Vu au Sud - Vu du Sud

 
    Sur le site de Radio France Internationale (le titre de l'article invite à aller voir de plus près de quoi il s'agit !)

Le boom des hubs technologiques en Afrique

Dans les locaux de By Filling, entreprise «incubée» au CTIC de Dakar, en 2014.RFI/Matthieu Millecamps
 

D'après une étude récente de GSMA, une association mondiale d'opérateurs mobiles, il y aurait 314 tech-hubs actifs en Afrique. Derrière ce terme très large se cache une réalité très diverse. On y retrouve à la fois des espaces de travail en commun, des incubateurs et accélérateurs d'entreprises et beaucoup d'autres sortes d'espace qui ont pour point commun d'utiliser de façon la plus rationnelle les nouvelles technologies pour le développement de l'économie locale. La conclusion positive de l'étude GSMA, c’est qu'à la faveur de la révolution numérique sur le continent, ces tech-hubs n’ont jamais été aussi nombreux ; ils évoluent très rapidement et contribuent de plus en plus au développement d’un tissu de start-ups et d’entrepreneurs locaux.


Créé en 2011 à Dakar, le CTIC réunit une quinzaine de jeunes entreprises dans les domaines du développement de logiciels, de marketing digital ou de conception d'objets connectés.
© RFI/Matthieu Millecamps
 

Service en ligne, e-commerce, économie de partage, marketing digital, technologies vertes … Les entreprises innovantes fleurissent en Afrique, au sein de nouveaux hubs technologiques. C’est la conclusion d’un rapport du cabinet d’étude GSMA Intelligence. Il y en aurait 314, contre à peine 120 l’an dernier. Les «hubtech», où se lancent et se côtoient les start-up de demain, sont donc en pleine explosion sur le continent. Ils sont très récents, quatre ans de moyenne. Mais mal répartis sur le continent.

Cinq pays africains se partagent la moitié des hubs comptabilisés par GSMA Intelligence : l’Egypte, le Kenya, le Maroc, le Nigeria. Et l’Afrique du Sud, qui en compte 54 à elle seule. Derrière, le Ghana, l’Ouganda, la Tunisie et le Sénégal tirent leur épingle du jeu.

Les autres pays, de l’Algérie à Madagascar, en comptent moins de cinq chacun. Car la naissance de ces hubs technologiques est d’abord liée à la qualité des réseaux téléphoniques, à ceux de l’Internet câblé ou via Wi-Fi. Indispensable pour les start-up du digital qui se lancent et se développent dans ces hubs.

Sur ce point, les opérateurs mobiles ont bien compris l'intérêt d'investir. A l'image du Français Orange ou du Sud-africain MTN.  Le premier a lancé un incubateur à Niamey, au Niger. Et le deuxième a implanté deux espaces de co-working, à Buea et Douala, sur la côte camerounaise.

Le mobile, outil indispensable pour les nouveaux entrepreneurs. C'est en Afrique centrale que le cabinet GSMA compte le moins de hubs. Des pays qui comptent seulement un tiers d'abonnés aux réseaux mobiles.

L'exemple égyptien

En Egypte, une première vague de startup étroitement liées aux nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) a été créée au lendemain de la révolution. Une nouvelle dynamique semble se dessiner notamment grâce au développement des hubtech, ces pépinières d'entreprises naissantes. Il y en a une quinzaine au Caire.

L’un des hubtech les plus connus se trouvent sur le vieux campus de l’université américaine, à deux pas de la place Tahrir. Dans une ancienne salle de classe, Mohamed Mansour a installé ses bureaux. Il est le fondateur de Rise-up, une entreprise qui met en contact les investisseurs et les entrepreneurs. Les derniers mois de l’année 2015 se sont soldés par des levées de fonds de plusieurs millions de dollars

« Nous avons eu comme ça, deux, trois, quatre investissements massifs. Nous n’étions pas prêts, c’était surprenant pour nous ! Récemment, nous avons surtout vu la création d’entreprises dans le secteur des énergies renouvelable, mais le secteur le plus porteur est celui des téléphones portable et d’internet », analyse Mohamed Mansour.

Au Greek campus, on retrouve par exemple le siège de Jobzella, le premier site de recherche d’emploi au Moyen Orient. A quelques kilomètres kilomètres de là se trouvent Bedoya.

