Vu au Sud - Vu du Sud

La fin d’un dictateur en Gambie

C’est la fin d’un autocrate excentrique et déséquilibré.

Adama Barrow.
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Adama Barrow. / Marco Longari/AFP

Adama Barrow (photo), victorieux à l’élection présidentielle gambienne, ce jeudi 1er décembre ! Qui l’aurait cru ? Cet homme de 51 ans, vigile de supermarché en Grande-Bretagne en 2003, propriétaire d’une agence immobilière familiale à Banjul et à Serrekunda, a su renverser Yahya Jammeh, l’autocrate fantasque et inquiétant qui dirigeait la Gambie depuis vingt-deux ans.

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Inconnu il y a encore six mois, Adama Barrow a su réunir la grande majorité de l’opposition derrière lui. Il a ensuite profité du mode de scrutin gambien : une élection à un tour à l’aide de billes déposées dans des bidons. Ici, l’électeur glisse une bille dans l’urne à la couleur de son candidat. Son introduction fait résonner une sonnette de vélo : ainsi, l’électeur ne peut pas, introduire plusieurs billes – donc plusieurs votes – sans se faire entendre. Par ce système, les analphabètes (environ 50 % de la population) participent à l’élection sans intermédiaire.

Mais surtout, Adama Barrow a bénéficié du piètre bilan de son adversaire. Alors que l’arrivée au pouvoir de Yahya Jammeh avait suscité un vent d’optimisme en 1994, en 2016, c’est le désespoir et la consternation qui dominent.

Malgré un taux de croissance de 4,7 % en 2015, 60 % des Gambiens vivent dans la pauvreté. En 2012, la Gambie occupait le 165e rang sur 187 pays pour son indice de développement humain (IDH). Si l’économie a souffert de l’épidémie régionale d’Ebola, elle est surtout affectée par la corruption, l’impunité et la gestion baroque et imprévisible des affaires publiques.

Autre point noir, l’exode rural non maîtrisé : un Gambien sur trois réside désormais en zone urbaine. Un phénomène qui confronte le pays et sa population à d’importants défis sociaux, économiques et environnementaux.

La victoire d’Adama Barrow signe la fin de Yahya Jammeh, l’un des présidents les plus déséquilibrés d’Afrique. Celui qui se fait appeler « Babili Mansa », le « bâtisseur de ponts » et le « roi défiant les fleuves » en mandingue, n’est pas sans rappeler le Centrafricain Jean Bédel Bokassa ou l’Ougandais Amin Dada.

Il se présente comme habité par un pouvoir surnaturel et comme un médecin traditionnel capable de soigner le sida ou la stérilité par des incantations : la télévision publique filmait et diffusait ses interventions dans des cérémonies de guérison publiques.

Parmi ses décisions déroutantes, l’abandon officiel de l’anglais au profit de l’arabe, en mars 2014. Un an plus tard, il proclamait la Gambie république islamique. Enfin, Yahya Jammeh s’est illustré par des déclarations fracassantes, notamment contre l’homosexualité, les puissances occidentales, la Cour pénale internationale (CPI) – il a retiré la Gambie de la CPI en octobre. Les ONG de défense des droits de l’homme l’ont souvent dénoncé pour son comportement violent contre les civils et les journalistes critiques.

Sous son règne arbitraire, de très nombreux Gambiens ont fui leur pays. Ils sont même les premiers, par rapport à la population du pays, à traverser clandestinement la Méditerranée pour l’Italie.

Laurent Larcher

Mali : des dizaines d’évasions suite à l’attaque de la prison de Niono

Par Jeune Afrique avec AFP
 
 

Plusieurs dizaines de détenus ont pu s'évader de la prison de Niono (centre du pays) après qu'elle a été attaquée dans la nuit de lundi à mardi par des hommes armés.Plusieurs sources estiment qu'ils appartiennent à un mouvement armé allié au groupe djihadiste Ansar Eddine.

Selon les déclarations de la police malienne à l’AFP, les assaillants sont des hommes d’Amadou Koufa, prédicateur radical peul ayant fondé unmouvement armé allié au groupe djihadiste Ansar Eddine.

Leur assaut contre la prison de Niono, située à 350 km au nord-est de Bamako, aurait permis à au moins 47 prisonniers de s’évader. Un élu local a expliqué à l’AFP que parmi eux se trouvait un combattant djihadiste.

D’après une autre source, militaire cette fois, une dizaine de fugitifs auraient par la suite été retrouvés, ou seraient revenus d’eux-mêmes à la prison, qui regroupe environ 90 détenus en temps normal.

