Histoire

Zbiba la Tangéroise, un roman de Khalil Zeguendi | Maghreb Online

Aux éditions Slaiki Frères (Tanger)

Au delà du long et douloureux calvaire vécu par la très jeune Zbiba, cet ouvrage est dédié à toutes les femmes marocaines qui, à l’époque des faits relatés, (années 30 et 50 du siècle écoulé) subissaient les exactions et les violences des hommes sous toutes leurs formes.

Des femmes sequestrées, violentées, mariées de force et répudiées par la seule volonté de leurs pères ou frères.

Des épouses et des filles nées pour procurer plaisir et chaleur à l’homme.

Basé sur des faits réels et des personnages ayant pour majorité d’entre eux existé, cet ouvrage qui retrace une partie de l’histoire de la colonisation du Maroc, rompt avec la relation officielle et édulcorée liée à cette histoire, telle que véhiculée par les tenants de l’histoire officielle du Maroc.

Des faits, des actes héroïques, des solidarités commis par des hommes mais également des lâchetés, des trahisons et des reniements perpétrés par d’autres, donnent aux protagonistes de ce drame, une existence humaine où se mélangent bonté, empathie, tendresse, générosité, cruauté et bassesse.

Vous découvrirez les lieux les plus insolites de l’ancienne ville de Tanger tels le quartier Bnider, célèbre jadis pour ses carrées de la prostitution, les batailles rangées au Souq Dakhel entre soldats européens du temps du Tanger international, la procession et les offrandes des Tangérois au Saint Patron de la ville SIDI BOUARRAQUIA, les anciens cinés de la ville, la rue des Forgerons et ses voisins du cimetière de la ville,

Vous y découvrirez aussi la transformation de cette ville jadis ouverte et accueillante en une cité de plus en plus fermée….

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Extraits : Extrait1Extrait2

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Source : Zbiba la Tangéroise, un roman de Khalil Zeguendi – Maghreb Online, 30.12.19

Couverture zbiba

Sénégal: inauguration de «La case du tirailleur»

 
 
«La case du tirailleur», le musée en mémoire des poilus africains de la guerre de 14-18, a été inauguré à Thiowor, à environ 200 kilomètres au nord de Dakar, Sénégal.
«La case du tirailleur», le musée en mémoire des poilus africains de la guerre de 14-18, a été inauguré à Thiowor, à environ 200 kilomètres au nord de Dakar, Sénégal. RFI/Charlotte Idrac

Mercredi 22 janvier, le musée en mémoire des poilus africains de la guerre de 14-18 a été inauguré à Thiowor, région de Louga, à environ 200 kilomètres au nord de Dakar. C’est le village du dernier tirailleur sénégalais connu, Abdoulaye Ndiaye, décédé en 1998.

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Avec notre envoyée spéciale à Thiowor, Charlotte Idrac

La case d’Abdoulaye Ndiaye, en paille et toit de tôle, a été conservée à l’intérieur du petit musée. Un lit, quelques effets personnels, des photos et des panneaux pour retracer l’histoire d’Abdoulaye Ndiaye, né et mort à Thiowor officiellement à l’âge de 104 ans.

« C’est ainsi qu’Abdoulaye Ndiaye s’engagea à la place de son demi-frère - empêché - pour défendre l’honneur de la famille. Combattant au front, il est deux fois blessé par balle et médailler militaire. À la fin de la guerre, le fils de Thiowor revient sans tambour ni trompette », raconte Sidiki Kaba, ministre sénégalais des Forces armées.

À travers Abdoulaye Ndiaye et ce musée, ce sont tous les tirailleurs de la Grande Guerre issus de dix-sept pays africains qui sont honorés, comme nous l’explique Agnès Humruzian, première conseillère de l’ambassade de France au Sénégal : « Ce musée inaugure pour nous un nouveau rapport à l’histoire, celui du recueillement, de la mémoire et du travail sur notre passé. C’est la voie que le Sénégal et la France ont choisi d’emprunter. »

Un devoir de mémoire et de transmission insiste l’ancien combattant Mamadou Sy, lui-même fils de tirailleur : « Nous sommes heureux, on est fiers. C’est des journées qu’on ne peut pas oublier… »

Avec la « case du tirailleur », Thiowor espère aussi que ce village symbolique devienne un lieu touristique.

