Histoire

Un nostalgique de l’Algérie française à la vice-présidence du groupe d’amitié France-Algérie

Les propos du député RN José Gonzalez sur la colonisation et l’OAS avaient fait scandale à l’Assemblée nationale en juin 2022.

Mis à jour le 3 janvier 2023 à 13:43
 
 
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José Gonzalez à l’Assemblée nationale, le 8 décembre 2022. © Magali Cohen/Hans Lucas via AFP

 

« J’ai l’immense plaisir de vous annoncer que j’ai été nommé vice-président du groupe d’amitié France-Algérie par le bureau de l’Assemblée nationale ! Cette nomination est le symbole de mon intérêt particulier pour les relations franco-algériennes. » C’est par ces deux phrases postées le 30 décembre sur son compte Twitter que le député du Rassemblement national (RN), José Gonzalez, pied-noir né à Oran en 1943, a annoncé sa nomination à la vice-présidence du groupe présidé par Fadila Khattabi, élue Renaissance.

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Aussitôt rendu public, le choix du député des Bouches-du-Rhône (13) a suscité un tombereau de réactions indignées, tant en France qu’en Algérie. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée et députée de la 10ᵉ circonscription du Val-de-Marne (94), évoque « un nostalgique de l’Algérie française et un défenseur de l’OAS. Cette nomination est une honte et une insulte. »

« Cette nomination par le bureau de l’Assemblée nationale est hautement emblématique de la légendaire et désastreuse bonne conscience coloniale et postcoloniale française, commente de son côté l’historien Fabrice Riceputi. Elle est un symptôme parmi d’autres d’une véritable aphasie postcoloniale, d’une incapacité à reconnaître la réalité de la colonisation et de la guerre coloniale d’Algérie, pourtant fort bien connue. »

Diplomatie parallèle

La désignation de cet élu du Rassemblement national s’est faite selon les procédures en vigueur pour la composition des groupes d’amitié, qui sont au nombre de 154 au sein de l’Assemblée nationale française. « Le nombre de vice-présidents est déterminé à la fois en fonction de l’effectif total du groupe d’amitié et de celui des groupes politiques de l’Assemblée, ceux de ces groupes dont le nombre de membres dépasse un certain seuil ayant droit à des vice-présidences supplémentaires », précise le règlement de l’hémicycle. Le RN, qui compte 89 députés, préside déjà deux groupes d’amitié, ceux de l’Inde et du Brésil. Le parti de Marine Le Pen a réussi à placer trois de ces élus (José Gonzalez, Bryan Masson et Géraldine Grangier) au sein de ce groupe d’amitié France-Algérie.

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Fonctionnant comme une sorte de diplomatie parallèle, les groupes d’amitié mettent en contact les députés français avec les acteurs des relations bilatérales : ambassadeurs du pays en poste en France, diplomates du Quai d’Orsay, spécialistes du pays, journalistes, hommes d’affaires, artistes ou responsables d’associations… Ces contacts et ces échanges, indique une note de l’Assemblée nationale, peuvent prendre la forme d’auditions ou de rencontres au sein de l’hémicycle. Les membres d’un groupe amitié organisent régulièrement des réunions de travail lorsqu’une personnalité parlementaire ou gouvernementale du pays concerné se rend en France pour une visite officielle.

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De fait, les trois élus du RN et particulièrement José Gonzalez pourraient être amenés au cours de cette législature à rencontrer des personnalités algériennes dans le cadre des activités du groupe d’amitié France-Algérie. Même si la désignation de Gonzalez n’a pas fait l’objet de commentaires ou de réactions officielles à Alger ou à Paris, elle n’est pas de nature à faciliter les activités de ce groupe d’amitié, alors que les relations entre les deux pays sont au beau fixe depuis la visite de Macron en Algérie en août 2022. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune devrait effectuer une visite officielle en France dans le courant de cette année.

Nostalgiques et rapatriés

C’est qu’avant de faire l’actualité avec sa nomination au groupe d’amitié France-Algérie – qui comprend 67 membres dont 9 vice-présidents -, José Gonzalez avait déjà défrayé la chronique le 28 juin 2022. Ce jour-là, le député du RN ouvrait, en tant que doyen, la séance inaugurale de la 16e législature au Palais Bourbon, en s’adressant aux nostalgiques de l’Algérie française et aux rapatriés de 1962. « J’ai laissé là-bas une partie de ma France. Je suis un homme qui a vu son âme à jamais meurtrie par le sentiment d’abandon », déclarait-il dans son discours lu et amendé par Marine Le Pen.

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Tollé au sein de la nouvelle assemblée. De nombreux députés seront encore plus scandalisés par les propos qu’il tiendra à la presse dans la salle des Quatre-Colonnes, peu de temps après son discours. Questionné sur les crimes coloniaux commis par la France en Algérie, il lance : « Venez avec moi en Algérie dans le djebel, je vais vous trouver beaucoup d’Algériens qui vont vous dire : quand est-ce que vous [les Français] revenez ? »

Interrogé sur les crimes commis par l’OAS (Organisation armée secrète) qui a semé la terreur en Algérie entre 1961 et 1962, José Gonzalez a botté en touche : « Je ne suis pas là pour juger si l’OAS a commis des crimes ou pas. » Dans la foulée, il considérait qu’Emmanuel Macron avait commis « une erreur monumentale » en qualifiant la colonisation française en Algérie de « crime contre l’humanité ».

Admiration pour Jean-Marie Le Pen

José Gonzalez arrive à Marseille à l’âge de 19 ans, après la signature des accords d’Évian qui ont mis fin à la guerre d’Algérie. Directeur d’une auto-école, puis membre de la Chambre de commerce et d’industrie d’Aix-Marseille-Provence, il s’engage dans les rangs du Front national après une rencontre en 1978 avec Jean-Marie Le Pen. Élu municipal et conseiller régional, il ne quittera plus le parti d’extrême et ne cache pas son admiration pour son fondateur. « C’est la politique qu’il [Le Pen, NDLR] menait pour le devenir de la France qui me plaisait. J’étais à peu près d’accord sur toutes les idées, donc je me suis engagé à ses côtés tout en restant à ma place sur mon territoire », expliquait-il sur Europe 1 en juin 2022. Il recevra d’ailleurs les félicitations de Le Pen père pour son discours inaugural à l’Assemblée nationale.

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Ayant vécu à Oran jusqu’à l’âge de 19 ans, José Gonzalez ne peut pas ignorer la terreur que l’OAS a fait régner dans cette ville entre 1961 et 1962. C’est le général Edmond Jouhaud, l’un des quatre officiers qui ont fomenté de putsch d’avril 1961, qui y dirigeait l’organisation illégale dont il était l’un des fondateurs. Assassinats individuels, massacres collectifs, attentats à la bombe et à la voiture piégée… les membres de l’OAS ciblaient Algériens et Européens sans distinction (diverses sources historiques estiment le nombre total de ses victimes à 2 700). Ce climat de guerre totale s’est intensifié encore davantage après la proclamation du cessez-le-feu de mars 1962, prélude à l’indépendance de l’Algérie. À Oran, les « équipes spéciales » de l’OAS interdisaient notamment aux Européens de quitter l’Algérie pour la métropole.

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On ignore encore si, dans le cadre de ses nouvelles fonctions au sein du groupe d’amitié entre les deux pays, José Gonzalez aura l’occasion de retourner un jour dans le djebel en Algérie. Ce qui semble à peu près certain, c’est qu’il n’y sera pas le bienvenu.

2022 : les mots et objets qui ont marqué l’année

Sélection 

Des noms, des sigles et des mots ont surgi durant l’année écoulée, marquant de leur empreinte l’actualité. Des objets sont également devenus des emblèmes ou des symboles, frappant les esprits ou les imaginations. « La Croix » en a retenu 20, certains fugaces, d’autres durables, tous évoquant des temps forts d’une actualité riche en rebonds.

