Guinée : Mamadi Doumbouya face à la colère de la rue

Le FNDC, né contre Alpha Condé, a repris ce jeudi 28 juillet ses protestations, mais cette fois-ci contre le tombeur de l’ex-président. D’importantes manifestations ont eu lieu dans Conakry pour demander que la junte rende le pouvoir au plus vite.

Mis à jour le 29 juillet 2022 à 12:40
 
 

Le divorce est désormais consommé entre la junte au pouvoir et les partis politiques, emmenés par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). Dix mois après son arrivée à la tête de l’État, le colonel Mamadi Doumbouya, qui tenait à rompre avec le passé, hérite des manifestations de

 

 

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es manifestations du FNDC ont tourné en affrontements avec les forces de l’ordre à Conakry le 28 juillet 2022. © Cellou Binani/AFP

 

rue qui avaient hanté son prédécesseur, Alpha Condé. Jusque-là, le président de la transition n’avait été confronté qu’aux protestations opportunistes, début juin, contre les répercussions guinéennes de la hausse mondiale du prix du carburant.

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Mais comme le dit le proverbe, « chassez le naturel il revient au galop ». Ce jeudi 28 juillet, Conakry a affiché un visage familier des dix dernières années : jets de pierres de jeunes manifestants contre gaz lacrymogènes des services de sécurité, tirs de sommation, blessés et arrestations… Faute d’autorisation des autorités, les organisateurs avaient opté pour des manifestations « éclatées », difficiles à gérer par les forces de l’ordre.

Violences en série

Si des pneus ont été brûlés, des poubelles déversées sur la chaussée et la circulation momentanément interrompue par endroits sur l’autoroute Fidel Castro, fief de l’ancien parti au pouvoir, c’est dans les quartiers de la commune de Ratoma, acquis à l’ancienne opposition, que les accrochages ont été houleux.

Entre Hamdallaye et Cimenterie, que longe d’est en ouest l’autoroute Le Prince, la circulation a été littéralement coupée. À Bambéto, deux policiers ont été blessés, leur véhicule incendié par des jeunes manifestants survoltés. Aucun bilan officiel n’est encore disponible, selon le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, contacté par Jeune Afrique.

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Le FNDC déplore, quant à lui, « un mort par balle, plusieurs blessés par balles et de nombreuses arrestations ». Jeudi, en début de soirée, il évoquait « 42 personnes arrêtées, dont 23 détenues au camp Alpha Yaya Diallo », situé en banlieue de Conakry.

Joint par Jeune AfriqueOumar Sylla, alias Foniké Mengué, coordinateur du FNDC, se réjouit que l’appel à manifester « [ait] été entendu par le vaillant peuple de Guinée. On a voulu marcher pacifiquement pour demander le retour rapide à l’ordre constitutionnel. Tout porte à croire que le colonel Doumbouya veut confisquer le pouvoir, répéter les erreurs de Moussa Dadis Camara et d’Alpha Condé. Il est en train d’aller à l’encontre de ses engagements de départ. »

Bataille judiciaire

Alors que les manifestations avaient été interdites par les autorités, la bataille de rue se poursuit devant les tribunaux. Dans la soirée, le parquet général près la Cour d’appel de Conakry a instruit les trois tribunaux de première instance de la capitale à « diligenter sans délai des poursuites judiciaires contre les organisateurs de la manifestation interdite en saisissant les unités de police judiciaire de leur ressort » pour des faits présumés de « manifestation illicite, de destruction d’édifices publics et de biens privés, de provocation à un attroupement, de coups et blessures volontaires, d’association de malfaiteurs, d’entrave à la liberté de circulation et de complicité », précise la même source.

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Cela n’a pas l’air de dissuader Foniké Mengué, plusieurs fois incarcéré sous Alpha Condé : « Nous savions déjà qu’ils veulent nous bâillonner par tous les moyens, y compris judiciaires. Ils peuvent nous arrêter, comme le faisait Alpha Condé, mais ils ne pourront pas vaincre la détermination des Guinéens pour un retour à l’ordre constitutionnel. Des milliers d’autres Foniké Mengué continueront la lutte », assure-t-il, annonçant un nouvel appel à manifester pour le 4 août prochain.

Confusion dans les médiations

Signe d’un compromis à venir ? Pendant que les manifestations se tenaient à Conakry, à Bissau, le président Umaro Sissoco Embaló, qui est aussi président en exercice de la Cedeao, a assuré avoir réussi à convaincre Mamadi Doumbouya de ramener la transition à vingt-quatre mois (et non trente-six).

Une annonce aussitôt démentie par le gouvernement guinéen : « On lui a dit qu’on ne se fait pas de fixation sur la durée, mais plutôt sur le contenu du chronogramme de la transition », a rectifié Ousmane Gaoual Diallo.