Histoire

Signification et acceptation du départ du Mozambique en 1971 des Missionnaires d'Afrique, (M.Afr anciennement: Pères Blancs, PB )

Témoignage par Josef Pampalk, PhD

L'auteur a été activement impliqué au Mozambique dans les années 1960 en tant que membre des PB et même après jusqu'à aujourd'hui. Cette partie de l'histoire orale est complémentaire aux bibliographies dans les publications respectives. Entre autres: Eric Morier-Genoud 2019: Catholicism and the making of Politics in Central Mozambique 1940-1986; Frank Nolan 2017: Le départ des M.Afr du Mozambique en 1971; José Augusto Sousa 2015: Memorias de um Jesuíta Missionário no Mocambique 1960-2014; Cesare Bertulli 1974: Croce e Espada...

Je me sens obligé d'écrire les notes personnelles suivantes, vers la fin de ma vie, en raison d'une profonde gratitude et d'une identification continue avec les Missionnaires d'Afrique et leur implication dans l'histoire récente du Mozambique et de l'église qui s'y trouve.

Bien que nous ayons tous eu des limites et des échecs humains, ma gratitude envers les WF est inconditionnelle. Je suis très reconnaissant envers les missionnaires individuels, qui entre-temps sont presque tous morts. Je me suis toujours senti sincèrement uni et redevable envers eux dans leur ensemble, même si j'ai quitté la communauté en 1977, je suis resté activement engagé au Mozambique pendant toutes ces années jusqu'à aujourd'hui. Je ressens une sympathie égale, voire une sorte d'obligation permanente envers la nouvelle génération de M.Afr qui fait face aux défis et "kairoi" d'aujourd'hui et je veux leur fournir des informations supplémentaires leur permettant d'avoir une vision plus équilibrée et de les aider à porter leur propre jugement.

1. "Une première dans le monde catholique, qui a provoqué une onde de choc" (Morier 2019: 132) et a donné lieu à des doutes personnels au milieu de contradictions globales (Sousa 2015:362) .

Un moment fort de notre engagement commun a été la décision prise en mai 1971. Il s'agissait de se retirer pour protester contre l'alliance entre " le trône et l'autel " et contre le maintien du concordat entre le Vatican et Salazar (1940), qui soumettait les missions aux intérêts du Portugal colonial.

Je me sens obligé de faire la communication suivante parce que je m'identifie sans réserve à cette décision unique de toute une congrégation missionnaire. Pour la première fois dans l'histoire, nous avons osé nous opposer à cette alliance juridique et pratique et défendre le peuple du Mozambique contre les injustices coloniales en cours, même au prix d'une confrontation avec la Secrétairerie d'État du Vatican.

Je me sens également obligé, en conscience, de témoigner de ma propre expérience, car au cours des 50 dernières années, j'ai rencontré de l'incertitude, du flou ou des désaccords même entre les PB / M.Afr concernant cette décision.

Avant l'Indépendance en 1975, il y avait une chance pour nous de retourner au Mozambique: mais le P. Vasseur, le nouveau supérieur général, a adopté une position différente en me disant "Avec Van Asten vous avez pu décider seuls de quitter le pays, mais nous ne pouvons pas décider seuls d'y retourner !" Il reconnaissait encore l'autorité des évêques portugais et attendait d'eux qu'ils nous invitent à revenir. Cependant, ces évêques se sont empressés d'abandonner le pays, se rendant compte de leur autorité vide.

Après que le gouvernement Frelimo ait fermé les frontières à tous les missionnaires, j'ai réussi à entrer dans le pays, après avoir dû dormir deux nuits dans le transit de l'aéroport de Beira. Cela m'a rendu suspect et a fait écrire au P. Perez, un ami et confrère, dans ses souvenirs, "quel dommage que Pampalk soit devenu marxiste". En 1977, lors d'une deuxième rencontre personnelle avec le P. Vasseur, il était encore hostile à la décision de 1971 et aussi contre moi. Cela pourrait avoir été influencé par ma demande de laïcisation. L'influence réciproque entre l'acceptation de cette décision par la société de se retirer du Mozambique et le fait que plusieurs membres quittaient plus tard la société reste encore à réfléchir. Mais comment des ambivalences dans l'acceptation de cette décision devraient-elles diminuer la signification intrinsèquement plus grande de cette décision pour toute l'histoire de l'Afrique ou de l'Église mondiale ?

