Les émeutes de la faim ont-elles quelques choses à nous dire ?
(Introduction)
 

« La hausse des denrées de première nécessité obéit à des raisons extérieures au pays. Mais elle est aussi la conséquence de vingt années de mauvaises politiques dans le pays. » Cette affirmation n'émane pas d'un des manifestants, mais du président René Préval de Haïti le 9 avril 2008. Mais elle décrit tout autant la situation des pays de l'Afrique de l'Ouest qui ont vu des manifestations « contre la vie chère ».

Je me propose de montrer comment ce jugement s'applique autant au Burkina Faso qu'à Haïti. Nous porterons principalement notre regard sur le riz.

Les raisons extérieures de la hausse des prix des aliments de base sont bien connues. En voici quelques-unes.

1. La croissance de la population mondiale, accentuée par le phénomène de l'urbanisation. En effet, au Burkina par exemple, le riz est surtout consommé en ville.

2. La réduction des stocks de riz, et la réaction de grands pays exportateurs comme l'Égypte, le Vietnam et l'Inde, qui, pour préserver leur population, ont interdit toute exportation de riz.

3. La vague des agrocarburants qui, en 2007, a détourné 100 millions de tonnes de céréales de leur usage alimentaire.

4. Sans oublier la hausse des prix du pétrole : le mercredi 15 avril, le prix du baril de pétrole a atteint 115 dollars US. Et donc, avec elle, la hausse du prix du fret.

5. Les médias occidentaux imputent une responsabilité importante à la Chine et à l'Inde le fait de la forte hausse de leur consommation alimentaire liée à leur forte croissance économique. En fait, la responsabilité principale repose sur les États Unis et l'UE.  

Que dire, maintenant, des mauvaises politiques ?

Pour l'Afrique de l'Ouest, je suis tenté de parler d'absence de politique, ou tout au moins d'absence de politique agricole digne de ce nom. Et cela depuis plus de vingt ans ! Dans les années 70, j'ai eu à interroger un candidat à la députation nationale. Je lui ai demandé quel était le programme de son parti envers les paysans ? Il m'a répondu : « 0h ! Les paysans, on ne les craint pas ! ». Par contre, nous voyons aujourd'hui combien les gouvernements craignent les débordements des manifestations urbaines. Cela explique, en partie, pourquoi la politique de nombreux États africains se résume à  « Nourrir la ville au moindre coût ! »

Mais comment peut-on prétendre développer un pays dont la population est à 80 % urbaine, en laissant entrer tous les déchets du monde, comme du riz de mauvaise qualité à prix cassé, au risque de décourager ses propres producteurs. Ou encore, en bradant sur le marché du riz américain (qu'il soit offert par le Japon ou par le Secours Catholique Américain) ? C'est ce qui s'est passé pour le riz.

Et le résultat, le voici :

Rendez-vous dans la plaine rizicole du Sourou, où l'État burkinabè à dépensé des milliards pour irriguer des centaines d'hectares destinés à produire du riz. Vous verrez qu'une grande partie n'est même pas exploitée. Que la plupart des paysans ont préféré faire des oignons... mais qu'ils n'arrivent pas à vendre leur production à un prix rémunérateur ! Et pendant ce temps, le riz est introuvable à Ouagadougou ! Quel gâchis !

Pour un pays comme le Burkina Faso, pour l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest, dont la grande majorité de la population est composée d'éleveurs et de paysans, avoir pour seule politique (politique non dite, mais bien réelle) de « nourrir la ville au moindre coût » conduit aux situations suivantes : ·          

Soit, par exemple, celle de 2003, où le prix du riz était très bas sur le marché mondial : les associations de producteurs de riz n'arrivaient pas à vendre leur riz à un prix rémunérateur : leurs magasins étaient pleins, mais ils ne trouvaient pas d'acheteurs.·        

Soit celle d'aujourd'hui : les producteurs de riz, découragés par la situation antérieure, ont quitté leur terre, ou se sont tournés vers d'autres productions. Les acheteurs sont là. Ils sont prêts à offrir un prix rémunérateur, mais les magasins de riz sont vides.Nous devons tirer les leçons de la crise alimentaire actuelle. C'est ce que nous ferons dans les semaines qui viennent, en commençant par nous mettre à l'écoute des paysans 

Mais, déjà, dans la presse, les réflexions ne manquent  pas. Elles proviennent de grandes institutions (la FAO, le FMI, la Banque Mondiale... ), d'homme politiques ou de spécialistes... Ci-dessous, nous vous en proposons quelques-unes. Nous les avons sélectionnées pour alimenter le débat. 

1. La revanche de l'agriculture

2. Des experts appellent à repenser l'agriculture de demain

3. Baisse des prix agricoles et exode rural 

4. Analyse critique des causes de la flambée des prix agricoles mondiaux  

Maurice Oudet
Président du SEDELAN
le 24 avril 2008