Ahmed Khalil, créateur d’un robot connecté destiné aux pisciculteurs, explique qu’il n’aurait pas pu s’en sortir sans la structure : « Maintenant en Egypte il y a un écosystème, il y a dix ans c’était un rêve d’avoir un écosystème de connaître des investisseurs ou d’autre entrepreneurs donc c'est mieux mais dans le même temps, la compétition est plus difficile maintenant. »

Si l’environnement s’est amélioré pour les startupeurs, la situation économique de l’Egypte et les restrictions de l’armée concernant l’importation de certains composants électroniques freinent le développement des petites entreprises innovantes.

A Dakar, le CTIC donne le ton

Depuis 2011, Dakar accueille le premier incubateur de startups de l’Afrique francophone. Pour accompagner la révolution digitale en Afrique, CTIC sélectionne des projets puis aide à mettre sur pied des entreprises dans le domaine de la technologie de l’information et de la communication, en les faisant aller vers de nouveaux produits et de nouveaux marchés.

En cinq ans d’existence, le CTIC de Dakar a créé plus de 200 emplois et a incubé des entreprises devenues depuis des références dans le secteur des TICS. Cherif Ndiaye est le créateur d’ « Ecole au Sénégal ». Incubée au CTIC depuis 2013, cette startup rend les programmes scolaires sénégalais accessibles à n’importe quel élève via un site web. Notamment grâce à des vidéos de cours donnés par des professeurs.

« Être incubé au CTIC pour une startup permet d’être dans un écosystème où l’ensemble des entrepreneurs sont des passionnés des technologies de l’information et de la communication. Le second c’est le fait de pouvoir outsourcer la comptabilité, la fiscalité pour permettre à l’entrepreneur de se concentrer sur ce qu’il sait faire. »

A Dakar, le CTIC accompagne la croissance d’entreprises dans le secteur des technologies de l’information et de la communication, sous la forme d’un programme sur trois ans. Outre l’accompagnement d’entrepreneurs plus expérimentés, le centre propose un programme court sur 6 mois pour tester un modèle économique et a lancé récemment un programme de promotion des objets connectés.

« On a énormément de problématiques liées à notre environnement. Je pense qu’il sera bienvenu d’avoir des vêtements qui pourront donner la qualité de l’air, d’avoir des maisons connectées », explique Eva Sow Ebion, responsable du business développement du CTIC Dakar.

CTIC Dakar veut aujourd’hui reproduire son modèle de centre d’incubation, comme elle l’a déjà fait au Niger. L’incubateur d’entreprise mène actuellement des études de faisabilité en Mauritanie, au Gabon et au Togo.

 

Information prise dans "Jeune Afrique"

Niger : après le ralliement du MNSD à la majorité présidentielle, le remaniement est attendu

 

L’information était devenue un secret de polichinelle : le bureau politique du Mouvement nigérien pour la société du développement (MNSD), deuxième formation d’opposition, a voté le 13 août en faveur de son ralliement à la majorité présidentielle. La composition du gouvernement en sera logiquement changée.

Alors que les élections locales doivent avoir lieu en janvier, l’opposition vient de perdre un atout de poids, celui du MNSD, qui avait remporté 11,7% des suffrages aux dernières législatives de février 2016. Le bureau politique du parti de Seini Oumarou a voté, dans la nuit du samedi 13 août au dimanche 14 août, en faveur du ralliement à la majorité présidentielle, déjà forte de 52 partis.

Le parti a motivé sa décision par sa volonté de sortir le pays de la crise dans laquelle il se trouve actuellement et de sceller l’unité de la nation face au terrorisme. « Le bureau politique a par la même occasion responsabilisé le président du parti pour qu’il entame les démarches utiles en vue de la concrétisation de cette volonté du parti de participer à la gestion du pouvoir d’État en mettant en avant les intérêts supérieurs de notre pays », a expliqué le Secrétaire général du parti, Abdoul Kadri Tidjani, dans un communiqué.

Le MNSD avait engagé en juin un audit de ses activités, après son échec à la présidentielle (Seini Oumarou avait terminé troisième et avait dû se désister derrière Hama Amadou, candidat du Moden-Lumana) puis aux législatives (où le parti était en recul de 20 sièges). Avec ce ralliement à Mahamadou Issoufou, l’ancien parti au pouvoir ferme la porte à une nouvelle coalition d’opposition, que tentait de réunir depuis plusieurs mois Amadou Boubacar Cissé, président de l’UDR-Tabbat.