2. Des difficultés plus larges en Occident pour changer leurs mentalités coloniales

et les premiers pas significatifs en Afrique

Les craintes, la méfiance et la circonspection ont entouré la question à l'intérieur et à l'extérieur du Mocambique et ont poussé les religieux de partout à retenir leurs jugements ou à bloquer les initiatives. Je me souviens qu'à la fin de 1971, une assemblée pastorale nationale s'est tenue au Grand Séminaire de Kipalapala (Tanzanie), au cours de laquelle une centaine d'ecclésiastiques ont abordé la question du Concordat et de la guerre de libération au Mozambique (seulement après que la Baraza la Waumini, l'assemblée tanzanienne des laïcs, ait fait une déclaration publique critique). Une lettre de protestation au Vatican a été rédigée, vivement discutée, finalement approuvée par les prêtres; cependant, elle n'a été envoyée à Rome que secrètement par l'intermédiaire du nonce - par prudence et sans utilité.

A la même époque, la communauté américaine des sœurs de Maryknoll en Tanzanie s'était informée du conflit au Mozambique et avait ensuite envoyé une lettre publique et ferme au Vatican pour exiger la suppression de ce concordat anachronique et anti-évangélique avec le Portugal colonial. En Europe, seule la Commission Justice et Paix de Belgique a osé en 1969 dénoncer cette ambiguïté de l'église catholique qui n'était plus tolérable. Ce fut une exception. Pendant la "guerre froide" l'Occident en général et l'Allemagne en particulier étaient, très réservés à l'égard des mouvements de libération africains, tolérant ou soutenant plutôt le colonialisme raciste au Mozambique, en Rhodésie et en Afrique du Sud (le Portugal était membre de l'OTAN). Par peur du communisme, ni Rome ni l'Occident n'étaient prêts ou capables de changer de position et d'avis.Dans une lettre adressée en 1969 par le FRELIMO, le MPLA et le PAIGC à la Conférence épiscopale pan-africaine réunie à Kampala à l'occasion de la visite du Pape Paul VI, il était explicitement indiqué que "l'Eglise portugaise R.C. contredisait ses propres principes en soutenant l'oppression coloniale", et que "leur attitude future envers l'Eglise dépendrait de l'attitude que Rome adopterait aujourd'hui face à la dignité et à la souveraineté de ces peuples". Seul le COE, Conseil Œcuménique des Eglises, a décidé en 1970, dans le cadre de son programme antiraciste, de donner de l'argent aux mouvements de libération pour leur travail dans le domaine de la santé ou de l'éducation. Le COE a même suspendu l'adhésion de l'Église Réformée Néerlandaise en Afrique du Sud pour son soutien à l'apartheid. Un groupe œcuménique anonyme de théologiens a identifié en 1985 dans les crises sociopolitiques un "Kairos" et les positions des différentes Eglises comme prophétiques ou contraires.

3. Quelques circonstances sécondaires qui auraient influencé cette décision "indisciplinée".
Dans la brochure publiée en 2018 par les M.Afr allemands "150 ans de missionnaires d'Afrique 1868 - 2018", il n'y a aucune référence dans la chronologie au retrait de 1971 du Mozambique. Dans le texte respectif, il y a une certaine référence à cet événement, mais il est plutôt minimisé comme une décision contradictoire poussée par une minorité radicale de confrères et pas du tout comme une décision commune de tous les membres PB de la région Mozambique et de la Congrégation des PB dans son ensemble.Il ne s'agit pas de la vérité complète sur cette décision, mais d'une interprétation partiale et unilatérale, montrant une réserve intérieure et une distanciation par rapport à cette décision, ce qui est nuisible à sa signification et à son acceptation. Je n'ai pas vu la publication pour le jubilé des 150 ans dans d'autres langues et provinces, mais celle-ci semble signifier que cette décision n'a pas encore été pleinement comprise ou assumée dans les communautés d'aujourd'hui.Bien sûr, cette position était dominante parmi les évêques portugais et partagée par la Curie romaine. "Face à l'indécision prolongée du Vatican et à son manque d'action... les PB ont décidé d'agir unilatéralement" (Morier 20219:143). Le cardinal Villot, le secrétaire d'État, tenait cette décision personnellement contre Theo van Asten (A Maverick 2020:96). Il n'est pas utile de rappeler des déclarations similaires faites par l'archevêque de Lourenco Marques de l'époque ou par la conférence épiscopale après l'expulsion des WFs (ou en 1973 après la révélation par d'autres missionnaires des massacres de l’armée portugaise à Wiriamu).Il est important de garder à l'esprit que cette décision a été discutée et prise par le Supérieur Général le 30.4.1971 en dialogue avec le Conseil Général des PB et avec l'Union des Supérieurs Généraux, après que tous les confrères aient été consultés deux fois et aient donné leur option personnelle lors de deux votes secrets, en présence du Conseiller Waly Neven et quelques mois plus tard avec Theo van Asten lui-même.

