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Burkina Faso: après l'attaque de Nassoumbou, sécurité renforcée dans la capitale

Une patrouille de la gendarmerie burkinabè (photo d'illustration).
© AFP PHOTO / OUOBA AHMED
 

Une semaine après l'attaque qui a frappé un détachement des forces antiterroristes de l'armée burkinabè, la sécurité est renforcée dans la capitale Ouagadougou. Les forces de défense et de sécurité multiplient les patrouilles et les contrôles pour éviter toute nouvelle menace. Les forces de sécurité sont visibles à tous les importants carrefours de la capitale. Samedi, les lieux de culte étaient sous surveillance par les unités spéciales des forces de sécurité.

Tous les points stratégiques de la capitale sont sous haute surveillance. Les unités spéciales de la police et de la gendarmerie, armes au poing, patrouillent de jour comme de nuit dans les quartiers. Les contrôles ont été multipliés durant la nuit. Dans certains quartiers et à certaines heures les véhicules subissent systématiquement des fouilles.

Quelques jours après l'attaque de Nassoumbou, le ministre de la Sécurité intérieure confiait que les contrôles allaient s'accentuer dans tous les quartiers de la capitale et d'autres villes du pays. « Toute personne sans document d'identification sera automatiquement interpellée et soumise à un interrogatoire », avait-il averti.

Les unités d'intervention de la police et la gendarmerie ont sécurisé tous les lieux de culte à la veille de la Noël. « Il y a beaucoup d'hommes en armes dans la ville », raconte un habitant de Ouagadougou. « Cela pourrait entrainer la psychose » poursuit notre interlocuteur. Son voisin n'y voit aucun mal : « avec ce que nous vivons aujourd'hui, mieux vaut avoir les agents de sécurité même devant sa porte ».

Le dispositif de régulation de la circulation a été renforcé. Dans un communiqué le ministre des Transports et de la sécurité routière invite les transporteurs et les commerçants à observer scrupuleusement les mesures d'interdiction de circuler entre 05 heures du matin et 20 heures. Cette mesure vise, selon le même communiqué, à fluidifier la circulation routière et « d'éviter les nombreux accidents ».

Chronologie et chiffres clés

Dans Jeune Afrique, les réflexions suivantes :

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Législatives ivoiriennes: le RHDP obtient la majorité absolue

Le président ivoirien Alassane Ouattara vote le dimanche 18 décembre.
© Sia KAMBOU / AFP
 

Les résultats définitifs des législatives de dimanche 18 décembre en Côte d'Ivoire ont été rendus publics ce mardi. Le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie en Côte d’Ivoire (RHDP), la coalition soutenant le président Alassane Ouattara, obtient la majorité absolue mais le taux de participation au scrutin était de 34,1% seulement.

Avec 167 sièges sur 255 possibles, soit plus des deux tiers des députés à l'Assemblée, la coalition présidentielle du RHDP est le grand vainqueur des législatives en Côte d'Ivoire.

Percée des indépendants

Il faut également noter le score très important réalisé par les candidats indépendants. Au moins 75 députés qui se sont présentés sous leur propre nom ont été choisis par les électeurs. Cela a été le cas à Cocody, Kiémou, Napié, ou encore Yamoussoukro, avec Patrice Kouassi Kouame. C'est le signal que pour certains candidats il est possible de remporter le suffrage d'électeurs sans passer par les fourches caudines d'un appareil politique. Les indépendants constituent ainsi la deuxième force parlementaire du pays avec l’autre tiers des voix, même s’il paraît plus que probable que certains de ces élus se rallieront au rang de la majorité dont ils sont parfois issus au moment des votes parlementaires.

C'est le cas bien sûr de la députée sortante Yasmina Ouegnin à Cocody, vainqueur de son match contre la ministre RHDP Affoussiata Bamba Lamine. Mais ce qui interpelle encore plus, c'est la victoire d'Olivier Akoto. A Daoukro, ville symbole de l'ex-président Bédié, il a triomphé de l'ancien ministre Niamien N'Goran. Si l'échec de ce dernier ne sera sans doute pas traduit officiellement par un désaveu de la stratégie PDCI, cela y ressemble quand même beaucoup.