[Tribune] France, souviens-toi du naufrage de L’Afrique

| Par et
Une gravure du paquebot Afrique réalisée vers 1920.

Il y a tout juste 100 ans, par une froide nuit de janvier, le paquebot Afrique coulait au large de Bordeaux dans une mer déchaînée. Parmi les quelques 600 passagers, 192 tirailleurs sénégalais qui rentraient chez eux après avoir servi la France durant le premier conflit mondial. Il n’y eut en tout qu’une trentaine de survivants. Une tragédie injustement oubliée.

Il faut se souvenir du 12 janvier 1920. Il faut, cent ans plus tard, se souvenir des 568 personnes qui périrent dans le naufrage de L’Afrique, au large de Bordeaux. Il faut, cent ans plus tard, honorer la mémoire des 192 tirailleurs sénégalais qui étaient à bord de ce paquebot et espéraient rentrer chez eux après avoir mené une guerre qui n’était pas la leur.

Les faits sont documentés grâce au travail de Roland Mornet (La tragédie du paquebot Afrique, Geste Editions), mais ils ne sont guère connus, absents des livres d’histoire, comme gommés de la mémoire dans un pays qui, pourtant, aime se raconter.

Pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler, résumons. L’Afrique est un paquebot mixte de la Compagnie des chargeurs réunis (CCR). Pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale, il a assuré la liaison Bordeaux-Dakar. Décoré de la légion d’honneur le 20 janvier 1919, son capitaine est Antoine Le Dû, 43 ans, un homme aimé et expérimenté. Le 7 janvier 1920, le permis de navigation est renouvelé au paquebot après une série de réparations. A priori en état de prendre la mer, il largue les amarres deux jours plus tard, à 19 heures, et entame la descente de la Gironde depuis Bordeaux. À bord, un équipage de 135 hommes. Les blanchisseurs sont des « indigènes sujets français », tout comme les neuf « boys ».

Pour le reste des passagers, Roland Mornet avance un chiffre de 467 personnes. Le nombre de militaires blancs ayant embarqué pour rejoindre Saint-Louis du Sénégal, Brazzaville ou le Tchad est longtemps resté sujet à caution.

« La confusion est plus grande encore concernant les tirailleurs qui ne sont sénégalais que de nom, hors 34 à destination de Dakar, c’est à Conakry que doivent débarquer 72 autres, mais sont-ils tous pour autant Guinéens ? demande Mornet. Certains sont peut-être Maliens. 86 doivent être laissés au warf de Grand-Bassam devant Abidjan. Si vraisemblablement beaucoup sont ivoiriens, il peut s’y trouver des Voltaïques. Ces hommes ont combattu sur le front de Salonique et à Gallipoli, c’est la raison pour laquelle ils ont été démobilisés plus tardivement que leurs camarades ayant combattu sur le sol français, les redoutables nettoyeurs de tranchées, rescapés des tueries d’Argonne, d’Artois, de Verdun ou des Flandres… », écrit l’ancien capitaine.

Trente-quatre rescapés

Le temps est mauvais, les marins savent qu’au sortir du fleuve, ce sera pire. Le 10 janvier au matin, L’Afrique atteint la mer, déjà grosse. À 10 heures, le chef mécanicien demande au capitaine de ralentir l’allure en raison de la présence d’eau dans la chaufferie. Antoine Le Dû obtempère, tandis qu’on cherche l’origine de la fuite. Le temps forcit, les pompes fonctionnent jusqu’à ce que des résidus de combustion du charbon viennent boucher les tuyaux d’aspiration. Au soir du 10 janvier, le navire commence à donner de la bande. Vers minuit, le commandant décide de dérouter, mais virer de bord s’avère impossible par manque de vitesse.