Je me souviens d'avoir personnellement discuté à Rome en 1971, après l'expulsion, avec le P. Willy Großkortenhaus, conseiller allemand : je n'ai pas pu déceler chez lui la moindre dissidence par rapport à la décision, il s'en tenait loyalement à cette décision commune et n'était intéressé que pour documenter et enregistrer exactement autant que possible de faits du système injuste contre lequel nous avions protesté - et aussi témoigné lors de diverses conférences de presse dans plusieurs capitales européennes. Cette information donnée à l'Occident était de la plus haute importance. (Lors d'une audience publique, j'ai remis des photos d'un catéchiste torturé à Tete, personnellement au pape Paul VI lui disant seulement „Sainteté, au Mocambique ils attendent votre reponse!“). Lors d'un entretien antérieur avec le "doyen" des PBs allemandes, le Père Theodor Prein, en 1971 immédiatement après notre vote secret et après la décision de se retirer, il m'a pris à part et m'a dit : "José, vous devez savoir que je suis complètement convaincu de la justesse de cette décision et que je la soutiens - même si je n'en parle pas !". La raison de son silence était la nécessité de prendre en compte les difficultés que les confrères allemands âgés auraient à affronter en devant recommencer ailleurs en Afrique. De plus, ils ressentaient une certaine obligation de loyauté envers le Portugal, qui, après la Seconde Guerre mondiale, les avait autorisés à entrer dans ses colonies, alors que la France et la Grande-Bretagne avaient refusé.

Sans être Allemand, mais ayant l'allemand comme langue maternelle, j'avais donc une relation plus étroite avec les frères allemands dans toutes les stations et j'appréciais beaucoup leur travail, surtout le frère Stanislaus Halder, avec qui j'ai commencé Nazaré en 1967. Un dénominateur commun de leur formation spirituelle et de leur attitude consistait en une obéissance à l'évêque, sans remettre en question ce qu'il faisait ou disait. Chez les vieux prêtres allemands, cette soumission apriori était encore renforcée par leur formation théologique traditionnelle qui ne permettait aucune critique de la position prise par le "représentant de Dieu". Protester contre la hiérarchie établie semblait être un péché divisant l'église, au lieu de rendre manifeste la division existante entre l'église coloniale et l'église populaire.

Bien sûr, la vieille garde des PB était habituée à une compréhension descendante de l'autorité et de l'obéissance et pas du tout à une compréhension synodale, même après que de nouvelles idées stimulantes sur la responsabilité partagée par le peuple de Dieu après Vat II (Lumen Gentium) aient atteint toutes les stations missionnaires et aussi la brousse. Un deuxième changement apporté par Vat II (Gaudium et Spes) était le rejet du dualisme entre la foi spirituelle et la justice mondaine, qui séparait l'évangélisation des réalités politiques et décourageait les missionnaires de toute prise de position prophétique contre les injustices (prise seulement par des pionniers individuels comme le P. Charles Pollet, qui fut expulsé en 1967).

Pendant les années qui ont précédé la décision, des "semaines théologiques d'aggiornamento" ont été organisées dans tous les diocèses par le "Centro Pastoral de Informacâo e Investigacao, CPI" à Beira, qui était officiellement diocésain (dirigé par Mgr Duarte de Almeida, expulsé avec nous en 1971), puis sous la CEM, Conferência Episcopal de Mocambique.

Ces réunions ont certainement eu une influence très importante sur les différents missionnaires et congrégations. Bien sûr, elles ont mis à jour des conflits cachés entre traditionalistes et progressistes parmi les Portugais et les "étrangers", mais il s'agissait également d'un processus très dynamique de renouvellement et de rapprochement du clergé et des laïcs à Beira (contrairement à ce que Morier semblait insinuer à partir d'un simple critère sociologique externe de "gestion des diversités").