Vers un remaniement du gouvernement

Il reste désormais à savoir quelles seront les conséquences du ralliement du MNSD à la majorité présidentielle, dont il devient le second parti en nombre de députés. Traditionnellement, le candidat arrivé troisième à l’élection présidentielle accédait au poste de président de l’Assemblée nationale, comme ce fut le cas pour Hama Amadou en 2011. Mais le perchoir est actuellement occupé par Ousseini Tinni, député du PNDS, élu alors que l’ancienne coalition d’opposition boycottait encore l’Assemblée, au lendemain de l’annonce des résultats du scrutin législatif.

Surtout, quelle sera la physionomie du gouvernement après un remaniement qui semble inévitable ? Brigi Rafini a été reconduit dans ses fonctions à la primature et bénéficie de la confiance du président. Les alliés de l’entre-deux tours ont quant à eux obtenu des strapontins d’envergure, comme Ibrahim Yacouba aux Affaires étrangères, qu’ils n’ont aucune intention de quitter.

Le repos du chef de l’État, qui a débuté des vacances dans son village le 12 août dernier, aura donc été de courte durée. Selon nos informations, les changements dans l’équipe ministérielle ne devraient cependant pas intervenir avant trois mois. Le nombre de ministres pourrait alors être réduit et passer sous la barre des trente, dont plusieurs pour le MNSD.

Dans "Jeune Afrique", les articles ci-dessous

Côte d’Ivoire : dans les starting-blocks pour les législatives de novembre

 

Les législatives de novembre s’annoncent comme les plus ouvertes que le pays ait jamais connues. Et, dans les états-majors des principaux partis, on s’écharpe déjà pour savoir qui emportera l’investiture.

Décembre 2011. Huit mois viennent à peine de s’écouler depuis la fin de la crise post­électorale, et la Côte d’Ivoire se rend à nouveau aux urnes afin d’élire ses députés. Les enjeux et les inconnues du scrutin sont quasi nuls. Lassés par un conflit qui aura coûté la vie à près de 3 000 personnes, les Ivoiriens ne se rendent pas massivement aux urnes (le taux de participation ne sera que de 36,5 %, contre 80 % pour la présidentielle de 2010).

Encore sonné, le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo boycotte tout bonnement le scrutin. Les alliés de la présidentielle n’ont plus qu’à se partager l’Assemblée : le Rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Ouattara remporte 127 sièges sur les 254 à pourvoir ; le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié en obtient, lui, 77.

Une nette croissance du nombre de candidatures

Juillet 2016, changement total d’ambiance. La commission électorale a plusieurs fois indiqué que les législatives auraient lieu dans les délais légaux, soit avant le 20 novembre, mais la date exacte du scrutin n’est pas encore connue. Pourtant, il y a cette fois-ci comme de l’excitation dans l’air. Peut-être pas chez les électeurs (la mise à jour des listes électorales, commencée fin juin, montre que l’approche du scrutin ne suscite qu’un faible engouement), mais au moins dans les états-majors des partis politiques.

En coulisses, même si les investitures ne seront annoncées qu’à la rentrée, les batailles ont bel et bien commencé. « Cela fait longtemps que l’on n’avait pas vu ça, résume un cadre du RDR. Les “candidatures aux candidatures” affluent de partout. Il y a des circonscriptions où nous comptions une dizaine de candidats à l’investiture en 2011. Aujourd’hui, on en dénombre parfois trois fois plus ! »

Rivalités internes aux partis

Sur le terrain, c’est déjà le temps des visites – « privées » ou « de courtoisie » – des potentiels candidats ; le temps des réunions avec les militants, pourtant souvent oubliés hors période électorale ; le temps aussi des dons et des cadeaux en tout genre.

« Pour les électeurs, c’est la période de la traite », ironise Alphonse, un militant du PDCI à Bonoua, à 60 km à l’est d’Abidjan. Dans sa circonscription, c’est un quasi-psychodrame qui se joue pour départager les candidats à l’investiture de son parti. Ils ne sont que deux, mais leur querelle rebondit à la une de la presse nationale – « La guerre fait rage au PDCI », titrait Le Nouveau Réveil le 21 juin dernier. Ce n’est pas mieux à Bouaké, où plus d’une vingtaine de candidats à l’investiture avaient déjà déposé leurs dossiers fin juin.