  • La rédaction de La Croix, 
2022 : les mots et objets qui ont marqué l’année
 
Rassemblement à Téhéran, le 17 octobre, en réaction à la mort de la jeune Kurde Mahsa Jina Amini.IRANWIRE/MEI-REA

► La table XXL de Vladimir Poutine

D’ordinaire les tables rassemblent. Celle de Vladimir Poutine met à distance : à six mètres d’écart, d’une extrémité à l’autre. Le meuble surdimensionné, en hêtre laqué assorti de feuille d’or, a été la star de l’entrevue entre Emmanuel ­Macron et Vladimir Poutine début février.

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Le président français n’a pas réussi à se faire entendre par le maître des lieux : quelques jours après sa visite, la Russie envahissait l’Ukraine. Le décor aseptisé, le visage impassible de Vladimir Poutine et le bouquet de fleurs, très seul sur l’immense meuble blanc, ont contribué à faire de la scène un symbole du fossé entre Russes et Occidentaux.

 

2022 : les mots et objets qui ont marqué l’année

L’image a aussi fait la joie des réseaux sociaux. Les utilisateurs ont détourné la table pour la transformer en terrain de badminton ou en piste de curling. Plus qu’un signe d’hostilité, la table faisait partie du protocole anti-Covid du ­Kremlin. Ces précautions extrêmes ont d’ailleurs renforcé les interrogations sur l’état de santé de Vladimir Poutine. L’objet a même déclenché une querelle inattendue, un designer italien et un artisan espagnol revendiquant tous les deux sa paternité.

Hadrien Valat

 

► Intelligence artificielle

Avez-vous déjà rêvé de lire un poème sur l’amour façon Rimbaud à l’ère des sites de rencontres ou d’admirer la peinture d’une loutre à la perle style Vermeer ? De nouveaux programmes d’intelligence artificielle s’en chargent pour vous. Dall-E et ChatGPT, deux outils informatiques lancés par l’entreprise « à but lucratif plafonné » ­OpenAI, ont fait une entrée fracassante sur la scène numérique mondiale en 2022.

Le premier vous propose, à partir d’un texte proposé par l’utilisateur, de composer une image inédite. Le second répond à n’importe quelle question, et peut même pondre un texte nouveau en copiant la plume de votre auteur favori. De quoi alimenter le débat sur la place de l’intelligence artificielle dans nos sociétés, tant ces nouveaux acteurs viennent bousculer notre rapport à l’art et à la production originale d’œuvres.

Matthias Colboc

► Soupe à la tomate

Nous aurions également pu choisir « purée », « sauce » ou même « colle », car toutes ces substances ont un point commun : elles ont été projetées sur des œuvres d’art exposées dans des musées. Ce phénomène frappe les institutions du monde entier depuis septembre, du Musée d’Orsay au Prado de Madrid, en passant par le Musée Barberini de ­Potsdam et la National Gallery de Londres.

Cette série noire est revendiquée par des militants écologistes membres du collectif Just Stop Oil, qui défend la nécessité d’arrêter la production de combustibles fossiles à travers des actions coup de poing non violentes. Ainsi a-t-on pu voir les Tournesols de Van Gogh dégouliner de soupe à la tomate et La Jeune Fille à la perle de Vermeer nous regarder à travers un écran de sauce.

Ces œuvres n’ont heureusement pas été endommagées, puisqu’elles étaient protégées par des vitres. Reste que de telles actions suscitent, au mieux, l’incompréhension de l’opinion publique. « Mettre en rivalité la vie ou la planète avec l’art est absurde, s’indignait Laurence Bertrand Dorléac dans La Croix. On ne peut se passer ni des uns ni des autres, tout fait monde. »

Camille Auchère

► Le voile des Iraniennes

Ôté, jeté, piétiné, brûlé… le voile islamique est devenu en creux, et avec le slogan « Femme, vie, liberté », le symbole de la révolte des Iraniennes face à l’oppression imposée depuis les premières heures de la Révolution islamique en 1979. À l’époque, la femme est présentée comme une perle que le voile protège telle une coquille ou un écrin…

La mort, le 16 septembre de la jeune Kurde Mahsa Jina Amini, arrêtée pour non-respect du code vestimentaire de la République islamique, a fait exploser le rejet viscéral de ce morceau de tissu obligatoire. Cet objet très politique s’est retourné contre ceux qui l’imposaient. Du « mauvais voile » dans les années 1980, volontairement mal mis, laissant des cheveux dépasser, coloré, trop ceci ou pas assez cela aux yeux de la police des mœurs, la résistance passive des Iraniennes s’est muée en acte militant.

Malgré le harcèlement, les balles et les exécutions, pas un jour ne passe sans que des Iraniennes de tous âges et de tous milieux se dévoilent pour montrer un autre « symbole » : leurs cheveux dans lesquels s’engouffre le vent de la liberté.

Julie Connan

► 49.3

C’est un nombre presque devenu un nom commun : le 49.3. C’est pourtant un article de la Constitution qui n’existe pas, puisque l’article 49 est suivi de l’article 50, lui-même suivi d’un article 50-1. En effet, point d’article 49-1, 49-2, 49-3 ou 49-4 à se mettre sous la dent ! L’article 49 de la Constitution contient en revanche bien un troisième alinéa : « Le premier ministre peut (…) engager la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale (…). Dans ce cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure (…) est votée (…). »

Le voilà, le précieux sésame qui permet à un gouvernement de légiférer sans majorité absolue à l’Assemblée nationale. Pour l’adoption des projets de loi de finances pour 2023, État et Sécurité sociale, le « 49.3 » (le point indiquant donc l’alinéa) a ainsi été utilisé pas moins de dix fois par Élisabeth Borne, provoquant douze motions de censure, toutes rejetées. Mais attention, en dehors des projets de loi de finances ou de financement de la Sécurité sociale, il ne peut être armé que pour un autre texte par session, c’est-à-dire jusqu’à juin 2023.

En attendant, ses équipes ont offert à Élisabeth Borne un cadeau de fin d’année symbolique : un maillot de l’équipe de France de football, portant le numéro 49 à l’avant et le chiffre 3 à l’arrière.

Laurent de Boissieu

► Inflation

Indicateur fétiche des macroéconomistes, l’inflation a fait un retour fracassant dans les pays industrialisés en 2022. Alors que la hausse des prix en France était restée sous 2 % depuis vingt ans – s’affichant même à 0 % en 2015 –, elle a atteint 6,2 % fin novembre sur un an. Et encore, la France s’en sort mieux que ses voisins grâce au bouclier tarifaire sur les prix de l’énergie mis en place par le gouvernement.

La flambée des prix a atteint plus de 11 % au Royaume-Uni sur un an, 10 % en Allemagne, 8,5 % en Espagne… Amorcé en 2021 avec le redémarrage économique de l’après-Covid, le phénomène a pris de l’ampleur avec les conséquences de l’agression russe en Ukraine sur les prix de l’énergie. Au point que la valse des étiquettes et ses effets sur le pouvoir d’achat des ménages ont alimenté une grande partie des débats de la campagne présidentielle en France.

L’année 2023 s’annonce plus clémente, même si plus personne n’envisage le retour à la situation antérieure. Le pic inflationniste a été atteint dès septembre aux États-Unis et devrait être franchi dans la zone euro au prochain semestre.

