Sénégal, Côte d’Ivoire… Ces Africains qui doivent leur réussite au Québec

Diplômés au Canada, ils sont rentrés au pays après une parenthèse québécoise qu’ils n’ont pas vraiment refermée. Rencontre avec trois talents du continent.

Mis à jour le 19 février 2023 à 16:26

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De g. à dr. : Sophie Diallo, Ossey Bernard Yapo et Laetitia Gadegbeku-Ouattara. © Montage JA : Mathieu Dupuis

 

Chaque année, plusieurs milliers d’Africains francophones franchissent l’océan pour étudier au Québec, le temps d’un cursus universitaire ou d’une formation professionnelle. Diplôme en poche, les uns restent pour répondre aux besoins du marché du travail local, les autres rentrent dans leur pays d’origine afin de le faire profiter des compétences qu’ils ont acquises. Dans les deux cas, les liens tissés entre la Belle Province et la partie francophone du continent ne s’en trouvent que renforcés. Rencontre avec trois de ces Africains qui ont fait le grand bond transatlantique, pour un séjour de plusieurs mois ou de quelques années qui a changé leur vie.

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Sophie Diallo – La bonne fée des jeunes

 

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Sophie Diallo est la directrice générale du Fonds de financement de la formation professionnelle et technique (3FPT), au Sénégal. © Mathieu Dupuis



C’est au Québec que Sophie Diallo a découvert son Amérique à elle. De son séjour outre-Atlantique, elle ne garde que des souvenirs « extraordinaires », à l’image d’une météo hivernale qui, pour elle, « n’existait que dans les contes de Grimm ». Son histoire à elle connaît un dénouement heureux, puisque, à 44 ans, Sophie Diallo est la directrice générale du Fonds de financement de la formation professionnelle et technique (3FPT), au Sénégal, poste auquel le président Macky Sall l’a personnellement nommée, en mars 2022.

Pour la jeune femme, récompensée de la prestigieuse médaille d’or du gouverneur général du Canada en 2019, « l’impossible n’existe pas ». Et son passage au Québec n’a fait que le confirmer.

Élève brillante à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, Sophie Diallo bénéficie, en 2016, du Programme canadien de bourses de la Francophonie, ce qui lui permet alors de s’inscrire à l’École nationale d’administration publique (Enap). À Québec, elle approfondit les notions d’ « intelligence émotionnelle » et de « leadership transformationnel », dans lesquelles elle voit la confirmation « que chacun doit agir en acteur de son propre changement ».

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Titulaire d’une maîtrise en systèmes d’information et réseaux obtenue à l’université François-Rabelais de Tours (France) et d’une maîtrise en administration publique, Sophie Diallo est aujourd’hui, à la tête de 3FPT, l’un des principaux acteurs des transformations à mener pour favoriser l’entrée des jeunes Sénégalais sur le marché du travail. Parfois en synergie avec le Québec, « dont la qualité du système de formation est reconnue », comme l’atteste son propre parcours.

 

Laetitia Gadegbeku-Ouattara – Une expérience en or

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L'Ivoirienne Laetitia Gadegbeku-Ouattara,
directrice-pays au sein du groupe canadien Endeavour Mining. © Mathieu Dupuis



Laetitia Gadegbeku-Ouattara en est aujourd’hui encore convaincue : en partant étudier au Québec, elle a fait « le meilleur des choix possibles ». Son parcours professionnel semble le confirmer. À 44 ans, cette Ivoirienne est directrice pays au sein du groupe canadien Endeavour Mining, qui exploite six mines sur le continent africain et qui est l’un des plus gros producteurs d’or du monde.

Seule femme à occuper un tel poste dans son pays, elle est également la première femme à avoir accédé à la vice-présidence du Groupement professionnel des miniers de Côte d’Ivoire, ce qui lui a valu la reconnaissance de l’organisation britannique Women In Mining UK, qui, en 2022, l’a fait figurer sur sa liste des cent femmes les plus influentes de ce secteur « resté très masculin ». Une distinction qu’elle attribue à son passage au Québec, dans « l’une des meilleures universités du monde ».

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Après des études secondaires au lycée Sainte-Marie de Cocody, elle prend donc la direction du Canada en 2001. Elle obtient un bachelor en marketing à l’université du Québec à Trois-Rivières, puis un MBA en business international à l’université Laval. Elle complète sa formation par un certificat en responsabilité sociale des entreprises (RSE), à l’université McGill.

Laetitia Gadegbeku-Ouattara aurait alors pu décider de rentrer en Côte d’Ivoire, mais elle se fait recruter par ING Canada, dont elle devient directrice régionale. Elle y reste cinq ans, avant de prendre le chemin du retour, en 2010. Mais, même à Abidjan, elle continue de travailler pour le compte de son pays d’adoption. Elle devient en effet conseillère économique et commerciale pour le secteur des mines, du pétrole et de l’énergie à l’ambassade du Canada en Côte d’Ivoire. Dix ans plus tard, elle rejoint Endeavour Mining.

Aujourd’hui, la jeune femme avoue être toujours inspirée par son séjour en Amérique du Nord, où elle se rend chaque année pour revoir ses amis et pour continuer de s’imprégner de cette « culture québécoise » qu’elle a adoptée il y a vingt ans.

Ossey Bernard Yapo – Il voit la vie en vert

 


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Ossey Bernard Yapo n’a passé que quelques mois au Québec, au début des années 2000, le temps de deux stages à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), seul établissement universitaire québécois exclusivement tourné vers la recherche fondamentale.

 

« Ce passage, bien que bref, a fortement influencé mon travail scientifique », affirme aujourd’hui le fringuant cinquantenaire, qui a également conservé d’outre-Atlantique « d’excellentes relations avec de nombreux professeurs et chercheurs de l’INRS ». Quand il débarque sur le campus du centre Eau-Terre-Environnement (ETE), qui, au sein de l’institut, est spécialisé dans les questions environnementales, Ossey Bernard Yapo n’est encore qu’un jeune scientifique qui vient d’achever sa thèse à l’université d’Abobo-Adjamé.

Fort en thème, il est déjà bardé de diplômes, de mathématiques, de physique et de chimie. Il fait ainsi partie de la première promotion issue de l’Unité de formation et de recherche (UFR) de science et de gestion de l’environnement de l’université Nangui-Abrogoua (UNA), avec option « chimie des milieux aquatiques ». « Constituée dans la foulée du Sommet de Rio [en 1992], cette UFR avait dès l’origine pour mission de se pencher sur les questions environnementales. Quand il a fallu chercher des experts dans ce domaine, nous avons très vite repéré l’INRS », explique Ossey Bernard Yapo, aujourd’hui professeur titulaire en chimie environnementale et analytique dans cette UFR.

De son séjour à Québec, celui qui est également le sous-directeur du laboratoire central de l’environnement au Centre ivoirien antipollution (Ciapol) et consultant à la Banque mondiale garde l’image d’une « ville verte ». Et comprend que plusieurs de ses confrères africains aient fait le choix d’y rester. Pas comme lui. « Je devais transmettre aux générations suivantes ce que j’avais appris à l’INRS. »