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Mali: un nouveau gouvernement et quelques surprises

Le nouveau Premier ministre malien Abdoulaye Idrissa Maïga lors de la cérémonie de passation du pouvoir à Bamako, le 10 avril 2017.
© HABIBOU KOUYATE / AFP
 

Après la nomination du nouveau Premier ministre Abdoulaye Idrissa Maïga, la liste des membres du nouveau gouvernement malien a été rendue publique mardi 11 avril. Très peu de changement au niveau des principaux portefeuilles, le ministère des Affaires étrangères, de la Justice et de la Sécurité publique. La Coordination des mouvements de l'Azawad ne fait pas partie du nouveau gouvernement.

Une décision n'a pas surpris : l'éviction de la ministre de la Santé. Les hôpitaux publics sont paralysés depuis un mois, on s'attendait à une telle mesure.

Le nouveau gouvernement malien d'Abdoulaye Idrissa Maïga voit une dizaine d'entrées. Et dans cette équipe pléthorique de 36 membres, on compte huit femmes.

La véritable surprise se situe au niveau de l’Administration territoriale. Mohamed Ag Erlaf, qui a eu la lourde tâche d'installer les autorités intérimaires au Mali, et l'a fait non sans peine à Kidal, Ménaka et Gao, a été débarqué de ce ministère pourtant clef au sein du gouvernement malien. La situation toujours bloquée au niveau de Tombouctou et Taoudéni et la lenteur du processus pourrait bien avoir joué dans son éviction en forme de désaveu. A sa place, on note le retour remarqué de Hubert Tiéman Coulibaly. Ancien ministre de la Défense, il avait dû quitter ce poste il y a quelques mois après une défaite de l'armée sur le terrain. Proche du président malien, réputé rigoureux, il est l'homme qui organisera la prochaine élection présidentielle.

Le ministère de la Communication et celui de la Défense changent de titulaires.

L'ancien titulaire de de l’Administration territoriale devient ministre de l’Education.

L'avocat et ancien bâtonnier Kassoum Tapo hérite du ministère des Droits de l’homme et de la Réforme de l'Etat.

Dans la nouvelle équipe, des portefeuilles régaliens comme les Affaires étrangères et la Sécurité ne changent pas de titulaires.

Parmi les départs, deux grandes figures du parti au pouvoir, le RPM : Ousmane Koné et Mahamane Baby, qui étaient respectivement en charge de l'Environnement et de l'Emploi.

Enfin, le ministre du Commerce, Abdel Karim Konaté, considéré comme l'un des plus performants du gouvernement, selon les dernières évaluations officielles, a désormais une autre casquette, celle de porte-parole du gouvernement.

 

La CMA absente

La Coordination des mouvements de l’Azawad, elle, ne figure pas dans ce nouveau casting. Elle explique avoir été approchée par le nouveau Premier ministre, mais que les propositions « n’étaient pas de bonne foi », selon Ilad Ag Mohamed, porte-parole des ex-rebelles. Ils revendiquaient notamment le ministère de l'Elévage, qu'ils n'ont donc pas obtenu.

Nous avons espoir qu'il puisse faire beaucoup mieux que le gouvernement précédent. Maintenant, quant à nous, nous pensons que la ligne directrice pour un gouvernement aujourd'hui, c'est un gouvernement qui saura se concentrer sur la mise en œuvre du processus d'Alger, parce que pour nous c'est la mise en œuvre de cet accord qui est primordiale.
Ilad Ag Mohamed
12-04-2017 - Par Esdras Ndikumana

 

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Dans le numéro 113 de "Voix d'Afrique" (décembre 2016), cet article sur un sculpteur burkinabè qui s'est spécialisé dans la représentation de la faune. (lire la suite)

RDC : quel bilan pour la Monusco, près de 18 ans après son déploiement ?

 

Le Conseil de sécurité des Nations unies s'apprête à renouveler le mandat de la Monusco qui arrive à son terme à la fin du mois de mars. Zoom sur la plus importante opération onusienne de maintien de la paix dans le monde.

Près de 18 ans après son déploiement, la Monusco va devoir rester en RDC. Le mandat de la mission onusienne qui expire le 31 mars devait normalement être renouvelé par le Conseil de sécurité. D’autant que ce vaste pays du continent, étendu sur plus de 2, 4 millions de km2, demeure l’un des territoires les plus instables d’Afrique.