Déjà en 1965-68, avant que Nazaré ne puisse s'ouvrir officiellement, nous avons eu une série de séminaires au niveau des missions de différentes congrégations donnant une nouvelle vision des communautés chrétiennes et de leur leadership. Joâo Sozinho,représentant élu des catéchistes a dit plus tard "Déjà avant 75, nous avons fait l'expérience de l'indépendance". Lorsque le cours régulier a commencé, nous avons élaboré et publié du matériel catéchétique, liturgique et pastoral par le biais du CIP. Cette pratique a donné corps à la théorie et aux idées proposées dans les réunions théologiques. Bien sûr, tout le monde n'était pas d'accord. Parmi les plus fervents opposants se trouvaient des évêques, en fait sélectionnés par le gouvernement, la seule exception étant Dom Manuel Vieira Pinto, venant d'un milieu différent, le mouvement pour un monde meilleur, il a été expulsé en 1974.

Dès le début, nous avons essayé d'intégrer dans le personnel de Nazaré toutes les différentes congrégations qui travaillaient dans les diocèses de Beira, Tete ou Quelimane (Jésuites, séculiers, Burgos, Picpus, Fmm, Fmdp, Paulinas, Capucins, Comboni, Dehonianos, etc). Lorsque la nouvelle résidence fut prête à Nazaré, le P. Bertulli, le régional des PB, s'y installa et cela donna à ce centre interdiocésain l'impression d'être un centre des PB, ce qui ne convenait pas trop à cet effort inter-congrégationnel de construire quelque chose pour l'église locale. Après avoir été en 1975 naïvement remis au Frelimo par un directeur intérimaire (Sousa 2015:574), le Centre Nazaré, a maintenant besoin de discerner un nouveau rôle-pionnier pour lui-même et de mobiliser un soutien plus large pour cela.

Dans le passé, Bertulli était considéré un peu comme ‚bulldozer‘ qui faisait avancer les choses, mais selon sa volonté. Bien qu'il ait lui-même étudié la théologie scolastique, il a fortement adhéré aux doctrines de Vat II et est devenu un ardent défenseur des nouvelles idées et un juge sévère des anciennes. (Devenu plus tard beaucoup plus doux, il mourut trop tôt dans un accident de voiture à Rome). Une certaine dureté de caractère lui valut d'être apprécié mais aussi d'être en butte à des hostilités, même au sein de sa propre congrégation, surtout en 1971, au moment où la décision mûrissait. Un missionnaire zélé m'a dit "s'il veut partir, alors je reste". En tant que supérieur régional de l'époque, Bertulli se présentait comme un commandant efficace, très en vue (également dans les documents écrits et le livre de Francis Nolan basé sur eux). C'est peut-être une autre raison pour laquelle certains confrères "ordinaires" aient pu se sentir moins valorisés et inclus?

Bien sûr, les bons pasteurs se sentaient comme obligés d'abandonner ou de trahir leur troupeau. La décision n'a pas été facile à prendre, pour aucun d'entre nous. Il y avait une sorte d'impasse entre les pro et les contra

Avant même le vote final, à l'heure de la sieste du dernier jour, quelques-uns d'entre nous se sont réunis en petit groupe pour conclure que nous devions surmonter cette impasse.

Plus tôt encore, nous avions tenu des réunions hebdomadaires à Nazaré avec les familles (12 la deuxième année et 18 la première) : conscientes de leur propre situation précaire, elles nous encourageaient à ne pas avoir peur de prendre notre part de la responsabilité commune...

Au moins 50 ans après, nous pouvons tous plus facilement mieux comprendre cette décision difficile et la reconfirmer avec une conviction murie.

4. Le nouveau Kairos actuel

Il s'agissait 1971 d'un moment historique unique pour une décision prophétique prise par une congrégation missionnaire. Mais il a été gâché par les développements ultérieurs au Mozambique, connus de tous. Ils ont dévié des idéaux initiaux de libération, de justice et de développement pour tous!

Cela exige un engagement urgent de la part de tous les citoyens et croyants pour aider à surmonter les crises et les souffrances qui en découlent pour le peuple. Les conflits en cours, en particulier dans le Nord, et les causes réelles qui les sous-tendent, constituent l'appel le plus fort à entamer une réflexion et une action communes sur la justice pour tous.

L'Eglise a un rôle crucial à jouer au milieu des crises actuelles - comme elle l'a fait dans le passé: sa position prophétique pour la justice devient aujourd'hui ambiguë, moins cohérente et moins crédible en ne rompant pas clairement avec le passé et en n'assumant pas pleinement la dénonciation des injustices coloniales du passé.