Thomas Fraisse

► Bidon d’essence

« Nous demandons aux préfets de prendre des dispositions pour empêcher les stockages inutiles » : la déclaration, en date du 10 octobre, vient de la ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher. Les stockages inutiles ? En l’occurrence, des bidons d’essence remplis par des automobilistes exaspérés des longues files d’attente devant les stations-service ou qui pensent pouvoir revendre un carburant devenu rare…

Du 27 septembre ou 8 novembre, un mouvement social de grande ampleur dans les raffineries et dépôts pétroliers de Total et d’Esso provoque des tensions dans l’approvisionnement en carburant, particulièrement ressenties dans les Hauts-de-France et en région parisienne. En cause ? Les demandes de revalorisations salariales portées par les syndicats, CGT en tête. Après un accord avec les directions des deux groupes pétroliers, les derniers grévistes de la raffinerie TotalEnergies de Feyzin (Rhône) suspendent leur mouvement le 8 novembre.

Thomas Fraisse

► Deux couronnes pour un roi

Roi du Royaume-Uni et des autres royaumes du Commonwealth depuis le 8 septembre 2022, jour du décès de sa mère Elizabeth II, le roi Charles sera couronné le 6 mai 2023, à l’abbaye de Westminster. Il recevra alors la couronne dite de saint Édouard, qui avait été fabriquée pour le couronnement de Charles II en 1661. Elle est composée de quatre croix pattées, de quatre fleurs de lys et de deux arches.

Allégée en 1911, elle pèse plus de deux kilos d’or massif, de pierres précieuses et semi-précieuses, rubis, saphirs, améthystes. Elle est garnie d’une toque de velours violet ourlée d’hermine et ne sort de la Tour de Londres que pour les couronnements, dont le dernier en date fut celui de Elizabeth II en 1953.

À la sortie de l’abbaye, Charles III portera la couronne impériale d’État créée pour le sacre du roi George VI, son grand-père, en 1937, et utilisée aussi lors de l’ouverture de l’année parlementaire. Moins lourde, elle est sertie de 2 868 diamants, 17 saphirs, 11 émeraudes, 269 perles et quatre rubis.

Agnès Rotivel

► Qatargate

En pleine Coupe du monde de football, le nom du pays organisateur, le Qatar, a été affublé du suffixe « gate » qu’on accole à tout grand scandale depuis l’affaire du Watergate. Jamais tel opprobre n’avait été jeté sur le Parlement européen, après la mise en examen pour corruption et blanchiment de l’eurodéputée grecque Eva Kaili et de l’ex-député européen Antonio Panzeri, en lien avec l’émirat. Au fil de l’enquête menée par le juge d’instruction belge Michel Claise, l’affaire s’avère tout autant un Qatargate qu’un Marocgate, une partie de l’argent trouvé lors des perquisitions étant soupçonnée de provenir de Rabat.

Le scandale a obligé la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, à annoncer des « réformes d’ampleur » dès 2023 : protection des lanceurs d’alerte, interdiction des groupes d’amitié non officiels, renforcement du registre de transparence sur l’agenda des élus. Dans le viseur, le Qatar, gros producteur de gaz liquéfié, a mis en garde contre un « impact négatif » sur ses relations commerciales avec l’UE.

Jean-Baptiste François

► Le tee-shirt de Zelensky

En tombant la chemise pour le tee-shirt kaki, au lendemain de l’invasion russe du 24 février, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a envoyé un message à ses concitoyens et au reste du monde : celui d’un chef d’État combattant au plus près du terrain. Au fil des mois et des rencontres avec les dirigeants occidentaux, ce bout de tissu vert olive est devenu un uniforme présidentiel, décliné en plusieurs modèles : avec l’emblème de l’armée ukrainienne, les couleurs bleu et jaune, l’écusson 5.11 de la marque américaine Tactical…

 

2022 : les mots et objets qui ont marqué l’année

 

Toujours à manches courtes, le vêtement se porte près du corps, soulignant au passage les biceps d’un dirigeant martial qui soigne sa musculature. Le visage mal rasé et les poches sous les yeux accentuent le symbole d’un responsable toujours sur la brèche. L’homme apparaît par contraste plus jeune et plus viril que Vladimir Poutine, qui arborait lui aussi ses muscles dans les années 2000. Question communication, c’est un coup de maître. Le tee-shirt de Zelensky a participé au processus d’héroïsation d’une société mobilisée contre l’agresseur.

Olivier Tallès

► Sécheresse

Les plus âgés se souvenaient de 1976. Les plus jeunes avaient en mémoire 1989. Avec un déficit de précipitations de l’ordre de 25 % par rapport à la normale, l’année 2022 devrait constituer un nouveau record en matière de sécheresse en France, avec un mois de juillet très peu arrosé.

Aucune partie du territoire n’a échappé à un phénomène qui a touché en premier lieu les agriculteurs. Sols craquelés, végétation perdant ses feuilles… Au cœur de l’été, 93 départements métropolitains ont dû adopter des mesures limitant l’usage de l’eau. C’est la Gironde qui a payé le prix le plus élevé.

Conjugué à des chaleurs caniculaires, le manque de pluie a transformé la forêt des Landes de Gascogne en poudrière. Au total, 32 800 hectares sont partis en fumée dans ce département.
Et plus de 65 000 en France.

Pascal Charrier

► Pull à col roulé

Le 27 septembre dernier, sur France Inter, le ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire annonce qu’il va troquer cet hiver la cravate contre un col roulé. S’ensuit un déluge de railleries sur les réseaux sociaux, auquel le ministre répondra par une longue tirade sur sa page Facebook.

Au-delà de l’anecdote, le pull à col roulé devient le symbole des efforts de sobriété demandés aux Français pour passer une saison hivernale qui s’annonce délicate. Entre la Russie qui coupe le robinet du gaz et la moitié du parc nucléaire français à l’arrêt pour des problèmes de corrosion, le gouvernement craint de fortes tensions sur le système énergétique. Sans compter des factures de gaz et d’électricité qui s’envolent. Le gouvernement présente un plan de sobriété énergétique le 6 octobre, qui recommande aux ménages de baisser le chauffage à 19 °C dans les pièces principales. La consigne est la même pour les bureaux, d’où l’utilité de se vêtir chaudement chez soi… et au travail !

Thomas Fraisse

► Très chère « Marilyn »…

C’est désormais l’œuvre du XXe siècle la plus chère jamais vendue aux enchères. Shot Sage Blue Marilyn d’Andy Warhol s’est envolée le 9 mai 2022 chez Christie’s à New York pour 195,04 millions de dollars (183 millions d’euros), dans une année record pour le marché de l’art.

 

2022 : les mots et objets qui ont marqué l’année

Cette sérigraphie sur toile fait partie d’une série de cinq « Marilyn » réalisées par le maître du pop art en 1964, deux ans après le suicide de la star, d’après une photographie promotionnelle du film Niagara (1953). À peine achevées, quatre d’entre elles avaient essuyé un coup de feu tiré dans la Factory de Warhol par une artiste, Dorothy Podber, d’où leur nom de « Shot Marilyn ». De quoi pimenter un peu plus l’aura de cette icône tragique.

Sabine Gignoux

► Pensionnat

Le 25 juillet 2022, c’est une déclaration historique du pape François qui met enfin des mots sur le traumatisme des pensionnats autochtones au Canada« Je suis affligé. Je demande pardon », déclare le pape devant des milliers de descendants des tribus autochtones, évoquant des « abus physiques et verbaux, psychologiques et spirituels » sur 150 000 enfants accueillis au sein de ces institutions.

Entre 1831 et 1996, ces enfants autochtones furent accueillis dans des pensionnats tenus par l’Église catholique. Afin de les « civiliser », ils furent séparés de leur famille et coupés de leur langue et de leur culture. Depuis des décennies, les peuples des Premières Nations, des Inuits et des Métis du Canada dénoncent les sévices subis. En 2021, l’opinion publique a pris réellement conscience de l’ampleur du phénomène avec les découvertes successives de 1 300 dépouilles, là où se tenaient autrefois les pensionnats. Au moins 6 000 enfants sont morts derrière les murs de ces institutions, sans compter les victimes de violences physiques et psychologiques.