Dirigeants congolais et partenaires internationaux, tous plaident en effet pour son maintien. Même si Kinshasa voudrait voir se déclencher, dans les mois à venir, une « stratégie de retrait » des Casques bleus du territoire congolais. Ces derniers sont arrivés en 1999 sous la bannière de la Monuc, mission de l’ONU au Congo, transformée à partir de juillet 2010 en Monusco, la mission de l’ONU pour la stabilisation du Congo.

Une mission décriée par Kinshasa

Mais, en près de deux décennies de présence, la Monusco n’a pas été « en mesure, avec les moyens dont elle dispose, de parvenir à mettre un terme à une situation de crise qui perdure depuis plusieurs années », a dénoncé récemment à New-York Léonard She Okitundu, chef de la diplomatie congolaise. Un constat qui pousse les autorités congolaises à exiger un ajustement dans le mandat et l’effectif des troupes onusiennes déployées en RDC.

« Critiquer la Monusco équivaut à faire une lecture biaisée de la situation sécuritaire dans le pays. Car dès son déploiement, la Monusco, jadis Monuc, a contribué à la pacification de la RDC : elle a agi d’abord comme force d’interposition et de contrôle de l’application de l’accord de cessez-le-feu, conclu à Lusaka en 1999 ; puis, elle a accompagné le pays dans l’organisation de ses premières élections générales, libres et équitables en 2006 », rétorque un diplomate occidental basé à Kinshasa depuis plusieurs années.

« Hier encore, c’est la Monusco, à travers sa brigade d’intervention, qui a aidé l’armée congolaise à mettre fin à la rébellion du Mouvement du 23-Mars (M23) fin 2013. C’est elle qui continue aujourd’hui à appuyer les opérations militaires des FARDC contre les différents groupes armés nationaux et étrangers établis sur le sol congolais », ajoute-t-il.

Des Casques bleus morts en RDC

Au 31 janvier, 175 militaires, 14 policiers, 28 membres du personnel civil international et 51 sujets congolais sont morts entre 2001 et 2017 dans le cadre des opérations de maintien de la paix en RDC, renseignent les Nations unies.

Outre les locaux, ces victimes proviennent de 44 États à travers le monde. L’Inde, qui a déjà enregistré au moins 27 morts, le Bangladesh (25) et le Pakistan (16) payent le prix fort.

Passez la souris sur les bulles pour voir le nombre de morts de chaque pays contributeur à la mission onusienne en RDC.

Une réduction de troupes qui n’en est pas une

Principale mission onusienne de maintien de la paix dans le monde avec un budget annuel (juillet 2016-juin 2017) de 1 235 723 100 dollars (environ 1,155 milliard d’euros), la Monusco est constituée aujourd’hui de quelque 16 893 militaires, 1050 membres d’unités de police constituées, 312 policiers et 473 experts. Des chiffres bien en-deçà de l’effectif maximum autorisé jusqu’ici par le Conseil de sécurité – 19 815 militaires, 760 observateurs militaires et officiers d’état-major, 391 policiers et 1 050 membres d’unités de police constituées – et qui ne devaient pas véritablement changer.

Vendredi, le Conseil de sécurité s’apprête à voter à l’unanimité le projet de résolution sur le renouvellement du mandat de la Monusco, dont l’AFP a obtenu la copie. Et le texte ne prévoit que la réduction de 7% environ de l’effectif maximum autorisé des militaires et policiers. Passant ainsi de 19 815 à 18 316 pour des soldats de la paix, alors qu’ils ne sont que près de 16 900. Pas de changement en vue sur le terrain, donc.

Cinquante-huit pays contribuent actuellement aux troupes de la Monusco, experts militaires et policiers compris. On y trouve 23 États africains, mais c’est l’Inde qui a envoyé le plus d’hommes – 3 305 militaires, 280 membres d’unités de police constituées et 43 experts – dans le cadre de cette mission de maintien de la paix. Elle est suivie de près par le Pakistan (3 484 hommes) puis par le Bangladesh (1 907), l’Afrique du Sud (1 355), la Tanzanie (1 263), l’Uruguay (1 154) et le Népal (1 028).