Antoine Le Dû lance un appel au secours par télégraphie sans fil (TSF) le 11 janvier, à 7 heures du matin. Le Cèdre et La Victoire, deux remorqueurs basés à Rochefort, reçoivent l’ordre de se préparer, tandis que Le Ceylan, autre paquebot de la CCR, se déroute à 8 h 20 pour porter secours à L’Afrique.

Le paquebot, privé d’énergie électrique, dérive dans le noir. Le Ceylan, qui ne peut prendre le risque de toucher le plateau de Rochebonne, doit s’éloigner. Vers 22 heures, L’Afrique heurte le bateau-feu en acier indiquant le haut-fond. Une nouvelle voie d’eau s’ouvre dans sa coque. Peu après trois heures du matin, ce 12 janvier 1920, le navire pique de l’avant et sombre.

Le lendemain matin, le Ceylan récupère neuf membres d’équipage et treize Sénégalais sur un radeau. L’un d’eux, Mamadou N’Diaye, décédera peu après. Il n’y aura en tout que 34 rescapés.

Sacrifice imposé des soldats « indigènes »

Dans les journaux, une certaine émotion… qui s’estompe vite avec la victoire surprise de Paul Deschanel sur Georges Clemenceau à l’élection présidentielle. Bien entendu, une enquête est aussitôt diligentée auprès des survivants et des experts pour établir les causes du drame. Des demandes d’interpellation sont déposées à l’Assemblée nationale et mises à l’ordre du jour, le 18 mars 1920, débouchant sur de longs débats – en particulier sur la responsabilité de la CCR et sur celle de la société de classification Veritas.

Dans les années qui suivent, entre 1923 et 1930, la CCR sera plusieurs fois assignée en justice par les familles des passagers – définitivement déboutées en juillet 1931. Seules celles des membres d’équipage ont, vraisemblablement, été indemnisées. Le mystère entourant la première voie d’eau ne sera jamais élucidé. Pour Roland Mornet, elle serait le fait d’une épave « tueuse » non répertoriée de l’estuaire qui aurait percé la carène de L’Afrique.

Nous attendons que la France, par la voix de son président peut-être, prononce officiellement leurs noms, à haute et intelligible voix

L’épave gît aujourd’hui par 45 mètres de fond au nord du plateau de Rochebonne. La France, ingrate, a oublié les passagers de L’Afrique et le sacrifice imposé de ses soldats « indigènes ». En mémoire du drame, la Côte d’Ivoire a émis un timbre, en 1990. Mornet a lui-même bataillé pour l’installation d’une stèle, aux Sables-d’Olonne, en mémoire des naufragés, où leur mémoire sera honorée les 11 et 12 janvier prochain. Il en existerait une autre dans le cimetière de Conakry, à la mémoire des tirailleurs.

Mémoire

Est-ce suffisant ? Non. Dans cette tragédie, le destin des tirailleurs sénégalais qui rentraient chez eux interroge un pan complexe de l’histoire de France, puissance coloniale qui s’accapara les richesses et les chairs d’un continent. Les héros africains qui disparurent en cette nuit de janvier 1920, tout comme les rares qui survécurent, ont des noms. Lai Sako, Gore N’Diaye, Birame Sassoune, Amadou Diop… et nous n’écrirons pas « etc » : nous attendons que la France, par la voix de son président peut-être, prononce officiellement leurs noms, à haute et intelligible voix. Nous avons une dette envers eux.

Interpellé en 2016 par l’association Mémoires & Partages, qui a réalisé la seule exposition sur le naufrage et lancé un « plaidoyer pour les tirailleurs naufragés », le président François Hollande avait transmis le dossier à Jean-Marc Todeschini, Secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la mémoire. Depuis, le silence est pesant et il n’y a plus de Secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la mémoire.