Attaque jugée préparée

Deux membres de la garde nationale en charge de la sécurité de l’établissement pénitentiaire seraient par ailleurs blessés. L’attaque avait été préparée, les djihadistes étaient « très bien informés », selon les déclarations d’une source policière de l’AFP. « Ils savaient même exactement où se trouvait leur combattant arrêté récemment », insiste-t-elle.

Vêtus de tenues militaires et de boubous les assaillants auraient, selon cette même source, crié « Allah akbar » au moment de l’attaque.

Aucune revendication n’a pour l’instant été diffusée, mais l’assaut intervient presque un mois aprèsune attaque similaire à Banamba(centre), à environ 140 km au nord-est de Bamako.

Les assaillants s’étaient rendus à la prison de Banamba, libérant une vingtaine de détenus, et avaient attaqué la gendarmerie et une banque.

Le Nord toujours instable 

Depuis le printemps 2012, le nord du Mali est menacépar plusieurs groupes djihadistes.

Ces groupes en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement en 2013, à l’initiative de la France, d’une intervention militaire internationale qui se poursuit actuellement. Mais des zones entières du pays échappent toujours au contrôle des forces maliennes et étrangères.

Municipales au Mali: certains bureaux de vote n'ont pas pu ouvrir

Un électeur vote dans un bureau de Bamako, mais, dans certaines parties du territoire malien, les électeurs n'ont pas pu se rendre au scrutin des municipales, ce 20 novembre 2016.
© REUTERS/Adama Diarra
 

Plus de sept millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour élire leur maire et leurs conseillers municipaux. L'opposition ainsi qu'une frange des groupes armés du Nord dénoncent un scrutin dans un contexte sécuritaire dégradé et surtout sans la participation d'une bonne partie des réfugiés exilés depuis la crise de 2012. Les bureaux de vote ont ouvert ce dimanche 20 novembre au matin, mais pas dans tout le Mali.

Les ex-rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) ne permettent pas l'organisation du vote dans les zones qu'ils contrôlent, à commencer par leur fief, la ville de Kidal. Un blocage politique : la CMA estime que ces élections sont organisées dans des conditions qui violent l'accord de paix signé avec le gouvernement.

Ailleurs dans le pays, le vote est organisé. Les bureaux sont notamment ouverts dans les villes de Gao et Tombouctou. En revanche, la situation est plus difficile en brousse dans le Nord, où de très nombreux bureaux n'ont pas pu ouvrir. Dans le centre du pays enfin, les conditions sécuritaires et la menace terroriste empêchent le vote de se dérouler normalement. Plusieurs localités sont privées d'élections dans la région de Mopti, et en particulier dans le cercle de Tenenkou.

Une élection plus transparente

Le ministère malien de l'Administration territoriale n'a pas souhaité, à ce stade, donner de précisions sur le déroulement du scrutin. Il s'agit des premières élections municipales maliennes au suffrage universel. Jusqu'à présent lors des communales, lors des municipales, les Maliens élisaient des conseillers, qui à leur tour choisissaient le maire. Désormais, les Maliens élisent directement leur maire et la liste qu'il conduit.

Une nouveauté qui doit mettre un terme à certaines pratiques douteuses. « Ça contribue effectivement à assurer le respect de la volonté des électeurs et surtout, à éviter les pratiques de corruption. Tout le monde s’en plaignait. Après l’élection des conseillers communaux, on assistait à toute sorte de marchandages qui avaient pour effet notamment de détourner le suffrage. Là, l’électeur se trouve directement pour mettre en place le maire », estime Brahima Fomba, professeur de droit constitutionnel à l'Université des sciences juridiques et politiques de Bamako (USJPB).

Sur le site de "Jeune Afrique"

Côte d’Ivoire : le Conseil constitutionnel valide le référendum

Par AFP

Le Conseil constitutionnel ivoirien a validé vendredi 4 novembre la victoire du "oui" au référendum sur la nouvelle constitution voulue par le président Alassane Ouattara.

« Le projet de Constitution est adopté par 93,42% des voix contre 6,58% et devient la Constitution de la République de Côte d’Ivoire », selon le texte lu par Mamadou Koné, le président du Conseil constitutionnel, qui n’a donc pas modifié les résultats annoncés par la Commission électorale indépendante (CEI).

« Les réclamations des partis politiques Lider », de quatre autres partis et du Front populaire ivoirien (FPI, principal parti d’opposition, ndlr) « sont rejetés », a déclaré M. Koné. « Le scrutin du 30 octobre 2016 est régulier », a-t-il ajouté.