Perrine Arbitre

► Roe v. Wade

L’arrêt « Roe v. Wade » de la Cour suprême des États-Unis aura joué un rôle central dans la vie politique américaine pendant près d’un demi-siècle : sa remise en cause était l’objectif prioritaire de la droite religieuse, de plus en plus influente au sein du Parti républicain. Elle a obtenu gain de cause le 24 juin 2022, quand les juges de la plus haute instance judiciaire des États-Unis sont revenus sur la décision de 1973, synonyme de légalisation de l’avortement.

Le 22 janvier 1973, c’est au terme d’une bataille de près de trois ans devant les tribunaux que la Cour suprême avait tranché, donnant raison à une jeune femme qui avait attaqué la loi texane interdisant l’IVG. La plaignante, sous le pseudonyme de Jane Roe, avait saisi le tribunal de Dallas, et l’affaire avait suivi son cours jusqu’au sommet de la pyramide judiciaire. Henry Wade, procureur de Dallas, défendait la position du Texas. L’arrêt est entré dans l’histoire sous le nom de Roe v. Wade. Cinq des sept juges ayant voté en faveur de Roe v. Wade en 1973 avaient été nommés par des présidents républicains.

Gilles Biassette

► La feuille A4 des manifestants chinois

Une feuille A4 blanche, vierge de toute inscription, s’est imposée comme le symbole de la contestation née en Chine, le 15 novembre, en réaction aux très sévères restrictions de la politique « zéro Covid ». À Pékin, Shanghaï, Nankin, des manifestants ont brandi ce placard vide de tout slogan mais riche de sens. Dénonciation d’une censure si radicale qu’elle empêche la moindre expression, cette feuille donne aussi un caractère illimité aux revendications : fin des interdictions liées au Covid-19, mais aussi augmentation des salaires, libertés… Ici ou là, des appels à la démission du président chinois ont été entendus.

 

2022 : les mots et objets qui ont marqué l’année

D’une ampleur inédite depuis les événements de Tian An Men, en 1989, la contestation a néanmoins fait long feu, écrasée par les arrestations. Le régime a cependant annoncé, le 7 décembre, un allègement très net de la politique « zéro Covid ». Il n’est pas resté totalement indifférent à l’interpellation silencieuse des feuilles A4.

Marianne Meunier

► Nupes

L’histoire politique est pleine de sigles oubliés. Qui se souviendra demain de la Nupes, acronyme de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale ? Le mot a pourtant ponctué les législatives de juin 2022 : avec 25,8 % des suffrages exprimés, les 545 candidats officiellement investis par la Nupes ont dépassé de 943 voix les 559 de la coalition macroniste, Ensemble (25,79 %). En sièges, toutefois, la Nupes a été nettement devancée (133 contre 246 à Ensemble).

La Nupes se voulait l’élargissement à toute la gauche (PS, EELV, PCF…) de l’Union populaire impulsée par Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle. Politiquement, elle entérinait la nouvelle donne à gauche : l’ancienne formation dominante, le Parti socialiste, désormais dominée par La France insoumise. Stratégiquement, elle marquait un joli coup de Jean-Luc Mélenchon : déjouer le phénomène de démobilisation des électorats vaincus entre la présidentielle et les législatives en maintenant la mobilisation du sien autour de l’idée de « Mélenchon premier ministre ». Bref, d’une cohabitation avec Emmanuel Macron, tout juste réélu. Bien tenté, mais peine perdue.

Laurent de Boissieu

► Omicron

Il a failli s’appeler Nu ou Xi, mais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) craignait qu’on ne confonde le premier avec new (« nouveau » en anglais), et le second avec un certain président chinois… C’est donc avec la 15e lettre de l’alphabet grec, Omicron, que la planète a appris à se familiariser en 2022. Moins dangereux mais bien plus transmissible et résistant aux vaccins que ses prédécesseurs (Alpha, Bêta, Gamma et Delta), le sous-variant du Sras-CoV-2, détecté dès novembre 2021 en Afrique du Sud, a lourdement pesé sur l’année écoulée. Selon l’OMS, il serait responsable de plus de 130 millions d’infections et d’un demi-million de décès.

Jeanne Ferney

► « Sortons les poubelles »

Mi-octobre, un an après la remise du rapport de la Ciase, l’hebdomadaire Famille chrétienne révèle que Mgr Michel Santier, ancien évêque de Créteil, avait fait l’objet de mesures disciplinaires par Rome en octobre 2021 pour des abus spirituels à des fins sexuelles. Mgr Michel Aupetit, ancien archevêque de Paris, s’indigne alors de la publication de ces informations dans la presse, jusque-là gardées secrètes par Rome et quelques évêques français. « Pourquoi de si nombreuses personnes aiment fouiller dans les poubelles ? Pour se rassasier des mauvaises odeurs ou pour masquer leurs propres ordures ? », questionne-t-il sur Twitter.

Cette réaction choque et le collectif Agir pour notre Église lance le slogan #SortonsLesPoubelles. « Monseigneur Aupetit reproche à certains d’aimer fouiller les poubelles. Nous répondons que nous souhaitons plutôt les sortir pour qu’elles cessent d’empoisonner notre mère l’Église », réplique-t-il. Le week-end du 30 octobre, des fidèles catholiques se rassemblent dans plusieurs villes. Leurs mots d’ordre ? « Sortons les poubelles », « Pour une Église sûre » et « Pas de confiance sans vérité ».

Héloïse de Neuville

► Synodalité

Le mot vient du grec sunodos, une route parcourue ensemble. Le Synode des évêques a été créé en 1965 par Paul VI pour répondre au souhait exprimé au cours du concile Vatican II d’une instance continuant le travail collégial expérimenté au concile. Mais depuis octobre 2021, le processus dans lequel est engagée l’Église, d’un « Synode sur la synodalité », va plus loin dans cette démarche collégiale. Ce sont tous les fidèles, qu’ils soient laïcs, diacres, prêtres ou évêques, qui sont invités à réfléchir ensemble à l’avenir de l’Église. L’année 2022 a été marquée par les consultations qui se sont déroulées au niveau des paroisses et des diocèses. Le travail se vit désormais au niveau continental, jusqu’au printemps 2023, avant une première session à Rome en octobre prochain.

Clémence Houdaille

Sénégal: hommage à Mamadou Dia, militant de l’indépendance

 

Au Sénégal, une plaque commémorative sera déposée, ce samedi 17 décembre, sur la place Mamadou-Dia de Thiès, ville située à 70 kilomètres de Dakar, pour rendre hommage à cet acteur oublié de l’indépendance du pays.

Avec notre correspondante à Dakar, Théa Ollivier

Il y a soixante ans, celui qui était alors le président du Conseil des ministres avait été arrêté pour « tentative de coup d’État » après avoir fait intervenir la gendarmerie à l’Assemblée nationale pour empêcher le vote d’une motion de censure contre son gouvernement qu’il estimait abusive, un tournant pour le jeune Sénégal de l’époque qui passe d’un régime parlementaire bicéphale à un régime présidentiel dominé par Léopold Sedar Senghor.

Babacar Diop, maire de Thiès, se rappelle toujours avec émotion de Mamadou Dia qu'il a rencontré lorsqu'il était étudiant et avec qui il a collaboré pendant des années, avant son décès, en 2009.

«  Il ne voyait plus à la fin de sa vie. Je lisais donc pour lui et il me dictait aussi des lettres. Il était très âgé mais il avait une certaine énergie qu’il avait gardée », se souvient-il.

Né en 1910, cet ancien instituteur a milité pour l’indépendance du Sénégal, main dans la main, avec Léopold Sedar Senghor avec qui il a fondé le Bloc démocratique sénégalais (BDS).

Devenu président du Conseil des ministres, Mamadou Dia signe les accords d’indépendance, en 1960, puis partage le pouvoir exécutif avec Léopold Sedar Senghor, avant la crise de décembre 1962.