Avec six députés au lieu des huit nécessaires, l’UDPCI (Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d'Ivoire), qui avait refusé la coalition majoritaire RHDP, ne pourra pas constituer seul un groupe parlementaire. Il en est de même pour l’UPCI (Union pour la Côte d’Ivoire) de Gnamien Konan qui n’a que trois députés.

Revers pour le FPI

Le Front populaire ivoirien (FPI) de Pascal Affi N’Guessan accuse quant à lui une sévère déconvenue. Parti avec 187 candidats dans tout le pays, il ne remporte que trois sièges, dont celui de Bongouanou pour Affi N’Guessan. Cette douche froide pour le parti socialiste sera longuement analysée et soupesée dans les QG du parti de Laurent Gbagbo, aujourd’hui divisé entre la ligne Affi N’Guessan et celle d’Aboudramane Sangaré. Pour l'ex-Premier ministre de Laurent Gbagbo, c'est pour le moins une déconvenue, qui fragilise sa position face à Aboudramane Sangaré, qui affirme être le représentant véritable du parti qu'il a fondé avec les époux Gbagbo. Sangaré qui, bien que boycottant ces législatives, a dû mardi soir observer avec intérêt les résultats.

On connaît les résultats définitifs de 254 des 255 sièges. Le dernier, celui pour la commune de Guiglo, a vu deux candidats indépendants réaliser une égalité parfaite. Les élections devraient donc y être réorganisées d’ici une quinzaine de jours.

Sur le site de "Jeune Afrique"
Algérie : les opérations d’expulsion de migrants subsahariens depuis le camp de Tamanrasset sont en cours

 

Les expulsions de migrants subsahariens, arrêtés à Alger en fin de semaine dernière, ont démarré mardi soir et sont toujours en cours. Longtemps muettes sur le sujet, les autorités algériennes viennent de réagir.

Pour la première fois depuis 2012, l’Algérie rapatrie des migrants subsahariens, originaires de différents pays d’Afrique de l’ouest. L’opération, qui a démarré dans la nuit de mardi, est toujours en cours.

D’après Marie-Christine Roussel-Dupuy, présidente de l’association Femmes France-Niger, qui a réagi sur son compte Twitter, les premiers bus de migrants en provenance d’Algérie sont arrivés mercredi après-midi à Agadez, la plus grande ville du nord du Niger.

Le dernier convoi en direction de la frontière entre l’Algérie et le Niger est prévu pour ce jeudi. C’est du moins ce qu’affirme Mohamadou Aboubakar, le Consul général du Niger à Tamanrasset, joint cet après-midi par téléphone.

Certains vivaient à Alger depuis des années

Les migrants, qui sont actuellement renvoyés dans leurs pays respectifs en transitant par le Niger, ont été arrêtés à Alger la semaine dernière, puis regroupés dans un centre en périphérie de Tamanrasset, une ville saharienne située à plus de 2 000 km au sud de la capitale. Parmi eux, des demandeurs d’asile et des familles qui vivaient et travaillaient à Alger depuis des années.

Les autorités algériennes se sont exprimées jeudi pour la première fois à ce sujet, par l’intermédiaire du Croissant Rouge Algérien (CRA), chargé du dossier. Elles refusent de parler d’expulsion. « Il ne s’agit pas de départ forcé mais de retour volontaire dans leur pays », défend Saïda Benhabylès, présidente du CRA. « Nous sommes en train de rapatrier des Nigériens à la demande de leur gouvernement. Quant aux migrants d’autres nationalités, c’est eux qui nous ont demandé de les reconduire chez eux. Aucun migrant n’a été contraint de quitter le sol algérien », soutient-elle, en précisant que plus de 18 000 Nigériens ont été rapatriés depuis 2014, en accord avec Niamey. Ils sont près de 2 000 migrants subsahariens à être concernés par cette nouvelle vague de rapatriement, selon la présidente du CRA.

Tamanrasset, camp insalubre

Cette procédure a été déclenchée à la suite de heurts entre Algériens et migrants, qui ont eu lieu fin novembre dans le quartier de Dely Brahim à Alger.Les forces de l’ordre avaient alors interpellé  plus d’un millier de migrants originaires d’Afrique de l’ouestet les avaient rassemblés dans un centre de vacances de la banlieue ouest, avant de les conduire à Tamanrasset.