 

 

 

Côte d’Ivoire : le prix du cacao enregistre sa plus forte baisse depuis 2012

 

En Côte d'Ivoire, le prix minimum du cacao garanti aux producteurs est passé de 1 100 à 700 francs CFA le kilogramme. La chute continue des cours du cacao, dont le prix a baissé de 30% depuis six mois, a durement affecté les rentrées fiscales du pays.

Ce jeudi 30 mars, le gouvernement ivoirien a fixé à 700 francs CFA (1 euro) le prix bord champ (prix payé au producteur) du kilogramme de cacao pour la campagne intermédiaire 2016-2017 qui démarrera le 1er avril. Depuis le début de la réforme du secteur en 2012, le prix payé aux producteurs n’avait jamais chuté aussi fortement.

Cette annonce intervient dans un contexte mondial difficile, marqué par la chute drastique des cours internationaux du cacao (plus de 30%) depuis le mois d’octobre 2016. Cette situation plonge la Côte d’Ivoire dans la crise car elle a notamment un impact sur le budget national, dont une partie est alimentée par la fiscalité sur le cacao.

« La chute des cours impactera les finances publiques, a expliqué Bruno Koné, le porte-parole du gouvernement au sortir de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, ce 30 mars. Tous les ministères réviseront à la baisse leur budget » .

Renoncements sur la fiscalité du cacao

Pour respecter la promesse de donner 60% du prix international aux paysans, l’État à dû renoncer à la taxe d’enregistrement auprès du fisc de 5% et a procédé à la réduction d’une partie des autres taxes. Ce qui représente environ 43,4 milliards de francs CFA de pertes sèches pour la Côte d’Ivoire.

Le déficit budgétaire ivoirien devrait augmenter à 5% du PIB cette année, contre 3,9% pour 2016, selon Renaissance Capital. Le pays doit prochainement lancer un eurobond, son premier financement international depuis 2015.

La baisse des cours du cacao a notamment mis au jour des défaillances dans le système de ventes à terme du cacao en vigueur en Côte d’Ivoire. Certains exportateurs ont ainsi fait défaut sur leurs contrats, obligeant le Conseil Café Cacao (CCC) à revendre d’importants volumes de fèves à prix déprimé. Contraint de maintenir le prix minimum d’achat garanti au producteur (1 100 CFA cette année), le CCC avait dû puiser dans ses réserves financières.

 

Mali: à Bamako, les non signataires de l'accord d'Alger veulent être entendus

Groupe armé à Kidal, le 13 juillet 2016. Sur le terrain, les groupes armés comme le CJA ont le sentiment qu’on accorde plus de considération aux hommes armés de cette cité.
© SOULEYMANE AG ANARA / AFP
 

Au Mali, la Conférence d'entente nationale se poursuit à Bamako. Parmi les intervenants ce jeudi 30 mars, des représentants des groupes armés non signataires de l'accord d'Alger, qui, pour être entendus, prennent les armes et empêchent la mise en place des autorités intérimaires. C’est le cas du Congrès pour la justice dans l'Azawad (CJA), qui vient encore une fois d'interdire l'installation ce jeudi des autorités intérimaires à Tombouctou et à Taoudeni au nord-ouest du Mali.

Difficile d’avoir une place assise autour de la table quand on n’est pas un groupe armé signataire de l’accord d’Alger. Alors pour se faire entendre, le Congrès pour la justice dans l’Azawad (CJA), un mouvement armé, montre ses muscles dans la région de Tombouctou depuis un moment.

Ehameye Ag Mohamedoun, le porte-parole du CJA : « Le CJA comme vous le savez siège actuellement à Tombouctou, qui empêche depuis un mois la mise en place des autorités intérimaires, parce que le CJA n’a pas encore été inclus, inséré, dans le processus de paix, dans les organes de mise en œuvre de l’accord. Ni le CJA, ni la société civile de Tombouctou ne sont représentés dans les autorités intérimaires. »

« Tombouctou est géré par procuration depuis Kidal »

Pour ce groupe armé comme pour d’autres, l’accord de paix d’Alger doit être inclusif, et donc trouver une place à tout le monde. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, dit son porte-parole, d’où sa colère : « On a l’impression que Tombouctou est géré par procuration depuis Kidal, et cela est inacceptable. »

Kidal, au nord-est du Mali, reste le fief de l’ex-rébellion, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Et sur le terrain, les groupes armés comme le CJA ont le sentiment qu’on accorde plus de considération aux hommes armés de cette localité.

 
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