 « Mamadou Dia était un nationaliste. Il était pour le socialisme autogestionnaire et pour l’indépendance économique de notre pays, contrairement à Senghor plus conciliant et plus Français. Donc la crise va éclater et cette crise oppose deux visions différentes », explique Babacar Diop.

Une crise que Mamadou Dia évoquait, sans amertume, avec Babacar Diop récemment récemment élu sous les couleurs de la coalition de l’opposition Yewwi Askan Wi.

« Il a considéré que les indépendances ont été une occasion ratée et après, il a considéré que l’alternance de 2 000 aussi a été une occasion ratée. Il pensait qu’il appartenait à la jeune génération de conduire le processus d’émancipation de notre continent », ajoute Babacar Diop.

Ecarté pendant quarante ans de l’histoire officielle de l’indépendance au profit de Léopold Sedar Senghor, Mamadou Dia est peu à peu réhabilité par les nouvelles forces politiques du pays.

En quête de nouvelles références

Alors que le nom de Mamadou Dia revient sur la scène politique aux côtés de Thomas Sankara ou de Cheikh Anta Diop, se pose la question de son héritage dans l’arène politique actuelle sénégalaise.

Joint par RFI, Mohammadou Moustapha Sow, enseignant-chercheur en histoire contemporaine africaine, à l’université Cheikh-Anta-Diop (UCAD), spécialisé dans la période post-coloniale, parle de déclin de l’ère senghorienne.

« Mamadou Dia s’est mis à se rendre justice, déjà, par la publication de plusieurs ouvrages. Il revient sur ce qui s’est passé en 1962 et donne sa version des faits. On entre déjà dans une bataille mémorielle et c’est un héritage disputé par une bonne partie des formations politiques. Mamadou Dia avait laissé un parti, le Mouvement pour le socialisme et l’unité (MSU), il y a ensuite le parti, le PASTEF [Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité, NDLR] qui donne aussi le nom de son siège au président Mamadou Dia, ce qui veut dire qu’il revendique tout l’héritage politique et le parcours de cet homme comme personne qui a incarné l’éthique en politique. Il y a enfin le parti actuel au pouvoir qui revendique, d’une certaine manière, l’héritage politique de Mamadou Dia aussi, et puis, le président a inauguré en grande pompe le building du président Mamadou Dia. C’est le déclin de l’ère senghorienne en fait. On est dans une quête de nouvelles références », analyse-t-il. 

À lire aussi: Mamadou Dia parle, histoire d’une archive inédite

Afrique

Une Histoire de six millions d'années

Le continent africain se signale par son aspect massif, à cheval sur l'équateur et les tropiques : 30 millions de km2, soit le quart des terres émergées ; 9000 kilomètres du nord au sud, d'Alger au Cap ; 6500 kilomètres d'ouest en est, de Dakar à Djibouti. Il est admis par la plupart des paléontoloques que les hominidés sont apparus il y a six millions d'années en Afrique, ce qui fait d'elle le « berceau de l'humanité ». Notre grand-tante, Lucy y a vu le jour il y a trois millions d'années.

Mais depuis cette très lointaine préhistoire, le continent a connu beaucoup de bouleversements, tant physiques (assèchement du Sahara par exemple) qu'humains (apparition de l'Homo Sapiens et formation de différents groupes au fil des mutations génétiques).

André Larané
 

Peintures rupestres du Drakensberg, Natal, Afrique du Sud, début de notre ère. Agrandissement : Art préhistorique de Tsodilo, Botswana, env. 2000 av. J.-C.

Les deux premières sorties d'Afrique

Aborigènes Hadzas du Kenya.

 

Il y a un à deux millions d'années environ, des représentants de l'espèce Homo erectus effectuèrent une « première sortie d'Afrique ». Ils donnèrent naissance il y près de 500 000 ans, en Eurasie, à l'homme de Néandertal.

Les Homo erectus demeurés en Afrique donnèrent quant à eux naissance à l'homme moderne (Homo sapiens), un peu plus tard, il y a 300 000 ans « seulement »

Il est difficile de savoir à quoi ressemblaient les premiers Homo sapiens. Ils devaient s'apparenter aux Khoisans et Pygmées à peau cuivrée ou aux Hadzas à peau noire qui survivent encore au sud du Sahara.

Il y a 70 000 ans (c'était avant-hier !), quelques Homo sapiens effectuèrent une « deuxième sortie d'Afrique »Ils se croisèrent avec les Néandertaliens qui vivaient alors au Moyen-Orient, ainsi qu'avec leur cousin, l'homme de Denisova. Leurs descendants communs ont donné naissance aux actuelles populations eurasiennes (blancs, jaunes, dravidiens, mélanésiens...).

 

Chasseurs pygmées (source : Afrique, Les civilisations noires, Jacques Maquet, 1972)

 

Ces populations se seraient différenciées à la suite de quelques mutations génétiques, à une époque où les effectifs humains étaient encore très peu nombreux (quelques centaines de milliers d'individus en tout et pour tout). Il s'ensuit qu'une mutation génétique en accord avec l'environnement à un endroit donné pouvait conduire le groupe humain concerné à croître beaucoup plus vite que ses voisins et à les surclasser rapidement.

Les noirs actuels seraient ainsi issus de quelques mutations génétiques survenues il y a près de 30 000 ans entre le delta du Niger et le Mont Cameroun. Ils n'ont donc pas connu de mélange avec les Néandertaliens, à la différence des Homo sapiens qui ont franchi l'isthme de Suez quelques dizaines de milliers d'années plus tôt ou se sont établis au nord du Sahara, donnant naissance aux populations actuelles d'Europe et d'Asie. Mais grâce à leur maîtrise précoce de l'agriculture sur brûlis, ils ont pu se multiplier et occuper peu à peu l'ensemble de l'Afrique subsaharienne.

L'expansion bantoue

Des cultures très évoluées se sont développées au Sahara, il y a environ dix mille ans. Elles sont caractérisées par les plus anciennes poteries que l'on connaisse. Mais l'assèchement progressif du Sahara entre le VIe et le IVe millénaires av. J.-C. isola peu ou prou le centre du continent du reste du Vieux Monde... Il s'ensuit que l'usage de l'écriture n'arriva en Afrique subsaharienne qu'au deuxième millénaire de notre ère, avec l'expansion de l'islam et la colonisation européenne.

Tandis que l'Afrique du nord et l'Égypte devinrent partie intégrante du monde méditerranéen et moyen-oriental, l'Afrique subsaharienne ou Afrique noire a suivi un parcours historique particulier jusqu'à l'arrivée de l'islam au VIIe siècle de notre ère.

 

Pays, peuples et langues en Afrique (carte : Spiridon Ion Cepleanu)

 

[Voir la carte en grandes dimensions]

Les Bantouphones à la peau noire, qui vivaient à l'est du Cameroun actuel, ont acquis la maîtrise de l'agriculture il y a environ dix mille ans, en même temps que les habitants du Moyen-Orient. Au IIe millénaire avant notre ère, ils accédèrent aussi à une remarquable maîtrise de la métallurgie du fer.

Bénéficiant de ce fait d'une forte croissance démographique, les Bantous occupèrent peu à peu toute l'Afrique intertropicale en absorbant ou en chassant devant eux les chasseurs-cueilleurs à peau cuivrée ou sombre qui y étaient établis (Khoisans, Pygmées, San...). Certains de ces peuples ont laissé des peintures rupestres remarquables en Afrique australe, comme les San dans le massif du Drakensberg.

La colonisation de l'espace africain par les Bantous est comparable à celle de l'Europe par les populations de langues indo-européennes, il y a 4 500 ans. Cela dit, au début de notre ère, la population subsaharienne ne devait pas encore excéder celle de la Gaule, soit environ douze millions d'âmes, selon les estimations de Jean-Noël Biraben (INED, 2003). 