Le vivre-ensemble n’est pourtant possible qu’en retrouvant la mémoire de certains moments de notre passé. L’occasion se présente aujourd’hui, 100 ans plus tard. La France et les États africains ont en ce sens une obligation. Les 192 tirailleurs attendent depuis trop longtemps.

Karfa Sira Diallo, auteur, fondateur de Mémoires & Partages

Nicolas Michel, journaliste, romancier

1960: l’année «magique» des soleils des indépendances


© © Cinémémoire

Il y a soixante ans, la plupart des ex-colonies françaises d’Afrique subsahariennes accédaient à la souveraineté. Entre le 1er janvier et le 31 décembre 1960, 17 pays dont 14 sous administration française acquirent leur indépendance. Retour sur les conditions et les circonstances de ces émancipations groupées que les populations africaines appelaient de tous leurs vœux.

Dominées, esclavagisées, colonisées pendant près de trois cents ans par l’Europe, les populations africaines ont pris leur destin en main au XXe siècle, avec les 55 pays que compte le continent accédant à l’indépendance politique au fil des années. Or, si les indépendances africaines s’échelonnent sur sept décennies, dans l’inconscient collectif c’est l’année 1960, au cours de laquelle on a vu 17 pays d’Afrique subsaharienne se libérer, qui symbolise le tournant de la sortie du continent de la tutelle européenne. Au point que, dans la mythologie historiographique africaine, 1960 est désignée comme l’« année magique », l’« année du chiffre des choses », selon l’expression du poète et l’homme politique Léopold Sédar Senghor.

Sur les 17 pays africains qui sont devenus indépendants en 1960, 14 étaient issus de l’ancien empire colonial français : Cameroun, Togo, Madagascar, Bénin, Niger, Haute-Volta (Burkina Faso), Côte d’Ivoire, Tchad, Centrafrique, Congo, Gabon, Sénégal, Mali et Mauritanie. Les trois autres pays qui accèdent à l’indépendance au cours de cette même année sont : le Nigeria, la Somalie et la RD Congo, respectivement ex-colonies britannique, italienne et belge. La contagion émancipatrice de 1960 ne manquera pas de s’étendre à l’ensemble du continent au fil des années qui suivent, faisant exploser les derniers bastions du colonialisme et de domination européenne avant le tournant du millénaire. Le Zimbabwe en 1980 et la Namibie en 1990 furent les tous derniers pays africains à s’émanciper de la domination européenne.

Cet enchaînement des événements fait dire aux historiens qu’il y a désormais un avant et après 1960. En effet, quand débute l’année 1960, l’Afrique sub-saharienne était encore pour l’essentiel composée de colonies et de protectorats administrés par les grandes puissances européennes. La vague d’indépendances qui a déferlé sur le continent au cours de cette « année-charnière » a changé l’équilibre géopolitique du continent et par ricochet celui des Nations unies où l’arrivée en masse des nouveaux États indépendants d’Afrique fit entrer l’organisation multilatérale résolument dans l’ère post-coloniale.

Un nouveau rapport de force dans le monde

Hormis le Liberia, fondé au XIXe siècle par les esclaves américains rapatriés en Afrique et libre depuis 1847, et l’Éthiopie qui n’a jamais été colonisée sauf la parenthèse de l’occupation italienne entre 1935 et 1941, la marche vers l’indépendance du continent africain a commencé en 1922 avec l’Égypte. Elle s’est accélérée dans les années 1950 avec l’émancipation de la Libye en 1951, du Soudan, du Maroc et de la Tunisie en 1956 et du Gold Coast, sous le nom africanisé de Ghana en 1957. C’est ce dernier qui a ouvert le bal des indépendances dans l’Afrique sub-saharienne. Au grand dam d’ailleurs du gouvernement français de l’époque.