Il y a 50 ans, un bon leadership et un dialogue ouvert ont apporté une contribution essentielle, de sorte que les décisions personnelles n'étaient pas séparées, mais faisaient partie d'un effort commun, dans lequel beaucoup de personnes au niveau local, national et même régional se sentaient concernées, informées et intégrées. En plus cet effort pour le renouveau de l'Église était lié à la lutte pour la justice et la paix pour tous.

Le peuple mozambicain a perçu et apprécié ce témoignage passé et, par conséquent, a accordé une nouvelle confiance et une nouvelle crédibilité à l'Eglise.

Mais aujourd'hui, un nouvel engagement pour la justice et la paix de la part de tous est nécessaire, en particulier de la part de tous les croyants - bien que la guerre dans le Nord ne soit pas une guerre de religion.

L'indépendance du Mozambique a permis le plein établissement de l'Eglise au Mozambique ("faisant plus que la plupart des autres églises du continent pour abandonner son vieux modèle impérial et missionnaire" - Morier 2019:176).

Mais cette trajectoire historique n'est pas encore terminée ni pleinement réalisée. Il est maintenant temps de lancer un nouvel effort commun dans ce pays, en mettant en évidence la continuité de son engagement sans ambiguïté pour la justice.

- Tout d'abord au sein de l'Église

en commémorant les leçons du passé pour initier de nouvelles dynamiques et synergies.

En facilitant cette nouvelle dynamique entre les chrétiens, le Center de Nazaré pourrait jouer à nouveau en 2021 un rôle important de scène et même de levain - avec le soutien nouveau, conscient et explicite de toute la congrégation des M.Afr et des églises locales de la région (IMBISA).

- Deuxièmement, une nouvelle dimension de collaboration entre chrétiens et musulmans.

Initier sans tarder des rencontres et une coopération dans les zones de guerre du Nord avec les leaders musulmans, en suivant l'exemple sans ambiguïté du Pape François et l'appel de l'ancien évêque de Pemba (transféré au Brésil en 2021). Les M.Afr apportent une expertise et des contacts internationaux, acquis auprès des communautés musulmanes ailleurs en Afrique du Nord et de l'Ouest ou au Moyen-Orient.

Les Pères Blancs, quant à eux, ont mûri en tant que Missionnaires d'Afrique et doivent relever les défis et les responsabilités actuels, en continuant à développer ce qui a été semé en 1971.

Puisque le Christ est mort pour tous les hommes ... nous croyons que l'Esprit Saint est à l'œuvre d'une manière connue de Dieu seul, offrant à tout homme la possibilité d'être associé à ce mystère pascal!“ (GS 22).

Croire que l'Esprit Saint est à l'œuvre en 2021, comme il l'était en 1971, exige de nous une réponse en essayant de découvrir et de nous associer de tout cœur à son œuvre au Mozambique aujourd'hui.

Josef Pampalk,

Vienne en Autriche, le 30.04.2021

Kenya: Jomo Kenyatta, la réalité du pouvoir (5&6)

                 De gauche à droite : Oginga Odinga, le président Jomo Kenyatta et le ministre de la Défense,  Njoroge Mungai lors des célébrations du deuxième anniversaire de l'indépendance du Kenya, le 16 septembre 1965.
                       De gauche à droite : Oginga Odinga, le président Jomo Kenyatta et le ministre de la Défense, Njoroge Mungai lors des célébrations du                                               deuxième anniversaire de l'indépendance du Kenya, le 16 septembre 1965. AFP

Figure indépendantiste du Kenya, Jomo Kenyatta est sur le plan politique un président autoritaire, en instaurant notamment un régime à parti unique. Malgré la multiplication des arrestations et des dérives dictatoriales, Jomo Kenyatta échappe aux critiques occidentales, la Grande-Bretagne le considérant comme le gardien des intérêts anglais.