« Le nombre parfois pléthorique de “candidatures à la candidature” témoigne de la vitalité du parti, analyse un cadre du PDCI. Mais il montre aussi que les militants refusent de voir leur formation disparaître dans le RHDP [Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, alliance électorale entre le PDCI et le RDR et probable nom du parti qui doit naître de la fusion des deux entités]. »

Ainsi, le PDCI, qui n’avait pas aligné de candidat à Grand Bassam (Sud-Est) ou à Mankono (Nord-Ouest) en 2011, laissant le champ libre au RDR, y compte déjà de sérieux prétendants, dont il s’apprête à négocier âprement la présence en cas de candidature unique RHDP. L’enjeu, pour le parti de Bédié, est simple : il veut maintenir son nombre de députés et prospérer dans les zones où il est absent.

Et si chacun des candidats à l’investiture PDCI a signé une déclaration sur l’honneur, s’engageant à ne pas se présenter en indépendant au cas où il ne serait pas choisi, nombreux sont ceux qui font déjà entendre une petite musique dissonante, arguant qu’ils pourront de toute façon financer eux-mêmes leur campagne.

Surtout, tous attendent de pied ferme la réforme constitutionnelle et le bouleversement institutionnel qui l’accompagnera. Le chef de l’État n’ayant pas intérêt à attendre l’élection de la nouvelle Assemblée, dont le prochain visage s’annonce incertain, le texte devrait bientôt être soumis aux députés. Il prévoit notamment la création d’un poste de vice-président et celle d’un Sénat.

Au RDR, Gon Coulibaly et Soro se font face

Qui seront les nouveaux nommés ? Le PDCI en sortira-t-il gagnant ? Dans le cas contraire, prévient-on en interne, « il sera toujours temps d’ajuster la stratégie pour les législatives ».

Au RDR, les négociations pour les investitures ne s’étalent pas encore dans les journaux, mais la bataille est lancée. Toutefois, ses contours sont différents, car, comme souvent ces derniers temps, la question de la succession de Ouattara en 2020 n’est jamais loin. Derrière une unité de façade, dont le but est évidemment de conserver un maximum de sièges, se joue une autre querelle : celle des tendances internes.

Deux d’entre elles se distinguent déjà clairement : celle du secrétaire général à la présidence, Amadou Gon Coulibaly, et celle du président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro. Le conseil politique du RDR, à qui reviendra le choix définitif des candidats, va-t-il privilégier un camp plutôt que l’autre ? Pour Guillaume Soro, qui a déjà annoncé qu’il souhaitait se succéder à lui-même, l’enjeu est de taille : sa réélection dans son fief de Ferkessédougou (Nord) ne fait aucun doute, mais rien ne dit que le consensus politique qui lui avait permis d’obtenir le perchoir sera reconduit.

« Il est président de l’Assemblée, ancien Premier ministre, ancien patron des Forces nouvelles et il a derrière lui un véritable électorat. Je ne vois pas comment il pourrait être mis sur la touche, commente un diplomate africain. Ni lui ni le RDR n’y ont intérêt pour le moment. À moins de vouloir lui permettre de s’émanciper complètement du parti. »

Au FPI, l’urgence est ailleurs. Son résultat reste la grande inconnue du scrutin à venir. Son président, Pascal Affi N’Guessan, a annoncé que l’objectif était de récupérer les 96 sièges occupés avant 2010, mais cela ne pourra se faire si le parti n’est pas réunifié.

« Le FPI compte avoir des candidats dans toutes les circonscriptions, affirme l’un de ses cadres. Nous travaillons en interne à résoudre au plus vite cette crise, afin que notre électorat, qui est encore intact, soit représenté au mieux dans la future Assemblée. » Problème : la tendance pro-Sangaré souffle le chaud et le froid. Elle n’a pas encore annoncé si elle participerait ou non aux élections. Et, si elle le faisait, rien ne dit que ce serait sous les couleurs d’Affi.