Le défilé en l'honneur du 50e anniversaire de l'indépendance du Congo-Brazzaville s'est déroulé le 15 août 2010 © AFP/ GUY-GERVAIS KITINA

Les chroniqueurs rapportent qu’à Accra, lors de la cérémonie de la passation de pouvoirs entre l’ancienne puissance coloniale et le nouvel État indépendant, la France était représentée par son Garde des Sceaux, un certain François Mitterrand. Ce dernier « ne pouvait supporter le fait que le Ghana proclame son indépendance » et « incriminait la Grande-Bretagne qui l’aurait favorisé uniquement pour susciter des problèmes dans l’empire de son rival français », écrit Catherine Coquery-Vidrovitch dans sa préface à un ouvrage consacré au cinquantenaire des indépendances (1).

Or pour les historiens, l’accélération de la décolonisation à laquelle on assiste en Afrique dans les années 1950-1960 s’explique moins par un sentiment de rivalité quelconque entre puissances coloniales que par la montée d’une nouvelle classe politique africaine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une élite particulièrement sensible aux mutations en cours de l’environnement international. Cette nouvelle élite politique était composée, de plus en plus, d’intellectuels et de militants, formés pour ce que concerne les colonies françaises, par le syndicalisme ou par les universités parisiennes. Attentifs à l’évolution générale du monde, ceux-ci comprenaient que les événements tels que l’indépendance de l’Inde en 1947, la victoire de Mao Tsé-Toung en Chine, la défaite subie par l’armée française à Dien-Bien Phu en Indochine, ou encore le succès moral de l’Égypte à Suez avaient instauré un nouveau rapport de force entre colonisateurs et colonisés, dominateurs et dominés.

Rien n’illustre mieux ce nouveau rapport de force que la tenue en 1955 de la Conférence afro-asiatique de Bandoeng (Indonésie), du 18 au 25 avril, sous l’égide de l’Indien Nehru, l’Indonésien Sukarno et l’Égyptien Nasser. Cette rencontre inédite des anciens colonisés réunissait des délégations venues de 29 pays d’Afrique, d’Asie et du Proche-Orient. L’Afrique avait envoyé six délégations à Bandoeng, alors que l’Asie, très largement engagée sur la voie de la décolonisation, fournissait le plus gros des participants. Ces délégations avaient toutes en commun d’appartenir au monde anciennement dominé par les Empires européens, qui faisaient ainsi irruption sur le devant de la scène et accédaient à la visibilité. C’était le baptême du feu de ce que le démographe français Alfred Sauvy a désigné sous le terme du « tiers monde ». Pour Senghor, envoyé officiel français et futur président du Sénégal, cette conférence était comme « un coup de tonnerre ». Un coup de tonnerre qui n’allait pas tarder à retentir dans les cieux de l’Afrique.

De Gaulle et la décolonisation française

De G à D : Philippe Yace (président Assemblée ivoirienne), Hamani Diori, (Niger), Maurice Yameogo (Burkina Faso), Charles de Gaulle (France), Félix Houphouet-Boigny (Côte d'Ivoire), Hubert Maga (Bénin). © AFP

À l’origine de ces nouveaux rapports de force entre les métropoles et les anciens pays colonisés, la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci fut sur le continent africain également le point de départ de la décolonisation. L’accession à l’indépendance de 17 pays d’Afrique sub-saharienne au cours de l’année 1960 était en partie, rappellent les historiens, le résultat du processus entamé une quinzaine d’années plus tôt dans le tumulte de la guerre, avec l’entrée en scène des tirailleurs sénégalais et autres goumiers marocains.