Assassinat de Thomas Sankara: sur les traces de l'insaisissable Hyacinthe Kafando

Le chef d'Etat du Burkina Faso, Thomas Sankara, le 31 octobre 1984, dans sa capitale Ouagadougou.
Le chef d'Etat du Burkina Faso, Thomas Sankara, le 31 octobre 1984, dans sa capitale Ouagadougou. © AFP PHOTO

Depuis 2015, l’un des principaux accusés dans le dossier Thomas Sankara est introuvable. Hyacinthe Kafando, ex-chef de la sécurité de Blaise Compaoré en 1987, est recherché par la justice militaire. Un mandat d’arrêt international a été déposé contre lui depuis la réouverture du dossier. Ayant eu vent de sa convocation du juge d’instruction, l’homme a pris la poudre d’escampette. En 2016, il avait été localisé en territoire ivoirien. Mais depuis, plus rien

Avec notre correspondant à Ouagadougou, Yaya Boudani

Selon certaines sources qui ont travaillé sur le dossier, les premières enquêtes avaient permis de localiser Hyacinthe Kafando en Côte d’Ivoire. C’est en août 2015, en pleine transition politique, que l’ex-chef de la sécurité de Blaise Compaoré a quitté le pays.

► À lire aussi : Mort de Thomas Sankara: la justice décide de la mise en accusation de l’ex-président Compaoré

« À l’ouverture du dossier en 2015, le juge d’instruction avait délivré une convocation contre lui. Mais en bon militaire, il a eu vent de ce qui se tramait et il a disparu », explique une source proche du dossier. « Il s’était établi en Côte d’Ivoire, mais il se fait discret, et il est toujours en vie », précise cette même source.

Pour fuir le Burkina Faso, Hyacinthe Kafando aurait bénéficié du soutien de Yacouba Isaac Zida, l’ex-président et ancien Premier ministre de la transition. C’est l’un de ses neveux qui l’aurait conduit en voiture jusqu’à la frontière ivoirienne. Ces révélations avaient été faites au cours du procès de la tentative de coup d’État de 2015, mené par le général Gilbert Diendéré.

Yacouba Isaac Zida aurait conseillé Hyacinthe Kafando de ne pas répondre à la convocation du juge et de quitter le territoire, selon le général Gilbert Diendéré.

► À écouter aussi : Assassinat de Thomas Sankara: «La France doit mettre à disposition de la vérité tous les documents»

Bombardement de Bouaké: le général Poncet, chef de la force Licorne, à la barre

Le général Henri Poncet en 2012.
Le général Henri Poncet en 2012. AFP - FRANCOIS GUILLOT

Qui a ordonné aux pilotes de tirer sur le camp français ? Cette question qui hante les victimes du bombardement de Bouaké et leurs proches depuis plus de 16 ans a été posée vendredi 9 avril aux plus hautes autorités militaires françaises de l’époque : le général Bentegeat, chef d’état major des armées et le général Poncet, commandant de la force Licorne en Côte d’Ivoire.

Avec notre envoyée spéciale au palais de justice de Paris, Laura Martel

Les premiers mots du général Poncet sont pour les victimes : « J'espère que je pourrais apporter les réponses qu’elles attendent depuis 17 ans », indique le général Poncet, avant de dérouler lui-même les questions. « D’abord qui sont les auteurs ? On le sait, même s’ils ne sont pas dans le box. L’ont-ils fait sciemment ? Oui. Mais pas de leur initiative, donc qui sont les donneurs d’ordres ? »

« D’abord, liste le général, le colonel Mangou qui commandait les opérations sur le terrain et son adjoint de l’armée de l’air, Séka Yapo. Autour d’eux, il y avait les radicaux rassemblés autour de Simone Gbagbo, le conseiller Défense Kadet Bertin, le président de l’Assemblée nationale Koulibaly et celui du FPI Affi N'Guessan, identifiés comme des extrémistes en termes de résolution de cette crise. »

« Mais pourquoi, poursuit le général, un ordre aussi insensé ? » Pour lui, l’offensive loyaliste avait « totalement échoué », et les radicaux, après la disparition du chef d’état-major étaient « paniqués » à l’idée d’un coup d’État. « D'où une défense paranoïaque, dit-il : quoi de mieux que désigner un nouvel ennemi pour cacher l’échec ». « Cela aurait pu marcher » estime le général, notamment, « du fait des 8 000 ressortissants sur place, soit "autant d’otages possibles", comme avait menacé Mangou ». « Mais ils n’avaient pas pris en compte le caractère du président Chirac et la réactivité de nos unités ».

Le général Poncet a également pointé des « facilitateurs », qui « portent une responsabilité indirecte » estime-il, car ils ont « donné le feu vert » à Laurent Gbagbo pour son opération de reconquête : « les opérations de maintien de la paix de l’ONU dirigées par un diplomate français » pour avoir fixé des règles d’engagement qui ne permettaient pas à Licorne de s’opposer à l’offensive ; mais aussi dit-il, « les milieux d’affaires franco-ivoirien qui en avaient marre car les affaires marchaient mal » et ont nourri « à Paris, un courant disant qu’il fallait en finir avec la rébellion ».