On prend les mêmes et on recommence

Une nouvelle classe politique s’apprête-t-elle à faire son entrée à l’Assemblée ? Celle-ci pourrait-elle être plus jeune (54 ans en moyenne aujourd’hui), plus féminine (90 % d’hommes actuellement) et plus diversifiée ? Rien n’est moins sûr ! Et pour cause, nombre de ténors ont déjà fait part de leur intention de rempiler. Au RDR, les ministres Adama Toungara et Affoussy Bamba Lamine sont de ceux-là, tout comme les députés Adama Bictogo, Alphonse Soro, Zoumana Bakayoko, Sidiki Konaté, Ibrahim Cissé Bacongo ou Adjaratou Traoré.

Au PDCI, en revanche, certaines personnalités ont du souci à se faire : Raymonde Goudou Coffie, l’actuelle ministre de la Santé, souhaite se faire élire à Toumodi (Centre) mais pourrait avoir du mal à s’imposer, tout comme son homologue à l’Enseignement technique, Paul Koffi Koffi, qui lorgne Bouaké, où la concurrence est acharnée. Quant à Alla Brou Florence, la députée sortante de Daoukro (Centre), il n’est pas dit qu’elle parviendra à obtenir de nouveau l’investiture du parti. Quant aux députés frondeurs que sont Kouadio Konan Bertin (Port-Bouët) et Yasmina Ouégnin (Cocody), ils pourraient peiner à recevoir le soutien de leur formation.

Côté FPI, Pascal Affi N’Guessan, qui devrait briguer un siège dans sa région natale de Bongouanou (Centre-Est), ne devrait pas avoir de difficulté à se faire élire. En revanche, Michel Gbagbo, le fils de l’ex-président, brièvement tenté par Yopougon, ne devrait finalement pas se présenter. Condamné à cinq ans de prison en mars 2015, il a fait appel mais est, pour l’instant, privé de ses droits civiques.

 

Par Jeune Afrique avec AFP
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Les combats déclenchés mardi 9 août entre des hommes de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA, ex-rébellion à dominante touareg) et du Groupe d'autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia), un mouvement de la Plateforme (coalition progouvernementale), se poursuivaient mercredi près de Kidal. Ces affrontements ont causé des "pertes en vies humaines", a annoncé le gouvernement malien dans un communiqué.

Le gouvernement malien, qui indique suivre avec « une vive préoccupation » ces affrontements, n’a pas donné plus d’informations sur le nombre de victimes. Le gouvernement « condamne la reprise des hostilités » et demande aux belligérants « d’y mettre fin dans l’intérêt supérieur des populations », selon le communiqué. Aucun bilan n’avait pu être obtenu auprès des belligérants.

Il estime que « la situation créée par la reprise des hostilités constitue une menace grave pour la mise en oeuvre de l’accord » signé en mai-juin 2015 par Bamako, la Plateforme et la CMA. D’autant qu’il s’agit du troisième épisode de violence en trois semaines. Les hommes du Gatia et de la CMA s’étaient affrontés les 21 et 22 juillet dans la ville de Kidal, à l’arme lourde, puis le 30 juillet à une quarantaine de kilomètres à l’est de la ville, selon plusieurs sources.

Un différend à caractère tribal intertouareg

D’après plusieurs sources, dont un élu local, les violences ont pour origine un différend à caractère tribal intertouareg, entre Imghads et Ifoghas, pour le contrôle de Kidal. Ces deux tribus sont représentées dans les camps adverses.

Dans un communiqué diffusé mercredi, le Gatia souligne à nouveau le caractère tribal de ces violences, qu’il avait déjà évoqué après les affrontements du 30 juillet. « Le conflit actuel n’oppose que les Imghad et les Ifoghas à cause de la gestion oppressante que les Ifoghas imposent à tous ceux qui vivent à Kidal », écrit le Gatia dans son communiqué.

La Minusma n’a pas réagi aux affirmations du Gatia, qui avait indiqué mardi avoir été attaqué à 65 km au nord-est de Kidal par des hommes à bord de « colonnes de véhicules parties » de cette ville, dont les accès sont censés être contrôlés par la Minusma. »La Minusma nous a invités à ne pas rentrer dans la ville de Kidal et a garanti qu’elle ne laisserait pas les autres s’organiser pour nous attaquer », avait assuré Fahad Ag Almahmoud, secrétaire général du Gatia.

Texte pris sur le site de "Jeune Afrique"

Niger : malgré son repli, Boko Haram continue de traumatiser la population

 

À Diffa, dans le sud-est du Niger, les habitants vivent dans la peur permanente. La libération de Damasak, de l’autre côté de la frontière, n’y change pas grand-chose. Reportage.