La contribution en hommes demandée aux colonies par leurs puissances tutélaires, arguant qu’il s’agissait de lutter contre le racisme, avait subtilement changé la donne dans les rapports colonisés/colonisateurs. Elle avait accéléré la prise de conscience par les Africains, partis faire la guerre en Europe, des injustices dont ils étaient victimes chez eux. Une prise de conscience à laquelle avait donné voix à l’époque un député noir à l’Assemblée nationale française en des termes mémorables : « En vous aidant à vous dégager des bottes hitlériennes, nous avons mordu au pain de la liberté et ne croyez surtout pas que vous pourrez nous en ôter le goût. »

Du côté des dirigeants français, personne n’avait mieux compris les enjeux de l’appel fait aux colonisés pour venir en aide à la mère-patrie que le général de Gaulle. Comme l’a écrit le journaliste Claude Wauthier, « l’homme du 18 juin » n’oubliera jamais que sans le ralliement des territoires de l’Afrique équatoriale française (AEF) à la cause de la France libre dès les premiers jours de l’été 1940, il « n’aurait sans doute pas pu jouer pleinement le rôle historique qui fut le sien ».

Brazzaville était devenue la capitale de la France libre. Conscient du rôle que les forces de l’empire colonial avaient joué dans la libération nationale, de Gaulle prit l’initiative d’organiser dès 1944 la conférence de Brazzaville, une rencontre fondatrice où il laissait entendre qu’il était temps pour la France, de s’engager « sur la route des temps nouveaux ». Cette rencontre où les représentants de l’Afrique n’avaient toujours pas voix au chapitre et où il n’était pas encore question d’indépendance, est considérée comme un tournant dans la politique coloniale de la France en Afrique car les débats qu’elle accueillit jetèrent les fondements des réformes que Paris s’apprêtait à engager pour consolider les liens entre la métropole française et ses possessions africaines.

De l’Union française à la Communauté

Deux ans plus tard, l’empire colonial français fut remplacé par une Union française, approuvée par un référendum le 27 octobre 1946. La nouvelle entité gomma les aspects les plus humiliantes de la colonisation tels que le code de l’indigénat, désigné aussi sous le nom de « travail forcé » et fit voter des lois transformant les « sujets » de l’Empire en citoyens à part entière.

La Constitution prévoyait également une représentation pour les Africains dans les institutions, notamment dans les deux chambres du Parlement. Mais le nombre des élus africains restait trop limité, sans commune mesure avec l’importance de la population noire. Les pères fondateurs de la IVe République avaient craint, semble-t-il, comme l’ont écrit les chroniqueurs de l’époque cités par Claude Wauthier (2) que si une totale égalité de représentation était admise, le Code civil ne soit voté « par une majorité de polygames » et le Code pénal « par des fils des anthropophages » !

Il va falloir attendre le retour aux affaires du général de Gaulle en 1958 pour que les Africains se voient proposer dans le cadre de la Constitution de la Ve République, une Communauté franco-africaine, qui proposait une alliance plus ambitieuse d’États autonomes, avec la possibilité de transfert de compétences communes entre la métropole et les pays membres ainsi que le maintien dans la Communauté des États indépendants.

Parade militaire à Lomé le 2 mai 1960. Sylvanus Olympio avait annoncé l'indépendance du Togo le 27 avril 1960. © AFP

Le projet fut voté en 1958 par 11 des 12 anciennes colonies africaines de la France sauf la Guinée de Sékou Touré. Or la Communauté n’aura qu’une existence éphémère suite à la proclamation de leur indépendance par la plupart des États membres africains au cours de l’année 1960, vidant ainsi l’entité de sa substance.

Selon nombre d’observateurs avisés, ce sont les guerres coloniales successives menées par la France en Indochine, en Algérie, mais aussi au Cameroun où l’armée française était engagée depuis 1956 à réprimer une agitation d’inspiration populaire et marxiste, qui ont eu raison du rêve métropolitain d’une fédération franco-africaine. Pour l’historien africain Joseph Ki-Zerbo, c’est « l’ambiguïté de desseins » qui a marqué toute la politique coloniale française à cause de « la double exigence du moment, qui consistait à maintenir le pouvoir colonial tout en ménageant des ouvertures vers le progrès », qui est la principale cause de la faillite de la Communauté gaullienne.