Il raconte ainsi qu’à l’été 2004, le conseiller Afrique de l’Elysée demande d’entamer le désarmement des rebelles, ce qui n’était selon lui pas la mission de Licorne. « J’y ai vu le premier signal d’un changement de position de plusieurs courants de la vieille France-Afrique » dit-il.

Enfin, « y a-t-il eu complot pour faire faire une grosse bêtise à Laurent Gbagbo, que je ne considère pas comme donneur d’ordre », interroge le général. Il évoque alors un entretien en juin 2005 « Gbagbo m’a dit : vous connaissez assez bien l’Afrique pour savoir qu’un chef Bété assume les décisions de ses subordonnées. » Quant à une éventuelle manipulation française : « Si on avait voulu renverser Gbagbo ou lui tendre un piège, on s’y serait sans doute pris autrement », soutient le général Poncet.

Un sentiment partagé par le général Bentegeat. « Je ne peux pas imaginer une seconde Chirac dans un schéma aussi hallucinant que faire tirer sur ses propres soldats pour espérer se débarrasser d’un dirigeant », assure-t-il. D’ailleurs, le président Gbagbo n’a « jamais dit que c’était la France qui était responsable quand je l’ai vu en décembre 2004 », poursuit-il, « il m’a dit qu’il allait diligenter une enquête, il devait donc penser que c’était dans sa chaine de commandement. »

Une nouvelle Air Afrique est-elle possible ? (6/6)

| Par 
Avions Air Afrique à l’aéroport Houphouët-Boigny d’Abidjan.

Avions Air Afrique à l'aéroport d'Abidjan

 

« Il était une fois Air Afrique » (6/6). Dans un secteur bousculé par la pandémie, la coopération semble plus que jamais la solution d’avenir. Mais celle-ci prendra-t-elle une forme panafricaine ?

« Aucun pays africain n’a les moyens de porter aujourd’hui une compagnie aérienne rentable. » Difficile d’attribuer cette citation, tant elle est martelée, dans tous les sens, par l’ensemble des professionnels de l’aviation et les observateurs du secteur.

Et le séisme que représente le Covid-19 pour le secteur du transport aérien n’a rien arrangé.

« Si les États tiennent autant à leurs compagnies nationales, c’est parce que ce sont des outils politiques, de grandeur et de maîtrise des routes. Mais en ces temps de crise, la question se pose de savoir jusqu’où ces derniers vont vouloir et pouvoir intervenir pour sauver leur pavillon », explique Didier Bréchemier, associé du cabinet Roland-Berger, spécialiste des questioériennes, pour lequel, sans une taille critique d’au moins 20 appareils, « les compagnies africaines sont condamnées à naître et à renaître comme elles le font depuis vingt ans ».

Créer des synergies

« Le concept de mutualiser les ressources de divers pays pour qu’une compagnie transnationale atteigne une taille critique et que la desserte aérienne fonctionne est très intelligent, il faudrait absolument le reprendre et l’adapter au contexte actuel, en réglant les problèmes qui se sont posés pour Air Afrique », assure, enthousiaste, le consultant Sylvain Bosc, qui conseille plusieurs États africains et institutions financières internationales, après être passé par Corsair, South African Airways ou encore Qatar Airways.

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RECRÉER AIR AFRIQUE EST UTOPIQUE, NOUS NE SOMMES PLUS DANS L’EUPHORIE DES INDÉPENDANCES

Ce dernier suggère un mélange savamment dosé de « saine concurrence sur certaines routes et de lignes protégées, à faire gérer via une délégation de service public ».

« Recréer Air Afrique est utopique, nous ne sommes plus aujourd’hui dans l’euphorie des indépendances », tranche l’ex-directeur général de la compagnie Pape Sow Thiam.

Plutôt que la création ex nihilo d’une nouvelle compagnie, l’ancien dirigeant imagine plutôt, dans un scénario qu’il définit comme « le meilleur possible », que les États qui ont des compagnies créent des synergies pour éviter les doublons et atteindre la masse critique indispensable, avant de déboucher sur une fusion « naturelle et harmonieuse ».

Un salut par Ethiopian Airlines ?

Le tout devant « éviter une trop grande politisation » et, dans la mesure du possible, « être géré par le privé ».