L’opposition, qui avait choisi de boycotter le scrutin, avait dénoncé une « fraude massive » et des « résultats truqués ».

La Côte d’Ivoire va donc entrer dans sa IIIe République dès la promulgation du texte par le président. « Cela devrait se faire rapidement », avait affirmé jeudi le porte-parole du gouvernement Bruno Koné.

Selon le pouvoir, la nouvelle Constitution doit permettre de tourner la page d’une décennie de crise politico-militaire notamment en évacuant le concept d' »ivoirité » et en clarifiant les conditions d’éligibilité du président.

Ses détracteurs avaient reproché à M. Ouattara son origine burkinabè et contesté son éligibilité (il n’avait pu se présenter que grâce à un décret). Ce concept d' »ivoirité » a miné la stabilité du pays pendant plus de dix ans.

Le projet prévoit aussi la création d’un poste de vice-président qui alimente les fantasmes. En outre, ce texte crée un Sénat, institutionnalise la Chambre des rois et chefs traditionnels et étend le domaine de compétence du Conseil économique et social à l’environnement.

L'opposition qui juge le texte « rétrograde » et « monarchique » a rappelé à maintes reprises qu'elle n’avait pas été consultée, et accuse le pouvoir de « clientélisme » et d’organiser la succession d’Alassane Ouattara.

Sur le site de "Jeune Afrique"

Mali : les nouvelles têtes du RPM de Ibrahim Boubacar Keïta

 

Sur fond de transhumance politique, le Rassemblement pour le Mali (RPM) du président malien Ibrahim Boubacar Keita s'est restructuré en vue de la présidentielle de 2018, après la récente défection de 5 députés en septembre dernier.

Dimanche 23 octobre, à l’issu de son congrès ordinaire, le Rassemblement pour le Mali (RPM) a formé un nouveau bureau politique national de 80 personnes. Si le noyau dur du parti a été maintenu, de nouvelles figures émergent… Et non des moindres.

Car la plupart d’entre elles proviennent de l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (ADEMA-PASJ), de l’ancien président malien Alpha Oumar Konaré. On retrouve ainsi Mohamed Ag Erlaf au poste de secrétaire à la planification stratégique et prospective. Ce haut cadre touareg de l’administration malienne, natif de Kidal, est l’actuel ministre de l’Administration territoriale de la décentralisation et de la Réforme de l’État. Il avait occupé le poste de ministre du Tourisme dans les années 90, avant de diriger l’Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales (ANICT) pendant près de 15 ans.

Au-delà de l’Adema PASJ

Dans ce nouveau bureau, on retrouve également Bajan Ag Hamatou, issu de la puissante tribu touarègue des Iwouloumedène, qui est par ailleurs député de Ménaka. Autre figure de cette ville du nord-est du Mali : Ibrahim Ag Itbaltanat, président de l’ONG anti-esclavagiste Temet, qui vient de libérer le mois dernier 10 esclaves dans le village de Gossi. Mais la transhumance politique va au-delà du seul Adema PASJ.

Elle touche notamment Fare-Anka Wuli, le parti de l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé, candidat malheureux à la présidentielle de 2013. Et notamment Zoumana Mory Coulibaly, Directeur général de l’Office national des produits pétroliers, qui occupe désormais le poste de secrétaire à l’information et à la communication du nouveau bureau du RPM.

À la liste des vieux routiers de la politique malienne s’ajoutent les noms de jeunes bien connus au Mali mais qui n’étaient encore membres d’aucun bureau de parti. C’est le cas, par exemple, de l’actuel ministre de la Culture, Ramatoullaye Diallo, et de l’ancien ministre de la Communication, Mahamadou Camara.

Le noyau dur et les promus

Le noyau dur qui a fondé le parti en 2002 est toujours là. On retrouve l’ancien ministre de l’Agriculture, Bokary Treta, qui devient le nouveau président du Bureau national, mais également Issiaka Sidibe, actuel président de l’Assemblée nationale (et beau-père du fils du président IBK), ou encore Ousmane Koné, ministre de l’Urbanisme, qui prennent tous deux des postes de vice-présidents.

« Nous avons amené les anciens aux postes de président et de vice-présidents et les jeunes qui militaient pour le parti en bas de l’échelle sont montés en grade, explique un cadre de RPM. C’est le cas par exemple de Baber Gano, tout nouveau secrétaire général du parti, ou encore du journaliste Sambi Touré, adjoint au secrétaire à l’Information, à la Communication et aux Nouvelles technologies ».