Toujours est-il que c’est l’éclatement de la Communauté franco-africaine qui a ouvert la voie à l’indépendance des anciennes colonies françaises survenue pour l’essentiel au cours de cette année fatidique de 1960. Cette évolution fut à la fois le résultat de négociations intenses entre la France et ses anciennes colonies et de pressions internationales favorables à la décolonisation qui poussaient Paris comme Londres à réformer leurs empires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Enfin, les recherches historiographiques récentes ont montré que la conquête de l’indépendance fut aussi un combat mené par les mouvements politiques, associatifs, socio-professionnels locaux et les leaders autochtones, écartelés entre des tendances modérées et radicales qui ont toujours coexisté. La guerre que se livraient les militants radicaux tels que Maghemout Diop (Sénégal), Djibo Bakary (Niger), Ruben Um Nyobé (Cameroun) et le camp modéré incarné par les Léopold Sedar Senghor (Sénégal), Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire), les Modibo Keita (Mali), les Ahmadou Ahidjo (Cameroun) ou encore les Philibert Tsiranana (Madagascar), témoignent de l’ampleur des luttes politiques dans les colonies françaises.

« La France n’aurait certainement pas reconnu l’indépendance si elle n’y avait

pas été contrainte par l’action politique africaine », écrit Catherine Coquery-Vidrovitch.

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(1) Les indépendances en Afrique : L’événement et ses mémoires, 1957/1960., par Odile Goerg, Jean-Luc Martineau et Didier Nativel. Presses universitaires de Rennes, 2010. Avec une préface de Catherine Coquery-Vidrovitch.

(2) Quatre présidents et l’Afrique, par Claude Wauthier. Seuil 1995

► À consulter aussi notre dossier RFI Savoirs : Indépendances africaines, le Cameroun

Anniversaires du soixantenaire des indépendances africaines : les dates-clefs

1er janvier 1960 : Indépendance du Cameroun

4 avril 1960 : Indépendance du Sénégal

27 avril 1960 : Indépendance du Togo

26 juin 1960 : Indépendance de Madagascar

30 juin 1960 : Indépendance de la RD Congo

1 juillet 1960 : Indépendance de la Somalie

1 août 1960 : Indépendance du Bénin

3 août 1960 : Indépendance du Niger

5 août 1960 : Indépendance du Burkina Faso

7 août 1960 : Indépendance de la Côte d’Ivoire

11 août 1960 : Indépendance du Tchad

13 août 1960 : Indépendance de la Centrafrique

15 août 1960 : Indépendance du Congo

17 août 1960 : Indépendance du Gabon

22 septembre 1960 : Indépendance du Mali

1 octobre 1960 : Indépendance du Nigeria

28 novembre 1960 : Indépendance de la Mauritanie

 

Quelle place pour le livre religieux après 90 ans de littérature au Bénin ? | La Croix Africa

 

Samedi 30 novembre, l’Institut français de Cotonou a hébergé une rencontre littéraire marquant les 90 ans de la littérature béninoise. Le premier roman écrit par un Béninois, L’esclave de Félix Couchoro a, en effet, été publié en 1929.

À cette occasion, La Croix Africa dresse un bilan du livre religieux dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

Depuis quelques années, des maisons d’édition béninoises se spécialisent dans les ouvrages religieux produits par des prêtres, religieux et religieuses, mais aussi des laïcs et des chercheurs béninois. La Librairie Notre-Dame située à Ganhi, au cœur de Cotonou, qui existe depuis les années 1950, est le principal lieu d’écoulement de ce genre de livres. Sa directrice, Prudientienne Gbaguidi Houngnibo, qui est aussi la présidente de l’Association des libraires professionnels du Bénin (Alpb), identifie deux principales maisons d’édition spécialistes de la religion dans le pays : les Éditions Isidore de Souza (IdS) et les Éditions La Croix du Bénin.

Lire la suite:: Quelle place pour le livre religieux après 90 ans de littérature au Bénin ? – La Croix Africa, Juste Hlannon, 05.12.19.