Ethiopian Airlines, compagnie rentable  même en 2020 ! –, avec une masse critique de plus de 100 appareils et des participations stratégiques à travers tout le continent  Asky, Tchadian Airlines, Malawian Airlines, Mozambique Airlines, et peut-être bientôt South African Airways , est-elle la mieux placée pour suivre cette trajectoire ?

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ETHIOPIAN EST ATYPIQUE DANS L’ENVIRONNEMENT AFRICAIN DU FAIT DE SA LONGÉVITE

Avec une flotte de 128 appareils, « c’est en tout cas la seule compagnie d’Afrique subsaharienne qui a réussi à monter un réseau puissant et mobile, et à atteindre la masse critique indispensable pour réussir sur le long terme », juge Didier Bréchemier.

« C’est une compagnie qui a voulu grandir, s’est donné les moyens de le faire, et est atypique dans l’environnement africain du fait de sa durée de vie [elle a été créée en 1946, ndlr]. Même avant le Covid-19, elle a montré sa capacité de survivre à des crises, allant jusqu’à déménager au Kenya pour ne pas faire les frais de la guerre Éthiopie-Érythrée », ajoute Ibra Wane, ancien directeur commercial d’Air Afrique, désormais à la tête de la filiale sénégalaise du courtier aérien français Avico.

Reste la question politique : aujourd’hui, Ethiopian est détenue à 100 % par l’État éthiopien, et même si ses dirigeants semblent avoir toute latitude dans la gestion de la compagnie, il est peu probable qu’elle puisse de ce fait s’ériger en « compagnie panafricaine ».

Sa privatisation, annoncée en 2018, a été reportée aux calendes grecques.

Asky assume son statut

Mais sa petite sœur, Asky (pour African Sky), revendique elle aussi le titre de digne successeur de l’ancien pavillon vert. Il faut dire qu’à son capital on trouve, outre la compagnie éthiopienne (qui en détient 18 %), des organisations elles-mêmes panafricaines  Ecobank (17e du classement JA des banques du continent en 2020), la Banque ouest-africaine de développement et la BIDC, chacune avec 18 %  le pavillon basé à Lomé a de quoi se revendiquer plus régional que togolais, comme le martèle sa devise, « la compagnie panafricaine ».

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ASKY A REMPLACÉ AIR AFRIQUE, ET JOUE LE MÊME RÔLE DE CONNECTEUR

Dans ses mémoires, L’Afrique d’abord, son fondateur Gervais Koffi Djondo raconte comment il a été approché, en 2004, par le directeur général de la BCEAO, l’Ivoirien Charles Konan Banny, « qui a tout mis en œuvre pour [le] convaincre » de porter un tel projet, qui resterait privé.

« Asky a remplacé Air Afrique, nous avons exactement le même rôle de connecteur, mais dans une logique purement privée, sans aucune interférence politique », confie ainsi son directeur commercial, Nowel Ngala, en marge d’un entretien à Jeune Afrique, début mars.

Mais là encore, le risque d’obstacles politiques est réel. Une compagnie aérienne étant aussi un outil politique, « voir la réussite d’une compagnie basée dans le tout petit Togo rend fous certains dirigeants de la région, qui faussent un peu la concurrence en soutenant des sociétés publiques. Ces dernières peuvent ainsi proposer des tarifs plus attractifs que ceux d’une compagnie privée, créée pour faire de l’argent en menant des gens ou des marchandises d’un point A à un point B », commente un observateur du secteur.

Pour ce dernier, la question va être de savoir combien de temps encore ces États, durement frappés économiquement par la pandémie, vont pouvoir soutenir des compagnies nationales structurellement déficitaires. Finiront-ils par renoncer et laisser sa chance au privé ?

Vers des alliances au-delà de l’Afrique ?

Mais faute d’une entente panafricaine, Didier Bréchemier voit aussi un autre scénario se dessiner à la suite de l’entrée en vigueur de l’accord de Yamoussoukro, signé en 1999 pour libéraliser le ciel aérien, mais dont la mise en œuvre tarde.

« Avec ce nouveau cadre juridique, toutes les compagnies aériennes européennes, américaines, chinoises ou du Golfe vont vouloir un partenaire africain pour profiter de l’Open Sky continental, comme on peut déjà le voir entre Air France et Air Côte d’Ivoire ou entre Qatar Airways et Rwandair ».

Malgré des avancées telles que la Zlecaf pour renforcer la coopération intracontinentale, des deals internationaux plutôt que locaux pourraient bien dessiner le futur ciel aérien.

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