Au poste-frontière entre Diffa (Niger, à 7 km) et Damasak (Nigeria, à 30 km), la cahute de garde, côté nigérian, est vide, la barrière levée en permanence. Les gardes-frontières ont déserté les lieux. Depuis la prise de Damasak par Boko Haram, il y a un an, personne ne s’aventure ici… sauf les militaires nigériens. Ce sont eux qui, dans le cadre de la Force multinationale mixte (FMM), ont repris la ville au groupe jihadiste, le 27 juillet.

Chaque jour, un incessant chassé-croisé de blindés et d’automitrailleuses franchit la rivière. « Allah yakiyaye ! Que Dieu vous protège ! » leur lancent les villageois le long de la route inondée qui serpente entre les rizières.

Vers la fin de l’horreur

Il y a quelque temps, sur ce même pont dit de Doutsi, les jihadistes égorgeaient les habitants du coin, complices de l’armée, avant de jeter leurs corps dans la rivière Komadougou Yobé. « On les repêchait le matin, raconte un soldat. Ça semait la terreur jusque dans nos rangs. En gros, on savait ce qui nous attendait s’ils mettaient la main sur nous. » La peur, c’est d’abord ce que cherche à répandre Boko Haram. C’est peut-être ce qui explique la longue et minutieuse préparation de l’offensive fulgurante sur Damasak depuis la base militaire de Diffa.

Dans la salle d’état-major trône une immense carte de la région, avec des petits points censés représenter les bases ennemies. « Le problème avec Boko Haram, c’est qu’ils se dispersent, voyagent léger et rapidement. Ils tuent et disparaissent aussitôt dans la nature », précise le colonel Hamadou Djibo, chef des opérations. À Damasak, l’armée nigérienne a trouvé une petite cité vidée de sa population, aux murs remplis d’inscriptions en arabe attribuées à Boko Haram.

Mais derrière chaque volet qui claquait se dissimulait un combattant armé d’une kalachnikov. Une trentaine d’entre eux seraient morts, selon l’état-major. « En reprenant Damasak, nous avons coupé l’un des bras de Boko Haram qui menaçait Diffa, estime le colonel-major Oumarou Namata. Notre objectif, à présent, c’est de sécuriser la région en ratissant jusqu’au lac Tchad, où se cache le gros des terroristes. » Pour y arriver, l’état-major impose à ses hommes une discipline de fer, car les terroristes s’infiltrent dans la moindre faille.

Une peur constante

À Diffa, ville de transit autrefois vivante et commerçante, Boko Haram est nulle part et partout à la fois. En 2015, les attaques-suicides s’y sont succédé, et la paranoïa s’est installée durablement : la ville s’est barricadée derrière d’interminables check-points. « Une fois, on a même découvert des kalachnikovs entièrement démontées et cachées dans le ventre de gros poissons sur les palettes d’un camion en provenance du Nigeria », raconte un commerçant.

Depuis la mise en place de l’état d’urgence, Diffa est tous les soirs sous couvre-feu à partir de 19 heures. Et si les militaires quadrillent la ville de long en large, personne n’est vraiment à l’abri d’une attaque-suicide. « Tout le monde craint un peu son voisin, explique Walli, un habitant. C’est ça le problème, ils se fondent dans la masse. Un garçon qui vous regarde passer le long de la route est peut-être en train de renseigner les terroristes. »

À 20 km de la ville, les ouvriers chinois qui goudronnent la route vers le Tchad se terrent chaque soir, après le travail, derrière l’enceinte du PK50, forteresse géante construite au milieu de nulle part et entourée de miradors.

Le long des 200 km de frontière avec le Nigeria, la population vit dans la peur. « Aqmi [Al-Qaïda au Maghreb islamique], ils vous prennent en otage, mais avec un peu de chance, au bout de deux ou trois ans, ils vous relâchent. Alors que Boko Haram, ils vous tuent direct », résume Aziz, un chef d’entreprise de Niamey qui ne sort de son hôtel à Diffa que sous escorte. Depuis l’attaque de Boko Haram à Bosso, près du lac Tchad, le 3 juin, 60 000 déplacés se sont entassés le long de la route numéro 1 en provenance de l’est pour « fuir les égorgements massifs ».