 

Préparation du sol par le feu (culture sur brûlis, vers 1960, Libéria), source : Afrique, Les civilisations noires, Jacques Maquet, 1972

 

Emploi de la houe (daba) au Burkina Faso, vers 2010.

 

Cette colonisation s'est accompagnée de la formations de sociétés agraires et pastorales fondées sur l'usage de la houe (daba), la culture sur brûlis (les cendres fertilisent le sol) et de longues jachères. Ces techniques ont toujours cours, sauf dans les régions les plus denses. Par contre, les Africains sont demeurés jusqu'à l'époque contemporaine réfractaires à la roue et à la traction animale (la maladie du sommeil empêche l'élevage dans de nombreuses régions).

Du fait de l'abondance relative de terres fertiles dans l'Afrique intertropicale, chaque famille cultive toute la surface qu'elle peut sans titres de propriété. Il s'ensuit que la richesse et le statut social ne dépendent pas du foncier mais seulement du nombre de bras à la disposition du chef de famille, d'où l'importance de la polygamie et de l'esclavage : prisonniers de guerre, débiteurs, enfants « gagés » par des parents dans le besoin, Pygmées, etc. (note).

Mais gardons-nous de voir l'Afrique noire comme un bloc. Elle est infiniment diverse du point de vue anthopologique, sans doute autant, sinon plus, que l'Europe.

Les inégalités sociales et sexuelles sont plus prononcées, dans les sociétés les plus anciennement établies et les plus complexes, au nord de l'Équateur et plus précisément au nord d'une ligne fictive qui relierait le Gabon au sud de la Tanzanie, d'après les observations de l'anthropologue et historien Emmanuel Todd (Où en sommes-nous ?, Seuil, 2017). 

Les peuples les plus anciens du continent africain (Khoisans, Pygmées, San...) se caractérisent par des familles nucléaires (papa, maman et les enfants) et un statut élevé des femmes.
• L'Afrique de l'Ouest, où est apparue l'agriculture, est quant à elle dominée par le modèle familial communautaire et patrilinéaire, défavorable aux femmes.
• Sur le golfe de Guinée, les Ouolofs du Sénégal, les Yorubas et Ibos du Nigeria ou encore les Bamilékés du Cameroun témoignent tout comme les Hutus et Tutsis des Grands Lacs de structures dynamiques qui combinent plus ou moins primogéniture, patrilinéarité et famille souche.
• La ligne fictive qui relie le Gabon au sud de la Tanzanie définit une « ceinture matrilinéaire » au sud de laquelle les femmes peuvent transmettre leurs biens et bénéficient de bien plus de libertés, dans le choix du conjoint par exemple (en témoigne selon Emmanuel Todd la forte diffusion du Sida, qui va de pair avec une plus grande liberté sexuelle !).

Femmes : cherchez l'erreur

La soumission des femmes se mesure ordinairement à la prévalence de la polygamie et des mariages forcés d'adolescentes (sans compter le voile, lequel est absent d'Afrique subsaharienne).

La pratique contrastée de l'excision (d'après L'Atlas mondial des femmes, INED Autrement, 2015)

 

En Afrique, l'anthropologie et l'histoire témoignent de ce point de vue d'une césure entre l'Afrique sahélienne et l'Afrique centrale et australe, au niveau de l'Équateur et du golfe de Guinée :
• Une enquête de l'INED (Population & Sociétés, juin 2011) révèle 2 à 4 fois plus de mariages forcés chez les immigrés originaires d'Afrique sahélienne par rapport à ceux d'Afrique centrale et guinéenne.
• La polygamie, présente dans plus de la moitié des pays africains, est aussi plus particulièrement développée dans la zone sahélienne (source : Quel modèle de mariage en Afrique ?).


• Une autre enquête de l'INED (Population & Sociétés, octobre 2007) montre aussi que l'excision est cantonnée au nord de l'Équateur et en Tanzanie, tandis que le Maghreb en est exempt (carte ci-jointe). Cela dit, cette mutilation rituelle n'est pas forcément caractéristique d'une infériorité féminine, d'après Emmanuel Todd.

Notons encore que la césure se prolonge avec l'esclavage, lequel, bien avant l'arrivée des Arabes et des Européens, était déjà développé au nord de l'Équateur mais, semble-t-il, absent au sud. Il est possible que cette césure soit liée au fait que la zone sud était de colonisation récente, avec une structure sociale plus égalitaire (note).

Histoire générale de l'Afrique

 

A propos du Projet

L’UNESCO a lancé en 1964 l’élaboration de l’Histoire générale de l’Afrique pour remédier à l’ignorance généralisée sur le passé de l’Afrique. Pour relever ce défi qui consistait à reconstruire une histoire de l’Afrique libérée des préjugés raciaux hérités de la traite négrière et de la colonisation et favoriser une perspective africaine, l’UNESCO a fait appel aux plus grands spécialistes africains et internationaux de l’époque. L’élaboration des huit volumes de l’Histoire générale de l’Afrique a mobilisé plus de 230 historiens et autres spécialistes pendant plus de 35 années.

L’Histoire générale de l’Afrique est une œuvre pionnière, à ce jour inégalée dans son ambition de couvrir l’histoire de la totalité du continent africain, depuis l’apparition de l’homme jusqu’au enjeux contemporains auxquels font face les Africains et leurs Diasporas dans le monde. C’est une Histoire qui ne laisse plus dans l’ombre la période précoloniale et qui insère profondément le destin de l’Afrique dans celui de l’humanité en mettant en évidence les relations avec les autres continents et la contribution des cultures africaines au progrès général de l’humanité.

La collection complète est publiée en huit volumes. Les chapitres des différents volumes sont abondamment illustrés de cartes, figures, chiffres et diagrammes et de sélection de photographies en noir et blanc. Les textes sont, pour la plupart, complétement annotés et sont tous complétés par une importante bibliographie et un index.

Ces dernières années, l'UNESCO a entrepris la préparation et la rédaction de trois nouveaux volumes de la HGA (volumes IX, X et XI).

L'Afrique globale : un concept innovant

Jusqu’à présent, l'Afrique et ses Diasporas ont souvent été présentées comme des groupes distincts séparés par des océans qui n’ont eu que des contacts sporadiques durant des brefs moments historiques. Les rédacteurs des nouveaux volumes de l’Histoire générale de l’Afrique ont voulu rompre avec cette perspective binaire et réductrice des relations entre l’Afrique et ses diasporas.

En introduisant le concept d’Afrique globale (Global Africa), le comité scientifique international a souhaité proposer une relecture innovante de ces liens. Ce concept permet en effet de comprendre l’histoire des relations entre Africains et personnes d’ascendance africaine comme un processus articulé et continu, fait de circulation de personnes, de connaissances, de savoir-faire, de productions culturelles et dont la matrice est l’héritage africain.

Ce concept permet de dépasser la question de la race et met l’accent sur la présence multiforme de l’Afrique dans les différentes régions du monde et la diversité de ses influences sur les autres cultures. Ainsi, sur le plan géographique, la présence africaine est envisagée, non plus simplement avec le prisme du monde atlantique (Europe, Amériques et Caraïbes) mais de manière véritablement globalisée avec la prise en compte des diasporas de l’Océan indien, du Proche et Moyen Orient et de l’Asie.  

Sur le plan historique, cette présence est pensée sur le temps long depuis les temps anciens, pour illustrer les différentes vagues de « sorties » de l’Afrique (explorations et expansions africaines hors du continent, déportation massive des Africains dans différentes régions du monde par la traite, déplacements occasionnés par la colonisation, migrations postcoloniales, etc.). Au-delà de son utilité pour rendre compte de cette diversité des trajectoires et de la continuité des relations, le concept d’Afrique globale permet aussi de mieux comprendre les aspirations des nouvelles générations en Afrique et dans la Diaspora pour contribuer à la renaissance africaine et à la construction d’un panafricanisme du XXIe siècle.

