, d’opérateurs économiques et de toute administration publique ou privée tendant à tirer partie de cette crise et à exploiter la misère des plus pauvres à des fins d’enrichissements illicites. Nous exprimons notre solidarité à l’égard de toutes les victimes de la faim et de la malnutrition et nous nous engageons à leur côté pour défendre le droit fondamental de toute personne humaine à une alimentation saine et suffisante, condition indispensable pour la reconnaissance de sa dignité.

6. Face aux Phénomènes de la vie chère, nous n’avons pas de solution miracle à proposer. Toutefois, le Burkina Faso étant essentiellement un pays agricole, nous invitons les pouvoirs publics à rester à l’écoute des organisations de producteurs et d’être attentifs à leurs préoccupations, en vue de prendre les mesures courageuses et appropriées pour l’atteinte de l’autosuffisance et de la souveraineté alimentaires. En outre, nous convions tous les fils et filles de l’Église-Famille de Dieu, d’une part à redoubler d’effort au travail et à faire prévaloir l’esprit de solidarité et d’entraide mutuelle en toutes circonstances et particulièrement dans ces moments difficiles, et d’autre part, à revoir leurs habitudes alimentaires afin d’accorder plus d’importance à la consommation de ce que nous produisons. Tous, nous sommes appelés à développer des comportements responsables face aux multiples sollicitations de la société de consommation. Le vrai développement d’une société ou d’un individu ne consiste pas à tout posséder, ni à consommer tout ce qu’on lui propose sur la place du marché. Chacun de nous devra développer davantage en ces moments difficiles, des comportements responsables d’économie et de retenue, et faire la promotion des systèmes sociaux justes et solidaires.

7. Enfin, en ce début de saison hivernale, les évêques saluent tous les paysans qui sont au champ et invoquent l’abondance des bénédictions divines sur eux, sur leur travail et sur la saison pluvieuse elle-même, afin que leur dur labeur porte beaucoup de fruits pour le bien de tous.

Fait à Ouagadougou, le 06 juin 2008

Vos pasteurs, les pères Évêques de l’Église-Famille du Burkina Faso

(Nous avons volontairement simplifié la signature; et avons souligné certaines phrases du texte)