« Ils ne ferment pas l’œil de la nuit, tous font des cauchemars, rapporte Djamal Zamoum, chef de mission au HCR. Plus que la faim ou les maladies, quand le soleil se couche, c’est le retour de Boko Haram qu’ils craignent. » Beaucoup d’entre eux se sont regroupés sur le site de Garin Wanzam, à 40 km de Diffa, qui abrite désormais 14 873 personnes, selon le dernier recensement de la Commission nationale d’éligibilité au statut de réfugié. Les plus chanceux rejoindront le camp de Sayam Forage, a priori mieux protégé par l’armée.

Des attaques à la ganja

Les anciens habitants de Bosso ont gardé en mémoire le visage de certains « enfants du marabout », comme on surnomme les combattants de Boko Haram. « On ne s’y attendait pas, on ne pensait pas qu’un tel carnage puisse arriver au Niger », raconte calmement Issiakou Shioaram, lui-même marabout tidjane, donc jugé déviant de l’orthodoxie sunnite par la secte islamiste. Ce Nigérian de 46 ans a fui pour la septième fois en cinq ans les exactions des hommes d’Abubakar Shekau. Pour lui, « BH » comme il dit, « c’est un serpent qui mord avant qu’on ait eu le temps de prendre un bâton pour le frapper ».

Mais, cette fois, ce réfugié originaire de la région de Maiduguri a été marqué par un détail : « J’ai vu des ombres dans la panique, celles d’enfants de 10 ou 12 ans avec des couteaux, des kalachnikovs, frappant, tirant sur tout ce qui bougeait. » Aux alentours, les villageois ont retrouvé des restes de feux, avec des mégots étranges dans les cendres. « Ils fument de la ganja avant d’attaquer », dit l’un des réfugiés.

Tous savent d’où viennent ces enfants. La plupart ont été enrôlés discrètement via des prédicateurs locaux dans les villages de la région, de part et d’autre de la frontière. « Ça commence par de l’endoctrinement. Un jour, un homme barbu vient au village pour expliquer aux jeunes le “vrai islam”. Et puis un matin, tu te réveilles, et ton fils a disparu », explique Moustapha Mallam, un déplacé nigérien de 36 ans.

Traquer Sheckau pour mettre fin aux enlèvements

Quel est le mode opératoire des terroristes ? « Ils arrivent souvent la nuit, poursuit Moustapha. En général, ils tuent d’abord puis font des prisonniers, qu’ils attachent par les pieds et les mains pour éviter qu’ils n’aillent prévenir les secours. Et, pendant ce temps, ils pillent tout ce qu’ils trouvent, ils cassent tout sur leur passage. Certains prisonniers ont pu rester dix jours attachés comme ça ! » Les attaques se font le plus souvent à moto.

« Pour pouvoir dissocier les habitants des combattants de Boko Haram, nous avons donc interdit les deux-roues dans toute la région », explique le colonel-major Oumarou Namata. Depuis, des villages ont déjà été attaqués à cheval. En général, les éléments de Boko Haram font une incursion rapide et repartent se cacher dans la brousse.

Depuis février 2015, 163 incidents, la plupart avec mort d’hommes, ont été répertoriés dans la région de Diffa, selon une source onusienne. Le dernier en date a eu lieu le 30 juillet et aurait fait 24 victimes civiles, « toutes égorgées » selon cette même source, dans le village de Gaduraa. Djamal Zamoum, du HCR, ne comprend pas très bien : « Pourquoi s’en prennent-ils aux populations civiles ? Ils veulent vider la région du lac Tchad de sa population, mais dans quel but ? »

Face aux risques d’une pénétration durable de Boko Haram dans cette région autrefois paisible et dynamique, et devant l’afflux toujours plus important de réfugiés aux alentours de Diffa (241 000, selon les derniers chiffres du HCR), le mot d’ordre de l’armée nigérienne et de la FMM est « gama aiki » – finir le travail. « Traquer Abubakar Shekau, tel est l’objectif, quitte à le tuer lors d’une opération secrète comme celle qui fut organisée au Pakistan contre Ben Laden », confie un capitaine nigérien.

Pour l’instant, le leader de Boko Haram, que l’on a dit mort puis grièvement blessé, se terre. Shekau, « l’homme invisible », porte d’ailleurs un autre surnom, « Damasak ». De bon augure si son destin est lié à celui de la ville libérée du joug de Boko Haram…