Voir également

 

LA COLLECTION
 

Trois nouveaux volumes : IX - X - XI

Afin de mettre à jour et de compléter la collection, l’UNESCO s’est engagée dans l’élaboration de trois nouveaux volumes de l’HGA. Ce travail entend mettre à jour la collection au regard des derniers développements sociaux, politiques, archéologiques, entre autres, survenus sur le continent (Volume IX) ; cartographier et analyser les différentes Diasporas africaines et leurs apports aux sociétés modernes ainsi qu’à l’émancipation et au développement de l’Afrique (Volume X) ; et, contribuer à l’analyse des nouveaux défis auxquels l’Afrique et ses Diasporas sont aujourd’hui confrontés ainsi que les nouvelles opportunités qui s’offrent à elles (Volume XI).

L’élaboration de ces trois nouveaux volumes constitue une production scientifique essentielle de l’UNESCO à une meilleure connaissance de l’histoire et de l’historiographie africaine. A cet égard, elle représente une contribution importante de l’Organisation à la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2015-2024) proclamée par l’Assemblée Générale des Nations Unies. Elle répond également aux initiatives prises par un certain nombre de gouvernements latino-américains et caribéens pour valoriser et promouvoir leurs héritages africains.

Volume XI

Ce volume traite des enjeux contemporains pour l’Afrique et ses Diasporas dans le monde. Il présente ainsi une perspective critique, du point de vue de l’Afrique globale, présentant celle-ci comme un acteur en pleine transformation. La place des femmes, le rôle de la jeunesse, la créativité, la production de la connaissance, le mutations politiques, sont autant de thématiques centrale pour le futur de l’Afrique et de ses Diasporas et qui constituent le cœur même de l’analyse de ce volume.

La première section, forum épistémologique, tente de saisir l’espace élastique dessiné par le concept de l’Afrique globale.

La deuxième section se focalise sur la situation actuelle des Africains mondialisés, sur le continent et au-delà de ses frontières physiques.

La troisième section est centrée sur l'Afrique en mouvement et la manière dont elle prend part dans les enjeux du monde contemporain.

Volume X

Ce volume permet d’observer de manière critique la dynamique des relations entre l’Afrique et ses diasporas, les mouvements entre l’Afrique et le reste du monde, et la manière dont l’Afrique se connecte avec le reste du monde. Il place au centre de sa perspective le concept innovant de l’Afrique globale. Débordant le simple cadre atlantique, les contributions s’appuient sur de nouvelles épistémologies et pratiques historiographiques comme l’étude des biographies pour comprendre, de l’intérieur, l’histoire des Diasporas.

La première section aborde les contextes historiques dans lesquels le concept de race a vu le jour afin de comprendre comment les Africains et les Afro-descendants se perçoivent et se réfèrent à eux-mêmes et aux autres.

La deuxième section, une cartographie de la diaspora africaine, examine trois aspects basés sur la géographie de la diaspora. Où qu’il se trouve, l’esclavage africain a été marqué par la lutte pour la liberté. Cette section décrit également les identités culturelles et la manière dont elles ont été recréées dans les diasporas et les systèmes de connaissances technologiques des Africains.

La dernière section du livre aborde les itinéraires de vie et les biographies des Africains. Ces biographies d'hommes et de femmes constituent certainement la vision la plus humanisée et la plus représentative de la diaspora.

Volume IX

Ce volume a pour objet de faire une mise à jour des connaissances des volumes précédents de l’Histoire générale de l’Afrique au regard des nouvelles évolutions intervenues dans la recherche. Questionnant les pratiques et les postures théoriques de l’écriture de l’histoire de l’Afrique, cette publication ambitionne de redonner un nouveau regard sur le temps long de l’Afrique, en introduisant de nouvelle catégorie comme celui d’Histoire initiale.      

La première section explore les fondements épistémologiques, méthodologiques et théoriques de l'écriture de l'histoire de l'Afrique et des personnes d'ascendance africaine au XXIe siècle.

La deuxième section passe en revue le contenu des huit premiers volumes publiés de l'Histoire générale de l'Afrique.

La troisième section traite de la mise à jour de l'histoire initiale - anciennement connue sous le nom de préhistoire - du continent.

Enfin, la quatrième section explore les nouveaux développements en matière d’études historiques (développements sociaux, économiques et politiques intervenus à l’échelle du continent) au cours des 2000 dernières années.

Volume VIII - L'Afrique depuis 1935

Le dernier volume de la Série des huit premiers volumes de l'Histoire générale de l'Afrique de l'UNESCO étudie la période qui s’étend de 1935 à nos jours. Il retrace l’évolution politique, économique et culturelle du continent à mesure qu’il se libère peu à peu du joug colonial.

Pour l'Afrique, c’est l’année 1935 qui marque le début de la Seconde Guerre mondiale, avec l'invasion de l'Éthiopie par Mussolini. Le conflit mondial domine la première partie de ce volume, qui décrit les conséquences de la crise dans la Corne de l'Afrique, en Afrique du Nord et dans les autres régions sous la domination des puissances européennes. Les trois chapitres suivants traitent des luttes menées à l’échelle du continent pour la souveraineté politique, de 1945 à l'indépendance, du sous-développement et de la lutte pour l'indépendance économique et, enfin, de l'évolution des structures et des valeurs politiques liée à l’édification des États nationaux.

La cinquième partie traite des changements socioculturels intervenus depuis 1935, en ce qui concerne la religion, la littérature, la langue, la philosophie, la science ou encore l'éducation. Les deux dernières parties traitent de l'émergence du panafricanisme et du rôle de l'Afrique indépendante dans les affaires mondiales. Tout en reconnaissant que c’est paradoxalement à l'impérialisme européen que l’on doit l’éveil de la conscience africaine, le volume met en évidence les interactions vitales et de plus en plus étroites entre l'Afrique et le reste du monde.

Disponible en françaisanglaisarabe, et portugais

Volume VII - L'Afrique sous domination coloniale 1880-1935

Le volume VII examine la période de partage, de conquête et d'occupation coloniale depuis le début de la « mainmise européenne sur l'Afrique » jusqu’à l'invasion de l'Éthiopie par l’État fasciste italien en 1935. Tout au long du volume, l’accent est mis sur les réponses apportées par les Africains eux-mêmes au défi du colonialisme.

Les deux premiers chapitres se penchent sur les attitudes des Africains et leur degré de préparation face au phénomène colonial, et sur l’historique des ambitions impériales européennes. Les sept chapitres suivants examinent les initiatives et les réactions africaines face à la partition et à la conquête jusqu'à la Première Guerre mondiale. Une présentation générale est suivie d’analyses plus détaillées région par région.

Les chapitres 13 à 21 étudient l'impact économique et social des systèmes coloniaux en Afrique de 1919 à 1935, le fonctionnement de l'économie coloniale dans les anciennes zones françaises, belges, portugaises et britanniques et en Afrique du Nord, l'émergence de nouvelles structures sociales, l’évolution démographique et enfin le rôle de la religion et des arts en Afrique pendant la période coloniale. La dernière section retrace la croissance des mouvements anticolonialistes, l’affirmation du nationalisme politique africain et l'interaction entre les africains du sud du Sahara et les personnes d’ascendance africaine du « Nouveau Monde ».. Le Libéria et l'Éthiopie font l’objet de chapitres distincts.

Disponible en françaisanglaisarabeespagnol et portugais

Version abrégée disponible en françaisanglais et swahili

Volume VI - L'Afrique au XIXe siècle jusque vers les années 1880

Le volume VI couvre l'histoire de l'Afrique depuis le début du XIXe siècle jusqu’à la mainmise des puissances coloniales européennes sur le continent à partir de 1880.