« C’est pour la protection des Algériens, qui vivent à proximité des bidonvilles abritant des ressortissants subsahariens, la sécurité des migrants et le maintien de l’ordre que nous avons jugé utile de lancer une procédure de rapatriement vers Tamanrasset, explique Saïda Benhabylès. Les conditions d’accueil sont meilleures à Tamanrasset et il y a plus de place. »

Mais, selon des associations algériennes, les migrants arrivés à Tamanrasset sont logés dans des préfabriqués combles et insalubres.

 

DJAMILA OULD KHETTAB

La fin d’un dictateur en Gambie

C’est la fin d’un autocrate excentrique et déséquilibré.

Adama Barrow.
ZOOM

Adama Barrow. / Marco Longari/AFP

Adama Barrow (photo), victorieux à l’élection présidentielle gambienne, ce jeudi 1er décembre ! Qui l’aurait cru ? Cet homme de 51 ans, vigile de supermarché en Grande-Bretagne en 2003, propriétaire d’une agence immobilière familiale à Banjul et à Serrekunda, a su renverser Yahya Jammeh, l’autocrate fantasque et inquiétant qui dirigeait la Gambie depuis vingt-deux ans.

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Inconnu il y a encore six mois, Adama Barrow a su réunir la grande majorité de l’opposition derrière lui. Il a ensuite profité du mode de scrutin gambien : une élection à un tour à l’aide de billes déposées dans des bidons. Ici, l’électeur glisse une bille dans l’urne à la couleur de son candidat. Son introduction fait résonner une sonnette de vélo : ainsi, l’électeur ne peut pas, introduire plusieurs billes – donc plusieurs votes – sans se faire entendre. Par ce système, les analphabètes (environ 50 % de la population) participent à l’élection sans intermédiaire.

Mais surtout, Adama Barrow a bénéficié du piètre bilan de son adversaire. Alors que l’arrivée au pouvoir de Yahya Jammeh avait suscité un vent d’optimisme en 1994, en 2016, c’est le désespoir et la consternation qui dominent.

Malgré un taux de croissance de 4,7 % en 2015, 60 % des Gambiens vivent dans la pauvreté. En 2012, la Gambie occupait le 165e rang sur 187 pays pour son indice de développement humain (IDH). Si l’économie a souffert de l’épidémie régionale d’Ebola, elle est surtout affectée par la corruption, l’impunité et la gestion baroque et imprévisible des affaires publiques.

Autre point noir, l’exode rural non maîtrisé : un Gambien sur trois réside désormais en zone urbaine. Un phénomène qui confronte le pays et sa population à d’importants défis sociaux, économiques et environnementaux.

La victoire d’Adama Barrow signe la fin de Yahya Jammeh, l’un des présidents les plus déséquilibrés d’Afrique. Celui qui se fait appeler « Babili Mansa », le « bâtisseur de ponts » et le « roi défiant les fleuves » en mandingue, n’est pas sans rappeler le Centrafricain Jean Bédel Bokassa ou l’Ougandais Amin Dada.

Il se présente comme habité par un pouvoir surnaturel et comme un médecin traditionnel capable de soigner le sida ou la stérilité par des incantations : la télévision publique filmait et diffusait ses interventions dans des cérémonies de guérison publiques.

Parmi ses décisions déroutantes, l’abandon officiel de l’anglais au profit de l’arabe, en mars 2014. Un an plus tard, il proclamait la Gambie république islamique. Enfin, Yahya Jammeh s’est illustré par des déclarations fracassantes, notamment contre l’homosexualité, les puissances occidentales, la Cour pénale internationale (CPI) – il a retiré la Gambie de la CPI en octobre. Les ONG de défense des droits de l’homme l’ont souvent dénoncé pour son comportement violent contre les civils et les journalistes critiques.

Sous son règne arbitraire, de très nombreux Gambiens ont fui leur pays. Ils sont même les premiers, par rapport à la population du pays, à traverser clandestinement la Méditerranée pour l’Italie.

Laurent Larcher