En dépit de l’affirmation croissante de la présence commerciale, religieuse et politique européenne pendant cette période, les influences extérieures n’ont pas eu d’impact direct sur la plupart des sociétés africaines, où l’on assiste à une série de tentatives culturellement distinctes de modernisation, d’élargissement et de développement des structures existantes. Deux séquences d’événements déterminantes et qui ne doivent pratiquement rien aux influences étrangères - le Mfecane en Afrique australe, avec ses répercussions en Afrique centrale et orientale, et les mouvements des réformateurs musulmans en Afrique de l'Ouest - figurent en bonne place dans huit des chapitres de ce volume.

Le livre s'ouvre sur quatre chapitres thématiques consacrés aux principales forces à l'œuvre dans la société africaine au début du siècle, à l'évolution du rôle de l'Afrique dans l'économie mondiale, aux nouvelles tendances et processus à l’œuvre et aux conséquences de l'abolition de la traite négrière. Ils sont suivis de vingt-trois chapitres consacrés à l’évolution de la situation dans les différentes régions. En conclusion, deux autres chapitres se penchent sur la diaspora africaine et dressent le bilan du développement politique, économique et culturel du continent à la veille de la conquête européenne.

Disponible en françaisanglaisarabe, et portugais

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Volume V - L'Afrique du XVIe au XVIIIe siècle

Le volume V couvre l'histoire de l'Afrique du début du XVIe siècle à la fin du XVIIIe siècle.

Deux grands thèmes se dégagent : la poursuite du développement interne des États et des cultures de l'Afrique au cours de cette période, et la participation croissante de l'Afrique au commerce international - avec des conséquences majeures, mais alors imprévisibles pour le reste du monde.

En Afrique du Nord, nous voyons les Ottomans conquérir l'Égypte et établir des régences à Tripoli, Tunis et Alger. Au sud du Sahara, l'effondrement de certaines puissances plus anciennes (Empire songhay, royaumes de l’ouest du Soudan, Éthiopie chrétienne) coïncide avec l’émergence de nouvelles bases de pouvoir (royaumes Ashanti, Dahomey, Sakalava). Des structures politiques et administratives très centralisées se mettent en place, entraînant l’apparition de classes sociales distinctes, et présentant souvent un caractère féodal prononcé. Les religions traditionnelles continuent à coexister avec le christianisme (plutôt en recul) et l'islam (en plein essor).

Le long de la côte, en particulier en Afrique de l’Ouest, les Européens tissent un réseau commercial qui, avec le développement de l'agriculture de plantation du Nouveau Monde, va devenir le centre de la traite négrière internationale. Les conséquences immédiates de ce commerce pour l'Afrique sont analysées, avec notamment l’idée que la traite portait en germe l’actuelle mondialisation de l'économie, avec toutes les inégalités qu’elle comporte.

Disponible en françaisanglaisarabe et portugais

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Volume IV - L'Afrique du XIIe au XVIe siècle

Le volume IV couvre l'histoire de l'Afrique du XIIe au XVIe siècle.

Cette période constitue une période cruciale dans l'histoire du continent au cours de laquelle l'Afrique a développé sa propre culture et où les documents écrits deviennent plus fréquents. Trois grands thèmes caractérisent cette période : l’expansion foudroyante de l'islam, le développement des relations commerciales, des échanges culturels et des contacts humains, et l’essor des royaumes et des empires.

Une première partie consacrée aux Almohades est suivie de chapitres étudiant les différentes civilisations de l'Afrique de l'Ouest - États maliens, Empire songhay, royaumes de la boucle du Niger, du bassin de la Volta et du Tchad, États des Haoussas et populations côtières, de la Casamance à l’actuel Cameroun.

Une deuxième partie (chapitres 15 et suivants) couvrent l’Afrique de l'Est et du Nord-Est, de l'Égypte aux États de la Corne de l'Afrique en passant par la Nubie et l’Éthiopie, et présentent des matériaux sur le développement de la civilisation swahili. L'Afrique centrale fait l’objet de chapitres consacrés à la zone située entre la côte et les Grands Lacs, à la région inter lacustre et aux bassins des fleuves Zambèze et Limpopo. Des chapitres sont également consacrés à l'Afrique équatoriale, à l'Angola, à l'Afrique australe, à Madagascar et aux îles voisines.

Disponible en françaisanglaisarabeespagnol et portugais

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Volume III - L'Afrique du VIIe au XIe siècle

Le volume III porte sur l'histoire de l'Afrique du VIIe au XIe siècle.

Cette période couvre deux mouvements appelés à exercer une influence culturelle, politique et économique importante et durable sur l'histoire du continent : l'influence croissante de l'islam, sa diffusion et son interaction avec les cultures traditionnelles de l’Afrique du Nord et de l’Ouest, et l'expansion bantoue au Sud.

L’ouvrage commence par situer l’Afrique dans le contexte de l'histoire du monde à l'aube du VIIe siècle, avant d'examiner l'impact général de la pénétration islamique, l'expansion continue des peuples de langue bantoue et l’essor des civilisations soudaniennes de l'Ouest africain.

Les chapitres suivants étudient les dynasties islamiques successives de l'Afrique du Nord et leur influence, la Nubie chrétienne; les civilisations de la savane, des forêts et de la côte de l'Afrique occidentale; la Corne de l'Afrique, la côte de l'Afrique orientale et l’arrière-pays, l'Afrique centrale, l'Afrique australe, et le développement interne de Madagascar et ses contacts avec l’extérieur. Les trois derniers chapitres traitent de la diaspora africaine en Asie, des relations internationales et de la diffusion des technologies et des idées sur le continent africain, et analysent l'impact global de la période sur l'histoire africaine.

Disponible en françaisanglaisarabeespagnol et portugais

Version abrégée disponible en françaisanglais et swahili

Volume II - Afrique ancienne

Ce volume traite de cette longue période d’environ neuf mille années d'histoire de l’Afrique, allant de la fin du Néolithique, c’est-à-dire vers le VIIIe millénaire avant notre ère, jusqu'au début du VIIe siècle de notre ère, période dominée par l'apogée des anciennes civilisations égyptiennes.

Les différents chapitres traitent des civilisations de grandes zones géographiques, sur le modèle de la recherche historique africaine, à savoir la vallée du Nil, l’Egypte et la Nubie, les hauts plateaux éthiopiens, l’actuel Maghreb et le Sahara, et le reste de l'Afrique et de certaines îles de l'Océan Indien.

La majeure partie du volume II est consacrée à la civilisation de l'Égypte ancienne en raison de sa place éminente aux premiers temps de l'histoire de l'Afrique

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Volume I - Méthodologie et préhistoire africaine

Le volume I traite de l’histoire initiale africaine et la méthodologie de l’ouvrage. La première partie du volume examine l'importance accordée par les sociétés africaines à leur passé, et la croissance et l’évolution de l'historiographie africaine, et donne un aperçu général des sources et des techniques.

Elle est suivie d’une description des sources littéraires primaires et des traditions orales et vivantes, ainsi que de l'archéologie de l'Afrique et de ses méthodes. Des chapitres sont consacrés aux aspects linguistiques et les mouvements migratoires, à la géographie historique et à la présentation du cadre chronologique adopté.

La seconde moitié du volume traite spécifiquement de l’apparition de l'homme et de la préhistoire de l'Afrique dans les différentes zones géographiques : Nord, Sud, Est, Ouest et Centre avec une attention particulière pour la vallée du Nil. Des chapitres distincts sont consacrés à l'art préhistorique, aux techniques agricoles et au développement de la métallurgie.

Disponible en françaisanglaisarabeespagnolitalien et portugais

Version abrégée disponible en françaisanglaisfulfuldehaoussa et swahili